• [Critique] Tomorrowland - A la poursuite de demain

    Bien plus connu pour ses films d'animation, l'américain Brad Bird fut longtemps un des piliers des studios Pixar, avant de passer au métrage-live. Ratatouille, Les Indestructibles, ainsi que son excellent court-métrage Baby-sitting Jack-Jack ont fait de Bird un des hommes forts de l'animation américaine, mais aussi une figure incontournable à Hollywood. C'est ainsi qu'il décroche le poste de réalisateur du quatrième volet de Mission Impossible, avant de pouvoir diriger son propre projet de science-fiction : Tomorrowland (traduit A la poursuite de demain en France, pour des raisons qui échappent au commun des mortels). En soi, le film est un événement puisqu'il ne s'agit ni d'une suite, ni d'un reboot, ni d'un remake, mais bien d'un projet original (inspiré cependant il est vrai par une des célèbres sections du parc Disneyland). Qui plus est, Brad Bird mise tout sur un film de science-fiction pure et dure, chose qui pourrait forcément rebuter certains esprits chagrins. Avec son budget confortable, Tomorrowland se paye de luxe d'engager deux stars, à savoir Hugh Laurie et George Clooney. Seulement voilà, le dernier bébé de Brad Bird semble ne rencontrer qu'un succès très mitigé... Quasi-échec au box-office américain, Tomorrowland n'est pas non plus la consécration critique à laquelle on aurait pu logiquement s'attendre de la part du cinéaste oscarisé. Quelles sont les raisons de ce désamour ?

    Le jeune et curieux Frank Walker s'aventure à la Foire Internationale de New-York dans les années 60 pour révolutionner le monde, rien que ça ! Malheureusement, son jet-pack semble encore bien perfectible. Par un heureux concours de circonstances (et l'aide d'une petite fille bien mystérieuse), Frank va découvrir un autre monde : celui de Tomorrowland, où les plus grands génies tentent d'innover et de créer un monde meilleur. Près de cinquante ans plus tard, Casey, une adolescente qui rêve des étoiles depuis sa plus tendre enfance, se retrouve en possession d'un pin's au pouvoir extraordinaire. A peine l'effleure-t-elle qu'elle se retrouve projetée dans des champs de blé ondulant sous la brise d'un monde futuriste fabuleux. Bien déterminée à découvrir où se trouve cet univers bourré de promesses, elle s'embarque dans un voyage qui lui réserve non seulement son lot de surprises, mais aussi de pièges mortels qui pourraient lui coûter très cher. Pour sauver l'humanité du désastre, elle va devoir retrouver le brillant Frank Walker... qui a bien vieilli.

     Tomorowland n'a pas la tâche facile. En effet, le film doit se bâtir son propre univers et tenter de trouver un ton bien à lui, une chose qui est, avouons-le, extrêmement difficile à l'heure actuelle. Brad Bird s'en sort pourtant plutôt bien (et malgré ce que tentent de faire croire bon nombre de critiques). Même s'il prend place dans le monde moderne pour la quasi-totalité de sa durée (exceptée la présentation de Frank enfant qui se déroule dans les années 60), le long-métrage injecte suffisamment de bonnes idées à son récit pour se constituer une personnalité propre. Brad Bird a beaucoup d'idées et cela sur plusieurs plans : des armes rétros au magasin old school, en passant par l'excellent passage de la maison piégée. Le réalisateur se prend pourtant les pieds dans le tapis pour d'autres raisons. D'abord parce qu'il gère mal le rythme de son récit. Le début de l'histoire traîne cruellement en longueur et l'on passe par de longs passages à vide, avant de retomber sur de vrais beaux moments. Ensuite, il faut avouer que son personnage principal, Casey, s'avère passablement raté. Il ne s'agit pas tant du jeu vraiment très correct de la jeune Britt Robertson que du nombre de clichés accumulés par l'héroïne qu'elle incarne. Entre autres, on tiquera surtout à propos de l'archétype de l'élue, vu et revu dans des dizaines de films et tellement usé jusqu'à la corde qu'il ne fait qu’ennuyer poliment le spectateur. Le long-métrage perd donc l'un de ses principaux atouts, celui du bénéfice d'un rôle-titre accrocheur.

    Un des autres très gros défauts de Tomorrowland, c'est de s’enfoncer dans une niaiserie toute "Disneyenne" en fin de métrage. Bird adresse peut-être son film à des enfants/adolescents mais tout de même, son message final aussi simpliste qu'utopique arrive comme une conclusion bien faiblarde pour un homme capable de bien mieux (Ratatouille, pour ne citer que lui). De même, il est regrettable qu'après avoir passé beaucoup de temps à tisser un univers crédible et envoûtant, Bird se limite à un bête twist final sur l'identité du grand méchant. C'est d'autant plus ennuyeux qu'on avait senti la chose arriver à des kilomètres. En imbriquant ces nombreuses raisons, on comprend évidemment que Tomorrowland ait déçu l'ensemble de la critique et convainque tièdement le public. Mais (car il y a un mais) Tomorrowland n'est pas un échec complet, c'est plutôt une semi-déception. Brad Bird, comme on l'a dit plus haut, parvient au final très bien à nous entraîner dans un monde entre rétro-futurisme et science-fiction moderne. Sa vision de Tomorrowland laisse d'ailleurs admiratif dès le premier vol de Frank au cœur de la cité. Tout du long, l'américain n'aura de cesse de jongler entre deux registres : l'avenir et la nostalgie. A peine est-on passé de l'ébahissement provoqué par la vision de Casey que l'on retrouve un magasin de vieilleries des années 80, au cours d'une scène qui a tout de l'hommage d'un amoureux des années Stars Wars. Le reste sera d'ailleurs à l'avenant, en enchaînant quelques séquences véritablement géniales (la maison piégée, la lancement de la Tour Eiffel) tout en rendant de multiples clins d’œil à l'oeuvre d'un certain Jules Vernes.


