• [Critique] Paranoia Agent 

     Alors qu'elle rentre de son travail, la créatrice-star Tsukiko Sagi est attaquée par un mystérieux enfant portant des rollers dorés, une casquette et une batte de base-ball. Forcément très exposée dans les médias depuis que sa peluche kawaii, Maromi, est devenue un phénomène de société, Tsukiko cache pourtant quelques secrets. Dont le fait qu'elle se sent piégée par le succès remporté par sa dernière création et que, depuis, l'inspiration lui fait défaut. Ce triste événement va pourtant vite prendre une toute autre dimension. Bientôt, celui que l'on surnomme Le Gamin à la batte (shônen bat en VO) s'en prend à d'autres personnes : deux écoliers que tout oppose, une jeune femme aux activités nocturnes peu recommandables, un journaliste et même un policier. L'affaire enfle rapidement pour prendre des proportions nationales et la paranoïa se répand plus vite qu'un feu de forêt. L'enquête de l'inspecteur Ikari et de son jeune collègue Maniwa va pourtant connaître des obstacles inattendus. A commencer par l'amnésie des victimes et leur fragilité psychologique... Qui donc est ce Gamin à la batte et que veut-il réellement ?

    Aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands génies de l'animation japonaise, Satoshi Kon n'a livré qu'une unique série anime au cours de sa (trop) courte carrière. Après son Tokyo Godfathers, le réalisateur se tourne vers un nouvel univers qui, finalement, porte en lui tous les germes de son futur chef d'oeuvre et film-testament, le fameux Paprika. Épaulé par Seishi Minakami, il conçoit une série de treize épisodes de 24 minutes chacun en partant d'un postulat minimaliste et, apparemment, banal. Seulement voilà, et ceux qui connaissent Satoshi Kon s'en doutent bien, Paranoia Agent va beaucoup plus loin qu'une simple enquête policière. En voulant ausculter la société japonaise moderne et ce qui représente peut-être son mal le plus caractéristique, à savoir le mal-être psychologique qui la gangrène, le cinéaste nous plonge dans un récit aux multiples facettes recelant autant de mystères que de pistes de réflexion. Dans Paranoia Agent, tout est pensé et repensé minutieusement retrouvant ainsi la profondeur sociétale et psychologique de l'oeuvre de Satoshi Kon au cinéma. 

    On peut, de façon tout à fait artificielle, scinder Paranoia Agent en trois parties. La première, entre les épisodes 1 à 7, suit l'enquête d'Ikari et Maniwa en introduisant graduellement de nouveaux personnages, étoffant ainsi l'intrigue et dévoilant au spectateur l'identité des différents individus qui défilent dans le générique d'ouverture. La seconde marque une pause dans la série en relayant Le Gamin à la batte au second plan pour livrer trois épisodes qui pourraient se concevoir comme des loners : Planning Familial (Episode 8), ETC (épisode 9) et Mellow Maromi (épisode 10). Enfin, la dernière partie boucle les différents fils narratifs et permet à Satoshi Kon de s'amuser avec le spectateur sur les différents niveaux de réalité comme il le fera si bien dans Paprika deux ans plus tard. Après un pilote qui pose les bases et introduit les personnages les plus importants, à savoir Tsukiko, Ikari et Maniwa ainsi que le duo Maromi/Gamin à la Batte, Satoshi introduit à peu près un nouveau personnage par épisode pour étoffer son intrigue, l'élargir et tisser un suspense qui frôle parfois l'incompréhension. Flirtant toujours avec l'hermétisme, le japonais arrive toutefois toujours à maintenir le spectateur la tête hors de l'eau et ébauche une histoire passionnante et aux multiples facettes.

    Partant d'une enquête policière tout ce qu'il y a de plus banale, Satoshi Kon va s'amuser à plonger dans le mal-être sociétal qui ronge la société japonaise et cela par plusieurs abords. Le premier par les répercussions de l'attaque de Tsukiko sur deux collégiens, Yuichi et Ushiyama, mettant en évidence de façon malicieuse la pression qui repose sur les épaules des jeunes japonais, les effets pervers de leur compétition et de leur soif d'excellence ainsi que le phénomène d'harcèlement à l'école. On comprend alors très rapidement que Satoshi tente de croquer les différents malaises qui rongent ses concitoyens à chaque personnage qu'il introduit : Chouno Harumi représente la dichotomie sexualité/pudeur chez les japonais, véritable schizophrénie sociétale, Masami Hirukawa oppose la justice et la corruption, Makoto Kozuka permet de parler de la fascination des japonais pour les mondes imaginaires et l'échappée de la vie quotidienne qu'ils permettent...Même Maniwa, plus tard, opposera traditionalisme et modernité au sein du Japon actuel. Cette dualité se retrouve de toute façon dans tous les aspects de Paranoia Agent. Elle permet, de manière insidieuse mais diablement bien pensée, d'en venir vers un thème dont raffole Satoshi Kon, le rapport de l'homme vis-à-vis du réel...mais nous y reviendrons.

    En l'état, le cinéaste ausculte une société malade (qui pourrait d'ailleurs aussi bien être notre société occidentale à quelques détails près) en se servant de façon simplement brillante de tous les personnages qu'il introduit. Tout est mûrement pensé dans cette pléiade parfois improbable pour contribuer à épaissir, et l'intrigue elle-même, et la réflexion de fond. Du coup, Paranoia Agent montre bien vite une profondeur inattendue de prime abord. Surtout qu'en plus de ce qui a déjà été énoncé plus haut, la série se penche sur la paranoïa sociale (justifiant ainsi son nom). Le Gamin à la batte, avant d'être une métaphore sur la culpabilité et sur un échappatoire au réel, est également la personnification d'une menace, qu'elle quelle soit. Satoshi Kon montre comment d'une simple série d'agressions née toute une légende, voir une véritable mythologie, autour du Gamin à la batte. Ainsi, il passe du jeune garçon à roller au monstre de plusieurs mètres à peine humain. Cette évolution ne sert pas juste un but esthétique ou psychologique mais montre bien comment la rumeur se propage et comment la société s'enkyste dans une paranoïa qui la fait tombé toujours plus bas. On comprend d'autant mieux la chose avec l'excellent épisode 9 "ETC" qui met en scène des commères déformant et inventant à n'en plus finir sur les méfaits du mystérieux agresseur aux rollers dorés. Avec beaucoup d'humour et d'ironie, Satoshi Kon explique ni plus ni moins la naissance des légendes urbaines. 

    A côté de ça, Satoshi Kon se penche sur une autre thématique qu'il affectionne : la réalité. Tous les personnages présentés dans Paranoia Agent partage cette volonté d'échapper au réel, trop épuisant, trop stressant. Le Gamin à la batte, les agressions et, d'une autre manière, Maromi, représente autant de pistes pour fuir le réel. La série raconte avec beaucoup de justesse le besoin d'un autre univers qui pourrait violemment changer la donne (un bon coup de batte) ou plus doucereusement (Maromi ou l'univers fantasy de Kozuka). Cette aspiration culmine dans le meilleur épisode de la série, Planning Familial, où Satoshi Kon aborde le suicide, préoccupation majeure au Japon, d'un point de vue tout à fait fascinant, enlevant tout le dramatisme de la chose pour mieux frapper les esprits. Il s'agit certainement d'une des toutes meilleurs histoires autour de ce fléau qu'on ait jamais vu sur le petit écran. Le dernier des trois loners regroupe un peu tous les thèmes précédents mais en nous emmenant dans l'univers de la création d'un anime, sorte de sous-texte méta malicieux et très intéressant dans le fond. 

    Enfin, outre la multitude sidérante d'interrogations proposée par la série, il s'agit bel et bien d'une magnifique histoire sur le regret et la culpabilité traitée à la Satoshi Kon. C'est à dire avec folie et en mélangeant les univers (graphiquement ou scénaristiquement parlant) et en explosant les barrières du réel. Si l'on se perd parfois, c'est toujours avec délice, en sachant qu'il faut savoir se laisser porter, que d'une façon ou d'une autre le cinéaste retombe toujours sur ses pattes. Les derniers épisodes de  la série resserrent son intrigue ainsi que sa galerie de personnages, prenant un ton plus intimiste et permettant de comprendre encore mieux le miroir que représente les deux (excellents) génériques. Alors bien sûr, rien n'est jamais aussi simple qu'il n'en a l'air avec Satoshi Kon et l'ouverture finale rappelle que peut-être que toute cette histoire n'était qu'un écran de fumée et que certaines réponses ne viendront jamais. C'est aussi cela qui fait de Paranoia Agent une grande série, c'est qu'elle laisse la place à l'imagination.

    Certainement déroutante au premier abord, Paranoia Agent contient tout le génie, le talent et l'intelligence de son auteur, Satoshi Kon. Exploration aux multiples facettes d'une société japonaise moderne malade, la série n'a pas peur d'abattre les murs du réel pour entraîner le spectateur toujours plus loin. 
    Bref...

     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode : Planning Familial
     

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  • [Critique] Warcraft

     Franchise vidéo-ludique culte s'il en est, Warcraft allait forcément un jour ou l'autre passer par la case grand écran, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il représente une manne financière non-négligeable du fait de la popularité de sa dernière itération, le MMORPG World of Warcraft (et cela malgré l'érosion notable du nombre de joueurs ces dernières années), ensuite parce que l'univers se prête particulièrement bien à une adaptation cinématographique (ou du moins le troisième volet de la saga, mais nous en reparlerons) et enfin, parce que depuis la trilogie du Seigneur des Anneaux - du Hobbit également dans une moindre mesure - il existe un place à prendre sur la scène fantasy épique. Après une difficile gestation, le projet a atterri entre les mains d'un jeune cinéaste, Duncan Jones, déjà connu pour ses deux excellents long-métrages : Moon et Source Code (que l'on vous recommande chaudement au passage). Le film sort enfin sur les écrans après de multiples reports et tergiversations, chapeauté de loin par le studio légendaire qui l'a engendré, Blizzard Entertainement.

    Pour mieux se rendre compte des enjeux derrière cette adaptation, il est nécessaire de replacer Warcraft : Le Commencement dans son contexte. Né en 1994 avec Warcraft : Orcs and Humans, la saga a connu son envol avec le second volet intitulé Tides of Darkness l'année suivante. Ces deux opus avaient une histoire relativement simple se déroulant sur le monde d'Azeroth (il s'agit d'ailleurs également du nom d'un des trois continents de la planète) où le royaume humain de Lordaeron fait face à l'invasion de créatures belliqueuses : les Orcs. Venus d'une autre planète appelée Draenor, les Orcs sont dirigés (et opprimés) par le terrible Gul'dan lui-même émissaire du pouvoir démoniaque ainsi que par Main-Noire le Destructeur, chef de guerre Orc. C'est donc un affrontement assez classique que mettent en scène les deux premiers volets de la saga, agrémenté de quelques morts tragiques. Il faut attendre le troisième volet, le cultissime Warcraft III : Reign of Chaos, et son extension The Frozen Throne, pour que Blizzard exploite à sa juste mesure le potentiel de l'univers grâce à des personnages comme Arthas, Thrall ou Illidan. Sauf que pour son adaptation grand écran, le dévolu de Duncan Jones et Universal Pictures s'est porté sur...une préquelle au premier volet. 

    En quoi cela pose-t-il problème ? Tout simplement parce que non seulement Warcraft I et II présentent trop peu de matériel narratif digne de ce nom pour construire une storyline efficace au cinéma mais aussi, et surtout, parce qu'en regard du potentiel épique de Warcraft III, la démarche parait totalement inerte. Pire encore, Duncan Jones livre une préquelle à une histoire déjà mince et qui amènera forcément une répétitivité pour la suite - si suite il y a, bien évidemment. Du coup, le film part sur de mauvaises bases et accuse rapidement le coup puisque le récit met un temps fou à décoller. En fait, elle ne semble même prendre son envol que dans les vingt dernières minutes avec l'inévitable bataille finale, cliché éculé du genre fantasy au cinéma. Entre temps, on s'appesantit longuement sur le fade camp humain et de (prévisibles) imbroglios politiques. Ce n'est cependant que le premier des (gros) défauts du film. Outre son problème de rythme dû à un très mauvais choix de départ, Warcraft souffre également d'un problème de casting flagrant et de caractérisation défaillant.

    Dans le métrage, tout se passe à l'image d'un jeu vidéo. On retombe sur l'un des plus gros points noirs de toutes les adaptations vidéo-ludiques, la volonté de fan-service et de vouloir montrer à l'écran un décalque de ce qui se fait dans le jeu. Sauf qu'une nouvelle fois, cela ne fonctionne pas. La plupart des personnages sont définis par leur fonction. Ainsi on retrouve le guerrier, le roi, le mage, l'apprenti-mage, le fils et la guerrière rebelle. Cette simplicité dans la caractérisation donne donc un sentiment de vide au camp humain. Pire encore, le casting de ces derniers s'avère un retentissant échec. Warcraft regorge de miscasts ! Seul Travis Fimmel en Anduin Lothar ajoute un petit quelque chose dans ce bouillon infâme de jeu d'acteurs médiocres...et encore. Non seulement les acteurs jouent mal mais ils n'ont tout simplement pas la "gueule" de l'emploi. La chose est évidente avec Ben Foster, très peu crédible en vénérable gardien, mais devient vite pathétique avec Khadgar interprété par le ridicule Ben Schnetzer, à la fois à côté de la plaque dans son jeu mais aussi complètement dénué de charisme. Ne parlons même pas de Dominic Cooper et de son rôle aussi inconsistant que cliché... Là où Le Seigneur des Anneaux faisait un remarquable sans-faute, Warcraft se vautre presque totalement.

    Quid des Orcs alors ? Difficile ici de parler de miscast, puisque les acteurs ne font que prêter leurs voix aux images de synthèse qui composent ce pan de l'histoire. Globalement d'ailleurs, cet axe narratif s'en tire légèrement mieux que son pendant humain. Evidemment, et on s'y attendait, les Orcs à l'écran font un tantinet cinématique de jeux vidéos. Malgré toute la bonne volonté de l'équipe en charge des FX (et en précisant bien que le rendu n'a rien de honteux pour la Horde), les créatures ainsi que la multitude (certains diront l'overdose) de synthèse à l'écran donne un cachet fake et kitsch à Warcraft. Un écueil évité par Le Seigneur des Anneaux avec beaucoup de malice en son temps mais dans lequel tombait également Le Hobbit. Curieusement cependant, le récit des Orcs passionne davantage. Même si passionner est un grand mot. Au vu de l'ennui profond et de la mauvaise direction prise par la partie humaine de l'aventure, les péripéties de Durotan et Gul'dan apparaissent comme forcément meilleures. Pourtant, de façon objective, la trame des Orcs s'avère attendue et, comme tout le reste, atrocement manichéen avec ses traîtres et ses grand méchants. Rien que du très prévisible...si l'on omet un dernier twist de fin qui tente désespérément de venir réveiller le spectateur.

    On sent une volonté de créer un monde dans Warcraft et même, en filigrane, de la passion. Sauf que cela ne suffit pas tant les tares qu'accusent la direction d'acteur, le casting, le récit et les choix artistiques étouffent le reste. Pour parachever la chose, Warcraft se retrouve le cul entre deux chaises. D'un côté, il raconte une histoire très peu palpitante pour tous les fans de la franchise qui ont encore en tête les émotions ressenties lors du retour d'Arthas ou lors de sa confrontation avec Illidan. Les aficionados n'apprennent donc rien et s'ennuient passablement devant un récit perclus de défauts. De l'autre, les novices eux ne comprendront pas complètement l'intrigue car malgré l'étirement de celle-ci, son découpage parfois aberrant ainsi que ses allusions destinées aux fans l'égareront en route. Il manquera la profondeur et la richesse visuelle d'un Seigneur des Anneaux ou l'épique de la saga de Peter Jackson justement. C'est là le dernier reproche que l'on peut faire à Warcraft : sa mise en scène. Alors que c'était certainement le dernier point où l'on pouvait espérer quelque chose, Duncan Jones est méconnaissable. Comme écrasé par le blockbuster, le cinéaste ne donne aucune véritable ampleur à ce qu'il filme, n'incarne rien et ne produit que du fonctionnel. A peine aura-t-on un plan en plongée à dos de griffon pour se consoler...

    Énorme déception, Warcraft confirme une énième fois que les adaptations de jeux vidéos au cinéma ne marchent pas. Parce que les studios et les réalisateurs ne comprennent pas ce qui fait le sel d'une saga culte. Pas son visuel, pas son gameplay...mais bien son ambiance, ses personnages et son histoire. Il n'y a presque rien à sauver dans ce blockbuster sans âme qu'est Warcraft : Le Commencement. On espère juste simplement que l'univers Blizzard au cinéma sera laissé en paix à l'avenir...et que Duncan Jones retournera à un cinéma plus personnel.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : Le griffon déchaîné au milieu des orcs

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  • [Critique] Men & Chicken

    Sortant dans le même laps de temps que Ma Loute, autre comédie folle et inclassable, Men & Chicken est le quatrième long-métrage d’un réalisateur danois jusqu’ici inconnu dans l’Hexagone : Anders-Thomas Jensen. Détenteur de deux oscars pour ses court-métrages, le cinéaste regroupe un casting alléchant avec Mads Mikkelsen (Hannibal, A Royal Affair…), David Denick (The Homesman, La Taupe…) ou encore Soren Malling (The Killing, Hijacking…) pour un film improbable et, pour tout dire, complètement jeté. L’humour danois mêlé au talent de mise en scène du réalisateur font pourtant de Men & Chicken une (très) bonne surprise.

    Dans cette histoire difficilement racontable, Jensen nous présente deux frères, Elias et Gabriel, qui vont découvrir à la mort de leur père…qui ne l’est en fait pas. C’est un vieil homme du nom d’Evelio Thanatos (!!) vivant sur une petite île danoise loin de tout qui serait leur véritable géniteur. Arrivé là-bas, les deux compères font la rencontre plutôt brutale de leurs trois demi-frères : Josef, Gregor et Franz. Tous ont le même père mais leurs mères respectives ont disparu, supposément mortes en couche. Que se passe-t-il sur cette île inquiétante ? Voilà bien la façon la plus sérieuse de poser les choses quant à l’histoire de Men and Chicken. Parce que le film déjoue systématiquement les attentes du spectateur.

    Vous pensiez voir un thriller banal ? C’est raté. Un film d’horreur ? Encore raté. Une simple comédie ? Toujours raté…
    Men and Chicken c’est un peu tout cela à la fois. Anders-Thomas Jensen se focalise sur la fraternité vraiment…étrange qui unit nos cinq loustics. Pourquoi étrange ? Parce qu’ils ont tous un grain (voir deux) de folie. Elias est un masturbateur compulsif qui se balade avec un rouleau de papier toilettes dans sa poche, Josef un obèse philosophe amateur de fromage, Gregor un coureur de jupons mais qui n’en a pas vu un seul en réalité et Franz adore empailler des animaux pour frapper les autres avec. Seul Gabriel semble un peu mieux loti. Mais dans un tel milieu de doux-dingues, il est aisé de paraître plus normal. Avec cette galerie de gueules – les acteurs sont horriblement grimés pour paraître tous plus repoussants et bouseux les uns que les autres –, difficile de ne pas s’attacher devant les raisonnements débiles et les us et coutumes de ces cinq-là.

    Constamment porté par un humour à mi-chemin entre les Monty Pythons et Laurel & Hardy, Men & Chicken est à mourir de rire dans ses dialogues comme dans ses (rocambolesques) situations. Le cinéaste danois arrive à trouver rapidement l’équilibre parfait entre rire et sérieux, ne réduisant pas le film à une simple comédie vite vue vite oubliée. Il développe aussi, et surtout, une vraie bonne histoire en arrière-plan, superbement filmée et interprétée. On n’aurait d’ailleurs jamais cru Mads Mikkelsen aussi désopilant. Men & Chicken se penche non seulement sur les liens familiaux, explorant avec malice l’adage « On ne choisit pas sa famille », mais également sur le besoin de racines, d’origines. C’est bien cela qui pousse Gabriel et Elias à partir sur la petite île retirée qui sert de décor au film. En parlant de décor, l’idée de filmer cette histoire loufoque dans un ancien sanatorium où les animaux vagabondent librement au milieu de la décrépitude ambiante s’avère exquise. Mariée à la mise en scène sobre et raffinée du danois, on obtient une ambiance unique entre le freaks show et le pur film d’horreur.

    Mais, plus encore peut-être que tout cela, c’est un dernier choix scénaristique qui fait définitivement tomber Men & Chicken du côté du bon film que l'on attendait pas (On vous conseille d’arrêter la lecture de cette critique à ce point si vous voulez ne pas vous spoiler le récit) : la relecture intelligente d’un classique littéraire. Une île mystérieuse, des humains dégénérés, un vieil homme qui manipule les gênes, des animaux partout…oui, Men & Chicken n’est en fait rien d’autre qu’une relecture comique et contemporaine de l’île du Docteur Moreau. Avec de la zoophilie et de l’humour borderline en prime (comme la séquence épique en maison de retraite). Le réalisateur danois livre sa propre version du classique avec un luxe de détails qui permet à l’intrigue de bénéficier d’une cohérence magnifique. Si l’on devine rapidement l’origine des frères, on ne peut qu’éclater de rire devant les mélanges improbables dont ils sont issus. Enfin, et c’est peut-être la cerise sur le gâteau, Men & Chicken parle en filigrane de ces endroits oubliés qui se meurent petit à petit. L’île du film rendant un hommage drôle et tendre à la fois à ces populations s’accrochant à leurs terres d’origines envers et contre tout.

