• [Critique] Masaan

    Parmi la sélection toujours très éclectique de la section Un Certain Regard de Cannes, nous avons eu droit cette année encore à quelques belles choses. Outre le Cimetery of Splendour d'Apichatpong Weerasethakul ou Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa, c'est le jeune réalisateur indien Neeraj Ghaywan qui fut le candidat indien à la Caméra d'Or avec son second long-métrage : Masaan. Depuis quelques temps, on peut découvrir d'excellents films venus d'Inde dans les salles de cinéma. On se souvient par exemple du joli The Lunchbox ou du sublime documentaire Kumbh Mela. Drame et film social tout à la fois, Masaan prouve une nouvelle fois que le cinéma indien a encore beaucoup de choses à offrir.

    L'action de Masaan prend place à Bénarès au bord du Gange. Devi a pris une grande décision, celle de faire l'amour pour la première fois avec un jeune homme qu'elle a rencontré récemment. Pour que les choses se fassent discrètement, les deux amoureux se donnent rendez-vous à un petit hôtel. Malheureusement, la police débarque sans crier gare et menace de les humilier publiquement en révélant la relation à leurs parents respectifs. Désespéré, le jeune amant de Devi se suicide et l'inspecteur Mishra rencontre le père de Devi, Pathak. Il menace alors de tout dévoiler publiquement si Pathak ne lui paye pas une somme colossale, surtout par rapport au modeste emploi de vendeur sur les ghâts. Dans le même temps, Deepak tombe éperdument amoureux de Gupta, une fille appartenant malheureusement à une caste supérieure. Dans la cité sainte, les destins se croisent au milieu des bûchers funéraires et des célébrations entraînant Deepak, Pathak et Devi dans un tourbillon de drames et de joies. 

    Masaan pourrait facilement être qualifié de film-choral. Il expose en effet trois destins différents. Chaque fil narratif de Neeraj Ghaywan convoque une préoccupation moderne sur la société indienne. Dans le segment consacré au drame vécu par Dévi, Neeraj montre un visage sombre de son pays. Flics corrompus, poids des rumeurs et de la réputation, place de la femme dans la société, le réalisateur dépeint quelques-uns des problèmes majeurs accablant l'Inde et qui semblent, pour certains, presque anachroniques. Il décrit avec force et justesse le poids écrasant de l'honneur pour la famille indienne et comment, en quelques minutes, tout peut basculer dans le drame. Au-delà de cette peinture sociale au vitriol, Ghaywan fournit un aperçu convaincant des traditions indiennes et de l'organisation de ses classes.

    C'est d'ailleurs là l'élément majeur du second arc narratif, celui de Deepak, où le cinéaste construit une très belle histoire d'amour pour mieux pointer du doigt les difficultés qu'engendrent le principe des castes dans la société indienne moderne. Concept plus archaïque mais finalement très proche des classes sociétales occidentales, le système de castes semble enfermer les individus dans des cases où un plafond de verre les maintient prisonniers. L'histoire entre Deepak et Gupta prouve que rien n'est cependant immuable. Enfin, le cinéaste aborde une des caractéristiques les plus tristes et étonnantes de l'Inde, à savoir la pléthore d'orphelins livrés à eux-mêmes et qui, pour survivre, assument tous les menus travaux qu'ils peuvent trouver. La subtile relation qui se noue entre Pathak et son petit travailleur représente à ce sujet une belle réussite.

    Plus qu'une simple critique sociale, Masaan est un film-portrait. Un cliché instantané d'une heure quarante sur l'Inde d'aujourd'hui tiraillée entre modernisme et tradition, entre amour et haine. Le long-métrage impressionne à la fois par sa mise en scène flirtant parfois avec la plus belle des poésie (les ballons s'envolant un soir de fête) mais également par son casting impeccable où le plus vieux protagoniste, Sanjay Mishra, tire encore mieux son épingle du jeu que les autres, surement grâce à un rôle plus nuancé et plus profond. La force du long-métrage réside donc dans ce réalisme capturant l'âme indienne dans son ensemble avec ses bûchers funéraires, ses ghâts, ses castes, ses innombrables dieux et traditions... Sur ce point précis, plus encore que sur les autres, Masaan est une grande réussite. Cela malgré la prévisibilité d'une fin qui ne sonne nullement comme un twist mais comme une nouvelle chance redonnant espoir au spectateur comme aux protagonistes du récit. 

    Neeraj Ghaywan signe avec Masaan un film beau et touchant, où les personnages marquent et où les drames ne parviennent pas à éclipser la beauté d'un pays unique. Tout autant peinture sociale que critique acerbe des maux qui rongent l'Inde moderne, le long-métrage est une réussite.
    Une de plus parmi la nouvelle vague des films venus d'Asie.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les bûchers funéraires sur les ghâts en pleine nuit.

     

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  • [Critique] L'Armée des morts

    Dans le début des années 2000, deux phénomènes se télescopent. D'un côté, on assiste à une vague de remakes plus ou moins réussis de classiques de l'horreur (Massacre à la tronçonneuse en 2003, La Colline a des yeux en 2006, Fog en 2005, etc.), de l'autre, le genre zombie, qui semblait tomber un peu aux oubliettes, retrouve une seconde jeunesse avec le 28 Jours plus tard de Danny Boyle, ou The Walking Dead de Robert Kirkman, en comics. Il était donc presque naturel de voir débarquer un remake d'un film de morts-vivants culte, à savoir le Zombie de George A.Romero. Comme lors de sa sortie en 1978, il semble qu'il soit impossible de traduire correctement le titre de ce long-métrage. Renommé cette fois L'Armée des morts (normal), le remake est réalisé par un petit nouveau, un homme issu du milieu de la pub : l'américain Zack Snyder. A sa sortie, le film provoque à la fois un tollé et une vague de critiques enthousiastes. Véritable succès public qui propulse Snyder sur le devant de la scène, L'Armée des morts reste aussi à sa façon une date dans le genre zombie. Explications.

    Zack Snyder semble conscient de s'attaquer à un mythe. A l'instar de Marcus Nispel sur Massacre à la tronçonneuse ou Alexandre Aja sur La Colline a des yeux, le bonhomme sait pertinemment qu'il n'a aucune chance de surpasser le fond politico-social de l'original. Dès lors, Snyder se limite à une vague critique de la peur de l'autre à travers les différentes vagues de survivants. Pas de quoi impressionner qui que ce soit. De toute façon, quel peut-être le véritable intérêt d'un remake s'il s'agit d'un simple copier-coller ? A l'instar de ce qu'avait commencé à faire Savini dans sa version de La Nuit des morts-vivants, Snyder va s'affranchir de l'original et le repenser totalement. Il va façonner un véritable film apocalyptique où la menace zombie s'avère cette fois crédible, à la façon d'un 28 Jours plus tard. Ainsi, les zombies de L'Armée des morts se révèlent les proches parents des infectés de Boyle. Hyper-agressifs, nerveux, sprintant au besoin et franchement terrifiants, les morts-vivants de Snyder rendent l'apocalypse possible. C'était en effet un des plus gros points faibles de l'univers de Romero. Comment des monstres aussi rapides que des étoiles de mer pouvaient-ils causer la fin de l'humanité ? Franchement ? Pour ceux de Snyder, la question ne se pose même pas.

