• [Critique] Mary et Max

    Cristal du meilleur long-métrage d'animation Festival Annecy 2009

     Les films australiens ne sont pas Légion à arriver en France. A plus forte raison lorsqu'il s'agit d'animation. Pourtant, après trois films restés inédits dans nos contrées, Mary et Max, quatrième long-métrage de l'australien Adam Elliott, a réussi à se frayer un chemin dans nos salles de cinémas. Encensé par la critique, Mary et Max délaisse l'animation moderne pour recourir à la pâte à modeler en stop-motion à la façon d'un Wallace et Gromit ou d'un ParaNorman. Pas forcément un succès en salles lors de sa sortie en 2009, il a tout de même réussi à décrocher la récompense suprême au Festival d'Annecy la même année. En abordant un sujet singulier et délicat, Adam Elliot ne destine pas forcément son oeuvre aux plus jeunes mais montre une fois de plus que l'animation peut cacher de véritables trésors d'intelligence.

    Mary a huit ans lorsqu'elle commence à écrire par hasard à un inconnu à l'autre bout du monde : New-York. Complexée, renfermée et maladroite, Mary a de surcroît la malchance de vivre avec une mère un peu trop accroc au Sherry.  Son correspondant, Max Horovitz, habite dans un appartement plutôt spartiate avec son poisson rouge, son perroquet et son chat borgne. Max est obèse, facilement perturbé et hyperphagique. La lettre de Mary va initier une longue histoire d'amitié qui devra traverser les drames de la vie de Mary et les rechutes de Max. Car Max est atteint d'une forme rare d'autisme, le fameux Syndrome d'Asperger, qui l'empêche de vivre comme tout un chacun. Une histoire extraordinaire qui traverse les océans.

    Mary et Max est un film d'animation véritablement atypique. Plusieurs raisons à cela. La première, c'est qu'il s'agit d'un film très adulte et très noir à la fois. Adam Elliot nous raconte la correspondance entre deux personnages à la vie pas vraiment rose, à savoir une fille complexée aux tendances dépressives et un homme victime du Syndrome d'Asperger vivant dans une solitude quasi-absolue. Le sujet ne devrait donc pas forcément prêter à rire. Seulement, c'est sans compter sur l'humour fin et délicat d'Adam Elliot qui réussit le tour de force de marier la naïveté de la fillette à l'étrangeté de Max, donnant un cocktail délicieusement drôle où l'imagination débridée et savoureuse de l'australien se déverse devant nos yeux. C'est surement le premier point fort du film : arriver à nous faire rire et sourire au milieux de deux histoires franchement déprimantes. Elliot saisit la beauté fugace de ces échanges improbables pour les distiller patiemment au cours de son histoire empêchant celle-ci de tomber dans une accumulation grossière de drames et de larmes.

    La second élément qui rend Mary et Max unique, c'est son mode de narration. Tout le film est raconté en voix-off, majoritairement par un narrateur, mais également par les voix de Mary et de Max lisant les lettres qu'ils reçoivent. Ce choix singulier donne l'apparence d'un conte noir au film, comme si le spectateur écoutait une histoire triste au coin du feu. La démarche devrait lasser par sa systématisation, et pourtant, étrangement - et surement de par la nature épistolaire du film - le tout fonctionne admirablement. Enfin, dernier élément et non des moindres, l'utilisation des couleurs. Pour nous immerger dans le monde de ses deux personnages, Adam Elliot choisit d'adapter sa palette de couleurs aux émotions de ses personnages. Ainsi, obnubilée par sa tâche de naissance marron, l'environnement de Mary s'avère dominé par les teintes marrons. A l'autre bout du monde, dans cette ville lugubre qu'est New-York, l'existence triste et vide de Max est faites de noir et blanc. Lorsqu'il reçoit des cadeaux de Mary, celle-ci met littéralement des couleurs dans sa vie. Cette idée toute simple s'avère juste géniale à l'arrivée, le jeu permanent entre les différentes teintes permet à Mary et Max d'affirmer encore davantage sa patte artistique unique.

    De ce côté, on ne le dira jamais assez, l'animation en stop-motion a quelque chose d'unique, de poignant. La beauté plastique de Mary et Max, que n'aurait certainement pas renié par moment un certain Tim Burton, est un bonheur sans cesse renouveler, d'autant plus que l'esprit d'Adam Elliot regorge d'idées de mise en scène décalées (les bulles d'idées par exemple). Cependant, Mary et Max est surtout remarquable pour la sincérité et l'authenticité qui s'en dégage. Inspiré par un vrai Max (qui aurait correspondu avec Elliot en personne), celui du film explore l'autisme avec une acuité rare. Elliot se débarrasse des préjugés pour montrer à la fois le calvaire des personnes atteintes du Syndrome d'Asperger mais aussi pour leur rendre leur humanité dans ce qu'elle a de plus touchante, ce désespérant désir d'arriver à communiquer avec les autres, à ressentir les choses. Bref, la volonté profonde d'arriver à exister au-delà des normes étranges de cette société qu'ils ne peuvent pas comprendre. A ce titre, Mary et Max s'impose comme une immense réussite dans le domaine de l'analyse psychiatrique, dépeignant avec humour et intelligence la pathologie mentale et ne reculant pas devant les moments les plus sombres et les plus abstraits qui peuvent en découler. De même, l'exploration de l'épisode dépressif de Mary, même s'il semble moins pertinent et un peu "too much" au sein du récit, retranscrit avec une grande acuité le sentiment de noirceur et de vide qui envahit l'esprit d'un dépressif.

    Original, drôle, touchant et surtout d'une grande intelligence dans sa peinture de l'autisme, Mary et Max offre un moment de cinéma entre rires et larmes. Adam Elliot arrive à déceler l'espoir au cœur du désespoir pour finalement toucher son public en plein cœur. 
    Une délicieuse curiosité.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Max écrivant à Mary qu'il l'a pardonne

    Meilleure réplique : "You're my best friend. My only friend."

     



     

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  • [Critique] Mon Voisin Totoro

    Prix Noburō Ōfuji
    Meilleur film Prix Mainichi

     

    En 1988, soit deux ans après son précédent film Le château dans le ciel, Hayao Miyazaki est encore loin d'avoir acquis la notoriété qu'il connaîtra plus tard. Son projet de l'époque, un film tendre sur l'enfance dans le Japon des années 50 intitulé Mon Voisin Totoro, a toutes les peines du monde à s'imposer aux producteurs de Tokuma. Il faudra coupler la production du long-métrage à celle du chef d'oeuvre d'Isao Takahata, le sublime Tombeau des Lucioles, appartenant au même studios Ghibli, ainsi que trouver le soutien de l'éditeur de la nouvelle éponyme d'Akiyuki Nosaka pour qu'enfin Mon Voisin Totoro voit le jour. Pourtant, lors de sa sortie sur les écrans japonais, le film devient un classique instantané et connaît un succès phénoménal. Le personnage de Totoro devient par la suite la mascotte des studios Ghibli et un anime incontournable pour les enfants japonais. Ailleurs dans le monde, il faudra attendre la déferlante Mononoke pour découvrir Totoro et continuer à explorer le monde magique et bourré d'intelligence de Miyazaki. Retour sur un anime pas comme les autres.

