• A l'occasion de la parution de L'Alchimie de la Pierre aux éditions du Bélial, tentez votre chance pour remporter l'un des 3 exemplaires papiers mis en jeu.

    Vous retrouverez la critique du roman sur le site Just A Word :
    - L'Alchimie de la Pierre d'Ekaterina Sedia

    [Concours] L'Alchimie de la Pierre


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  • [Critique] L'Alchimie de la Pierre

     Toujours à la recherche de nouveaux auteurs à publier en France, Le Bélial jette cette fois son dévolu sur Ekaterina Sedia, une auteure d'origine russe vivant aux Etats-Unis. Pour la première publication dans l'Hexagone, c'est L'Alchimie de la Pierre (The Alchemy of Stone en V.O) paru initialement en 2008 et troisième roman d'écrivaine. Comme toujours, il s'agit d'un pari épineux que de lancer un tel livre mais celui-ci a quelques arguments solides à faire valoir. D'abord, la superbe et intrigante couverture signée Nicolas Fructus, ensuite une traduction qu'on sait déjà d'avance aux petits oignons par un certain Pierre-Paul Durastanti. Enfin, et c'est aussi un critère non négligeable, le roman est court, 272 pages, ce qui le rend certainement plus accessible pour les lecteurs qui rechignent à s'aventurer dans un pavé venu d'ailleurs. Voyons à présent au-delà de ces arguments très terre à terre ce que vaut réellement L'Alchimie de la Pierre.

    S'inscrivant dans la mouvance Steampunk, l'histoire racontée par Ekaterina Sedia prend place dans une mystérieuse cité à la riche mythologie. Surgit de terre grâce aux Gargouilles, la ville où réside Mattie, une automate émancipée, est aussi un lieu âprement disputé entre deux factions rivales : les Mécaniciens d'une part et les Alchimistes d'autre part. La population, quant à elle, tourne son regard vers le Duc et la famille régente...jusqu'à ce qu'un attentat vienne mettre le feu aux poudres. Dans l'ombre des mines où ils sont exploités dès leur plus tendre enfance, le courroux des Araignées, ces mineurs difformes, se fait jour. La révolution gronde tandis que Mattie doit découvrir comment libérer les Gargouilles de la malédiction de la pierre tout en trouvant sa propre liberté. Comme on le voit immédiatement, malgré sa brièveté, L'Alchimie de la Pierre ne cède en rien sur la foisonnance de son univers, c'est d'ailleurs par cette facette que le lecteur s'attache rapidement à l'histoire.

    En effet, Ekaterina Sedia bâtit un univers original qui arrive à être à la fois accessible et prenant. On y retrouve des automates émancipés ou non, des alchimistes qui usent de talents allant de l'herboristerie au vaudou, des Mécaniciens qui n'en finissent pas de construire des machines étranges et pensantes, des lézards géants, un Fumeur d'âmes ou encore des Gargouilles au parler poétique. La première réussite de L'Alchimie de la Pierre c'est d'arriver à dégager une ambiance fascinante en un nombre congru de pages tout en n'égarant jamais son lecteur. Le dépaysement est donc au rendez-vous...du moins du côté de la toile de fond. En se penchant sur le reste, le roman s'appuie sur un certain nombre de thématiques actuelles et le fait avec un doigté tout à fait délicieux. Commençons d'abord par l'aspect social du roman, véritable ode à la révolte, à la lutte des classes qui n'est pas sans rappeler une certaine Révolution d'Octobre tout en agrémentant cette métaphore d’événements d'une actualité plus brûlante encore puisque tout commence par un attentat. On découvre rapidement que le roman, loin de n'être qu'une quête sur l'origine mystérieuse de la cité et l'émancipation de ses créatures fondatrices d'une malédiction antédiluvienne, est également un livre politique.

