• [Critique] Message from the king

     Le réalisateur franco-belge Fabrice Du Welz, à qui l'on doit des pépites horrifiques comme Alléluia ou Calvaire, se tourne aujourd'hui vers Hollywood. Si l'on sait très bien que ce milieu a une fâcheuse tendance à broyer les cinéastes devant des impératifs budgétaires et scénaristiques, on est tout de même heureux de voir Fabrice revenir derrière la caméra pour s'essayer à un genre radicalement différent, celui du revenge movie. Dès la première bande-annonce le ton est donné, Message from the King ne va pas faire dans la dentelle et c'est tant mieux. Avec un casting aux petits oignons qui regroupe Chadwick "Black Panther" Boseman, Teresa Palmer, Luke Ewans ou le trop ignoré Alfred Molina, on peut dire que Du Welz sait s'entourer. Reste maintenant à voir comment il va gérer le changement d'univers et son passage à Hollywood. 

    Première bonne chose, Message from the King n'est pas là pour ergoter pendant des heures, à peine commencer que l'on plonge déjà dans l'intrigue, tout à fait simpliste d'ailleurs : Jacob King débarque à Los Angeles pour retrouver sa sœur Bianca qui lui a laissé un message de détresse sur son répondeur quelques jours plus tôt. Il ne dispose que de quelques centaines de dollars, d'un sac de vêtements pour sept jours. Du Welz pose les bases en quelques minutes et s'intéresse ensuite à son histoire de vengeance. Le métrage va droit au but, fonctionne d'abord comme une enquête pour rapidement suivre les traces d'un vigilante-movie à l'ancienne. Chadwick Boseman, impressionnant de bout en bout, trouve en Jacob King un personnage excellent que Du Welz laisse à moitié inexploré jusqu'à la toute fin de son métrage. Le spectateur ne connaît pas Jacob mais comprend vite que ses origines sud-africaines en font quelqu'un d'autrement plus dangereux et déterminé que des gangsters américains lambda. De Boseman se dégage une aura de charisme brutal mais aussi une sympathie instantanée envers un homme qui tente de faire justice sans chercher à excuser ou minimiser. C'est certes assez basique mais diablement efficace.

    Malheureusement, qui dit revenge movie dit scènes de combat...et là, Fabrice Du Welz montre ses limites de metteur en scène. En effets, les affrontements sont le plus souvent brouillons et parfois carrément illisibles. Si l'on excepte l'idée de la chaîne de vélo (qui renvoie en un sens au marteau de Old Boy, chacun ses goûts), l'action dans Message from the King s'avère simplement ratée. A côté de ce défaut ennuyeux, le film accumule les bonnes idées. La première étant de faire de Los Angeles un endroit crade et violent où les rêves des jeunettes en quête de gloire se brisent sur les rochers de la réalité américaine. Bianca en est le parfaite exemple et le fait même de la rendre aussi peu sympathique permet au film de donner une dimension d'autant plus poignante à la relation Bianca-Jacob. Jacob venge un souvenir plus qu'une réelle personne, il venge sa petite sœur du Cap et pas la droguée paumée de Los Angeles. Sous la caméra de Du Welz, la Cité des Anges adopte un aspect tout à fait repoussant où la richesse n'est qu'une façade, où le mal rode dans les coins. De ce côté-là, le cinéaste n'a rien perdu de son talent de mise en scène.

    Enfin, on peut regretter la simplicité extrême de l'histoire qui, s'il on y réfléchit bien, tient sur un timbre-poste plié en quatre. Cela semble pourtant renouer avec les revenge-movie old school des années 80-90 mais peut très certainement décevoir des gens habitués à des joyaux noirs ultra-fouillés comme Old Boy ou Lady Vengeance. Cette caractéristique d'uppercut de Message from the King s'avère donc à double-tranchant. Reste que le métrage arrive à éviter certains clichés inhérents à ce type de film, comme l'histoire d'amour qui, cette fois, n'en sera heureusement pas une. Malgré la volonté de Fabrice de toujours vouloir investir tout son être dans ses films (cf. Interview), on se rend compte que Message from the King reste tout de même assez loin de la qualité de ses autres long-métrages, plus étranges, plus audacieux et, simplement, plus personnels. 