    Après des animes pas forcément lumineux (Nausicaa ou Le Château dans le ciel), Mon Voisin Totoro apparaît comme une véritable rupture de ton. Il nous emmène à la découverte de la campagne japonaise des années 50 (celle-là même où a grandi Hayao Miyazaki) à travers les yeux de deux fillettes : Mei et Satsuki. En emménageant avec leur père tandis que leur mère est hospitalisé en ville, elles découvrent un univers où se terrent des créatures magiques. La maison grouille de noiraudes, sorte de petits fantômes de suie, et surtout, la forêt qui jouxte leur maison cache en son sein des habitants bien étranges. C'est la cadette, l'intrépide Mei, qui va découvrir la première ce monde caché et se lier d'amitié avec Totoro, un gigantesque hybride féerique au timbre puissant mais à la fourrure apaisante. Pour surmonter la maladie de leur maman, les fillettes vont devoir trouver l'aide de Totoro, du chat-bus et de la nature elle-même. Mais est-ce bien la réalité ? Serait-ce un rêve ?

    Film atypique (d'autant plus pour nous autres occidentaux), Mon Voisin Totoro s'avère une porte d'entrée sublime pour les plus jeunes (voir même pour les autres). Dans sa partie introductive avec la découverte de la maison ainsi que de la campagne environnante, Hayao Miyazaki nous présente un Japon presque fantasmé, un Japon où la verdure est partout, où la magie de la nature illumine le monde. Tout va très lentement, très paisiblement, Mon Voisin Totoro se fait immédiatement apaisant, irradiant d'une clarté délicieuse. On batifole avec les deux petites filles dans ce petit bout de paradis où seul l'absence de la mère semble contrarier le bonheur parfait de cette petite famille. On sent d'emblée la volonté contemplative et poétique voulue par le japonais, une volonté affichée et revendiquée de prendre son temps, de nous immerger peu à peu dans des souvenirs d'enfance sucrés et chaleureux.

    Puis, le réalisateur japonais introduit petit à petit la dimension fantastique de son long-métrage. Le spectateur découvre avec le même étonnement que les fillettes les fantômes de suie, les fameuses noiraudes (que l'on retrouvera dans le Voyage de Chihiro plus tard), avant de partir à l'aventure dans la forêt pour y découvrir de petites créatures entre la chouette et le chat. Evidemment, point d'orgue de cette première partie, la découverte de Totoro (déformation par la jeune Mei du mot japonais tororu qui signifie troll), immense créature aussi paisible que soyeuse. On retrouve dans ces êtres magiques cette volonté atmosphérique de quiétude et de chaleur enfantine voulue par Miyazaki. De façon assez surprenante cependant, Mon Voisin Totoro utilise avec parcimonie ces moments fantastiques, à la fois pour leur donner un côté plus marquant et iconique (la scène mythique de l'arrêt de bus sous la pluie ou la poussée du jardin pendant la nuit) mais également pour laisser de la place à un autre thème fort du film.

    Double lumineux du désespérant Tombeau des Lucioles, Mon Voisin Totoro tente de raconter l'enfance, l'émerveillement et la douceur. Il utilise le tragique de la maladie maternelle pour montrer les liens profonds qui unissent les deux sœurs. Leur complicité mais aussi leurs prises de becs sont autant de preuves d'amour subtiles et, finalement, sublimes. Confrontées à un événement pourtant terrible, elles trouvent en elles-même et en la nature magique environnante, une force qu'elle ne soupçonnait pas. Avec tendresse, Hayao Miyazaki explore le chagrin (la scène crève-cœur où Satsuki s’effondre en larmes dans les bras de sa grand-mère) mais sans jamais véritablement tomber dans le pessimisme. En réalité, le monde de Mon Voisin Totoro est une vision de paradis où les plantes poussent par magie, ou des chats vous emmènent en bus retrouver votre petite sœur perdue ou votre mère malade, et où un épi de maïs rend la santé. Ce conte doux-amer, fantasme d'une enfance lointaine quelque part entre le rêve et la réalité, joue de sa poésie visuelle et sonore pour ensorceler le spectateur.

    On retrouve évidemment dans Mon Voisin Totoro cette vision écologique et si proche de la nature chère à Miyazaki. C'est la proximité des arbres, de la forêt, de ses habitants mythiques qui sauvent les enfants et permet à l'homme de s'émerveiller. Il suffit d'un arbre pour protéger une famille, d'une grosse créature duveteuse pour trouver la paix. Une nouvelle fois, le japonais fait passer un sous-texte écologique subtil mais forcément salutaire, d'autant plus pour les jeunes génération. En y ajoutant ce bestiaire purement japonais qui ravira par son originalité les occidentaux découvrant cette facette du pays du soleil levant, Mon Voisin Totoro s'affirme sans surprise comme un classique de l'animation. 

    Sucrerie tendre et lumineuse, Mon Voisin Totoro donne à Hayao Miyazaki la consécration qu'il attendait. Traversé par une magie de l'enfance tout à fait délicieuse et un bestiaire enchanteresque, l'anime trouve rapidement sa place parmi les grands classiques. 

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : L'arrêt de bus - Les fillettes dormant sur Totoro dans l'arbre - La danse pour faire pousser les arbres - Le voyage en chat-bus

    Meilleure réplique :  

    Mei : "Ça a marché"
    Satsuki : "Ça a marché"
    Mei : "C'était pas un rêve !"
    Satsuki : "C'était un rêve !"
    Mei : "C'était pas un rêve !"
    Satsuki : "C'était un rêve qui n'était pas un rêve !" 

    A noter qu'il existe une suite sous forme de court-métrage à Mon Voisin Totoro, Mei et le chat-bus, uniquement projeté au musée Ghibli au Japon.

    Critique dédiée à Morgane B.

     



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  • [Critique] Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E

    Où était passé Guy Ritchie, le réalisateur de Sherlock Holmes et Snatch ? Après nous avoir offert le plus célèbre des détectives anglais sur grand écran durant deux volets survoltés, le britannique est resté silencieux pendant près de quatre ans. Il revient aujourd'hui avec un projet improbable : le remake d'une vieille série des années 60 de NBCThe Man from U.N.C.L.E., que tout le monde a oublié depuis. Alors que les espions et autres agents secrets ont le vent en poupe ces dernières années, il suffit de voir le succès colossal de Skyfall ou de Mission Impossible 5 : Rogue Nation pour s'en convaincre, Ritchie suit le mouvement en tentant d'y apposer sa patte personnelle. Renommé en France Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E., le long-métrage réunit trois acteurs montants : l'anglais Henry Cavill, l'américain Armie Hammer et la suédoise Alicia Vikander. Action, humour, aventure et guerre froide sont au rendez-vous du dernier bébé de l'excentrique Guy Ritchie.