    Drôle à souhait, finement mené, brillamment pensé et interprété, Men & Chicken est une petite sucrerie encore plus délicieuse qu’espérée. Anders-Thomas Jensen nous offre un moment de comédie loin d’être bête qui n’aime pas les conventions. Un délice à apprécier au plus vite.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La maison de retraite - Le premier repas

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  • [Critique] X-Men : Apocalypse

     Précurseur en matière d’adaptation de comics dans les années 2000, la saga X-Men au cinéma a connu diverses fortunes au cours du temps. Victime une première fois de la malédiction du troisième volet - X-Men : L’affrontement final -, elle s’est de nouveau égarée avec un spin-off douteux avec Wolverine : Origines. On pensait la franchise morte et enterrée lorsqu’en 2011 Matthew Vaughn lui donne une seconde jeunesse grâce à X-Men : First Class avant que Bryan Singer, maître d’œuvre original sur les deux premiers volets ne reviennent aux manettes par un solide Days of the Future Past. Vu la réussite critique (et publique) de cette seconde trilogie, la Fox et Bryan Singer tentent de déjouer la malédiction en proposant X-Men : Apocalypse. Reprenant le casting des deux précédents épisodes ainsi que de nouvelles têtes comme la jeune Sophie Turner de Game of Thrones ou le génial Oscar Isaac dans la peau du méchant Apocalypse, le troisième X-Men de cette seconde trilogie peut-il déjouer son funeste destin ?

    Après les années 60 de First Class et les années 70 de Days of the Future Past, voici logiquement venir les années 80 pour Apocalypse. Alors que le monde semble peu à peu accepter les mutants et que la nouvelle école de Charles Xavier connaît paix et prospérité, le premier mutant de l’histoire, le terrible Apocalypse endormi depuis l’âge des pharaons, se réveille en Egypte. Enrôlant plusieurs mutants de premier plan tels que Tornade, Psylocke ou…Magnéto, Apocalypse tente de modeler le monde selon sa vision pour construire un univers où ses semblables seraient les maîtres et non les parias. L’apocalypse peut commencer. Et ceci dans tous les sens du terme. Car, non, X-Men Apocalypse n’échappe pas au piège du troisième volet malgré tous ses efforts (souvenez-vous de la saga Terminator ou des Spiderman de Sam Raimi).

    Pour commencer, X-Men Apocalypse fait dans la redites. Depuis six volets, l’univers des X-Men tourne en rond sur la thématique de l’acceptation de soi et de la confrontation mutants-humains. Ce nouvel épisode ne fait pas exception à la règle. Cependant, là où les deux précédents volets pouvaient compter sur d’énormes points forts pour faire oublier définitivement cette redondance (Days of the Future past avait son intrigue temporelle, First Class la force de son origin-story), Apocalypse n’a simplement rien à proposer de neuf. Pire, sous prétexte d’un supposé hommage, le scénario est truffé de séquences déjà vues (le combat dans la cage, le retour de Stryker, un trauma pour Magnéto) … Bryan Singer arrive à bout de souffle, exactement comme l’affrontement final l'était à l’époque. Voir Apocalypse se moquer gentiment de ce dernier a de quoi laisser perplexe…

    Non seulement le long-métrage empeste la redites bon marché mais il oublie la force majeure de cette nouvelle trilogie : le contexte. Si l’on n’avait pas cette courte séquence où Apocalypse se branche sur une télévision pour absorber des informations sur l’époque où il s’est éveillé, difficile de donner un quelconque ancrage politique et historique à cet opus. C’était là pourtant l’une des grandes forces des deux précédents qui rendait l’intrigue d’autant plus pertinente et puissante en incluant la fiction dans la grande Histoire. On se retrouve du coup face à un film d’action teinté très légèrement d’une ambiance eighties qui se concentre sur son scénario catastrophe faisant dans la surenchère destructrice. Sauf qu’X-Men n’avait jamais cédé à ce genre de sirènes auparavant. Le résultat est une quasi-catastrophe.

    Singer ne capitalise plus sur ses personnages (à l’exception peut-être de Charles Xavier) et mouline tous ses acteurs dans un film-catastrophe sans saveur. Non seulement la dites catastrophe ne se ressent jamais à l’échelle planétaire, mais elle n’a en fait rien de bien passionnant. Il faut dire qu’Apocalypse tente de s’appuyer sur son méchant ainsi que ses quatre cavaliers, ce qui est, en réalité, le plus gros point faible du métrage. Apocalypse, interprété par un Oscar Isaac maquillé comme pas possible et dont Singer a eu la très mauvaise idée de modifier la voix, n’est en fait qu’un nouveau méchant lambda tout à fait fonctionnel. Un mégalomane en puissance qui mixe diverses influences (à commencer par un arrière-goût de Magnéto) pour devenir un vulgaire tyran déjà vu cent fois à l’écran. Pire encore que d’arriver à faire mal jouer Oscar Isaac, cet opus tente de bâtir 4 autres « méchants » mais n’en fait en fait exister aucun réellement. Psylocke est un comble de mauvais goût sexiste sans aucun background, Angel est un ado rebelle qui écoute du hard rock, Tornade une voleuse égyptienne dont on ne sait rien…et reste Magnéto. Pour justifier le passage de ce dernier du côté d’Apocalypse, Singer lui inflige un nouveau traumatisme totalement gratuit que l'on sent venir dès les premiers instants. Fassbender n’y croit d’ailleurs plus vraiment et assure le strict minimum… Le pinacle de la médiocrité étant atteint avec la réécriture de personnages pourtant passionnants. Diablo, par exemple, véritable délice du second X-Men, devient ici un personnage vide et inintéressant. Une honte !

    Reste alors le côté X-Men à proprement parler. Si James McAvoy tire son épingle du jeu face à une Jennifer Lawrence pâlichonne, c’est surtout le personnage de Quicksilver qui rate le coche. Extrêmement intéressant, Singer ne fait qu’effleurer sa quête alors même que l’on sent un énorme potentiel pour ce personnage qui livre une nouvelle fois la meilleure scène d’un film finalement décevant de bout en bout. Bien sûr, les fans du comics auront un large sourire lors du caméo d’un certain Wolverine en Weapon X, peut-être l’un des moments les plus bad-ass du récit, mais cela ne suffit absolument pas à rattraper l’énorme ratage que constitue X-Men : Apocalypse. En cédant aux sirènes de la pyrotechnie et de la multiplication des méchants, le film s’écroule. Il reste alors derrière tout ce fatras un moment de divertissement honnête qui fera passer le temps au spectateur venu se détendre un tantinet devant le grand écran. Un film taillé pour un public occasionnel en somme. X-men est redevenu un produit de divertissement sans saveur.

    Avec cet ultime volet concluant une deuxième trilogie pourtant excellente jusqu’ici, Bryan Singer déçoit amèrement. L’américain ne profite en aucune façon des possibilités offertes par Days of the Future Past et tombe dans tous les travers qu’il avait pourtant évité auparavant. X-Men : Apocalypse s’avère le X-Men de trop…encore. Il serait temps pour Singer de passer à autre chose et à la Fox de laisser les droits à Marvel Studios pour pouvoir offrir de nouvelles perspectives à la franchise.

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène : Quicksilver sauve le manoir - Le caméo de Logan

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  • [Critique] Ma Loute

    "Mais qu'est-ce que c'est que ce film ? " vont certainement s'exclamer un grand nombre de spectateurs en allant voir le dernier long-métrage de Bruno Dumont (le huitième déjà depuis La Vie de Jesus en 1997).
    Avec son casting de grosses stars françaises - Luchini, Binoche et Bruni-Tedeschi - largement (et forcément) mis en avant sur l'affiche, Ma Loute replonge dans ce qui avait fait le succès de la série P'tit Quinquin du même Bruno Dumont : la comédie policière grotesque ancrée dans le Nord de la France. Passionné par cette région où il a vu le jour, le cinéaste n'a donc toujours pas fini de lui rendre hommage...à sa manière du moins. Parce que Bruno Dumont reste Bruno Dumont. Ceux qui ont vu des films aussi radicaux qu'Hors Satan ou Camille Claudel le savent déjà, le réalisateur n'est pas un des tâcherons habituels du cinéma français. C'est même tout le contraire. Du coup, quand on va voir Ma Loute, ce n'est certainement pas à une comédie lambda et médiocre comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? qu'il faut s'attendre. Accrochez-vous à votre siège (des fois que vous prendriez la tangente par les airs) et bienvenue en 1910 sur une côte d'Opale où le disparitions s'accumulent...

    Pour y mettre un terme, les forces de l'ordre ont sorti l'artillerie lourde avec l'inspecteur Alfred Machin, bedonnant policier aux intuitions pour le moins étonnantes. Tandis que les cueilleurs d’huîtres - et plus particulièrement la famille Brufort - vaquent à leurs occupations, la famille Van Peteghem prend ses quartiers d'été dans leur luxueuse demeure de style égyptien. Parmi eux, Billy, la fille d'Aude Van Peteghem tombe nez à nez avec Ma Loute, l'aîné de la famille Brufort. Devant son charme...animal (au moins), une histoire d'amour débute dans les dunes. Des dunes de moins en moins sûres à mesure que les mystérieuses disparitions s'accumulent ! Voici peu ou prou le postulat de départ de Ma Loute, comédie loufoque et haute en couleur née de l'esprit pas tout à fait sain, mais carrément génial, de Bruno Dumont. Autant vous dire que si vous n'avez que de la haine et du mépris pour son P'tit Quinquin...Ma Loute ne va rien arranger. 

    En lieu et place de l'humour grassouillet et franchouillard bas de gamme habituel, Dumont saute à pied joint dans le grotesque, au sens noble et premier du terme. Les acteurs surjouent avec bonheur, les gags se multiplient sans aucun contrôle, l'intrigue explose toutes les limites communément admises par la comédie classique à la française, et la région du Pas-De-Calais (y'en a pas que pour le Nord non plus !) s'apprécie à l'aune de traits caricaturaux comme pas possibles. Pourquoi faire un film qui viendrait méthodiquement briser les à priori sur la région (et passant aussi à côté des tares de la dites région) quand on peut prendre le slogan Consanguins, chômeurs, alcooliques au pied de la lettre et, mieux encore, aller beaucoup plus loin ? Non seulement les habitants du Nord sont des consanguins, des imbéciles et des alcooliques notoires dans Ma Loute mais en plus ils sont cannibales ! Rien que ça. Dumont ne recule devant aucun cliché, se les réapproprie dans son jeu burlesque délicieux, les magnifie et les incruste dans son intrigue absurde au possible. Le résultat, pour qui comprend un tantinet le but du réalisateur et son second degré, s'avère à mourir de rire. De surcroît dès que les acteurs ouvrent la bouche.

    On espère pour les autres régions que Ma Loute sera sous-titré...parce que comprendre les Nordistes qui parlent le ch'ti en l'écrasant bien comme il faut n'est pas une mince affaire. C'est aussi (et surtout) atrocement drôle. Ma Loute serait-il donc juste une parodie de la région et, par la même occasion, d'une enquête policière (dont on a la solution après vingt minutes de toute façon !) ? Absolument pas. Non seulement Ma Loute est superbement réalisé grâce au talent incroyable de Dumont pour croquer sa région, les dunes et tout ce qui fait le charme étrange de ce coin de la France, mais aussi parce que derrière son vernis de débilités se terre un film dense et intelligent au possible. On retrouve deux clans dans Ma Loute : les pauvres de la famille Brufort, bruyants, écœurants et, pour tout dire, moches comme pas permis, et la famille Van Peteghem, riche, parlant avec une emphase ridicule, à cheval sur les convenances et imbu d'elle-même. Le petit peuple du Nord d'un côté, et sa bourgeoisie de l'autre. Entre ces deux groupes, le trait d'union Ma Loute/Billy qui vacille forcément montrant l'impossible réunion des deux mondes. Dumont va plus loin d'ailleurs en mettant tous les acteurs connus du côté des bourgeois et les inconnus de l'autre. Directeur d'acteurs brillant, il métamorphose Luchini pour notre plus grand plaisir et nous livre en pâture une Binoche plus maniériste que jamais. Chaque détail a son importance dans Ma Loute.

    La pauvreté, la force du surnaturel et du deus ex machina, la romance tragique, la débilité policière et même l'ascendant générationnel, tout concourt à faire de Ma Loute une comédie à part. Le genre d'objet indescriptible et fou qui prend toutes les libertés et emmerde à peu près tout le monde pour faire ce qu'il veut avec une grosse dose de talent par dessus. La puissance du cinéma de Dumont se niche là-dedans, dans cette capacité à faire croire au public qu'il va se plier au Diktat de l'industrie grand public en engageant des acteurs émérites pour livrer en fait quelque chose de dingue. De salvateur en somme pour les neurones et pour l'amour du beau cinéma. Reste juste à comprendre que cette peinture mi-comique mi-réaliste de sa propre région permet autant à Dumont de déclarer une nouvelle fois sa flamme au Nord (et de façon tellement plus inventive que des navets comme Bienvenue chez les Ch'tis) tout en restant lucide sur le clampin de base, franchement pas finaud. De toute façon, il faut des deux au long-métrage pour pleinement s'épanouir. 

    Brillante réussite, délirante et grotesque, intelligente et loufoque, Ma Loute démontre que Dumont peut plier la comédie à sa volonté. Il ne s'agira certainement pas du film qui réconciliera le grand public avec le cinéaste, mais au fond, est-ce vraiment l'important ? Le cinéma, lui, le remercie. 
    A consommer sans modération (et avec autodérision pour les Nordistes)

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Le premier repas de la famille Brufort

    Meilleure réplique : 

    "Votre beau-frère, c'est aussi votre cousin ?"
    "Oui, c'est moderne, c'est capitaliste !"
     

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  • [Critique] Dalton Trumbo

    Nommé Oscar meilleur acteur 2016 pour Bryan Cranston

     On ne peut pas dire, loin de là même, que Jay Roach soit un réalisateur qui compte à l'heure actuelle. C'est pourtant dans son dernier film, Dalton Trumbo, que Bryan Cranston décroche (enfin !!) un rôle à sa hauteur dans les salles obscures. Jusque là cantonné à des seconds rôles plus ou moins discutables au cinéma, l'acteur de génie qui nous a tous bluffé dans des séries comme Malcolm ou Breaking Bad peut enfin déployer pleinement son talent. Endossant la trogne fatigué du légendaire scénariste Hollywoodien, l'américain s'ouvre les portes de la plus prestigieuse des cérémonies : les Oscars. Nommé en tant que meilleur acteur, Bryan Cranston semble enfin pouvoir briller sur grand écran. Malheureusement, Roach n'est pas un réalisateur habitué au genre et encore moins au sérieux d'un tel exercice. Comment peut s'en sortir l'homme derrière Austin Powers ou Mon Beau-Père et moi sur un sujet beaucoup plus délicat et complexe ?

    Il ne s'agit plus cette fois de parler des délires d'un agent secret vulgaire à souhait ou de livrer un remake honteux du Dîner de Cons mais bien de raconter l'histoire d'une légende du cinéma américain, le fameux Dalton Trumbo. Pour ceux qui ne connaissent pas l'homme, et sans déflorer l'intrigue du film, Dalton Trumbo fut l'un des plus grands scénaristes d'Hollywood dans l'après Seconde Guerre Mondiale et le début de la Guerre Froide. Malheureusement pour lui, il était alors membre du Parti Communiste des Etats-Unis et fut donc considéré par la commission des activités américaines comme un agent séditieux chargé de saper par son travail les valeurs américaines de l'époque. Il fut non seulement inscrit sur la fameuse liste noire d'Hollywood mais aussi condamné à une peine de prison lorsqu'il refusa de se plier aux injonctions de la dites commission. Seulement voilà, Trumbo n'est pas du genre à se laisser abattre et finira par remporter deux oscars sous des noms d’emprunt. Forcément doté d'un puissant potentiel dramatique et politique, la vie de Trumbo se prêtait extrêmement bien à un biopic...

    Seulement, à bien des égards, le résultat peut s'avérer décevant. En choisissant Roach, qui n'a qu'un talent de faiseur de seconde zone à Hollywood, les studios de production se prive d'une puissance dramatique certaine. On constate rapidement que le réalisateur n'a rigoureusement aucun trait de génie dans sa mise en scène et qu'il se contente de faire du fonctionnel. Le résultat n'est pas désagréable, pas du tout même, il manque juste de personnalité. Ajouté à la longueur du récit, deux heures, on se retrouve devant un métrage un tantinet longuet qui raconte de façon linéaire et totalement académique le parcours de Trumbo en tentant d'imbriquer avec plus ou moins de succès sa vie personnelle et son rôle politique ainsi que cinématographique. De ce fait, le film pourrait devenir un ennuyeux cours d'histoire saupoudré d'une morale convenue sur la liberté d'opinion. A un détail près.

    Ce détail, c'est Bryan Cranston. Habité par son personnage, l'acteur de Breaking Bad navigue entre ses deux registres favoris, drame et comédie, pour trouver le parfait équilibre et porter tout le film sur ses épaules. Son charisme et sa prestance donne au récit une empathie qui vient combler la fadeur de la mise en scène. Il n'est d'ailleurs pas seul en cela puisque le film aligne les excellents acteurs et actrices. Helen Mirren en garce calculatrice, Louis C.K. en militant idéaliste ou encore Diane Lane en épouse-courage, sans oublier la jeune mais splendide Elle Fanning, Cranston peut compter sur une pléiade de bons partenaires à l'écran pour lui donner la réplique. Devant son numéro bluffant, l'américain arrive à faire passer à la fois les forces et les faiblesses de Trumbo tout en rendant son combat plus important. C'est certainement ici que le film se sauve définitivement.

    Malgré la fadeur de sa mise en scène, le long-métrage cause d'un sujet d'une grande importance historique et il le fait bien. On regrette évidemment qu'un réalisateur plus audacieux ne se soit pas emparé du script de ce biopic mais, en l'état, la portée politique (et sociale) du récit s’impose malgré tout. Non seulement Dalton Trumbo cristallise une époque avec son intolérance et ses peurs, mais il trouve un écho dans la nôtre. Si l'on parle cinéma pendant ces deux heures, on y parle aussi, et surtout, d'idéaux. Doit-on défendre ses idées envers et contre tout ? Un gouvernement, sous quelque prétexte que ce soit, peut-il nous forcer à la délation ou à renier nos convictions ? Le long-métrage explore ces questions, avec des réponses certainement un peu trop évidentes il est vrai, mais nous pousse à réfléchir sur la liberté d'opinion, politique, cinématographique ou autre. Peu importe. On touche alors du doigt le regret initial. Un film sur un scénariste au combat aussi fort et anti-conformiste aurait mérité une mise en scène à son échelle. Il se contentera d'un acteur grandiose et d'un casting impressionnant autour d'une intrigue classique mais prenante et au message fort. 

    Dalton Trumbo n'avait certainement rien à faire dans la cérémonie des oscars en terme de réalisation mais il avait bel et bien sa place dans la course au meilleur acteur. Littéralement porté à bout de bras par un Bryan Cranston génial du début à la fin, le long-métrage se penche sur une page sombre de l'histoire d'Hollywood en délivrant cependant un message intemporel sur la liberté d'opinion. Un biopic conventionnel mais passionnant.

      

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Trumbo s'excusant auprès de sa fille
     

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  •  Troisième long-métrage de l’américain Jeremy Saulnier après Murder Party et Blue Ruin, Green Room a de nouveau offert un ticket d’entrée sur la Croisette à l’américain durant la Quinzaine des réalisateurs 2015. Si son dernier film parlait de vengeance, il montrait surtout une certaine conception de la violence, assez crue et finalement bien plus proche du réel que nombre de productions actuelles. Green Room ne déroge pas à cette règle et va plus loin encore. Le métrage, qui s’apparente à première vue à de la série B, a plus d’un tour dans son sac.

    Amérique, de nos jours.
    Un groupe de chanteurs punks anarchistes et fauchés, The Ain’t Rights, trouve une belle occasion pour se faire quelques billets verts en jouant dans une petite salle dans un coin perdu de l’Oregon. Petit problème à leur arrivée : le bar en question est tenu par un groupe de skinheads inquiétants. Décidant tout de même d’assurer le show entre jets de canettes et autres projectiles contondants, le groupe se retrouve par hasard devant un cadavre en plein milieu de leur Green Room (la chambre d’avant-concert) et bien vite, la situation dégénère…

    Avec sa mise en scène noire, le style de Jeremy Saulnier se reconnaît relativement facilement. L’introduction rapide mais précise de son groupe de personnages ainsi que de l’enjeu principal mène très vite à un petit jeu de massacre en huit-clos dans un endroit rêvé pour ce genre de choses : un bar glauque géré par des néo-nazis. En utilisant au mieux son décor qui devient aussi anxiogène que labyrinthique au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, Saulnier ne commet pas l’erreur de Tarantino dans les Huit Salopards. Il donne quelques aperçus de l’extérieur de la Green Room pour suivre le groupe de nazis qui va tenter de déloger nos amis punks de leur loge de concert.

    L’intervention du personnage de Darcy, salaud en chef froid, calculateur et terrifiant, interprété de surcroit par un Patrick Stewart simplement parfait, donne au métrage une autre dimension. Exit la simple tuerie sauvage entre punks et skinheads, bienvenue au plan machiavélique dont aucun ne ressortira indemne. La violence, forcément, fait rapidement son apparition. Autant le dire tout de suite, Saulnier ne recule devant rien, entre le déchiquetage de trachée par des molosses surexcités ou des coups de fusil à pompe en pleine tête, Green Room n’est pas là pour faire dans le discret. Sauf qu’à l’instar de son Blue Ruin, on trouve à nouveau cette façon si particulière de filmer la violence et la mort. Contrairement à un film d’action ou un thriller lambda, les scènes chocs lorgnent davantage vers le film d’horreur. La violence n’est jamais attirante dans Green Room, elle met mal à l’aise, embarrasse presque.