     Direct, sec et sans pitié, Message from the King tient ses promesses. Emporté par un Chadwick Boseman impeccable dans un Los Angeles magnifiquement capturé par Fabrice Du Welz, le film est aussi simple qu'efficace tout en se permettant quelques subtilités bienvenues. 
    On attend maintenant le retour du réalisateur dans un domaine plus personnel et forcément plus captivant. 

     

    Note : 7/10

    Meilleure(s) scène(s) :   La scène de la morgue 

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Life

     Dernier film du réalisateur suédois Daniel Espinosa, Life (sous-titré en France Origine inconnue, parce que ça fait mystérieux et qu'au moins y'a des mots français pour le spectateur français qui est, forcément, incapable de comprendre un mot d'anglais) rentre dans la catégorie des métrages qui annoncent la couleur dès leur première bande-annonce. Après Enfant 44, Espinosa s'envole pour la Station Spatiale Internationale et un futur plus ou moins proche où une sonde ramène de Mars un échantillon qui contient...un organisme vivant ! Pour ne pas mettre la Terre en danger et éviter une possible contamination, l'équipe décide d'étudier Calvin - le nom donné à cette nouvelle forme de vie - au sein de la station même. Le problème, évidemment, c'est que le nouveau venu va se révéler extrêmement hostile. A la lecture de ce synopsis et après avoir visionné la première bande-annonce, on a comme une sensation de déjà-vu...

    En effet, Life est un simili-Alien.
    Un xénomorphe découvert dans l'espace... dans une installation spatiale exigue et de plus en plus glauque... avec une équipe d'hommes et de femmes pas forcément préparée à faire face à une telle situation...
    Tout est là, ou presque. Cependant, notez-bien, le métrage s'assume comme tel dès le départ, le spectateur est prévenu à l'avance et à aucun moment il n'y a mensonge sur la marchandise. De ce fait difficile d'en vouloir pour les ressemblances flagrantes entre les deux films. 
    En fait, il faut comprendre simplement que Life renoue avec quelque chose que l'on n'a plus vraiment l’habitude de voir sur grand écran aujourd'hui : le film de série B honnête.
    Vous ne serez pas (ou peu) surpris par l'histoire mais elle fait le job, il en va de même pour la galerie de personnages, tous assez basiques et qui servent surtout de proies à la dangereuse bestiole qui va parcourir la station. On peut d'ailleurs se demander comment le film arrive à réunir un tel casting...pour n'en faire rien ou quasiment. Jake Gyllenhaal, Ryan Reynolds, Hiroyuki Sanada, Rebecca Ferguson...devaient avoir surtout quelques factures à régler. L'avantage par contre, c'est que ce petit film bénéficie d'une galerie d'acteurs convaincants pour son jeu du chat et de la souris (avec scaphandres).

    Alors Life finalement à quoi ça sert ? 
    A frissonner. On sent l'influence de Gravity (la séquence d'introduction) et Alien, le 8ème passager (tout le reste !) mais Espinosa arrive tout de même à livrer au spectateur un spectacle soigné avec une mise en scène très fonctionnelle mais parfaitement adaptée au sujet, tout en insinuant assez de tension pour ne jamais ennuyer. Le point central du film, c'est évidemment la créature, Calvin, qui évolue constamment et qui s'avère, franchement, une brillante réussite sur le plan du design. Il faut noter à ce titre que la première attaque de la bestiole et la première mort se révèlent extrêmement convaincantes (et absolument dégoûtantes)...Il est à ce titre très amusant de noter la symétrie inversée entre la première mise à mort d'un membre de l'équipage et la mythique scène de repas d'Alien. Le reste devient ensuite un survival spatial assez classique mais toujours très efficace qui se conclue sur un twist prévisible mais délicieusement noir. 

     En résumé...Life tient ses promesses. Ni plus ni moins. 
    Daniel Espinosa offre un divertissement horrifique honnête, qui ne fera certainement pas date tant il lorgne ailleurs, mais qui ne prend pas ses spectateurs pour des imbéciles.
    Une bonne série B en somme. 