    Berlin. Début des années 60. La guerre froide n'en finit plus de déchirer le monde en deux.
    L'agent américain Napoleon Solo a été chargé de retrouver et de ramener Gaby Teller. Pris en chasse par un des meilleurs hommes du KGB, Illya Kuryakin, il doit faire appel à tous ses talents pour s'en sortir en un seul morceau. Quelques temps plus tard, Solo est convoqué par Sanders, son supérieur. Celui-ci lui révèle que d'anciens fascistes travaillent en secret pour fabriquer une bombe atomique. Devant l'importance de cet enjeu, les américains et les russes ont décidé d'unir leurs forces. Solo devra donc faire équipe avec son ex-ennemi juré, le russe Illya Kuryakin, pour infiltrer Gaby Teller et déjouer les plans de Victoria Vinciguerra. Une coopération qui promet quelques savoureuses péripéties entre le condescendant agent américain et l'impulsif agent soviétique.  

    Guy Ritchie aime les duo de personnages aux styles tranchés. Après Holmes et Watson, il nous propose cette fois deux agents secrets que tout semble opposer, à commencer par leur allégeance. Le britannique nous plonge tout de suite dans le bain avec une scène de course-poursuite à cent à l'heure dans les rues d'un Berlin coupé en deux. Immédiatement, on retrouve la nervosité du réalisateur, une nervosité que l'on retrouvera durant tout le film donnant un cachet appréciable à l'aventure. Ritchie démultiplie les plans, bouillonne toujours d'idées de mise en scène, s'approchant même parfois du style comics (on pense à la scène d'attaque finale et son découpage de l'image). Nul doute que l'anglais n'a rien perdu de son talent pour filmer des scènes d'actions. Celles-ci s'avèrent des plus jouissives, avec toute la désinvolture filmique dont est capable Ritchie. Sans oublier, bien sûr, son humour décalé.

    L'un des gros points forts d'Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E., c'est justement son humour qui joue sur l'opposition de style entre les deux agents secrets. Le premier est un prétentieux pas possible doublé d'un incorrigible séducteur, le second se révèle aussi impulsif que taciturne. La compétition entre Solo et Illya permet à Ritchie d'accumuler les gags sans pour autant tomber dans le surlignage humoristique grossier. On note quelques scènes véritablement excellentes à ce niveau, tels que Solo regardant patiemment Illya se faire poursuivre en bateau ou Illya et Solo en train de discuter du sort à réserver au bourreau qu'ils ont capturé. Ritchie sait jouer sur plusieurs registres d'humour et ménager ses effets. Bref, un vrai plaisir.

    Pour incarner ses deux héros, Ritchie a porté son dévolu sur Henry "Superman" Cavill et Armie Hammer, deux acteurs pas forcément encore populaires mais qui joue leur rôle à la perfection. Un léger avantage sera donné à Armie Hammer, franchement génial dans le rôle moins évident du russe bourru et surtout légèrement psychotique. Reste Alicia Vikander, un peu en retrait du fait d'un personnage moins convainquant et moins important que les deux précédents, mais qui assure le nécessaire. L'histoire quand à elle arrive à ne jamais ennuyer, Ritchie dose son action pour maintenir l'attention du spectateur durant les deux heures du long-métrage tout en ajoutant une atmosphère guerre froide finalement très réussie. On reprochera juste la fin balisée et sans surprise qui, du coup, gâche un tant soit peu une aventure jusque là vraiment accrocheuse.

    Malgré un succès pour le moment assez limité, Agent très spéciaux - Code U.N.C.L.E mérite bien son statut de divertissement drôle et rythmé. Guy Ritchie arrive même à surpasser sa saga Sherlock Holmes pour ressusciter une franchise morte et enterrée.
    Un bon moment pour qui aime les films d'espionnages ne se prenant pas (trop) au sérieux. 

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La discussion pour savoir que faire du bourreau

     



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  • [Critique TV] Mr. Robot, Saison 1

    Vous voulez des séries de qualité ? Oubliez les grandes chaînes publiques américaines. A quelques rares exceptions près, vous n'y trouverez que du bas de gamme. Tournez-vous vers le câble. Et réjouissez-vous. HBO, Showtime, AMC...vous y trouverez de nombreuses pépites. Alors lorsque la chaîne câblée USA Network décide de revitaliser son offre pour faire face à la concurrence et produit une série ambitieuse intitulée Mr. Robot, évidemment, la chose attise la curiosité. Pourtant, à l'étonnement général, le showrunner s'avère être un illustre inconnu répondant au nom de Sam Esmail. Côté casting, c'est un peu maigre également à l'exception d'un certain Christian Slater (que l'on pensait mort et enterré depuis le temps) et un Rami Malek que les connaisseurs auront déjà croisé dans la mini-série de Steven Spielberg et Tom Hanks, The Pacfic. Diffusé depuis juin 2015, Mr. Robot agite pourtant rapidement la toile et les médias, gagnant une jolie réputation à la fois sulfureuse et atypique. Alors, qui est Mr. Robot ?

    Mr. Robot est un hacker. Et du genre génial.
    Elliot Alderson bosse dans une boîte de sécurité internet, AllSafe, qui travaille elle-même pour EvilCorp, une immense multinationale qui contrôle la plupart du marché. Le jour, Elliot n'est donc qu'un petit informaticien asocial que seule sa meilleure amie, Angela, approche réellement. La nuit cependant, Elliot a d'autres activités. Il hacke les comptes de certaines personnes pour exposer leurs sales petits secrets au grand jour. Le problème, c'est qu'il hacke également toutes les personnes qu'il connaît et pénètre dans leur intimité par le biais des renseignements à sa disposition sur les réseaux sociaux, les boîtes mails...et l'internet en général. Elliot a également de graves problèmes de sociabilité qui le condamne à une solitude terrible et à fréquenter un cabinet de psy. Seulement voilà, Elliot a été trop loin. Il a piraté le gars de trop et des hommes en noir le suivent jusque dans le métro jour et nuit. C'est alors qu'un certain Mr Robot le trouve. Cet énigmatique personnage lui révèle alors son plan insensé : faire tomber le monde capitaliste en faisant chuter EvilCorp. Et si cela arrivait vraiment ?

    Mr. Robot s'ouvre sur un pilote d'une heure avant de repartir sur un format 45-50mn pour les neuf épisodes suivants. Pourtant, en l'espace de cette première heure, Mr. Robot fait des merveilles et promet énormément de choses. Influencé par une multitudes de réalisateurs et de films récents, Sam Esmail fait la synthèse d'un Social Network et d'un Fight Club saupoudré d'American Psycho et d'une bonne rasade de Margin Call. Ce pilote sous influences pourrait s'avérer totalement inintéressant mais c'est justement le contraire qui se produit, une sorte de petit miracle en soi. Extrêmement accrocheur, le premier épisode introduit le monde froid et paranoïaque dans lequel évolue Elliot. Un monde avec d'énormes ressemblances par rapport au nôtre. Tout est contrôlé par l'argent, les interactions entre les personnes sont devenues froides, effrayantes presque. Et l'internet est devenu le Dieu de l'ère moderne. Au milieu, Elliot a un pied dans l'ancien monde et un pied dans le nouveau monde. A la fois hacker et farouche opposant aux réseaux sociaux, le jeune homme incarne une certaine figure de rébellion qui charme immédiatement. 

