• [Critique] Captain America : Civil War

    L’année 2016 sera l’année des affrontements fratricides. La preuve en est avec les deux dernières sorties cinéma en matière de super-héros avec tout d’abord du côté DC Comics/Warner, Batman vs Superman (sur lequel on ne reviendra pas après la très longue chronique à son envers) et ensuite du côté Marvel Studios, le très attendu Captain America : Civil War, troisième volet des aventures de Steve Rogers qui est devenu un simili-Avengers avec le temps. Pour se frotter à l’épineuse question d’une adaptation de Civil War, ce sont les frangins Russo, déjà responsables du très recommandable Captain America : Winter Soldier, qui s’y collent.

    Avant toute chose, rappelons-le pour les trois du fond qui disent aimer Marvel en n’ayant vu que les films, Civil War est (un peu) l’un des événements Marvel les plus importants et les plus réussis de ces dernières années. Comme il sera question en long, en large et en travers de cet event dans l’adaptation présente, autant en parler un peu en introduction. A la base de Civil War (version comics, suivez un peu !), il y a une équipe de jeunes super-héros (les New Warriors) qui tente de neutraliser quelques super-vilains en maraude. Sauf que, dans le tas, il y a Nitro, et qu’il a la (très) mauvaise idée de se faire exploser en plein dans un quartier résidentiel à deux pas d’une école. Du coup, cadavres d’enfants partout, scandale (inter)national et réunion de super-héros. A l’issue de celle-ci, la loi sur le Recensement des méta-humains est adoptée, obligeant nos légendes vivantes à dévoiler leurs identités secrètes et à travailler en somme pour le gouvernement. Sauf que cela ne plaît pas du tout à Steve Rogers, alias Captain America, qui décide de faire sécession devant ce qui lui apparaît comme une loi liberticide et contraire aux idéaux qu’il a défendu toute sa vie ! Ainsi, les super-héros se scindent en deux camps : ceux en faveur d’un Recensement menés par Iron Man et ceux qui veulent conserver leur autonomie emmenés par Captain America. Il s’ensuit sept numéros d’affrontements en tous genres et de drames entre deux cents méta-humains sous la houlette de l’excellent Mark Millar.

    Voilà pour la mise au point comics. Evidemment, il était impossible pour les Russo et Marvel Studios de faire la même chose, ne serait-ce que pour le nombre faramineux de super-héros qui auraient dû se tirer la bourre à l'écran. De deux cents, on passe donc à douze (!!) et le reste de l’intrigue se calque sur l’histoire personnelle de Captain America déjà largement abordée dans les deux volets précédents. Première remarque évidente sur le long-métrage : il a le cul entre deux chaises. Contrairement à ses prédécesseurs, ce volet n’est pas purement un film sur Captain America puisqu’il engage un grand nombre de personnages de l’univers cinématographique Marvel, dont Iron Man, Vision, La Veuve Noire, Œil-de-Faucon etc, etc… On imagine bien alors que les Russo courent le risque de se retrouver avec un Avengers au rabais. Sauf qu’ils tentent de raccrocher les wagons ensemble en misant sur un personnage-clé de la saga Captain America : Bucky Barnes alias le Soldat de l’Hiver. Une idée qui peut paraître étrange mais qui, finalement, sauve le film d’un éparpillement malencontreux.

    Relativement long (2h28 tout de même), Civil War a un peu de mal à démarrer. Il introduit maladroitement un super-vilain bad-ass en la personne de CrossBones…expédié en deux coups de poing. Le but ? Introduire le véritable enjeu avec une explosion en plein milieu de civils provoquant le séisme moral que l’on retrouvait dans le comics de base. Différents lieux, mêmes intentions. Les Russo s’en sortent bien mais à partir de là, on passe par un long tunnel d’exposition où les réalisateurs explicitent les opinions des deux camps tout en introduisant le nouveau super-héros de ce volet : Black Panther. Relativement mal introduit mais très bien exploité au final, le personnage est de plus incarné à l’écran par un acteur des plus convaincants : Chadwick Boseman.