    Derrière les aventures de Mattie (sur lesquelles on reviendra), Sedia nous parle du calvaire des mineurs sous un angle que n'aurait pas renié Zola, faisant naître la lutte par les mines comme dans un Germinal revu et corrigé à la sauce Steampunk. Elle parle de l'oppression d'une classe politique ne pensant qu'à son propre intérêt dans un Parlement bien loin des préoccupations de la populace. Mécaniciens, Alchimistes, même combat dans la petitesse. Derrière ses apparats steampunk, le roman se fait contestataire, dénonçant l'exploitation, l'industrialisation à outrance et la misère. Mais là où L'Alchimie de la Pierre réussit le mieux, c'est dans son message féministe et plus généralement, égalitariste. A travers le portrait d'une automate (femme + "étranger" donc), Sedia dresse un constat malheureux de la place de la femme dans cette cité fantasmée qui devient de plus en plus réelle pour le lecteur. Mise à l'écart par sa nature d'automate et de femme, double handicap donc, Mattie se trouve souvent réduit au rôle de spectatrice derrière des figures masculines intolérantes. Son amie, Niobé, présente également un double handicap : celui d'être femme et d'être noire. A travers cette autre facette, celle du traitement des Orientaux accusés immédiatement après l'Attentat du Palais, l'auteur accable le racisme et l'intolérance d'une société qui va mal. Le bouc émissaire sera toujours l'autre en premier lieu, le différent. Mine de rien, L'Alchimie de la Pierre quitte le simple divertissement pour devenir un roman diablement engagé et enragé.

    Et ce n'est pas tout ! Comme on l'a dit, une grande partie de l'aventure s'intéresse au destin de Mattie dont la relation avec son maître-créateur se révèle tout à fait passionnante et complexe. Devant cette figure de Dieu qu'elle aime autant qu'elle déteste, Mattie doit s'émanciper, par la découverte du plaisir, par l'action individuelle puis, finalement, par une violence nécessaire pour défaire les liens inextricables qui l'unissent à Loharri. Ce dernier reste un personnage emblématique à bien des égards. A l'origine victime devenu oppresseur, misogyne souffrant pourtant d'une extrême solitude, Loharri est bourré de paradoxes, de ceux qui font les personnages profonds et passionnants. En parlent d'ailleurs de personnages profonds et passionnants, il est impossible de ne pas citer le Fumeur d'Âmes, grandiose idée de la part de Sedia qui laisse des images mémorables et donne d'intenses moments de poésie au lecteur. Une poésie d'ailleurs toujours présente grâce aux passages sortant de la bouche des Gargouilles, créatures mélancoliques ancestrales qui teintent le roman d'une dimension douce-amère. Avec tout cela, difficile à croire que le roman d'Ekaterina Sedia arrive à tenir en si peu de pages dans une époque de pavés de plus en plus encombrants.

     Magnifique entrée en matière pour Ekaterina Sedia en France, L'Alchimie de la Pierre convie le lecteur à une aventure steampunk où rien n'est laissé au hasard. Dans une ambiance claire-obscure où les rouages crissent, les hommes s'affrontent pour la liberté et l'égalité sous le regard de Mattie, figure féministe et sociale à la fois. D'une densité surprenante sous ses oripeaux de divertissement, L'Alchimie de la Pierre ravira les plus exigeants des amateurs de littérature de genre. 
    On attend avec impatience la prochaine traduction !

      

    Note : 8.5/10

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  • [Critique] Split

     Qu'est-il arrivé à Night Shyamalan
    Cette question était sur toutes les lèvres depuis quelques temps déjà et son dernier long-métrage en date, The Visit, immonde purge à peine digne d'être diffusée au cinéma, n'avait fait que renforcer ce sentiment. Pourtant, cette année le cinéaste se penche sur un sujet extrêmement intéressant, le trouble dissociatif de la personnalité (autrement dit les personnalités multiples) en s'inspirant librement d'une histoire vraie, celle de Billy Milligan, un américain qui abrite en lui 23 personnalités et qui avait fait l'objet de deux ouvrages brillants et passionnants (qu'e l'on vous recommande chaudement au passage) par l'auteur Daniel Keyes (le même qui avait déjà écrit le chef d'oeuvre Des Fleurs pour Algernon) intitulés respectivement Les Mille et une vies de Billy Milligan et Les Mille et Une guerres de Billy Milligan. Partant de ce postulat fascinant, Shyamalan s'appuie sur un acteur brillant, James McAvoy, pour construire un thriller horrifique en quasi huit-clos. Après tant d'échecs artistiques, Split incarne-t-il le retour tant espéré du réalisateur de Sixième Sens et Incassable ?