    Frontalement, Mr. Robot nous met face à nos propres contradictions. Épris de liberté, nous évoluons pieds et poings liés par le pouvoir de l'internet. La série montre à quel point il est facile aujourd'hui de perdre toute vie privée. Dès le premier épisode, Elliot charge Facebook et démonte Apple, montrant que Sam Esmail ne veut pas s'arrêter à la surface. A côté de ça, la série s'illustre par sa volonté de s'insinuer dans le monde du hack et des pirates informatiques. Et tant pis si l'on y comprend rien bien souvent, on est captivés par ce charabia quasi-magique. C'est ici que Mr. Robot joue la carte Margin Call après avoir usé de sa carte Fight Club. Loin d'étouffer la série cependant, ces influences sont digérées patiemment et s'intègre dans une volonté d'explorer plus profondément les choses. Outre le désir constant de la série de détruire bloc par bloc une société moderne devenue une dictature incapable de dire son nom, Mr. Robot s'amuse avec nous.

    C'est à ce moment qu'entre en scène Rami Malek. Encore peu connu, l'interprète d'Elliot fournit un travail plus qu'admirable avec de claires prouesses d'acteurs par moments. Soyons clairs, si l'on enlève Malek de Mr. Robot, la série n'a quasiment plus d’intérêt. En effet, absolument toute la série (excepté le malencontreux épisode 7) est basée sur lui et son personnage captivant. Esmail joue sur deux terrains avec Elliot : celui de la folie et celui du génie. Elliot est-il fou ? Hallucine-t-il le grand complot capitaliste ? Qui est-il vraiment sous sa capuche et derrière son regard de junkie ? Mr. Robot entretient le suspense...sans vraiment l'entretenir. En réalité, Esmail a l'intelligence de comprendre qu'il n'invente rien sur ce plan et la révélation finale n'en sera pas une. Elliot parle toujours directement au spectateur, le met dans sa poche, en fait un complice. Du coup, Esmail joue avec ce postulat casse-gueule pour ne pas jouer la carte du twist improbable mais celle du twist logique que l'on attend de pied ferme. La chose est tellement finement amenée et assénée que tout passe comme une lettre à la poste.

    Seulement voilà, Mr. Robot s'avère au final une série terriblement frustrante car bancale. Passé le pilote formidable sur tous les plans (la réalisation, notamment, est divine), Mr. Robot devient inégal. La faute à des arcs secondaires franchement parfois hors de propos et lourds. Si l'on peut pardonner toute l'intrigue avec le dealer (elle accouche d'un épisode d'une intensité extrêmement réussie même si elle s'éloigne totalement de l'histoire), difficile d'excuser le remplissage de la sous-intrigue d'Angela, au mieux passable, au pire tout à fait chiante. Si on rajoute le fait que Portia Doubleday, l'actrice l'intreprétant, est surement la seule erreur de casting de la série, la chose devient embarrassante. Heureusement que l'arc concernant Tyrell, satire mordante et violente de l'homme d'affaire moderne à en faire pâlir Bateman, rattrape quelque peu les choses. De même, l'épisode 7, comme on l'a dit plus haut, fait le choix de mettre Elliot en arrière-plan. Du coup, le résultat s'avère pénible et ennuyeux. Il est heureux que l'erreur ne soit plus renouvelée par la suite.

    Ces errements sont d'autant plus dommageables à Mr. Robot que sur un point de vue strictement formel, la série est proche de la claque. Réalisée avec classe (et très influencée par le cinéma de Fincher) et présentant des scènes tout à fait mémorables. De la même façon, la bande-originale se révèle délicieuse, en parfaite adéquation avec son sujet et très souvent perturbante. Car c'est là-dessus que l'on finira, Mr. Robot a de quoi perturber le spectateur. Non seulement par le jeu psychologique constant qu'elle impose mais par sa volonté de nous tendre un miroir particulièrement désagréable sur notre propre servitude. Tout le défi de Sam Esmail après l'épilogue réussi de cette première saison, c'est d'arriver à aller plus loin, à assumer sa révolution et à montrer comment cette vendetta va pouvoir faire émerger un monde autre, pas forcément meilleur notez-bien, mais différent. Si Mr. Robot arrive à atteindre cet objectif, alors il pourra toucher de bien plus hauts sommets.

    Série inégale mais pleine de bonnes choses, Mr. Robot a des allures de melting-pot d'influences. Heureusement, Sam Esmail fait preuve une grande habilité pour présenter les choses et digérer ses sources. Malgré des défauts qui handicapent parfois lourdement la série, son message politico-social et surtout son héros incroyablement fascinant interprété par un Rami Malek impressionnant, constituent autant de points forts qui nous font espérer beaucoup pour la suite. 
    Is this happening ?

    Note : 7.5/10

    Meilleur épisode : eps1.0_hellofriend.mov

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  • [Critique TV] Penny Dreadful, Saison 1

     

    En 2013, le prolifique John Logan (scénariste d'Aviator, Skyfall, Noé...) annonce avoir signé avec la chaîne câblée Showtime pour une série fantastico-horrifique prenant place en Angleterre. Intitulée Penny Dreadful (d'après les revues de l'époque victorienne qui coûtaient un penny et racontaient des histoires d'horreur), la première saison compte 8 épisodes d'une heure environ chacun. Les deux premiers segments sont en outre réalisés par l'espagnol J.A Bayona (L'Orphelinat, The Impossible). Diffusé à partir de 2014, Penny Dreadful rencontre un certain succès amenant la chaîne à renouveler l'aventure pour une seconde saison. Il faut dire que le casting alléchant composé de Josh Hartnett, Eva Green, Timothy Dalton ou Rory Kinnear a de quoi attirer le regard des curieux. Penny Dreadful doit relever cependant un défi de taille : celui de faire vivre des personnalités littéraires sur le petit écran. Un pari réussi ?

    En réalité, Penny Dreadful renvoie immédiatement les connaisseurs à une autre oeuvre colossale : La ligue des gentlemans extraordinaires, d'un certain Alan Moore. Il semble même qu'à un certain niveau, John Logan a tenté d'effacer des mémoires la déplorable adaptation cinéma de celle-ci. Une initiative qu'on ne peut que saluer tant le film était une insulte en soi. Pourquoi cette comparaison ? Parce que Penny Dreadful replace des personnages issus de diverses œuvres littéraires dans un même univers. Nous sommes à Londres en 1891. Les rues ne sont plus sûres depuis qu'une série de meurtres particulièrement atroces ont eu lieu. Pour y mettre fin, Sir Malcolm, un aristocrate, demande l'aide d'un américain fraîchement débarqué dans le pays, un certain Ethan Chandler. Pour s'assurer de son soutien, il envoie Vanessa Ives, une jeune femme aussi belle que mystérieuse. Leur chemin croisera celui d'un certain Dr Frankestein qui s'entête à vouloir fabriquer un être humain. Seulement voilà, pour retrouver la fille de Sir Malcolm, Mina Harker, ils vont devoir affronter un monde terrifiant où les monstres sont légion.