    Au-delà de ce petit nouveau, et jusqu’à la fameuse scène de l’aéroport, Civil War met en sourdine l’intrigue personnelle de Captain America (sans l’oblitérer cependant) pour faire monter la sauce vers un affrontement que chacun attend de pied ferme. En-cela, le film souffre d’un premier problème pendant une bonne heure : il n’a plus d’identité. En effet, en misant sur le clash des super-héros, Captain America passe au second plan laissant du champ libre à la formation des deux camps (et l’introduction magique de Spider-Man, mais on y reviendra) tandis que la problématique morale et surtout politique du postulat devient tenue voir même prétexte. C’est ici que le lecteur de comics sera le plus déçu. Civil War ne va pas très loin dans ses prises de positions et ses conséquences politiques. Tout parait artificiel en quelque sorte. Pas raté ou foncièrement mauvais mais on sent que le potentiel n’est pas exploité. Un élément qui ne gênera que les connaisseurs certainement. Mais du coup, le statut hybride qu’adopte Civil War version ciné fait perdre de sa résonance actuelle au sujet, devenant de facto un simple (mais jouissif) moment de castagne entre les deux équipes de frères-ennemis.

    Arrêtons-nous sur ce point d’ailleurs pour dire que les Russo s’avèrent paradoxaux sur le plan de la mise en scène. Les premiers combats sont mal filmés (voir très mal pour le premier affrontement avec Crossbones) abusant d’un montage épileptique pour ne pas montrer coups et doublures, et frôlant l’overdose de jump-cuts à plusieurs reprises. Puis, à peu près au moment de la confrontation de l’aéroport (très mal vendue par la bande-annonce au demeurant), ils s’améliorent de façon stupéfiante et livre en réalité une scène d’action lisible et prenante qui emploie toutes les choses les plus jouissives autour des pouvoirs des divers participants. On mentionnera l’excellent emploi d’Ant-Man (avec un Paul Rudd toujours aussi impeccable) ou de Scarlet Witch (délicieuse Elizabeth Olsen). Ludique, fun et finalement pas cheap pour un sou. C’est aussi l’occasion de voir en action le super-héros que tout le monde attendait depuis les accords entre Marvel et Sony Pictures : le fameux Spiderman. Sans trop en dévoiler, et de façon extrêmement surprenante, Tom Holland est…parfait ! Génial même. Il fait bien plus qu’un simple caméo et Marvel trouve l’équilibre parfait entre l’humour du personnage, sa jeunesse et ses talents tout en revenant aux bases fondatrices du comics. Une énorme réussite qui prouve définitivement qu’Amazing Spider-Man était une daube sans nom à oublier au plus vite.

    Puis, après ce clash des titans, Captain America exploite les pistes qu’il avait mis en place auparavant pour s’inscrire dans la trilogie. Et, surprise, le film devient excellentissime, d’autant plus excellent que le nombre de personnages se ressert et permet une intimité qui sied mieux pour faire jaillir l’émotion. Exit les super-vilains aux pouvoirs abusés, Daniel Brühl (alias Zemo, qui n’a rien à voir avec le personnage du comic book) agit comme un catalyseur discret mais intelligemment utilisé dans le scénario. Dès que Captain America : Civil War redevient un « vrai » Captain America, le film gagne en profondeur et en importance permettant de se centrer sur le véritable intérêt du métrage : les relations Rogers – Barnes – Stark. On sent les Russo plus à l’aise avec ce trio et finalement, Civil War gagne davantage sur le plan intimiste que sur cette fameuse guerre civile un peu cheap une fois prise dans son aspect global. Les conséquences de l’histoire, bien que moins profondes que celle du comics, permettent tout de même de faire avancer l’univers, un peu à l’instar de Winter Soldier. On finira d’ailleurs par celui-ci, interprété une nouvelle fois par un Sebastian Stan tout à fait génial, et qui trouve ici un rôle passionnant.