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  La première mort

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    1 commentaire
  • [Critique TV] 13 Reasons Why, Saison 1

     

    La fiction est un exercice difficile. 
    D'autant plus difficile lorsqu'un auteur adulte porte un regard sur une tranche d'âge qui n'est plus la sienne et qu'il doit, pourtant, en faire ressortir les spécificités. C'est une des raisons qui font que la fiction pour enfants et la fiction pour adolescents ne sont pas, contrairement aux idées reçues, plus simples. Elles ne devraient pas l'être en tout cas puisque ce sont ces œuvres qui façonneront les goûts et les repères des plus jeunes générations. De ce fait, élaborer un roman comme une série étiquetés teenager s'avère souvent en réalité bien plus complexe qu'on ne veut bien le faire croire. En choisissant d'adapter le roman éponyme de Jay Asher, la chaîne Netflix avait donc un poids très lourd sur les épaules quant à la qualité de 13 Reasons Why. Rapidement (et c'est mérité en regard du sujet abordé), la série a connu un très beau succès public tout en suscitant de vifs débats parmi les adolescents l'ayant visionné, ce qui, en soi, est une excellente chose. Publié en 2007 aux Etats-Unis et dans les tuyaux en vue d'une adaptation depuis 2011, 13 Reasons Why est un roman pour adolescent de 300 pages environ (assez court donc) qui se penche sur un sujet très complexe : le suicide chez l'adolescent. On y suit Clay Jensen, un lycéen américain de dix-sept ans, qui reçoit un colis renfermant 7 cassettes audio dont chaque face contient un enregistrement d'une camarade qu'il aimait : Hannah Baker. Aimait car Hannah est morte, ayant mis fin à sa vie de façon aussi brutale qu'inattendue quelques semaines auparavant. Dans cette série de cassettes, la jeune fille va retracer ce qui l'a mené à s'ôter la vie et chaque face se concentre sur l'un des acteurs volontaires ou involontaires de cette tragédie. 13 Reasons Why n'a rien d'une série au sujet léger, bien au contraire, et c'est à la fois son plus grand atout et son plus gros point faible. Puisque devant un sujet aussi grave, il fallait une série à la hauteur. Or, ce n'est pas toujours le cas.

    Ce jugement à l'emporte-pièce peut sembler sévère (d'autant plus si vous sortez récemment du visionnage de cette première saison très forte en émotions). Il est d'ailleurs assez complexe de disséquer les défauts et qualités de 13 Reasons Why tant l'objectivité critique se trouve mise à mal par de nombreux accès émotionnels durant ces treize épisodes. En fait, commençons par là. Au regard du nom de la série, Brian Yorkey et la production se sont tout simplement dit "13 raisons = 13 épisodes" (d'une durée moyenne de 50 minutes à 1 heure). Un erreur monumentale et, pour tout dire, qui s'avère lourde de conséquences pour la série. En effet, comme expliqué ci-dessus, le roman fait 300 pages (écrit dans une police respectable) et se lit vite. Comment faire pour en tirer 13 heures de séries ? En rallongeant la sauce et en délayant l'intrigue principale portant sur les cassettes et leur écoute par Clay. Si l'épisode pilot s'avère extrêmement accrocheur, la série affiche une baisse de régime dès le second épisode et chute définitivement entre les épisodes 5 à 9. En condensant certaines sous-intrigues ou en les élaguant même franchement, 13 Reasons Why aurait pu adopter un format HBO ou FX entre 8 à 10 épisodes. Mais ce n'est pas le cas. Il en résulte un rythme bâtard où l'on alterne les séquences (voir les épisodes) passionnants avec des scènes simplement énervantes tant le côté remplissage s'avère voyant. Tout l’intérêt de la série réside dans le couple Clay-Hannah ainsi que dans les raisons de son suicide. Dès lors, dès que la série s'attarde sur les émois des parents d'Hannah (Kate Walsh est sans cesse en train de pleurer, c'est insupportable), sur la pseudo-enquête au sein du lycée (qui a en réalité un intérêt beaucoup plus putassier qu'il n'y parait, on y reviendra) ou sur le simili-mystère de "pourquoi les autres lycéens veulent-ils se couvrir"...on s'ennuie ferme. Le rythme qui aurait pu être un crescendo émotionnel d'une puissance rare se révèle...haché. Le meilleur exemple se situant dans ce qui est pourtant l'épisode le plus fort de la série, l'épisode 11. Au lieu de concentrer la trame sur la révélation que l'on attend tous (à savoir pourquoi Clay apparaît sur ces cassettes), les scénaristes intercalent les sous-intrigues entre deux et casse l'excitation du spectateur. Définitivement, la première grosse erreur de la série, c'est cette envie de nous pondre un format de 13 épisodes et de tirer sur la corde façon chaîne non-câblée. 