    C'est là tout le paradoxe de ce film bancal. Tomorrowland se plante à de nombreuses reprises, s'avère trop lent... mais il déborde de bonnes intentions. La mise en scène par exemple (l'effet des tachyons)... ou les personnages de Frank et Athena. Ces deux-là constituent en réalité le vrai cœur du film, beaux du début à la fin, carrément bien trouvés et surtout donnant à Clooney autre chose à jouer que ce dont il a l'habitude. Celui-ci livre une prestation presque aussi excellente que la toute jeune Raffey Cassidy, tout simplement délicieuse en robot sensible. C'est arrivé à cette étape qu'il faut d'ailleurs revenir sur l'aspect niais du long-métrage. Certes la conclusion donne dans l'utopie la plus niaise, pourtant Tomorrowland délivre un message véritablement génial. Dans cette époque de films noirs, post-apocalyptiques, désespérés (et désespérants), Bird se risque à pousser un cri d'indignation. Pourquoi tant de pessimisme ? Parce que tout va mal dans le monde bien évidemment. Mais si, au lieu de nous apitoyer sur notre sort et de considérer que le futur sera forcément horrible, pourquoi ne pas nous battre ? Brad Bird se demande au fond comment nous en sommes arrivés à cette véritable pulsion de mort, tant sur le plan humain qu'artistique. On aurait presque l'impression qu'à notre époque, la fin du monde est devenue cool. Prenant à contre-pied les standards actuels, Brad Bird tente de réenchanter la science-fiction et le cinéma en général. La tentative peut certes paraître maladroite, mais elle dégage une telle volonté, une telle envie que Tomorrowland en devient sympathique. Perdu dans un raz-de-marée de films pessimistes, le long-métrage de Bird devient un hymne à la vie et surtout aux rêves. Comme si nous avions perdu en cours de route notre capacité à rêver. Même si la conclusion semble engluée dans de bons sentiments à la Disney, Tomorrowland se veut avant tout un vibrant cri d'amour à une époque où l'espace et demain étaient encore de belles choses pour les enfants... et les plus grands. Rien que pour cette audace, le film vaut le coup d’œil.

    On attendait bien mieux de Brad Bird. Trop long, trop niais parfois et surtout handicapé par une héroïne banale à souhait, Tomorrowland déçoit, c'est certain. Pourtant, il se trouve dans ce film une audace idéologique forte, tellement forte, qu'elle finit par rejaillir sur tout le reste, à commencer par ses personnages et son ambiance finalement très agréable. Une semi-déception donc, ou une demie-réussite, qui permet tout de même de réenchanter une certaine conception de l'avenir au cinéma.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La découverte de Tomorrowland par Casey

     

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  • [Critique] La tête haute
    Festival de Cannes 2015 - Hors Compétition

     

    Pour l'ouverture du Festival de Cannes 2015, c'est le film La tête haute qui vient donner le coup d'envoi de cette grande messe du cinéma français (et mondial). Réalisé par Emmanuelle Bercot, le long-métrage joue dans la catégorie film social, un type de film particulièrement apprécié sur la Croisette (on se souvient encore de la palme contestable de Sean Penn, Entre les Murs.). De même, comme tout bon festival de Cannes, la polémique n'est pas loin. La faute à l'une des actrices principales, Catherine Deneuve, qui s'est lâchée sur Dunkerque, la ville où prend place l'action de La tête haute. C'est aussi l'occasion de faire la connaissance du jeune Rob Paradot, la tête d'affiche du film, qui écope d'un rôle pour le moins épineux. Malgré le fait que le métrage soit présenté Hors Compétition, il est la première occasion pour le cinéphile français de prendre la température cannoise. Que nous réserve Emmanuelle Bercot ?

    Du lourd, assurément. Au moins par le sujet, puisque La tête haute prend le pari de raconter le parcours de Malony, un gosse entêté, violent et déshérité, dont le parcours familial est au moins aussi difficile que les rapports qu'il entretient avec l'autorité. Retiré de la garde de sa mère Séverine à l'âge de six ans, l'enfant va passer par le foyer d’accueil avant d'enchaîner les petits faits de délinquance dont, notamment, le vol de voiture. Pour le sortir de cette spirale d'autodestruction, la juge pour enfants va tout tenter, bien aidée en cela par l'éducateur spécialisé, Yann. Malgré tous ces efforts, Malony reste hermétique à toute forme d'autorité et se retrouve exilé dans un centre pour jeunes en plein milieu de la campagne. Ce qui est clair, c'est que La tête haute fait partie des films qui en veulent. Son principal souci restant pourtant que Bercot n'a pas la carrure pour un tel projet, surtout étiré sur près de deux heures. 

    Le long-métrage n'est par ailleurs pas aidé par la comparaison (absurde) avec le superbe Mommy de Xavier Dolan. En vérité, La tête haute plonge dans une réalité sociale (et économique, le choix du Nord pour filmer n'étant pas anodin) complexe où les individus se retrouvent broyés. Bercot tente avec la meilleure volonté du monde de dépeindre la vie brisée d'un jeune gamin, Malony, en explorant les origines du mal, à savoir l'éducation parentale. Celle-ci est inexistante (pour ne pas dire nocive) avec la détestable bêtise de Séverine, archétype de la mère démissionnaire et débile qui colle franchement très bien à la réalité. Sara Forestier, bien enlaidie pour l'occasion, joue d'ailleurs merveilleusement ce rôle pour le moins ingrat. Bercot passe un certain temps à démontrer que ce qui a amené Malony là où il en est résulte de l'influence néfaste de sa mère et, plus simplement, du fait qu'elle n'aurait jamais dû avoir d'enfants. Jamais. Le long-métrage va suivre les déboires de Malony, et les multiples perches tendues par la juge et son éducateur pour le sauver. Malheureusement, au bout d'un moment, la partie s'avère perdue d'avance, une chose que la cinéaste capte remarquablement bien... jusqu'à un certain point.

    Il semble en effet qu'à un instant précis, une morale bien-pensante reprenne le dessus dans le film de Bercot. Dès lors, elle tente de se conformer aux prescriptions d'une société aseptisée (interdiction de lever la main sur Malony, comme si le fait qu'il n'avait jamais connu de limites n'était pas responsable pour moitié de sa lente descente aux enfers), avant de tourner son sujet à l'envers pour retomber dans une morale tout à fait détestable. Celle-ci se conjugue avec une énorme tare du film, le fait que La tête haute traîne en longueur et oublie passablement qu'il doit finir un jour. Dix minutes avant de se terminer, Bercot se rend compte qu'elle doit trouver une conclusion. Le problème, c'est qu'elle ne sait absolument pas comment faire, après avoir été d'un didactisme écrasant (un des autres gros soucis du film qui semble constamment nous dire ce qu'il faut ressentir). Ainsi, La tête haute se boucle de façon totalement étrange, sorte de happy-ending juxtaposé à une morale gentillette voyant le délinquant incapable de vivre en société soudain trouver la rédemption... en faisant un môme. A 17 ans. Bien évidemment. Niant ainsi toute la brillante construction sur la responsabilité parentale bâtie jusque là. 

    Une chose d'autant plus dommage que le réalisme cru du film jouait largement en sa faveur, porté en cela par un casting irréprochable. De Catherine Deneuve à Sara Forestier, en passant par l'excellentissime Benoît Magimel (malheureusement trop peu développé), c'est une équipe de choc qui incarne à l'écran la misère et le combat perpétuel pour sauver les ados en détresse. L'adolescent en question, Malony, est incarné par Rob Paradot, dont c'est ici le premier rôle. Malgré toute la pression d'un tel titre, il s'en sort plus que brillamment, véritable révélation du film, cela malgré le personnage ingrat qu'il incarne. Car il faut bien avouer qu'il est difficile d'éprouver beaucoup d'empathie pour Malony, passé un certain seuil, tant le garçon s'avère perdu, broyé par ses pulsions et son passé irrattrapable. Le plus désolant dans La tête haute, c'est que Bercot n'a jamais les moyens de ses ambitions. Elle n'a pas vraiment une réalisation marquante, sacrifie son discours sur l'autel de la bien-pensance, gère de façon calamiteuse le rythme de son récit... et ce en dépit de tous les efforts de ses acteurs pourtant formidables. Le métrage aurait mérité de larges coupes taillant dans le gras de ces deux heures finalement bien longues pour le spectateur, répétant ad nauseam que Malony ne fait que des conneries. Rien à voir avec la maestria d'un Dolan, ni dans le thème, ni dans la mise en scène.

    Cruelle déception, La tête haute n'en garde pas moins un certain nombre de qualités qui font que l'on suit les deux heures sans trop de mal. Grâce à un casting épatant, Rob Paradot en tête, La tête haute touchera certainement beaucoup une catégorie de spectateurs prêts à lui pardonner ses errances et, surtout, sa fin bâclée.
    Emmanuelle Bercot n'a simplement pas su gérer son sujet en or. Dommage.

    Note : 6/10

    Meilleure réplique : "Tu veux faire un gosse avec un mec de 17 ans que t'as vu trois fois dans ta vie ?"

    Meilleure scène : Malony et Yann au restaurant 

     

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  • [Critique] Mad Max 3 : Au-delà du dôme du Tonerre


    Fort d'un succès planétaire avec Mad Max 2, George Miller se paye le luxe de réaliser un segment de la Quatrième Dimension avec des ténors tels que Spielberg, Landis ou Dante. Après ce crochet fantastique, l'australien revient à ses premiers amours avec sa saga culte. Pour son troisième tour de piste, Miller retrouve Mel Gibson juste avant que celui-ci ne tourne le mythique film d'action L'arme Fatale. Si Mad Max 2 laissait notre anti-héros dans la poussière du désert australien, Mad Max 3 ne l'en sort pas pour autant. Sous-titré Au-delà du Dôme du Tonerre, l'épisode finale de la trilogie reprend les fondamentaux d'une série de science-fiction post-apocalyptique pur jus à l'ambiance désormais mythique. Seulement voilà, George Miller décide de tenter tout autre chose et va surprendre tous les fans de la première heure. Volet mal aimé (et c'est peu de le dire) de la saga culte, Mad Max 3 se trompe totalement de voie en détrusiant la vision sombre et grandiloquente de son auteur. Retour sur un naufrage artistique.

    Dans ses 30 premières minutes, Mad Max 3 arrive à faire illusion. Le fan retombe en terrain connu dans un monde à la dérive à l'esthétique inimitable où la technologie se raccommode de bric et de broc, où les crêtes punks et les tenues de cuirs sont devenues la norme. On retrouve un Mel Gibson aux cheveux longs, taciturne et charismatique, dangereux mais étrangement sympathique à la fois. Miller continue d'étendre son univers en délaissant la station de pompage encerclée pour une ville aux allures de marché géant où se rassemble les bizarreries désormais familières de l'univers Mad Max. L'australien en profite pour introduire une seconde ressource indispensable en catimini avec l'eau. Alors que l'on pense qu'il va capitaliser là-dessus, il nous parle rapidement d'une source d'énergie alternative et barrée comme seul l'univers de la franchise pouvait le concevoir. A ce moment précis, Miller joue à nouveau sur la corde raide menaçant de basculer dans le ridicule à tout moment. Un ridicule qui est franchi une première fois lors de l'apparition d'Aunty Entity, en fait la grande méchante de l'histoire, interprétée par nulle autre que...Tina Turner. Idée aussi improbable qu'absurde, son personnage est également introduit par une séquence simplement débile sur fond de saxophone. Turner n'a ni la carrure ni le talent pour le rôle, fait pâle figure après le délirant Lord Humungus ou le terrible Toecutter. Comble de l'horreur, la chanteuse surjoue outrageusement son rôle. Ce premier accroc n'est que le premier d'une longue liste.

    Si Mad Max 3 renoue avec la classe et l'ambiance unique des précédents volets dans sa première partie au cœur de BarterTown, il s'achève après l'excellent combat dans le fameux Dôme du Tonnerre. Encore une fois, Miller dispose d'idées de mise en scène originales (les élastiques ajoutent une nouvelle dimension aérienne au duel) mais il se flingue avec le final lorsque Blaster se dévoile. A partir de ce moment précis, c'est véritablement le drame. Outre une Tina Turner insupportable passant son temps à s’égosiller, Miller tombe dans une niaiserie incongrue. Quelques instants plus tard, le spectateur semble quitter l'univers Mad Max pour celui de...Hook. Mad Max se transforme un conte où des enfants perdus symbolisent le retour à l'innocence et le futur de l'humanité. Miller tente d'introduire l'espoir dans son univers mais il se plante magistralement dans sa rupture de ton et la façon de le faire. Il devient rapidement difficile de croire que l'on est dans le même film tant ce qui était un univers de violence se métamorphose en une resucée d'aventures bonnes enfants où l'humour gentillet domine et où Max se fait papa de substitution. On nage en plein délire. Et pas le bon.

    Tout le reste du film adopte le même ton enfantin. Miller essaye de réenchanter un univers qui ne se prête absolument pas à ça. Il nous mixe les Ewoks avec les aventures d'Indiana Jones et le Temple Maudit, montre Max comme le sauveur d'une génération perdue...Bref, on reste pantois devant ce déferlement de niaiseries sorties d'on ne sait trop où. A un moment, il semble que le réalisateur se souvienne que Mad Max reste le symbole de la mécanique et de la course-poursuite en nous gratifiant enfin d'une séquence de chasse à l'homme peu convaincante et tellement moins intense que celle du second volet. Il semble à un certain point que Miller ne sait plus comment mixer les deux versants de son long-métrage bâtard. D'un côté on se retrouve avec quelque chose d'aseptisé, familial et tendre, de l'autre une esthétique léchée et crade qui ne colle pas un seul instant avec le reste. Miller se prend les pieds dans le tapis et entraîne son film avec lui. Sa conclusion tente bien de renouer avec le mythe du Road Warrior du précédent opus mais va jusqu'à déifier Max, en totale contradiction avec l'aura du vengeur solitaire des précédents opus. Arrivé au générique et malgré la tentative de Miller d'élargir son monde à une sorte d'espoir inattendu, Mad Max 3 se révèle un échec majeur. Pire, une catastrophe. Le début sympathique ne suffit en rien à cacher l'immense gâchis qui vient après et tout le versant écologiste du long-métrage est noyé dans une guimauve de bons sentiments que l'on s'attendait à voir partout ailleurs sauf sans cet univers-là.

    Pour George Miller, Mad Max 3 représente un terrible naufrage. Malgré l'évident talent de mise en scène du réalisateur, tout capote lorsqu'il tente vainement de virer de bord après une demi-heure de film. La surprise est d'autant plus désagréable qu'il reste de bonnes choses dans Mad Max, notamment un Mel Gibson toujours aussi à l'aise et une esthétique dingue à faire pâlir d'envie bien d'autres metteurs en scènes. Après cet opus, Miller quitte la science-fiction pour longtemps, très longtemps. Il faudra près de 30 ans pour voir le retour de l'australien à la saga qui l'a propulsé sur le devant de la scène. 

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène : L'affrontement du Dôme du Tonnerre

    Meilleure réplique : Deux hommes entrent, un seul sort.

     

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  • [Critique] Mad Max 2 : Le défi

     

     

    Avec le carton inattendu de Max Max, Le cinéaste australien George Miller peut envisager un second volet avec de tous autres moyens. Ainsi, Max Max 2 bénéficie d'un budget dix fois plus important que le précédent. Pourtant, le film n'a pas aussi bien marché qu'attendu aux Etats-Unis, un marché primordial pour la nouvelle franchise. Difficile d'imaginer qu'un second opus déclenchera l'enthousiasme si le public américain n'a même pas vu le précédent volet. C'est pourquoi Miller décide non seulement de créer un film regardable indépendamment du premier mais aussi de renommer Max Max 2 aux USA en The Road Warrior. Ce pari osé se révèle rapidement gagnant et Mad Max 2 fait carton plein tout en se taillant la part du lion lors des Australian Film Institute Awards. Encore plus que pour Max Max premier du nom, c'est bien ce film qui va faire entrer Mel Gibson dans la légende tout en codifiant un univers post-apocalyptique tellement fort pour l'époque qu'il sera à l'origine d'une esthétique dites "A la Mad Max". Pour comprendre pourquoi des générations de cinéastes se sont retrouvés à s'inspirer de l'univers de Miller, il faut donc s'attarder sur ce second volet qui explose les limites que s'était imposé le premier Mad Max.

    A la fois pour permettre aux nouveaux venus de ne pas être totalement perdus mais aussi pour élargir la focale de son univers, George Miller introduit Mad Max 2 avec un petit film en noir et blanc aux allures d'images d'archives. Il nous raconte comment le monde a sombré après une guerre entre deux peuples (qu'on devine être l'URSS et les USA, époque oblige) puis a fini par sombrer dans l'anarchie avec le manque de pétrole. Il établit le lien avec son premier film en décrivant des contrées en proie aux pillards prêt à tout pour s'emparer d'un bidon d'essence et termine en présentant son héros, le fameux Max. Une fois les choses posées, Miller nous replonge immédiatement dans le cœur de l'histoire avec une course-poursuite typique de la saga. Furieuse et toujours aussi inspirée, elle permet aux anciens comme aux nouveaux de se retrouver dans l'univers de Miller. Celui-ci ne cherche pourtant pas à reproduire son premier film, au contraire. Il tente d'élargir considérablement son monde, hybridant blockbuster et film de genre. 

    Ainsi, Mad Max 2 n'adopte plus un rythme aussi lent que son prédécesseur mais s'évertue à chaque instant à bâtir une esthétique forte. Max devient plus qu'un simple fou, il devient une sorte de justicier solitaire, une légende, donnant une envergure mythologique au film de Miller. Il n'est pas sans rappeler le Snake de New York 1987 sorti la même année. Taciturne, ténébreux mais héroïque au final, Max bénéficie grandement de l'interprétation irréprochable du charismatique Mel Gibson qui compose un personnage fascinant. Pour alléger un peu l'aspect solitaire, Miller lui adjoint un compagnon, en la personne du Gyro Captain, sorte de personnage bâtard à mi-chemin entre le side-kick comique et le bras droit. On perçoit une volonté certaine de Miller de construire une galerie d'individus attachants et atypiques. Leur originalité ne résidant pas forcément dans leurs rôles respectifs, après tout beaucoup reste des archétypes (à l'exception notable de l'enfant sauvage, excellente trouvaille). Ce qui fait toute la saveur des protagonistes de Mad Max 2, c'est encore une fois leur esthétique. Miller va loin dans son délire et livre quelque chose d'inédit. Les méchants se baladent en arborant crêtes punks, combinaisons rafistolées et tenues Sado-maso, les hommes et femmes du campement ressemblent à une version désertique des rebelles de Star Wars et Max ne se dissocie plus une seconde de sa tenue de cuir iconique. Au milieu de ces joyeux lurons se retrouve l'amour de Miller pour les bolides qu'il personnalise encore davantage en les rapiéçant de toute part pour leur donner un aspect disparate et archaïque.

    Buggys, Gyrocopter (le véhicule le plus excellent du film d'ailleurs), camion blindé, toute la cohorte visuelle qui fera de Mad Max une source d'inspiration pour les générations futures est là. Miller nous montre un univers moderne retournant à l'âge de pierre, il hybride les deux modes de vies et accouche d'un monde visuellement génial toujours à la limite du ridicule le plus complet. Le vrai exploit restant que Miller n'y tombe jamais. Pourtant, le cinéaste met beaucoup d'humour dans son film, juste assez pour tirer des sourires à son public mais pas pour ridiculiser ses acteurs et son récit. Celui-ci prend le parti de continuer dans la voie western du premier opus en reprenant un très grand classique du genre : le fort assiégé. Mad Max 2 joue la carte d'un simili-Fort Alamo en s'appuyant sur un cadre désertique australien aussi magnifique qu'évocateur. Au milieu, Max devient un justicier encore plus redoutable que dans le premier volet, confectionné en niveaux de gris, qui ne pense qu'à lui et ne recherche plus la compagnie des autres. Cette sorte d'anti-héros fait mouche, préfigurant une grande partie des personnages amoraux que l'on rencontrera plus tard au cinéma. Les grandes valeurs telles que le courage et la défense des opprimés (l'enfant notamment) sont mises en avant également, permettant de donner au long-métrage un côté universel, expliquant par la même son succès public. Rajoutons à cela une séquence de course-poursuite hallucinante où l'intensité et la rage du réalisateur s'expriment pleinement avec des moyens à la hauteur cette fois, et l'on obtient un spectacle marquant à plus d'un titre.

    Si Mad Max 2 se termine sur une voix-off racontant la légende qu'il est devenu, c'est pour achever de donner un aura intemporelle à ce Road Warrior qui a décidément bien évolué depuis sa première apparition. Avec Mad Max 2, George Miller construit un film-univers à l'esthétique remarquable et à l'ambiance unique, il codifie sans le savoir les règles d'un univers post-apocalyptique déjanté et cruel qui inspirera des générations de cinéastes. Plus qu'un essai transformé, The Road Warrior est l'accomplissement d'une vision qui fera date, donnant au film une aura culte qu'il garde toujours à l'heure actuelle.
    Un classique en somme.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La course poursuite 

    Meilleure réplique : My life fades. The vision dims. All that remains are memories. I remember a time of chaos, ruined dreams, this wasted land. But most of all, I remember the road warrior, the man we called Max.

     

     

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  • [Critique] Mad Max

     

    Film devenu culte, Mad Max est avant toute chose une étrange histoire de cinéma. En 1979, alors que l'Alien de Ridley Scott terrifie les salles obscures du monde entier, un petit long-métrage fait parler de lui en Australie. Son nom : Mad Max. Le novice George Miller a conçu un premier film atypique et pour tout dire, fascinant. Son parcours ne l'est d'ailleurs pas moins. A la base, Miller est médecin urgentiste. Comme tous les urgentistes, il est souvent le témoin privilégié des accidents de la route. La violence dont il est témoin l'incite à réaliser avec Byron Kennedy un court-métrage intitulé Violence at the cinema. Vainqueur de plusieurs prix, il donne à Miller une certaine notoriété dans le milieu et lui offre donc la possibilité de réaliser un premier film. Son idée est simple : mêler vitesse, violence et dystopie pour un montant de quelques 300000 dollars (une somme tout à fait dérisoire). Il embauche également un paquet d'acteurs inconnus du grand public dont un certain Mel Gibson pour interpréter le Mad Max en question. Même s'il faudra attendre trois longues années pour voir le long-métrage distribué en France du fait de sa violence, Mad Max est un carton planétaire. Le film engrange un peu moins de 100 millions de dollars, devenant pour longtemps le plus rentable de l'histoire du cinéma.  A l'aube de la sortie de Mad Max : Fury Road, retour sur un classique.

    Contrairement à ce que l'on pourrait penser de prime abord, Mad Max n'est pas un pur film d'action. Au contraire. George Miller nous présente un univers de science-fiction étrange dans un pays qu'il ne nomme jamais (même si le film a été tourné en Australie) et ne fait que vaguement décrire les deux principales forces en présence : des motards hors-la-loi d'un côté, une Main Force Patrol (MFP) munie de voitures Interceptors de l'autre. L'idée du film s'avère simple : parler du parcours d'un homme, Max, de son ami, Goose dit "Mère L'Oie" et de sa femme Jessie. Immédiatement, les choses déroutent pourtant le spectateur. Outre l'absence de repaires clairs, Mad Max nous jette tout cru dans une arène sans foi ni loi où la police semble aussi brutale que les criminels qu'elle poursuit. Dans les vingt premières minutes, le film fait la part belle à l'action, nous montre une course-poursuite furieuse filmée avec talent et regorgeant d'idées sur l'utilisation des grands espaces australiens. Alors que l'on pense avoir cerné le film de Miller, le classant sur l'étagère déjà bien remplie de l'action movie, celui-ci prend le contre-pied de nos attentes et transforme Mad Max en un récit lent s'intéressant davantage à son univers et ses personnages qu'à une action débridée manquant de finesse.