    Conscients des nombreux obstacles et carences possibles devant une telle entreprise d’adaptation, les frères Russo ont opéré les choix les plus intelligents pour ce Captain America : Civil War. Même s’il manque d’homogénéité, d’une mise en scène véritablement inspirée et non purement fonctionnelle ainsi que d’une profondeur thématique réelle, ce nouvel opus remplit parfaitement son contrat. Un très bon Marvel qui efface, un peu, la déconvenue d’un Age of Ultron décevant et d’un Ant-Man timide.  

      

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : L'affrontement à l'aéroport

    Meilleure réplique :

    - He is my friend

    - So i was...

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  • [Critique] Démolition

     Dernier film en date du canadien Jean-Marc Vallée, Démolition arrive après la déception Wild, pâle copie féminine d'Into The Wild de Sean Penn. Véritablement révélé à l'international avec son Dallas Buyers Club, le réalisateur revient avec un sujet prometteur (un deuil qui n'en serait pas un) et un Jake Gyllenhaal un peu sous-utilisé depuis l'excellent Night Call
    Démolition, comme son nom l'indique, parle de destruction. Destruction d'une vie tout d'abord, celle de Davis Mitchell, homme de la finance qui avait tout pour être heureux jusqu'au jour où un accident tragique lui enlève sa femme, Julia. Destruction d'un couple, ensuite, puisque Davis n’éprouve rien quand à la mort de son épouse. Comme si leur histoire n'avait été qu'une farce tragique. En rencontrant Karen Moreno, employée d'un service client de distributeurs automatiques, Davis va finir petit à petit par trouver ce qui va de travers dans son existence. En prenant le contre-pied de l'habituel film de deuil où les personnages passent leur temps à se lamenter et pleurer, Jean-Marc Vallée prend un risque calculé....

    ...Mais pas forcément judicieux. Démolition est un film bancal. Très bancal même. Car il se partage en deux axes de lecture pour le spectateur. Le premier sera celui de Davis Mitchell, brillamment incarné à l'écran par un Jake Gyllenhaal véritablement poignant et touchant qui trouve en ce personnage un rôle à sa hauteur. Jean-marc Vallée fait dans l'original en brouillant les pistes. Tout se passe comme si Davis n'était pas affecté par la mort de sa femme, comme s'il n'avait aucun respect pour elle. Davis tente de se convaincre qu'il n'aimait pas sa compagne et l'autodérision qui s'ensuit à l'écran a de quoi tirer quelques explosions de rire au public (le passage du répondeur par exemple). Sauf que de façon insidieuse, grâce à des flash-back silencieux et poétiques, Jean-Marc Vallée explore la peine refoulée de son héros, nous explique sans mot que malgré tout, Davis est rongé par le chagrin. Mais son chagrin à lui, incompréhensible par les autres, par les conventions ou la famille. Un deuil pathologique en quelque sorte finissant par trouver un écho certain dans le personnage de Karen Moreno.

    Et c'est ici qu'arrive le second axe de lecture, bien moins maîtrisé et, pour tout dire, totalement foiré, de Démolition. Jean-Marc Vallée ajoute l'histoire de la famille décomposée de Karen Moreno et de son fils, Chris, comme un cheveu sur la soupe. Si au début les choses apparaissent comme tout à fait en adéquation avec le reste, tant cette histoire d'amour n'en est en réalité pas une, on sent que Jean-Marc Vallée ne sait plus quoi faire de cet arc ni de ces personnages, délaissant quasiment totalement Karen au profit de Chris et de son mal-être d'ado qui se cherche pour introduire un message improbable sur l'homosexualité et la tolérance... qui n'a rigoureusement aucun rapport avec le récit principal. Du coup, Démolition se casse un peu la figure dans sa deuxième partie, et ce malgré la complicité réjouissante qui se tisse entre Davis et Chris. Au lieu de continuer à appliquer le principe de la déconstruction et du stratagème de la table rase à Davis, Vallée se perd et enlève une partie de la puissance émotionnelle de la première moitié du récit. Certes, on la retrouve par instants fugaces dès que Davis se retrouve seul avec lui-même ou face à l'incompréhension de sa belle-famille, mais la tournure de ce chagrin aurait tellement été plus convaincante sans les interférences de la famille Moreno. 

    La chose s'avère d'autant plus dommageable que le film a beaucoup de qualités à faire valoir. Outre le jeu de Gyllenhaal et son personnage vraiment réussi, Jean-Marc Vallée a une réalisation soignée, dynamique et parfois poétique, qui donne une chaleur inattendue à un propos d'apparence peu commode. L'utilisation de la musique et d'une BO franchement inspirée n'y est pas pour rien d'ailleurs. Seulement voilà, la montagne accouche d'une souris. Jean-Marc Vallée n'arrive pas à terminer son film de façon aussi simple qu'il avait réussi à nous évoquer le chagrin voilé de Davis. L'épilogue arrive comme une fausse note, avec un arrière-goût de "tout ça pour ça" qui laisse une amertume désagréable dans la bouche du spectateur. Parfois, les meilleures choses sont les plus simples, un adage qu'aurait du se rappeler le canadien lors de sa tentative ratée de complexifier abusivement son métrage. 

    Démolition vaut bien mieux que le fade Wild, mais ne retrouve pas la force d'un Dallas Buyers Club ni son homogénéité thématique et émotionnelle. On reste donc mi-figue mi-raisin devant le deuil poignant de Davis en se demandant encore ce qu'aurait pu donné le film en allant à l'essentiel.
    Un rendez-vous manqué en somme.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Davis qui détruit sa maison

     

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  • [Critique TV] Sense8

     

     Si Netflix prend de plus en plus de place actuellement, c’est grâce à son ambition sans cesse renouveler de produire des créations originales audacieuses comme peuvent le faire les grandes chaînes câblées américaines. Outre ses deux séries-phares, House of Cards et Daredevil, Netflix a aussi lancé en juin 2015 Sense8. Sorti de l’imagination de Joseph Michael Straczynski (Rising Stars, Babylon 5) et des sœurs Wachowskis, Lilly et Lana, la série marque le passage des créateurs de Matrix sur le petit écran à l’instar d’un certain nombre de grands réalisateurs actuels. Bien que celles-ci soient en perte de vitesse depuis le ratage total de Jupiter Ascending, les Wachowskis semblent cette fois synthétiser toutes leurs obsessions pour offrir aux spectateurs une sorte de Cloud Atlas sériesque contemporain. Sense8 a en effet été tourné dans huit lieux différents pour s’attarder sur le destin de pas moins de huit héros. Un récit choral donc, qui semble taillé sur mesure pour la télévision.

    Le problème qui saute immédiatement aux yeux, c’est que les Wachowskis digèrent très mal le passage au format série. On peut même penser que sans le concours de Straczynski, Sense8 aurait été un total échec. Pourquoi cela ? Parce que Sense8 n’a quasiment aucun rythme et se contente pendant près de 8 épisodes (sur 12 !) d’entrelacer les fils narratifs de ses héros en coupant artificiellement la trame générale en petits bouts. Tout se passe comme si les Wachowskis avaient construit une histoire de douze heures qu’elles auraient simplement saucissonner pour en faire une série. Du coup, comme on s’en doute, certains épisodes s’avèrent trépidants et d’autres passablement chiants. Pire même, si l’on considère que cette première saison sert de grosse introduction à l’univers, les premiers épisodes de la saison ne sont qu’une présentation, une mise en place…de l’introduction. On imagine sans mal la lenteur exaspérante que peut présenter la série pour qui est habitué aux canons du genre.