    La seconde erreur découle d'ailleurs directement de la première. Sachant pertinemment que la série a un potentiel commercial très important (le public adolescent étant connu pour être un gros consommateur), Yorkey et son équipe...refusent d'en faire une mini-série. L'autre énorme problème de 13 Reasons Why, c'est qu'elle comptera une seconde saison...alors que le sujet ne se porte pas du tout à cette attitude putassière et qui explique également l'importance (injustifiée) de certaines sous-intrigues comme celle de l'enquête au sein du lycée. Le roman est un one-shot et Netflix n'en fait pas une mini-série mais une série ! Une erreur capitale. De ces problèmes de rythme va découler un dernier souci pour 13 Reasons Why : une subtilité à géométrie variable. Obligés de remplir les épisodes comme ils peuvent, les scénaristes se répètent et finissent par alourdir certains aspects de l'intrigue. On revient à ce stade sur le deuil de la famille Baker...traité de façon tellement grossière et tellement exagérée...Chaque épisode ou presque compte plusieurs séquences où la mère d'Hannah pleure, où le couple insiste sur le fait que leur vie est détruite...Il s'agit de choses évidentes qui ne méritent pas un traitement à la truelle comme celui-ci. D'autres choses seront traitées de la même façon comme cette manie de faire douter Clay sur l'écoute des cassettes. Franchement, on sait qu'il va les écouter ces cassettes alors pourquoi diable passer des heures et des heures sur ses hésitations quand à continuer... si ce n'est pour masquer un vide du à un format trop long. C'est prodigieusement agaçant. 

    Enfin, derniers ennuis, 13 Reasons Why est une série avec des adolescents. Ce qui comporte deux difficultés : trouver des acteurs assez doués pour les incarner...et qui ont un âge crédible. La série a bien du mal à échapper à ces deux écueils. D'abord parce que la galerie d'acteurs de cette première saison apparaît comme très inégale avec notamment un rôle important, Jessica, incarnée par une jeune actrice...simplement lamentable. Alisha Boe est soit constamment à côté soit constamment en surjeu. Elle est insupportable. Ensuite...comme d'habitude, ce sont des acteurs plus âgés qui doivent assurer des rôles plus jeunes et selon les personnages, on y croit plus ou moins. Concernant celui pourtant excellent de Tony...Il est difficile de croire que celui-ci soit un lycéen. Il fait aussi lycéen que votre serviteur fait collégien. En même temps...prendre un acteur de 25 ans pour jouer un personnage d'environ 18 ans...c'était une idée étrange (pour ne pas dire imbécile) dès le départ. Cela n'ayant cependant rien à voir avec l'excellent jeu d'acteur de Christian Navarro, certainement l'un des personnages secondaires les plus réussis de la série. Bref...en lisant tout ça, vous êtes surement déjà en train de vous dire que 13 Reasons why est une série médiocre qui ne vaut pas le visionnage. Ce qui serait une énorme erreur.

    Venons-en maintenant à ce qui fait la force de la série : ses thématiques. 13 Reasons Why part d'un postulat simple mais génial, celui de comprendre ce qui peut pousser un adolescent au suicide grâce à un témoignage direct de celui-ci. Centré sur deux personnages, le "couple" Clay Jensen - Hannah Baker, on suit avec une émotion constante les malheurs de la jeune fille (même si on aussi tendance à se dire qu'il s'agit de la lycéenne la plus poissarde du monde) et avec d'autant plus d'intensité que l'on découvre cela par les yeux d'un garçon bien, effacé, gentil et...amoureux d'elle. Du coup, tout change. On ressent à la fois de l'empathie pour la pauvre Hannah (excellemment interprétée par Katherine Langford dont il s'agit là du premier rôle) mais également pour Clay qui doit supporter l'horreur de la perte de celle qu'il aimait...et de découvrir que d'une certaine façon il aurait pu l'éviter. Le couple formé par les deux adolescents fonctionne de façon instantanée. Il est impossible de ne pas être emporté dans leur histoire d'amour tragique qui montre aussi une chose terrible qui s'applique à la vie adulte : nous faisons des choix qui peuvent gâcher notre futur. Par bêtise, par peur ou simplement parce qu'on ne se rend pas compte des conséquences. Cela s'appliquant à la fois à Clay et aux autres lycéens mais également à Hannah vis-à-vis des effets de sa mort sur sa famille et ses camarades. L'histoire d'amour qui est dépeinte à travers ces treize épisodes, et malgré la dilution par les autres sous-intrigues, se révèle d'une force rare. Difficile de ne pas être totalement envoûter par le premier slow sur The Night We met entre Hannah et Clay.