    C'est d'ailleurs là l'un des éléments qui a fait hurler les fans puristes à la mort, lors de la sortie du film. Le meilleur argument de ceux-ci étant que le mort-vivant ayant des muscles et tissus morts... eh bien, il ne peut pas courir. Ils oublient aussi qu'à la base, un mort n'est absolument pas capable de se relever. Donc le débat n'a rigoureusement aucun sens. Snyder fait fi de certaines bases élémentaires du mythe pour se le réapproprier, de la même façon que Danny Boyle l'avait fait précédemment. Les morts ne se relèvent plus que s'ils ont été mordus, par exemple. En réalité, les points communs avec l'original se comptent sur les doigts d'une main. Le titre, le lieu de l'action, les zombies. Et c'est à peu près tout. Snyder a en fait l'intelligence de chercher quelque chose de neuf en s'engouffrant dans une seule et unique dimension : le divertissement horrifique. La véritable erreur est certainement de considérer L'Armée des morts comme un remake.

    L'américain a envie de casser l'image du film zombie mollasson. Il ne faut pas dix minutes pour que le premier monstre surgisse et que le sang gicle. Durant un prologue explosif et virtuose, Snyder croque une fin du monde spectaculaire, d'autant plus forte qu'elle explose dans une banlieue des plus paisibles. Le réalisateur annonce directement qu'il n'a aucune envie d'y aller doucement et que son film sera bel et bien un morceau de bravoure gore et horrifique. On suit donc l’infirmière Anna, le policier Kenneth, le vendeur de télé Michael, l'ex-taulard Andre et sa compagne dans leur quête de survie. Ils trouvent refuge dans un centre commercial dont les gardes qui l'occupent ne sont pas très enclins au partage. Première constatation, Snyder ressuscite des acteurs has-been pour leur faire endosser des rôles certes caricaturaux mais efficaces de monsieur et madame tout-le-monde. Que ce soit Sarah Polley ou l'imposant Ving Rhames, ils retrouvent tous une seconde jeunesse sous la caméra de l'américain. Le couple Polley-Weber marchant au passage excellemment bien.

    Dès l'arrivée dans le centre commercial, le film se transforme en un survival-horror n'hésitant pas à jouer la carte de l'humour. On est parfois plus proche de l'ambiance du jeu Resident Evil que ne l'est la propre adaptation filmique de celui-ci (le parking par exemple). Snyder réalise son premier long-métrage en mélangeant les influences, de Boyle à Romero, en passant par Mikami ou George Miller. Ce qui tire radicalement le film vers le haut du panier, c'est le talent indéniable de metteur en scène de Snyder. Aussi nerveuse que ses zombies, sa réalisation dynamique regorge d'effets de caméra, de ralentis ou d'effets gores. Les séquences d'action, à la fois grâce à la rapidité des morts-vivants et au doigté de Snyder, deviennent de petits moments de bravoure. La plus incroyable et démesurée restant évidemment la marée de zombies jetée contre les bus en fin de métrage. Evidemment, le clinquant de la mise en scène de Snyder provoquera d'inévitables allergies, tant le bonhomme se complaît dans ce procédé, iconisant à fond ses personnages et leurs situations. C'est bien simple, soit on adore, soit on déteste. La force des images horrifiques du film (toute la séquence folle de l'accouchement) laisse entrevoir l'immense pouvoir pictural du jeune cinéaste. Quelque chose de très comics dans l'esprit... 

    Dernier atout de L'Armée des morts : il s'agit d'un film noir. Plus le récit se déroule et plus Synder laisse la place au désespoir. Les hallucinantes séquences de fin dans la ville morte ou sur la marina rendent compte à merveille de cet état de fait. Mentionnons également que l'américain utilise les génériques comme des parties intégrantes de son histoire. Celui du début installe autant l'ambiance et la dimension divertissement horrifique que celui de fin conclut avec noirceur un propos de plus en plus sans issue. Autre point fort, Snyder peut compter sur l'excellente musique de Tyler Bates, qui arrive même à placer le génial Down with the Sickness du groupe Disturbed et le culte The man comes around de Johnny Cash dans le même long-métrage. Finissons par préciser que le récit n'oublie pas quelques clins d’œil savoureux aux fans de Romero, entre Tom Savini en shérif ou quelques phrases hommage à la saga. Chose amusante, on retrouve un illustre inconnu au scénario... un certain James Gunn. 

    Excellent premier film - on a souvent trop tendance à occulter qu'il s'agit d'un coup d'essai -, L'Armée des morts trace sa propre voix dans un genre que l'on croyait verrouillé. Grâce à une réalisation nerveuse et stylisée, ainsi qu'un certain nombre d'idées permettant de dynamiser le récit, Zack Snyder impose sa marque sur le genre en évitant de livrer une pâle copie de l'original, de toute façon bien supérieur socialement parlant. Il influencera naturellement durablement les films suivants. 

    Note : 8.5/10 

    Meilleure scène : Le Prologue - Le parking

    Meilleure réplique :  "On tient à vivre chaque seconde..."

     

    [Critique] La Nuit des morts-vivant (Version 1990)

     

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  • [Critique] Difret
    Prix du Public Sundance 2014
    Prix du Jury Festival 2 Valenciennes 2015
    Prix du public Panorama Berlinale 2014

     

    Sélectionné pour le Panorama de la Berlinale 2014, récompensé par le Prix du public à Sundance la même année et Prix du Jury au dernier Festival 2 Valenciennes, le film éthiopien Difret, écrit et réalisé par Zeresenay Mehari, connaît enfin les honneurs d'une distribution grand public. Premier film de la jeune cinéaste, le long-métrage est également produit par une certaine Angelina Jolie, qui réaffirme encore son soutien aux causes humanitaires et féministes, après Au pays du sang et du miel. Engagé mais aussi historique dans un certain sens, Difret permet de jeter un regard d'une grande justesse sur l'Ethiopie, ainsi que de comprendre une culture tout à fait différente de la nôtre, tout en expliquant le combat authentique d'une femme, Meaza Ashenafi, pour sauver d'une mort certaine Aberash Bekele (renommée Hirut Assefa pour les besoins de l'histoire), une jeune fille de quatorze ans sans histoire.

    Retour en 1996. L'Ethiopie vit encore, pour une large partie, sous la tradition tribale, notamment dans le milieu rural. Hirut Assefa vient de réussir son passage en année supérieure, lorsqu'un groupe d'hommes l'enlève. Selon la coutume, l'homme qui désire prendre une épouse doit l'enlever de force pour consommer l'union le même jour. Seulement voilà, séquestrée puis violée, Hirut trouve la force de saisir l'arme de son tortionnaire pour s'enfuir. C'est ainsi qu'elle en vient à tuer l'un de ses kidnappeurs. Détenue par la police locale, la jeune fille encourt la peine de mort pour son crime. Heureusement, Meaza Ashenafi, une avocate bénévole d'une association d'aide aux femmes, se saisit de l'affaire. Envers et contre tous, elle va tenter de faire acquitter la jeune fille et de bouleverser l'ordre établi, changeant le visage de la loi éthiopienne par la même occasion. 

    Sans être épatant au niveau de sa mise en scène, le premier long-métrage de Zeresenay Mehari assure ce qu'il faut pour raconter l'histoire tragique de Hirut Assefa. De façon assez simpliste, on peut scinder Difret en deux axes de lecture. Le premier s'intéresse à la fillette victime d'une tradition barbare, tout en montrant de quelle façon les hommes du village en viennent à ce genre d'extrémités. Plus qu'une simple tragédie, l'histoire de Hirut permet à Mehari de raconter les traditions de son pays. Profondément enracinés et notamment dans les milieux les plus pauvres, les enlèvements font partie d'un système complexe de domination patriarcale solidement enraciné dans les origines tribales de ces populations. Ainsi, Difret n'est jamais aussi captivant que lorsqu'il s'intéresse aux us et coutumes de ce village perdu, Mehari filmant un tribunal tribal avec sérieux, sans forcément condamner ce que l'on voit ou ce que l'on entend. Du fait d'un endoctrinement dès le plus jeune âge, les hommes du village ne se perçoivent pas comme mauvais : ils font simplement ce qu'on leur a appris à faire. Avec une grande pertinence, Mehari évite la stigmatisation appuyée, pour mieux exposer l'état de l'Ethiopie en 1996. Elle attire l'attention du spectateur sur l'ignorance des fermiers et la pauvreté de ces villages, que seule l'installation d'écoles semble pouvoir sortir de l'ornière.

    Au-delà de cette peinture d'une Ethiopie traditionnelle, on retrouve un second axe de lecture. La cinéaste nous montre également L'Ethiopie moderne, celle des villes, où les femmes s'émancipent et où les lois s'appliquent tant bien que mal. C'est aussi l'occasion pour le long-métrage de brosser le portrait de personnages féminins forts et touchants, tels que celui de Meaza Ashenafi, interprétée par l'excellente Meron Getnet. Avocate tenace et audacieuse, Meaza incarne l'image de la femme moderne, une conception magnifique d'un féminisme souvent galvaudé aujourd'hui. Sa rencontre avec la jeune Hirut est l'occasion de comprendre ce qui sépare la fillette de cet autre monde aux allures irréelles. Un monde où la femme peut vivre seule sans pour autant être mauvaise, un monde où elle n'est pas obligée de savoir faire la cuisine et de se plier au diktat masculin. Evidemment, les choses ne sont pas entièrement manichéennes, il s'avère bien difficile de changer les habitudes, à commencer par se coucher dans un simple lit. Mais Difret ne renonce pas et persévère comme ses personnages féminins.

    Si l'on peut reprocher au long-métrage de tomber parfois dans l’écueil de la séquence tire-larmes - on pense notamment à la lourde scène de fin -, il parvient à trouver un équilibre intéressant entre film historique et drame. En opposant deux mondes différents, sans les juger, sans les condamner, Mehari réussit à ne pas tomber dans la caricature. Elle donne également une magnifique place à la femme éthiopienne, et milite pour des droits qui sembleraient évidents si de telles choses ne se produisaient pas. Elle démontre également que les traditions ne sont pas immuables, que les mentalités doivent changer. De gré ou de force, l'égalité doit être imposée pour toutes ces femmes démunies. Même si les enlèvements sont désormais interdits en Ethiopie, nul doute qu'un film comme Difret sera toujours nécessaire pour rappeler qu'il faut lutter contre toutes les injustices pouvant encore exister de par le monde. 

    Premier film important, à défaut d'être mémorable, la faute à une mise en scène banale, Difret délivre un message salutaire. A la fois peinture des différents visages de la société éthiopienne et hommage féministe au combat contre l'ignorance, le long-métrage de Zeresenay Mehari atteint ses objectifs haut la main.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le tribunal tribal

     

     

     

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  • [Critique] Les Milles et Une Nuits : Volume 1 - L'inquiet

    Dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes cette année, le portugais Miguel Gomes offrait à la presse sa dernière réalisation. Trois ans après Tabou, une des sensations de la Berlinale 2012, le cinéaste s'est fixé un défi : celui d'adapter à sa façon les fameux contes des Milles et Une Nuits. Divisée en trois volumes, cette expérience cinématographique dépasse les 6 heures, mise bout à bout... de quoi inquiéter n'importe quel cinéphile ! Précédée d'une réputation flatteuse, la première partie paraît au début du mois de juillet, les deux autres segments devant arriver fin juillet et fin août. Difficile, surtout avec la bande-annonce, de savoir à quoi s'attendre de la part du fantasque réalisateur portugais. Pétard mouillé ou véritable coup de maître ?

    Il est bien difficile de décrire ce qui se déroule pendant les deux heures de ce premier volume. Tout commence par un étrange prologue qui donne le ton. Trois fils narratifs s'y entrecroisent : d'un côté des ouvriers parlant de la fermeture prochaine du chantier naval, de l'autre l'inquiétante invasion des abeilles tueuses au Portugal... et à côté, l'équipe de tournage elle-même, avec le réalisateur Miguel Gomes qui tente de s'enfuir devant l'ampleur du projet monstrueux qu'il s'est fixé. Le tout sous forme de documentaire austère mais très réaliste. Immédiatement, le portugais signale au spectateur que son film ne sera peut-être pas facile à appréhender mais qu'il est le fruit d'une longue réflexion ne laissant rien au hasard. Ballotté entre le désir de dénoncer les désastres du capitalisme sur son pays et celui de trouver la voie de l'enchantement procurée par les fameuses Milles et Une Nuits, Gomez va faire quelque chose de dingue : il ne va rien choisir et va tenter d'intriquer les deux. Dès lors, comment arriver à conjuguer la poésie légendaire des contes arabes avec la désespérante société moderne ?

    Ce premier volume se poursuit alors par trois contes remaniés pour les besoins du scénario : Les hommes qui bandent, L'Histoire du coq et du feu et Le Bain des Magnifiques. Le tout précédé par une courte introduction inspirée de L'île des Jeunes Vierges de Bagdad. L'intégralité de l'histoire se situe donc dans un Portugal moderne rongé par la crise économique. Il fallait bien ces deux heures pour ce premier opus car, à la fin, on en ressort proprement lessivé. Non, Les Mille et Une Nuits revues et corrigées par Miguel Gomes ne sont pas faciles d'accès. Mais elles sont d'une beauté parfois à couper le souffle, d'un humour tantôt potache tantôt discret, et d'une intelligence sans fond. En reprenant à son compte les histoires de Schéhérazade, le cinéaste joue avec le connaisseur sans pour autant laisser le novice sur le bord du chemin. Une fois que le spectateur se laisse emporter par le délire de Gomez, le long-métrage se pare de mille feux. 

    Véritable fourre-tout, Les Mille et Une Nuits accueille les plus joyeux délires. On y croise les banquiers du FMI et les hommes politiques portugais à dos de dromadaires, un homme-médecin noir détenant le spray qui fait bander, un coq qui parle, une pyromane de douze ans, une baleine échouée qui explose pour révéler une sirène, un bain collectif dans un océan glacé... Bref, on y trouve à peu près tout ce qu'il est possible d'imaginer. Très bavard, le film regorge de trouvailles et Gomez ne recule devant rien, revendiquant une liberté de ton jouissive, où même les mauvaises idées se noient dans la générosité de l'histoire. Surprenant du début à la fin, Les Mille et Une Nuits arrive à faire quelque chose que l'on pensait impensable : réenchanter notre monde. C'est parfois loufoque et potache (tels ces hommes politiques bandant comme des taureaux), c'est souvent touchant (le triangle amoureux des enfants ou les biographies des Magnifiques), mais c'est surtout toujours intelligent.