    Voilà donc pourquoi, d’emblée, Sense8 s’avère une série pénible à première vue. Les Wachowskis, aidés par le génial Straczynski, et leurs potes de toujours, James McTeigue et Tom Tykwer, dressent le portrait de huit personnages vivants dans huit villes différentes. Leur point commun : ce sont tous des sensates (ou sensitifs en français). Des individus capables de sentir tout ce que ressentent les autres membres, de leur prêter leur compétence et, même, d’agir à leur place si nécessaire. Sauf que ce genre d’interactions, lorsque l’on n’y est pas préparé, peut être compliqué à gérer et peut aussi bien aider que pourrir l’existence. Quand, en plus, nos héros découvrent qu’une organisation les traquent et que seul un mystérieux Jonas veut bien leur venir en aide, les choses se compliquent sérieusement pour eux. Pour la série aussi d’ailleurs puisque, vous vous en doutez certainement, mais le cliché de l’organisation dirigée par un grand méchant (un certain Whispers dans notre cas) qui veut museler les gentils héros a tendance à agacer quand la série commence à s’attarder dessus. Côté antagoniste, et pour ce qui concerne cette première saison, Sense8 se plante aussi.

    Faut-il jeter la série à la poubelle ? Etrangement, non. Pas du tout même. La série réussit grâce à ce qu’on pensait être son point faible : les histoires ordinaires de ses personnages. Même si l’on déplore quelques grossièretés d’écriture (le rapport flic/voyou notamment), les récits qui s’imbriquent deviennent étonnamment attachants au fil du temps. Même celui qui semblait le plus loufoque, celui de l’acteur de telenovela Lito Rodriguez, finit par toucher et même passionner. Parce qu’il y a une humanité derrière tous ces portraits improbables. Comme toujours, les Wachowskis aiment dépeindre une multitude de cultures (et non un multiculturalisme, la nuance est très importante) en nous dépaysant, en nous transportant dans des villes lointaines, de l’Inde au Kenya en passant par l’Islande. La diversité véritable que dégage la série offre une bouffée d’air frais et l’authentique quota sympathie qui était vital à l’entreprise. On retrouve dans la palette de situations et de paysages, de personnages et de nationalités, tout l’exotisme d’une planète Terre bigarrée et formidable.

    Puis, vient les premiers moments de grâce de Sense8 : la communion. Dès que deux personnages commencent à ressentir les émotions des uns et des autres, à interagir à des milliers de kilomètres de distance, à s’aimer même, la série trouve son envol, trouve sa véritable raison d’être. Ce n’est ni la traque par une mystérieuse (et bien fade) compagnie secrète, ni même une structure plaçant ses cliffhangers au petit bonheur la chance. C’est l’interaction entre les individus. Straczynski et les Wachowskis font ici preuve d’une sensibilité et, parfois, d’une poésie véritablement magique. Ajoutons d’ailleurs que l’utilisation de la musique fait un bien extraordinaire à ce genre de séquences. On peut même dire que les plus grands moments de bravoure de Sense8 passent par ces instants musicaux extrêmement bien mis en scène et pensés. Ne serait-ce que pour What’s Going On dans l’épisode 4 ou pour la sublime scène du concert dans l’épisode 10 What is Human?(un petit chef d’œuvre à elle seule), la série mérite le coup d’œil. C’est dire !

    L’humanité donc. C’est l’humanité de Sense8 et sa capacité à passer du rire aux larmes, de l’émerveillement à l’abattement qui permet finalement à la création la plus risquée de Netflix de se maintenir à un niveau correct. Elle a aussi la bonne et plaisante idée d’offrir une vision de l’homosexualité et de la transsexualité des plus touchantes, traitant avec le même respect et la même importance les différents personnages quelque soit leur orientation sexuelle (et l’on en attendait pas moins des sœurs Wachowskis qui ont dû mettre beaucoup de leur vécu à l’intérieur du récit de Nomi). Le tout culminant dans une scène de sexe follement audacieuse mais juste scotchante sur la musique Demons de Fatboy Slim. Au fond, Sense8 parle de l’humain et elle le fait bien, elle oublie juste de maintenir le spectateur en haleine dès le départ. Espérons que la saison 2, que l'on attend pour 2017, permette de corriger le tir et offre enfin un format et des enjeux à la hauteur de l’intense humanité qui rayonne de ses personnages.
     

    Note : 7/10

    Meilleure réplique : "What is human ? An ability to reason ? To Imagine ? To love or grieve ? If so, we are more human than any human ever will be."

    Meilleur épisode : Episode 10 What is Human ? 