    Ce n'est cependant pas pour l'histoire d'amour ou l'intelligence de cette histoire à rétro que la série a fait parler d'elle et qu'elle reste, en fin de compte, hautement recommandable. 13 Reasons Why montre et ne se cache pas. Elle affronte de front plusieurs thématiques d'une grande difficulté pour les adolescents. Le harcèlement scolaire d'abord, banalisé mais d'une extrême cruauté, qui peut faire de la vie d'un lycéen ou d'une lycéenne ordinaire un enfer quotidien. La série le montre fort bien et de façon répétée (et cette fois à raison) tout en insistant sur le fait que la chose est tellement communément admise comme bénigne qu'on ne s'en rend même plus compte... Le harcèlement devient un décor aussi familier que des graffitis dans des toilettes. Second thème (et thème principal d'ailleurs) de la série : le suicide. Encore plus difficile à expliquer et surtout à montrer...et pourtant 13 Reasons Why le fait sans aucun hors champ. La séquence qui en résulte se révèle quasiment insupportable...autant ou presque que les deux scènes qui affrontent le dernier sujet épineux de la série : le viol. Et là...13 Reasons Why est un petit bijou sur ce plan, montrant de façon polémique que le viol est encore et toujours minimisé. "Mais as-tu dis non ?" "As-tu tenté de le repousser ?" autant de questions insupportables quand il s'agit d'un sujet aussi grave. La dernière scène de viol étant d'ailleurs une synthèse parfaite pour comprendre le pourquoi de cette incapacité à réagir. Elle est aussi d'une brutalité sans nom pour une série destinée à un public adolescent. On salue l'audace de Netflix de l'avoir gardé en l'état.

    Pour toutes ces thématiques, la qualité de son histoire d'amour adolescente ainsi que pour la richesse apportée par certains personnages secondaires (on pense notamment à celui de Tony et celui de Justin, magnifiques de bout en bout), 13 Reasons Why doit retenir votre attention. D'autant plus que les défauts abordés en première partie s'atténuent en regard de l'aspect addictif de la série qui se bingewatche naturellement. On ajoutera encore que cette première saison bénéficie d'un soin indiscutable dans sa mise en scène et que sa bande originale s'avère superbe. On y retrouve pêle-mêle Joy Divison, Woodkid, M83, Vance Joy ou encore Lord Huron avec la fabuleuse (et inoubliable) The Night We met que vous écouterez en boucle à coup sûr à la façon d'un What's Going On dans Sense8.

     Malgré des défauts évidents et agaçants, 13 Reasons Why est une série captivante, déchirante et importante. Elle arrive à saisir avec justesse des thématiques adolescentes difficiles tout en menant de front une histoire d'amour d'une grande beauté. Certaines scènes sont, certes, d'une grande rudesse, mais apparaissent comme nécessaires au regard du sujet traité. On regrette simplement que Netflix ait eu la très mauvaise idée d'en commander une seconde saison et de ne pas respecter le condensé émotionnel offert par une saison unique qui aurait été, à coup sûr, inoubliable. 

    Et ceux qui ont aimé aurait grand intérêt à se plonger dans l'excellent film The Perks of being a Wallflower (Le Monde de Charlie) de Stephen Chbosky

     

    Note :  8/10

    Meilleure épisode :  Episode 11 - Cassette 6, face A

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Angle Mort N°11

    Nommé au Grand Prix de L'imaginaire 2017 catégorie Meilleure nouvelle étrangère pour :
    - Honey Bear 
    - Une brève histoire des formes à venir

     Pour ceux qui ne le savent toujours pas, Angle Mort est une revue numérique dirigée par un groupe de plusieurs personnes dont Réné-Marc Dolhen, Julien Wacquez, Sylvie Denis ou encore George Subrenat. Son ambition est simple : offrir des nouvelles de science-fiction étrangères et françaises ainsi qu'un espace de réflexion sur le lien entre la science et le réel. 
    Avec l'annonce des nominations du Grand Prix de L'Imaginaire 2017 (prix le plus prestigieux du genre), il était temps de se pencher sur le numéro 11 de la revue après un numéro 12 hautement recommandable. Au sommaire cette fois, quatre auteurs américains et français ainsi qu'un artiste urbain espagnol.