    Qu'est-ce qui cloche avec Night Shyamalan ces derniers temps ? C'est avant tout que le cinéaste n'arrive plus à retrouver le souffle qu'il avait dans ses tous premiers long-métrages. Heureusement, Split dispose d'un postulat de base solide et, surtout, d'une extrême profondeur. Pour le développer, Shyamalan choisit le prisme du thriller claustrophobique en suivant le destin de Casey, une jeune fille pas comme les autres qui se fait enlever par un mystérieux individu avec ses deux amies, Marcia et Claire. Rapidement, les trois captives s'aperçoivent que leur kidnappeur n'a rien du psychopathe ordinaire. On pense immédiatement au récent The Room mais la comparaison s'arrête rapidement. En effet, l’intérêt du film ne vient pas du calvaire psychologique enduré par Claire (nous y reviendrons) mais bien de son geôlier tout à fait fascinant. Atteint d'un trouble dissociatif de la personnalité, Kevin abrite en lui pas moins de vingt-trois individus tels qu'Hedwig, un enfant de neuf ans, Patricia une femme manipulatrice et sévère ou encore Dennis, victime de TOCs et convaincu que la Bête approche. C'est ici que commence le tour de force de Split.

    Pour incarner ce(s) personnage(s), Shyamalan a débauché James McAvoy qu'on a largement pu apprécié auparavant dans la saga X-Men ou le Dernier roi d'Ecosse. Cet acteur britannique a la lourde responsabilité de porter le long-métrage sur ses épaules en incarnant par ses mimiques, sa gestuelle et sa voix plusieurs personnalités. Sa réussite à l'écran n'en est que plus impressionnante. McAvoy s'avère extraordinaire, livrant une prestation incroyable digne d'un authentique caméléon. La finesse de son jeu n'est rien de moins que remarquable. Il livre la meilleure performance d'acteur depuis longtemps sur grand écran. En face, il faut préciser que la jeune Anya Taylor-Joy (la révélation de The VVitch) ne démérite pas non plus. Elle bénéficie également d'un personnage à la hauteur avec lequel Shyamalan joue d'astuces, ménageant des zones d'ombres qu'il débroussaille petit à petit par des flash-back savamment arrangés.L'intrication des deux fils narratifs ne serait pourtant rien si Shyamalan ne distillait pas un sentiment latent d'horreur avec une mythologie autour de la Bête qui fait douter le spectateur jusqu'au bout.

    Outre le passionnant thriller psychologique, Split vire rapidement au film ambiguë dès que Shyamalan s'éloigne du postulat de base pour en explorer ses franges. Dans un certain sens, le cinéaste envisage la religion - ici le dogme apocalyptique de la Bête - sous l'angle d'une nouvelle "maladie", d'un mal qui ronge lentement et s'insinue jusqu'à finir par devenir réalité. Ce message subversif trouve son aboutissement dans le crescendo final où Split bascule définitivement dans l'horreur, passant du film claustrophobe à un quasi-survival pendant une vingtaine de minutes. Ce virage, superbement négocié, et bien aidé par une bande sonore aux petits oignons, prend le spectateur sans crier gare et renforce la surprise éprouvée en face d'une violence cannibale entrevue par les yeux de Casey. McAvoy restant toujours...stupéfiant ! Il faut également préciser que la mise en application des idées du roman de base sur Billy Milligan, le système du projecteur, les Indésirables qui constituent la Horde etc...permet au film d'asseoir encore davantage sa crédibilité. Se faisant, son revirement surprend d'autant plus. Avec sa mise en scène soignée et calculatrice, le long-métrage réserve pourtant une toute dernière surprise


    [SPOILER]