    Elle s’avère d’autant plus percutante aux yeux du spectateur qu’elle s’applique à des individus lambda, les punks pris au piège n’étant que de pauvres loosers comme les autres qui réagissent avec un naturel salutaire pour la tenue du récit…c’est à dire qu’il passe une bonne partie du temps à mourir de trouille. La banalité de cette petite troupe donne une certaine empathie envers leur situation désespérée, notamment pour le personnage de Pat sous les traits d’un Anton Yelchin franchement convaincant. Outre son vernis de Série B claustrophique mis en scène de façon impeccable et souvent glauque, Green Room terrifie par sa façon de traiter les méchants de l’histoire. Les néo-nazis qui assiègent le bar ne sont pas totalement dépeints comme des monstres, Saulnier établit des liens d’amitié entre eux, de respect, appuie sur la tendresse d’un dresseur de chien de combat pourtant près à buter n’importe qui pour son boss, bref il les humanise par petites touches. Le cadre, les non-dits ou les quelques mentions signifiantes qui parsèment le film ont tendance à terrifier encore davantage. Green Room montre un univers où la violence s’est banalisée, où voir un groupe de skinheads organisé n’a rien d’extraordinaire. La banalisation du mal en somme. Heureusement pour le public, Saulnier ne manque pas d’un certain humour noir grinçant et discret qui permet de souffler entre deux mises à mort affreuses. Du coup, le long-métrage ne s’écroule jamais sur lui-même et parvient à nous scotcher jusqu’à sa scène finale abrupte mais surtout très drôle.

    Green Room s’extirpe de sa condition de simple série B pour devenir un thriller horrifique et claustrophobique tantôt glaçant tantôt grinçant. Emmené par un Patrick Stewart employé à contre-emploi, le dernier film de Jeremy Saulnier prouve qu’il peut véritablement compter dans le milieu du cinéma pour les années à venir.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : La négociation avec Darcy

     

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  • [Critique] High-Rise

     Ceux qui ont déjà eu l’occasion de voir l’un des films de l’anglais Ben Wheatley savent à quel point le réalisateur dispose d’une voix singulière dans le milieu. Si Kill List et Touristes sont très loin d’avoir fait l’unanimité, ils ont prouvé que le britannique avait un certain talent pour installer des ambiances étranges, tantôt glauque tantôt grinçante. C’est pourquoi il a hérité d’une adaptation (très) attendue, à savoir celle du roman I.G.H de James Ballard écrit en 1975 et faisant partie de la fameuse trilogie du béton. Considéré par beaucoup de lecteurs comme un ouvrage culte, I.G.H parle du monde moderne d’une façon tout à fait glaçante et décrit, près de 40 ans à l’avance, un grand nombre de travers de la société actuelle. Retrouvant son titre original, High Rise, pour son passage sur grand écran, le film plonge avec une jubilation non dissimulée dans un univers qui déraille. L’occasion pour Wheatley d’entrer dans la cours des grands.

    C’est l’excellent Tom « Loki » Hiddleston qui nous guide dans High Rise. Sous les traits du Dr Laing, il accompagne le spectateur dans un immeuble ultra-moderne, la High Rise Tower, où les hommes se superposent comme autant de strates économiques. Pendant deux heures, nous allons suivre la lente déliquescence d’un monde de prime abord parfaitement ordonné et cloisonné qui va se terminer dans la pire des anarchies. On y croise une galerie de personnages étranges et inquiétants, incarnés par une pléiade d’acteurs franchement bluffants, à commencer par un Luke Ewans possédé et Jeremy Irons délicieux, formant tous ensemble un reflet déformé et malade d’une société utopique moderne qui n’a, en réalité, jamais réellement existé ailleurs que dans la tête de certains capitalistes imbéciles.

    High Rise ne déroge pas véritablement à l’étrangeté coutumière des films de Wheatley, les amateurs seront en terrain connu. Mais il ne s’agit pas non plus d’une resucée aussi radicale que pouvait l’être le glauquissime Kill List. Cette fois, l’anglais s’inspire d’une sorte de rétro-futurisme à la Brazil tout en faisant peu à peu s’écrouler la société en microcosme que représente l’immeuble de béton. Pendant la première heure, la chose marche très bien et l’on suit avec une jouissive curiosité les péripéties du Dr Laing, sa découverte d’un système inégal et détestable (le nôtre), les tourments qui peuvent l’assaillir ou encore les relations précaires qu’il tisse avec les autres locataires. En gros, l’immeuble de High Rise, c’est un peu le Transperceneige qu’on aurait empilé. Une métaphore puissante et sans concession aucune de l’odieuse réalité capitaliste qui met les petits tout en bas de l'échelle en les privant d'électricité, et les grands dans un jardin improbable où chevaux et dîners mondains font bon ménage.

    La mise en scène inspirée de Wheatley fascine d’autant plus qu’il retranscrit avec un talent jubilatoire les caricatures modernes. Seulement, loin d’être parfait, High Rise souffre d’un problème de rythme qui l’handicape grandement dans sa deuxième partie. Une fois la révolution en marche et l’auto-destruction de cette société absurde, le film fait du surplace et semble s’articuler entre les raids vengeurs des deux camps en présence. C’est d’autant plus dommage que l’on perd également dans la bataille le fascinant personnage d’Hiddleston au profit de quelques seconds rôles certainement très convaincants mais qui empêchent de se concentrer sur le changement moral radical que subit le Dr Laing. High Rise jubile toujours de la guerre des classes qu’il fait naître mais il ne se renouvelle pas et ne fait que trop peu avancer l’histoire.

    Dans cette science-fiction décapante et aiguisée comme une lame de rasoir, Ben Wheatley distille pourtant une ambiance psychédélique et dérangeante où l’enchaînement des choses devient si incroyable qu’on pense être en plein cauchemar. Il reste d’ailleurs extrêmement dommageable qu’au lieu de s’attarder sur les raids et contre-raids des uns et des autres, l’anglais n’ait pas prolongé le plaisir de sa séquence d’introduction dans un immeuble devenu aussi sauvage que l’univers d’un Mad Max. Reste que la virulence de la charge ainsi que le propos anarchiste joyeusement insolent qui se dégage du film ne peut empêcher de conserver une grande admiration pour le travail du cinéaste qui continue mine de rien à évoluer depuis le bancal mais fascinant Kill List. 

    Peut-être pas l’adaptation espérée de longue date, High Rise s’impose comme un objet filmique intriguant. Une peinture au vitriol d’une société moderne qui ne peut que finir par s’écrouler et où l’homme redeviendra un sauvage comme un autre…
    Bancal donc mais sacrément salutaire et fascinant.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le supermarché en pleine débandade

     

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  • [Critique] Jodorowsky's Dune

     C'est l'histoire d'un film mythique. Un film plein de vaisseaux spatiaux, d'acteurs d'exceptions, de palais improbables, de vers géants et d'épice. Quelque chose de fou, de délirant, d'incroyable et qui a changé l'histoire du cinéma de façon radicale et définitive. Ce film c'est Dune d'Alejandro Jodorowsky, un réalisateur chilien cultissime à qui l'on doit déjà par exemple El Topo ou La Montagne Sacrée, deux métrages incroyablement barrés parmi la somme de son oeuvre délirante. Super-production pour l'époque, le Dune de Jodorowsky est l'adaptation du roman éponyme de Frank Herbert. Un monument de la science-fiction pour tout dire. Regroupant un casting hallucinant et une pléiade d'artistes tous plus géniaux les uns que les autres, Dune ne pouvait qu'être un film incroyable faisant date dans l'histoire du cinéma.
    Sauf que voilà, ce Dune-là n'a jamais existé en vrai. Le projet, malgré son état d'avancement, a été refusé par les studios Hollywoodiens pour finir entre les mains d'un David Lynch qui livrera le triste objet filmique que l'on connait aujourd'hui. Reste que le film d'Alejandro Jodorowsky a su construire un mythe autour de lui et influencer tout un pan de la science-fiction au cinéma. Frank Pavich se propose de nous faire découvrir comment un film qui n'a jamais existé s'est imposé avec les années comme une date dans l'histoire du cinéma.

    Déjà,  réglons la question que se pose tout le monde à propos de ce Jodorowsky's Dune : est-il visible si on ne connaît pas Dune ? Franchement, oui. Sachez au passage qu'il semble, d'après le documentaire, qu'aucune des personnes qui devaient participer au film n'avait lu le roman. On peut donc très bien regarder le documentaire de Frank Pavich sans rien connaître à l'oeuvre de Frank Herbert. Avoir lu Dune et vu le film de Lynch peut apporter un plus à la vision (et quelques ricanements complices en prime avec Jodorowsky), mais il ne s'agit pas du tout d'un impératif. De toute façon, Frank Pavich sait très bien décrire au spectateur de ce dont parle Dune (de façon succincte certes) et livre en réalité un documentaire sur tout autre chose : la passion. Jodorowsky's Dune est un métrage sur des passionnés. Sur des gens qui aiment le cinéma comme on aime une oeuvre d'art ou une discipline martiale. Il faut voir Alejandro Jodorowski nous parler à l'écran de son film mort-né pour le comprendre. 

    Principal atout du documentaire (qui tourne d'ailleurs parfois au Jodorowsky-show), le réalisateur chilien dégage une telle passion, une telle folie et une telle créativité que l'on est instantanément happé par le charme de ce personnage incroyable. Outre son aura de gourou (et il se plaira à s'imaginer comme tel), le cinéaste fait également une chose inattendue : il est heureux. Dune était son rêve, le film de toute une vie, un projet pour quoi il a tout sacrifié, et l'homme a le sourire aux lèvres quand il en parle. Parce que, justement, le documentaire raconte comment Dune a marqué au fer rouge le cinéma sans même que vous le sachiez et a fait peut-être plus pour la science-fiction qu'une somme hallucinante de films par la suite. Frank Pavich n'envisage jamais le Dune de Jodorowsky comme un échec, au contraire. En cela, il s'aligne sur le sentiment du Chilien et finit par donner au documentaire une euphorie contagieuse dans sa façon d'aborder son sujet.

    Mieux encore, jamais Pavich ne se borne à livrer un simple documentaire. Il tente constamment de jouer avec l'image, de parfois reconstruire des bouts du film fantôme avec quelques storyboards, d'intégrer des effets délirants à son enquête... bref, Pavich donne une âme à son métrage, chose assez rare dans le domaine. On en vient alors au cœur du sujet : l'histoire de la création de Dune. Ce qui fait le charme irrésistible de ce documentaire, c'est ça. Toute l'équipe que l'on retrouve derrière Alejandro Jodorowsky, à savoir H.R Giger, Dan O'Bannon, Mike Jagger, Michel Seydoux, Gary Kurtz, Chris Foss ou encore Dali (!!!!) sont aussi fous à lier que le chilien. Le projet apparaît tellement dingue, tellement monumental pour l'époque et tellement en avance sur son temps qu'y avoir ne serait-ce que penser tient du délire. Il faut entendre parler Jodorowsky de sa façon de recruter Orson Welles, Dali ou encore Amanda Lear pour son casting. La chose est à la fois totalement surréaliste et incroyablement séduisante. 

    La puissance de Jodorowky's Dune, c'est d'emmener le spectateur à l'intérieur du cinéma en tant qu'art et pas en tant que produit. C'est de ne pas parler pendant des heures de technique ou de paramètres assommants mais de laisser la parole à de doux-rêveurs qui feront par la suite le cinéma de demain. Ainsi, Dune, le film qui n'a jamais été, a permis Alien, a permis Blade Runner et Total Recall, même Star Wars...et tant d'autres encore. Frank Pavich prouve que la passion peut tout renverser, que les échecs peuvent parfois s'avérer plus fondateurs que les réussites. Si le Dune de Jodorowksy n'a pas existé, il n'a pas disparu pour autant, L'Incal et les Méta-Barons ont récupéré son ADN dérangé. C'est finalement le message de ce documentaire passionnant (et très drôle dans le fond) : Soyez audacieux et ne vous laissez jamais désarmer par vos échecs...il en sortira toujours quelque chose !

     Sur tous les plans, Jodorowsky's Dune frôle le chef d'oeuvre. Réalisé avec un soin minutieux qui force le respect, laissant la parole à des passionnés du cinéma comme on aimerait en voir plus souvent à l'heure actuelle et parlant tout simplement de la folie créatrice qui devrait nous animer tous, le documentaire de Frank Pavich laisse le spectateur avec un grand sourire sur le visage et une foule de visions incroyables à digérer.
    Précipitez-vous, Dune existe !

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Alejandro Jodorowsky parlant de sa vision au cinéma de la version de Lynch

     

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  • [Critique] 10 Cloverfield Lane

     A l'heure actuelle, tenir un projet de film secret tient de la gageure. C'est pourtant ce qui est arrivé avec 10 Cloverfield Lane dévoilé seulement 1 mois avant sa sortie en salles. Huit ans après Cloverfield, le film de monstre en plein cœur de New-York qui avait révélé Matt Reeves (depuis parti explorer la Planète des Singes), le même Matt Reeves s'associe au célèbre J.J Abrams pour financer le premier long-métrage d'un illustre inconnu : Dan Trachtenberg. A l'exception d'un sympathique court-métrage sur le jeu Portal, cet américain de 34 ans issu du monde de la pub n'avait juste là guère eu l'occasion de briller. 10 Cloverfield Lane lui donne aujourd'hui cette chance.

    Prenez trois personnages, un abri en sous-sol et saupoudrez le tout d'une atmosphère paranoïaque et vous obtenez 10 Cloverfield Lane. Petit film au budget assez modeste, le long-métrage de Dan Trachtenberg constitue pourtant une petite surprise en soi. Il a d'abord la bonne idée de proposer quelque chose de radicalement différent de son supposé prédécesseur. Les liens avec Cloverfield s'avèrent en effet ténus, voir inexistants pendant la quasi-totalité du film. Ceux qui n'ont donc pas vu le film de Matt Reeves peuvent tenter l'expérience les yeux fermés. Il semble en effet que l'étiquette Cloverfield ait une intention publicitaire en tentant de raccrocher les wagons à une oeuvre connue du grand public. Une astuce qui permet à Trachtenberg de livrer son propre film sans se soucier pour une bonne part des contraintes inhérentes à une suite.

    Mais revenons à nos moutons. Dans 10 Cloverfield Lane, la belle Michelle se retrouve enfermée dans un abri souterrain après un accident de la route. Son sauveur-geôlier, Howard, affirme que le monde extérieur n'existe plus. Quelque chose est arrivé et il l'a recueilli, elle et un autre homme du nom d'Emmett, dans l'abri qu'il prépare soigneusement depuis des années maintenant. Intrigue minimaliste mais pleine d'opportunités, l'histoire de 10 Cloverfield va reposer sur les épaules d'un casting restreint. C'est là la première bonne surprise du film qui porte son dévolu sur l'excellente Mary Elizabeth Winstead et, surtout, sur un acteur formidable et inquiétant comme pas possible : John Goodman. S'il faut désigner un vainqueur parmi ce trio de comédiens, c'est certainement lui qui remporte la palme. Comme à l'accoutumée, il impressionne de bout en bout dans un rôle ambiguë et souvent terrifiant. Trachtenberg s'affirme déjà comme un excellent directeur d'acteurs. Seulement 10 Cloverfield Lane doit aussi trouver d'autres atouts.

    Parmi eux, le cadre du récit. Grâce à l'unicité de lieu de 10 Cloverfield Lane, le spectateur suit avec un sentiment claustrophobe de plus en plus intense les rebondissements de l'histoire. A la fois pour économiser sur un budget que l'on devine limité mais également pour donner une saveur particulière à son récit, Trachtenberg épouse le huit-clos entièrement, utilisant les possibilités offertes par le genre au mieux des possibilités. Le résultat s'avère réussi notamment grâce à cette constante question sur la réalité d'une apocalypse. Pour un peu, on pourrait voir dans ce 10 Cloverfield Lane un rejeton Hollywoodien de Take Shelter de Jeff Nichols avec John Goodman à la place de Michael Shannon. Mais la comparaison s'arrête là puisque la tension du film repose surtout sur la nature de ce qui se trouve au dehors. Trachtenberg prend un malin plaisir à nous faire douter et mène brillamment sa barque avec peu de choses au final. Tout tient dans le métrage grâce au doute insidieux entretenu par quelques séquences chocs (la femme à la porte de l'abri, le Help Me sur le hublot...). Une petite réussite qui finit par perdre en intensité avec la révélation finale.

    On n'en dira bien sûr pas plus sur la nature de ce qui attend Michelle en dehors de l'abri mais c'est ici que l'on peut retrouver une mince justification dans la filiation avec Cloverfield. Sauf que cette façon finalement bien artificielle de lier les deux peine un tantinet à convaincre. Pas que la fin soit mauvaise en soi mais plutôt qu'elle semble forcée. On se demande en réalité comment Dan Trachtenberg aurait terminé son film en ayant les mains totalement libres. En l'état, 10 Cloverfield Lane est une amusante expérience dans le sens où Abrams et Reeves sponsorisent un petit nouveau franchement plein de promesses en lui cédant la place sur un univers qu'ils ont eu même construit jadis. Si l'on aurait préféré qu'ils financent un projet totalement nouveau, le résultat obtenu n'a vraiment rien de honteux et ouvre même certaines perspectives pour la suite de la carrière du réalisateur. Cette fausse-suite a en effet des allures de véritable chance pour Dan Trachtenberg.

    Huit-Clos anxiogène et génialement hanté par l'imposante carrure d'un John Goodman impressionnant, 10 Cloverfield Lane surprend de façon agréable le public. Ce n'est certainement pas le thriller du siècle mais une série B efficace, bien réalisée et qui tient en haleine sur plus d'une heure quarante. Par les temps qui courent et la tendance agaçante à la surenchère pyrotechnique, voici un intermède bienvenu.
    Avis aux amateurs.

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La rébellion de Michelle à table

     

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  • [Critique] Anomalisa
    Grand prix du jury Mostra de Venise 2015
    Nommé meilleur film d'animation Golden Globes 2016
    Nommé meilleur film d'animation Oscars 2016
    Nommé meilleur film d'animation Annie Awards 2016

     Sensation de la dernière Mostra de Venise où le film a remporté rien de moins que le prestigieux grand prix du jury, Anomalisa est également un film d'animation unique en son genre. Réalisé par deux scénaristes, Duke Johnson et Charlie Kaufman (oscarisé à deux reprises pour son travail sur Dans la peau de John Malkovich et Eternal Sunshine of the Spotless Mind), le long-métrage a depuis été nommé dans les plus prestigieuses cérémonies et notamment aux Oscars de cette année dans la catégorie animation. Encensé par la critique, ce curieux objet filmique à la technique aussi intrigante que son scénario a de quoi susciter l’intérêt. 

    Qu'est-ce qui fait d'Anomalisa un film aussi étrange ? Le choix radical opéré par les deux réalisateurs, à savoir une histoire racontée en stop-motion avec des figurines mixée avec de l'animation 3D. Le résultat s'avère pour le moins saisissant. Le spectateur se retrouve face à un univers qui semble aussi irréel et inquiétant qu'humain et familier. Le décalage constant entre ces deux sentiments a quelque chose de perturbant mais intrigue dès les premières secondes. Pour parfaire le tout, Kaufman et Johnson choisissent de nous emmener dans une histoire en total accord avec le paradoxe visuel de leur métrage. Michael Stone est devenu un écrivain célèbre grâce à son livre Comment puis-je vous aider à les aider ? qui aide les services clients à devenir toujours plus performant. Invité pour un congrès dans un hôtel de Cincinnatti, il fait la connaissance de Lisa, une femme banale à première vue mais qui va profondément bouleverser la monotonie de Michael. Dit ainsi, Anomalisa ne semble avoir que son apparence visuelle pour se démarquer. Sauf que les tenants et aboutissants du film ainsi que les myriades de détails ajoutés par les deux réalisateurs transcendent totalement la portée de cette histoire d'amour à priori banale.

    Le monde d'Anomalisa est terne. Enfin non...le monde de Michael Stone est terne. Rongé par la mélancolie, le personnage principal de cette aventure voit tout en gris. Tous les bâtiments se ressemblent, les gens qui l'entourent sont d'une affreuse banalité et pire que tout, ils ont tendance à se ressembler. Pour pousser au plus loin ce sentiment de lassitude, les réalisateurs emploient plusieurs éléments géniaux. Le premier, c'est évidement l'apparence semi-mécanique du long-métrage qui donne souvent des allures de robots aux êtres de l'histoire. Le second, plus subtil, c'est l'emploi d'un même acteur pour doubler tous les personnages que rencontre Michael durant son périple. Le dernier, c'est cette constante ambiance de mélancolie qui berce le film et enserre profondément le cœur du spectateur. Dans sa première partie, Anomalisa a tendance à devenir un doux cauchemar moderne, ce banal cauchemar de l'homme d'aujourd'hui englué dans la monotonie de son existence. Michael apparaît comme un être triste, constamment insatisfait et nostalgique d'une époque qu'il a laissé filer entre ses doigts.

    Puis arrive Lisa. Ici, les procédés employés par Johnson et Kaufman prennent tout leur sens. Lisa se démarque immédiatement des autres personnages, puisqu'elle est la seule à posséder une voix différente. Aux oreilles du spectateur comme à celles de Michael. Leur subite histoire d'amour remet des couleurs dans le long-métrage et permet aux deux réalisateurs de raconter une passion dévorante et inattendue qui tranche avec la grisaille de l'existence d'un Michael Stone dont le monde a de plus en plus tendance à ressemble au Brazil de Terry Gilliam, bouffé par son travail et l'aspect bureaucratique du mystérieux hôtel où il réside. Il faut alors mentionner cette extraordinaire scène d'amour entre Michael et Lisa, certainement la chose la plus osée et la plus belle que l'on ait vue sur grand écran depuis des lustres. Anomalisa en devient un film encore plus humain que sa première partie ne l'avait laissé supposer. L'exploit est d'autant plus grand que l'on rappelle que l'on a à faire à des marionnettes, des êtres totalement fictifs. Mais si l'amour ne connaissait pas de barrière ?