    Ce choix surprenant paye cependant. Au lieu de se retrouver devant une aventure formatée, le spectateur prend le temps de découvrir un monde où la vitesse est devenue le gage suprême de la liberté, mais aussi de la richesse (comme le rappelle un garagiste à Max). Magnifiant les bolides (motos ou voitures), Miller offre une synthèse parfaite entre le danger représenté par la mécanique et le sentiment grisant de dominer le monde derrière le guidon ou le volant. Presque personnages à part entière, les véhicules du film ne se contentent pas de représenter un pur fantasme masculin mais adoptent également une allure particulière que l'on retrouve rapidement chez les personnages. Miller a dans l'idée de développer un monde à part entière et, dans ce sens, il a aussi une conception esthétique qui va avec. On visite un palais de justice délabré, des habitations pleines de poussières, un garage puant avant de tourner les yeux vers tous ces individus habillés de cuir qui parcourent le récit. Outre la combinaison complète des flics, les motards adoptent peu ou prou la même mode vestimentaire, en plus fantasque. Ce cachet unique ajoute du caractère à l'histoire et rend les anti-héros du film plus bad-ass les uns que les autres. On ne peut d'ailleurs s'empêcher d'être étonné par le fait que Max passe une bonne partie du récit en arrière-plan. Dans un premier temps, c'est son partenaire, Goose, incarné par un Steve Bisley inspiré, qui fait le show. Pire encore, le méchant semble aussi surpasser en charisme Max, avec sa trogne de psychopathe et ses grands airs, The Toecutter remplit le cahier des charges de l'adversaire impitoyable avec brio. Saupoudrez le tout de faux-airs punks et vous obtenez quelque chose de tout à fait singulier.

    Le plus remarquable là-dedans, c'est que Mad Max est, il faut le reconnaître, un film fauché. Sorte de série B inattendue, le premier film de George Miller affiche des ambitions claires qu'il ne peut pas totalement concrétiser. Malgré tout, la sauce prend. Premièrement grâce à cette ambiance unique entre post-apocalyptique et western (en remplaçant cow-boys et indiens par flics et motards) qui sublime le récit. Deuxième, parce que Gibson monte en puissance durant toute l'aventure et constitue la révélation du film par son côté froid et bouillonnant à la fois. Et dernièrement, parce que George Miller surpasse sa simple histoire de vengeance pour faire de Max le renouveau du héros sans foi ni loi. Comme s'acharne à le dire le chef de la police, MacAffee, les gens ont besoin de retrouver un symbole, pour tout dire, un vrais héros, capable de surpasser la loi aseptisée et dépassée (on pense aux slogans mécaniques du palais de justice, totalement à côté de la plaque) d'un temps révolu pour faire ce qui doit être fait. La fureur de Max et sa vengeance en font une sorte de super-héros (il hérite même d'un surnom comme tous les principaux protagonistes de l'histoire) culminant dans un final cruel et fou auquel un certain Saw ne manquera pas de rendre hommage bien des années plus tard. George Miller bâtit un monde machiste, boosté aux testostérones, donnant une réponse musclée et indirecte à l'héroïne de Ridley Scott. Ainsi, Mad Max transcende son postulat de base et entre dans la légende malgré tout un débat assez futile sur sa violence. Celle-ci, bien qu'omniprésente, n'est quasiment jamais représentée frontalement, Miller trouvant toujours des astuces pour suggérer plutôt que montrer (comme ce drap blanc recouvrant Goose à l’hôpital), marque d'un réalisateur aussi astucieux que réaliste.

    Malgré ses moyens très limités, Mad Max reste une des plus belles surprises de l'histoire du cinéma. Grâce à une mise en scène classe et inspirée ainsi qu'une utilisation judicieuse de l'icône moderne du bolide, George Miller magnifie son background mystérieux aux relents post-apocalyptiques savoureux. Mad Max n'est pas un chef d'oeuvre, mais il est, dans un sens, bien plus que ça à l'époque. Une promesse d'un univers à peine effleuré qu'on devine déjà grandiose. 

    Note : 8/10

    Meilleure réplique : They say people don't believe in heroes anymore. Well, damn them! You and me, Max, we're gonna give them back their heroes.

    Meilleure scène : Max qui vient démissionner


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  • [Critique] The Den

    Premier film de Zachary Donohue, The Den a connu les honneurs d'une sortie cinéma...uniquement en Russie. Dans le reste du monde, il n'a bénéficié que d'une édition DVD ou VOD. Ainsi, le long-métrage a totalement échappé aux férus du genre slasher-horreur. Sans aucun acteur connu au casting, ce petit film a pourtant un pitch de départ intriguant qui donne bien envie de le découvrir. Appartenant au sous-genre du found footage (qui ne brille pas par sa qualité...), ce coup d'essai tente de se démarquer en proposant une immersion totale dans le monde impitoyable de l'internet. Mais sans tête d'affiche, avec un inconnu derrière la caméra, The Den a-t-il plus à offrir qu'un simple slasher lambda ?

    Elizabeth a reçu une bourse d'étude de l'université où elle travaille pour dresser une enquête sociale sur un réseau extrêmement populaire : The Den. Le principe est simple : les participants communiquent par webcam et peuvent switcher vers un autre utilisateur d'un seul clic. Inutile de dire que Liz ne rencontre pas que des esprits brillants de cette façon. Par pur hasard, elle tombe sur une intrigante webcam figée sur la photographie d'une jeune fille. Peu à peu, elle découvre que quelqu'un l'épie et tente de pirater son ordinateur. Paniquée, elle demande de l'aide à la police et à l'un de ses amis pour remonter à la source du signal. Seulement voilà, les choses prennent rapidement une tournure sinistre.

    Dire que The Den est d'une redoutable originalité serait mentir. En réalité, le film de Donohue affiche un classicisme à toutes épreuves avec les tares coutumières du film d'horreur. Entre la police qui ne croit forcément pas à ce que raconte l'héroïne et la capacité insoupçonnée des personnages à se trimbaler n'importe où avec une caméra (c'est un défaut récurrent chez les film found footage), The Den commence mal. Heureusement, malgré le manque de surprises dans l'intrigue - on est dans un banal thriller mâtiné d'horreur - le long-métrage garde quelques qualités appréciables. Au premier rang de celles-ci, la volonté de Donohue d'aller jusqu'au bout de son entreprise et de filmer absolument tout à travers l'écran d'un ordinateur. Pour peu que vous regardiez le film sur votre pc, vous aurez la drôle de sensation de véritablement vous retrouver en ligne. Cela permet donc de bonnes petites choses qui se trouvent justifiées par l'objectif du métrage : délivrer une critique sur le voyeurisme moderne.