    En effet, après une première conclusion entre sauvagerie et secrets inavouables, Split réserve un dernier chavirement. Night Shyamalan se permet une folie dans son épilogue en faisant apparaître...David Dunn ! Le héros d'Incassable dont l'arrivée à l'écran est annoncée par les quelques notes de musiques que reconnaîtront les fans de ce chef d'oeuvre du film de super-héros. Plus qu'un clin d’œil, ce caméo retourne complètement le genre auquel appartient Split et le métamorphose en film de super-vilain, introduisant par la même un univers partagé super-héroïque à la sauce Shyamalan. La profondeur ainsi acquise par le personnage de Kévin n'a donc aucune équivalence dans les autres films du même type puisque tout le métrage lui est consacré...préparant le terrain pour un futur affrontement que l'on devine mémorable dans le prochain Incassable 2 ! Près de 17 ans plus tard, Shyamalan met une baffe aux fans de la première heure tout en donnant un film aux personnalités multiples...comme son héros. Chapeau bas !

    [SPOILER]

    Finalement, il est quasiment impossible de véritablement expliquer à quel point Night Shyamalan fait fort avec Split sans spoiler. Il livre non seulement une histoire rythmée, brillamment mise en scène et pensée, mais joue également la carte du genre à géométrie variable. Emporté par la prestation extraordinaire de James McAvoy, Split n'est rien de moins qu'une résurrection. A voir absolument sur grand écran comme il se doit !

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène finale 

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  • [Critique] Loving

     Après un dernier long-métrage plutôt décevant, Midnight Special, l'américain Jeff Nichols s'éloigne du cinéma de genre pour s'intéresser à un fait historique autour de la ségrégation raciale aux Etats-unis. De nouveau sur les marches de Cannes en 2016, le cinéaste y présente Loving, histoire d'amour et combat pour l'égalité dans une Amérique des années 60 où certains états tels que la Virginie rejette l'existence d'unions mixtes entre blancs et personnes de couleurs. Malgré un accueil tiède sur la Croisette, le long-métrage a permis à l'actrice Ruth Negga (récemment aperçue dans Preacher) de décrocher une nomination à l'oscar de la meilleure actrice. Il était donc temps de découvrir si Nichols pouvait renouer avec la réussite...

    Bâti comme un biopic mais cette fois consacré au combat juridique - et moral - d'un couple dit "mixte" dans l'Amérique des années soixante, Loving s'intéresse plus précisément à Mildred et Richard Loving qui décidèrent de se marier malgré l'interdiction faîtes à ce genre d'union dans leur état de résidence, la Virginie. Immédiatement arrêtés et mis en accusation, les Loving devront mener un combat éprouvant pour gagner le droit de revenir sur la terre qui les a vu naître. Symbole des lois raciales qui avaient alors encore cours dans certains états, l'affaire Loving contre la Virginie fut l'étape décisive qui décida du droit au couple mixte à exister partout aux Etats-Unis suite au jugement du 12 juin 1967 rendu par la Cour Suprême américaine. Devant ce fait historique archi-connu, Jeff Nichols tente donc de rendre honneur au couple Loving et à son combat.

    Incarnée par Ruth Negga, que l'on sent d'ailleurs très investie dans son rôle et qui fait ici oublier sa prestation douteuse de Preacher, et Joel Edgerton, beaucoup trop monolithique dans son jeu d'acteur quant à lui, le couple Loving a toutes les cartes en mains pour nous émouvoir. Il s'agit tout de même d'une histoire d'amour interdite et tragique dont l'intensité va finir par triompher d'une des lois les plus injustes des Etats-Unis de l'époque. En ajoutant à cela que Jeff Nichols sait d'ordinaire très bien gérer l'intimité de ses personnages et les bouleversements qu'ils affrontent - il suffit de revoir l'excellent Mud ou le chef d'oeuvre Take Shelter pour s'en convaincre -, Loving ne pouvait être qu'un grand film.
    Sauf qu'il ne l'est pas. Loving fait parti de cette malheureusement catégorie de films qui manquent leur objectif. Pour tout dire, Loving s'avère un film raté.