    Pourtant, Anomalisa nous réserve encore d'autres surprises et les réalisateurs poussent jusqu'au bout cette réflexion autour de la misère humaine et plus particulièrement son aspect sentimental. Profondément dépressif dans le fond comme dans la forme, le long-métrage touche à une humanité insoupçonnée lorsqu’il finit par détruire la beauté qu'il a lui-même créée de toute pièce. Tout se dissout, les masques tombent littéralement et l'infinie lassitude de Michael face à sa vie monotone finit par tout submerger lors de quelques scènes absurdes mais terriblement efficaces. Reste un brin d'espoir, une lettre de Lisa, cette anomalie qui aura traversé la vie de Michael l'espace d'un instant. Le film de Kaufman et Johnson a quelque chose d'infiniment triste et de terriblement beau à la fois. Constamment tiraillé entre ces deux aspects contradictoires, Anomalisa laisse une marque profonde dans le cœur du spectateur. Au fond, nous sommes tous des Michael Stone piégés dans une existence monotone que l'on est incapable d'apprécier à sa juste valeur. C'est surement ça le plus grand exploit de ce long-métrage unique : celui de trouver l'humanité de l'être dans l'endroit le plus gris et le plus mécanique qui soit.

    Outre l'exploit technique que représente l'animation du métrage, Anomalisa s'avère un film brillant où Brazil rencontre Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Pour leur premier film ensemble, Charlie Kaufman et Duke Johnson nous offrent un OFNI d'une sensibilité et d'une sombre poésie époustouflante, possédé par une humanité totalement inattendue. 
    Laissez-vous tenter par l'expérience !

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Michael Stone faisant l'amour avec Lisa

     

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  • [Critique] Fatima
    César du meilleur film 2016
    César du meilleur espoir féminin 2016 pour Zita Hanrot
    César de la meilleur adaptation 2016
    Prix Louis Delluc 2015

    S'il y a bien eu un événement dans la morne cérémonie des césars de cette année 2016, c'est bien la vague d'amour pour le film de Philippe Faucon. Sobrement intitulé Fatima, ce drame intimiste adapté de Prière à la lune de Fatima Elayoubi nous parle d'une femme attachante en la personne de Fatima, une mère courage qui se débat avec sa condition sociale difficile pour tenter de donner le meilleur avenir possible à ses deux filles. La première, Souad, a 15 ans et vit la période de révolte que traverse la grande majorité des adolescents alors que sa sœur de 18 ans, Nesrine, entre en première année de médecine. Sauf que pour payer ces études extrêmement coûteuses et exigeantes, Fatima va devoir accumuler les petits boulots et notamment les ménages ici et là, au grand dam de Souad que même son père a du mal à calmer. Ce petit film au pitch minimaliste a non seulement été nommé à la cérémonie des césars mais, en plus, a été couronné du titre de meilleur film 2016 à la surprise générale. Un peu passé inaperçu lors de sa sortie sur grand écran, il était normal de se pencher sur ce long-métrage d'un réalisateur français discret mais aguerri.

    De très courte durée (une heure vingt minutes à peine), Fatima retrace le combat d'une mère divorcée pour donner la meilleure vie possible à ses deux filles. Dans cette optique, Philippe Faucon dessine un portrait tendre, sincère et poignant, d'autant plus poignant que la plupart du temps le personnage de Fatima reste humble et proche de ses filles envers et contre tout. Soria Zeroual, dont c'est ici le premier rôle, arrive à endosser avec succès le poids moral d'une Fatima tiraillée entre ses valeurs morales et son envie de briser son carcan social à travers le destin de sa fille Nesrine. Même si elle ne brille pas comme les césars voudraient nous le faire croire par sa nomination dans la catégorie meilleure actrice, le talent de Zeroual est pour beaucoup dans l'empathie que ressent le spectateur pour cette histoire familiale difficile. Car avant tout, Fatima est l'histoire d'une cellule familiale et de la difficulté de gérer deux enfants lorsque l'on est seule, quand on a pas l'autorité paternelle pour soi et que l'on passe pour une femme médiocre aux yeux de ses propres enfants. C'est ici que les problème se profilent pour le long-métrage de Faucon.

    On apprécie grandement sa peinture familiale ainsi que la complicité qu'il tente d'établir entre la mère et les deux filles mais on comprend rapidement que le fait que Fatima soit d'origine algérienne va jouer un grand rôle et politiser le film. Du coup, le récit dévie vers quelque chose de plus audacieux et qui se loupe à moitié. Si l'on est agréablement surpris par la charge violente de Philippe Faucon à l'encontre d'un certain climat qui règne dans les cités et qui empêche les jeunes filles d'origine maghrébine de vivre leur vie comme elles l'entendent, on est bien plus circonspect devant les autres sujets sociaux qu'il aborde. De façon malheureuse, le réalisateur français se risque à la critique socio-politique et tombe dans la caricature à plusieurs reprises. Ainsi, Fatima va travailler pour une famille de blancs forcément très riches, forcément très cons et forcément détestables. De même, après un malheureux accident, Fatima souffre de son épaule alors que tous les examens médicaux sont normaux. Il faudra l'intervention d'une médecin pas comme les autres (en fait d'origine maghrébine) pour vraiment la comprendre, les autres devant être de pauvres imbéciles. Cette tendance à la caricature grossière laisse perplexe, d'autant que le film a bien d'autres qualités.

    Le parcours de Nesrine, par exemple, est brillamment mis en valeur et illustre à la fois l'envie de modernité de ces jeunes filles de banlieue mais aussi les sacrifices consentis par la famille pour lui ouvrir les portes du succès. La jeune Zita Hanrot assure d'ailleurs très bien son rôle et apparaît comme bien supérieure aux autres acteurs du films, notamment Kenza Noah Aïche, juste imbuvable et (sur)jouant atrocement son rôle d'ado en révolte. Il faut dire qu'elle n'est pas non plus aidée par un arc scénaristique largement délaissé au final et qui aurait pu être fortement intéressant s'il avait été développé avec plus de soin. Le problème du film de Philippe Faucon, c'est qu'il cherche à ratisser large mais qu'il manque de profondeur et de réflexion sur un temps aussi congru et avec un casting finalement bien fragile. Fatima est l'exemple même du petit film qui veut trop en faire et qui finit par ne pas mener à bien ce qu'il lance. Sa récompense aux Césars confirme une nouvelle fois que la cérémonie est devenue purement politique et ne s'intéresse plus guère aux qualités cinématographiques des long-métrages. Une pratique tout à fait détestable. 

    En faisant abstraction de sa récompense imméritée attribuée par un jury imbécile, Fatima s'affirme comme un film agréable et touchant qui sait finalement rendre honneur au courage d'une mère et qui sait tirer des relations mère-filles le meilleur. On regrette juste que Philippe Faucon parte dans tous les sens et perde un peu trop vite de vue le principal point fort de son métrage pour verser dans la caricature grossière.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : Fatima qui cherche le nom de sa fille sur le tableau des résultats.

     

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  • [Critique] The Leftovers, Saison 2

    Recommencer de nouveau. Difficile de trouver une phrase d'accroche plus adéquate pour cette seconde saison de The Leftovers. Très bien accueillie aux USA mais restée un tantinet confidentiel en France, la série HBO de Damon Lindelof et Tom Perrotta avait su surprendre son monde en évitant à peu près tous les écueils de son sujet principal : la disparition inexpliquée de 2% de la population mondiale. Avec une nouvelle fournée de dix épisodes pour cette seconde saison, The Leftovers était attendue au tournant, d'autant plus qu'elle devait s'éloigner cette fois du roman de base. C'est donc l'heure de tous les dangers pour nos héros mais également pour le showrunner Damon Lindelof.
    Comment faire mieux ?

    En changeant tout ou presque. Une des choses qui mine les séries actuelles, c'est le manque quasi-total de prise de risques d'une saison à l'autre. The Leftovers choisit le contre-pied de cette facilité et plaque tout pour installer son action dans une petite ville semblant avoir été épargnée par la catastrophe : Jarden. Surnommée Miracle (en fait le nom de la forêt qui l'entoure), la bourgade est devenue une gigantesque attraction pour touristes où les curieux et les pèlerins font la queue. C'est dans ce lieu que prend place l'intrigue de la saison 2 et que nos héros vont finir par se retrouver. Cependant, même si l'on retrouve les principaux personnages de la saison précédente, The Leftovers tente d'abord un coup de bluff bienvenu : faire table rase du passé. Franchement, les premières minutes de l'épisode 1 sont totalement déstabilisantes, retournant rien de moins qu'à l'âge de pierre (!!). Mais immédiatement, on retrouve à la fois le goût du mystère de la saison une ainsi que la beauté qui habite la série depuis ses origines. Le reste de cet épisode est à l'avenant, présentant une sorte de clone déformé de Mapleton. Un écho inversé.

    A Miracle, la communauté est majoritairement noire, la principale famille présentée l'est également. Pas de secte à Miracle mais une Eglise renforcée et confortée dans son pouvoir, pas de disparu, pas de peine, les bonimenteurs sont sévèrement corrigés et les secrets...bien gardés. Lorsque Kevin et Nora débarquent en ville, c'est un peu comme si la première saison qu'on avait laissée dans les cendres de Mapleton surgissait de façon dérangeante pour troubler la quiétude de Jarden. Puis, un incident a lieu, de nouvelles disparitions. Et les choses en sont relancées. C'est à ce moment précis que The Leftovers prend une décision encore plus audacieuse mais pas forcément payante en fin de compte. Si la première saison refusait d'explorer le mystère, la seconde accepte de résoudre l'énigme de la disparition des trois adolescentes. De même, dans une tentative à la Lost, Damon Lindelof revient sur la folie de Kevin (qui ne s'est guère arrangée entre temps) et en fait l'autre pilier de cette saison. Un choix qui va en repousser bon nombre (les spectateurs allergiques aux délires de Lindelof peuvent quitter la salle) et en attirer d'autres (les fans de Lost peuvent revenir...). C'est pour ces choix justement que cette seconde saison de The Leftovers est à la fois plus faible et plus brillante que la première.

    Plus encore que pour la saison passée, The Leftovers fonctionne par des moments de fulgurances intenses entre deux situations plus contestables. En réalité, lorsque la série revient sur sa famille-star, à savoir celle recomposée de toutes pièces de Nora et Kévin, les choses deviennent rapidement captivantes et sublimes. En parlant de la difficulté de rebâtir, Lindelof a tout bon, que ce soit pour Kévin, Matt ou les Murphy. Il touche du doigt la sensibilité poignante de la précédente saison. Le problème, c'est que cette seconde saison met un temps fou à décoller, n'ayant pas cette fois le total mystère de la première. Si les deux premiers épisodes se complètent à merveille et se répondent en un sens, il faut attendre le quatrième épisode pour retrouver une intrigue qui fait du surplace. Disons-le clairement, pour élucider la disparition des filles, il faut attendre le dernier épisode (ou presque), du coup, dès que l'intrigue se met à ronronner autour de la question des disparues...on s’ennuie ferme.

    C'est d'autant plus dommage que les loners marchent toujours aussi bien. On pense notamment à l'épisode 3 "Off Ramp" qui revient avec bonheur sur le parcours de deux âmes brisées : Laurie et Tom. Damon Lindelof montre à nouveau qu'il a tout compris aux mécanismes des sectes et explore le besoin absolu d'un pouvoir supérieur chez l'être humain. En se penchant sur la nécessité de la foi, sur la faiblesse intrinsèque des individus, Lindelof approche quelque chose de très fort qu'il n'exploite malheureusement pas assez. Il faut attendre l'épisode 9, autre loner sur le personnage de Liv Tyler, pour reprendre cette idée. Entre deux, le scénariste a du mal à caser le personnage de Matt et finit par lui attribuer son loner dans l'épisode 5 "No Room at the Inn". Celui-ci souffle le chaud et le froid alternant entre l'absolue beauté du parcours de martyr de Matt et l'amour qu'il éprouve pour sa femme, et les multiples incohérences et facilités scénaristiques agaçantes qui en résultent. Il en va de même pour un grand nombre d'éléments de la saison de toute façon. On pense à la lenteur de l'épisode 4 qui finit pourtant sur une séquence magnifique bercée par la reprise de Lo-Fang du tube You're The One That I Want. Comme d'habitude, côté bande originale, The Lefovers assure méchamment (et peut remercier Maxence Cyrin).

    Pourtant en quittant la pure dimension du deuil, The Leftovers se diversifie. Il offre une plongée sans concession et très étrange sur la folie avec le personnage de Kévin, toujours aussi impérial et interprété à la perfection par un Justin Theroux bluffant. Cet axe qui fera débat parmi les fans même de la série apporte pourtant ce qui semble être la plus grosse prise de risque de la saison ainsi que la réussite la plus improbable dans le magistral épisode 8 "International Assassin". Piégé dans un hôtel-purgatoire, Kévin expie ses démons face à la remarquable Ann Dowd, toujours aussi impressionnante. Totalement tirée par les cheveux et absurde au possible, la fin de saison retrouve à la fois la dimension symbolique si chère à la série mais aussi son intense versant émotionnel. Car au milieu de cette saison 2, il y a la relation de Kévin avec Nora, celle-ci étant devenue au fil du temps le personnage le plus réussi et le plus poignant de l'univers de The Leftovers. Il faut saluer le jeu de Carrie Coon, remarquable de bout en bout à nouveau, et qui arrive encore un peu plus à magnifier l'arc scénaristique consacré à Nora. Dès que son personnage entre en jeu, elle sauve la scène à elle seule et donne quelques purs instants d'émotions. De même, parmi les petits nouveaux de la saison, on ne peut s'empêcher de relever l'arc d'Erika Murphy interprété par Regina King. Celle-ci déploie une telle énergie dans son jeu et une telle force dans l'explosion de ses sentiments qu'elle devient une sorte de double de Nora par son importance. Dommage qu'elle soit un tantinet abandonnée en fin de saison. 

    En assumant jusqu'au bout son parti-pris biblique et métaphysique, The Leftovers retrouve ses Guilty Remnants, parfaits opposés d'un Ku Klux Klan jusqu'ici, et qui se radicalisent devant l'insuffisance de la lutte pacifique. Du coup, le rôle de Miracle et sa situation tout à fait particulière en font un enjeu de choix pour tous, même eux. Toujours porté sur différents niveaux de lectures, Lindelof fait de sa nouvelle ville le lieu d'une nouvelle rédemption et d'une nouvelle apocalypse dans le même temps, tout ça pour magnifier le vrai héros de cette seconde saison : Kévin. Plus christique que jamais, il porte sur ses épaules le poids d'un nouveau départ pour tous les êtres qui lui sont chers. Dans un épisode final d'une maestria incontestable et qui gomme tous les défauts précédemment cités, The Leftovers touche du doigt son moment de grâce, nous tord le ventre le temps d'un karaoké totalement imprévu et finit par nous achever avec le retour de sa petite musique lancinante habituelle signée Max Richter. Le résultat global, aussi bancal soit-il, renoue avec l'émotion intense et les montagnes russes émotionnelles de la première saison. Si l'on ne peut s'empêcher de penser que l'on perd du dramatisme en cherchant à résoudre un mystère dont on se fout cordialement, on retrouve avec bonheur les ingrédients magiques qui faisaient le cœur de la série à ses débuts.

    Plus audacieuse mais aussi souvent moins pertinente, la seconde saison de The Leftovers confirme tout de même le bien que l'on pensait de la série. Sa force émotionnelle, ses personnages attachants comme pas possible, sa tristesse à nulle autre pareille et son intelligence permettent un nouveau régal pour le spectateur. La dernière née d'HBO aura droit à une troisième et ultime saison, qu'on souhaite aussi audacieuse que la précédente et aussi implacablement géniale qu'à ses débuts tant par son émotion que par son refus d'emprunter des chemins connus.
    Le genre de série que l'on regarde pour le meilleur et pour le pire. Monsieur Lindelof, réservez-nous le meilleur !

     

    Note : 8,5/10

    Meilleur épisode :   Episode 10 - I live here now

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  • [Critique] The Revenant
     

    Golden Globes meilleur film dramatique 2016
    Golden Globes meilleur réalisateur 2016 pour Alejandro González Iñárritu
    Golden Globes meilleur acteur dans un drame 2016 pour Leonardo Di Caprio
    Directors Guild of America Awards 2016 meilleur réalisateur pour Alejandro González Iñárritu
    Screen Actors Guild Awards 2016 meilleur acteur pour Leonardo Di Caprio
    Producters Guild of America Awards 2016 meilleur film
    Oscar du meilleur réalisateur 2016 pour Alejandro González Iñárritu
    Oscar du meilleur acteur 2016 pour Leonardo Di Caprio
    Nommé Oscar meilleur film 2016
     
    Nommé Oscar meilleur acteur dans un second rôle 2016 pour Tom Hardy

     

    Qui n'a pas encore entendu parlé de The Revenant ? Accompagné par un buzz monstrueux à la fois critique et public, bien aidé par la nomination de Di Caprio à l'Oscar du meilleur acteur (encore !) et croulant littéralement sous les prix, le dernier film du mexicain Alejandro González Iñárritu a déjà pour lui une aura fantastique avant même sa sortie sous nos latitudes. Après son Birdman de l'année dernière, déjà suprêmement couronné, le réalisateur remet le couvert en proposant ce qui semble être un survival sans concession dans l'Amérique sauvage en l'année 1823. Librement adapté du roman éponyme de Michael Punke lui-même inspiré par l'histoire du trappeur Hugh Glass, The Revenant déroule pendant près de 2h36 un récit inattendu et ébouriffant. Seulement voilà, contrairement à ce que les bande-annonces annonçaient, le long-métrage n'est pas un survival conventionnel, loin de là même.

    Cela, le spectateur ne le comprend réellement qu'après la première demi-heure de film, même si l'introduction laissait présager des ambitions d'Iñárritu. Instantanément plongé dans un monde de neige où la nature est toute puissante et où les hommes doivent lutter pour leur survie, le spectateur contemple la première grande séquence du film avec la mâchoire pendante. Depuis le débarquement du Soldat Ryan, aucune autre scène de guerre n'avait autant scotché et marqué au fer rouge. Iñárritu impose sa patte dès les premiers instants, sa caméra virevolte entre les chevaux et les hommes, se colle à eux, se fond en eux, tournoie, tombe, s'élève. La fureur et la peur envahissent l'écran, tout est réglé au millimètre près avec une mise en scène divine, tout simplement. Ce point d'orgue initial ne pourra d'ailleurs guère être atteint à nouveau par la suite tant l'exploit technique s'avère monstrueux. Avec sa caméra et en utilisant la profondeur du champ comme peu en sont capables, Iñárritu n'a pas besoin d'une 3D putassière. Mieux, il prouve que celle-ci est totalement inutile. 

    Pourtant, par la suite, The Revenant dévoile un talon d’Achille : sa trame scénaristique. Tout ou presque est déjà connu du spectateur et l'on ne doute jamais de la tournure des événements. Cette facilité apparente pourrait engloutir le film et le condamner au rôle de survival de luxe dans les décors fantastiques et évocateurs du Canada, des Etats-Unis et de l'Argentine. Sauf qu'en s'attardant sur le spectacle offert et sur les péripéties endurées par Hugh Glass, on se rend compte que le scénario n'a en réalité aucune importance, qu'il s'agit là d'un prétexte pour disserter sur une densité proprement hallucinante d'autres sujets, métaphoriques ou non. Iñárritu embrasse un style Malickien en capturant le spirituel et le naturel. The Revenant est bien un survival, mais un survival quasi-religieux où la mort, le lien père-fils, la violence et le contexte historique se tirent la bourre. Opposant les éléments, le réalisateur mexicain accouche d'images d'une force cinématographique sans commune mesure cette année. Qui est Hugh Glass ? Quelle est son histoire ? Et quel est l'histoire de ce lieu ?

    Avec une intelligence rare, le metteur en scène filme sa version du martyr. Leonardo Di Caprio, quasi-muet pendant tout le film, souffre encore et encore, porte sa croix sur des kilomètres, traverse les épreuves pour émerger de la tombe en Christ ressuscité. Cette image religieuse pourtant ne verse pas tout à fait dans la métaphore catholique. Dans The Revenant, Dieu n'est pas qui l'on croit. Dieu est multiple et un à la fois. A travers l'épopée douloureuse de Glass, on porte le regard sur les éléments, sur les animaux, sur les montagnes et les plaines. Dieu est nature. Iñárritu semble endosser le regard de Malick à l'occasion des séquences oniriques portées par les murmures, ou des plans fixes sur les arbres vibrant dans le vent glacial. Le résultat lui, est beau à mourir. En s’intéressant davantage à la transformation spirituelle du héros qui renaît à travers les forces naturelles, le mexicain fait totalement oublier la trame linéaire du scénario. Il questionne sur la place de l'homme dans le cycle de la vie, le fait renaître dans une carcasse de cheval qui ressemble à s'y méprendre à l'utérus maternel. Cette force évocatrice imprègne chaque élément du film, un film bien plus taciturne qu'attendu où le héros le plus loquace s'avère aussi le plus nuisible, comme si la parole était mauvaise, par trop humaine. Tom Hardy assure d'ailleurs ici une prestation impeccable qui mérite autant de louanges que celle de Di Caprio.

    S'interrogeant sur la nature de Dieu, Iñárritu tente d'y replacer le contexte historique. En rêve ou dans le réel, Glass croise les peuples autochtones : les indiens Pawnee et Aris. Le mexicain montre frontalement les massacres de l'homme blanc, accuse et foudroie l'envahisseur qui mutile, tue et viole. Qu'il soit français ou anglais, aucun blanc ne trouve la grâce. Ils se terrent dans leur trou à ivrognes et accumulent de vaines richesses, souillant un continent vierge et fier. Aucun honneur, aucun respect, aucune dimension divine en eux, juste un tréfonds d'horreur et de violence. Pourtant, de façon assez énigmatique, on sent que les Indiens restent des hommes, qu'ils sont eux aussi sujet à la violence. Serait-ce un phénomène naturel ? Ou un simple mécanisme de défense comme l'attaque d'une ourse pour protéger ses oursons ? Iñárritu revient sans cesse à sa vision métaphorique grandiose, multiplie les allusions au passé de Glass à travers des hallucinations sublimes où l'on croise un Christ en déliquescence dans une Eglise à l'abandon, où un tertre de crânes s'élève pendant que les blancs massacrent, où un père étreint son fils mort pour découvrir un arbre à sa place. Où est Dieu ? Où est la mansuétude divine ? A qui appartient le pouvoir de châtier ? Leonardo Di Caprio impressionne dans son rôle de martyr. Il doit composer avec un script silencieux et faire passer l'émotion par sa gestuelle plutôt que par ses paroles. Même si ce n'est pas son meilleur rôle, on sent que l'acteur a toutes les cartes en mains pour empocher la statuette dorée cette année. Saluons également la prestation franchement convaincante du jeune Domhnall Gleeson, méconnaissable pour l'occasion.

    Pourquoi la note maximale pour un film à la trajectoire simpliste et prévisible ? Simplement parce qu'Alejandro González Iñárritu transcende totalement les limites de son sujet, il les tord à sa volonté et magne sa caméra avec une telle habilité que le métrage devient une véritable leçon de mise en scène. En magnifiant le travail de ses acteurs irréprochables par une densité de propos proche de l'apoplexie où le rapport à Dieu occupe la place centrale, le réalisateur mexicain livre un film d'une profondeur épatante. The Revenant s'impose comme le chef d'oeuvre d'Alejandro González Iñárritu à ce jour.
    Rien que ça.

    Note : 10/10

    Meilleure scène : L'attaque du camp de trappeur / Les songes

     

     

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  • [Critique] Zootopie

    Meilleur film d'animation Oscars 2017

    Depuis quelques temps, Disney revient sur le devant de la scène. Après l'énorme succès de la Reine des Neiges et l'excellent Les Mondes de Ralph, le géant américain a confié les rênes de son prochain métrage à deux réalisateurs en vue : Rich Moore, déjà à l'origine des Mondes de Ralph (justement !), et Byron Howard responsable du sympathique Raiponce. Mettant en scène des animaux anthropomorphes dans un univers coloré et bourré de détails délicieux, Zootopie tente également de lorgner vers les productions Pixar pour placer un message plus adulte derrière sa façade enfantine. Que donne au final le cru 2016 de la firme aux grandes oreilles ?

    La petite Judy Hopps n'a qu'un rêve : devenir une vraie policière. Malheureusement pour elle, tout semble contrarier cet avenir, à commencer par ses parents qui veulent la voir reprendre la ferme familiale et par ses petits camarades qui n'imaginent pas un instant que Judy puisse endosser l'uniforme bleu. Après tout, Judy est une lapine et personne n'a jamais vu un lapin devenir flic. Envers et contre tout, la jeune effrontée va franchir les obstacles et décrocher un poste dans le prestigieux commissariat de la légendaire Zootopie, la ville où tous les animaux cohabitent et où l'on change de climat en fonction du secteur où l'on se trouve. Seulement voilà, Judy se retrouve assignée au contrôle du stationnement et découvre que la vie à Zootopie n'est pas aussi passionnante qu'elle l'imaginait. D'autant plus que ses collègues travaillent sur une mystérieuse affaire de disparitions et qu'un renard lui file entre les doigts dès le premier jour. Judy va devoir prouver sa détermination pour réussir dans ce monde de prédateurs !

    Zootopie démarre de façon fort conventionnelle en installant une jeune héroïne mignonne comme tout et en lui fixant, comme dans beaucoup de Disney, un rêve à accomplir. Judy est un peu l’archétype de l'héroïne du studio aux grandes oreilles : forte, combative mais attendrissante et fragile dans le fond. On s'attache très vite à elle, cela surtout dû au décalage entre sa naïveté et son environnement. Mais au-delà de ce qui sera, on s'en doute dès le départ, un récit initiatique, Zootopie a heureusement d'autres arguments à faire valoir. A commencer par le soin apporté dans son univers peuplé d'animaux anthropomorphes et divisé entre prédateurs et proies. C'est à ce niveau que l'on sent toute l'influence de Rich Moore puisque l'on pense furieusement aux Mondes de Ralph dès l'arrivée de Judy dans la grande ville de Zootopie.

    L'idée géniale du long-métrage, c'est de faire cohabiter plusieurs environnements dans une même ville et de l'exploiter au fur et à mesure. Même si la chose ne semble pas encore assez poussée, on retrouve l'éclectisme des niveaux de Ralph tout en permettant au spectateur d'en prendre plein les yeux, notamment lors de la découverte de la ville en train, juste magnifique. De même, la variété des animaux, la myriade de trouvailles drôles et bien vues en arrière-plan ou au cours de l'intrigue, la somme de ces idées permet au film de se trouver un véritable caractère. Le jeu avec les tailles, les clin d’œils anthropomorphiques multiples, et les diverses blagues à propos des comportements animaux (l'attitude de Nick quand il rencontre un mouton pour la première fois par exemple...) sont autant d'éléments appréciables. Certes on peut reprocher au film de ne pas encore fouiller assez (cela n'atteint jamais le niveau des Mondes de Ralph) ou d'insérer de façon insidieuse des codes Disneyiens dans des comparaisons savoureuses au départ (notamment l'emploi de Gazelle/Shakira qui finit par agacer), Zootopie réussit avec un certain bonheur à naviguer entre le niveau de lecture enfantin et celui, plus complexe, de l'adulte.

    De même, sous couvert d'une intrigue policière un poil prévisible, Zootopie glisse des messages à caractère plus politique et adulte en arrière-plan. Le film parle de tolérance et de différence en offrant une réflexion sur la généralisation à l'emporte-pièce, mais surtout il parvient à toucher du doigt une notion encore jamais illustrée dans un film pour enfants : comment contrôler les masses par la peur. Si la chose ne va pas non plus chercher bien loin vu le public principal visé, il faut rendre hommage à cette volonté d’élever un tantinet la réflexion dans un film made in Disney. Le vrai motif de déception de Zootopie, c'est justement qu'il montre les limites d'un Disney puisque les tics agaçants de la firme tendent un peu trop souvent à reprendre le dessus, notamment cette idée vraiment lassante de mettre une chanson en fin de métrage pour faire danser tout le monde. Autre anicroche, Zootopie compte peut-être deux réalisateurs dans ses gènes, seul l'un des deux semble s'imposer et reproduire un peu trop facilement des schémas connus comme on l'a vu plus haut. C'est assez dommage puisque l'on sent à plusieurs reprises que Rich Moore a le talent nécessaire pour aller plus loin dans son délire visuel et thématique. 

    Film d'animation magnifique visuellement, Zootopie jouit de personnages attachants et d'un univers véritablement travaillé. Si l'on peut regretter que certains tics de Disney viennent parasiter l'entreprise finale, nul doute que la tentative de construire un message un peu plus conséquent que d'habitude en arrière-plan séduira plus d'un spectateur, qu'il soit petit ou grand. Un bon cru donc, peut-être moins savoureux qu'attendu, mais qu'on prend plaisir à déguster malgré tout.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : L'arrivée à Zootopie /Les loups qui se mettent à hurler / la ville des souris

    Meilleure réplique : « Tu crois que pour s'endormir elle se compte elle-même ?" 
     

     

     

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  • [Critique] Spotlight

    Screen Actors Guild Awards 2016 de la meilleur distribution d'acteurs
    Oscar du Meilleur Film 2016
    Nommé catégorie meilleur réalisateur pour Tom McCarthy Oscars 2016

    Nommé catégorie meilleur acteur dans un second rôle pour Mark Ruffalo Oscars 2016

    Nommé catégorie meilleur scénario Oscars 2016

    En retrait ces dernières années, le réalisateur américain Tom McCarthy nous revient en force avec son dernier long-métrage : Spotlight. Devenu l’un des grands favoris pour les oscars, le métrage joue dans une catégorie dont raffole l’académie, celle du film à charge. Inspiré d’une histoire vraie, Spotlight réunit un casting des plus alléchants avec Michael Keaton (de nouveau en vogue après Birdman), Mark Ruffalo, Rachel McAdams, Liev Shreiber et John Slattery. Succès inespéré outre-Atlantique, c’est évidemment le sujet du film, à savoir les liens entre la pédophilie et l’Eglise, qui a fait grand bruit aux Etats-Unis. Très bien accueilli par la critique et lors de la saison des prix pré-oscars, Spotlight a des arguments solides à faire valoir pour décrocher la fameuse statuette.

    Comme nombre de films ces derniers temps, Spotlight mise sur un sujet inspiré d’une histoire vraie, celle de la rédaction de Spotlight appartenant au fameux Boston Globe qui a mis en lumière un vaste scandale en rapport avec la protection accordée par l’Eglise aux prêtres ayant abusés sexuellement d’un grand nombre d’enfants. Alarmé au départ par une affaire isolée de prêtre pédophile, et bien aidé par l’arrivée d’un nouveau rédacteur en chef - Marty Baron-, l’équipe de Spotlight mène une enquête sans précédent sur les liens entre l’Eglise, le barreau et les prêtres pédophiles qui ont sévi à Boston et, rapidement bien au-delà. Le récit raconte comment des journalistes vont tomber sur l’un des plus grands scandales de l’histoire moderne et démasquer l’influence pernicieuse de l’Eglise pour étouffer l’affaire. Mais ce n’est pas tout puisque Spotlight s’interroge aussi sur le poids des responsabilités, ce qui en fait par la même occasion un film moralement très intéressant.

    Bâti de façon tout à fait classique et mis en scène de manière sobre, Spotlight compte principalement sur son sujet et ses acteurs pour le hisser au-dessus de la masse. Choix dangereux puisque c’est justement par son côté banal sur le plan stylistique que le film pêche principalement. Son cheminement linéaire jonglant entre récit d’investigation et drame manque en effet un tantinet d’audace. Le récit suit une trame classique où le vent de scandale et d’indignation monte crescendo pour le spectateur et où la tension oscille, n’atteignant de vrais paroxysmes que lors des quelques moments de bravoures accordés à certains acteurs.
    De ce fait, on ne peut pas dire que le long-métrage a réellement de quoi laisser sur le carreau sur le plan de la mise en scène pure, Tom McCarthy assurant son job avec sérieux mais sans réel génie. La force de Spotlight se cherche ailleurs.

    Passé ces reproches, il faut louer la qualité du scénario proposé qui expose de façon raisonnée et intelligente la lente prise de conscience de l’énormité de l’affaire entre les mains de l’équipe de journalistes. Authentique film à charges, Spotlight descend dans les tréfonds de l’horreur en disséquant le phénomène aujourd’hui bien connu et insidieux de la pédophilie dans la prêtrise. En confrontant le spectateur à la fois aux témoignages des survivants mais aussi (un peu trop rapidement) aux criminels, Spotlight touche une corde sensible. Avec la pudeur nécessaire mais sans jamais perdre son mordant, le film révèle de nouveau l’intolérable s’appuyant sur ce fait simple et essentiel : il ne faut pas laisser faire. L’impunité est au centre du récit, celle de l’Eglise qui se croit toute puissante et celle, plus retorse, d’un certain nombre d’avocats prêts à vendre leurs âmes pour conclure des arrangements juteux. Mais là où Spotlight frappe le plus fort c’est en questionnant la responsabilité de la presse elle-même et en se demandant comment des affaires pédophiles aussi nombreuses ont pu être relégués à la case « fait divers ». Le regard dur et sans concession porté sur ses propres « héros » compense en grande partie le manque d’audace stylistique.

    Outre sa façon assez commune de suivre une enquête passionnante, Spotlight s’attarde sur ses personnages et donne une vision nuancée et humaine de ces inspecteurs de circonstances. Michael Keaton s'avère irréprochable dans le rôle de Walter Robinson mais se fait voler la vedette par le décidément formidable Mark Ruffalo, dont le mélange de calme et de froide colère permet au personnage de Michael Rezendes de briller tout particulièrement. De même, Liev Schreiber qu’on est peu habitué à voir jouer des rôles effacés impressionne au même titre que le trop rare Stanley Tucci. Le casting de Spotlight, même s’il n’a que de rare moments de bravoure (la colère de Mark Ruffalo, les séquences de Stanley Tucci), sait apporter la touche d’authenticité et de sobriété nécessaire à une telle entreprise. Derrière ces prestations, Tom McCarthy dresse des portraits humains qui permettent au spectateur de profiter d’une empathie bienvenue sur un sujet aussi noir et délicat. La volonté du film d’aller au bout de sa dénonciation et de publier en toute fin une liste exhaustive des scandales de pédophilies liés à l’Eglise dans le monde fait particulièrement froid dans le dos en même tant qu’elle réjouit.

    Malgré une forme quelconque et peu inspirée, Spotlight se rattrape sur le fond et sur son casting en béton armé. Dénonçant avec virulence l’impunité religieuse, la complicité passive des médias et du grand public ainsi que la nécessité du regard étranger sur un milieu sclérosé, le long-métrage de Tom McCarthy révolte et rend honneur à tous ces survivants qui demandent encore justice. Lorsque l’on voit que le Vatican estime encore que ses évêques n’ont pas à dénoncer les affaires de pédophilies à la police (Article de Février 2016 du journal L’Express), Spotlight apparaît comme un film d’une extrême nécessité pour démonter une hiérarchie rien de moins que criminelle.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Mark Ruffalo qui explose de colère dans le bureau de Spotlight / Le diner entre Stanley Tucci et Mark Ruffalo / L’aveu de Walter Robinson

    Meilleure réplique : « Où étais-tu pendant tout ce temps, Walter ?


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  •  [Critique] Carol

    Prix d'interprétation féminine Cannes 2015 pour Rooney Mara
    Nommé catégorie meilleure actrice dans un premier rôle pour Cate Blanchett Oscars 2016
    Nommé catégorie meilleure actrice dans un second rôle pour Rooney Mara Oscars 2016

    Nommé catégorie meilleur scénario adapté Oscars 2016

     Dans la course aux oscars cette année, on retrouve plusieurs films engagés avec Spotlight, The Danish Girl...et Carol. Réalisé par Todd Haynes que l'on avait pas vu sur grand écran depuis I'm Not There en 2006 et que l'on pensait tombé dans les griffes télévisuelles d'HBO depuis sa collaboration avec la chaîne câblée sur la mini-série Mildred Pierce, Carol adapte le roman de Patricia Highsmith - The Price of Salt - publié en 1952 au Royaume-Uni. Traitant d'une relation lesbienne, le roman avait fait grand bruit à sa sortie tout en étant salué par la communauté lesbienne pour sa vision dénuée des préjugés de l'époque. Ainsi, Todd Haynes décide d'adapter cette histoire située dans l'Amérique des années 50 à la fois pour témoigner de la discrimination subie par les homosexuels mais aussi pour dépeindre une belle histoire d'amour entre deux excellentes actrices : Rooney Mara et Cate Blanchett. Après avoir fait forte impression au Festival de Cannes en 2015 (et donnant au passage son premier Prix d'Interprétation Féminine à Rooney Mara), le long-métrage est en lice pour les oscars d'une façon un peu incongrue puisqu'il n'est nommé que dans la catégorie meilleure actrice dans un premier rôle pour...Cate Blanchett. Si son absence des autres catégories reines n'est guère surprenante (nous y reviendrons), l'oubli de Mara semble tout à fait scandaleux et sa relégation en second rôle totalement injuste. Qu'à cela ne tienne, Carol débarque dans les salles françaises et permet enfin de juger sur pièce du travail de Todd Haynes.

    New-York, 1952. Vendeuse de jouets dans un magasin pour enfants en attendant que sa carrière de photographe décolle, Therese Belivet s'ennuie dans un monde terne où sa relation avec Richard, son petit-ami, stagne encore et toujours. A l'approche de Noël, elle fait la rencontre impromptue de Carol Aird, une femme sensuelle et intelligente qui vient acquérir un présent pour sa fille. Immédiatement charmé par l'aura magnétique de Carol, Therese se met en tête de la retrouver pour comprendre l'étrange sensation qui la saisit peu à peu en compagnie de celle-ci. Si bientôt les deux femmes éprouvent une attirance mutuelle, Carol va devoir affronter la dure réalité et se battre pour obtenir la garde de sa fille que son ex-mari, Harge Aird, n'entend pas lui laisser si facilement. Un combat difficile s'engage alors où Carol devra lutter à la fois pour sa fille et l'amour de Therese. 


    Film d'époque, Carol déploie instantanément une mise en scène fabuleuse et raffinée. Avec un sens du détail presque maladif, Todd Haynes reproduit le New-York des années 50 avec une authenticité stupéfiante. Mieux encore, il capte les mœurs de l'époque avec une acuité certaine et arrive à rendre compte des rapports sociaux (et amoureux) avec un grande habilité. Sur un plan purement scénaristique, Carol s'avère un film lent où l'intrigue se pose doucement et où les enjeux amoureux éclosent avec douceur et pudeur sur un fond d'intolérance que l'on devine très rapidement. Haynes profite de ses sublimes décors et de sa mise en scène millimétrée pour installer dans un premier temps un discours sur la femme où Therese et Carol ne sont que deux faces d'une même pièce, l'une s'ennuyant silencieusement de sa condition sociale étriquée, l'autre refusant de se laisser enfermer dans la case habituelle de l'épouse résignée. S'il part sur un postulat plutôt féministe en racontant en filigrane le besoin d'émancipation de la femme par le travail ou par l'affectif, Carol devient rapidement une histoire d'amour où la cause lesbienne s'avère traitée avec pudeur. 

    Finissant par plonger dans l'intense relation que vont connaître Carol et Therese, le long-métrage se fait certainement un peu plus timoré dans son message et, surtout, manque d'audace. Si l'on louera la façon d'Haynes d'aborder la relation sans jamais virer au vulgaire, il faut bien avouer qu'il n'invente pas grand chose, pour ne pas dire rien. C'est justement là que s'effrite le long-métrage. Malgré les prestations remarquables livrées par Cate Blanchett et Rooney Mara (celle-ci prend d'ailleurs largement le pas sur son illustre aînée), Carol n'arrive jamais à insuffler la chaleur et l'émotion nécessaire à une telle oeuvre. Tout se passe comme si Todd Haynes était tellement préoccupé par la perfection esthétique de sa mise en scène qu'il en oublie les émotions. Du coup, le film devient froid et suscite un ennui poli tant la trame semble cousue de fil blanc et que seule une fin bien maigre semble vouloir rattraper. 

    Le constat est d'autant plus amer que l'histoire décrite par Carol reste tout à fait intéressante dans le fond et témoigne avec une grande justesse des épreuves subies par la communauté lesbienne de l'époque, peut-être encore plus ostracisée dans la société américaine que son pendant masculin. A plusieurs reprises même, le talent des deux actrices semble assez fort pour passer outre la froideur de la mise en scène mais l'intrigue finit par retomber dans le combat attendu et annoncé de Carol pour garder sa fille auprès d'elle. Dès lors, les événements ne surprennent plus et la phase d'exposition, déjà bien longue, ne connaît jamais de véritable envolée. Le fait que Carol soit absente des catégories dites "reines" de la grande messe des Oscars n'a donc au final rien de surprenant, mais on peut logiquement se poser la question de la pertinence des nominations respectives de Mara et Blanchett. La première assume tellement le premier rôle de l'histoire et porte tant l'intrigue sur ses épaules qu'il est véritablement injuste de la voir reléguée en seconde rôle alors que Cate Blanchett correspond tout à fait à ce qualificatif (ce qui n'enlève rien à son talent dans le film au demeurant). Une autre polémique pour une cérémonie qui n'en manquait déjà pas. 


    A l'arrivée, Carol apparaît comme une belle occasion manquée. Trop accaparé par sa mise en scène et sa reconstitution d'époque impressionnantes, le film loupe son aspect émotionnel et se prive de ce qui aurait du être, en toute logique, sa plus grande force. Si l'on s'ennuie poliment devant une intrigue trop balisée, force est de constater que le duo Cate Blanchett-Rooney Mara fonctionne parfaitement et constitue de fait le véritable intérêt du film de Todd Haynes
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :
     Cate Blanchett confrontée à son ex-mari pour la garde de sa fille

     

     

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  • [Critique] Le Garçon et la Bête

     Bien que le grand Hayao Miyazaki ait pris sa retraite, d'autres auteurs continuent à entretenir la réputation d'excellence du Japon en matière d'anime. Parmi eux figure Mamoru Hosoda qui nous avait offert en 2012 l'excellent Les Enfants loups, Ame et Yuki. Fort d'un beau succès public et critique en France, le réalisateur a de nouveau l'honneur d'une sortie en salles pour son dernier long-métrage : Le Garçon et la Bête. Renouant avec une certaine dimension fantastique où hommes et bêtes se côtoient, le film s'intéresse au deuil au moyen d'une aventure initiatique haute en couleurs.

    Dans l'univers du Garçon et la Bête, le monde se scinde en deux : le monde des hommes tel que nous le connaissons et le monde des Bêtes qui existe quelque part derrière un enchevêtrement de ruelles obscures. Seul et abandonné de tous, le jeune Ren fait la rencontre improbable de Kumatetsu, une Bête braillarde et toujours prête à se battre dont l'unique rêve semble être d'accéder au trône de Jutengaï, le monde des Bêtes. En suivant Kumatetsu, Ren prend le nom de Kyuta pour devenir son disciple et accéder au rang de maître des arts martiaux...tout en corrigeant sans le savoir les défauts qui hantent le cœur de Kumatetsu. Malheureusement, pour l'un et pour l'autre, l'aventure s'annonce difficile tant tout semble les opposer. Pourront-ils vaincre leurs démons respectifs et Kumatetsu pourra-t-il surpasser Iôzen pour devenir le nouveau seigneur de Jutengaï ?

    Au départ, Le Garçon et la Bête rappelle les Enfants loups. Tout comme dans ce dernier, le film commence sur une note très dure, à savoir la mort de la mère de Ren. Seul et perdu, en colère de surcroît, Ren cherche le réconfort dans les rues avant de tomber sur un petit animal fantastique qui deviendra un peu son compagnon de route. La tendresse et la dureté. Ce sont là les deux maîtres-mots du Garçon et la Bête. Avec sa volonté de s'inscrire dans le légendaire, le long-métrage dévoile un monde onirique et surprenant, celui des Bêtes où les hommes sont vus comme un danger. Comme si l'animalité n'était pas en soi le pire dans l'être humain mais sa propension à être rongé par une noirceur cachée. Avec Ren, on fait la rencontre de Kumatetsu, une Bête atypique parmi ses pairs, lourde et gueularde, qui n'a rigoureusement aucune discipline et aucun tact. C'est de cette rencontre que naît le principal intérêt du Garçon et la Bête.