     

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  • [Critique TV] Daredevil, Saison 2

     Excellente série de la saison 2015, Daredevil avait connu un énorme succès sur Netflix. Il était donc tout naturel de la retrouver cette année pour une seconde saison qui a bénéficié au passage d'un accroissement de budget significatif et d'une campagne marketing savamment orchestrée. Si le showrunner initial, Steven S. Knight, a quitté la série, c'est pour laisser la place à un nouveau duo avec Doug Petrie (American Horror Story, Pushing Daisies) et Marco Ramirez (Orange is the new black, Sons of Anarchy). Rajoutez à cela que la deuxième saison est l'occasion d'introduire deux personnages majeurs de l'univers Marvel, le Punisher et Elektra, et l'on peut nourrir quelques appréhensions à propos de la bonne tenue du show. Cette nouvelle fournée de 13 épisodes est-elle à la hauteur ?

    Une nouvelle fois, on fera le même reproche à la série, à savoir qu'elle s'étire trop. 13 épisodes, c'est trop long. Netflix devrait franchement se décider à condenser le tout en 10 segments pour livrer un condensé plus percutant qu'il ne l'est déjà. Cette tendance à tirer à la ligne se voit pourtant nettement moins cette fois, du fait certainement de la présence de pas moins de trois héros à l'écran... sans compter les divers retours de la saison précédente. Daredevil prend donc le risque d'introduire l'un des personnages Marvel les plus maltraités au cinéma : le Punisher. Cette fois, c'est Jon Bernthal (que les amateurs de Walking Dead connaissent malheureusement bien pour la qualité de son interprétation plus que douteuse) qui endosse le costume du vigilante. Surprise, Bernthal s'avère totalement habité par son personnage et, mieux encore, bénéficie d'un rôle finalement bien plus fin qu'il n'en a l'air de prime abord. La rencontre entre le Punisher et le Daredevil pose une question d'une grande importance dans la série : qu'est-ce que la justice et où s'arrête-t-elle ?

    Pendant les quatre premiers épisodes (et en filigrane par la suite), Daredevil s'interroge sur le bien fondé de ses actions en les comparant à celles, bien plus violentes et radicales, du Punisher. La délicieuse montée en puissance de celui-ci ainsi que les motifs qui l'ont entraîné dans cette vendetta donne à cet anti-héros une force et un charisme impressionnants. Il faut d'ailleurs immédiatement saluer la performance de Bernthal qui ne se contente pas de jouer l'homme sombre et torturé qu'il se doit d'être mais donne également un côté puissamment humain au Punisher. A bien des égards, la scène du cimetière de l'épisode 4 Penny and Dime, est l'une des plus fortes de la série voir la plus forte tout court. Lorsque Frank Castle raconte son histoire, le masque tombe et le spectateur est saisi par la boule de tristesse qui lui serre soudainement la poitrine. Ce qui reste pourtant le plus efficace et le plus perturbant, c'est la capacité du Punisher à taper juste lorsqu'il se justifie, bouffant littéralement le personnage de Daredevil qui apparaît bien timoré dans un monde gangrené par la violence et par tant d'injustices. A ce titre, l'épisode 3 New York's Finest - et même s'il ne va pas au bout des choses comme dans le comics de Garth Ennis dont il s'inspire - occasionne un beau choc intellectuel. Il donnera également une autre séquence mémorable, celle d'un combat dans un escalier, simplement la meilleure scène de fight d'une série à ce jour. Rien que ça.