    Convoquant allègrement Bram Stocker (Dracula) ou Mary Shelley (Frankestein), Penny Dreadful fait aussi des choix plus curieux, à commencer par le personnage de Dorian Gray. Incarné à l'écran par le très androgyne Reeve Carney, il s'agit du personnage le plus énigmatique de cette première saison, mais également le plus inutile. C'est bien simple, si l'on enlève toutes ses scènes (ou presque), il n'y a aucune différence. Difficile de comprendre la véritable utilité de Gray dans la première saison, hormis pour faire du remplissage. En effet, cette première saison souffre d'un handicap de taille : sa longueur. Alors même que la série adopte un format court de 8 épisodes, le spectateur a tendance à gentiment s'ennuyer lors de la première partie. Normal ? Peut-être. John Logan installe son univers et ses personnages avec une lenteur assumée. Il nous présente les individus avec une précision d'horloger et se paye le luxe de faire revivre la légende Timothy Dalton à travers le superbe personnage de Sir Malcolm. Les quatre premiers épisodes s'avèrent en effet des épisodes de mise en place de l'intrigue.

    On y découvre un univers fantastique avec des vampires et des démons, ainsi qu'un Londres à l'heure victorienne des plus délicieux. L'ambiance sombre et mystérieuse de Penny Dreadful marche très bien à l'écran. Et c'est heureux car il faut bien cela pour tenir face à la lenteur du scénario. Cependant, dès le premier épisode, on comprend que la série va marcher comme une montagne russe. Il faut voir le Dr Frankestein et sa créature découvrir le monde pour appréhender le potentiel de la chose dans le premier épisode (un potentiel gâché par la suite d'ailleurs avec l'arrivée de Clare qui deviendra bien moins intéressant...). En fait, entre l'arc scénaristique consacré à Frankestein et celui de Dorian Gray, Penny Dreadful est sauvé in extremis. Parce qu'au milieu, il y a l'histoire du trio Malcolm-Ives-Chandler. C'est là que se situe le cœur de l'histoire et la véritable force du récit.

    Dans cette espèce de suite à Dracula, John Logan imagine la rencontre entre trois superbes personnages. Si l'on ne reviendra pas sur celui de Sir Malcolm, on pourra dire quelques mots sur les deux autres. Respectivement interprétés par Eva Green et Josh Hartnett, Vanessa Ives et Ethan Chandler sont la véritable attraction de cette première saison. Hartnett fait un retour remarqué à côté de Dalton, tout à fait à l'aise dans le rôle de l'américain renfermé Chandler. Mais s'il ne faut retenir qu'une personne de Penny Dreadful, c'est définitivement Eva Green. Au 5ème épisode, John Logan renverse la table et fait quelque chose de terriblement audacieux. Il consacre un épisode entier à un flash-back, en délaissant tous ses personnages à l'exception de Vannesa Ives. C'est à ce moment que Penny Dreadful abat son jeu. Ce splendide épisode d'une heure fait taire toutes les réserves que l'on pouvait avoir jusque là et démontre le potentiel émotionnel de la série, en même temps qu'il lève le voile sur sa véritable dimension horrifique.

    De là naît véritablement un personnage, celui de Vannessa Ives. Penny Dreadful devient le show personnel d'Eva Green, qui explose littéralement de talent. La voir grogner ou s'exprimer dans une langue gutturale aurait du être une expérience comique mais elle s'investit tellement dans le rôle que le résultat final est bluffant. Son personnage, passionnant de bout en bout, devient le seul intérêt du show dans la seconde partie. Tant et si bien qu'un second épisode lui est consacré par la suite. C'est le moment où Eva Green "steals the show" comme diraient nos amis anglais. Sa prestation ébouriffante qui convoque autant L'Exorciste que les textes bibliques laisse simplement pantois. On comprend alors que Penny Dreadful marche par ces moments d'épiphanie intenses, qui nous secouent l'échine durablement. Entre deux, l'intrigue décolle un tant soit peu et s'achemine vers une conclusion certainement un peu trop rapide (il manque un authentique adversaire à l'équipe). Mais ces errements sont véritablement occultés par l'histoire de Vanessa et le talent diabolique d'une Eva Green possédée. L'habilité de John Logan pour en faire un personnage flamboyant et la marier avec l'histoire de Sir Malcolm ainsi que d'Ethan Chandler finit par forcer le respect. Il semble vraiment que la lenteur de la première partie de saison soit une énorme (et nécessaire) mise en place. 

    Si Penny Dreadful commence de façon assez bancale, elle se termine en feu d'artifice. Ne serait-ce que pour deux des épisodes de la seconde partie, l'amateur de fantastique devra se pencher sur cette première saison. Emmenée par un casting irréprochable et une Eva Green trouvant peut-être là le rôle de sa vie, l'oeuvre de John Logan a un potentiel fou dont on espère énormément pour la seconde saison.
    En attendant, armez-vous pour parcourir les rues de Londres...

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Closer than Sister



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  • [Critique] La Rage au ventre


    Antoine Fuqua est un réalisateur paradoxal. S'il n'est jamais entré dans le cercle des grands, il a tout de même réussi à livrer quelques films hautement sympathiques comme Training Day, L'élite de Brooklyn ou La Chute de la Maison Blanche. Seulement voilà, le reste de sa filmographie est pour le moins décevante. On se souvient encore de son Roi Arthur raté ou de son pathétique Les Larmes du Soleil. Revenant une fois de plus sur le devant de la scène avec La Rage au ventre (Southpaw en version originale), il pénètre dans le monde de la boxe pour nous parler d'une histoire de revanche qui sent, déjà, le déjà-vu. Heureusement, il peut compter sur un solide casting avec la présence de Jake Gyllenhaal et Forest Whitaker. On est un peu plus perplexe devant la participation d'un certain 50 Cent... mais pourquoi pas. La véritable question, c'est de savoir si Fuqua peut apporter du neuf à un postulat qui semble tellement vu et revu.

    Parce qu'il faut bien l'avouer, La Rage au ventre ne part pas gagnant. Fuqua nous raconte l'histoire de Billy Hope, champion du monde de boxe au sommet de sa gloire. Coulant le parfait amour avec sa femme Maureen et voyant grandir avec douceur sa petite fille Leila, Billy peut également compter sur l'aide de son manager Jordan Mains. Provoqué en duel par un autre boxeur, Billy finit par perdre le contrôle. Sonné par le drame qui s'ensuit, Billy connaît une longue descente aux enfers. Pourtant, bien décidé à retrouver sa fille, l'ancien boxeur va tout faire pour remonter la pente avec l'aide d'un vieil entraîneur aux méthodes strictes, Titus Willis. Il faut avouer que tout cela n'a rien de bien excitant tant on pense à un pseudo-Rocky croisé avec Million Dollar Baby. Le problème, c'est que le film ne sort jamais de ce carcan.

    Difficile en effet de trouver une quelconque utilité à l'existence de La Rage au ventre. Evidemment, Fuqua assure une réalisation soignée et Gyllenhaal livre une prestation correcte. Non le problème n'est pas là, mais bien dans l'histoire qui est proposée au spectateur. Tout est tellement cliché que cela en devient pénible. Billy est un champion du monde de boxe bling-bling qui achète des rolex à ses potes (Nicolas Sarkozy a fait des émules). Il a tout de même réussi à devenir champion en ne sachant pas se défendre sur le ring (ce qui est un sacré exploit quand même) et fait confiance à un manager qu'on devine pourri dès qu'on l'a aperçu (et pas seulement parce qu'il s'agit de 50 Cent). Puis arrive le drame qui élimine Rachel McAdams de l'équation et engonce le film dans un simili-revenge movie toujours plus insipide.

