• Bird People

    Bird People


    Pascale Ferran
    est une habituée de Cannes. En 1994, elle remporte la Caméra d’Or dans la sélection Un certain regard pour son premier long-métrage, Petits arrangements avec les Morts. Après avoir été la présidente du jury en 2007 de cette même sélection qui l’a vu consacrée, elle revient en tant que participante cette année avec son nouveau film : Bird People. A cette occasion, elle recrute Josh Charles et Anaïs Demoustier pour un long-métrage en deux temps autour de la solitude moderne et de la soif de liberté. Un film inattendu.


    Dans un hôtel Parisien où les gens se croisent sans se voir, deux destins vont se lier par hasard. D’un côté, Gary Newman, consultant pour une firme américaine, en voyage d’affaire en France loin de sa famille. De l’autre, la jeune Audrey, simple femme de chambre de l’Hôtel, qui a abandonné ses études et continue à le cacher à ses parents. Tout semble séparer ces deux personnes, mais une envie irrépressible de liberté va les faire se rencontrer, libérés du poids du travail et des conventions, deux inconnus au bout du rouleau aux abords de la ville-lumière.

    Bird People s’ouvre sur une courte séquence où la caméra de Ferran virevolte dans Paris, observe et capture ses habitants. Le spectateur épie la vie privée des gens, leurs pensées, dans la rue ou le train. On y découvre une pluralité de personnalités, une densité d’émotions et de vies surprenantes que le paraître moderne ne laisse pas deviner. Tout ça jusqu’à la première rencontre entre un moineau et Audrey assise dans le train. Puis le long-métrage se divise, littéralement, en deux chapitres. Le premier s’intéresse à la vie de Gary Newman. Ferran y capture le quotidien d’un homme d’affaire avec classe et sobriété, sa réalisation tout en douceur qui nous immerge, sans l’expliciter, dans la solitude industrieuse d’un homme moderne. Ferran semble exposer la répétitivité du travail de Newman et son sentiment d’oppression – la séquence de réveil en pleine nuit – jusqu’à mener à cette prise de conscience et déchaîner une envie de liberté irrépressible qui le conduit à tout plaquer. Josh Charles remplit parfaitement son rôle, perdu dans un travail qui le bouffe, en conflit ouvert avec sa femme, en bref, englouti par une vie médiocre derrière le lustre de sa réussite sociale. Evidemment, on peut reprocher à cette première partie de rester très (trop ?) conventionnelle, où un homme rompt avec son travail et sa famille comme dernier recours pour se sentir libre. Si l’entrevue via internet avec Radha Mitchell reste toujours crédible, c’est parfois de plus courts passages qui emportent l’adhésion. Comme l’ébauche de conversation avec Roschdy Zem au bas de l’hôtel, une sorte de bouée de survie en plein milieu d’un désert aride pour Gary.

    Arrive la seconde partie, celle d’Audrey, la plus réussie du film. D’abord parce qu’elle se centre sur un personnage surement plus proche de tout un chacun – française, petit job, vie banale – mais aussi parce qu’elle montre mieux le calvaire du travail à l’air moderne. Simple femme de chambre, outil en puissance, corvéable à merci, dont personne, ou presque, n’a rien à faire, Audrey n’a même pas de nom (elle sera toujours appelé par son prénom sauf à la fin). Tous semblent l’ignorer ou la snober, les clients se fichent bien du désordre qu’ils laissent derrière eux, tout semble froid et étranger dans la vie d’Audrey. On sent son asphyxie encore plus facilement que celle de Gary et… un élément fantastique vient s’intercaler brutalement dans le récit ! Ferran surprend son monde en venant bouleverser le ton de son métrage par cette longue séquence de près d’une demi-heure où elle reprend le postulat fondamental du genre fantastique, à savoir l’irruption d’un événement « surnaturel » dans le quotidien. Evidemment étroitement liée au besoin de liberté d’Audrey, la métaphore prend instantanément, réserve son lots de situation comique et cette fois, l’utilisation de la voix-off est pleinement justifiée (contrairement à celle d’Almaric dans la première partie, lourde et hors de propos). De la même façon que cette séquence permet quelques belles idées narratives, elle donne l’occasion à Ferran de capturer la vie nocturne de Paris et ses alentours sous un angle inattendu. C’est la bonne idée du film qui relève le niveau un peu commun de la partie précédente.
    Reste alors la conclusion, et cette fameuse rencontre fortuite entre Audrey – excellente Anaïs Demoustier de bout en bout – et Gary Newman. Pleine d’intelligence et de tendresse, elle permet surtout de redonner leur humanité et leur identité aux deux personnages (Audrey y retrouve même son nom) et, dans un sens, de consacrer une liberté retrouvée, même l’espace d’un instant.

    Bird People flirte avec le fantastique de façon si discrète qu’il parvient presque à le faire oublier. Même si le film reste un peu bancal, la faute à une première partie très conventionnelle et balisée, le message qu’il renferme, sa réalisation et ses deux acteurs principaux finissent par emporter l’adhésion. Pascale Ferran nous gratifie d’un long-métrage plaisant à voir pour les amateurs de curiosités.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : La rencontre Gary/Audrey

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  • Commentaires

    1
    Lundi 21 Juillet 2014 à 10:55
    Cachou

    J'ai trouvé ce film charmant et sympathique mais bourré de clichés. Comme tu le dis, la partie fantastique sauve le tout mais encore, là, on reste dans le convenu. Je sauverai une séquence, gratuite et belle de ce fait, celle avec le peintre. Là, le film sort enfin des filets des passages attendus pour devenir autre, purement poétique. Mais le reste, s'il est bien plaisant, ne me semble pas du tout mériter les critiques dithyrambiques qui m'ont amenée à aller le voir...

    2
    Lundi 21 Juillet 2014 à 11:00

    Pareil. Je ne comprends pas trop ces critiques mais bon. Et tu as raison, la séquence avec le peintre était très belle. De toute façon, je ne peux m'empêcher de penser que si tu enlèves la partie d'Audrey, le film est juste commun. 

    3
    Lundi 21 Juillet 2014 à 20:12

    T'as mis la même note pour une fois qu'on est d'accore. Le film dégage  une poésie certaine mais ça s'allonge inutilement . C'est trop fier de son dispositif mais Anais Demoustier aide bien !

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