• 300 : La Naissance d'un Empire


    Sorti en 2007, 300 était une superbe adaptation du comic book éponyme de Frank Miller. Malgré quelques rajouts politiques très discutables de la part de Miller, le film constituait une grande réussite picturale et épique offrant des morceaux de bravoure impressionnant. Bien que ne se prêtant absolument pas à cela, le long-métrage voit naître une suite sous-titrée Naissance d’un empire. Malheureusement, Zack Snyder ne reste plus que co-scénariste et producteur, laissant sa place à Noam Murro, un inconnu seulement responsable du film Smart People. On retrouve également en acteur principal l’australien Sullivan Stapleton, peu habitué des premiers rôles, et Eva Green, qu’on n’imaginait pas forcément dans le rôle de la méchante de service. Autant dire que ce nouveau volet part avec de grosses appréhensions quant à sa qualité. Qu’en est-il du résultat final ?

    On retrouve tout d’abord Léonidas, mort sur le champ de bataille des Thermopyles, et un Xerxès triomphant et plus belliqueux que jamais. Mais rapidement, l’histoire revient en arrière guidée par la voix de la reine Gorgo pour nous compter l’épopée guerrière du général grec Thémistocle, depuis sa victoire de Marathon contre le roi Perse Darius, jusqu’à son combat désespéré contre l’armada perse de Xerxès et Artémise, qui verront ici leurs origines plus approfondies. La Naissance d’un empire demandera plus que du courage et de la témérité, mais réclamera le prix du sang. 

    Ce nouvel opus partait sur des bases précaires. Cependant, force est de reconnaître qu’il ne s’en tire pas aussi mal qu’on aurait pu le penser. Malgré un certains nombres de gros défauts, La Naissance d’un Empire aligne quelques atouts capable de motiver son visionnage. Parmi eux, il y aura la construction du long-métrage, qui ne se contente pas de prendre la suite du premier volet mais de l’enchâsser en son sein. La première partie se passe ainsi avant les événements de Thermopyles, la seconde simultanément et la dernière après la fin de Leonidas. L’idée même de la chose ajoute une belle dimension et une certaine ampleur au film. Même si on relève beaucoup de maladresses dans les origines de Xerxès – le changement de taille ? Le flou sur sa transformation ? -, force est d’avouer que l’ensemble regorge d’intérêt, pour son côté historique – en partie seulement – et apportant un certains nombres de réponses auquel 300 ne répondait pas forcément. 

    L’autre qualité de ce 300 c’est, au final, de trouver un rythme régulier regorgeant d’action avec quelques scènes épiques qui permettent au film de tenir en haleine pendant une heure et demi. Certaines seront d’ailleurs très réussies – la première confrontation navale et l’attaque par le feu – malgré un certain côté déjà vu. Enfin, Eva Green présente un versant certes too much avec son personnage – et l’actrice surjoue un brin d’ailleurs – mais elle remplit parfaitement son rôle, arrivant à relever la tonalité du film et y immiscer la sauvagerie inhérente au premier volet. N’oublions pas un dernier bon point pour La Naissance d’un Empire, en l’occurrence sa bande originale, qui colle et épouse parfaitement les scènes d’action et insuffle une dimension épique certaine – notamment la remarquable partition avant la bataille navale finale. Malgré tout ça, ce nouveau 300 n’arrive jamais à la cheville de son prédécesseur et affiche de sévères tares.

    L’inexpérience de Murro se ressent en fait pendant tout le film et celui-ci tente simplement de coller au plus près du style Snyder originel. Ainsi, l’esthétique du film reste la même, le côté grandiloquent aussi…mais là où Snyder savait jouer au bord du gouffre, Murro saute à pied joint dans l’excès. Exemple simple et révélateur, le jeune réalisateur filme ses scènes d’actions – et pas qu’elles au demeurant – avec une tonne de ralentis, il en met absolument partout si bien que l’attaque de Marathon qui dure une dizaine de minutes, doit compter au moins la moitié de ralentis, c’est insupportable. De même, le sang numérique gicle à gogo et en une quantité encore plus importante que dans le premier – c’est dire ! Ajoutons à cela les excès des personnages et le film se retrouve bancal, sorte de rejeton Snyderesque fait par un autre qui tente d’amplifier tout ce qu’il a vu et retenu du réalisateur américain. La scène entre Thémistocle et Artémise durant leur « entrevue » atteint des sommets de ridicule et de bêtise, elle fait perdre à elle seule beaucoup de bons points au film. C’est aussi le nœud du problème de ce nouveau volet, celui de n’avoir dans le fond rien d’original à raconter en termes de péripéties et de calquer son parcours sur celui du précédent opus. 

    Pire encore, Stapleton, sans être tout à fait mauvais, se révèle cruellement banal pour son rôle de leader et fait pâle figure en face du monstre de charisme qu’était Léonidas. Jamais il n’arrive à dégager cette impression de puissance et cette folie guerrière que possédait le leader Spartiate. Les seconds rôles grecs n’existant tout simplement pas et Xerxès se retrouvant en recul total dans le volet, tout concoure à donner le champ libre à Eva Green qui arrive certes à maintenir un rôle de méchant crédible à l’écran, mais tombe aussi souvent dans l’excès… En fait, l’immense problème de La Naissance d’un empire c’est qu’il pointe son principal paradoxe du doigt tout du long. Il n’avait pas de raison d’être autrement que pour rallonger la sauce et faire de l’argent. Ainsi, difficile de retrouver le souffle épique et l’originalité à la fois dans l’aspect visuel et dans l’univers dont bénéficiait le premier. Le résultat parait divertissant mais vain. Reste en plus un problème, bien plus lourd pour le métrage, c’est-à-dire l’influence de Miller sur le discours sous-jacent. L’auteur ayant amorcé dans sa bibliographie un tournant ouvertement raciste et xénophobe – Holy Terror en est l’illustration criante – son scénario transpire de l’opposition Etats-Unis de la liberté (= Grecs) contre le monde arabe de la bestialité (= Perses). Alors que 300 limitait la casse une fois sorti des scènes entre Gorgo et le conseil – Miller n’avait pas encore atteint son niveau idéologique actuel -, La Naissance d’un empire regorge de leçons de morale sur le mot liberté et les Grecs n’arrêtent littéralement pas de le crier...tout le temps. C'est insupportable, et sort le film de son empreinte proto-historique et fantastique. Ce qui menace sans cesse de faire basculer le long-métrage.

    Exemple typique de la suite qui n’avait pas lieu d’être, film de tous les excès, La Naissance d’un empire peine à convaincre mais fait bien mieux que ce qu’on aurait pu craindre au départ. Entre divertissement honnête et film d’action décomplexé, le film de Noam Murro ne restera pourtant pas dans les mémoires.
    Arrêtons là l’exploitation du filon…


    Note : 5.5/10

    Meilleure scène : Les éperonnages de la première confrontation

    Meilleure réplique : "Vengez-le"


    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    web designer
    Samedi 12 Juillet 2014 à 18:35

    un conseil : augmente (largement) la taille de la police de caractères et utilise une police sans serif... ça va à coup sûr augmenter la fréquentation de ton site ;O)

    2
    Samedi 12 Juillet 2014 à 19:38

    Autant je suis d'accord pour la taille de la police, autant pour la police sans serif, peux-tu préciser ?

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :