• Brisby et le Secret de NIMH

    Brisby et le Secret de NIMH
    Après 8 ans passés à travailler en tant qu’animateur aux studios Disney sur des dessins-animés aussi connus que Bernard et Bianca ou Rox et Rouky, l’américain Don Bluth décide de fonder avec deux amis, Gary Goldman et John Pomeroy, son propre studio.  Aujourd’hui presque rigoureusement inconnues sous nos latitudes, les œuvres qui verront le jour grâce à ce trio figurent pourtant dans le haut du panier de l’animation. Leur premier dessin-animé voit le jour en 1982 et tient sur 82 minutes. Adapté d’un roman pour enfants, Brisby et le secret de NIMH est un échec en salle. Non seulement la conjoncture est alors très mauvaise, mais le marché est aussi écrasé par le mastodonte Disney. Pourtant, la critique ne s’y trompe pas et encense le film qui connaîtra même un certain succès en vidéo pour les aficionados du genre dans les années 80. Il est donc temps de donner un coup de projecteur sur l’œuvre atypique (et géniale) de Don Bluth en commençant, naturellement, par Brisby.

    L’histoire nous emmène aux côtés de Mme Brisby, une souris des champs, qui cherche un remède pour son fils Timothy atteint d’une pneumonie et cloué au lit. En chemin, elle fait la connaissance d’un drôle d’oiseau en la personne de Jeremy qui l’aide à faire face à Dragon, le dangereux chat de la ferme toute proche. Malheureusement, la saison des cultures approche et le tracteur se dirige inéluctablement vers sa frêle maison où le petit Timothy et ses trois autres enfants sont pris au piège. Pour sauver sa famille, Mme Brisby va devoir braver le Grand Hibou et découvrir l’antre des rats…

    Brisby et le Secret de NIMH est un excellent dessin-animé. Non seulement son animation, bien qu’un peu vieillotte aujourd’hui, fait preuve d’une constante poésie et d’un sens du détail certain, mais il refuse également tout net les codes imposés made in Disney de l’époque. Bluth n’a jamais caché son envie de retrouver l’essence des vieux Disney et d’offrir aux enfants des divertissements intelligents et aboutis. Alors que l’époque est en totale panne d’inspiration, Bluth prend le pari d’apporter du sang neuf et de l’audace au monde de l’animation. Ce qui saute aux yeux avec ce Brisby, c’est forcément son ambiance. Contrairement aux ambiances colorées des années 80, le long-métrage se pare de teintes sombres et souvent terrifiantes pour les jeunes enfants – l’antre du hibou, la maison des fermiers, le rosier des rats – et tisse, petit à petit, une atmosphère unique, entre le mystique et le fantastique.

    Outre cette ambiance mémorable, ce sont les choix scénaristiques qui font la supériorité du film. Brisby est une souris, veuve, avec quatre enfants qu’elle gère seule et à aucun moment elle ne trouve un prince charmant ou, même, ne cherche à en trouver un. A une époque où la princesse Disney domine totalement l’image de l’héroïne de dessin animé occidental, la figure de Brisby parait presque anachronique. En réalité, le film de Bluth a quasiment 15 ans d’avance sur tout ce qui se fait. L’intrigue s’avère, au fur et à mesure que l’on avance, beaucoup plus dense que la totalité des long-métrages des années 80 dans le monde de l’animation, mais propose également différents niveaux de lecture. Ainsi, et comme il le fera avec les suivants, Bluth introduit le dessin-animé à fond adulte. Si l’aventure de Brisby peut paraitre commune – sauvez son fils – elle profite d’un background et d’éléments annexes simplement géniaux. Ainsi, on retrouve un flash-back formidable sur les animaux (et donc les rats et souris) de NIMH, parlant de l’expérimentation animale et de sa cruauté, et cela juste après l’introduction d’une lutte de pouvoir au cœur même de domaine des rats. Ce genre d’éléments est rigoureusement inconnu du dessin animé occidental, et pourtant, il marche du tonnerre.

    L’enfant mis devant Brisby pourra ainsi revoir et comprendre différemment le dessin-animé selon sa maturité. D’ailleurs, Bluth, et c’est encore extraordinaire pour l’époque, confronte frontalement son spectateur avec la mort, il ne cherche pas à la voiler mais la montre simplement, la dédramatisant au passage. Elle apparait tantôt comme inévitable – le destin de Nicodemus – que comme un simple fait de l’histoire – la mention récurrente de la mort de Jonathan Brisby. En réalité, même les combats montrent quelques gouttes de sang et la mort du méchant de service se fait sans hors-champ. Mais là où Bluth fait preuve de génie, c’est dans la caractérisation de ses protagonistes. Si l’on a parlé plus haut de Mme Brisby, il faut aussi parler de Justin, le chef des gardes, qui a tout d’un prince charmant….mais qui ne va jamais tenter de séduire Mme Brisby, ou de Nicodémus, le patriarche énigmatique au look fascinant, ou encore tante Shrew, qu’on pense être le cliché de la marâtre acariâtre et qui se révèle brave et téméraire – le passage du tracteur. Enfin, il reste le grand Hibou, non seulement un des passages les plus réussis et terribles du dessin animé mais aussi un personnage inédit, Bluth invente en quelque sorte le personnage neutre. Ni bon ni gentil, il aide Brisby pour régler une dette mais s’envole pour engloutir ses congénères la nuit levée. Ajoutez-y la voix rocailleuse de John Carrradine, et le personnage devient instantanément culte. Reste alors à dire un mot de la musique, aussi belle que discrète et qui, une fois encore se démarque avec une unique chanson pour tout le film, et quelle chanson avec la sublime Flying Dreams (Pour l’amour d’un enfant en français, tout aussi merveilleuse) !

    En résumé, Brisby est le Secret de NIMH est une petite merveille injustement méconnue. Extrêmement intelligente, avant-gardiste à tous les points de vue et poétique comme pas possible, le premier long-métrage de Don Bluth s’inscrit dans la longue liste des dessins-animés cultes.

    Note : 9/10

    Meilleures scènes : L'antre du Hibou / Brisby au chevet de Timothy/ Le flashback avec NIMH


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  • Commentaires

    1
    kyô crounch crounch
    Jeudi 24 Juillet 2014 à 22:23

    J'en ai pas mal oublié, mais j'adorais ce dessin animé quand j'étais petite...

     

    2
    Jeudi 24 Juillet 2014 à 23:37

    Tu as raison ! Et ça se revoit encore très bien à l'heure actuelle (ce qui est surprenant vu son âge)...

    3
    Samedi 2 Août 2014 à 13:07

    J'avais vu ce film en salle à sa sortie quand j'étais petite…un très grand film qui m'a vraiment marquée.

    Je l'ai revu récemment à la télé et il n'a vraiment pas vieilli…un chef d'oeuvre !

    4
    Samedi 2 Août 2014 à 16:45

    Je n'irai pas jusqu'à l'appellation chef d'oeuvre que je garde pour le quatrième film de Bluth, All dogs go to heaven (Charlie, mon héros en France).
    Mais Brisby fait parti des grands dessin animés assurément.

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