    On commence par une interview passionnante et passionnée de l'espagnol Deih, artiste urbain qui signe également la couverture du présent numéro. On embraye ensuite avec la première nouvelle de ce numéro intitulée Honey BearSofia Samatar nous raconte une très étrange histoire à propos d'un monde qui aurait subi une invasion extra-terrestre très...différente. Dave et Karen doivent prendre soin d'un enfant pour le moins particulier : Honey Bear. Pour ceux qui ne la connaisse pas encore, Sofia Samatar est la remarquable auteure du non moins remarquable Un étranger en Olondre (traduit aux Editions de l'Instant). On retrouve dans ce texte court toute la poésie et la douceur de l'américaine ainsi que son originalité dans le traitement d'un sous-genre pourtant déjà vu mille fois. Étrange, féerique mais surtout touchant malgré tout, Honey Bear est une excellente nouvelle qui prouve encore une fois que le travail de l'américaine mérite toute notre attention.

    Pour la suite, c'est un français, Jean-Luc André d’Asciano, qui prend le relais avec sa nouvelle post-apocalyptique Le Premier arbre. Dans cet univers désespéré (et désespérant), le dernier homme survit à l'extinction de la race humaine en jonglant entre des pilules qui jouent avec sa mémoire. Dans un style très sec et haché (qui ne semble pas forcément des plus adaptés...), l'auteur dresse un portrait bien sombre de l'humanité tout en interrogeant sur le poids de la mémoire. N'est-ce pas cette mémoire qui nous définit en tant qu'être humain ? Conjugué à la courte interview de l'auteur, on se retrouve devant un texte nihiliste dont l'univers plein de dérives bio-technologiques semble fascinant. On espère juste que le style de l'auteur évoluera dans le bon sens pour être moins râpeux à l'avenir.

    Seconde nouvelle à avoir été nommé au Grand Prix de l'Imaginaire, Une brève histoire des formes à venir est l'oeuvre de l'américain Adam-Troy Castro, particulièrement apprécié par Angle Mort puisqu'il s'agit de son troisième texte publiée par la revue. Une brève histoire des formes à venir est certainement l'un des textes les plus étranges que vous pourrez lire. On y apprend que l'humanité est devenue incapable d'avoir des bébés...en forme de bébés. A la place, les femmes accouchent de cubes, de sphères, de rhomboèdres ou encore de pyramides. Confronté à cette anomalie, le monde ne sait pas comment réagir ni comment considérer les nouveaux "bébés". Monica, elle, sait, son enfant "cube" sera avant tout son enfant. D'un postulat totalement (mais alors totalement) absurde, Adam-Troy Castro tire une texte émouvant et d'une originalité incroyable. C'est aussi drôle que touchant, sorte d'hybride improbable des Fils de L'homme version Picasso saupoudré d'un humour Monty-Pythonesque. Et pourtant...ça marche. On se surprend même à avoir de l'empathie pour...un cube qui vibre ! Dans le jargon, on appelle ça un tour de force. 

    Pour conclure ce numéro déjà riche, Angle Mort donne la parole à Sarah Pinsker pour un texte sur le transhumanisme jonglant entre absurde et questionnement sur la perception. Une greffe à deux voies nous parle d'Andy, un gars de la campagne, qui se prend accidentellement le bras dans une moissonneuse batteuse et qui se fait greffer un membre bionique relié à son cerveau par une interface neuronale. Se penchant sur un sujet d'actualité, celui de la biomécanique et du transhumanisme, Pinsker nous offre une texte qui interroge sur le rapport à notre corps, à nos propres limites cognitives et sensorielles. Malheureusement, la nouvelle semble un tantinet trop courte et n'arrive pas à disséquer comme il le faut l'intrusion d'un sentiment aussi absurde dans la conscience d'un être humain. Une impression de trop peu en fait. Dommage.

    Pour ce numéro 11, Angle Mort déniche un OLNI avec Une brève histoire des formes à venir, un texte cruel, poétique et surréel avec Honey Bear et un futur d'une immense noirceur dans Le Premier Arbre. Malgré la petite déception de fin, encore une fois...ce numéro s'avère d'une excellente tenue.
    Qu'attendez-vous ?

    Note : 8.5/10

    Pour acheter et soutenir Angle Mort, c'est par ici !

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires