• A l'occasion de la parution du Regard dans la collection Une Heure-Lumière aux éditions du Bélial, tentez votre chance pour remporter l'un des cinq lots de livres papiers mis en jeu (Le Regard, et un super-lot avec Le RegardL'Homme qui mit fin à l'HistoireCookie Monster et Cérès et Vesta).

    Vous retrouverez la critique des novellas sur le site Just A Word :
    - Le Regard de Ken Liu
    Cérès et Vesta de Greg Egan
    Cookie Monster de Vernor Vinge
    L'Homme qui mit fin à l'Histoire de Ken Liu

    [Concours] Le Regard


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  • [Critique] Free Fire

     Si vous ne connaissez pas encore Ben Wheatley, réalisateur britannique atypique s'il en est, Free Fire risque de vous surprendre un tantinet.
    Film d'action saupoudré d'une bonne dose d'humour noir filmé en huit-clos complet, le long-métrage de l'anglais utilise un scénario timbre-poste pour coincer le spectateur dans un improbable affrontement entre gangsters. Des membres de l'IRA (organisation terroriste d'Irlande du Nord) rencontrent des vendeurs d'armes dans un hangar désaffecté de Boston. Alors que les tensions surgissent entre les deux groupes, l'antagonisme entre deux des hommes présents va finir par faire exploser le tout. On connaît la propension de Ben Wheatley pour aller là où on ne l'attend pas. On se souvient notamment de Kill List, film dingue et ultra-violent, ou de Touristes où le gore se mêlait à un humour (très) noir. Après un détour par un cinéma expérimental en diable avec l'adaptation de High-Rise de Ballard, il change une nouvelle fois totalement de voie avec ce Free Fire

    Tarantino n'est pas mort. Si vous avez été (comme beaucoup) amèrement déçus par les Huit Salopards, réjouissez-vous Wheatley a décidé de prendre le relais. Un hangar isolé, des gangsters, un huit-clos, des dialogues savoureux...Free Fire est une version revue et corrigée du Reservoir Dogs de 1992. Son scénario minimaliste cache en réalité une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Film au casting all-stars, Free Fire invite Cilian Murphy, Brie Larson ou encore Sharlto Copley dans une ambiance qui fleure bon les années 80. L'acteur sud-africain que l'on avait tant apprécié pour son rôle dans District 9 revient ici dans l'habit d'un vendeur d'armes ridicule au possible avec un accent franchement exagéré mais hilarant. En face, Cilian Murphy et Armie Hammer composent des meneurs d'hommes aussi efficaces que dépassés par une situation qui échappe à tout contrôle. Soyons clairs, Free Fire est un joyeux bordel où les balles fusent. Après une introduction courte et efficace, le spectateur est plongé au cœur d'un imbroglio monumental. Tout le monde dégaine, tire, se fait toucher, crie.

    Mais dans ce foutoir absolu, Wheatley arrive toujours à coller à ses personnages, à ne pas perdre son public entre les positions des uns et des autres. Mieux, il arrive à incarner chacun avec une efficacité qui force le respect. Non seulement le gunfight s'avère parfaitement filmé, dynamique et précis, mais il fourmille d'idées scénaristiques pour relancer l’intérêt. Qu'il s'agisse de l'arrivée impromptue de nouveaux belligérants ou d'une simple sonnerie de téléphone, Wheatley utilise toutes les possibilités qu'il trouve. Surtout, au milieu, l'anglais se marre. Si tout le monde se tire dessus dans Free Fire, c'est avec un mauvais esprit réjouissant qui rappelle les meilleurs gunfights du cinéma de Tarantino. C'est drôle, caustique, sale gosse, bref, c'est tout sauf dramatique. Et ça fait du bien. Le second degré constant de l'intrigue ainsi que la folie destructrice qui s'empare des personnages, les menant à des extrémités d'une violence incroyable, fait sourire le spectateur. Il faut voir Copley se traîner en armure de carton et se prendre une machine à écrire pour comprendre que tout ce beau monde s'amuse comme pas possible.

    Au-delà de son humour constant, Wheatley continue à explorer un thème qu'il affectionne depuis le début de sa carrière : l'irruption d'une violence extrême et absurde dans des situations banales. Remplacez les campeurs de Touristes ou les riches de High-Rise par ces deux gangs de fous furieux, et vous constatez directement des ressemblances évidentes. Si le scénario semble tenir sur un timbre-poste, c'est aussi parce qu'il synthétise très abruptement ce qui cloche dans la société humaine. Mettez des armes, un bon paquet de pognon et de l'ego en veux-tu en voila, et vous avez une bonne synthèse du mode de fonctionnement de notre chère espèce. Pour pousser la blague encore plus loin, Wheatley profite du personnage de Brie Larson, unique femme du lot, pour livrer un pied de nez succulent à cette société masculine stupide. De bout en bout, Free Fire est un délice d'ironie mordante.

     Petit plaisir Tarantinesque, Free Fire est peut-être le film le plus accessible de Ben Wheatley. Fun, drôle et inattendu, le long-métrage rassemble une équipe de choc le temps d'un huit-clos méchamment réjouissant.
    Une belle réussite.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Quand tout dérape...

    Critique de High-Rise de Ben Wheatley

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  • [Interview] Stefan Platteau
    Photographie de SnorriThe Horns Photography

    Critique  Les Sentiers des Astres, Tome 1 : Manesh
    Critique  Les Sentiers des Astres, Tome 1 : Shakti 
    Critique de Dévoreur

    Interview réalisée dans le cadre du festival des Imaginales 2017

    Disponible à l'écoute audio ou en transcription écrite ci-dessous

    Tous mes remerciements à Stefan Platteau, barde souriant, ainsi qu'au festival des Imaginales d’Épinal.

    Bonjour Stefan.
    On vous voit souvent arpenter les festivals de l’Imaginaire ces derniers temps, il parait même que vous arpentez le Nord de la France. Alors…qui êtes-vous ?

    Je suis Stefan Plateau, je suis un valeureux Belge qui tâche comme tous les Belges de conquérir la France mais je le fais de façon moins violente que la plupart de mes compatriotes - qui vont bientôt débouler pour vous apprendre à dire déjeuner et pas petit-déjeuner [Rires, et chicon et pas endive. - Je le fais de façon littéraire. Je suis travailleur social dans une autre vie, et écrivain dans une part croissante de ma vie.

    [Interview] Stefan PlatteauVous n’êtes pas passé par des micro-structures ou par d’autres publications, vous arrivez directement aux Moutons Électriques avec Manesh qui était le premier tome d’une saga de fantasy. Comment avez-vous fait pour prendre contact avec les Moutons et comment ça s’est passé pour travailler sur sa publication ?

    La chance que j’ai eue, c’est que j’ai envoyé mon manuscrit directement aux Moutons, qui était mon premier choix d’éditeur et qu’il était signé en 48h. Je n’ai donc pas eu le parcours du combattant. Simplement, il faut savoir que les petits éditeurs de l’Imaginaire comme Les Moutons, Mnémos, ActuSF, L’Atalante tout ça…Ils lisent les manuscrits ! Ils les lisent souvent même assez vite. Il y a donc vraiment moyen de placer son manuscrit s’il sort du lot.

    Et le travail avec André-François a été plutôt facile ou y avait-il beaucoup de modifications à apporter, de choses à retravailler ?

    En fait, très peu. Maintenant, il y a eu une petite étape préliminaire, c’est que la première personne à qui j’ai rendu mon manuscrit c’était Ayerdhal par un réseau de relations ! Mais c’était un peu le même test que de l’envoyer à un éditeur finalement. C’était un peu « Voyons comment il réagit et voyons si ça passe bien ! », et ça s’est bien passé, et c’est devenu un ami. C’est un peu lui qui m’a aiguillé en me disant « Tiens, je pense que Les Moutons Électriques te conviennent mieux etc… ». Il y a eu un peu de travail avec Ayerdhal mais ça reste assez léger : un travail sur le passage au présent du récit principal (qui, avant, maniait différents temps), ce qui a fait gagner en fluidité au récit. Quand c’est arrivé dans les mains d’André-François Ruaud, il n’y a pratiquement pas eu de travail. J’ai mis dix ans à sortir mon premier roman. Je n’ai rien envoyé tant que je n’étais pas sûr d’avoir fait le truc dont j’étais content. J’ai mis longtemps à sortir un peu de mon bureau puis une fois que je l’ai fait, c’était relativement au point.

    [Interview] Stefan PlatteauQu’est-ce qui vous attire dans la fantasy ? Parce que vous avez choisi un univers fantasy pour votre premier roman, et pour la suite aussi d’ailleurs, qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans le genre fantasy ?

    Ce qui m’attire, ce sont évidemment nos racines mythiques, historiques que l’on a toujours envie d’explorer. Quand j’étais enfant, j’étais bercé par l’Iliade, par l’Odyssée, par le Mahabharata hindou, par différents mythes. J’ai toujours adoré ça, donc forcément j’ai envie de m’y retrouver. Il y a le goût du Moyen-âge, le goût du chevaleresque que l’on continue à aimer en grandissant mais différemment. Puis, il y a la puissance symbolique de la fantasy pour raconter les choses. La fantasy comme le fantastique permettent de parler de grandes thématiques, parler de l’humanité mais avec une forte puissance (d'évocation). Derrière le fantastique se cache parfois une autre réalité qui est déguisée sous les vêtements de la magie - par exemple l'exploration de la pulsion humaine.

    Maintenant la saga comporte déjà deux volumes, Manesh et Shakti, il y a également une novella qui est paru, Dévoreur. Vous aviez déjà toute cette histoire, tout cet univers en place avant de commencer ou bien vous l’étoffez un peu au fur et à mesure ?

    C’est les deux, mon capitaine ! J’ai d’abord, évidemment, beaucoup de notes préliminaires. D’ailleurs, pour la petite histoire, je devais d’abord écrire ce qui se passe avant ma saga : les origines de la guerre civile. J’avais une centaine de pages de notes de scénario, mais je n’étais pas content des personnages. Comme je séchais, à un moment, je me suis offert une petite distraction. Il y avait d’abord ce background de jeu de rôles, que j’ai eu envie d’écrire. J’avais mis en place mon univers (de jeu) en remplaçant les elfes et les nains par des géants solaires, des géants lunaires et la possibilité de jouer des personnages demi-solaires etc…Et puis : « Tiens, qui veut jouer dans mon univers amélioré ? » J’avais conçu le background (d’un personnage joueur) mais on n’a jamais joué, et ça s’est développé pour devenir le récit de Manesh. J’ai continué à le développer en roman puis finalement je me suis rendu compte que j’étais en train d’écrire le milieu (de ma saga) et que là, j’avais un fil qui était mûr ! Donc j’ai laissé ce qui pourrait devenir un jour une préquelle pour attaquer la saga actuelle. J’ai beaucoup de pages de notes sur l’univers. J’ai beaucoup construit aussi la structure de la saga. Je continue à l’affiner à des tas de moments, quand je m’arrête d’écrire pour continuer à bâtir les éléments de mon monde, à rajouter des idées, à aller plus loin dans le scénario. Puis, en même temps, quand j’écris, je continue à étoffer de beaucoup de détails, d’idées ou même carrément de correspondances symboliques qui n’étaient pas encore apparues au début, quand j’ai conçu le scénario, et qui me sautent aux yeux au moment où je les écris.

    C’est une mythologie un peu particulière que vous mettez en place. Une mythologie qui lorgne plus vers l’hindouisme ce qui n’est pas très commun en fantasy. Pourquoi ce choix-là ?

    Est-ce un choix ? On écrit avec ce que l’on est, on développe un univers à partir de son propre univers mental et ses propres souvenirs. J’ai vécu en Inde quand j’étais enfant, entre mes quatre et mes six ans, c’était une époque cruciale. Je n’ai pas vraiment de souvenirs antérieurs à mes quatre ans donc mes premiers souvenirs sont en Inde. J’ai d’ailleurs eu beaucoup de mal à m’acclimater à la Belgique en rentrant, à m’acclimater à l’Europe. Ça reste un peu ma seconde patrie. D’une façon ou d’une autre, j’ai vraiment des racines là-dedans. Ça a évidemment beaucoup joué. Mon univers, le Royaume de l’Héritage, c’est un peu comme si les Celtes avaient conquis l’Inde Antique ou le contraire, et que les deux s’étaient intégrés en une seule civilisation qui avait évolué jusqu’au niveau de la fin du Moyen-Âge avec l’apparition de l’artillerie à poudre. Donc, ce ne sont pas les dieux Hindous, ce ne sont pas les dieux Celtes, c’est une mythologie qui s’en inspire, qui fait des emprunts, qui les retravaille. C’est un mélange un peu étrange mais qui marche bien parce que ce sont deux peuples Indo-Européens, qu’il y a d’ailleurs des principes qui sont les mêmes. On a les trois fonctions [NDLR : la fonction sacerdotale, la fonction guerrière, la fonction productrice], des faits comme le sacrifice du cheval, qui est un sacrifice fait par le Roi, et qu’on retrouve à la fois dans l’Inde Védique et à la fois dans le monde Celtique. Finalement, ce sont des mondes qui ne sont pas si éloignés en fait.

    [Interview] Stefan Platteau

    En 2015, vous obtenez le Prix Imaginales pour Manesh, premier roman, ça fait quoi ? Et est-ce que ça change la façon d’écrire un tel prix ? 

    Ça n’a pas changé ma façon d’écrire, car ce qui fait évoluer, ce sont les retours, ce sont les chroniques, c’est soi-même, sa propre envie. C’est un processus assez complexe de maturation d’écrivain. Par contre, ce que ça change…C’est très gai parce que c’est vraiment un prix que je trouve important, parce que c’est Les Imaginales, parce que c’est vraiment LE festival dédié à la fantasy en France, que c’est un jury de haut niveau…C’est quand même quelque chose qui apporte beaucoup dans la carrière d’un écrivain je pense.

    Dans Shakti et Manesh, vous aimez particulièrement enchâsser des récits dans d’autres récits, parler de légendes au milieu de l’histoire principale. Pourquoi vous aimez ce genre de procédé au lieu de faire quelque chose de tout à fait linéaire ?

    Ce sont les personnages eux-mêmes qui génèrent les digressions  ! Et celles-ci prennent parfois carrément la taille d’un roman parce qu’ils ont quelque chose à raconter. Ils prennent corps, ils se développent dans l’arrière-boutique de mon esprit. Ils finissent par acquérir une telle histoire que je finis par avoir envie de raconter cette histoire. Je me dis « Tiens, je ferais bien un petit insert » et puis à un moment, ça fait un roman cet insert !…C’est assez diabolique comme processus mais je m’intéresse vraiment à l’humain. Quand les histoires me touchent, j’ai envie de leur laisser la place pour s’exprimer.

    Dans Shakti que vous avez publié un peu plus récemment, il y a au moins une petite touche, un petit abord écologique par rapport à la vision que vous avez de la Nature. Vous-mêmes, c’est un problème qui vous préoccupe ?

    [Interview] Stefan PlatteauEvidemment, ça me préoccupe très fort parce que c’est la perte de notre patrimoine naturel qui est en cours…cette extinction de masse et la perte d’espèces me touchent profondément comme étant une perte inestimable de qualité de vie, de qualité de monde simplement... Alors, les choses changent aussi naturellement, il ne faut pas l’oublier, mais moi, par exemple, imaginer qu’il ne puisse ne plus y avoir de glaciers dans les Alpes, moi qui adore la montagne, ça me rend fou, ça me rend furieux. Maintenant, je travaille dans un monde qui est traditionnel, et dans le monde traditionnel, on n’est pas écolo. D’abord, parce qu’il n’y a pas besoin de défendre la nature, et qu’au contraire on est « en lutte contre la Nature » pour la maîtriser, la dominer. Le but du jeu c’est : « Tiens, j’ai cueilli du grain mais en fait ça serait bien si je pouvais maîtriser la pousse de ce grain de façon à être sûr que j’ai plus à manger ». Ou « Tiens, si je pouvais exploiter la force de cet animal ! ». Donc, c’est une autre histoire à l’époque et la magie n’est pas distincte de ça. C’est ce commerce, cette relation avec les forces naturelles mais en même temps, il n’y a pas en même temps le même sentiment d’être séparé de la Nature. On en fait partie et on essaye de la dominer. Comme auteur, je pense qu’il faut surtout être attentif au fait que le rapport est différent et que si on veut être juste dans la description d’une société traditionnelle, alors on n’est pas dans le cliché de gentils druides qui protègent la Nature contre les méchants hommes - qui est un fantasme, un placage de notre monde contemporain.

    Après ces deux volumes-là, vous avez publié Dévoreur, qui est une novella s’inscrivant dans le même univers que les deux romans. On y aborde le mythe de l’Ogre et en même temps une dimension plus horrifique. Que pouvez-vous nous dire de cette novella qui est un peu à part dans ce que vous avez fait et est-ce que vous avez des projets de novella/histoires courtes pour développer votre univers à côté de la saga principale ?

    [Interview] Stefan Platteau

    J’adore le format novella en fantasy ! C’est un format qui est actuellement réputé difficile à vendre, mais qui était fort exploité en fantasy au siècle passé. Je pense à Fritz Leiber, je pense à Conan (qui n’est pas du tout le Conan que l’on voit dans le film mais des novellas plus subtiles). C’est un format qui permet vraiment de raconter des choses géniales en fantasy. Dévoreur, c’est un bouquin avec lequel j’ai un fort lien affectif, parce que je n’en ferai pas deux comme ça. Et évidemment, je ne traiterai pas une deuxième fois ce thème-là. C’est le mythe de Chronos, en fait. Un mythe qui parle de la place qu’on laisse aux générations futures ou qu’on garde pour soi-même. De l’acceptation de sa propre finitude, dans le but de laisser sa place aux générations suivantes. Je pense que l’élément déclencheur de l’écriture de Dévoreur remonte à l’université. On avait un prof de philo qui avait eu plusieurs cancers, et qui avait un rapport avec la mort particulier ; donc il faisait un cours sur le thème de la mort, qui m’a vraiment marqué : « Vivre sa mort ». Il disait qu’autrefois, on acceptait plus facilement de mourir, parce qu’il n’y avait pas une croissance agricole infinie et donc, on ne pouvait pas nourrir une population toujours croissante – même s’il y a eu des booms démographiques notamment au milieu du Moyen-Âge – et donc, il fallait accepter de mourir pour laisser la place à ses enfants, pour les laisser hériter. Il fallait à un moment se dire « J’ai fait mon temps, j’ai profité de la vie, j’ai eu ma vie, maintenant c’est à d’autres de le faire ».  La mort est un acte d’altruisme, qui n’est plus compris dans notre monde, où l’individualité est perçue comme irremplaçable et plus précieuse. C’est un basculement qui arrive au XVIIIème siècle, d’abord dans les élites. Mais de toute façon, la mort, elle existe même au niveau mathématique, même statistiquement. Imaginez que nous soyons immortels … S’il y a une chance sur un milliard que l’on se prenne un météore sur le coin de la gueule, un jour ou l’autre, si on attend assez longtemps, on se le prendra. [Rires] Donc, rien n’est immortel. Dévoreur, c’est ce thème-là en fait. Il y a des chroniqueurs qui y ont vu – et ça m’a vraiment fait plaisir – une métaphore de notre propre société, qui grossit à l’infini, tout comme l’ogre de Dévoreur grandit en mangeant des enfants. Est-ce que l’on veut soi-même dévorer ce qui nous entoure, dévorer les potentiels futurs pour se surgonfler soi-même et accéder à l’immortalité ?  Ou est-ce que l’on veut savoir s’effacer humblement pour laisser place aux générations futures ? Et puis, ça parle aussi de la paternité, parce que la paternité c’est ça aussi, un sacrifice d’une part de son temps libre, de ses potentialités mais pour quelque chose de supérieur et qui en vaut la peine.

     

    Que nous réservez-vous pour la suite de ces aventures, d’abord pour la saga et à côté de celle-ci avez-vous d’autres projets ?

    Les autres projets, je vais peut-être les garder pour moi pour le moment, parce que j’ai encore tellement de travail devant moi avec les deux tomes restants pour la saga que c’est une perspective lointaine. Evidemment, j’ai des envies de novellas, j’ai des envies de préquelles parce que, comme je l’ai dit, j’ai beaucoup de choses encore à dire dans cet univers. Je pense que je vais rester longtemps dans le même monde, parce qu’il met très personnel, que je n’en ferais probablement pas un deuxième aussi personnel, et que pour moi, c’est avant tout un cadre qui me permet d’explorer plein de thématiques – donc je n’ai pas tellement de raisons d’en changer. Après, il faudra voir si l’attractivité reste la même pour le lecteur ou si je ne ferais pas mieux, à un moment, de changer de crèmerie pour traiter d’autres thèmes. Mais je pense qu’il y a tellement à explorer dans un seul monde, pour en montrer d’autres ramifications, d’autres aspects…Un monde c’est infini, donc à priori je pars du principe qu’il n’y a pas de raison que je lasse, et que le lecteur pourrait prendre plaisir à s’y retrouver chez lui, familièrement. Donc oui, des novellas, d’autres romans. Mais d’abord ce mur de saga à finir…

    [Interview] Stefan Platteau

    Ce dont je peux vous parler, c’est un peu de la suite. Vous dire que dans le tome 3, on va continuer le récit de la Courtisane et basculer dans un cadre plus urbain, ce que je voulais faire depuis très longtemps. C’est vrai que le récit de vie de Manesh reste très campagnard et forestier, et le récit principal (celui du Barde) est forestier aussi, il se déroule dans de grands espaces naturels boréaux. Le récit de la Courtisane a commencé dans des univers similaires, dans un grand rapport à la Nature. Ici, on va plonger  dans les villes… donc je redévore des bouquins d’Histoire médiévale qui font vivre les cités, des livres sur la pollution urbaine au Moyen-Âge, sur la condition des femmes, sur les marginaux… Je suis en train de mettre tout ça en scène. C’est un peu l’histoire d’une chute sociale. On parlera donc aussi des miséreux, des marginaux, des minorités. Le récit de la Courtisane touche à la social-fantasy, osons le terme. Ça reste du fantastique, il y a de l’action, il y a des intrigues qui se noue avec l’Outre-songe donc ça reste, rassurez-vous, de la fantasy ; mais c’est aussi une histoire humaine, une histoire sociale. Je trouve que quand on s’intéresse aux petites gens, on fait beaucoup plus vivre le monde. Une saga qui ne s’intéresse qu’aux chevaliers, aux mages, aux princes, reste dans un monde de carton-pâte, superficiel (j’adore les personnages humbles. J’ai un attachement fort par exemple pour Varagwynn le Batelier. Je me suis rendu compte finalement, après avoir écrit le tome 1, que c’était le personnage qui avait le plus agi sur l’intrigue. Dans Manesh, ce n’étaient pas les grands seigneurs, les bardes, les brahmines qui avaient le plus pesé mais lui, avec ses compétences de nageur et de conducteur de navires sur les fleuves, et son courage, son envie, ses impulsions qui le font agir pour ce qui lui paraît juste). Dans le même temps, l’intrigue principale va continuer dans le grand Nord à travers les forêts boréales de plus en plus fantastiques ; et l’on entendra un peu plus parler, on explorera sans doute, les sentiers des Astres.  

    Pour finir, des coups de cœur littéraires/cinéma/séries récents ?

    Qui a peur de la mort ? de Nnedi Okorafor [NDLR : qui sera bientôt rééditer par ActuSF]. Ce n’est pas le livre le plus récent que j’ai lu mais c’est vraiment le coup de cœur qui m’a le plus touché. Parce que je prétends faire de la fantasy humaniste ; et je pense que c’est ce qu’elle fait, elle, encore plus que moi. Ça se passe dans une Afrique post-apocalyptique qui, finalement, n’est pas très différente de l’Afrique actuelle, enfin pour certains secteurs de l’Afrique (puisqu’il y a aussi d’autres faces, plus positives, à l’Afrique). C’est l’histoire d’une sorcière qui est le fruit d’un viol inter-ethnique et qui va affronter son père sorcier, qui est un grand génocidaire en chef (on va dire). Ça parle en réalité de conflits ethniques, de viols de masse comme arme de guerre, et d’excision. C’est l’histoire de la sorcière qui fait repousser les clitoris, c’est quand même magnifique ! Si vous dites en littérature générale « Je vais faire un roman sur ces sujets », beaucoup de gens ne vont pas le lire en se disant « Moi j’ai plutôt envie de m’évader là ! Regarder les infos, c’est déjà assez glauque, y en a assez, je veux lire des choses positives ! Etc… » Mais : « Tiens, ça t’intéresserait une histoire de sorcières africaines ? » « Ah oui, pourquoi pas, ça a l’air chouette ton histoire ! ». Elle affronte son propre père en plus, c’est toujours un ressort fort ! Donc les gens vont le lire pour le plaisir, mais ils vont être aussi sensibilisés à ces grandes questions que s’ils s’étaient tapés un reportage…et ça c’est bien ! C’est bien parce que, pour explorer des réalités aussi dures, la fantasy est, à mon avis, une des deux voies possibles, pour les rendre attractives et plaisantes à lire. L’autre voie étant l’humour. Et là je conseille Allah n’est pas obligé d’Ahamadou Kourouma, sur les enfants-soldats, qui arrive à parler de ce thème hyper dur d’une façon qui est juste hilarante, et c’est incroyable !

                               [Interview] Stefan Platteau                [Interview] Stefan Platteau    

    Pour le mot de la fin, pour conclure : France, Belgique ou Hauts-de-France ?

    [Rires] Euh, mon habitat ? Actuellement, Tournai avec Amélie ici présente, c’est-à-dire dans la banlieue de Lille en fait ,mais dans la banlieue belge de Lille !


    Merci beaucoup Stefan


    Merci à également !

     

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    - Critique de Manesh de Stefan Platteau

    - Critique de Shakti de Stefan Platteau

    - Critique de Dévoreur de Stefan Platteau

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  • [Critique TV] American Gods, Saison 1

     En 2011, l'auteur américain Neil Gaiman annonce un projet d'adaptation d'une de ses œuvres les plus connues, American Gods, en collaboration avec la prestigieuse chaîne HBO. Après de multiples rebondissements, le projet prend l'eau et c'est finalement la chaîne Starz qui récupère la série. Pour s'occuper de cette première saison, Starz fait appel à des poids lourds du domaines : Bryan Fuller (Pushing Daisies, Hannibal), Michael Green (The River, Logan) et David Slade (Hard Candy, 30 jours de Nuit). La première saison affiche 8 épisodes au compteur et un casting des plus alléchants notamment avec le retour d'un certain Ian McShane (Deadwood) et de l’évanescente Emily Browning (Sucker Punch, The Sleeping Beauty). Le problème, c'est que le roman de Gaiman reste une adaptation très complexe du fait de la richesse de son monde et des nombreuses mythologies impliquées. Malgré la présence de l'auteur lui-même au poste de scénariste, American Gods peut-il passer au format série TV sans perdre ce qui faisait son charme original ?

    Tout d'abord, résumons pour les deux du fond ce qu'est American Gods. Dans l'Amérique d'aujourd'hui, Shadow Moon (aka Ombre) sort de prison après avoir purger une peine de plusieurs années pour tentative de vol dans un casino. A sa libération, il apprend que sa femme, Laura, est décédée dans un accident de voiture et qu'elle le trompait avec son meilleur ami. En route pour l'enterrement, il fait la connaissance d'un homme mystérieux du nom de Wednesday (aka Voyageur) qui lui demande d'entrer à son service. Après une longue réflexion et quelques shots, Shadow Moon accepte. Il ne se rend pas compte qu'il vient de pactiser avec une puissance bien au-delà de sa compréhension. Une guerre se prépare en Amérique et opposera les Dieux d'antan aux Dieux modernes. Et Shadow Moon vient de choisir son camp...
    Voilà, peu ou prou, le sujet d'American Gods, du moins pour tenter de résumer une oeuvre aussi énorme et vaste que celle créée par Neil Gaiman. De surcroît, la série intègre des éléments de la "suite", Anansi Boys, faisant du projet un formidable défi créatif et narratif.

    Un défi qui semblait taillé sur mesure pour Bryan Fuller et David Slade, deux habitués des œuvres esthétiquement exigeantes et qui n'ont pas froid aux yeux. Le pilot, très efficace, souffle pourtant le chaud et le froid. Pour présenter l'univers d'American Gods et sa cohorte impressionnante de Dieux, les créateurs de la série choisissent de prendre leur temps et d'insérer de multiples histoires/légendes dans leur récit pour introduire chaque divinité. Cette excellente idée est pourtant à double tranchant, mais nous y reviendrons. Ainsi, le premier épisode s'ouvre sur l'arrivée d'un Dieu viking dans le Nouveau Monde. Et là...énorme déception. On retrouve vingt figurants sur une plage déserte, des effets numériques cheap et du sang par hectolitres pendant des ralentis gratuits. Malgré une idée de base excellente, on retrouve là en réalité tous les défauts des séries estampillées Starz depuis Spartacus. Au cours du pilot, on s'aperçoit de l'omniprésence de filtres ainsi que du recours aux images de synthèse. Le véritable problème, c'est que Starz ne dispose pas d'une équipe de qualité pour ce genre de choses et le résultat s'avère totalement inégal. Il peut être génial (L'animation en début d'épisode 5 !) ou d'une médiocrité affolante (le jardin d'os de l'épisode 1, les portes de la mort...). Autre point immédiatement contestable, Starz est resté bloquée à une certaine époque racoleuse (HBO par exemple faisait de même dans les premières saisons de Game of Thrones) en ajoutant du sang par hectolitres et des nude full-frontal pour faire oser. Sauf que le résultat se révèle juste putassier. 

    Ce genre de défauts que l'on constate dans l'épisode pilot se retrouve par la suite de façon plus ou moins prégnante. Heureusement, American Gods peut compter sur beaucoup d'autres choses. A commencer par un casting parfait où s'illustre Ricky Whittle qui compose un Shadow Moon impeccable, où Ian McShane retrouve enfin un rôle à sa juste mesure en Wednesday et où de nombreux rôles secondaires brillent par leur charisme. On citera l’excellente Gillian Anderson en Marilyn Monroe/David Bowie,  le génial Pablo Schreiber en MadSweeney ou encore le terrible Peter Stormrare en Czernobog. Dans le même ordre d'idée, le show fourmille d'idées de mise en scène et de tableaux esthétiquement magnifiques. Il faut reconnaître à Fuller et à Slade de savoir parfaitement magnifier leurs créations, tant sur le plan des univers dévoilés que sur celui des dieux purement et simplement. La série, à l'instar du roman, développe une mythologie délectable pour le spectateur en opposant Dieux anciens et Dieux de l'ère Moderne (Média, communication,TV ,  etc...). Ces derniers sont d'ailleurs l'une des plus grandes réussites de cette première saison, non seulement grâce aux excellents acteurs qui les incarnent, mais aux multiples idées visuelles pour les mettre en scène. 

    American Gods rappelle d'ailleurs par moment Penny Dreadful lorsqu'il capitalise sur des quasi-loners (épisodes 4 et 7) qui sont, de loin, largement meilleurs que les autres. Le long de ces huit premiers épisodes, la série nous captive par son monde d'une immensité désarmante, rempli de créatures et de dieux tous plus fascinants les uns que les autres. C'est là aussi que réside le principal défaut de la série, à savoir son rythme. Bryan Fuller est tellement préoccupé par son esthétisme et par les histoires qu'ils insèrent au cours des épisodes qu'il transforme la première saison en une longue introduction où le récit fait du sur-place les trois quarts du temps. Le pari est osé mais il est aussi à double-tranchant comme nous le disions plus haut. D'un côté, le spectateur visite un univers foisonnant et passionnant, de l'autre côté, l'aventure n'avance quasiment pas, si bien qu'on est un peu au même point en fin de saison qu'après les quelques premiers épisodes. American Gods joue les équilibristes et risque en fait la chute à tout moment. C'est assez dommage car quelques petites prouesses viennent améliorer cette narration ultra-lente. L'épisode 7, par exemple, en forme de conte populaire, est un petit chef d'oeuvre de même que le passage dans la ville de Vulcain. Tout le problème de cette première saison réside dans le fait qu'il faut être prêt à visionner huit heures d'introduction...en espérant que la future saison 2 passe la seconde (enfin!).
    Il manque enfin une dernière chose à la série : un fond fort et moderne. Pour le moment, la question de la religion n'a été qu'effleurée par les créateurs. Du coup, la première saison reste un pur divertissement qui ne questionne pas encore réellement son matériel de base. Le résultat ? Du divertissement qui manque d'une véritable portée symbolique.

     Globalement, American Gods s'en sort très bien. Un casting magnifique, une mise en scène souvent excellente à peine gâchée par quelques images de synthèses/idées contestables, et un univers sublime. Reste que cette introduction forte en promesses demande maintenant à aboutir à quelque chose de plus marquant en ne sacrifiant pas son rythme narratif sur l'autel de l'esthétisme pur et dur.
    A ce petit jeu, The Handmaid's Tale corrige sévèrement la série de Starz.

     

    Note : 8/10

    Meilleur épisode :   Episode 7 - A Prayer for Mad Sweeney

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  • [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    Interview réalisée durant Le Festival des Imaginales 2017

    Disponible à l'écoute sur YouTube et à l'écrit sur cette page

    Tous mes remerciements à Sofia Samatar, une auteur brillante et élégante, à Erwann Perchoc qui m'a aidé à corriger et à traduire cette interview et au Festival des Imaginales.

    Livre disponible à cette adresse



    Bonjour, Sofia. Pouvez-vous vous présenter, pour les lecteurs francophones qui ne vous connaissent pas ?

     Bien sûr. Je suis donc une écrivaine, de science-fiction et de fantasy ; récemment, j’ai commencé aussi à écrire des mémoires, un peu. Je suis une futuriste, une fabuliste et une mémorialiste : je pense que c’est la meilleure façon de me décrire. Je lis depuis longtemps mais mon travail n’a commencé à être publié qu’il y a cinq ou six ans, et j’ai écrit deux romans, prenant place tous les deux dans le même monde alternatif de fantasy que j’ai créé, Olondre. Le premier livre, disponible en français, s’appelle Un étranger en Olondre ; le second a pour titre The Winged Histories et il est sorti l’année dernière (2016). En avril 2017, j’ai publié un recueil de nouvelles, intitulé Tender.

     

    Avant d’être écrivaine, vous étiez enseignante au Soudan, en Egypte puis en Californie. Pourquoi ce choix de carrière en premier lieu et quels en sont les avantages pour vous quand vous décidez d’écrire des fictions ?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) Enseigner est mon métier, et j’enseigne toujours actuellement. Après le Soudan du Sud, l’Égypte, la Californie, je suis à présent en poste en Virginie — c’est là où je vis en ce moment —, et je suis professeur d’anglais à l’université James Madison. J’ai en quelque sorte une double carrière, ce qui me plaît. Cela me maintient d’une part très occupée mais cela signifie également que je n’ai pas besoin d’écrire — j’ai toujours écrit, en fait j’écrivais avant même d’enseigner — pour payer mes factures. J’ai toujours eu un travail de professeur, je peux donc en vivre, de telle sorte que je suis très libre concernant mon écriture : je peux écrire tout ce que je veux, je n’ai pas à m’inquiéter de savoir si ça va se vendre ou non, je n’ai pas à rendre mes textes commerciaux. Ne pas avoir à m’en inquiéter est très important pour moi.

    Je voudrais ajouter aussi qu’il y a toujours existe une relation entre ces différentes parties de ma vie, qui sont très connectées. Par exemple, j’ai voyagé dans le cadre de mon travail d’enseignante au Soudan du Sud, comme vous l’avez mentionné, où j’ai vécu pendant trois ans, ainsi qu’en Égypte, où j’ai vécu pendant neuf ans. L’atmosphère de ces lieux a imprégné le monde de fantasy que j’ai créée. De même, mon travail d’enseignante lui-même apparaît plus spécifiquement dans mes nouvelles. Dans mon recueil de nouvelles figure une histoire, intitulée « How to get back to the forest » : c’est une sorte de dystopie futuriste où les jeunes sont séparés de leurs parents et gardés dans ce terrible camp/école qu’on leur prétendu être fun. Tandis que l’histoire avance, on comprend qu’ils sont plus des prisonniers que des étudiants. Cette histoire parle de mon anxiété d’être professeur : j’aime enseigner à des étudiants mais, dans le même temps, je m’inquiète en corrigeant leurs devoirs. Je les corrige dans le bon sens du terme ce qui, d’une certaine façon… Il y a quelque chose d’oppressant dans le fait d’enseigner parfois… J’essaye de faire en sorte que ce ne soit pas ainsi mais quelque fois ça semble être comme ça. L’autre exemple, c’est « Walkdog », aussi au sommaire de Tender, une nouvelle écrite à la façon d’un devoir d’étudiant avec les fautes d’orthographes et tout le reste ; l’étudiant rédige un devoir mais, dans les notes de bas de page, elle dit la vérité à propos de sa vie. Il y a aussi une interaction entre mon travail d’enseignante et mon travail d’écrivaine.

    Vous commencez à publier en 2012 avec des nouvelles…

    J’ai un peu oublié, mais je pense que c’est fin 2011 que j’ai publié de la poésie dans la revue Stone Telling : deux poèmes (“The Sand Divineret “Girl Hours”). C’était mon tout premier travail créatif à paraître. Mais pour la fiction, c’était en 2012.

    Et pourquoi la forme courte en premier ?

    Bonne question. Je suis une romancière par nature donc écrire un roman me semble très confortable. J’ai commencé à écrire des nouvelles pour deux raisons. La première est que j’étais à cette époque en école supérieure et je passais un doctorat en langues Africaines et littératures, plus spécifiquement en littérature arabe. Tout en étudiant la littérature arabe d’Afrique, je devais aussi rédiger des devoirs et mon mémoire, je travaillais donc sur ce grand projet. Ainsi, pour mon travail créatif, j’ai commencé par la forme courte parce qu’il était très difficile d’écrire des textes plus longs, d’écrire un roman en même temps que mes dissertations.

    La seconde raison est que j’avais déjà vendu Un étranger en Olondre, qui avait été écrit auparavant, à Small Beer Press en 2010 ou 2011. Je savais que mon roman allait être publié mais j’étais complètement inconnue des lecteurs. Je n’avais pas de blog, j’étais comme invisible. Et j’ai pensé que ce serait une bonne idée d’être un peu plus visible, avec ce roman à paraître. Si j’écrivais des nouvelles, si j’arrivais à les faire publier, alors les gens connaîtraient mon nom avant que ne sorte le roman.

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    Vous avez utilisé d’emblée les contes folkloriques et les créatures mythologiques dans vos histoires : pourquoi ce choix en particulier ?

     C’est un choix d’amour. Je pense que beaucoup de gens intéressés par la fantasy éprouvent un réel amour pour la mythologie et le folklore. En fait, bon nombre d’entre nous les ayant étudiés sont véritablement de fervents érudits de mythologie et folklore. Je voudrais être capable de dire pourquoi nous aimons ce type d’histoires mais c’est une question si vaste et c’est très difficile à expliquer. Pour moi, il est si naturel de baigner dans les contes de fées et la culture populaire que je me demande juste : qui sont ces gens qui n’aiment pas ça et pourquoi quiconque n’aimerait pas ça ? Il est ardu d’expliquer d’où cela vient mais je pense qu'il s'agit en partie d'une façon d'interagir avec le passé : autant nous pensons au futur, autant — en tant qu'humains — nous avons besoin de nous souvenir du passé, nous avons un besoin de connexion et d’interaction avec ce qui fut avant nous — c’est quelque chose de très riche ! Ainsi, il y a une sorte de richesse dans le fait d’interagir avec quelque chose que vous n’avez pas inventé… C’est partiellement votre imagination, mais c’est aussi celle d’autres personnes du passé avec laquelle vous créez. Je pense que cela génère une certaine richesse.

    Votre premier roman s’appelle donc Un étranger en Olondre et il est sorti en 2013. Vous avez choisi un monde de fantasy, d’un genre peu banal car votre perspective est très intimiste, à travers votre personnage principal. Jevick n’est pas un guerrier mais un marchand. Pourquoi vouliez-vous ce type de héros pour votre histoire ?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    Je pense que c’est en partie en raison du sujet du roman. Le roman parle de voyage, d’exil et de nostalgie et de sentiments complexes : à quel point nous aimons notre foyer, combien il nous manque si nous le perdons mais aussi nos problèmes à son égard. De comment nous pouvons être critiques au sujet de notre pays natal en même temps. Il me fallait donc un personnage qui voyage, et il était vraiment essentiel pour moi de véritablement créer un monde qui semblerait presque en trois dimensions. Un monde qui semblerait réel, que vous pourriez visualiser clairement, où vous pourriez sentir son air, son odeur, etc. Mon voyageur devait être quelqu’un qui remarquerait ce qui l’entoure et de ce fait, j’avais besoin d’un marchand — c’est son travail —, mais Jevick est avant tout un étudiant. Il n’est pas d’Olondre, mais il en étudie la langue et la culture. C’est là une perspective tellement différente de celle d’un guerrier. Si j’en avais fait un guerrier, il aurait eu un certain but. Celui-ci aurait été de conquérir, pas de contempler ou de prêter attention ou de s’immerger dans une autre culture. Donc, je voulais une perspective d’élève, dans le but d’amener le lecteur en Olondre d’une façon qui l’encouragerait par la même à reconnaître le lieu et de véritablement le ressentir.

    De la même façon, vous n’utilisez pas beaucoup de créatures de fantasy. En fait, on ne croise guère qu’un ange. Nous pourrions dire que votre roman se situe dans un monde de light fantasy. Et justement, pourquoi n’avez-vous pas choisi d’utiliser davantage de créatures de fantasy dans votre roman ?

     J’ai toujours dit que lorsque j’ai commencé à écrire Un Étranger en Olondre, je voulais y mettre tout ce que j’aimais dans la fantasy. J’aime énormément ce genre, notamment la fantasy épique mais je voulais laisser en dehors toutes les choses dont je ne me souciais pas ou que je trouvais ennuyeuses.  En fait, ce que j’aime à propos dans la fantasy, c’est l’idée d’aller d’un endroit à un autre, de découvrir de nouveaux lieux, de nouveaux mondes. J’adore les langues imaginaires et je me suis bien amusée car il y a deux langues différentes dans mon roman : Jevick a sa propre langue, qui n’est pas celle d’Olondre — Olondre étant un empire, on y trouve même plusieurs langues. J’ai vraiment aimé imaginer ces langages et leur fonctionnement. Mais je suis toujours ennuyée par les batailles dans les romans de fantasy. À chaque fois qu’on en arrive à une bataille, je commence à tourner les pages plus vite… Cela semble si routinier pour moi, c’est juste une répétition de têtes décapitées, ce qui ne m’intéresse vraiment pas. J’ai donc laissé tomber cette partie-là. Concernant les créatures magiques, il se trouve que j’ai dit hier que « Il n’y a pas de dragons parce que je n’ai que faire des dragons » et par la suite, l’intervieweur a lu un extrait du roman où sont justement mentionnés des dragons, donc il y a au sein d’Olondre une mythologie qui inclut des dragons. En fait, j’aime les créatures magiques. Je dois admettre que, dans The Winged Histories, on trouve une créature vraiment magique, que vous pouvez voir sur la couverture : celle-ci montre l’un des personnages du roman chevauchant un oiseau géant avec d’immenses ailes. Il y a davantage de créatures fantastiques dans le deuxième livre mais Un étranger en Olondre parle davantage de voyage, de lecture, d’écriture, de littérature et de l’idée que la littérature nous met en contact avec les morts. C’est pourquoi on y trouve la présence d’un ange que l’on pourrait considérer comme un fantôme : quelqu’un qui est mort et qui entre en contact avec le héros.