    Ce qui sauve The Den du film totalement plat et sans saveur, c'est bien la vision assez drôle et horrifique que donne son réalisateur de l'internet. On sourit d'abord franchement devant la resucée de Chatroulette qui nous est présenté - on y retrouve un bon échantillon de débiles - puis le film tombe graduellement dans la paranoïa. Peu à peu, Donohue met en lumières les dangers de ce nouveau média et la fascination morbide qu'il peut exercer sur nous. Son héroïne, banale au possible, renforce cette identification du spectateur. On saluera d'ailleurs le jeu très convenable - pour ce type de production bien entendu - de Mélanie Papalia. Avec cette idée en tête et en faisant fi du classique jeu du chat et de la souris du slasher lambda, The Den finit par loucher vers Hostel et se termine dans une sorte de simili torture-porn pas forcément attendu.

    Encore une fois, dans tout cet enchaînement d'événements et malgré les différentes scènes "chocs", rien ne fait véritablement bondir de peur. L'ensemble s'avère correct, du niveau d'une soirée pop-corn entre amis, mais The Den ne révolutionne pas le genre. Reste une petite subtilité, puisque Zachary Donohue clôt son film sur une sorte de twist vraiment bien senti pour le coup où le récit achève sa critique du voyeurisme moderne en laissant un goût amer dans la bouche du spectateur. On se prend même à penser qu'en se focalisant davantage sur cet aspect du film, le réalisateur aurait pu délivrer quelque chose de bien plus marquant. Dommage en somme.

    The Den ne peut va pas au-delà de ce qu'il promet, c’est-à-dire un petit film d'horreur sympathique, un peu ennuyeux au début, mais qui réussit à maintenir l'attention du spectateur jusqu'à une conclusion un peu plus maligne que la plupart des films de cette catégorie. En somme, une curiosité à découvrir pour qui serait tenté mais vraiment rien d'inoubliable.

    Note : 5.5/10

    Meilleure scène : l'épilogue

     


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  • [Critique] Le chant de la mer

     

    Nommé Catégorie Meilleur Film d'animation Oscars 2015
    Nommé César Meilleur film d'animation 2015

     

    En deux films, Le britannique Tomm Moore s'est payé le luxe de voir nommés ses deux métrages d'animations aux Oscars. Le franc succès critique de Brendan et le secret de Kells a permis à Moore de retenter l'aventure avec Le chant de la mer, un autre récit inspiré par des légendes irlandaises. Refusant la 3D habituelle qui a envahi les grands écrans, il nous emmène dans un univers en 2D plein de magie et de poésie que n'aurait pas renié un Miyazaki. Même si Le chant de la mer est reparti bredouille de Los Angeles (rappelons que c'est Big Hero 6 qui a remporté l'Oscar de façon tout à fait injustifiée), l'oeuvre de Tomm Moore mérite un bon coup de projecteur tant elle réjouit petits et grands. Plus qu'une fable écologique, elle renoue avec le récit initiatique plein de mystères, tout en n'oubliant pas d’entremêler les niveaux de lectures. 

    Le petit Ben vit au sommet d'une minuscule île, dans le phare de son père. Avec sa sœur, Maïna, il passe le temps en rêvant aux mondes magiques contés jadis par sa mère Bruna. Celle-ci a mystérieusement disparu lors de la naissance de sa petite soeur, un lointain et douloureux souvenir que le jeune Ben a encore du mal à évoquer. L'anniversaire de Maïna et l'arrivée de sa grand-mère vont bouleverser l'existence de la petite famille. Obligés de partir à la ville, les deux enfants vont entreprendre un voyage aussi périlleux que fascinant pour retrouver leur phare. Pour sauver sa sœur d'une terrible malédiction, Ben va affronter tous les périls.

    Petite surprise au goût acidulé, Le chant de la mer prouve, s'il en était encore besoin, que la 2D traditionnelle est loin d'être morte. De la première à la dernière seconde, le métrage ravit les yeux et réchauffe les cœurs. Grace à un parti-pris artistique simple mais génial - l'arrière-plan est statique, avec un aspect crayonné qui flatte la rétine -, Le chant de la mer se démarque de la concurrence et renvoie, justement, aux films du studio Ghibli. Un sacré compliment. D'ailleurs, il ne partage pas que l'aspect esthétique à l'ancienne de l'école Miyazaki. On retrouve dans Le chant de la mer une volonté de présenter une fable écologique, plus raffinée qu'il peut y paraître de prime abord. De quelques phoques émergeant timidement des vagues à l'aspect merveilleux de la campagne, en passant par la froideur d'une ville devenue bien terne, le long-métrage de Moore se fait chantre d'un certain mode de vie et d'une certaine perception de l'harmonie homme-nature.

    Pour nous montrer cet aspect, le britannique plonge dans les profondeurs des mythes irlandais. Grâce à une subtilité de conteur surprenante, Moore prend ses spectateurs par la main à la rencontre de trolls, de hiboux maléfiques, de sorcières recluses - dans le plus pur style Miyazaki, encore - et bien sûr de selkies. En reprenant à son compte le mythe de l'être mi-femme mi-phoque, Le chant de la mer nous fait vivre quelques instants de pure poésie, sans parole et bercés par la douce musique du long-métrage. Une musique aux accents celtiques forcément. L'ensemble donne une ambiance délicieuse au film, presque hors du temps. On suit les aventures de Ben et Maïna avec un immense plaisir, oubliant la quête initiatique assez simple des deux enfants pour trouver des trésors d'intelligence dans les non-dits du film.

    Tomm Moore fait peut-être un film pour enfants, mais il oublie ce défaut à l'occidental bien étrange qu'est celui de prendre les enfants pour des idiots. Il propose non seulement une quête trépidante pour les plus jeunes dans son premier niveau de lecture, mais également une histoire en miroir entre l'univers mythique rencontré par les deux héros et le deuil de toute une famille. Les correspondances permettent de comprendre avec intelligence le cheminement intérieur à la fois des enfants mais aussi du père pétrifié, tel un géant de l'ancien monde. C'est ce refus de bâtir une banale aventure au profit de quelque chose de plus profond qui surprend... dans le bon sens du terme. Le chant de la mer joue sur plusieurs registres, évite le manichéisme et finit par ravir petits et grands.