    En explorant le lien d'amitié puis d'amour qui va unir les deux personnages, Hosoda explore le lien filial, le sentiment d'appartenance et, plus simplement, la nécessité d'un parent. Plus qu'un simple maître turbulent et agaçant, Kamatetsu devient une ombre tutélaire pour Kyuta, lui apporte l'amour d'un père d'une façon singulière mais salvatrice. Sous des dehors de rustre, le maître va devenir un père de substitution et jouer le rôle qui manquait à la vie de Kyuta finissant par devenir une part de lui, ceci dans tous les sens du terme. Le foisonnement de l'univers, la beauté de cette relation inattendue et l'humour qui s'en dégage n'en font pas oublier l'originalité du monde visité. L'esthétisme de Jutengaï rappelle les beautés inattendus d'un Miyazaki sans en atteindre toutefois les plus hauts sommets. On regrette certains choix d'emblée, comme ce voyage initiatique beaucoup trop court et qui frustre plus qu'il ne régale le spectateur, ou comme ce brusque retour dans la réalité des hommes pour une histoire parallèle qui manque cruellement de charme. Le bête apprentissage des lettres et des chiffres semblent bien fade par rapport aux folies proposées dans l'univers des Bêtes.

    Reste que dans son abord de la comparaison Hommes/Bêtes ainsi que dans sa façon de présenter le néant qui ronge le cœur de tous ces enfants qui n'ont pas connu leurs racines ou trop peu, Le Garçon et la Bête renoue avec la beauté fragile des Enfants loups, en moins poétique et en moins touchant certes, mais en y ajoutant un sens fantastique plutôt bien pensé. Si le Moby Dick que chasse Kyuta semble s'incarner en son double Ichirôhiko, c'est pour mieux le confronter à lui-même et à ce qui le ronge, à cette masse informe qui le tenaille depuis la perte de ses repères suite à la mort de sa mère. Toute la beauté de l'entreprise est surement là pour Mamoru Hosoda, vaincre son passé et regarder vers l'avenir grâce à l'amour porté par un autre rencontré un peu au hasard. Sans oublier que la nouvelle relation marche dans les deux sens et que c'est le fait même de prendre quelqu'un sous son aile qui donne à Kumatetsu une maturité et une confiance en soi qui lui faisaient cruellement défaut auparavant. Le Garçon et la Bête tire à la ligne, développe une pseudo-quête du retour au monde des hommes peu passionnante mais rattrape en grande partie ses faiblesses par le reste de ce qu'il raconte dans le monde des Bêtes, ce qui est déjà franchement pas mal tout bien considérer.

    Plus inégal et forcément moins fort que son prédécesseur, Le Garçon et la Bête reste tout de même un anime de qualité qui sait ébaucher un duo improbable et attachant en diable tout en développant avec brio la thématique du père et du besoin d'origines. Ajoutez-y la fantaisie de Jutengaï et vous obtenez un bon moment de cinéma dont les défauts ne peuvent occulter les (nombreuses) qualités. 

     

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Kyuta imitant les gestes de Kumatetsu

     

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  • [Critique] Steve Jobs


    Homme devenu légende, Steve Jobs, le fondateur d’Apple, est décédé en 2011 d’un cancer du pancréas. Celui à qui l’on doit des révolutions technologiques comme l’IPod ou l’Iphone n’a toujours pas cessé de hanter l’imaginaire collectif, même 5 ans après sa disparition. En 2013, Joshua Michael Stern proposait un premier biopic où seul surnageait la bonne prestation d’un Asthon Kutcher méconnaissable. Terne, fade et dénué de toute vision artistique véritable, Jobs passait à côté de son sujet. Deux ans plus tard, c’est au tour de l’anglais Danny Boyle de tenter sa chance sur le même sujet mais, cette fois, avec un allié de poids : Aaron Sorkin. Ce nom ne vous dit peut-être rien mais il s’agit de l’homme derrière le scénario du génial The Social Network ou encore de l’excellent Moneyball. Du coup, le projet s’avère bien plus excitant et enflamme rapidement la critique US. Juste à temps pour les oscars, le long-métrage sort dans les salles françaises accompagné d’un buzz des plus positifs. Casting quatre étoiles, réalisateur réputé et scénariste chevronné, il n’en faut pas plus pour attirer l’attention !

    On ne reviendra pas sur l’histoire de Steve Jobs. On dira tout au plus que le film tente de peindre le portrait d’un génie du marketing qui a imposé sa marque dans le monde de l’informatique. Sorkin et Boyle prennent le contrepied des biopic habituels et tentent quelque chose d’une immense audace : raconter Steve Jobs sur trois séquences de 40 minutes, toutes les trois se situant dans les coulisses quelques instants avant la présentation d’un nouveau produit. Théâtral de bout en bout – le fait que Sorkin soit issu de ce monde-là étonne peu sur le produit final qui nous est livré – Steve Jobs arrive à se départir de l’ombre tutélaire de son encombrant grand frère, le chef d’œuvre The Social Network de David Fincher, pour trouver une voix propre et se recentrer tout entier sur son personnage principal en abandonnant la piste transgénérationnelle. Une bonne idée ? Pas totalement en fait puisque le film perd forcément en puissance intellectuelle et en impact. Heureusement, Sorkin n’abandonne cet aspect que pour se tourner vers autre chose et tenter, comme Jobs, de penser différent.

    Le spectateur est pris de cours par le film qu'il vient voir. Steve Jobs ne va pas de l’origine à la toute fin comme pourrait le faire n’importe quel autre biopic. Il ne cherche pas non plus à lisser une image ou à magnifier son sujet, mais bien à tenter de coller au plus près de ce qu’était Jobs en mélangeant presque à parts égales le côté homme du monde et l'aspect intime. Autre surprise, le film se concentre sur trois lancements, et pas les plus célèbres, bien au contraire. Sauf qu’ils semblent rapidement être les plus pertinents possibles. Boyle s’efface derrière Sorkin, gomme ses tics habituels (et devient bien moins agaçant !) pour aboutir à une œuvre à la densité apoplexiante. Ouragan de dialogues et de Walk and Talk, Steve Jobs transmet tout à travers ses dialogues et son casting, comme un théâtre gigantesque. Il ramène en ce sens furieusement à l’excellent Birdman d’Inarritu mais sans la volonté métaphysique évidente. Ici, les coulisses servent de révélateurs et présentent Jobs dans son impériale et détestable gloire. Le versant théâtral partagé en trois actes reproduit les mêmes motifs, comme autant d’échos évolutifs qui mènent, finalement, à une peinture somptueuse de cette personnalité formidablement complexe qu’était Jobs.

    On ne peut s’empêcher de penser aux fantômes des Noëls passé, présent et futur dans Steve Jobs tant la trame renvoie à Dickens, tant les constantes joutes verbales successives entre Jobs et ses démons de chair et d’os parviennent à briser le cadre. Sorkin comprend qu’il est inutile de retracer la vie de Jobs et se success-story, que pour approcher de son sujet, il faut surtout capturer l’homme et non son histoire exhaustive. Cette volonté amène à ces trois séquences qui brassent à peu près tout ce qu’il faut savoir sur Jobs et cela sans jamais tenter de le faire reluire, bien au contraire. Monstrueusement mégalomaniaque avec une pointe de paranoïa, condescendant comme pas possible et pour tout dire, souvent détestable, Jobs possède l’aura d’un génie mais n’en est pas un au sens strict du terme. Il est un voleur magnifique et un manipulateur exemplaire, mais jamais il n’est un homme bien. Même dans une fin qui pourrait hâtivement sembler rédemptrice, il n’est juste question que d’une harmonie retrouvée au moins de façon temporaire entre le caractère fondamentalement écœurant du fondateur d’Apple et sa volonté profonde de changer le monde. Pendant près d'une heure cinquante-cinq, Sorkin casse la légende pour mieux la reconstruire avec lucidité. Oui, Jobs était un connard, oui, Jobs n’était pas le génie que l’on connaît, mais surtout oui, Jobs a su monter ses plans et utiliser les talents des autres comme personne. C’est certes bien moins flatteur et reluisant que la fausse-légende qui lui colle à la peau, mais c’est bien plus humain et appréciable. Sorkin tape dans le mille. Encore.

    Et cela, il le doit aussi, et surtout, à son casting remarquable. Un casting qui ressemble cette fois bien peu à la réalité mais pourtant lorsque Michael Fassbender parle, vocifère, enrage, éructe, murmure, il est Steve Jobs comme aucun autre et peu importe à quoi il ressemble. Formidable de la première à la dernière seconde, Fassbender s’efface et n’en finit plus de prouver qu’il est l’un des meilleurs acteurs en activité. Autour de lui gravite une cour tout à fait remarquable également. De la sublime et impériale Kate Winslet à l’inattendu Seth Rogen, tous les seconds rôles apportent quelque chose en terme qualitatif et émotionnel. C’est la conjonction et l’alchimie parfois rêche de cette troupe qui donnent le résultat impeccable sur lequel Boyle bâtît son film. Si le cinéaste est d’habitude agaçant comme pas possible et clippeur à l’extrême, il se calme gentiment pour l’occasion et met ses tics en sourdine, ne les intercalant qu’avec bonheur sans faire foirer l’entreprise. En arrière, la musique discrète mais entêtante de Pemberton vient harmoniser le tout.

    Contrairement à The Social Network qui visait d’emblée une métaphore générationnelle totale, Steve Jobs met l’accent sur l’individu et sur les racines familiales. Sorkin s’avère moins habile à ce niveau mais reste d’une grande efficacité. En montrant Lisa comme le fil rouge de la vie de Jobs, il arrive à capturer les contradictions d’un homme qui veut un système fermé et semble même l’appliquer à sa propre vie. Qui refuse que l’on intervienne dans la sienne et qui doit tout contrôler. Malheureusement, il en oublie que le monde n’a pas forcément ses défauts à lui et encore moins sa propre fille. Blessé dans son orgueil et rongé par son adoption, Jobs ne sait pas gérer, tout simplement. Il sait décoder les envies et le marketing mais est incapable de comprendre la tristesse d’une fillette de 5 ans. La seule scène où Lisa le serre dans ses bras en lui demandant d’habiter avec lui résume tout le paradoxe de vouloir la perfection. Ce perfectionniste insupportable passe à côté de certaines choses essentielles dans l’esprit humain, à commencer par l’amour filial et l’amitié, ce qui le rend à la fois totalement détestable et bourré d’humanité. Steve Jobs révèle avec justesse qu’au fond le fondateur d’Apple n’était bien qu’un homme.

    On attendait fébrilement ce Steve Jobs et force est de constater que l’on est pas déçu du résultat. Evidemment, il ne s’agit pas d’un biopic conventionnel, c’est même tout le contraire. Son verbiage incessant épuise autant qu’il impressionne mais c’est finalement l’audace du projet, son insolente énergie et sa force impressionnante qui remportent le combat. Steve Jobs est le premier grand film de 2016, un très (très) grand moment de cinéma.


    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Jobs confronté à Wozniak avant le lancement de l'IMac

     

     

     

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  • [Bilan] Liste et critiques cinéma en 2015

     

    Liste classée des Films de 2015 :

    MacBeth de Justin Kurzel : 10/10

    Crosswinds de Martti Helde : 10/10
    Foxcatcher de Benett Miller : 9.5/10
    Mad Max : Fury Road de George Miller : 9.5/10
    Vice-Versa de Pete Docter : 9.5/10
    The Look of Silence de Joshua Oppenheimer : 9.5/10
    Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu : 9.5/10
    Sicario de Denis Villeneuve : 9/10
    Loin des Hommes de David Oelhoffen : 9/10
    Inherent Vice de Paul Thomas Anderson : 9/10
    Papa ou Maman de Martin Bourboulon : 9/10
    Virunga d'Orlando von Einsiedel : 9/10 [NETFLIX]
    The Voices de Marjane Satrapi : 9/10
    It Follows de David Robert Mitchell : 9/10
    Les Nouveaux Sauvages de Damian Szifron : 9/10
    Le Fils de Saul de Lazslo Nemes : 9/10
    Goodnight Mommy de Veronika Franz et Severin Fiala : 9/10 [DTV]
    Youth de Paolo Sorrentino : 8.5/10
    Notre Petite Soeur d'Hirokazu Koreeda : 8.5/10
    The Lobster de Yorgos Lanthimos : 8.5/10
    Mon Roi de Maïwenn : 8.5/10
    Star Wars Episode VII : The Force Awakens de J.J Abramns : 8.5/10
    My Skinny Sister de Sanna Lenken : 8.5/10
    Les Mille et une nuit - 1 L'inquiet de Miguel Gomes : 8.5/10
    Ex Machina d'Alex Garland : 8.5/10
    L'ennemi de la classe de Rok Bicek : 8.5/10
    Le Président de Mohsen Makhmalbaf :8.5/10
    Une Belle Fin d'Urberto Pasolini : 8.5/10
    Avengers : Age of Ultron de Jess Whedon : 8.5/10
    Sea Fog de Sung Bo Shim : 8.5/10
    Dheepan de Jacques Audiard : 8.5/10
    Beast of No Nations de Cary Fukunaga : 8.5/10 [NETFLIX]
    Taxi Teheran de Jafar Panahi : 8.5/10
    Les Mille et Une Nuit de Miguel Gomes 2 - Le Désolé : 8.5/10
    Au-Delà des Montagnes de Zhang-ke Jia : 8.5/10
    Une Merveilleuse histoire du temps de James Marsh : 8/10
    Joy de David O.Russell : 8/10 
    Hard Day de Kim Seong-hun : 8/10
    Le Voyage d'Arlo de Peter Sohn : 8/10
    Souvenirs de Marnie de Hiromasa Yonebayashi : 8/10
    Dear White People de Justin Simien : 8/10
    Masaan de Neeraj Ghaywan : 8/10
    Tale of Tales de Matteo Garrone : 8/10
    Le Prodige d'Edward Zwick : 8/10
    Difret de Zeresenay Mehari : 8/10
    Mission Impossible : Rogue Nation de Christopher McQuarrie : 8/10
    Shaun le mouton de Richard Starzak : 8/10
    Umrika de Prashant Nair : 8/10
    Summer de Alanté Kavaité : 8/10
    Le Pont des espions de Steven Spielberg : 8/10
    Mustang de Deniz Gurman Ergoyen : 8/10
    Life d'Anton Corbjin : 8/10
    La loi du marché de Stéphane Brizé : 8/10
    Kingsman, Services Secrets de Matthew Vaughn : 7.5/10
    Imitation Game de Morten Tyldum : 7.5/10
    Chelli d'Asaf Korman : 7.5/10
    Une seconde mère d'Anna Muylaert : 7.5/10
    Phoenix de Christian Petzold : 7.5/10
    Captives d'Atom Egoyan : 7.5/10
    Une seconde mère d'Anna Muylaert : 7.5/10
    Still Alice de Richard Glatzer : 7.5/10
    Je suis mort mais j'ai des amis de Guillaume et Stéphane Malandrin : 7.5/10
    Hyena de Gerard Johnson : 7.5/10
    A la poursuite de demain de Brad Bird : 7.5/10
    Seul sur Mars de Ridley Scott : 7.5/10
    American Ultra de Nima nourizadeh : 7.5/10
    Vers l'autre rive de Kiyoshi Kurosawa : 7.5/10
    Agents très spéciaux - Code UNCLE de Guy Ritchie : 7.5/10
    Frank de Lenny Abrahamson : 7/10
    Les Jardins du roi d'Alan Rickman : 7/10
    Les Nouveaux Héros de Don Hall et Chris Williams : 7/10
    Le Petit Prince de Mark Osborne : 7/10
    Renaissances de Tarseem Singh : 7/10
    Les Suffragettes de Sarah Gavron : 7/10
    Wild de Jean-Marc Vallée : 7/10
    Love & Mercy de Bill Pohlad: 7/10
    Loin de la foule déchaînée de Thomas Vinterberg : 7/10
    Ant-Man de Peyton Reed : 7/10
    Miss Hokusai de Keiichi Hara : 7/10
    Le Labyrinthe du silence de Giulio Ricciarelli : 7/10
    Dark Places de Gilles Paquet Brenner : 6.5/10
    Hotel Transylvanie 2 de Genndy Tartakovsky : 6.5/10
    Régression d'alejandro amenabar : 6.5/10
    007 Spectre de Sam Mendes : 6.5/10
    Strictly Criminal de Scott Cooper : 6.5/10
    Spy de Paul Feig : 6.5/10
    Les Minions de Pierre Coffin et Kyle Balda: 6.5/10
    Broadway Therapy de Peter Bogdanovich : 6.5/10
    Everest de Baltasar Kormákur : 6.5/10
    Ixcanul de Jayro Bustamante : 6.5/10
    Victoria de Sebastian Schipper : 6.5/10
    Un Pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence de Roy Andersson : 6/10
    La Tête haute d'Emmanuelle Bercot : 6/10
    Les Mille et Une Nuit de Miguel Gomes 3 - l'Enchanté : 6/10
    Cemetery of Splendour d'Apichatpong Weerasethakul : 6/10
    Valley of Love de Guillaume Nicloux : 6/10
    Queen and Country de John Boorman : 6/10
    La Peur de Damien Odoul : 5.5/10
    Lost River de Ryan Gosling : 5/10
    Ted 2 de Seth McFarlane : 5/10
    Mia Madre de Nanni Moretti : 5/10
    Absolutely Anything de Terry Jones : 5/10
    Parole de Kamikaze de Masa Sawada : 5/10
    Snow Therapy de Ruben Östlund : 4.5/10
    Crimson Peak de Guillermo Del Toro : 4.5/10
    Chappie de Neill Blompkamp: 4.5/10
    American Sniper de Clint Eastwood : 4/10
    Les 4 Fantastiques de Josh Trank : 4/10
    Jurassic World de Colin Trevorrow : 4/10
    Maggie d'Henry Hobson : 3.5/10
    La Rage au ventre d'Antoine Fuqua : 3/10
    Jupiter's Ascending des frères Wachowski: 3/10
    Les Merveilles d'Alice Rohrwacher : 2/10
    The Visit de Night Shyamalan : 0/10

     

    Par pays :

    Américain +++++++++++++++++++++++++++++++++++++ = 37
    Anglais ++++++++++++ = 12
    Français ++++++++++ = 10
    Italien ++++++ = 6
    Japonais +++++ = 5
    Indien +++ = 3
    Portuguais +++ = 3
    Suédois +++ = 3
    Allemand ++ = 2
    Iranien ++ = 2
    Coréen du Sud ++ = 2
    Mexicain ++ = 2
    Mexicain ++ = 2
    Canadien ++ = 2
    Turque ++ = 2
    Argentin + = 1
    Australien + = 1
    Autrichien + = 1
    Belge + = 1
    Brésil + = 1
    Chinois + = 1
    Danemark + = 1
    Espagne + = 1
    Estonien + = 1
    Ethiopien + = 1
    Georgien + = 1
    Grec + = 1
    Guatemala + = 1
    Hongrois + = 1
    Irlande + = 1
    Islande + = 1
    Israélien + = 1
    Lituanie + = 1
    Norvégien + = 1
    Pays-Bas + = 1
    Slovène + = 1
    Thaïlandais + = 1


    Plan de l'année :

    [Bilan] Liste et critiques cinéma en 2015



    Bande annonce de l'année 2015 :

     

     

    Bande-originale de l'année 2015 :



    Chanson de l'année 2015 :




    Et le bonus, Filmography 2015 :



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  • [Critique] Au-delà des montagnes

    Réalisateur prolifique, Jia Zhang-ke n'a pourtant vraiment été mis en avant qu'en 2013 avec son film à sketchs A Touch of Sin. Véritable peinture de la société chinoise, il mettait en lumière les inégalités et les contradictions du système de la République Populaire. De nouveau invité au Festival de Cannes en 2015, le réalisateur chinois est venu y présenter un long-métrage plus conventionnel mais pas moins intelligent intitulé Mountains May Depart (traduit chez nous par Au-delà des montagnes). Largement salué par la critique, le film s'est depuis avéré, à son échelle, un petit succès public en France. Axant son histoire une nouvelle fois sur l'histoire de son pays ainsi que son évolution récente (et future), Zhang-ke livre un ode à la Chine traditionnelle et analyse le difficile passage de flambeau à une génération en mal de liberté.

    Contrairement à A Touch of Sin, Au-delà des montagnes n'est pas un film à sketchs. Enfin pas vraiment. Il s'agirait plutôt d'une fresque temporelle en plusieurs tableaux commençant en 1999, à la veille de XXIème siècle, alors que la Chine semble bouffée par la crise minière qui érode ses exploitations de charbon. On y fait la connaissance d'une belle jeune femme, Tao, qui devient l'enjeu d'un triangle amoureux où s'affronte Liangzi et Zang, le premier est un ambitieux responsable de station service, le second est un simple ouvrier vivant du charbon. Le choix de la jeune femme va sceller son destin et nous projeter quinze ans plus tard dans un pays en plein bouleversement sociologique et économique où elle sera confronter au regard de son fils, Dollar. C'est finalement ce dernier qui conclura cette histoire chinoise dans une Australie du futur où la technologie n'arrive pas à effacer le besoin de racines.

    Le récit part mal. Parce que l'on croit dans un premier temps que Zhang-ke s'est laissé aller à nous monter un trio amoureux et les tergiversations attenantes à une telle situation. On se rend heureusement compte rapidement qu'il pose les bases de toute sa réflexion sur la Chine et sur ses habitants, sur le passage du temps et le changement social. Ainsi, les deux prétendants ne sont pas choisis au hasard. D'un côté Liangzi représente l'humble et pauvre travailleur, le milieu ouvrier par excellence, quand Zang synthétise l'ambition dévorante et le capitalisme naissant dans une Chine encore largement communiste. Dès lors, le choix de Tao semble fort se superposer à celui du régime, celui d'un capitalisme timoré mais clinquant qui ne fera pas long feu. Avec malice, le réalisateur chinois filme le passé proche de son pays en y plantant les graines du changement, lors d'une séquence en boîte de nuit ou lors d'un concert traditionnel, il montre le basculement dans le nouveau millénaire d'un pays en mal de nouveautés. Si l'on croise encore de jeunes garçons portant avec fierté le guandao, si les déguisements festifs en dragons éclairent encore le nouvel an chinois, les choses changent petit  à petit.