    Gomez raconte le Portugal moderne. Il le fait avec une patience infinie et une sincérité sidérante. Véritable déclaration d'amour à son pays et à ses habitants, Les Mille et Une Nuits tente également de jeter un cri d'alarme, de désespoir pour ainsi dire. La crise, l'argent, ce capitalisme indécent, ces existences broyées par la machinerie impitoyable qu'est la mondialisation, la dette humiliante... tout se retrouve dans ce premier volet, s'entrechoque pour bousculer les idées préconçues. Gomez rabaisse et traîne dans la boue ces impuissants politiques et financiers qui détruisent le pays. Il nous montre le ridicule de ces politiciens locaux prêts à vendre leur âme pour le moindre vote. Il laisse la parole à des chômeurs, ces gens sur qui l'on crache à longueur de temps et qui vivent comme des moins que rien. Il montre la tristesse de voir la beauté du Portugal se flétrir sous les coups de boutoir du capitalisme. Le propos s'avère fort, beau et tellement juste. Le monstre capitaliste devient semblable à une insatiable grenouille dévorant l'argent de tous, en même temps que leurs existences. Sans jamais renier la poésie de ses récits, le cinéaste offre une charge violente contre une situation infamante et tellement d'actualité. Avouons que voir les membres du FMI ainsi ridiculisés dans le premier conte a quelque chose de totalement jubilatoire.

    Evidemment, tout n'est pas parfait. L'inquiet ne facilite pas la tâche au spectateur, il ne le laisse quasiment jamais en paix et demande une attention soutenue tant sa densité frôle l'apoplexie. On pourra aussi pointer du doigt l'introduction abrupte et nébuleuse entre ouvriers et abeilles tueuses. Ou reprocher la longueur du témoignage du premier Magnifique, bien moins fort de ce fait que le couple passant juste après. Pourtant, devant l'audace narrative de l'ensemble, le flot continuel d'idées qui irrigue le récit, la réalisation millimétrée et la lucidité salutaire de l'oeuvre, on pardonne facilement ces menus défauts. Gomez réussit quelque chose d'incroyable, il apporte une réelle bouffée d'air frais dans le monde du cinéma moderne.

    Cet impressionnant premier volet des Mille et Une Nuits ne laissera personne indifférent. D'une incroyable densité (on n'ose pas imaginer la suite), d'une liberté de ton réjouissante et d'une poésie saisissante, L'Inquiet réenchante notre terne société moderne, crachant sur cet argent du diable sans jamais perdre de sa lucidité morale.
    "Ô Roi bienheureux, on raconte qu'un modeste réalisateur portugais s'est mis en tête de déclarer sa flamme à tout un peuple, on raconte que son premier volume renferme l'âme de son pays."

    Une magnifique expérience.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Le second témoignage des Magnifiques

     


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  • [Critique] 28 Jours plus tard

     

    Les années 90 furent une sale période pour le cinéma zombiesque. Si l'on excepte des films sympathiques comme le Braindead de Peter Jackson, les morts-vivants ont quasiment disparu du grand écran. C'est ailleurs qu'il faut chercher le relève, en particulier en 1996 avec l'arrivée du jeu culte Resident Evil de Shinji Mikami sur Playstation. La saga horrifique de Capcom connaîtra d'ailleurs un succès croissant. Largement inspiré par l'oeuvre de George Romero (on retrouve même une pièce du manoir identique à la montée d'escaliers de la maison de La Nuit des morts-vivants de 1990), Resident Evil connaîtra même les honneurs douteux de l'adaptation filmique par Paul W.S. Anderson. Mais pour cela, il faudra attendre 2002. Ratage intégral, le film aurait pu enterrer définitivement le genre au cinéma... si un autre long-métrage n'avait pas fait l'effet d'une bombe la même année.

    En effet, quelques mois après la sortie de Resident Evil dans les salles, c'est le britannique Danny Boyle - Trainspotting, La plage... - qui offre un renouveau totalement inattendu au genre. 28 Jours plus tard devient rapidement un petit phénomène dans le milieu de l'horreur. On y suit Jim, un homme qui se réveille seul au milieu d'une chambre d’hôpital. Dehors, dans les rues de Londres, il ne trouve personne. Bus et voitures abandonnés, ordures en pagaille, vitrines brisées, Jim n'a aucune idée de ce qu'il se passe. Jusqu'à ce qu'il pénètre dans une église où des centaines de cadavres s'entassent et que des gens se précipitent sur lui pour tenter de le tuer. Secouru par Séléna, Jim va comprendre qu'il est l'un des seuls survivants d'une catastrophique épidémie d'un dérivé de la rage. Les puristes remarqueront d'emblée que stricto sensu, 28 Jours plus tard n'est pas un film de morts-vivants. Les enragés du film sont en réalité des infectés, victimes d'un virus qui les rend incontrôlables et hautement agressifs. Du coup, une fois éliminés (et pas forcément en visant la tête), ils meurent bel et bien. Alors pourquoi 28 Jours plus tard est-il toujours considéré comme la pierre angulaire du zombie des années 2000 ?

    Simplement parce que sans le dire, Boyle réemploie à peu près tous les codes du film de zombies. Les infectés renvoient immédiatement aux morts-vivants. La fin du monde, l'épidémie incontrôlable, les hommes devenus des monstres, la poignée de survivants, les militaires détestables... oui, tout cela rappelle invariablement la saga de George A. Romero. En réalité, le britannique, qu'il en ait conscience ou pas d'ailleurs, vient de dépoussiérer totalement le genre. Alors que le zombie de Romero était très lent et limité, les infectés courent, hurlent, déchirent leurs victimes. Certains diront que Boyle (comme ses successeurs) a trahi le mythe forgé par Romero, mais l'évidence est pourtant là, l'infecté apparaît extrêmement plus crédible pour provoquer une contamination massive et la fin du monde que des cadavres à peine plus rapides qu'un escargot en pente. De plus, il ne s'agit pas de zombies... mais d'infectés. Le genre d'excuse idéale pour que Boyle fasse avaler la pilule aux plus récalcitrants de ses spectateurs.

    28 Jours plus tard s'inscrit pourtant dans la droite lignée de la saga des morts-vivants. Danny Boyle recourt ouvertement à l'origine virale (ce que ne faisait jamais clairement Romero) dans une ère moderne où la peur bactériologique - lettres piégées à l'anthrax et autres joyeusetés - terrifie la population. Il était donc logique que cette crainte moderne rencontre le mythe moderne par excellence. Si la première partie du long-métrage s'intéresse à la découverte de la catastrophe en offrant des vues désertes de Londres tout à fait sidérantes, le reste du film s'achemine lentement mais surement vers une critique antimilitariste et, plus généralement, sociétale. Une fois dans le manoir avec les militaires, Boyle ne cache plus les références au Jour des morts-vivants ou à The Crazies, en utilisant des soldats plus haïssables et terrifiants que les infectés à l'extérieur. Du coup, 28 Jours plus tard prend des allures antimilitaristes qu'un certain George n'aurait pas reniées. 

    L'autre gros point fort du film, c'est son cheminement très réaliste avec des personnages humains crédibles. En premier lieu, Jim, incarné par un Cilian Murphy habité. C'est véritablement ce rôle qui lui vaudra la carrière que l'on connaît aujourd'hui. Autre protagoniste important, Selena, jouée par Naomie Harris et dont le charisme de femme-guerrière connaîtra des échos jusque dans un certain Walking Dead. On relèvera aussi l'apparition de Christopher Eccleston, dans la peau de l’ambiguë major West. Seulement voilà, malgré toutes ces qualités, malgré le sang neuf qu'il apporte au genre, 28 Jours plus tard ne convainc pas tout à fait. La faute à sa mise en scène principalement, ainsi qu'à un ventre mou en plein milieu, coupant le film dans son élan anxiogène. Pour filmer dans un style documentaire (ainsi que pour aller vite, car il fallait vider des quartiers entiers de Londres pour les besoins du tournage), Danny Boyle utilise une caméra DV. Malheureusement, le résultat est une catastrophe. L'image s'avère juste exécrable, la lisibilité limite en plein jour et quasi-nulle dans les séquences nocturnes. Impossible pour Boyle de donner l'ampleur qu'il souhaite à son trip horrifique... Même si les plans de Londres deviendront cultes, il n'y a presque que ça à sauver de la mise en scène lamentable du britannique. On peut d'ailleurs faire ce même reproche lorsque les infectés apparaissent à l'écran. Caméra à l'épaule, utilisant le shaky-cam à foison, l'action de 28 jours plus tard devient totalement illisible. Tout l'immense potentiel scénaristique et horrifique du long-métrage s'en voit fortement diminué. Impossible de ne pas se demander ce qu'aurait pu donner le métrage avec des moyens conventionnels...

    28 Jours plus tard fait l'effet d'une bombe. Succès commercial et critique, le film de Danny Boyle donne un sérieux coup de neuf au genre et va devenir le point de départ d'une toute nouvelle vague zombie. L'influence colossale du long-métrage se retrouvera dans les comics (La scène de début de The Walking Dead, le personnage de Michonne...), dans les jeux vidéo (Left for Dead, Resident Evil Rebirth...) et, évidemment, dans le cinéma et les séries (Dead Set, L'armée des morts...). Malgré l'aura culte qui l'entoure, 28 jours plus tard souffre pourtant d'un énorme problème de mise en scène qui l'empêche de totalement gagner son pari. Mais peu importe, dans un certain sens, 28 Jours plus tard reste aussi déterminant pour le genre au XXIème siècle que le fut La Nuit des morts-vivants de Romero dans les années 70-80.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : Londres désertée

     


    [Critique] 28 Jours plus tard

     

     

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  • [Critique] La Nuit des morts-vivant (Version 1990)


    Avec Le Jour des morts-vivants, George A. Romero achève sa trilogie zombiesque. Près de cinq ans après, Tom Savini décide de réaliser un remake du premier volet culte de la saga : La Nuit des morts-vivants. Savini est jusqu'alors plutôt fameux pour ses services en tant que responsable des effets spéciaux. On lui doit notamment les maquillages de Zombie, Le Jour des Morts-vivants ou encore Maniac. Le remake constitue sa seconde réalisation après un premier film, Les Contes des ténèbres, passé totalement inaperçu. Heureusement, George Romero, son ami de toujours n'est pas loin. C'est en effet lui qui co-écrit le scénario du film et qui assure le poste de producteur. Outre l'évident apport de la couleur, que peut bien avoir de plus ce remake vingt-deux ans après l'original ?

    Inutile de revenir sur le postulat de départ de La Nuit des morts-vivants puisqu'il est rigoureusement identique à la version de 1968. Barbara fuit toujours des morts mystérieusement revenus à la vie et s'abrite dans une maison isolée où elle reçoit l'aide de diverses autres personnes. Dans les grandes lignes, le remake ne change quasiment pas de l'original et ajoute simplement une modernisation de l'image. La couleur incitera d'ailleurs certains allergiques au noir et blanc à sauter le pas. Malgré tout, les puristes regretteront le rendu de l'original, qui contribuait également à l'ambiance de ce film culte. Autre actualisation, les maquillages et effets spéciaux divers qui ont beaucoup évolué entre temps. Ceux-ci s'avèrent naturellement largement plus convaincants que dans l'original, à plus forte raison avec Savini aux commandes.

    Autre point appréciable du remake, la présence d'acteurs talentueux tels que Tony "Candyman" Todd pour incarner Ben, ou Bill Moseley dans la peau de Johnny. Cependant, même si l'on retrouve naturellement nombre des qualités de l'original dans ce volet, du fait du quasi-décalque voulu par Romero et Savini, certaines choses passent à la trappe. La critique des médias disparaît quasi-totalement, tout comme la nocivité et l’imbécillité de l'ensemble des protagonistes, réduites ici à l'opposition Ben-Harry. Le sous-texte social se révèle donc moins fort à l'arrivée pendant les trois quarts du métrage. Heureusement, Savini ne l'oblitère pas totalement. Il faut alors parler du personnage le plus surprenant de ce remake : Barbara. 

    Dans les années 60, Barbara était l'archétype du personnage féminin fragile, catatonique ou presque dès son arrivée à la maison et, il faut l'avouer, parfaitement inutile au cours de l'histoire. Vingt-deux ans plus tard, il en va tout autrement. Dans le remake, Barbara se transforme en femme forte : coupe garçonne, fusil à l'épaule, participation active à l'intrigue, elle apparaît même comme le seul élément réellement sain de l'équipe. C'est son personnage d'ailleurs qui donne le net changement de l'histoire, puisqu'elle finit par s'échapper pour chercher elle-même les secours, bravant les hordes de zombies rôdant à l'extérieur. On se rend compte que la franchise Alien ou le premier Terminator sont passés par là, l'époque de la femme-chose semble définitivement révolue. Mieux, les femmes prennent les choses en main et se révèlent souvent bien plus efficaces que les hommes. A travers l'évolution de Barbara, Savini s'inscrit dans un certain courant féministe ouvrant la voie à d'intéressantes réflexions vis-à-vis des hommes.

    Le plus gros changement du remake, outre son actrice principale, c'est évidemment la fin, presque entièrement remaniée. La critique raciale disparaît, alors que le jugement à l'encontre des rednecks et de la sauvagerie humaine s'intensifie. Dans une magnifique séquence où quelques hommes s'amusent à tirer sur des morts-vivants qu'ils ont eux-même pendus par les pieds, Barbara s'exclame face caméra : "They're us. We're them, and they're us". Savini se fait le témoin de la stupidité humaine et condamne leurs actes barbares par les yeux d'une femme. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est Barbara qui tire la dernière cartouche du film. Malgré un sous-texte certainement moins fort et maîtrisé que dans l'original, le remake surprend par son efficacité et son intelligence. 

    Très proche de l'original de 1968, La Nuit des morts-vivants version 1990 propose principalement une actualisation graphique et technique du classique de l'horreur. Il reprend aussi avec malice une grande partie des éléments qui ont fait le succès de son illustre aîné, en y ajoutant un sous-texte féministe intéressant. Il restera près de douze ans le dernier représentant sérieux d'un genre alors à bout de souffle (si l'on excepte le potache Braindead de Peter Jackson et le fauché Moi, Zombie : Chronique de la douleur). Il faut attendre 2002 et le 28 jours plus tard du britannique Danny Boyle pour que le film de zombie connaisse un nouvel essor.

    Note : 8/10 

    Meilleure scène : Les hommes s'amusant avec les zombies en fin de film

    Meilleure réplique :  "They're us. We're them, and they're us"


     

    [Critique] La Nuit des morts-vivant (Version 1990)

     

     

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  • [Court-métrage] Courts-métrages Zombies

     

     

    Outre les différents long-métrages qui ont jalonné le genre zombiesque, il faut aussi se pencher sur les courts-métrages qui recèlent également quelques petits perles. Voici donc une sélection qui ne manque pas de saignant :

    -- Cargo :

    Finaliste du Tropfest 2013, un festival du court-métrage qui a lieu chaque année à Sydney. Cargo est l'oeuvre de Ben Howling et Yolanda Ramke. En quelques 7 minutes, Cargo raconte avec une certaine émotion le combat désespéré d'un père pour sauver son enfant...alors même qu'il se sait condamné. Très fort et magnifiquement réalisé, ce petit bijou n'a besoin d'aucun dialogue pour émouvoir. 



    -- I Love Sarah Jane :

    Dans un registre un peu différent (mais pas tant...), I Love Sarah Jane raconte avec très peu de mots une histoire d'amour entre un jeune garçon et une fille dont le père s'est transformé en zombie. Entre la violence aveugle des enfants qui n'est pas sans rappeler l'oeuvre de Romero ou Savini, et la poésie d'un amour fait de non-dits, I Love Sarah Jane est une belle petite surprise qui accueille, en plus, une jeune star en devenir, la talentueuse Mia Wasikowska (In Treatment, Maps to the stars...).

     

    -- Perished :

    Peut-être plus conventionnel que les précédents, Perished n'en reste pas moins une grosse réussite qui s'intéresse à la survie d'un homme assiégé dans une maison. Gore à souhait et non dénué de cynisme, le court-métrage apparaît comme bien plus convenu mais sa réalisation ainsi que sa conclusion en font un agréable moment.

     

    -- Cabine of The Dead :

    Cabine of the Dead n'est pas seulement un savoureux court-métrage du français Vincent Templement, c'est aussi un brillant exemple du mariage incongru entre le zombie et la comédie. Un homme persécuté par des morts-vivants ne trouve rien d'autre comme refuge...qu'une cabine téléphonique. Seulement voilà, pour qu'on lui porte secours, il va devoir convaincre ses proches qu'il est en danger et que des morts tentent de le bouffer. Hilarant et bénéficiant d'excellents maquillages, Cabine of The Dead a décidément tout pour lui !

     

    -- Rotting Hill :


    Dernier court de cette sélection, Rotting Hill est un autre exemple de comédie zombiesque. Film de fin d'études de Media Design School, le court-métrage met en avant des effets spéciaux maison pour nous raconter une magnifique histoire d'amour pleine de poésie entre...deux zombies ! Drôle, pas si mal fichu en regard des moyens à disposition et efficace, Rotting Hill s'avère une amusante expérience.

     

    Bonus : Thriller de Michael Jackson



    Pas besoin de présenter le clip légendaire, le plus connu des courts-métrages zombies. Un classique indémodable.


    [Court-métrage] Courts-métrages Zombies

     

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  • [Critique]

    Le gros problème de Black Library France, c'est qu'ils sont parfois incapables de respecter un ordre de parution cohérent. La preuve avec les tomes 22 et 25 de L'Hérésie d'Horus. Les recueils de nouvelles se vendant moins bien en général, et à plus forte raison en France, les lecteurs assidus du cycle auront déjà achevé le tome 29 avant de pouvoir poser les yeux sur Les Ombres de la traîtrise, tome 22 de la saga et recueil de 5 nouvelles et 2 novellas. Histoire de rendre la chose encore plus cocasse, les novellas sont presque essentielles pour comprendre Imperium Secundus de Dan Abnett. Rassemblant également des écrits exclusifs au Games Day (La Tour Foudroyée de Dan Abnett et Le Roi Sombre de Graham McNeill), Les Ombres de la traîtrise s'affirme en fait comme le recueil le plus intéressant de la saga.

    Le Poing Écarlate ouvre le bal. C'est John French qui s'y colle, l'auteur du cycle Ahriman déjà entrevu dans le recueil L'âge des ténèbres pour Le Dernier Commémorateur. Novella de 115 pages, Le Poing Écarlate raconte un des plus gros trous de l'histoire de l'Hérésie d'Horus jusqu'ici, c'est à dire le destin de la flotte envoyée par Rogal Dorn pour prendre part aux représailles d'Istvaan V. Perdu dans l'espace suite aux violents orages Warp qui se sont abattus sur la région, les Imperial Fists ont perdu une grande partie de leurs vaisseaux ainsi que leur commandant. C'est le capitaine Alexis Pollux qui doit reprendre le flambeau et qui se retrouve pris au cœur d'un épineux dilemme : continuer vers Istvaan ou contacter Terra et son primarque pour de plus amples instructions. Seulement voilà, l'arrivée des Iron Warriors menés par Perturabo en personne ne va pas lui laisser le choix : il faudra se battre. Le Poing Écarlate est, somme toute, une bonne novella. La présentation du capitaine Alexis Pollux que l'on retrouve dans Imperium Secundus s'avère excellente, permettant de se rendre compte du génie précoce de celui-ci tout en conservant une certaine part d'humanité face aux sacrifices qu'il doit faire. C'est également l'occasion d'assister à une immense bataille spatiale menée de main de maître par French, ainsi que la première véritable confrontation entre deux légions qui s’exècrent : les Imperial Fists et les Iron Warriors. Si toute cette partie s'avère réussie, jonglant entre le récit à la première personne de Pollux et l'affrontement dantesque des deux armées, Le Poing Ecarlate ajoute un arc plus anecdotique avec les scènes sur Terra notamment entre le primarque Rogal Dorn et Sigismund, son champion. La conclusion de celui-ci en est même ridicule, puisque Sigismund se voit renié par son primarque mais...celui-ci ne le dira pas à ses hommes pour ne pas affecter leur moral. Un "rebondissement" absurde et qui a surtout tendance à couper le rythme de la novella. 

    Seconde nouvelle et changement de situation avec Le Roi Sombre du vétéran Graham McNeill. Encore une fois, il s'agit de revenir sur un événement particulièrement célèbre de l'Hérésie d'Horus, à savoir l'affrontement, avant même la traîtrise du Maître de Guerre, entre Konrad Curze, le primarque des Night Lords, et Rogal Dorn, le primarque des Imperial Fists. Amenant directement à l'annihilation de Nostramo, le monde natal des seigneurs de la nuit. Bien menée, bien écrite, l'histoire ne va cependant pas chercher bien loin. Elle donne surtout un aperçu du personnage cynique qu'est le Night Haunter tout en se questionnant sur les moyens de coercition nécessaires pour maintenir une planète conquise dans le giron impérial. Un texte plaisant mais qui se retrouve malheureusement dans le mauvais recueil puisqu'un autre récit va lui voler complètement la vedette, mais nous y reviendrons.

    Décidément, Les Ombres de la traîtrise met Rogal Dorn à l'honneur puisqu'il est encore question de lui dans la nouvelle La Tour Foudroyée de Dan Abnett, auteur phare s'il en est de la Black Library. L'écrivain anglais se penche sur les peurs intimes de Dorn en faisant le point sur la situation dans le même temps. L'écriture d'Abnett est toujours aussi agréable et la réflexion relativement bien menée. Le problème, c'est que la question a déjà été largement abordé dans Les Morts Oubliés de Mc Neill, certes pas avec le même personnage, mais l'objectif reste le même. Un texte relativement anecdotique en réalité.

    Le Projet Kaban marque le retour de Mc Neill a un univers qu'il affectionne particulièrement, celui du Mechanicum. Sorte de préquel à son roman, l'histoire suit les mésaventures de l'adepte Pallas Ravachol alors que celui-ci travaille sur une machine d'un tout nouveau genre et jusqu'ici proscrite par les commandements de l'Empereur. Découvrant un complot au sein même du Clergé de Mars, Ravachol va tenter de trouver de l'aide en la personne de son ancien mentor, Malevolus. Récit enlevé et regorgeant d'informations pour les fans du Mechanicum, Le Projet Kaban compte aussi quelques personnages secondaires excellents tels que la machine Kaban elle-même ou l’assassin Remiare. On sent que Mc Neill est à l'aise dans cet univers et, le format aidant, il fait court. Il faut d'ailleurs mentionner que Le Projet Kaban peut parfaitement être lu avant Mechanicum du même auteur.

    Vient ensuite Le Vol du Corbeau de Gav Thorpe. Auteur limité mais parfois surprenant - Délivrance Perdue n'était pas si mauvais - l'anglais retrouve donc la Raven Guard pour revenir sur le dernier carré du primarque Corax et de sa légion sur Istvaan V. Il constitue la dernière pierre de cet arc narratif dont les autres morceaux figurent dans Fulgrim et l'Âge des Ténèbres. Le récit alterne entre Corax et ses hommes qui tentent de causer le plus de dégâts possible chez l'ennemi alors que leur fin semble inéluctable, et la prémonition de Valerius qui se heurte au scepticisme du capitaine Branne. Si en soi l'histoire n'est pas mauvaise et se suit sans déplaisir, elle souffre du même défaut que La Tour Foudroyée, à savoir qu'elle aborde un sujet que l'on a déjà vu en long, en large et en travers. Du fait, le lecteur connaît déjà exactement ce qu'il va se passer ôtant quasi tout intérêt au texte. Dommage.

    Enfin, dernier tour de piste pour Graham McNeill avec Mort d'un orfèvre qui s’intéresse au destin tragique d'un commémorateur. Mettant en scène un humain et non un space marine, le texte gagne en sensibilité et permet de porter un regard différent sur la Grande Croisade au contraire des autres textes du recueils. Surprenant et bien écrit, Mort d'un orfèvre est une très bonne surprise. Reste alors à aborder le dernier texte de l'ouvrage : la novella Le Prince des Corbeaux du génial Aaron Dembski-Bowden. Précédé par une réputation des plus flatteuses, le texte était extrêmement attendu par les fans. Auteur de la trilogie des Night Lords, Dembski-Bowden aime les fils de Curze. Dans le Prince des Corbeaux, il se penche sur un personnage iconique au possible : le premier capitaine Sevatar. Alors que les Night Lords se sont fait étrillés dans une embuscade tendue par les Dark Angels mené par leur primarque Lion El'Johnson, les membres du Kyroptera tentent de faire le point sur la situation. En l'absence du Night Haunter grièvement blessé, c'est pourtant le terrible et redouté Sevatar qui va reprendre les choses en main : pas de démocratie chez les seigneurs de la nuit. Que faire après la prise de pouvoir ? Attaquer à nouveau les Dark Angels ou scinder la légion ? Le Prince des Corbeaux est un quasi-chef d'oeuvre de la part d'Aaron Dembski-Bowden. Géniallissime de la première à la dernière phrase, le texte cumule les qualités. Il introduit un des tous meilleurs personnages de l'univers, l'ultra-charismatique Sevatar, mais il se permet également de revenir sur la vie passée du Night Haunter. Formidable plongée dans un passé torturé et glauque au possible, les passages consacrés à Konrad Curze sont de vrais moments grandioses pour tous les fans de l'univers. Mais Dembski-Bowden ne se contente pas de cela. Au contraire, il se penche également sur la structure des Night Lords et ébauche un caractère très particulier pour ce qui reste la plus énigmatique des légions. Mieux encore, il enchaîne sur une bataille spatiale haletante qui renvoie tout le monde dans les cordes. Le Prince des Corbeaux permet en outre de comprendre la situation initiale décrite dans Imperium Secundus. A l'arrivée, cette novella constitue non seulement le meilleur texte du recueil, le meilleur récit court du cycle mais également un des tous meilleurs textes de l'univers de Warhammer 40.000. Rien que ça. Les fans des Night Lords seront aux anges en tout cas.

    Recueil globalement agréable à lire comprenant deux novellas essentielles à la compréhension d'Imperium Secundus, Les Ombres de la Traîtrise vaut aussi tout simplement pour la présence du grandiose Prince des Corbeaux d'Aaron Dembski-Bowden.
    Du coup, voici un indispensable pour tous les fans de 40.000.


    Note : 7.5/10

    Meilleure nouvelle : Le Prince des Corbeaux.

    Le Guide de l'Hérésie D'Horus

     

    [Critique] Les Ombres de la Traîtrise

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  • [Critique] Valley of Love

    On trouve quelques curiosités lors du Festival de Cannes. L'édition 2015 n'a pas dérogé à cette règle. Que ce soit Tale of Tales de l'italien Matteo Garrone ou The Lobster du grec Yorgos Lanthimos, la Croisette a encore vu défiler quelques OFNIs. Parmi eux, le discret mais intriguant Valley of Love de Guillaume Nicloux. Réalisateur fantasque à qui l'on doit L'Enlèvement de Michel Houellebecq, Nicloux recrute deux acteurs français, Isabelle Hupert et le revenant Gérard Depardieu, et les emmène dans la Vallée de la Mort aux Etats-Unis. Malgré un certain désamour des festivaliers, le long-métrage intrigue. 

    Au milieu des paysages désertiques américains, on retrouve Isabelle et Gérard - les personnages portant les mêmes noms que les acteurs  - qui se retrouvent dans la Vallée de la Mort pour honorer le dernier souhait de leur fils. Celui-ci s'est en effet suicidé 6 mois auparavant et leur a écrit à chacun une lettre énigmatique au possible où il parle à cœur ouvert à ses parents avant de leur donner rendez-vous à une date précise. Ils doivent en outre se conformer à un itinéraire précis durant une semaine. Si Isabelle veut croire que son fils viendra les revoir une dernière fois envers et contre tout, Gérard lui n'a rien d'un homme spirituel. Forcément, les retrouvailles de ces deux-là vont faire des étincelles. Simple façon de faire le deuil ou réelle dernière chance de revoir leur défunt fils ?

    Film tout à fait singulier, Valley of Love repose intégralement sur ses deux acteurs. Evidemment, on n'oublie pas les superbes panoramas offerts par la Vallée de la Mort ainsi qu'un certain talent de Nicloux pour capturer l'intimité du couple, mais ce sont les prestations de Gérard Depardieu et d'Isabelle Hupert qui font tout. Du fait, et malgré un démarrage poussif, le récit est avant tout l’occasion de retrouver deux immenses légendes du cinéma français. Impeccable de bout en bout, la relation nostalgique qui s'installe progressivement entre les eux marche d'ailleurs très bien. Mais c'est surtout le deuil qui les rapproche donnant à ce couple improbable une saveur toute particulière.

    Lent et intimiste au possible, Valley of Love parle du deuil, forcément. Nicloux confronte la blessure profonde du couple à ces lettres-fleuve écrites par leur fils. Dans ces instants où tout passe par l'écrit et le visage torturé des acteurs, Valley of Love arrive à toucher de belle façon le spectateur. Il devient alors un film relativement dur et bouleversant sur la douleur de parents confrontés à l'impensable : la perte de leur enfant. Derrière les mots de Michael, on ressent également beaucoup de non-dits, de reproches et de cicatrices à peine refermées. Valley of Love n'est jamais aussi bon que lorsqu'il s'intéresse à cette sourde douleur et aux sentiments explosifs qu'elle engendre. Seulement voilà, Nicloux choisit étrangement de faire un film avec des acteurs pris au piège de leurs rôles. Plus que des doubles cinématographiques, les deux personnages portent le même nom que ceux qui sont censés les incarner à l'écran, exercent le même métier qu'eux dans la vie réelle. Pis encore, bien des éléments renvoient au passé de Gérard Depardieu, notamment la perte d'un fils qui n'appréciait guère son père. Ainsi, et sans vraiment savoir si cela dessert le récit ou non, difficile d'oublier qui se trouve devant nous. On gardera en mémoire quelques traits d'humour bien sentis et une certaine autodérision bienvenue de la part de Gérard Depardieu notamment. 