    Mais assez parlé du Punisher (qui bénéficiera encore de son heure de gloire dans l'épisode 9 Seven Minutes in Heaven après une petite traversée du désert). Un autre personnage entre en jeu dans cette seconde saison, et c'est Elektra. Interprétée par une française, Elodie Yung, l'héroïne commence assez mal (en réalité, on met du temps à comprendre l’intérêt de sa présence manipulatrice) avant de devenir véritablement convaincante. Le casting de Yung surprend par sa justesse tant l'actrice capte le charme insidieux du personnage, et bientôt Elektra s'affirme comme une nouvelle réussite pour le show. Sa storyline rejoint lentement mais surement celle de Matt Murdock et son alter-ego vigilante pour plonger tête la première dans un registre où l'on attendait pas la série : le fantastique. Du coup, le nouveau grand adversaire de Daredevil, une organisation appelée la Main, donne des séquences de combats jouissives et passionnantes, cela malgré une toute fin aussi décevante à l'instar de ce que fut le combat trop facile contre Wilson Fisk en conclusion de la première saison. Ce qui réjouit par contre, c'est que la série n'a pas peur de prendre le parti du mysticisme et du fantastique, ouvrant de facto la porte à d'innombrables possibilités pour la suite. 

    Que reste-t-il de Daredevil et de Matt Murdock avec tous ces nouveaux venus (et ces retours dont on vous laisse la surprise) ? Eh bien, il reste un personnage toujours aussi attachant, tiraillé constamment entre son besoin de faire régner la justice et sa répugnance à franchir la ligne rouge incarnée par un certain Castle. L'évolution psychologique de Matt est cependant très intéressante dans cette saison car il semble se rendre compte de l'inefficacité de ses actions sur le long-terme, condamné comme beaucoup d'autres vigilantes et super-héros à remettre en cage les même criminels année après année. De même, ses rapports avec Karen permettent de davantage humaniser le personnage, d'autant plus d'ailleurs qu'il doit à terme choisir entre elle et Elektra, son premier amour. Côté personnages secondaires, Foggy et Karen souffrent des mêmes défauts dans cette saison que dans la précédente. Malgré une bonne volonté manifeste et de multiples tentatives pour étoffer leurs histoires respectives, ils restent bien en retrait du reste. Mentionnons que Deborah Ann Woll oscille constamment dans son jeu et a une tendance assez agaçante à pleurnicher à la moindre occasion, le genre de détail qui agace franchement, surtout lorsque l'on tente de donner une vraie crédibilité à un personnage.

    L'histoire de cette secondaire saison apparaît au final comme assez inégale (un peu comme pour la précédente en réalité). Les quatre premiers épisodes assurent une montée en puissance géniale avec l'introduction carrément parfaite du Punisher, et l'on doit subir un ventre mou de quatre épisodes où Frank Castle passe au second plan et où l'intrigue d'Elektra traîne dans sa mise en place. Il faut attendre l'épisode 8 Guilty as Sin pour retrouver un niveau plus palpitant et embrayer de nouveau dans un imbroglio réjouissant d'intrigues. On regrettera également quelques grosses ficelles comme la dernière conversation entre Elektra et Daredevil, ultra-convenue et cliché, qui donne, en plus, tous les éléments nécessaires au spectateur pour deviner la fin. Saluons tout de même pour finir deux choses pour cette nouvelle saison. La première c'est l'excellente réalisation qui reprend tous les bons points de la précédente saison tout en allant plus loin dans l'ambiance noire et oppressante de Hell's Kitchen et en tentant d'améliorer constamment ses scènes de combats. La seconde, c'est l'utilisation intelligente et judicieuse des personnages-surprises de retour de la saison une dans l'intrigue. Plus qu'un simple appel du pied aux fans, ils bénéficient non seulement d'une véritable utilité mais donnent également lieu à quelques scènes mémorables (dont au moins un certain face à face en prison).

    Même si cette seconde saison de Daredevil a bien du mal à corriger ses vieux défauts, elle parvient à les faire oublier en introduisant deux excellents personnages interprétés par deux acteurs surprenants. Meilleure réalisation, meilleurs combats, intrigue plus fouillée et extension de l'univers, tout pousse à croire que Daredevil va ravir le public. Et puis, rien que pour l'excellence du Punisher... le résultat vaut le coup d’œil !
    One Batch, Two Batch...Penny and Dime !

     

    Note : 8,5/10

    Meilleure réplique : "Because i think you're a half measure. I think you are a man who can't finish the job. I think you are a coward."

    Meilleur épisode : Episode 4 Penny and Dime

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