    De là, l'histoire déraille totalement. Fuqua n'en a plus rien à faire de la cohérence de son récit (Billy qui roulait sur l'or et semblait plus riche que l'Oncle Picsou un mois auparavant se retrouve à la rue, évidemment) et va finalement jouer la carte bien connue du mec bien qui veut remonter la pente. Ainsi, Billy trouve un vieil entraîneur très bien mais incompris (non, ce n'est pas Frankie Dunn mais Forest Whitaker borgne, parce que ça fait classe) qui va établir une relation qui pourrait être fortement attachante si, justement, elle n'avait pas déjà été vu dix fois ailleurs. Alors forcément, il y aura un combat retour. Une victoire aussi. Bref, si vous êtes surpris par la conclusion du film, il va falloir revoir sérieusement votre culture cinématographique. On pourra tout de même saluer le match qui clôture le long-métrage qui arrive à être prenant malgré son issue obligée. Cela dit, si c'est pour voir un match de boxe palpitant, autant en regarder un vrai.

    C'est vrai que La Rage au ventre n'a rien d'un film honteux. Il se regardera même avec un certain plaisir coupable dans une soirée entre potes avec moult pizzas et bières. Mais ce qui pose problème, c'est qu'il s'agit d'un film vide, totalement inutile et tellement inférieur à ce qui s'est fait par le passé. On ne comprend simplement pas la démarche d'Antoine Fuqua en réalisant ce long-métrage. Il s'agit de l'exemple typique du film à peine vu déjà oublié. D'autant plus que le message sous-jacent, apprendre à être un homme bien comme il faut, raisonnable et maître de lui-même (et d'éviter de traîner avec des noirs qui ne savent pas utiliser un flingue), a tout de la morale bas de gamme qu'aurait pu nous vendre un des innombrables téléfilms de l'après-midi sur M6. On se demande vraiment ce qu'il y a à sauver à l'arrivée.

    Film inutile, grossier et déjà vu mille fois ailleurs, La Rage au ventre d'Antoine Fuqua ne peut jamais dépasser son postulat de départ et va même toujours plus loin dans le cliché et l'incohérence. Que sont venus faire Whitaker et Gyllenhaal dans ce naufrage ? En tout cas, revoyez plutôt Rocky ou Million Dollar Baby !
     

    Note : 3/10

    Meilleure scène : Le match final


    Cette critique est dédiée à Amandine, si elle me lit, qui a quitté notre aventure et à qui je pense à chaque film que je vois. Merci infiniment pour toute l'aide que tu m'as donné pour ce site et ton soutien indéfectible dans mon exercice critique. Tu fus inestimable et ta magie emplie encore mes mots. 

     


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  • [Critique] Southern Bastards, Tome 1 : Ici repose un homme

    Difficile dans le monde du comics américain de passer à côté du petit génie Jason Aaron. Responsable de l'incontournable série Scalped (éditée également intégralement chez Urban Comics) dans la prestigieuse collection Vertigo ou de poids lourds chez Marvel comme son  fameux run sur Wolverine, l'américain quitte cette fois les deux grandes maisons mères du comic book US pour aller faire un tour chez Image. Rejoint par Jason Latour côté dessin, il nous offre la série Southern Bastards, un récit brut de décoffrage prenant place dans l'Alabama. Edité pour la première fois en France par Urban, le premier volume (intitulé Ici repose un Homme) ne fait pas dans la demi-mesure.

    Earl Tubb est de retour dans le village de Craw County dans le fin fond de l'Alabama. Il se donne deux jours pour déménager les affaires de l'ancienne maison de son père et foutre le camp de cette satané ville. Seulement voilà, les vieux démons ne sont jamais loin, surtout lorsque ce sont les pires ordures du coin qui ont repris les choses en main dans la région. Une seule confrontation qui tourne mal dans le restau' local et c'est l'escalade. Et Earl n'est plus le genre d'homme à fuir. Mené par la poigne de fer du belliqueux Euless Boss, le coach de l'équipe de football locale, les rats montrent les dents. Réveillant de vieilles haines et de profonds traumatismes, Earl Tubb n'a plus qu'une solution : reprendre le gourdin de son vieux.

    Génie du récit hard-boiled, Aaron retrouve sa plume acérée pour ces quatre premiers numéros de la série Southern Bastards. Après une courte préface des deux auteurs qui nous expriment à la fois leur haine et leur amour du sud des Etats-Unis, les choses vont vite, très vite. Pourtant, Aaron ne précipite rien, il laisse éclater la violence et resurgir avec fracas des éléments du passé de ses personnages. Au cours de ce récit, on suit Earl Tubb, un vieux briscard ayant fait le Viêt nam et qui cache une sacrée rancune envers son paternel, l'ancien shérif de Craw County. Incarnation magnifique mais impitoyable de la justice, Earl n'y va pas avec le dos de la cuillère. Et c'est tant mieux quand l'on voit la cruauté et la bêtise des rednecks d'en face.

    Parce que oui, Southern Bastards nous emmène faire la (dé)plaisante connaissance de ces hommes bas du front et violents qui peuplent l'Amérique profonde. Dépeint sans aucune concession et avec un constant souci de réalisme social par Jason Aaron, Boss et ses hommes sont un ramassis d'ordures qui n'éprouvent aucun remord lorsqu'il s'agit de tabasser à mort un homme, voir pire. L'affrontement entre Earl et les sbires fait peut-être long-feu mais Jason Aaron garde le suspense intact pour l'inévitable rencontre entre Tubb et le Coach, point d'orgue de ce récit brutal. Cependant, il ne faut pas limité Southern Bastards à un comic book d'action, il est en effet bien davantage. Outre le réalisme de l'environnement et des protagonistes, Jason Aaron travaille le passé d'Earl et, grâce au talent de Latour, fusionne passé et présent, expliquant comment les vieilles rancunes se pérennisent.

    Entre les lignes, Southern Bastards devient un récit mélancolique. Bouffé par l'amertume d'une vie douloureuse, Earl Tubb expie ses démons lorsqu'il prend la défense des faibles. Il rejoue à sa façon la partition paternelle et retrouve en un sens, la rédemption qu'il avait attendu toute sa vie. L'emploi de la tombe et de l'arbre ainsi que des pages explosées en myriades de vignettes, tout cela permet au récit d'inclure une dimension temporelle et un message plus profond. Les racines ne sont jamais vraiment coupées et notre passé nous attend au moindre faux pas. En décidant de l'affronter, Tubb risque gros. Futé comme il est, Aaron nous réserve pourtant un autre niveau de filiation...que l'on vous laisse découvrir dans l'épilogue de ce volume. 

    Récit brutal mais plus malin qu'il n'en a l'air, ce premier volume de Southern Bastards happe le lecteur avec une rapidité peu commune. Jason Aaron profite du trait noir et torturé de Jason Latour pour accoucher d'un uppercut qui fait mal, plongeant sans complaisance dans une certaine Amérique. 
    On se jettera sans attendre sur le second volume.

    Note : 8.5/10

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  • [Court-métrage du dimanche] One Minute Time Machine


    Le court-métrage vous a manqué ? Alors réjouissez-vous puisqu'il revient avec ce court de science-fiction aussi drôle qu'intelligent. Imaginez que vous disposiez d'une machine à remonter le temps...d'une minute ! Qu'en feriez-vous ? La réponse en images par Devon Avery !