    Avec ingéniosité, Zhang-ke permute ses personnages principaux et les fait pour ainsi dire traverser les âges. Il montre alors les choix malheureux fait par notre trio, et comment, à leur image, le pays a perdu peu à peu son identité et sa personnalité. Le phénomène semble toujours s’accélérer, l'ancienne et la nouvelle génération ne semblent plus capables de se comprendre et les plus antiques traditions se fanent pour le petit Dollar (Dao Le en fait), quintessence de la vanité chinoise, paternelle et étatique. Le réalisateur capte avec justesse la tristesse de cette césure. Quasiment étranger à sa propre mère comme peuvent l'être nombre de chinois vis-à-vis de leur propre pays qu'ils ne reconnaissent plus, l'enfant n'aspire pourtant en rien à oublier. La touchante prestation de l'actrice Zhao Tao dans le rôle de Tao souligne ce glissement malheureux et ce fossé générationnel qu'elle tente de combler avec tout l'amour dont une mère est capable. C'est dans ce segment certainement que Zhang-ke touche au plus juste, là où il pointe du doigt l'effacement progressif de racines qui feront cruellement défaut par la suite.

    Puis, de façon inattendue, Au-delà des montagnes devient un film de science-fiction dans son dernier quart. Comme une sorte de promesse d'avenir, terre promise perdue en plein Océan Pacifique, l'Australie devient toile de fond, confirmant que la Chine a fini par s'effacer, les espoirs de tout un peuple envolé. Mais Dollar a grandi, sa génération, entre la douleur de l'absence d'une culture millénaire et une irrépressible envie de liberté, doit composer avec la technologie. Le réalisateur chinois arrive à l'inévitable confrontation père-fils, rejouant un drame que l'on savait couru d'avance, celui d'un fossé infranchissable où la barrière de la langue et de la culture deviennent infranchissables, où même la liberté devient une chimère. Sous des airs de fresque familiale, Au-delà des montagnes dresse le bilan évolutif de la Chine, capturant traditions et modernité. Son constat amer, celui de l'emprise de l'argent au dépend de l'amour et de la transmission culturel, pourrait tout aussi bien s'appliquer à notre échelle et donne, en un sens, une portée universelle au film. Si l'on regrette un ultime segment trop long et poussif dans sa tentative Œdipienne presque malvenue, on saluera la majesté de l'entreprise et sa réussite impressionnante.

    Confirmant de façon brillante son talent de cinéaste, Jia Zhang-ke livre un film passionnant mariant l'intime à l'histoire avec un grand H. Outre une mise en scène remarquable, il profite du talent de la belle Zhao Tao pour parler de la Chine avec une acuité peu commune. Au-delà des montagnes dépasse les espérances et nous emmène dans un voyage riche en sagesse. Une bien belle façon de conclure l'année cinéma 2015.

    Note : 8,5/10

    Meilleure scène : Tao donnant les clés de sa maison à Dollar

     

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  • [Critique] Mistress America

    Habitué du genre, Noah Baumbach récidive après While We're Young et Frances Ha en ce début d'année 2016. Sans bouleverser ses marottes habituels, le réalisateur américain continue dans la comédie indé gentiment turbulente. Mieux encore, il retrouve son actrice fétiche, Greta Gerwig, qui, pour l'occasion, co-scénarise son nouveau long-métrage en plus d'en assurer le principal rôle secondaire. Baumbach pose une nouvelle fois sa caméra à New-York, dans les milieux des jeunes artistes qu'il affectionne tant, pour près d'une heure trente d'un récit vivifiant. Mistress America fait la part belle à une certaine conception de le jeunesse et de l'émancipation intellectuelle, ceci par le regard tantôt naïf tantôt désabusé de sa jeune héroïne, Tracy, incarnée par la rafraîchissante Lola Kirke. Après la petite déception Frances Ha, Noah Baumbach arrive-t-il enfin à trouver l'équilibre suffisant entre influences indé et cinéma d'auteur ?

    Tracy vient d'intégrer l'université. Écrivaine en herbe, elle souhaite intégrer le plus prestigieux des clubs de lecture du campus, le fameux Moebius. Avec son ami Tony, dont elle tombe rapidement amoureuse, Tracy va découvrir peu à peu que la vie étudiante est loin d'être aussi excitante et libératrice qu'elle se l'imaginait. Sur un coup de tête, elle décide d'appeler Brooke, la fille de son futur beau-père. Véritable feu-follet new-yorkais, Brooke n'a pas sa langue dans sa poche et accumule les projets excitants. Sous le charme puissant de cet électron libre, Tracy se met à écrire une nouvelle inspirée de l'histoire de celle qu'elle admire tant. On reconnaît immédiatement, dans sa façon d'utiliser la voix-off, de filmer ou de bâtir des personnalités jeunes et bouillonnantes, la patte de Noah Baumbach. La petite vie de Tracy, sa rencontre avec la fantasque Brooke qui incarne tout ce qu'elle voudrait être et les dialogues fusant à deux cent à l'heure, aucun doute, Mistress America renoue avec l'enthousiasme communicatif de l'oeuvre de Baumbach.

    Heureusement, et contrairement à Frances Ha, Mistress America ne tombe jamais dans l'auteurisation. Pas de noir et blanc incongru ici, juste de magnifiques vues d'un New-York plus charmeur que jamais. Bien aidé par une bande-originale aux petits oignons, Noah Baumbach nous balade entre les illusions étudiantes et les fantasmes de Tracy. L'alchimie entre elle et Brooke fonctionne quasi-immédiatement, procurant un saisissant contraste entre les deux amies. Greta Gerwig trouve un rôle taillé sur mesure où son exubérance naturelle et son débit de parole ajoutent un véritable cachet d'authenticité au personnage farfelue et attendrissant qu'est Brooke. Naoh Baumbach filme avec bonheur et tendresse les entreprises follement rafraîchissantes des deux amies, passant des soirées huppées aux aventures délurées des new-yorkaises. Grâce à des dialogues travaillés et rythmés à la perfection, l'américain ferre son public et l'attire dans un aspect théâtral savoureux. 

    Dans son univers coloré plein d'espoirs, on croise des voyants et des voisins conciliants, on achète mille sorte de pâtes et l'on s'embarque à quatre pour renouer le contact avec une vieille ennemie. Mistress America est l'expression d'une jeunesse pleine de charme, à la fois agaçante et débrouillarde, qui se cherche et se mésestime. Le versant théâtral du film ne fera d'ailleurs que s'accentuer jusqu'à cette longue séquence chez Mamie-Claire où les répliques et les personnages semblent jouer une pièce pleine de quiproquos et de retournements de situation. Les acteurs, tous délicieux, jouissent de leur petit instant de gloire, vivent réellement sous la caméra malicieuse de Baumbach. Puis l'américain revient finalement au thème principal de Mistress America, apprendre à être soi-même, à s'accomplir par soi et non par les attentes des autres, arriver à s'aimer avant de vouloir aimer les autres. Du coup, la relation Tracy-Brooke s'inverse, prend un tout autre sens et sur la musique Souvenir, on se prend à rêver nous aussi, à se considérer autrement. 

    Bien plus convaincant et authentique que son Frances Ha, Mistress America incarne certainement un cinéma indépendant doux-amer et rêveur qui s'octroie le droit de ne pas choisir entre grand écran et scène de théâtre, brisant les codes pour mieux se les réapproprier. Comme inspiré par sa muse, la géniale Greta Gerwig, Noah Baumbach rassure et offre au spectateur une petite sucrerie douce-amer entre humour et tendresse.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La visite chez Mamie-Claire

     

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  • Le voici enfin, le huitième film (Kill Bill ne comptant en fait que pour un…) de Quentin Tarantino, l’enfant terrible du cinéma US. Inutile de représenter une énième fois le monsieur, alors passons à la suite immédiatement. Après Django Unchained, un western esclavagiste jubilatoire mais handicapé par une dernière partie accessoire, Tarantino reste dans un univers pas si éloigné avec Les Huit Salopards, un huis clos horrifique où huit acteurs renommés jouent à Dix Petit Nègres. L’action se situe cette fois après la Guerre de Sécession, dans une Amérique qui panse ses plaies et fait la part belle aux chasseurs de primes. C’est l’occasion de rencontrer un certain John « Hangman » Ruth qui fait route vers la ville de Red Rock pour livrer une fameuse prisonnière, Daisy Domergue. Sur le chemin, il rencontre un noir ancien major de cavalerie devenu chasseur de primes, Marquis Warren, et le futur shérif de Red Rock, le beau-parleur Chris Mannix. Une fois arrivés à la Mercerie de Minnie, un relais de diligence perdu dans la neige, les choses se gâtent puisque ni Minnie ni son Sweet Dave ne sont présents… à la place quatre inconnus aux motivations bien floues. John Ruth en est certain, l’un d’eux est le complice de sa prisonnière et va tenter de la délivrer durant le blizzard qui s’abat sur le refuge. Le petit jeu de massacre de Tarantino peut réellement commencer.

    Découpé en plusieurs actes, Les Huit Salopards renvoie instantanément aux autres films de Tarantino. On pense à Django pour le personnage principal noir et l’époque, à Reservoir Dogs pour le côté huis clos avec une tripotée de salauds, à Inglourious Basterds pour l’équipe éclectique qui s’assemble dans la diligence, ou encore à Kill Bill pour le découpage. Le film ressemble étrangement à un joyeux melting pot de l’œuvre de Tarantino, cela pour le meilleur…comme pour le pire. Filmés en format cinémascope, les paysages se révèlent impressionnants et infinis dans la première partie, avant de donner une impression de fausse immensité dans le refuge devenu piège à loups où se déroulent les trois quarts de l’action du récit. En prouvant une nouvelle fois sa maîtrise incontestée et incontestable de la mise en scène, Tarantino déroule. Tout est splendidement capturé et magnifié, les anti-héros croqués dans toute leur insolente gloire.

    Pourtant, Quentin prend son temps. Il installe ses personnages au fur et à mesure et tente, avec plus ou moins de bonheur, de leur donner une épaisseur, particulièrement à John Ruth, au major Warren, au shérif Mannix et au vieux général Sandy Smithers. Les acteurs sont impériaux, comme d’habitude chez Tarantino, excellent directeur d’acteurs qui n’a plus grand chose à prouver dans ce domaine. On tire un coup de chapeau au petit nouveau, Walton Goggins, toujours entre cabotinage et grandiloquence inquiétante, et au génial Samuel Lee Jackson, encore une fois parfait dans son rôle. Les choses avancent… avancent… enfin avancent… arrivant à l’auberge de Minnie. Sauf qu’il y a déjà bien trois quarts d’heure de passés et que, dès l’arrivée au refuge, on sent que ce n’est là que le « véritable début ». Voici donc le sujet qui fâche : Les Huit Salopards s’avère abominablement long !

    Comme tous les Tarantino, diront les mauvaises langues. Excepté que cette fois, le réalisateur n’use d’aucun artifice pour nous divertir et qu’il étire des monologues sans vraies raisons sur des longueurs indécentes. La discussion entre Mannix, Warren et Ruth en est le premier exemple. Un lieu exiguë (la diligence), trois personnages qui parlent… parlent… parlent et parlent encore, sans jamais apporter de dynamisme ou de réel intérêt au récit; excepté celui de présenter les personnages. On est très loin de l’extravagance d’un Kill Bill ou de l’efficacité d’un Reservoir Dogs. Sachez-le, ce qui vient sera semblable. Seules surnagent quelques séquences excellentes et made in Tarantino, comme l’histoire de la torture revue et corrigée par Samuel Lee Jackson. L’énorme problème, c’est que pour la première fois, Tarantino boit la tasse. Pour le dire tout net, Les Huit Salopards emmerde son public avec son verbiage et son didactisme. Jamais un film de l’américain n’a été si didactique. Le summum étant atteint dans le flashback d’une bonne demi-heure, rigoureusement inutile, ou dans les négociations finales, tellement mais tellement lourdes… Quelque part en chemin, à vouloir trop en faire, Tarantino se tire une balle dans le pied.

    La chose est d’autant plus rageante qu’il y avait matière à livrer quelque chose de génial avec un tel casting (et malgré l’étrange envie de Tim Roth de singer Christoph Waltz…) et une telle réalisation. Les Huit Salopards comporte bien un message politique fort, celui d’une vision acerbe de l’Amérique Post-Guerre de Sécession, où rien n’a vraiment changé et où le nègre, même libre, reste libre et doit devenir un monstre pour survivre. Le cinéaste découpe le refuge en états, symbolise les forces du pays par chaque rôle interprété par les personnages, pose la femme en punching-ball (une de ses meilleurs idées grâce, notamment, à la géniale Jennifer Jason Leigh) et finit par condamner la violence et le voyeurisme (n’est-ce pas délicieux pour un Tarantino ?) dans un final qui glisse malheureusement vers le Grand-Guignol dénué de ce fun jubilatoire des précédentes œuvres du réalisateur. Il ne reste à l’arrivée qu’un sous-texte peinant à rattraper une bavasserie interminable qui ne peut se sauver par les gimmicks habituels de Tarantino.

    Véritable hommage à l’immense The Thing de Carpenter (un huis-clos dans le blizzard avec une cahute reliée par un fil, un intrus à débusquer et des morts en cascade…), les Huit Salopards a tendance à oublier qu’il doit tenir la distance et tout le talent de ses acteurs n’y fera rien, pas plus que la mise en scène parfaite ou la bande-originale concoctée par Ennio Morricone. Il semble que Tarantino, à force de se regarder filmer et de s’écouter déblatérer, soit passé à côté de ce qui faisait la force d’un Reservoir Dogs, à savoir l’opposition avec l’extérieur, la rapidité de l’action et son enchaînement palpitant, mais aussi ses personnages saisis au vol. Il loupe la force évocatrice de son lieu de jeu, la puissance que pourrait contenir son sous-texte en un temps plus ramassé. Toute la métaphore sur la lettre de Lincoln reste brillante de bout en bout, comme un mirage porté par l’homme noir pour se prémunir d’un homme blanc crédule et superficiel. Une grande idée certes, mais Tarantino foire le reste. Du coup, Les Huit Salopards devient l’un de ses films les moins convaincants.

    Fresque beaucoup trop ambitieuse, d’une interminable longueur et d’une lourdeur qui ne trouve aucune échappatoire dans ce minuscule lieu d’action, pas même la folle inventivité habituelle de Quentin Tarantino, Les Huit Salopards se vautre, littéralement. Son casting, soit formidable, soit sous-exploité (Madsen, Roth…) ne peut rien à cela, ni même cette superbe mise en scène qui rappelle que Tarantino n’a plus rien à prouver.
    Peut-être est-ce justement dans cette assertion que se trouve tout le problème du film…
    Une (énorme) déception.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Le major Warren racontant au général Smithers le destin de son fils.

     

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  • [Critique] Joy

     

    Sorti in extremis en France cette année 2015, le nouveau David O'Russell a un arrière-goût de déjà vu. Pourquoi ? Du fait de son casting rigoureusement identique à celui de son plus gros succès, l'excellent Happiness Therapy sorti en 2012, et rassemblant de nouveau la talentueuse Jennifer Lawrence, le vieux briscard Robert De Niro et Bradley Cooper. Les ressemblances s'arrêtent là puisqu'il ne s'agit pas du tout d'une romance ou d'un film d'escrocs comme American Bluff mais bien d'un biopic consacré à Joy Mangano, self-made woman devenue présentatrice de télé-achat et business woman accomplie. Malgré un succès public tout relatif aux Etats-Unis, Joy a cependant quelques atouts dans sa manche pour faire du nouveau long-métrage de O. Russell un bon moment de cinéma. 

    Bienvenue dans la vie de Joy. De petite fille excentrique et bourrée d'imagination, celle-ci est devenue une adulte d'une affreuse banalité. Vivant avec sa mère rivée à l'écran pour suivre ses soaps improbables, et son ex-mari qui rêve encore et toujours de devenir un chanteur renommé, elle doit aussi composer avec le retour d'un père encombrant et une demi-sœur qui la jalouse au point de la détester. Forcément, élever sa petite fille dans ces circonstances et quand on est qu'une hôtesse des réclamations aériennes, c'est un peu difficile. D'autant plus que Joy fourmille d'idées et d'ambitions, encouragée par sa seule grand-mère, Mimi, qui voit en elle une femme pleine de promesses. C'est lorsque Joy a l'idée de concevoir un balai révolutionnaire qui s'auto-essore que les choses vont enfin finir par s'emballer. Seulement voilà, pour populariser son produit, elle va devoir relever bien des défis, à commencer par celui de devenir une véritable femme d'affaires. De ce postulat plein de bonnes choses, à commencer par sa figure féminine charismatique et ordinaire à la fois, David O.Russel va livrer le portrait d'une Amérique sexiste mais où chacun peut s'accomplir à force de sacrifices.

    Sur deux heures de film, Joy repose sur les épaules de son actrice principale, la superbe et géniale Jennifer Lawrence. Sortie des imbécillités crasses d'Hunger Games, la jeune femme retrouve son réalisateur fétiche pour un rôle qui lui va comme un gant. A la fois forte et fragile, Lawrence emporte l'adhésion du public quasi-immédiatement dans son rôle de mère ambitieuse incapable de se débarrasser de sa famille-boulet faute d'un amour familial chevillé au corps. Capable d'incarner la travailleuse moyenne américaine de l'époque avec un naturel désarmant, Jennifer Lawrence arrive rapidement à jouer les femmes d'affaires impitoyables tout en conservant cette part de fragilité qui l'a rend si touchante. Pour dire vrai, le plus grand atout de Joy, c'est elle, définitivement. Evidemment, on saluera le rôle (ingrat) de De Niro en père agaçant et médiocre, et Bradley Cooper toujours aussi bon lorsqu'il est dirigé par Russell. Mais c'est bien Jennifer Lawrence qui écrase tout le monde. Il faut dire que le film a été bâti autour de son rôle, qu'il est une sorte de succès-story mâtinée de drame familial tendance soap et de conte pour enfants. Ce dernier point se révèle d'ailleurs rapidement à la fois un atout et un inconvénient pour le long-métrage

    Pensé comme un conte, raconté en réalité à toutes les petites filles de la planète (ou au moins des USA), Joy a un côté gentillet qui agace autant qu'il séduit. Telle une Cendrillon des temps modernes, Joy Mangano s'élève de sa condition ingrate vers celui d'une princesse avant-gardiste, finissant dans son propre château avec le prince charmant venant la courtiser de temps à autre. Seulement voilà, c'est aussi l'aspect un peu trop propret de Joy, la perfection morale absolue du personnage et le côté glorifiant du film sur les possibilités de succès offert par le way of life américain qui irritent. Joy est trop gentille, trop parfaite, trop bien. Lorsque l'on voit en plus que la véritable Joy Mangano est productrice exécutive du métrage, on se pose de sérieuses questions quand à l'authenticité de cette description. Alors, évidemment, David O.Russell a d'autres cordes à son arc, à commencer par la description d'un système qui, à l'époque, considère encore que la femme doit s'occuper de ses enfants et rester à la cuisine, qu'elle ne peut pas être responsable et active. En ce sens, Joy peut être perçu comme un film féministe. 

    Il reste aussi la reconstitution d'une Amérique qui découvre les "vertus" du télé-achat et toute la machinerie qui se cache derrière, montrant encore et toujours que tout est une question d'image dans le monde capitaliste, que le succès a besoin d'une dose de mensonges et de mise en scène léchée. Cette partie du film reste, de loin, la plus intéressante, il est fort dommage que Russell passe beaucoup trop de temps sur la famille minable de Joy. Les coup bas de l'industrie, les escroqueries, la publicité mensongère et les artifices du milieu de l'entertainement et de la vente restent, franchement, passionnants. D'une certaine façon, le film montre comment il faut devenir soi-même un requin pour réussir. On regrette simplement que ce que Joy se voit contraint de faire soit au final si moralement acceptable et gentillet à l'arrivée. Une nouvelle fois, on ne peut s'empêcher de penser que le côté lissé du personnage principal finit par nuire au récit. Chose d'autant plus dommage quand celui-ci s'avère véritablement attachant et agréable une fois l'entreprise commerciale de Joy lancée (et la storyline familiale mise en sourdine).

    Joy fait bien mieux que le décevant American Bluff qui misait bien trop sur ses costumes et son ambiance au dépend des personnages. Cette fois, le film de David O.Russell nous offre une héroïne forte et séduisante incarnée par la géniale Jennifer Lawrence et épaulée par un casting impeccable. Film féministe certainement trop lisse pour pleinement convaincre, Joy reste à l'arrivée un divertissement plus qu'agréable où le conte finit par l'emporter sur le soap. Une belle histoire, peut-être justement un peu trop belle.
     

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La première prestation télévisuelle de Joy

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  • [Critique] The Leftovers, saison 1

    Créée en 2014, The Leftovers est une des dernières séries estampillées HBO. Depuis l'avènement de Netflix et, plus récemment, Amazon, dans le monde de la télévision, il semble que la chaîne câblée américaine ait perdu de son aura. Même si son Game of Thrones continue à battre des records, cela fait quelques années qu'une autre production n'a pas soulevé un enthousiasme comparable. Cette année pourtant, la deuxième saison de The Leftovers a connu un succès critique des plus impressionnants, si bien qu'on a fini par en parler un peu partout. En s'y intéressant de plus près, on remarque tout de suite un certain nombre d'éléments qui ont de quoi effrayer voire même repousser de prime abord. 
    Tout d'abord, The Leftovers est une série signée Damon Lindelof, le même Lindelof qui avait dirigé la fameuse série Lost. Pire encore, le bonhomme fut un des grands coupables du naufrage Prometheus avec un scénario incohérent et désolant. Pourquoi diable alors la plus prestigieuse des chaînes câblées américaines l'a-t-elle engagé ? Peut-être parce que, jusqu'ici, Lindelof faisait montre d'une créativité débordante mais bordélique. Comme submergé par ses propres idées, le scénariste buvait la tasse tout seul. Sauf que The Leftovers est également la création de Tom Perrotta, un excellent écrivain américain, et que la série n'est en réalité dans sa première saison qu'une adaptation de son livre Les Disparus de Mapleton. On peut donc espérer que Perrotta soit parvenu à canaliser Lindelof et à lui fournir un cadre assez solide pour bâtir une oeuvre (enfin) mature. Reste alors le postulat de départ.