    Parce que là où l'on devrait se retrouver devant une histoire d'amour qui nous prend aux tripes et/ou un combat juridique qui se fait de plus en plus poignant, Nichols choisit la sobriété envers et contre tout. Ce qui dessert totalement son sujet et ses personnages. Jamais le spectateur ne sentira l'intense amour des Loving devant une mise en scène d'une extrême discrétion et des acteurs dont le jeu s'efface totalement. Quand en face American Honey bouillonne d'émotions et brûle d'amour, Loving se révèle un objet filmique élégant mais totalement froid au cheminement balisé et un poil longuet. On assiste à une histoire certes importante au sujet passionnant mais traitée avec une telle distance qu'on ne se sent jamais impliqué. Il faudra attendre les quelques minutes d'écran d'un Michael Shannon toujours aussi génial pour réchauffer un tantinet cet amour devenu de glace. 

    L'échec de Loving est d'autant plus dommage qu'il ne peut pas légitimement être qualifié de mauvais film. Jeff Nichols reste un excellent metteur en scène avec l'élégance qu'on lui connaît, Ruth Negga et Joel Edgerton tente de faire passer ce qu'ils peuvent dans les limites du cadre imposé par le cinéaste...et le sujet surtout reste quelque chose de fort, d'important. C'est juste qu'on ne sentira jamais germer la colère légitime qu'une telle histoire devrait soulever, ni même l'empathie qu'elle devrait susciter. Ajoutons à cela que le film prend un temps fou à aller à son but principal (l'affaire devant la Cour Suprême) et l'on ne peut que constater l'échec de Nichols, cette fois-ci bien plus évident que pour son tiède Midnight Special qui laissait déjà entrevoir nombre des tares de Loving...

    Nouvelle déception, et non des moindres, dans l'oeuvre du jeune réalisateur, Loving prouve que le ton d'un film a une importance cruciale pour son bon fonctionnement. Froid, presque clinique, le long-métrage de Jeff Nichols laisse le spectateur sur le bord du chemin admirant avec respect la tentative mais ne pouvant que constater l’évidence : Loving passe totalement à côté de son sujet.
     

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène :  Michael Shannon qui photographie les Loving

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  • [Critique] American Honey

    Prix du Jury Cannes 2016
    British Independant Film Awards 2016 : 
    - Meilleur Film
    - Meilleur Réalisateur
    - Meilleur actrice pour Sasha Lane

     Star a 17 ans. Dans son coin perdu d'Amérique, elle rêve d'une autre vie. Jusqu'au jour où elle rencontre Jake sur le parking d'un supermarché. Sûr de lui, charismatique et rebelle, le jeune homme lui propose de rejoindre sa bande d'adolescents pour aller vendre des abonnements dans tout le Midwest. N'ayant aucune raison de rester, Star tente l'aventure et s'embarque avec une foule d'ados tous plus surprenants les uns que les autres. Elle se rend vite compte que Jake ne tient pas les rênes de cette joyeuse troupe et que c'est en réalité la vénéneuse Krystal qui a le pouvoir. Éprise de Jake dès le premier regard échangé, Star va découvrir ses premiers éclats amoureux autant que ses premières déceptions. 

    American Honey marque le retour de la cinéaste britannique Andrea Arnold après 5 ans d'absence. Son dernier film en date, Les Hauts de Hurlevents, était une adaptation âpre et noire du roman éponyme d'Emily Brontë, injustement passée inaperçu. Radicalement différent, American Honey permet également le retour d'Arnold sur la Croisette avec à la clé un troisième Prix du Jury après ceux de Red Road et Fish Tank. C'est l'occasion pour la britannique de diriger une troupe de jeunes acteurs dont un revenant, Shia LaBeouf, et une exquise Sasha Lane qui décroche ici son premier rôle. Film teenager radical autant dans son approche que dans sa mise en scène, American Honey s'intéresse au road-movie avec l'esthétisme du documentaire et la finesse d'écriture d'Arnold, également scénariste.