    Vous parlez également beaucoup de religion dans votre livre. Quel est votre point de vue sur tous ces questions religieuses et êtes-vous croyante vous-même ?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)

     Je suis mennonite — un petit mouvement protestant. Historiquement, c’est une église pacifiste, très anti-guerre, et qui me vient du côté de ma mère. Toute la famille côté maternel est menonnite. Toute la famille de mon père — qui est décédé il y a deux ans — est somalienne et donc musulmane. En un certain sens, je me situe entre ces deux mondes religieux que sont l’Islam et le Christianisme. Bien que je sois moi-même menonnite, j’ai beaucoup d’affection pour ces deux traditions. C’est cette position dans laquelle j’ai toujours vécu qui a forgé mon intérêt sur la façon dont coexistent différentes religions au même endroit. Dans Un étranger en Olondre, et évidemment dans notre monde, cette coexistence est souvent difficilement pacifique. Cela ne veut pas dire qu’elles n’y arrivent jamais, on trouve des époques historiques où des gens de confessions différentes ont vécu ensemble sans aucun problème. Mais on trouve aussi des endroits dans lesquelles c’est une source de conflit — ce qui a été mon expérience durant mon existence. Nous voyons beaucoup de conflits religieux et c’est pour cette raison que, lorsque j’ai écrit ce roman, je me suis intéressée à l’exploration d’un moment précis, presque une crise dans Olondre entre une vieille forme de religion et une nouvelle qui vient apparaître.

    Pour tout ce travail, ce monde, quel a été votre inspiration ?

    Avant tout, je suis une lectrice et je pense que la plupart des écrivains le sont également – si ce n’est pas le cas, ils devraient l’être – donc tout ce que j’écris vient de ce que je lis et des choses que j’ai aimées. Il y a deux influences différentes, deux inspirations où je puise. L’une d’entre elle est classique. En fantasy, J.R.R. Tolkien est pareil à un géant pour moi et représente une immense source d’inspiration depuis mon enfance, en particulier par l’aspect linguistique parce que j’ai étudié les langues. J’adore son intérêt pour la philologie et la manière dont il a créé ses propres langues. De la même façon, Ursula K. Le Guin est une figure très importante pour moi. Et finalement, Mervyn Peake. Il n’est peut-être pas aussi connu que les deux autres mais il a écrit la Trilogie Gormenghast. Ce qui m’a inspiré chez Mervyn Peake, c’est qu’il est un exemple parfait d’un écrivain de fantasy qui se préoccupe réellement de la langue, et il a créé ce château, aussi étrange qu’immense, où vivent tous ces gens. En fait, en Olondre, il y a aussi un château gigantesque, là où vit le roi, mais c’est aussi une ville et c’est exactement comme Gormenghast : à la fois un bâtiment unique, un château et une ville toute entière. C’est un apport très direct de Mervyn Peake. Mais j’aime aussi la façon avec laquelle il prend son temps pour créer ses personnages et cette langue immensément riche, extrêmement poétique. Il ne se précipite pas pour aller au point suivant. Il a donc représenté également une grande source d’inspiration pour moi. C’est le genre de courant de fantasy qui se retrouve dans mon écriture. Les autres influences sont seulement les autres écrits que j’ai aimés, qui ne sont pas classés en fantasy. Lors de la rédaction d’Un étranger en Olondre, j’ai lu entièrement À la Recherche du Temps Perdu de Proust et j’ai adoré. Au point que j’ai l’ai lu deux fois. Proust a une habilité incroyable à insérer des émotions dans des paysages, et de tirer des émotions d’autres paysages. Ce fut très inspirant. Marguerite Duras aussi, une autre écrivaine que j’ai lue encore et encore, en particulier quand j’écrivais la partie qui correspond à la voix de l’ange, qui a une voix comme celle de Duras. Et enfin, Michael Ondaatje, un écrivain canadien que j’aime beaucoup et qui a écrit Le Patient Anglais. Tous ces auteurs, avec leurs techniques et leur façon d’utiliser le langage ont été très importants pour moi.

            [Interview] Sofia Samatar (Version Farnçaise) [Interview] Sofia Samatar (Version Farnçaise) [Interview] Sofia Samatar (Version Farnçaise)

    Vous avez une autre publication en français, une nouvelle cette fois, intitulée « Honey Bear », dans Angle Mort N°11. Cette nouvelle est nominée pour l’un des plus grands prix en France, le Grand Prix de l’Imaginaire. Quand on la lit, on se rend compte qu’il s’agit du même genre d’histoire que vous racontez dans Un étranger en Olondre, parce que c’est une invasion extraterrestre peu conventionnelle en réalité. Comment vous est venue cette idée ?

    Comment ai-je formé cette idée ? Difficile de se souvenir d’où elle m’est venue mais je dirais que, lorsque l’on a des idées nouvelles et peu conventionnelles, elles ne sortent pas de nulle part. C’est davantage comme si l’on prenait des idées anciennes et qu’on les mixait, qu’on les recombinait d’une nouvelle manière, de sorte à les réinventer. « Honey Bear » est effectivement une histoire à propos d’extraterrestres mais c’est aussi au sujet d’êtres humains qui tentent de trouver leur place, qui tentent de faire entrer cette nouvelle « chose » dans leur imagination pour mieux la comprendre. Ils procèdent par un retour au folklore et imaginent donc cette forme de vie complètement étrangère, qu’ils tentent d’expliquer à un enfant par le biais du conte de fée. Je pense que c’est ainsi que les êtres humains fonctionnent. Il y a des moments où nous ne sommes pas encore habitués à la nouveauté, nous devons nous l’expliquer au travers de concepts anciens. Nous avons donc inventé l’automobile, qui ressemblait d’abord à une calèche. C’était laid, sans les formes aérodynamiques requises pour affronter le vent et le reste. On aurait juste dit une calèche… mais sans cheval. Lentement, on s’est adapté peu à peu à la nouveauté. 

    C’est une façon de comprendre, d’avoir une meilleure compréhension de l’invasion en réalité ?

    De façon à éviter de simplement perdre la tête face à quelque chose de tellement nouveau. Il nous arrive d’être complètement dépassés, voire paralysés par le choc de la nouveauté. Nos cerveaux commencent alors rapidement à turbiner, à s’interroger : « Bon, je dispose de quelles catégories ? » Est-ce qu’une de ces catégories peut admettre cette nouvelle chose ? Eh bien, c’est un être extraterrestre, qui vole, ça a des ailes, c’est donc une fée.

    Vous publiez également de la poésie. Quel est le lien entre votre travail en tant que poète et votre travail en science-fiction et fantasy ?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) La question intéressante, c’est la relation entre la poésie et la fiction, et pourquoi écrire les deux à la fois. Mon rêve serait un jour d’écrire tout un roman en poésie mais je crains que ce soit très ennuyeux pour les lecteurs. Je connais quelques personnes qui l’ont tenté, qui l’ont même fait, comme Vikram Seth et son livre Golden Gate. Un roman entièrement écrit en vers, que je n’ai pas pu lire. Il y en a d’autres, par exemple la canadienne Anne Carson, l’une de mes poétesses préférées. Elle a écrit un livre merveilleux, Autobiography of Red où elle imagine la vie de ce personnage issu de la mythologie grecque. Ça ne rime pas — ce qui me va —, mais cela reste de la poésie : c’est un roman-poème entier. J’adore cette idée et on trouve également beaucoup de poésie dans Un étranger en Olondre. J’aime la poésie narrative, le mélange entre la poésie et la prose, et la poésie qui raconte une histoire. Je ne me suis jamais vue comme une poétesse jusqu’à ce que je découvre la poésie spéculative qui consiste en science-fiction et fantasy poétiques. Je n’en avais jamais entendu parler avant de découvrir des revues comme Stone Telling, ce magazine en ligne édité par Rose Lemberg et Shweta Narayan. C’est fabuleux ! Quand j’ai lu ça, j’ai compris que j’écrivais vraiment de la poésie. Comme la science-fiction et la fantasy sont des genres très orientés narration, cela revient à une forme plus ancienne de mythologie et de contes de fées qui racontent des histoires. La poésie qui utilise de la science-fiction et de la fantasy, c’est donc de la poésie narrative, qui raconte également une histoire. J’aime vraiment travailler dans cette perspective.

    Un étranger en Olondre a gagné deux prix majeurs. Qu’avez-vous ressenti quand vous les avez reçus et comment cela a pu, d’une certaine façon, influencer votre travail ?

    C’était tellement incroyable pour moi. Tout d’abord, le fait d’être publié était incroyable parce que j’ai travaillé très dur pour l’être et ça a longtemps été infructueux. Après avoir écrit Un étranger en Olondre, j’ai essayé de trouver un agent — c’est la procédure en Amérique parce qu’on ne peut pas contacter l’éditeur directement. Pendant cinq ans, j’ai essayé, en vain. Finalement, j’ai pris contact avec Small Beer Press. Mon livre leur a plu, ce qui était déjà très excitant. Publier un premier roman dans une petite maison d’édition, être vraiment reconnue et nominée pour des prix, en gagner certains, c’était juste extraordinaire. Concernant l’effet éventuel sur mon travail, une chose dont je suis vraiment contente a posteriori est de ne pas avoir commencé à chercher un éditeur pour Un étranger en Olondre avant d’avoir rédigé le premier jet de The Winged Histories. J’ai toujours imaginé qu’Olondre — le premier livre et son espèce de compagnon — formeraient un diptyque. Pas une grande saga, juste deux romans. Après les avoir écrits complètement, je les ai bien sûr modifiés pendant des années. Quand j’ai commencé à chercher un éditeur, j’avais déjà écrit une première version d’Un étranger en Olondre. Une bonne chose : comme le livre a si bien marché et a récolté ces prix, ma rédaction du second livre n’a pas été affectée puisque celui-ci était déjà écrit. Je n’ai donc pas eu la tentation d’essayer de refaire Un étranger en Olondre ; The Winged Histories était déjà un texte différent.

    Pouvez-vous nous en dire plus sur ce deuxième livre ?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) Bien sûr. Quand je dis que The Winged Histories va de pair avec Un étranger en Olondre, cela signifie que qu’il ne s’agit pas exactement d’une suite directe : chacun des deux livres peut être lu indépendamment. Même si on n’a pas à lire les deux, The Winged Histories comble également quelques-uns des trous d’Un étranger en Olondre. Le premier livre est écrit du point de vue d’un étranger, non-natif d’Olondre. Mais le deuxième livre se situe complètement en Olondre et tous les personnages sont des gens de cet empire. De même, dans le premier roman, c’est une voix masculine pendant la plus grande partie de l’histoire. Si on rencontre quelques femmes olondriennes, la voix féminine principale est celle de l’ange, qui n’est pas d’Olondre non plus. Dans le second livre, il s’agit de l’histoire de quatre Olondriennes : le livre se divise donc en quatre parties, chacune possédant un personnage principal différent. Toutes sont cependant des facettes d’une même histoire. L’une est soldate, l’autre poétesse, une autre encore savante et la dernière a une position élevée, c’est une noble. Différentes relations se nouent entre elles. Deux sont sœurs, deux sont amantes et deux se situent dans un camp différent dans la guerre qui fait rage en Olondre. Le titre, The Winged Histories, fait référence à l’histoire, la mémoire et plus spécialement à ce qui arrive à certains voix, plus particulièrement aux voix féminines. Olondre, à l’instar de notre propre monde, est une société patriarcale. Qu’arrive-t-il aux voix des femmes en temps de conflit ? Est-ce que leurs histoires restent, rejoignent en quelque sorte un canon et sont transmises, ou est-ce qu’elles ont tendance à disparaître ?

    Pour la fin, une question simple : Quels sont vos écrivains favoris du moment ?

    Je peux en citer deux.

    L’une d’elle, qui est actuellement à Épinal, est Catherynne M. Valente. Si je devais choisir une personne qui apporte le plus de vie au genre, ce serait Catherynne Valente. Elle a une façon merveilleuse d’utiliser la langue et elle a une réelle joie dans son inventivité, que ce soit en termes d’intrigues ou de langue : elle est vraiment inventive dans les deux. Mon livre favori d’elle — j’ai demandé à des gens, qui m’ont dit qu’il n’était pas disponible en français —est Palimpsest. C’est un roman merveilleux à propos d’une « ville sexuellement transmissible ». Pour entrer dans cette ville, vous devez coucher avec quelqu’un qui y a déjà été. C’est vraiment original, magnifiquement écrit, et passionnant. J’adore.

    L’autre écrivain que je voudrais mentionner, c’est Jeff Vandermeer (NDLR : Très peu connu en France malheureusement). Il a rencontré beaucoup de succès récemment avec ses romans, tout spécialement la Trilogie du Rempart Sud (Au Diable Vauvert), et il vient de publier un autre roman, Borne. Très observateur, il a aussi une sensibilité écologique tout à fait particulière, et il est vraiment doué pour écrire à propos de l’environnement et des interactions humaines avec l’environnement. J’adore l’un de ses romans plus anciens, La Cité des Saints et des Fous (NDLR : Un livre à lire absolument et disponible en français !!). C’est une sorte de recueil de textes autour de cette étrange cité. Définitivement l’un de mes romans favoris. Lui et son épouse, Ann Vandermeer, sont des éditeurs fantastiques. Ils publient des anthologies grandioses, qui apportent énormément au genre à mon avis. Ils font partie de ces gens qui œuvrent beaucoup pour traduire des auteurs étrangers. Leur colossale anthologie, The Weird, fait partie de celles que j’ai vraiment aimées. On peut y lire de nombreuses traductions, et ce livre a représenté une introduction pour beaucoup de lecteurs américains à de nombreux écrivains qu’ils n’avaient jamais lus auparavant.

         [Interview] Sofia Samatar (English Version) [Interview] Sofia Samatar (Version Farnçaise) [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    Quelques mots pour finir à vos lecteurs français ?

    J’espère qu’il y aura davantage d’interactions entre les littératures de genre anglophones et leurs équivalents francophones, tout particulièrement plus de traductions — je pleure leur manque. Je lis en français mais très lentement, avec beaucoup de difficultés et jamais sans un dictionnaire à côté de moi. Être ici, à Épinal, marcher dans cette grande salle remplie de livres et d’écrivains — et je sais qu’ils sont merveilleux quand je vois les files de gens qui attendent pour avoir ces livres en français… et ces livres, j’aimerais pouvoir les lire ces livres. Je n’ai pas la solution, je sais que tout le processus de traduction et de publication est très compliqué  ; néanmoins, je pense que c’est un sujet où les écrivains anglophones et francophones devraient mettre leurs esprits en commun et imaginer des solutions pour ce problème — comment avoir davantage de traductions, comment faire en sorte que davantage de nos travaux soit disponibles les uns pour les autres. Parce que l’une des choses les plus importantes pour enrichir aussi bien son écriture que le genre est de lire les textes venant d’autres pays et écrits dans d’autres langues.

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)


                                      ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    - Critique d'Un étranger en Olondre

    Critique de Honey Bear dans Angle Mort N°11 

    - Critique d'Annihilation de Jeff Vandermeer, premier volume de la Trilogie du Rempart Sud

    - Site d'Angle Mort (Revue numérique française)

    - Site Stone Telling (Magazine en ligne de poésie narrative)

    - Site Small Beer Press (Maison d'édition de Sofia Samatar)



    INTERVIEW EN ANGLAIS 

     

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  • [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    Interview performing during Le Festival des Imaginales 2017

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    Thanks a lot to Sofia Samatar, a wonderfully brilliant and elegant writer, to Erwann Perchoc who helped me to correct and customize this interview and to Le Festival des Imaginales.



    Hello Sofia, for french readers who don’t know you, could you introduce yourself?

     Sure. I am a writer of science-fiction and fantasy; recently I also started writing some memoirs. I am a futurist, a fabulist and a memoirist: I think that’s the best way to describe myself. I’ve been writing for a long time, but my work only started to be published about five or six years ago. I’ve written two novels, both set in the same fantasy world, an alternate world that I created, called Olondria. The first book is A Stranger in Olondria, available in French, and the second one is The Winged Histories, which came out in 2016. Just recently, in April 2017, my short story collection, called Tender, came out.

    Before you began as a writer, you were a teacher in Sudan, in Egypt and after that in California. Why this choice of job in first place and what are the benefits for you when you decide to write fictions?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) Teaching is my profession and I’m still a teacher. After South Sudan, Egypt and California, I now live in Virginia and I’m an English professor at James Madison University. I sort of have a double career, and I like it that way. It makes me very busy, but it also means that my writing—which I’ve always done, in fact I was writing before I was teaching—isn’t necessary to pay the bills. I always have a teaching job so that I can live; that also means I’m very free with my writing: I can write anything I want, without worrying about whether it’s gonna sell or not, and I don’t have to change anything about it in order to make it sell. That’s very important to me.

    I think there is always a relationship between those different parts of my life. They’re very connected. For example, I travelled for my teaching, as you mentioned, to South Sudan where I lived for three years and Egypt where I lived for nine years, and the atmosphere of those places really informed the fantasy world that I created. My teaching itself also appears, especially in the short stories. In Tender, there is a story called “How to Get back to the Forest” which is a kind of near future dystopia where the young people are separated from their parents and kept in this terrible camp/school that was supposed to be fun but, as the story goes on, you realize they are really more prisoners than students. This story is about my anxiety about being a teacher, because I love teaching university students, but, at the same time, I worry sometimes as I’m correcting their papers. You know, I’m making them write in the correct way that’s somehow…you know there is something oppressive about teaching sometimes… I’m trying not to make it that way but sometimes it feels that way. Another example is “Walkdog”, a story also in Tender, which is written in the form of a student’s paper with all of the spelling mistakes and everything. The student is writing a paper and then, in the footnotes, she’s telling the truth about her life. So there is also an interaction between my teaching and my writing.

    You’ve started publishing in 2012 with short stories…

     I think (actually, I’ve more or less forgotten) it was in late 2011 that I published poetry in Stone Telling magazine, two poems (“The Sand DivinerandGirl Hours”). I believe that was my first kind of creative work to appear. But then, as far as fiction, it was 2012.

    And why the short form in the first place?

     Well, that’s a good question. I’m a natural novelist so, for me, to write a novel feels very comfortable. I started writing short stories for two reasons: first, I was at the time at graduate school, doing a doctorate in African Languages and Literatures, specifically Arabic literature, studying Arabic literature of Africa. I had to write a dissertation and papers for class, I was working on this big project. So for my creative work then, I started to do the shorter form because it was very hard for me to do a long form, a novel at the same time as my dissertation.

    The second reason is that I had sold my novel A Stranger in Olondria, which was written before, to Small Beer Press in 2010 or 2011. I knew that my novel was going to be published but I was completely unknown to readers. I didn’t even have a blog, I was invisible in a way. And I thought that, if I had a novel coming up, maybe it would be a good idea to become a little more visible, and if I wrote short stories and could get them published, then people would know my name before the novel came out.

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    From the very beginning, you used folktales and mythological creatures in your stories. Why this choice in particular?

     This choice is made from love. I think many people who are interested in fantasy have a real love for mythology and folklore. Actually, you find many of us who have studied this area and who are really deep students of mythology and folklore. I would like to be able to say why we love these stories, but it’s such a big question and it’s very difficult to explain, because it’s so natural for me to be drawn to fairytales and folk culture that I just wonder: who are the people who don’t like it and why would anyone not like it ? It’s hard to explain where it comes from. However I think part of it, it is a sense of interaction with the past. As much as we think about the future, as humans we need to remember the past; we have a need for some connection and interaction with what has gone before us. It’s very rich! Then, there is a sense of depth in interacting with something that you didn’t make up… I mean, partly, it’s your imagination but also it’s the imagination of others from the past that you’re drawing on, and I think that creates a certain richness.

    Your first novel, A Stranger in Olondria, was published in 2013. You choose a fantasy world but a very uncommon one because you have a very intimate perspective on it with your main character. Jevick is not a warrior, he is just a merchant. Why did you want this kind of hero for your story?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) I think partly because of the matter of the novel. The novel is about travel, exile, nostalgia and very complex feelings of how much we love home, how much we miss it if we lose it, but then also our problems with home. How much we can be critical of home as well. So, I was going to have a character who was on a journey. It was very important for me to really create a world that felt almost three-dimensional. A world that felt real, that you could visualize very clearly: you could sense the air, sense the smell and so on. My traveler was going to be somebody who would notice what was around him. And so I needed him to be a merchant, but that was just his job and how he would get there. But he’s really a student. He is a student, not from Olondria: he studies Olondria’s language and culture. And this is a very different perspective from a warrior. If I had made him a warrior, he would have a certain purpose: to conquer, not to look, to notice and to immerse himself in this other culture. So, it’s this student perspective that I wanted in order to bring the reader into Olondria in a way that would encourage the reader also to recognize the place and to really feel it.


    In the same way, you don’t use many fantasy creatures. In fact, you mainly use an angel. Can we say that your novel is a light fantasy world? And why don’t you choose to use more fantasy creatures in your novel?

     When I set out to write the novel, I wanted to put in everything that I love about fantasy because I love this genre very much, including epic fantasy, but I wanted to leave out all the things that I don’t care about or that I find boring. Actually, what I love about fantasy is the idea of moving from place to place, of discovering new places, discovering new worlds. I love fantastical languages and I had a lot of fun because there are a couple of different languages in my novel: Jevick has his own language and in Olondria there is a different language and, Olondria being an Empire, there are even several languages inside it. I really enjoyed imagining these languages and how each one worked. But I’m always bored by the battles in fantasy novels. Every time I come to a battle, I start flipping the pages quickly… It feels very routine to me, it’s just a repetition of heads falling and rolling, which really doesn’t interest me. So, I left that part out. As far as magical creatures, I said actually yesterday “There are no dragons because I don’t care about that” and then, the interviewer read an excerpt from the novel in which actually dragons are mentioned, so there is within Olondria a mythology that includes dragons. I do actually like magical creatures. I must admit that in the second book there is a very magical creature on the cover, which depicts one of the characters from the novel riding on a giant bird with huge wings. There are more fantastical creatures in The Winged Histories but A Stranger in Olondria is really about travel, reading, writing, literature and the idea that literature gives us contact with the dead. That’s why there is this presence of this angel who we might call a ghost: someone who has died and who comes into contact with the hero.

    You talk also a lot about religion in your book. What is your point of view about all this religious matter and are you a religious person yourself?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)

     I am Mennonite which is a small Protestant group. Historically, it’s a peace church, a very anti-war church. This comes to me from my mother side: all of my mother’s side of my family is Mennonite. My father’s side—my father passed away two years ago—is Somali so all this side of my family is Muslim. In some way, I’m between these two world religions, Christianity and Islam. Though I am Mennonite myself, I have a lot of affection for both of these traditions. This position that I’ve been in during my whole life is what created my interest in how different religions exist in the same space, in A Stranger in Olondria. And of course as we know, they often find it difficult to coexist peacefully. It doesn’t mean that they never did, there are times historically when people of different faiths lived together without any problem. But there are also many places in which it’s a situation of conflict—this has been my experience during my lifetime. We see a lot of religious conflicts, and when I wrote the novel, I was interested in exploring a moment, almost a crisis in Olondria, between an older form of religion and a new one that has just arrived.

    For all this work, this world, what was your inspiration?

     I’m a reader first, as I think most writers are—if they’re not, they should be!—so my writing comes out of reading and the things that I love. There are a couple of different streams of inspiration that I draw from. One of them is classic: in fantasy, J.R.R. Tolkien is a giant to me and a huge inspiration from when I was a kid, especially with the language because I studied linguistics. I loved his interest in philology and the way he created his languages. Ursula K. Le Guin is also a very important figure for me. And finally Mervyn Peake. Maybe he is not as well-known as the other two, but he wrote the Gormenghast Trilogy. What inspired me in Mervyn Peake is that he is a great example of a fantasy writer who really cares about language. He created this weird castle where these people are living. In fact, in Olondria, there is a giant castle, which is the palace where the king lives, but it’s also a city, exactly like Gormenghast: it’s one building, both a castle and a whole city. That was a very direct Mervyn Peake influence. But I also love the way he takes his time creating his characters in this immensely rich, very poetic language. He is not in a rush to get to the next point. So that was a big inspiration for me as well. That’s kind of the fantasy stream that goes into my writing. The other stream is just other work that I love, not classified as fantasy. When I was writing A Stranger in Olondria, I read—twice!—all of Proust’s In Search of Lost Time and I loved it. Proust had an amazing ability to insert emotions into landscapes, and to draw emotions out of landscapes also. That was very inspiring to me. Like Marguerite Duras, another writer who I read again and again—especially when I was writing the part which is in the voice of the angel, that’s really like a Duras voice. And then Michael Ondaatje, a Canadian writer that I love a lot, who wrote The English Patient. All of those writers, in terms of their technique and the way that they use the language, were very important for me as well.

            [Interview] Sofia Samatar (English Version) [Interview] Sofia Samatar (English Version) [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    You have another publication in French, a short story called “Honey Bear”, published in Blind Spot (Angle Mort) n°11. This story is nominated for one of the greatest award in France, Grand Prix de l’Imaginaire. It’s the same sort of story that you tell in A Stranger in Olondria, because it’s an unconventional extraterrestrial invasion. How did you find this idea?

     How did I form the idea? It’s hard for me to remember where it came from but I would say that, when we have new and unconventional ideas, they don’t come out of nowhere. It’s more like taking old ideas and then mixing and recombining them in a new way, so that we re-invent them. “Honey Bear” is indeed a story about extraterrestrials but it’s also a story about human beings who try to find a place, they try to insert this very new thing into their imagination in order to comprehend it, to understand it. They do this through a return to folklore. They imagine these completely alien beings, and they’re also trying to explain this to a child, and they do that through fairytales. I think that’s how human beings operate. There are periods when we are not used to the new, and we have to explain it in terms of the old. When the automobile was first invented, it looked like a horse carriage. It’s not nice and streamlined the way cars should be in order to deal with the wind and everything, it just looks like a horseless horse carriage… After that you can slowly adapt to the new.

    It’s a way to understand, to have a better understanding of this invasion in fact?

     It’s a way to prevent yourself from actually losing your mind in the face of something that’s so new. We can be completely overwhelmed, paralyzed by the shock of the new. So our brains quickly start inventing, asking “Okay, what categories do I have? Do I have any category that can admit this new thing?” Well, it’s an extraterrestrial being, it’s airborne, it has wings, so it’s a fairy.

    You publish also poetry. What is the connection between your work in poetry and your work in fantasy and science-fiction?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) I think the interesting question is the relationship between poetry and fiction, and why write both of them. It’s actually my dream someday to write a whole novel in poetry but I think this is very annoying to readers. I know some people have tried it, have done it, like Vikram Seth, his book called The Golden Gate. He wrote it in poetry, the whole thing, and even I can’t read it. But there are others, for instance the Canadian poet Anne Carson, one of my favorite poets. She has a wonderful book called Autobiography of Red in which she’s taking a character from Greek legend and imagining his life. It doesn’t rhyme—which is good for me—but it’s poetry, it’s a whole novel in poetry. I love this idea. So A Stranger in Olondria also has a lot of poetry in it. I like narrative poetry; I like the mixture of poetry and narrative, and poetry that tells a story. I never thought of myself as a poet until I discovered that there was such a thing as speculative poetry, which is science-fiction and fantasy poetry—I never heard of it until I discovered magazines like Stone Telling, which Rose Lemberg and Shweta Narayan, are running, this online poetry magazine. It’s wonderful! When I read it, I thought “Oh, maybe I do write poetry, this is what I write!” I think that’s because science-fiction and fantasy are very story-oriented genres, it does go back to these older forms of mythology and fairytales that tell stories. So, when you have poetry using science-fiction and fantasy, it is often narrative poetry, it’s poetry that also has a story to it. I really love working in that space.

    A Stranger in Olondria won two major prizes. What do you feel when you receive it and how they affected your work in some way?

     That was just so incredible for me. First of all to be published was incredible because I worked very hard to get published and I was unsuccessful for a long time. After I wrote A Stranger in Olondria, I tried to find an agent, which is what we have to do in America because you can’t contact publishers directly. I tried for five years unsuccessfully to get an agent. Finally, I connected with Small Beer Press and they were very happy with the book; that was very already very exciting. To have a debut novel from a small press, to really be recognized and nominated for awards, and win some of the awards, that was just amazing. As far as it’s affecting my work, one thing I was very happy about when I look back is that I did not begin seeking a publisher for A Stranger in Olondria until the first draft of The Winged Histories, the second book, was also written. I actually wrote it because I always imagined these two books that would go together, A Stranger in Olondria and this kind of companion. Not a big series but the two novels. I wrote both of the novels first completely, and then I began to revise them for many years—but I had the first draft before I started looking for publisher. That was good because when A Stranger in Olondria did so well and won these awards, it didn’t affect the writing of the second book because it was already written. So I didn’t have any temptation to try to do A Stranger in Olondria again or something like that, because I already had a different text that was written.

    Can you tell us more about your second book?

    [Interview] Sofia Samatar (English Version) Sure. When I said The Winged Histories is a companion to A Stranger in Olondria, it means it’s not exactly a direct sequel, so each book can be read individually; you don’t have to read both of them. But it also fills some of the gaps that are in A Stranger in Olondria. The first novel is written from a perspective of a stranger, who is not a native Olondrian. The second book is set completely in Olondria and all of the characters are Olondrian people. In the first book, you also have a male voice through most of the story, we meet some Olondrian women but the main female’s voice is the voice of the angel who is also not from Olondria. The second book tells the story of four Olondrian women.  It’s divided is in four sections, each of them having a different main character; but they are all facets of the same story. One is a soldier, one is a poet, one is a scholar and the last one is a socialite of sorts, a noblewoman, and there are different relationships between them. Two of them are sisters, two of them are lovers, and a couple of them are on different sides of the war that’s taking place in Olondria. It’s called The Winged Histories because this is about history, memory, and especially about what happens to certain voices, especially the voices of women, because Olondria—like my own society—is a patriarchal society. What happens to the voices of women in times of conflict? Do their histories remain and become sort of canonized and get retold, or are they the kind of histories that fly away ?

    For the end, a simple question: who are your favorite writers of the moment?

    I can mention a couple of them.

    One of them, who is actually here in Épinal, is Catherynne M. Valente. If I had to choose one person who is bringing the most life to the genre, I would pick Catherynne Valente. I think she has a wonderful use of language and just a joy, she has a real joy in invention, both in terms of plot and also in terms of language, she’s very inventive in both. My favorite book of hers—I asked some people and they told me it’s not available in French—but in English it’s called Palimpsest, and it’s a wonderful novel about a “sexually transmitted city”. Only when people have sex can they enter the city, and to go to the city you have to have sex with somebody who’s been to the city. It’s very original and very beautifully written, a very exciting novel. I love it.

    Another writer I would mention is Jeff Vandermeer, who had actually a lot of success recently with his novels, especially The Southern Reach Trilogy; he has published another novel, Borne, which just came out this year. He has a great kind of ecological sensibility and he’s very observant, he is really good about writing environment and human interactions with it. I love one of his older works, City of Saints and Madmen. That’s a kind of compendium of texts from this strange city and it’s absolutely one of my favorites. Jeff and his wife Ann Vandermeer are also fantastic editors: they make great anthologies that are bringing a lot to the genre, in my opinion. They are some of the people who are doing a lot to bring in writers in translation. Their big anthology, The Weird, that I really love, contains a lot of translated works, and it was an introduction for a lot of American readers to many writers that they never knew before.

         [Interview] Sofia Samatar (English Version) [Interview] Sofia Samatar (English Version) [Interview] Sofia Samatar (English Version)

    Last few words for your French readers?

     I look forward to and I long for more interactions between literatures, between fantasy and science-fiction in English, and fantasy and science-fiction in French, especially more translations. I read French but very slowly, with a lot of difficulty, with my dictionary beside me. Being here, in Épinal, walking around in this big room full of books, full of writers—and I know they are wonderful because I see big lines of people are waiting to get these books in French—I wish that we could have these books in English. I don’t have a solution, I know the whole process of translation and publication is very complicated, but I think this is a place where writers who are working in English and writers who are working in French could somehow put our heads together and try to come up with some solutions to this problem. How can we get more translations and how can we make more of our works available to each other? Because one of the greatest things you can do to enrich your writing and to enrich your genre is to read works from other places and from others’ languages.

    [Interview] Sofia Samatar (English Version)


                                      ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    - Review of A Stranger in Olondria (French Version)

    - Review of Honey Bear in Blind Spot n°11 (French Version)

    - Website Blind Spot (English Version)

    - Website Stone Telling

    - Website Small Beer Press



    INTERVIEW TRANSLATED IN FRENCH 

     

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  • [Critique] Le Regard

     Désormais bien installée, la collection de novellas Une Heure-Lumière des éditions du Bélial accueille pour la seconde fois l'auteur américain Ken Liu. Remarqué pour son magnifique recueil La Ménagerie de Papier et pour l'extraordinaire novella L'homme qui mit fin à l'Histoire, l'écrivain possède une solide réserve de textes courts qui reste encore à traduire en France. Parmi eux, The Regular (traduit par Le Regard en français), une novella de 82 pages qui mêle polar, science-fiction et réflexion humaine. 

    Dans cette novella, Ken Liu décrit d'abord une société où le transhumanisme est partout. Tendons améliorés, caméra dans les yeux et, surtout, le Régulateur. Un outil de contrôle hormonal qui permet de maîtriser émotions, capacités physiques et de jugement. Ce Régulateur permettrait donc de débarrasser la personne qui en est équipé des errements liés à l'instinct ou aux émotions. C'est le cas de Ruth Law, détective privé, qui est chargée d'enquêter sur la mort d'une call-girl asiatique par sa mère qui ne croit pas à la thèse du règlement de compte. Sans le savoir, Ruth va se confronter au Surveillant, un meurtrier retors qui a dans l'idée d'asseoir son pouvoir en contrôlant une certaine technologie de surveillance. 

    D'un prime abord, Le Regard ressemble à une novella policière banale. Détective privé, meurtrier, indices, enquête...bref rien que du très (trop) classique. C'est certainement d'ailleurs dans cet aspect que le texte de Liu peut être considéré comme bien plus faible que sa précédente publication dans la collection. Cependant, Le Regard est loin d'être une novella aussi basique qu'on pourrait le croire. Comme toujours dans les textes science-fictifs de Liu, cette histoire de meurtre est l'occasion de se pencher sur le rapport de l'homme face à la technologie. L'émotion (et donc l'humain) est-il un handicap ou un atout ? La machine (et donc la déshumanisation) est-elle forcément supérieure ? Mieux encore, le recours au Régulateur permet-il vraiment d'éliminer tout préjugé sociétal ? L'auteur américain se penche également sur une autre interrogation, plus délicate : éviter la douleur du deuil est-elle une solution ? N'est-il pas nécessaire de souffrir pour ne pas reproduire les mêmes erreurs pour pouvoir évoluer ?

    Si l'on peut logiquement reprocher la faiblesse du personnage de tueur dans ce texte, il faut aussi comprendre que le propos de l'américain n'est pas là. Evidemment dans ses buts et dans ce qu'il subtilise à ses victimes, Le Surveillant constitue une critique de la société de surveillance moderne. Mais elle n'est pas assez poussée pour constituer un véritable atout pour le texte. Ce qui préoccupe Liu, encore une fois, c'est la dimension humaine de son histoire ainsi que le personnage de Ruth (et dans une moindre mesure de la mère de la call-girl). L'écriture très froide du texte, qui peut surprendre quand on connaît la capacité de l'auteur à émouvoir (cf. La Ménagerie de Papier) s'explique également par le sujet. Il est question d'un appareil qui élimine les émotions. Il semble presque logique, mais risqué, que le texte de Liu n'en présente que très peu puisque la moitié du temps, le lecteur suit une Ruth bridée continuellement par son Régulateur, et l'autre moitié un tueur qui n'a aucune émotion humaine exceptée la soif de pouvoir. En fait, le texte de Liu est beaucoup plus malin qu'il n'y parait de prime abord. 

     Bien moins bouleversant que L'homme qui mit fin à l'Histoire, Le Regard reste cependant une novella de qualité qui adopte les oripeaux du polar pour parler d'une thématique humaine par le prisme d'une technologie science-fictive. Toute la question du texte n'est pas de savoir qui a tué, dans quel but et si le méchant sera attrapé, mais bien de savoir si l'émotion est un handicap ou un atout pour l'homme. A partir de là, Ken Liu déploie son talent habituel pour nous livrer un récit qui questionne. 

    Note : 7.5/10


    - Critique de L'homme qui mit fin à l'Histoire
    - Critique de La Ménagerie de Papier

     

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  • [Critique] Le Village

    Livre disponible à cette adresse 

     Premier roman du traducteur et critique Emmanuel Chastellière, Le Village est également le premier ouvrage francophone publié par les jeunes éditions de L'instant. Servi par la splendide couverture de Marc Simonetti, le récit nous emmène dans un monde des plus inquiétants. Dans celui-ci, une jeune fille se réveille dans un lit qu'elle ne connaît pas et semble avoir perdu tous ses souvenirs. Elle découvre bientôt un village oublié de tous où rodent des individus dangereux rappelant les fameux docteurs de peste des temps passés. Trouvant refuge auprès d'un groupe d'enfants qui survivent tant bien que mal dans les marais, elle s'aperçoit rapidement qu'une malédiction terrible pèse sur cet endroit. Pour sauver ses compagnons, elle va devoir affronter le responsable de cette situation...mais aussi les dissensions internes qui agitent le petit groupe qu'elle a rejoint. C'est donc un premier roman fantasy que nous propose Emmanuel Chastellière (et c'est assez logique puisqu'il est le responsable du site de référence en la matière, Elbakin.net) mais aussi un récit lorgnant davantage vers le Young Adult sans pour autant renoncer à proposer quelques scènes assez dures. Seulement voilà, quelque part en chemin, l'écrivain français se rate.

    Le Village plonge dans un univers fantasy où l'on croise des loups inquiétants, des docteurs de peste, un troll et, même, un dragon. Bien que l'on sente que l'auteur maîtrise les codes du genre et qu'il sait en jouer à certaines occasions, les choses prennent mauvaise tournure dès le début car, pour tout dire, Le Village est un roman inégal. Inégal en terme de narration, d'écriture/style et d'ambiance. En effet, la première partie du récit alterne entre le fil d'histoire principal (avec la jeune fille et les enfants perdus, nous y reviendrons) et des interludes. Ce qui saute immédiatement aux yeux, c'est que l'écrivain français a des problèmes de style, d'écriture. Se voulant par trop explicatif/démonstratif dans sa façon d'écrire, il alourdit régulièrement ses phrases et brise la musique qui se dégage de son récit. Du coup, la lecture en devient vite agaçante perdant par la même un élément primordial : la fluidité. Lié à ça, le style d'Emmanuel Chastellière manque cruellement de caractère surtout en regard de l'ambiance qu'il se propose d'ébaucher dans le roman.

    Ce premier problème explique d'ailleurs plusieurs autres défauts de l'ouvrage. D'abord, le ratage intégral du méchant qui apparaît comme excessivement théâtral. Au lieu de laisser les choses sous-entendues, Emmanuel fait tout dire à ses personnages, ce qui dessert ses dialogues. Son méchant, qui n'est pas forcément une mauvaise idée à la base, en devient juste extrêmement rébarbatif. Ce qui est un paradoxe puisque dans la première partie du roman, les Interludes s'avèrent bien plus convaincants que le reste. Pourquoi ? Simplement parce l'histoire y est ramassée, l'auteur ne s'y perd pas en explications ou péripéties inutiles, et arrive ainsi à concrétiser une atmosphère qui a tendance à s'écrouler arrivé au premier tiers de l'histoire. On rejoint alors la seconde inégalité que renferme le récit : celui du rythme et de sa narration. Le Village souffre d'un gros ventre mou entre sa première partie mystérieuse et relativement convaincante, et sa fin qui donne dans la surenchère pyrotechnique. Emmanuel Chastellière se perd dans les romances et atermoiements émotionnels de ses adolescents, multiplie les imbroglios amoureux en délaissant la vraie force de son roman : l'ambiance fantastique. Tous les protagonistes se plaisent à répéter que l'endroit est horrible...mais on ne le ressent pas, on ne le voit pas. Ni dans le style, pas assez sombre, ni dans l'univers, qui s'échine plus à parler des querelles d'adolescents mal dans leur peau qu'autre chose.

    C'est assez dommage car finalement l'idée de fond qui sous-tend Le Village (et que l'on ne révélera pas) est assez sympathique. Le véritable ennui c'est que les éléments forts sont sous-exploités (Le troll, les docteurs de peste, le désespoir de la situation...) et les faibles sur-exposés (les sentiments des uns et des autres, les considérations amoureuses, les discours du méchant qui est très très méchant). En résulte donc un récit frustrant, qui se trompe de route, tout simplement. Dernier point de mécontentement, le manque de subtilité quand à sa forme de conte. On note au départ quelques références aux contes populaires (Alice au pays des merveilles, Boucle d'Or) tout a fait bien placés puis, Chastellière oublie de n'en faire que des références pour les ériger en principe faisant même répéter à plusieurs personnages qu'ils ne sont pas dans un conte ou en appelant carrément son groupe d'enfants...les Enfants Perdus. Une chose que l'on aurait très bien compris sans qu'on nous le martèle toutes les deux pages. 

    Que reste-t-il du Village alors ? Il reste une bonne idée de départ et des Interludes véritablement convaincants, un univers avec un certain potentiel et une fin certes un peu dans la surenchère mais qui présente d'ultimes rebondissements bien sentis. Malheureusement, cela ne sauve pas un récit trop plat ni des personnages trop chiants. On regrette infiniment que l'auteur ne se concentre pas davantage sur les habitants damnés que sur cette bande de gamins sans background véritablement efficace. 

    Le Village s'avère donc une déception. Emmanuel Chastellière souffre encore de nombreuses lacunes dans le fond et dans la forme et l'on espère simplement qu'avec le temps, il corrigera le tir. En attendant, difficile de vous conseiller Le Village qui reste un premier roman raté.

    Note : 4.5/10

     

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  • [Critique] The Handmaid

     En 1985, l'auteure canadienne Margaret Atwood publie un roman de science-fiction appelé à devenir un classique du genre : The Handmaid's Tale (connu sous le titre français de La Servante Écarlate). Acclamé par la critique, le récit nous plonge dans une dystopie patriarcale et théocratique. Les Etats-Unis se sont effondrés, remplacés par la République de Gilead. Fondée par une organisation connue sous le nom des Fils de Jacob, cette nouvelle société s'appuie sur le dogme religieux chrétien pour édifier règles de vie, valeurs morales et prôner un retour au traditionalisme dans tous les domaines. The Handmaid's Tale est le témoignage de Offred (de son vrai nom June), l'une des servantes attribuées au commandant Fred Waterford. Elle nous raconte comment elle a été enlevé, séparée de sa fille et mise en esclavage au sein d'une société cauchemardesque où la femme n'est plus rien. Terrible dans son ton et dans sa forme (avec un style très froid et distancié, presque clinique), le roman laisse un goût de soufre dans la bouche du lecteur. 

    C'est en avril 2016 qu'Hulu, principale plateforme concurrente de Netflix aux Etats-Unis, annonce produire une série tirée du roman. Dirigé par Bruce Miller (qui avait jusqu'à présent officié que pour des séries mineures), The Handmaid's Tale réunit un casting des plus solides avec notamment Elisabeth Moss (Top of The Lake ), Joseph Fiennes (American Horror Story) ou encore Ann Dowd (The Leftovers). Lancé en avril 2017, la première saison connait un succès critique foudroyant qui pousse Hulu à renouveller la série pour une seconde saison dès mai 2017. Acclamé par la presse américaine (et bientôt française), The Handmaid's Tale reprend une très large part de l'intrigue du roman et adapte l'univers d'écrit par Margaret Atwood à la lettre. Prenez une grande inspiration, et plongez dans un cauchemar.

    Car The Handmaid's Tale est un cauchemar. Un vrai. Une atroce dystopie où l'horreur théocratique est poussée à son paroxysme. Le pilot réunit immédiatement toutes les qualités que développera ensuite la série. La mise en scène tout d'abord, d'une sobriété impressionnante, qui découvre un univers glacial et glaçant où le rouge des servantes devient aussi familier que la lumière du soleil. Contrairement au récent American Gods, la série de Bruce Miller ne joue sur aucun effet de manche. A peine s'offre-t-elle des ralentis pour souligner certaines actions importantes ou tragiques. Cette mise en scène minutieuse, terrifiante dans ses moindres recoins, s'accompagnent d'une bande-originale parfaite qui sait être discrète quand il le faut, ménager des silences quand il le faut...et s'imposer quand il le faut. Rien n'est laissé au hasard dans la constitution de cette première saison. 

    Si dans le roman nous suivons uniquement Offred, il n'en est pas de même pour la série. Le téléspectateur est bien entendu dans la tête de la jeune femme dont il entend les pensées en voix-off, mais le format permet également de développer d'autres personnages qui deviennent donc plus profond tels que Nick, le couple Waterford ou Moira. On ne pénètre jamais dans leurs esprits comme on le fait avec June, mais on les suit et on les comprends mieux. Puisque The Handmaid's Tale, avant d'être une oeuvre engagée et polémique, est avant tout une histoire humaine tragique. Ce qu'a bien compris Bruce Miller qui donne toute la place nécessaire aux personnages et aux acteurs qui les incarnent. C'est eux d'ailleurs qui constituent l'autre force majeure de la série. Dire que le casting de The Handmaid's Tale est impeccable serait être en dessous de la vérité. Joseph Fiennes est aussi glaçant que mystérieux dans le rôle du commandant Waterford, Yvonne Strahovski compose un des personnages les plus complexes de la série entre le monstre et la femme brisée, Ann Dowd endosse le rôle tyrannique de tante Lydia avec la même force qu'elle avait dans The Leftovers. 

    Mais surtout, il y a Elisabeth Moss. En prenant l'habit écarlate de la servante, l'américaine trouve le rôle de sa vie. Elle est, à chaque minute, plus grandiose qu'à la précédente. A la fois colère, tristesse et révolte, l'actrice joue tout à la perfection et émeut comme pas possible. C'est elle, c'est définitivement elle qui porte littéralement le show sur ses épaules. Chapeau. Faisons également mention à la fois d'un sublime personnage secondaire mais également d'une grandiose actrice : l'américaine Madeline Brewer dans le rôle brise-cœur de Janine. Un personnage secondaire qui montre le talent d'écriture insolent de Bruce Miller et de ses scénaristes. Puisque c'est bien l'écriture du show lui-même qui constitue le dernier grand point fort de cette première saison. Il faut dix épisodes à The Handmaid's Tales pour développer son monde, décrire l'avant et comment tout a lentement glissé dans l'horreur mais aussi, et surtout décrire avec minutie une société malade. Mieux encore, le show arrive à "humaniser" d'authentiques monstres par le biais de quelques séquences improbables. Comme lorsque Tante Lydia console Janine de ne pas aller à la soirée, ou comme lorsque l'on suit l'histoire du couple Waterford. Ce tour de passe-passe moral s'avère rien de moins qu'impressionnant. En l'état, c'est comme si l'on humanisait Himmler ou Heydrich...

    Ce que réussit cependant le mieux la série, c'est à retranscrire l'horreur théocratique décrite par le roman de Margaret Atwood. La série décrit avec minutie la constitution d'un Etat totalitaire où les femmes deviennent des ventres. Instrumentalisées au nom d'un passage biblique, les femmes fertiles deviennent des esclaves qui n'ont plus aucun droit. Elles sont cérémonieusement violées chaque mois (et les premières séquences de la fameuse cérémonie sont insupportables) pour donner des enfants aux épouses stériles des commandants. Il y a encore cette seconde torture, de se faire prendre son enfant, de se le faire enlever (et l'épisode deux, déjà, est insoutenable à ce sujet) pour ensuite changer de maison et.....recommencer ! La série décrit de même l'avant, et a l'excellente idée de faire comprendre au spectateur que l'on glisse. On ne tombe pas. Que petit à petit, la dictature s'installe parce que l'on dort. Parce que l'on ne se bat pas. Dans la situation actuelle des Etats-unis et de la France, la chose est d'autant plus importante à entendre. The Handmaid's Tale est non seulement un plaidoyer féministe d'une dureté extraordinaire, mais également une remise en question de notre obsession de la maternité. C'est certainement là le thème le plus original traité par la série, notamment au cours du fameux épisode 6, A Woman's Place, qui explique en filigrane que l'une des causes de cette folie est l'obsession maladive pour l'humanité d'avoir des enfants. En substance, The Handmaid's Tale est une brillante destruction de la GPA, cette marchandisation du corps de la femme pour pallier à la (malheureuse) stérilité d'autres. 

    Reste que cette série, aussi forte soit-elle sur le fond, reste une intense aventure émotionnelle. Chaque personnage présente des démons, des fêlures,des peines, des tragédies. La somme de toutes ces blessures donne cette première saison sublime, grandiose. The Handmaid's Tale, c'est avant tout l'histoire d'une femme (de femmes !) privée de sa liberté, privée de sa vie, privée de tout. C'est l'histoire d'une révolte, même insignifiante, gravée dans une plinthe ou tombant avec une pierre, qui dit NON. C'est l'histoire d'une femme qui veut se battre malgré toutes les horreurs qu'elle subit. Au fond, le plus important dans The Handmaid's Tale, c'est ça. Ce courage humain devant l'horreur absolue, devant la monstruosité. Un cri dans le silence. Un appel à la raison dans un océan de religiosité qui, pourtant, ressemble de plus en plus à notre siècle (et qui est déjà vécu par certaines femmes en Arabie Saoudite et dans le Moyen-Orient !). C'est une série militante, engagée, féroce et sans demi-mesure. Une série qui fait du bien en nous faisant mal, très mal parfois.

     Adaptation brillante portée par un casting simplement parfait, cette première saison de The Handmaid's Tale n'est rien de moins qu'un chef d'oeuvre d'une importance primordiale à l'heure actuelle.
    Un chef d'oeuvre.

      Nolite Te Bastardes Carborundorum

    Note : 10/10

    Meilleur épisode :   Episode 6 - A Woman's Place / Episode 9 - The Bridge

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  • [Interview] Jérôme Vincent

    Interview réalisée dans le cadre du festival des Imaginales 2017

    Disponible à l'écoute audio (en plein air) ou en transcription écrite ci-dessous

    Tous mes remerciements à Jérôme Vincent, décontracté et disponible (qui imite à merveille le modem 56k), ainsi qu'au festival des Imaginales d’Épinal.

     

    Bonjour Jérôme Vincent, pour les personnes qui ne savent pas vraiment qui tu es, peux-tu te présenter ?

    Je suis le directeur d’ActuSF qui est à la fois un site internet d’actualités sur les littératures de l’imaginaire mais aussi une maison d’édition papier et numérique.

    Comment en es-tu arrivé à t’intéresser aux genres ?

    En fait, je suis tombé dedans quand j’étais ado. On était un petit groupe au lycée à s’échanger des lectures hors programme scolaire : Le Seigneur des Anneaux ou Moorcock. Le point de départ, c’est vraiment une passion d’ados où on s’éclatait en lisant Richard Matheson, Dan Simmons, Michael Moorcock, Octavia Butler et cie. A l'époque, comme on pensait qu’il n’y avait rien, on a fait un fanzine – ce n’était pas vrai, il y avait plein de choses sauf que l'on ne le savait pas – et puis internet arrive, et du fanzine on lance un site, puis on passe à l’édition. Tout s’est fait de manière très progressive. Voilà, l’aventure démarre, elle grossit et devient un job à plein temps.

    Et pourquoi particulièrement aux genres ? Qu’est-ce qui t’a fait t’intéresser aux genres et pas à un autre type de littérature ?

    [Interview] Jérôme Vincent 

    Je pense que l’on est des drogués en tant que lecteur. Un jour, t’as pris un shoot, ça t’a ravagé la tête et tu recherches ensuite la même chose. Moi, j’ai pris des shoots avec Dan Simmons, Philip K.Dick (avec Ubik par exemple), Je suis une Légende de Matheson, Dracula, Moorcock, et je suis tombé amoureux de tous ces livres. Une lecture en entraînant une autre, sans ne lire que ça, j'ai eu envie de creuser de plus en plus profond. Comme on était un petit groupe, il y avait une dynamique, on se repassait les livres.

    Du coup, lorsqu'on a lancé le site internet, il a tout de suite porté sur la SF et la Fantasy.

    Il n’y avait pas de réflexion, pas de positionnement marketing. Je n’ai jamais choisi ce créneau par rapport à un autre. Simplement c’est ce qui nous fédérait. L'imaginaire, c'était notre passion.



    D’abord, le fanzine et ensuite on arrive au site ActuSF, quels sont les débuts, la genèse de ce site ?

    [Interview] Jérôme Vincent

    On avait donc un fanzine au milieu des années 90, qui s’appelait la 85ème dimension. A ce moment là, internet explose et on a tous des modems 56k. Commencent à arriver les premiers sites internet. En parallèle je faisais des études de journalisme et j’étais chroniqueur dans une petite radio pour laquelle je recevais des services de presse. Un jour on passe un partenariat, je reçois un carton de chez Denoël avec 80 livres ! Je dis alors à mes amis « On va faire un site internet et plutôt que ce soit le copier/coller de notre fanzine, on va faire un site sur l’actualité du genre, c’est-à-dire on va lire les livres et les chroniquer ». Tout le monde est reparti avec son livre et on a commencé à tout mettre en ligne. C’était assez brouillon, c’étaient les années 2000, tout le monde se lançait. Et c’était beaucoup plus simple que de faire du papier avec le fanzine.

    Après, à terme, vous êtes devenus chez ActuSF un peu le site de référence sur la SF, sur le genre en général. Actuellement, on a un changement de paradigme par rapport aux sites conventionnels avec beaucoup de blogs etc…qui se développent. Quel est le regard d’ActuSF sur ce changement, sur l’offre critique qu’il peut y avoir sur le net ?

    Je ne condamnerais jamais des gens qui ouvrent des blogs ou qui vont poser des commentaires sur Babelio parce qu’au final, c’est ce que l’on a fait au départ. J’ai une formation de journalisme scientifique, on ne m’a jamais appris à faire des chroniques de livres. Que tout le monde prenne la parole, je trouve ça très bien.
    Reste que cela nous pousse à nous interroger. Qu’est-ce qu’on peut faire nous en tant que site internet ? Qu’est-ce qu’on peut apporter ? Un regard sur l’actu, des interviews, des brèves tous les jours mais encore …
    Donc, je ne suis absolument pas contre les blogs et les communautés de lecteurs, au contraire, si des gens se passionnent pour ça, on ne va pas condamner des gens qui ont envie de faire par eux-mêmes ce que j’ai fait par moi-même. 

    Plus globalement, que penses-tu de l’état des genres actuellement ? Il te semble meilleur qu’auparavant ?

    [Interview] Jérôme Vincent

    On est à un moment qui est intéressant avec une sorte de schizophrénie. Les gros blockbusters au cinéma relèvent de la science-fiction et de la fantasy, les grandes séries TV sont en grande partie liées à l’imaginaire, pareil en BD et dans le jeu vidéo, sans parler du réveil du jeu de rôle... Donc nous sommes dans un univers qui fait appel à toutes les références de l’imaginaire. Et nous avons en plus en littérature le Young Adult qui fonctionne bien avec souvent les mêmes bases thématiques. Mais nous avons parfois l’impression qu’il n’y a pas de report sur les littératures de l’imaginaire classiques.

    Donnons des chiffres : Le Trône de Fer fait des centaines de milliers, voir des millions de ventes chez J’ai Lu, alors que chez ActuSF, on fait « seulement » quelques milliers de ventes sur les autres livres de George R.R. Martin. Ce qui veut bien dire que ça ne ruisselle pas comme on l’aimerait. Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui nos littératures se vendent un petit peu moins bien en librairie que ce qu’elles se sont vendues par le passé ? Qu’est-ce qui fait qu’on a 80.000 personnes aux Utopiales, et que nous, on ait des bouquins à mille ou deux mille exemplaires ?

    On est dans cette schizophrénie-là : un genre qui intéresse les gens et pourtant des difficultés structurelles dans nos littératures. C’est pour cela que l’on fait des états généraux, pour réfléchir tous ensemble et trouver des solutions collectivement.

    Peut-être un certain cloisonnement du genre par rapport aux littératures mainstream ?

    [Interview] Jérôme Vincent 

    C’est sur ces questions que j'aimerai que l'on réfléchisse tous ensemble.

    Les problématiques sont multiples, visibilité en libraire, en presse etc. Si on parle des médias par exemple, on a Télérama qui vient de faire une couverture sur la SF. C'est bien. La question c’est combien de fois ils l’ ont fait ? Si nous représentons 5 à 7%  du marché, est-ce que véritablement Télérama a cette année parlé des littératures de l’imaginaire dans 5 à 7% de ses articles consacrés à la littérature.

    En librairie, nous avons des rayons en FNAC mais peut être un peu moins de visibilité dans les librairies traditionnelles. Qu’est-ce qui va faire que les librairies vont développer les rayons ? Ça passe par la formation des libraires, par l’information des libraires, ça passe par le goût des libraires. Quand on a quelqu’un qui aime l’imaginaire, en général le rayon augmente en termes de chiffre d’affaire. Comment leur donner envie de s’y mettre ?

    Parler aujourd’hui d’un cloisonnement me semble limité. Les problématiques sont bien plus larges. Je ne parlerai pas de cloisonnement tant que je n’aurais pas de chiffre pour affirmer ou infirmer nos ressentis. C'est un état des lieux que l'on veut faire avec les Etats Généraux.

     

    Après le site, vous en venez naturellement aux Editions ActuSF, comment passe-t-on d’un site à des éditions ? Et pourquoi ?

    [Interview] Jérôme Vincent

    Nous étions jeunes et beaux, et nous organisions un concours de nouvelles pour les auteurs amateurs. On a 22/23 ans ! Du coup, pour les prix, on avait acheté des gros cochons tirelire à qui on avait peint les oreilles en bronze, en argent et en or. Et puis, on s’est dit « Ça serait cool de les publier dans un livre ». On publie donc les gagnants dans un premier livre, dans un deuxième... Entre temps arrive le site Actusf et on continue nos concours de nouvelles.

    On rencontre Roland C.Wagner qui était parrain d'un des concours. Un jour il met son roman Les Derniers jours de mai en PDF gratuitement sur le net parce qu'il n'était plus dispo en librairie. Je lui dis « Roland, nous on sait faire des livres à petit tirage ! » et il me dit « Bah, écoute, plutôt que Les Derniers jours de mai, j’ai un truc qui s’appelle H.P.L, va voir Caza (illustrateur) pour la couverture et s'il est ok, on fonce ». Voilà comment tout commence.

    Nous étions un média sur la littérature de l'imaginaire et d’un seul coup, nous faisions nous aussi des livres… autant te dire que nous étions heureux !

    A partir de 2007, il y a dix ans, on se dit « ok, maintenant on fait vraiment une dizaine de livres par an, on met une chaîne de production en place ». Tout ça est très naturel, pas du tout pensé comme une société classique, avec des raisonnements avec des parts de marché, des positionnements marketing ou éditoriaux… De notre passion du départ, on s'est peu à peu professionnalisé.

     

    Et finalement, d’ActuSF les éditions aux Indés de l’Imaginaire…

    [Interview] Jérôme Vincent

    J’ai émigré à Chambéry il y a sept ans maintenant et je suis retrouvé  dans la région Rhône-Alpes. Au salon du livre de Paris, la région propose aux éditeurs de venir, chacun ayant trois mètres carrés sur un stand collectif. On se retrouve à côté de Mnémos. Ensemble, on se fait la réflexion que plutôt que se faire concurrence, les lecteurs qui aiment la science-fiction ou la fantasy, ont deux fois plus de raisons de passer dans ce coin-là du salon. Donc nait l’idée que face aux enjeux et aux difficultés, plutôt que de faire la guerre ou en tout cas de s’ignorer, on pourrait tout à fait s’allier et travailler ensemble. Or, il se trouve qu’à ce moment-là Les Moutons Electriques sont à Lyon, Actusf est à Chambéry, Mnémos est dans le Beaujolais, et nous avons le même diffuseur-distributeur, Harmonia-Mundi. L’association s’impose naturellement. On se dit qu’on peut partager les frais sur les stands, les moyens de communications, et un peu plus tard, les collections – Hélios, Naos. Tout ça fait sens, et en plus, commercialement, nous sommes chez le même diffuseur. L’idée c’est qu’ensemble on est plus forts. C’est un slogan un peu bateau mais l’idée étant aussi que les maisons d’éditions plutôt que de se faire concurrence, se complètent. Pour une fois, nous travaillons ensemble.

    Ça a aussi mené à la création de cette collection poche, Hélios. Vu de l’extérieur, quel est l’avantage d’avoir la collection Hélios pour soi ? Pourquoi ne pas continuer à faire des reprises sur Folio, sur Pocket etc… ?

    Alors on est schizophréniques parce qu’on fait les deux ! [Rires]
    La collection Hélios, c’est Mnémos qui la crée. Leur idée étant que plutôt que de revendre les droits chez un éditeur poche, et de prendre tout de suite un chèque, ils auront un chèque sans doute un petit peu plus gros s’ils le font eux-mêmes. En montant les Indés, ils nous ont proposé de les rejoindre. Ça permet sur un certain nombre de titres d’avoir une double exploitation et de proposer à des lecteurs des livres qui sont beaucoup moins chers. Ça a aussi l’avantage de constituer un catalogue à partir de nos trois maisons d'édition pour qu'il soit plus conséquent. Et puis l'économie poche nous permet aussi d'aller acheter des titres chez d'autres éditeurs. Par exemple La Voix du Feu d'Alan Moore dormait chez Calmann-Levy. On a donc racheté les droits ce qui nous a permis de devenir l’éditeur d’Alan Moore.

                        [Interview] Jérôme Vincent            [Interview] Jérôme Vincent


    Ça veut dire que vous allez reprendre la Cité des Saints et des Fous de Jeff Vandermeer ?

    [Interview] Jérôme Vincent

    C’est un vieux projet de relecture !


    On a déjà fait L’effet Churten d'Ursula Le Guin par exemple. C’est quand même assez intéressant éditorialement et intellectuellement parlant d'aller chercher ce genre de textes. Après nous sommes dans un écosystème où nous publions aussi du grand format que nous proposons à des éditeurs poche. Il est évident que quand on publie Robin Hobb, J’ai Lu est intéressé parce qu’ils font tout Robin Hobb. Il y a donc des livres qui partent en poche et des livres que l’on publie nous-mêmes en Hélios, soit parce que ça nous intéresse de le faire soit parce qu’à un moment ils n’ont pas trouvé tout de suite leur place chez les autres éditeurs, ce qui est pas très très grave…





    Pour s’intéresser plus spécifiquement à ton métier d’éditeur, quelles sont les voies pour devenir éditeur ?

    [Rires] Il ne faut surtout pas faire comme j’ai fait.
    Il y a des formations d’éditeur qui existent, des IUT, des Masters, à Bordeaux, Lille,  Aix-en-Provence, Grenoble… Ces filières te permettent d'apprendre, de faire des stages, de progresser. De mon côté, j’ai appris sur le tas. J’ai commencé par  une formation de journaliste, puis j'ai fais de la radio tout en travaillant sur ActuSF pendant mon temps libre… Et quand on décide de faire des livres j'apprends sur le tas mon métier d'éditeur. 

    [Interview] Jérôme Vincent

    Donc, autodidacte ?

    Ah ben complètement ! Il n’y jamais personne qui m’ait donné un cours sur comment faire de l’édito. Là, du coup, c’est aussi le travail de critique qui aide. Écrire sur les livres c’est réfléchir sur la manière dont ils sont proposés en termes de narration.

    Éditeur, ce n’est pas comme ingénieur, c’est un métier où tu peux bricoler dans ta cuisine sans avoir de formation. Bon après, il faut aussi être chef d’entreprise, c’est à dire qu’un livre est un texte merveilleux qui te donne des émotions mais c’est aussi un livre qu’il faut que tu vendes. Mon rôle d’éditeur, il est sur les textes mais également sur tout ce qui se trouve autour du livre : la fabrication, la commercialisation, la communication, les contrats d’édition etc…

    Jusqu’ici, quelles sont tes plus grandes fiertés d’éditeur ?

    Je vais te faire la réponse bateau : tous sont des coups de cœur !

    C’est beaucoup trop bateau, beaucoup trop conventionnel ! Il faut se mouiller !

    C’est comme pour toi lecteur. Il y a des bons livres où tu as pris du plaisir, et puis il y a des livres qui résonnent tout particulièrement en toi. Moi, il y a des livres effectivement quand je lis du Sylvie Laîné, du Jean-Laurent Del Socorro…Le premier roman de Jean-Laurent [Royaume de Vent et de Colères], je le termine vraiment sur mon canapé à deux heures du matin et je me dis « Oh putain quelle claque ! Il faut absolument que je l’édite » et je vis vraiment avec les personnages pendant deux-trois jours. Quand j’ouvre Mike Resnick, L’Infernale Comédie, je prends ma baffe et j’me dis « Putain, faut absolument que je le fasse quoi c’est pas possible autrement ! ». J’ai lu deux/trois fois Audrey Alwett, Les Poisons de Katharz, c’est tout à fait ma came. Ou La Danse des Etoiles, un truc que tout le monde a oublié et, pourtant… je me suis laissé emporter… Et en fait, le meilleur du boulot, c’est quand tu trouves un texte, et que tu te dis « Ouais, ça, ça vaut le coup ! Ça, faut que je me batte pour le publier !». Fondamentalement, tous les livres que l’on édite ont des qualités qui nous ont amené à les publier.

                [Interview] Jérôme Vincent[Interview] Jérôme Vincent[Interview] Jérôme Vincent 

    Revenons sur cet appel par rapport aux genres de l’Imaginaire. On en a déjà un peu parlé mais comment s’est né, et vraiment concrètement, à quoi ça va servir ?

    Depuis environ deux ans, il y a différentes initiatives et discussions autour de l’Imaginaire en France avec cette question : comment pouvons-nous faire pour améliorer la visibilité de nos genres ?
    Il s’est trouvé par exemple que l’année dernière ici [Festival des Imaginales], il y a un groupe d’une trentaine d’auteurs qui discutaient entre eux et qui avaient envie de faire un manifeste en disant « Comment est-ce que l’on peut faire quelque chose nous pour qu’enfin on parle de nous dans la presse ? ». Et ce n’est l’un des exemples de discussions collectives. J’en ai quatre ou cinq autres.
    On se retrouve à plusieurs en Janvier et on dit « okay, il faut qu’on lance des états généraux » pour essayer collectivement, puisqu’il y a des discussions à droite ou à gauche, de trouver des solutions pour améliorer la visibilité en librairie, dans la presse et vis-à-vis des institutions. Après tout, il y a un printemps de la poésie mais pas de la science-fiction donc pourquoi, comment, qu’est-ce qu’on peut faire ?
    Et, plutôt que ce soit un mouvement d’éditeurs ou un mouvement d’auteurs, on essaye de réfléchir à l’horizontale à des solutions collectives. On a un milieu qui a la chance sur tout un tas de sujets, d’être capable de mettre les égos de côté pour la promotion du genre. En gros, tu ne fais pas de la science-fiction par hasard, tu fais de la science-fiction parce que t’aimes ça. Les chiffres de vente ne sont pas assez forts pour que ce soit de l’opportunisme. Donc, par devers nos professions, on aime tous fondamentalement le genre.  

    Du coup, à partir de demain - il y a une conférence et au salon du livre on a lancé l’appel avec la pétition [Que vous pouvez signer à cette page] que tu as vu en ligne – on a plusieurs champs de travail : Un, trouver et faire un état de lieux de notre milieu. Par exemple, des éditeurs peuvent nous donner l’évolution sur 15 ou 20 ans des mises en place pour des bouquins équivalents. On pourrait aussi travailler sur les chiffres de Livres Hebdo et le bilan des littératures de l’imaginaire qu’ils font tous les ans. En gros, l’idée, c’est de faire une espèce de panorama. Les universitaires sont dans le coup, on a des sociologues, des gens qui veulent travailler sur les bibliothèques… Et puis, il faut ouvrir Le Monde des livres et compter le nombre d’articles qu’il y a sur l’Imaginaire sur un an. L’imaginaire c’est 5 à 7% de la littérature. Soit on est au-dessus  et donc nous avons la représentation en presse qui correspond à notre poids économique, soit on est à 1%, et on dit « Ben voilà, on est mal représenté en presse ! ». En tout cas, on aura alors des chiffres pour confronter nos ressentis.
    Deuxième phase, on met en place des groupes de travail, de gens qui réfléchissent sur comment améliorer la visibilité de nos genres. Enfin aux Utopiales [qui se dérouleront à Nantes du 1er au 6 Novembre 2017], on se prend une demi-journée pour présenter les chiffres, présenter des solutions et aller plus loin. Ce qui est historique, c’est qu’en plus, il y a un Mois de l’Imaginaire
     [à retrouver à cette page] qui a été présenté ce midi où nous, en tant qu’éditeurs, allons mener des opérations marketing en librairie au mois d’octobre. Donc, on aura déjà une première solution de mise en place collective, c’est génial !
    L’espoir il est double…il est même triple. Un, nous ayons une conscience collective globale qui nous permette de trouver des solutions pour nous aider tous. Deux, l’idée est de faire assez de bruit pour pouvoir commencer à intéresser les médias et les institutions. Trois, c’est de lancer un mouvement assez fort qui va perdurer. Sous quelle forme ça se fera et comment est-ce que derrière, une fois que les états généraux auront eu lieu, nous continuerons l’action, ce sera au collectif de le dire. Parce qu’il y a des champs que l’on n’aura pas le temps d’étudier d’ici novembre. Les états généraux sont appelés à durer. Notre principal risque c’est de les réussir et il faudra bien les continuer après les Utopiales. C’est, à une situation donnée, l’interprofession qui réfléchit avec les lecteurs. A partir de demain, on appelle tous ceux qui ont envie de participer à cette réflexion et à cette action de nous rejoindre… C’est passionnant et ça déclenche tout un tas de discussions passionnantes depuis trois mois, c’est absolument génial. On a besoin des blogueurs, on a besoin des lecteurs, on a besoin de tout le monde…Venez ! [Rires]


    Repartons sur le plan ActuSF pour la fin : des projets pour ActuSF dans les prochains mois ?

    [Interview] Jérôme Vincent Alors plusieurs choses. D’abord, on refait entièrement le site Actusf.com, la technique et le graphisme…parce qu’il en a bien besoin ! Ça fait quasiment un an qu’on mène le projet. C’est lourd, il y a quelques milliers d’articles, un vrai casse tête pour ceux qui travaillent sur la nouvelle version pour conserver le référencement… 

    Au niveau de l’édition on a des belles sorties en fin d’année. On re-publie Nnedi Okorafor avec Qui a peur de la mort ? On a un roman de fantasy d’Elisabeth Ebory, on va publier en Naos, Mission M’Other de Melanÿn et Pierre Bordage, et on publiera d’ici la fin de l’année un nouveau roman de Jeanne A. Debats. On continue dans le même temps notre ligne numérique d’inédits, souvent des recueils de nouvelles. 
    Par ailleurs, on vient de monter un site de polars qui s’appelle Bepolar.fr sur l’actu du genre. Si tu rajoutes le Mois de l’Imaginaire, les états généraux plus notre librairie numérique qui s’appelle Emaginaire on a du job ! Et puis, il y a pas mal de choses en 2018 qui sont préparation…

     

    Pour Jérôme Vincent, le passionné, tes coups de cœurs récents…à tout niveau, c’est-à-dire littérature, cinéma ou série ?

    En fait je suis embêté parce que j’ai quitté le prix Imaginales l’année dernière pour m’occuper des manuscrits. Donc je lis moins les nouveautés des autres éditeurs. Je n’ai plus que des coups de cœur pour mes bouquins ! Je peux en parler mais c’est un peu de l’auto-promotion !
    On va faire un Morgane Caussarieu qui s’appelle Rouge Toxique en Naos…Putain, j’ai kiffé ! Ce sont des vampires, c’est au lycée, ça bastonne dur et c’est vraiment bien, et c’est du young-adult. On reprend Blanche d’Hervé Jubert qui est un super bouquin dans Paris avant et pendant la Commune…je me suis régalé ! On a beaucoup de choses vraiment très chouettes qui arrivent. 

    Je suis un peu en panne côté cinéma. Je n’y vais plus qu’avec mon petit garçon. Donc mon dernier coup de cœur cinéma c’est Lego Batman… Et en ce moment, je kiffe les Transformers en dessin-animé…Y’a des bons dessins-animés de SF que je regarde avec lui. Et je vais me faire American Gods incessamment sous peu. Pas plus en termes de coups de cœur…Je suis sûr que j’en ai oublié ! J’ai un million de films en retard à voir !

                                         [Interview] Jérôme Vincent[Interview] Jérôme Vincent   

    Pour le mot de la fin, tu dis quoi pour ceux qui voudraient se lancer dans l’édition ?

    De pas le faire hein ! Ça va faire de la concurrence, c’est déjà assez le bordel comme ça !
    Non, non, non…Je rigole. Faites comme pour le Prix Planète-SF des blogueurs…En gros…faites quoi ! Vous avez envie, faites ! Allez-y ! Ce n’est certainement pas moi qui empêcherait des gens de faire ! C’est un métier qui est compliqué, c’est un métier qui est passionnant, c’est un métier chronophage, faut pas trop espérer gagner de l’argent, voilà. Après, est-ce qu'il reste encore de la place ? A vous de trouver le bon projet !

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    Pétition des acteurs de l'Imaginaire

    Page du Mois de l'Imaginaire

    - Prix Planète-SF des blogueurs

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