    En fait, Valley of Love semble hésiter constamment. D'une part entre choisir un abord totalement fictif ou faire une pseudo-biographie de ses deux acteurs, d'autre part entre l'approche fantastique ou réaliste. Même s'il devient clair que le film glisse doucement vers le fantastique, notamment avec cette fin un tantinet abrupte, il ne sait pas vraiment prendre les choses à bras le corps. Le métrage se retrouve à courir après une certaine identité à l'image de Gérard dans ce défilé à la fin du film. Michael est-il un fantôme ? Les personnages souffrent-ils d'une sorte d'hystérie ? Nicloux a bien du mal à trancher. Par son choix de ne rien montrer à part des stigmates douteux, le réalisateur nous laisse dans le flou, seul juge de ce qui est réel ou ne l'est pas. Ainsi, Valley of Love reste brumeux jusqu'à la dernière minute mais toujours avec cette sympathie étonnante vis-à-vis de ses deux personnages. Littéralement sauvé par ses acteurs et l'émotion parfois poignante de son histoire, le long-métrage aurait cependant pu viser bien plus haut.

    Hésitation fantastique par excellence, Valley of Love ne sait pas bien comment se positionner. Nicloux tâtonne, fait courir ses personnages derrière autant de chimères et oublie parfois le spectateur en route. Tentative méta ou non, le long-métrage vaut bien plus pour son message touchant sur le deuil et pour ses personnages en niveaux de gris que pour le reste de son récit parfois bien brumeux. 
    A réserver aux amateurs.

     

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Isabelle et Gérard discutant au sommet d'une falaise

     

     

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  • [Critique] Le Jour des morts-vivants


    Sept ans après Zombie (Dawn of the Dead), le cinéaste américain George A. Romero revient à sa saga culte après un détour chez Stephen King avec le fameux Creepshow. Troisième volet de ce qui constituait à la base la trilogie des morts-vivants, Le Jour des morts-vivants sort sur les écrans en 1985. Contrairement à Zombie qui avait souffert de maquillages et effets spéciaux poussifs, ce volet bénéficie d'une toute autre gamme d'artifices toujours issus du savoir-faire du génial Tom Savini. Alors que le dernier volet montrait une apocalypse en cours, celui-ci s'intéresse au genre post-apocalyptique, les morts-vivants dominant désormais ce qu'il reste de l'humanité. Film crucial dans l'évolution du zombie selon Romero, Le Jour des morts-vivants a toujours vécu dans l'ombre de son illustre prédécesseur. A raison ?

    Le Jour des morts-vivants s'ouvre de la même façon que Zombie s'est conclu : dans un hélicoptère. A la recherche de survivants, Sarah Bowman, une scientifique, quelques militaires et John, le pilote, s'aventurent dans une grande ville qui s'avère envahie de zombies. Comprenant bien vite leur échec, ils rebroussent chemin vers un complexe souterrain - en fait un silo à missile - où militaires et scientifiques cohabitent tant bien que mal, à la fois pour survivre à l'apocalypse, mais également pour tenter de trouver une solution au problème mort-vivant. Malheureusement, le décès du major Cooper place le capitaine Rhodes en position de force. Irascible au possible et très peu sensible à la question scientifique, Rhodes n'a que faire des recherches du Dr Logan, surnommé Dr Frankenstein par les autres hommes. Pourtant, celui-ci est sur le point de trouver quelque chose de capital à propos des zombies, grâce à Bub, un mort-vivant pas comme les autres...

    Pour une raison obscure, Le Jour des morts-vivants est passé au second plan dans la filmographie de Romero. Éclipsé par Zombie, un film malheureusement très surestimé, le 3ème volet de la saga des morts-vivants n'a pourtant pas du tout à rougir de la comparaison avec son prédécesseur. Malgré son évident statut de série B, Le Jour des morts-vivants recèle assez d'originalités et d'éléments critiques pour surpasser son postulat de départ. Là où les morts-vivants de Zombie n'étaient encore que des monstres ambulants ne gardant qu'un lointain instinct pour le consumérisme, ceux de cet opus prennent une toute autre dimension dans l'esprit de Romero. Poursuivant l'objectif d'humaniser ses morts-vivants au détriment des représentants pathétiques de l'espèce humaine, l'américain franchi un nouveau palier avec Bub, le zombie dressé du Dr Logan. Grande attraction du métrage, bénéficiant de surcroît des excellents maquillages de Tom Savini ainsi que de la solide interprétation de Sherman Howard, Bub démontre que le zombie évolue, qu'il peut devenir à terme une nouvelle espèce. Conditionné par la méthode de Pavlov par le Dr Logan, Bub devient très rapidement le plus sympathique et le plus attachant des personnages du film. Contrepoids idéal à la folie des survivants humains, Bub devient la métaphore parfaite du mode de pensée de Romero.

    En effet, Le Jour des morts-vivants prolonge la réflexion politico-sociale de la saga. Cette fois, ce sont deux camps qui s'affrontent : les militaires et les scientifiques. Un peu à la façon de The Crazies, Romero dénonce avec virulence la dictature militaire ainsi que l'usage de la force. Représentés comme une bande d'imbéciles incapables ou presque de faire preuve d'humanité, les soldats du film donnent une piètre image du genre humain, en particulier le capitaine Rhodes qui sombre peu à peu dans une folie autodestructrice. Cependant, contrairement à The Crazies, les scientifiques ne valent guère mieux. Le docteur Logan et ses assistants ont peut-être à cœur d'étudier des zombies, mais leurs méthodes s'avèrent plus que discutables sur le plan éthique. A sa façon plus douce et moins évidente, Logan apparaît tout aussi monstrueux que le capitaine Rhodes. Au milieu, Sarah, John et Bill incarnent les derniers vestiges d'une humanité sensée et sensible. Sans sombrer dans le pessimisme le plus total, Romero explique à travers Le Jour des morts-vivants son désespoir vis-à-vis de ses congénères. 

    Outre ces éléments, il y a une véritable volonté de changement dans ce troisième volet. Mieux filmé que ses prédécesseurs, plus lisible et rythmé dans le déroulement de son intrigue, Le Jour des morts-vivants ne tire plus vers la série Z comme le faisait Zombie à de nombreuses reprises. Ce sont aussi ses effets spéciaux et notamment les excellents maquillages de Tom Savini qui semblent cette fois disposer des moyens nécessaires à ses ambitions. On retrouve pour la première fois des morts-vivants décrépits où la chair lâche, où le pus dégouline. De même, et grâce à ce sursaut qualitatif, les quelques scènes de démembrement si chères à Romero prennent ici une toute autre envergure (Il est d'ailleurs amusant de noter que le massacre du soldat Rickles sera repris par Dead Set pour le personnage du producteur des années plus tard). On est bel et bien dans une horreur visuelle convaincante qui inspirera par la suite des générations de cinéastes et maquilleurs. 

    Grand film injustement déprécié, Le Jour des morts-vivants représente un bon exemple de la série B qui explose ses limites grâce à une foule de bonnes idées. A commencer par la dimension antimilitariste et finalement nihiliste de son intrigue, sans oublier sa volonté de faire évoluer la figure zombiesque, préfigurant ainsi des œuvres récentes telles Warm Bodies ou L'éducation de Stoney Mayhall. Jalon important pour le genre, ce troisième volet marque paradoxalement la fin d'une époque puisqu'il faudra près de vingt-ans pour que Romero revienne à sa saga culte avec Land of The Dead en 2005.
    Un classique à redécouvrir.

    Note : 8/10



    [Critique] Le Jour des morts-vivants

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