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  • [Critique] Dheepan
    Palme D'or Festival de Cannes 2015

    Véritable sensation du Festival de Cannes 2015, le dernier film du français Jacques Audiard sort enfin en salles. Non content d'avoir créé un buzz médiatique non négligeable, Dheepan a été couronné par la récompense suprême : la Palme d'Or. Étrangement pourtant, le film est porté par des acteurs rigoureusement inconnus et ne semble pas, de prime abord du moins, pouvoir surpasser le sujet audacieux d'Un Prophète, le meilleur Audiard jusqu'ici. Après un De Rouille et d'Os bon mais loin d'être mémorable, Audiard revient à un cinéma politiquement et socialement engagé dans un contexte finalement très tendu. Nul doute que l'entreprise a de quoi séduire mais comporte, c'est évident, un grand nombre de risque. Heureusement, Jacques Audiard reste l'un des réalisateurs français les plus intéressants et les plus talentueux à l'heure actuelle. Si l'on a peu de doute sur la qualité du film, a-t-il pour autant mérité la Palme si convoitée ?

    De quoi parle donc Dheepan ? Du sujet très sensible - d'autant plus ces derniers temps - de l'immigration clandestine en France. Trois Sri-Lankais tentent de fuir la guerre civile. Pour se faire, des passeurs leur font endosser l'identité d'un homme décédé, le fameux Dheepan, et de sa famille, une femme et une fille. Débarqués en France, Dheepan, Yalini et la petite Illayaal subissent la dure réalité des clandestins pourchassés par la police et vendant à la sauvette des gadgets au cœur de la capitale. Bientôt pris en charge par les services sociaux, ils se retrouvent reloger dans la cité "Les Prés", une banlieue difficile où la drogue fait la loi. Lentement, Dheepan et les siens glissent dans un monde de violence tout en essayant de conserver un équilibre fragile pour maintenir l'illusion "familiale". Evidemment, avec un tel postulat de départ, le long-métrage est attendu au tournant. Et pendant longtemps, Dheepan s'en sort brillamment.

    En effet, Jacques Audiard reste avant tout un metteur en scène de génie. Souci du détail, rendu très cru et réaliste de la situation sociale, atmosphère urbaine à mi-chemin entre le film de gangsters et la plongée en apnée au cœur de la misère, le français manie la caméra avec un talent consommé. Il capture la cité tout autant comme une prison asphyxiante que comme un champ de bataille. L'immersion progressive de Dheepan dans cet environnement se fait avec une douceur surprenante, surtout eu égards aux personnages qu'il rencontre. On s'aperçoit bien vite qu'Audiard n'a pas envie de jouer la carte du misérabilisme ou du cliché bien commode de l'immigrant martyrisé. Le français s'avère bien plus futé que cela. Dheepan et Yalini ne sont pas présentés comme des victimes mais comme des pièces d'un jeu cynique. L'idée de faire de Dheepan un ancien des Tigres Tamouls provoque une ambiguïté bienvenue puisque l'on soupçonne d'emblée que son personnage n'est pas aussi innocent qu'il n'y parait. Tout du long, Audiard joue sur cette dichotomie pour finalement la justifier dans son dernier quart d'heure.

    Mais revenons d'abord à l'installation du récit. Jacques Audiard dissèque avec une patience infinie les rouages de l'intégration...dans une cité. Ce lieu forcément très particulier apporte un message politique très fort au film. A savoir que les immigrants ne sont pas les grands méchants que l'on veut nous vendre. Ils s'avèrent même bien plus courageux et travailleurs que les autres habitants des HLMs. Seulement voilà, les autochtones, eux, étouffent la vie des autres. Vente de drogue, fusillade, violence et dégradations en tout genre, les voyous de la cité pourrissent tout. Audiard démontre comment l'influence néfaste de ceux-ci arrive finalement à entraîner tout le monde dans leur chute. Le système semble tellement surréel que l'on a parfois l'impression d'assister à...du cinéma. Comme Yalini et Dheepan le font judicieusement remarquer lorsqu'ils contemple le ballet des voitures et des réunions clandestines à travers une fenêtre ô combien évocatrice. Ce monde criminel qui se terre dans nos cités a des allures de farce bouffonne, tellement exagérée qu'elle peut prêter à rire. Du moins, si elle ne tuait pas.

    Cette peinture acérée de la banlieue se conjugue avec le portrait nuancé d'une cellule familiale qui n'en est pas une. Le lent processus d'intégration dans la société française va de paire avec l'acceptation du jeu de dupes nécessaire pour tromper les autorités. Seulement voilà, comment vivre avec un mari qui n'est pas le sien, aimer une enfant qui n'est pas le sien ? Est-ce seulement possible ? Ce sujet douloureux au cœur des interactions entre les trois personnages principaux renferme son lot de fulgurances où Audiard prouve une nouvelle fois qu'il sait faire ressortir les sentiments humains avec une habilité sans pareille. On retrouve un peu de la dimension émotionnelle de De Rouille et d'Os dans ces instants alors que la majeure partie du film semble se rapprocher d'Un Prophète. Cette synthèse inattendue des deux derniers films du réalisateur devrait en toute logique accoucher d'un métrage mémorable. Sauf qu'en réalité, Dheepan gâche un peu toutes ses bonnes intentions dans sa dernière partie.

    La chose reste toute relative et bien modeste il est vrai, mais à un moment Dheepan semble quitter le champ de la critique sociale et de la peinture familiale pour se rediriger vers un thriller violent lorgnant vers le vigilante-movie. En soi, il ne s'agit pas d'un lamentable ratage mais plutôt d'une déception. Si la séquence de vengeance de Dheepan reste filmée de façon magistrale et si le choix de faire éclater le côté obscur du personnage dans une fin d'une violence extrême présente une certaine cohérence avec ce que l'on devine de son passé, le film perd indéniablement en puissance. Pourtant, on est encore loin de la fausse note que représente la séquence finale clôturant le film. On ne l'a dévoilera pas bien évidemment, mais celle-ci représente un tel décalage de ton avec le reste du film qu'elle apparaît définitivement à côté de la plaque. Pire, elle conclut Dheepan sur un cliché d'une incroyable bêtise. On reste médusé par cette conclusion que l'on attendait pas du tout, surtout d'un réalisateur de la trempe d'Audiard. Cela ne peut heureusement pas réduire à néant tout le reste mais s'avère fortement décevant. 

    Alors finalement, Dheepan a-t-il mérité la Palme d'Or ? Non. Malgré toute la justesse de sa lecture sociétale ainsi que le jeu impeccable d'Antonythasan Jesuthasan et Kalieaswari Srinivasan, le dernier long-métrage d'Audiard paraît en réalité bien faible comparé à Un Prophète qui reste le pinacle de l'oeuvre du français. De même, la tournure finale du long-métrage l'empêche d'atteindre la qualité requise pour s'arroger une telle récompense. Nous ne sommes bien entendus pas dans la Palme honteuse à La Vie d'Adèle mais un fossé sépare la qualité de Dheepan de celle de Winter's Sleep l'année dernière. On ne peut s'empêcher de penser que le jury rattrape l'erreur monumentale de n'avoir décerné "que" le Grand Prix du Jury à Un Prophète en 2009. On attendra patiemment la sortie en salles des autres films de la sélection pour juger définitivement de la pertinence de ce choix contestable.