    Road-movie passionné et rebelle, American Honey est un film de sales gosses. L'exact opposé en terme d'univers des Hauts de Hurlevent. Portrait féroce d'une certaine jeunesse américaine à travers le personnage tout en nuances et extrêmement touchant de Star - qui ne tombe jamais dans le mélo ou dans la vulgarité -, le film brasse un nombre de thèmes impressionnants. Premier amour d'un côté avec cette rencontre immédiatement magnétique entre Jake et Star où Shia LeBeouf redevient enfin un acteur admirable, mais aussi premiers feux d'artifices émotionnels qui vont avec. Contrairement au récent Loving de Jeff Nichols (dont on reparlera bientôt), American Honey est un film de feu où les ébats amoureux et la fougue des sentiments éclaboussent l'écran. La caméra d'Arnold, toujours précise, capture la passion avec une chaleur contagieuse lors d'une baiser inattendu sur une pelouse, lors d'une scène de sexe en voiture ou à la campagne...et puis à côté de ce fantasme de vie hors du monde, Arnold confronte le spectateur à l'Amérique du réel.

    American Honey fait entrer en collision de rêve d'évasion de cette troupe de jeunes farfelues - et pourtant tellement attachante, tous cassés à leur façon mais d'une humanité incandescente - avec la froide horreur moderne. Des "parents" de Star aux conditions de travail imposées par Krystal en passant par l'escroquerie ou la violence. En face de cette aventure initiatique et poétique, on trouve la sauvagerie d'un monde moderne effrayant. A l'amour impulsif dans une voiture s'oppose un rapport tarifé en face d'un puits de pétrole. On ressent tout ce décalage dans la bande-originale (excellente) du long-métrage mélangeant allègrement morceau de rap, de country et de pop. Arriver à magnifier du Rihanna à ce point ou à opposer la candeur de la chanson American Honey à l'errance de ces jeunes sans foyer...On peut dire qu'Arnold se surpasse encore une fois ! Car au dehors de ce van qui sillonne les routes, la vie se fait cruelle, se fait impitoyable pour Star et ses compagnons de route.

    Mais toute la véritable beauté d'American Honey tient dans son humanité. Au-delà des choses parfois terribles que raconte Arnold, il y a ce intense tourbillon d'émotions qui prend à la gorge. Ces jeunes-là, avec leurs rites, leurs coutumes, se bâtissent une cellule familiale à eux, et c'est foutrement beau à voir. Capturé par la mise en scène méticuleuse de la cinéaste, avec une caméra à l'épaule et un format resserré style documentaire, le spectateur s'immisce dans une aventure folle et hors du temps...comme cette magnifique période de transition qu'est l'adolescence en somme. Star se découvre adulte, s'interroge, naïve et pétillante, puis rude et brisée. Elle fait des étincelles tout du long, nymphe attirante qui n'a d'yeux que pour son rebelle bourré de paradoxe autant que de tatouages. American Honey arrive à trouver une puissance lyrique et évanescente qui navigue dans un réel qu'on a du mal à goûter. 

     Road-Movie intense, film mal élevé et bouillonnant à la bande originale exquise, American Honey prouve qu'Andrea Arnold peut virer de registre avec une aisance incroyable. C'est aussi l'occasion de redécouvrir Shia LaBeaouf et de faire la connaissance de Sasha Lane qu'on espère promise à un grand avenir. Entre réel et rêve, fantasme et réalité, adolescence et âge adulte, Americain Honey est le film de toutes les collisions, à commencer par celui des émotions.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Le premier baiser sur la pelouse

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  • A l'occasion de la parution de Cérès et Vesta dans la collection Une Heure-Lumière aux éditions du Bélial, tentez votre chance pour remporter l'un des lots de livres papiers mis en jeu (Cérès et Vesta, et un super-lot avec Un Pont sur la Brume, Dragon, Cookie Monster et Cérès et Vesta).

    Vous retrouverez la critique des novellas sur le site Just A Word :
    - Un Pont sur la brume de Kij Johnson
    - Dragon de Thomas Day
    - Cérès et Vesta de Greg Egan
    - Cookie Monster de Vernor Vinge

    [Concours] Cérès et Vesta


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