    Ils sont rares ces dessins animés capables de nous charmer par leur ambiance, leur univers et leur intelligence, tout en ébauchant des héros attachants. Le Chant de la Mer marche sur les traces d'une certaine école japonaise, et ravira tous les fans du monde celtique.
    Une petite pépite à découvrir, qu'on ait 7 ou 77 ans.

    Note : 8.5/10 

     

     

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  • [Critique] Dear white people

    La satire sociétale reste, encore à l'heure actuelle, un des genres les plus délicats à négocier. Pour son premier film, Justin Simien choisit justement de s'y frotter, et pas en abordant n'importe quel aspect. En effet, Dear White People parle du racisme et de la difficulté d'être noir dans un monde de blancs. Acclamé à Sundance - il a même récolté le prix spécial du jury - le premier long-métrage de l'américain n'affiche aucun acteur bankable et parie entièrement sur son scénario. On ne peut cependant s'empêcher de craindre le film caricatural et grossier, un peu à la Spike Lee d'aujourd'hui. Entre drame et comédie, Dear White People arrive heureusement à trouver un juste milieu. Bienvenue sur un des campus américains les plus prestigieux : l'Ivy League.

    Les esprits sont en ébullition depuis l'ouverture d'une nouvelle radio sur le campus universitaire : Dear White People. Gérée par la caustique Samantha White, l'émission se propose de se moquer gentiment - et méchamment aussi - des étudiants blancs. Rapidement, les choses prennent une tournure pour le moins inattendue quand Samantha se retrouve prise entre son groupe d'amis noirs prônant l'action et son petit ami blanc qu'elle a presque honte de fréquenter. De l'autre côté, Lionel ne supporte plus sa résidence où il est harcelé par ses colocataires. Il décide alors d'intégrer la seule résidence 100% noire (ou presque) du campus. Une occasion en or pour un des journaux étudiants les plus en vogue d'infiltrer la petite communauté. D'autant plus que les élections du chef de résidence sont proches et que le très conformiste Troy va devoir affronter Samantha White dont l'émission n'a de cesse de faire grandir la popularité.

    L'énorme souci des films du genre de Dear White People, c'est de tomber dans la caricature. Dans un premier temps, on a d'ailleurs très peur de ce phénomène avec une mise en scène un tantinet clipesque et poseuse où l'on voit défiler les différentes résidences du campus. L'impression s'intensifie avec la présentation rapide des protagonistes, véritables clichés ambulants. Puis...Simien affine ses choix et déroule son propos. Grossièrement, on distingue quatre personnages principaux : Troy, le noir style Barack Obama lisse et propret, Coco, la diva superficielle qui se rêve Beyoncé, Lionel, qui cumule d'être noir, d'avoir une coupe afro et d'être gay et Samatha, la rebelle qui voit du racisme partout. Simien ne met pas en avant ces quatre personnalités par hasard. Il en profite pour montrer diverses facettes de la vie noire aux Etats-Unis (Il en plaisante admirablement d'ailleurs avec une classification très juste).

    Dear White People illustre avec brio les difficultés de rapport entre communautés. Parce que chaque communauté perçoit l'autre avec les préjugés qu'on leur a inculqué. C'est pour cela d'ailleurs que l'émission de radio de Samantha est d'autant plus drôle, parce qu'elle tape juste sans forcer. Cependant, loin de se concentrer uniquement sur cet aspect, le long-métrage fait la part belle à la perception du racisme dans la société moderne. Là ou Simien aurait pu tomber dans le discours archi-barbant du "le racisme c'est les blancs qui dénigrent les noirs", il se fait plus subtil. Il renvoie dos à dos les deux extrêmes qui se veulent tellement sûr de leurs positions : les blancs qui prétendent que le racisme n'existe plus, les noirs qui pensent que tous les blancs sont d'affreux monstres racistes. A cet égard, l'immense réussite du long-métrage, c'est bien l'évolution de la caractérisation des personnages.

    Au premier plan se trouve Samantha, incarnée par la géniale Tessa Thompson. Simien construit un personnage ridicule tant elle est obnubilée par la question du racisme (la réplique avec les Gremlins est à mourir de rire), pour mieux nous la nuancer par la suite et finir par la rendre extrêmement touchante dans une scène finale sublime. Il en va de même de Lionel, interprété par le talentueux Tyler James Williams. Alors qu'il devrait cumuler les clichés, le personnage se révèle un vrai délice, loin des préoccupations militantes de Samantha mais tellement plus juste...jusqu'à ce qu'un événement le fasse légitimement sortir de ses gonds. Les deux autres - Troy et Coco - ont également leurs moments de gloire, mais c'est avant tout la question sociale traité avec une grande lucidité qui touche dans Dear White People. En défendant le droit des noirs et en réprimant le racisme ordinaire, l'américain remet tout le monde en place, aristos blancs comme sous-Malcolm X. 

    On pourra reprocher à Dear White People de ne pas assez se démarquer en terme de mise en scène, de verser un peu trop dans les archétypes du cinéma indé, mais la force et l'humanité de ses personnages finissent par emporter l'adhésion, surtout avec ce savant cocktail d'humour et d'intelligence dont fait preuve Justin Simien. En se moquant des groupes d'actions noirs devenus aussi racistes que ceux qu'ils dénoncent, il arrive à prouver que la seule vérité qui compte à l'heure actuelle, c'est qu'il faut mettre à bas les à priori et les préjugés. Les regards haineux et dégoûtés des noirs épiant un couple mixte à la fin montre qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire. Dear White People s'avère autant un appel à la raison à propos du combat contre l'injustice qu'un sérieux recadrage sur les limites du militantisme qui, de toute façon, ne mène nul part sans vraies actions.

    Cette bonne surprise du cinéma indépendant américain rappelle que de jeunes auteurs talentueux continuent d'arriver dans le milieu. Avec Dear White People, Justin Simien prouve qu'il a tout pour supplanter ses aînés. Une comédie savoureuse, intelligente et aux personnages délicieux.
    Rien de moins.

    Note : 8/10

    Meilleure réplique : "Il n'y a rien de plus vendeur après des noirs débiles que des blancs racistes."

    Meilleure scène : L'histoire de Samantha en fin de métrage.

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