    Dheepan, malgré quelques fausses notes encombrantes, reste un film remarquable et marquant. Grâce à la mise en scène crue de Jacques Audiard ainsi qu'à la férocité de sa chronique sociale, le film nous emporte dans un tourbillon d'émotions, de violence et de rêves brisés. Si le long-métrage n'a peut-être pas mérité de remporter la récompense suprême à Cannes cette année, il mérite assurément que vous lui accordiez un moment.
    Surtout à l'heure actuelle !

    Note : 8.5/10




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  • [Critique] Le monde de Charlie
    Meilleur film Independant Spirit Awards 2013

    Sujet épineux s'il en est, le passage de l'adolescence à l'âge adulte a fait l'objet de nombreux films. Difficile cependant de parler de cette période sans se confronter aux poncifs du genre et sans tomber dans la caricature pure et simple. Adapté du livre éponyme, Le Monde de Charlie se risque à cet exercice périlleux. Cas relativement rare dans le monde des adaptations romanesques au cinéma, le long-métrage est l'oeuvre de Stephen Chbosky, lui-même auteur du roman. Il s'agit de son second film après The Four Corners of Nowhere et de sa participation télévisuelle à la défunte série Jericho. Précédé par une réputation flatteuse, Le Monde de Charlie embarque quelques belles têtes d'affiches tels que Logan Lerman (Percy Jackson, Noé, Fury), Ezra Miller (We need to talk about Kevin, Flash) ou encore Emma Watson (Harry Potter, The Bling Ring). Cela peut-il être suffisant pour se démarquer dans un genre des plus balisés ?

    Refusant de faire de son film un simili-Skins ou une énième bleuette pour midinettes, Chbosky base tout son récit sur le personnage passionnant de Charlie. Pour expliquer plus précisément l'importance de celui-ci, il faut se souvenir que Le Monde de Charlie s'intitule en réalité The Perks of being a Wallflower, un titre déjà infiniment plus beau que l'hideuse traduction française mais qui a surtout l'avantage de donner le ton. Charlie représente un peu le cliché du jeune lycéen transparent, invisible. Il longe les murs pour la rentrée des classes, cherche désespérément sa place et survit par son goût pour la musique et la littérature. C'est également un garçon discret et introverti qui va avoir le bonheur de tomber sur deux compères hauts en couleurs : Le truculent Patrick et la sublime Sam. Ensemble, ils vont construire une amitié et des amours souvent difficiles. Le film s'attache à suivre leurs parcours à travers les yeux du jeune Charlie en tentant de capturer ce qui constitue l'essence même de cet âge : la passion.

    Si tout cela semble cliché au possible (et c'est bien le cas par moments), le réalisateur met un point d'honneur à creuser ses personnages, à les rendre éminemment humains et attachants. En premier lieu, il y a bien sûr Charlie. Ce jeune garçon effacé donne au récit toute sa force. Partant d'une grosse caricature, Chbosky en fait un individu passionnant victime de multiples drames qui font de lui une personne sans équivalent. Il faut évidemment rendre justice au jeune Logan Lerman (que l'on retrouve plus tard dans Fury) qui livre une prestation tout à fait remarquable. Il en va d'ailleurs de même pour les deux autres acteurs du trio, à savoir Ezra Miller, bluffant et criant de vérité dans son rôle de gay clownesque, et Emma Watson qui trouve ici son tout premier rôle véritablement profond. Celle-ci arrive enfin à faire oublier les errances de ses premières prestations dans la saga Harry Potter. Cependant, ce qui fonctionne le plus remarquablement dans Le Monde de Charlie, c'est l'alchimie entre ces trois personnages. C'est au final ce trio aussi divers que soudé qui fait tout le charme du récit.


    Seulement voilà, Le Monde de Charlie n'est pas qu'un film de camaraderie. C'est aussi un film sur l'adolescence (et non pour adolescents). Il raconte avec une grande acuité les méandres sentimentaux de cet âge et comment certaines personnes peuvent être aveugles au bonheur qui se trouve juste à côté d'eux. A ce titre la relation Charlie-Sam est formidable de bout en bout, Chbosky capturant cet étrange paradoxe qui veut que l'on se dévalorise pour être avec des personnes vides d’intérêt quand celles qui vous feront le plus de bien se trouvent à côté de vous. Dans ces instants, le film tutoie parfois les sommets comme lors de ces séquences dans la chambre éclairée de milles ampoules de Sam. Ou lors des deux passages du tunnel sur fond de David Bowie. Le Monde de Charlie touche alors à quelque chose d’éminemment sensible, la sensation de redécouvrir le réel, de trouver sa place dans l'univers. Certes le réalisateur se trompe parfois, notamment dans la sous-intrigue concernant Patrick et Brad, tellement déjà vue et revue qu'elle n'a plus aucune saveur. Mais c'est pour mieux surprendre son public avec un dernier axe.

    Charlie cache en effet un secret, et pas forcément celui que l'on croit. Traitant la chose avec une extrême pudeur et disséminant les indices de façon progressive dans le récit, Chbosky aborde un thème totalement tabou et infiniment douloureux. On ne révélera pas sa teneur mais l'habilité de l'américain pour dévoiler petit à petit la chose force le respect, d'autant plus qu'elle sert le récit. N'oublions pas tout de même que Le Monde de Charlie peut compter sur d'autres atouts de taille. La mise en scène de Chbosky d'abord, franchement surprenante par moment et comportant de vraies morceaux de poésie, la bande originale des plus réussies ensuite, mélangeant The Smiths, Dawid Bowie, Sonic Youth ou encore New Order  (sans oublier les partitions discrètes mais superbes de Michael Brook), son humour et enfin ses références littéraires, véritable hommage à la belle littérature où l'on retrouve L'attrape-cœurs de Salinger, Ne tirez pas sur l'Oiseau Moqueur de Harper Lee ou L'étranger d'Albert Camus. Dans le fond, Le Monde de Charlie fait plus que parler de fougue amoureuse et d'amitié, il parle du fait de vieillir ensemble, de découvrir le monde avec ceux que l'on aime et de surpasser le passé, le tout en oubliant jamais le rôle primordial de la culture pour définir qui l'on est.

    Authentique surprise, Le Monde de Charlie s'impose comme un des meilleurs représentants des films consacrés à l'adolescence. Intelligent, mis en scène avec talent et regroupant trois acteurs talentueux, le film de Stephen Chbosky surpasse ses clichés de départ pour imposer quelque chose de touchant et criant de sincérité. Un superbe découverte.

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : Le premier baiser de Charlie - Les 2 séquences du tunnel - Patrick et Charlie échangeant des légendes urbaines

    Meilleures répliques : 

    - Welcome to the island of misfit toys
    - Why do I and everyone I love pick people who treat us like we're nothing?  We accept the love we think we deserve.
    - You are alive, and you stand up and see the lights on the buildings and everything that makes you wonder. And you're listening to that song and that drive with the people youlove most in this world. And in this moment I swear, we are infinite



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