    Le 14 Octobre, 2% de la population mondiale a tout simplement... disparu ! Sans aucune explication ni signe annonciateur. L'histoire de The Leftovers prend place trois ans plus tard dans une petite ville proche de New-York, Mapleton, où les habitants tentent tant bien que mal de continuer leurs existences. Et comme tous les ans, tous s'apprêtent à célébrer la date commémorative de la disparition. Du moins, pas tous. Une secte qui se fait appeler les Guilty Remnants, n'a aucune intention de laisser se produire l’événement. Ce sera au chef de la police locale, Kévin Garvey, d'assurer un semblant d'ordre. La grande appréhension lorsque l'on prend connaissance de ce postulat, c'est qu'il semble être familier. On pense (un peu) à la série française Les Revenants, et (beaucoup) au navet américain Les 4400. The Leftovers serait-elle, encore, une histoire consacrée à la réapparition mystérieuse de personnes disparues ? Ou, pire, une enquête sans fin pleine de rebondissements sur les raisons de cette disparition ?
    En fait, il n'en est rien. Lindelof et Perrotta prennent un pari casse-gueule et d'une grande audace avec cette première saison : celle de ne jamais aller fouiller du côté des disparus mais de se concentrer uniquement et totalement sur ceux qui sont restés en arrière. 

    C'est bien là l'idée géniale de The Leftovers. Durant les dix épisodes qui constituent la première saison, jamais les scénaristes ne vont venir s’embarrasser d'une enquête autour des disparus. Si vous pensiez découvrir une série où vous aurez toutes les réponses, vous pouvez d'ores et déjà passer votre chemin. Mais attention, The Leftovers n'est pas Lost. Si la seconde n'avait simplement aucune idée d'où elle allait, la première est réglée avec une minutie qui force le respect. En explosant les barrières de genres et en infiltrant de bonnes doses de SF et de fantastique dans la série, Lindelof parvient cette fois à diriger proprement ses idées. En fait, The Leftovers est cette oeuvre que l'on espérait depuis longtemps pour le scénariste américain, celle de la maturité. Faisant fi des rebondissements abusifs et des cliffhangers faciles, la série se resserre sur ses personnages et, notamment, autour de la famille Garvey. Une des principales originalités de The Leftovers, c'est de faire pénétrer le spectateur dans un monde où l'on arrive après la bataille. Il faut égrener les épisodes pour comprendre petit à petit les raisons de chacun. Du prêtre au gourou de la secte locale, en passant évidemment par le chef de la police. De ce fait, en plongeant tête la première dans une thématique difficile, celle du deuil, la série fait des merveilles comme on en avait pas vues depuis Six Feet Under !

    Parce que, ne tournons pas autour du pot, cette première saison de The Leftovers est d'une incommensurable tristesse. Ce qui ne veut pas dire que la série tourne au mélodrame appuyé et rasoir, non, pas du tout. Avec une écriture d'une subtilité prodigieuse, Lindelof et Perrotta ménagent leurs effets et laissent s'écouler une petite mélodie triste, aussi triste que les quelques notes de Max Richter qui brisent le cœur du spectateur en quelques secondes. Chaque personnage à l'écran, du plus incompréhensible au plus rationnel, chacun va avoir son heure de gloire et exposer son chagrin de façon digne. Les dix épisodes de The Leftovers s'intéressent à ceux qui restent, à la peine du survivant. En cela, elle aborde un thème universel qui va bien plus loin que le postulat de départ. Cela pourrait être les conséquences d'une guerre ou d'un séisme, mais c'est bien un événement indéterminé et fantasque qui cause la disparition de masse. Du coup, la peine ressentie et les émotions qui en jaillissent paraissent encore plus authentiques. Aussi cruelle que la mort aléatoire d'un être cher en somme. C'est le questionnement sur la perte et, surtout, sur comment la vivre, qui donne à The Leftovers sa phénoménale capacité à émouvoir.

    Alternant les moments improbables et mixant à parts égales les mystères (les chiens pourchassés, la secte des Guilty Remnants, la possible folie de Kévin, les pouvoirs de Wayne...), The Leftovers joue constamment sur la corde raide. Là où Lost a fini par rapidement perdre à ce petit jeu, The Leftovers remporte la mise. Les éléments surnaturels et/ou inexpliqués viennent rajouter du suspense et jouent le rôle de catalyseur pour les personnages. Si l'on n'a pas toutes les réponses dans cette première saison, ce n'est jamais un frein ni un inconvénient, tant cette fois les artifices du scénario sont au service de la dramaturgie. A l'image d'un Penny Dreadful, The Leftovers joue la carte des loners - c'est-à-dire un épisode entier consacré à un unique personnage - avant de revenir sur le chassé-croisé des différents personnages, Kevin Garvey en tête. Et comme pour la série de Showtime, les loners s'avèrent sublimes. On pense à l'épisode 3 Two boats and a Helicopter, mettant en avant le personnage du révérend Matt Jamison, incarné par le génial mais trop rare Christopher Eccleston. On pense aussi à l'épisode 6 Guest, où Lindelof nous fait redécouvrir totalement le personnage de Nora Durst, joué par la formidable Carrie Coon. Ces deux épisodes montrent la capacité de la série à adopter un caractère feuilletonesque sans pour autant renier son côté romanesque et ample. Au lieu de devenir des trésors écrasants en regard du reste - comme pour les loners de Penny Dreadful -, ils magnifient et décuplent le reste de la saison. Le résultat, forcément, est tout simplement génial.

    Seulement, The Leftovers ne serait rien sans sa galerie d'acteurs. A commencer par son rôle principal, Justin Theroux, qui compose un Kevin Garvey tout en nuances, à la fois play-boy en uniforme et père de famille brisé et imparfait. A l'instar de tous les personnages qui traversent The Leftovers, Kévin incarne la fragilité de l'homme, la tristesse de celui qui voit tout s'écrouler et qui perd ses proches sans jamais être capable de retrouver le contrôle de la situation. On citera également un des rôles les plus éminemment difficiles de la série, celui de la gourou des Guilty Remnants, Ann Dowd. Si son personnage arrive à être constamment détestable, c'est grâce au jeu impeccable de l'actrice qui explose littéralement dans l'épisode 8 Cairo. Il faut d'ailleurs saluer la description de la secte des Guilty Remnants à cette occasion. Elle est l'exemple même que Lindelof peut utiliser son hermétisme à des fins salutaires. Comme nombre de sectes, et celle-ci davantage encore, on ne comprend jamais les raisons de leurs actes incroyables et quasiment honteux. Même lorsque Patty s'échine à expliquer sa vision des choses à Garvey. Car le but, finalement, n'est pas de comprendre, mais bien de montrer que selon les différents points de vues, certaines positions ne seront jamais totalement explicables. En ce sens, Lindelof était l'homme idéal pour porter les Guilty Remnants à l'écran.

    Que reprocher à cette première saison ? Trop de mystères parfois ? Possible. A coup sûr en tout cas de ne pas avoir réussi à exploiter l'arc de Tom Garvey, qui semble bien pâle en comparaison des autres et qui finit par ennuyer par rapport à la grandiose réussite du reste. Même le destin de Wayne, personnage le plus improbable de la série, finit par devenir captivant et émouvant. Mais ce reproche peut-il vraiment venir ternir la première saison de The Leftovers ? Non, définitivement pas. Parce que la série se conclut par deux épisodes encore plus formidables que ce que l'on pouvait espérer. L'épisode 9, The Garveys at Their Best, revient sur l'avant-disparition avec une justesse d'écriture époustouflante et une séquence finale à donner des frissons qui arrive, enfin, à expliquer le personnage de Laurie et son devenir. Et puis la conclusion, avec un épisode 10, The Prodigal Son Returns, qui fait des choix radicaux en abandonnant quasi-totalement Mapleton durant la moitié du temps, pour venir nous jeter à la figure les événements qui s'y sont déroulés en conclusion. Une conclusion superbe, encore plus émouvante que la séquence terrible de Kévin s'effondrant en larmes devant Matt. Si la série s'achève sur le monologue de Nora Durst, c'est aussi pour en finir avec les larmes de ceux qui ont tout perdu, pour montrer, comme un ultime pied de nez, que l'espoir peut surgir de la façon la plus improbable qui soit. 

    Si vous avez peur de subir la même déconvenue qu'avec Lost, soyez tranquilles, en soi, la première saison de The Leftovers peut se voir de façon isolée, sans aucune nécessité de poursuivre. Cette brillante histoire de disparus, de deuil, de foi, d'espoir, d’ésotérisme, de folie et d'humanité servie par une galerie de personnages superbes, c'est la conjugaison de deux talents, ceux de Tom Perrotta et de Damon Lindelof. The Leftovers constitue l'une des découvertes les plus marquantes dans l'histoire télévisuelle, une découverte pleine d'audace, de justesse et d'émotions, où quelques notes de Max Richter suffisent à nous tirer des larmes. 
    Nul doute que la saison 2 aura fort à faire pour reprendre dignement le flambeau.  
     

    Note : 9/10

    Meilleur(s) épisode(s) : The Garveys at Their Best et The Prodigal Son Returns



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  • [Critique] My Skinny Sister

    Les pays nordiques ont le vent en poupe dans le paysage cinématographique actuel. Après le buzz de Snow Therapy en début d'année, c'est au tour du discret My Skinny Sister de faire parler de lui. Trainant une réputation de Little Miss Sunshine bis, le premier long-métrage de la suédoise Sanna Lenken se penche sur un sujet relativement rare au cinéma, celui de l'anorexie mentale. Dans la grande tradition de sobriété et d'authenticité des films scandinaves, mêlant à la fois humour doux-amer et drame, My Skinny Sister permet également de découvrir un duo de jeunes actrices avec Amy Deasismont et Rebecka Josephson.

    Stella a 12 ans et vit dans une famille des plus banales. La tête dans les étoiles, la petite fille un peu rondelette écrit des poèmes d'amour au professeur de danse de sa sœur, élève des scarabées qu'elle récolte au gré de ses promenades et s'entraîne à embrasser les garçons avec des tomates. Bref, Stella a tout de la petite fille ordinaire qui s'éveille doucement aux joies de l'adolescence. Sa grande sœur Katja, elle, n'a pas les mêmes préoccupations. Celle-ci s'entraîne durement pour le futur concours de patinage artistique...peut-être même trop durement. Stella découvre vite que sa sœur surveille de plus en plus maladivement son poids et qu'en secret, elle se fait vomir dans les toilettes. Sans vraiment comprendre, la petite fille a l'intuition que Katja va mal. Entre l'amitié et la confiance qui lit les deux sœurs d'un côté, et l'inquiétude de ses parents, Stella va devoir faire face avec sa famille à la terrible maladie de sa sœur.

    Disons-le d'emblée, My Skinny Sister partage en réalité peu de points communs avec Little Miss Sunshine. La principale ressemblance se situant dans le personnage principal avec la petite Stella qui rappelle inévitablement Olive. C'est Stella qui fait en très grande partie le charme intense et enfantin du long-métrage. On assiste par ses yeux à la spirale incontrôlable dans laquelle tombe sa sœur et comment sa maladie vient à la fois briser l'équilibre familiale et influencer les propres perceptions de Stella. My Skinny Sister arrive avec bonheur à jongler entre l'humour et le drame. Il mêle à part égale la naïveté enfantine de la plus jeune et la lente auto-destruction de la plus vieille. En installant très progressivement la pathologie mentale de Katja, Sanna Lenken permet de représenter avec une grande justesse l'anorexie mentale et ses répercussions.

    Parce que l'autre personnage majeur du métrage, c'est bien Katja. Adolescente admirée pour ses compétences artistiques, elle incarne l'archétype de l'anorexique sans pourtant forcer le trait. Par petites touches, Lenken montre comment la conjonction d'un caractère exigeant et le manque de stabilité des parents peut produire un résultat dramatique sur une adolescente déjà fragile. La grande force de My Skinny Sister se niche dans la représentation plus vraie que nature de cette pathologie dévastatrice et incompréhensible pour le commun des mortels. Du coup, l'interprétation des deux jeunes actrices devient forcément essentiel pour donner toute sa force au film. En cela, ni Amy Deasismont ni Rebecka Josephson ne déçoivent, intenses et authentiques de bout en bout.

    Avec sa réalisation discrète mais élégante, My Skinny Sister peut également se permettre le luxe de mettre en avant la relation privilégiée entretenue par deux sœurs et par le retentissement que peut avoir l'état de santé de l'une sur l'autre, ou, pire, l'influence du comportement de l'aînée sur la cadette. Véritable modèle de perfection pour Stella, Katja a un effet à la fois néfaste sur sa petite sœur du fait de son obsession maladive vis-à-vis de son poids (risquant de faire basculer également Stella dans la même spirale) et bénéfique par le support et l'amour réciproques que l'on sent toujours présent quelque soit les épreuves. Grâce à quelques plans bourrés de poésie, Sanna Lenken capte davantage qu'un simple tableau d'anorexie mentale, elle offre dans le même temps un émouvant portrait familial.

    Excellente surprise pour terminer cette année 2015, My Skinny Sister aborde avec une grande justesse et sans patho excessif l'anorexie mentale. Grâce aux talents conjugués de ses deux jeunes actrices ainsi qu'à l'élégance de sa mise en scène, le premier film de la suédoise Sanna Lenken atteint toutes ses promesses et peut-être plus encore.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les deux sœurs front contre front à l’hôpital.

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  • [Critique] Le Pont des Espions

    Si son dernier film date de 2012, Steven Spielberg croule sous les projets. On a un temps cru qu'il allait adapté le roman de science-fiction Robopocalypse avant que l'américain annonce la mise en veille du projet pour se consacrer à un film d'espionnage durant la guerre froide. Après un détour par le XIX ème siècle, le réalisateur revient donc au XX ème pour explorer à nouveau la guerre froide du point de vue des deux grands blocs (à la différence de son travail dans Munich). Il offre par la même occasion le rôle principal à son vieil ami devenu plutôt rare, l'excellent Tom Hanks, qui incarne ici l'avocat James Donovan. Sans autre star majeure au casting, Le Pont des Espions joue la carte du thriller historique comme en raffole les majors américains en s'intéressant à un échange de prisonniers politiques entre l'Est et l'Ouest. A près de 69 ans, Steven a-t-il encore des choses à dire ?

    Pour tenter de répondre à cette question, situons le contexte de ce nouveau métrage. Nous sommes dans les années 60 et la guerre froide entre les USA et l'URSS bat son plein. La paranoïa est à son comble et les espions des deux camps doivent redoubler de prudence. Rudolf Abel, un vieil homme ordinaire, se fait arrêter dans son appartement. Bien vite, il se révèle que celui-ci fournissait bien des informations aux soviétiques et qu'il doit donc être juger en tant qu'espion communiste. Désigné pour le défendre, James Donovan s'aperçoit rapidement que le procès organisé est une mascarade. Dans le même temps, le pilote Francis Powers se voit confié une mission de reconnaissance au-dessus du sol soviétique à bord d'un avion-espion U2. Malheureusement, il est abattu par des tirs russes et se retrouve prisonnier. Donovan va alors devoir organiser un échange dans un Berlin divisé en deux...


    Le Pont des Espions se présente comme un thriller historique assez classique. Il débute sur un versant "tribunal" dans la lignée d'un Philadelphia puis repasse rapidement du côté thriller pur et simple. Avec Steven Spielberg aux manettes, inutile de dire que la mise en scène est soignée, recherchée et que la reconstitution historique s'avère à la hauteur des espérances. De même, l'arrivée dans un Berlin alors en pleine division a quelque chose de glacialement efficace, entre la construction du mur, l'exode des Berlinois et les décombres de la seconde guerre mondiale. Du côté purement formel, nul doute que le père Spielberg n'a pas perdu la main. On ne pourra cependant pas s'empêcher de voir dans le cheminement emprunté par Le Pont des Espions quelque chose de finalement très académique, très classique et relativement sans surprise. Efficace certes mais peu surprenant.

    Heureusement, le sujet de fond abordé par le film est autrement plus captivant. Spielberg se sert d'un échange de prisonniers pour croquer l'Amérique et ses défauts. Son approche du personnage ambiguë de Rudolf Abel, même si on aurait aimé la voir plus audacieuse encore, reste le meilleur élément du long-métrage. Spielberg tente de montrer comment, en pleine guerre (froide ou non) et en pleine vague de paranoïa, les Etats-Unis toujours si vertueux ne valent à l'arrivée pas mieux que leurs méprisés adversaires. La remise en cause de la justice et de ce côté "nous sommes les gentils" par le réalisateur américain a ceci d'intelligent qu'elle utilise le point de vue d'un avocat qui est contraint de défendre ce qui pourrait facilement être réduit à l'Ennemi. Sauf que la chose n'est pas aussi simple. Spielberg explique patiemment et intelligemment pourquoi l'avocat ne doit se préoccuper que de son client et non de l'opinion populaire. En faisant progressivement changer de paradigme le spectateur, Le Pont des Espions réussit à démontrer que le bien et le mal ne sont que le résultat d'un point de vue.

    Du coup, le long-métrage devient nettement plus intéressant dès que Donovan est confronté à ses propres concitoyens et collègues. On retrouve ici la volonté de Spielberg de toujours faire la part des choses et de ne pas tomber dans un manichéisme historique déplacé, ce qu'il avait déjà réussi à faire dans son excellent Munich. L'excellent jeu de Tom Hanks et, surtout, Mark Rylance, permet au spectateur de s'attacher aux deux personnages principaux sans pour autant nier la réalité de la situation historique. Si l'on aurait aimé davantage encore de jeux politiques, Spielberg se rattrape en ajoutant un troisième parti dans le Berlin des années 60, compliquant la donne et ajoutant une dose de suspense bienvenue au récit. Reste alors l'amitié entre Donovan et Abel, émouvante et juste, ainsi que - et pour poursuivre sa critique de la culture américaine et son hyper-patriotisme - le regard posé sur le destin du jeune Powers qui a quelque chose de très puissant. D'autant plus d'ailleurs qu'il n'est qu'effleuré et laissé à notre imagination. 

    Sans arriver à la cheville de ses meilleurs films, Le Pont des Espions arrive à compter parmi les bons Spielbergs. Porté par deux acteurs excellents et jouissant d'une mise en scène impeccable, le long-métrage peut surtout compter sur une critique maligne et roublarde de l'histoire américaine durant la Guerre Froide, posant un regard critique sur un passé moins manichéen qu'on voudrait nous le faire croire.
    Un très bon moment. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène : James Donovan regardant la façon de mettre Rudolf Abel dans la voiture des soviétiques

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  • FLOP CINE 2015 - JUST A WORD

    Ce flop a été composé après visionnage de 111 films au cinéma sortis cette année 2015.

    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    10 - Crimson Peak de Guillermo Del Toro

    Réalisateur pourtant largement apprécié, le mexicain Guillermo Del Toro a extrêmement déçu avec son Crimson Peak. Si le long-métrage est inattaquable sur le plan de la mise en scène pure (et c'est finalement ce qui le sauve), il met en lumière une pratique à la fois honteuse et révélatrice : l'auto-plagiat. N'ayant visiblement plus rien à dire, Del Toro finit par se plagier lui-même en reprenant presque trait pour trait le fond de son chef-d'oeuvre, L'Echine du Diable. Rajoutons à cela des incohérences embarrassantes et la longueur abusée du long-métrage dans sa première partie, et l'on constate avec désarroi que depuis Le Labyrinthe de Pan, Del Toro n'a plus fait de film avec un véritable scénario. Sera-t-il condamné aux blockbusters épiques tels que Pacific Rim ?
    Espérons que non...

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    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    9 - Chappie de Neill Blomkamp

    A l'instar de Del Toro, Blomkamp se plagie lui-même dans Chappie. Resucée maladroite de l'ambiance de son premier excellent film, District 9, Chappie nous fait aussi le coup du robot qui devient plus humain que l'humain. Ce thème abordé à maintes et maintes reprises ne procure au spectateur aucune nouvelle piste de réflexion et finit même par lasser tant les personnages humains manquent de charisme pour nous séduire. Reste alors un film d'action correct mais franchement décevant. Après le lamentable Elysium, Neill Blomkamp confirme qu'il n'avait qu'une seule bonne idée à mettre en images...


    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    8 - American Sniper de Clint Eastwood

    C'est l'histoire d'un mec qui réalisait d'excellents films voire, parfois, de véritables pépites. Ayant atteint le sommet avec Letters from Iwo Jima, notre bon vieux Clint Eastwood s'est mis en tête de doucement descendre de l'autre côté. Le côté obscur. Très très obscur. Républicain convaincu mais pas assez bête pour l'exposer sur pellicule, Clint Eastwood réalise avec American Sniper son pire film. Incapable d'adopter une position claire, mixant des influences et des éléments vus ailleurs dans une qualité largement supérieure (Jarhead, Full Metal Jacket...) et donnant à Cooper un de ses rôles les plus insipides (avec le jeu monolithique qui va avec, évidemment). A côté du monstrueusement intelligent Foxcatcher de Benett Miller, American Sniper apparaît comme un film insipide et médiocre au mieux. C'est dur de vieillir...

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    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    7 - Les 4 Fantastiques de Josh Trank

    Running-gag de la production foireuse, les 4 Fantastiques par Josh Trank se hisse avec aisance dans le Flop 10 de l'année. Ce film étrange qui semble pourtant assez correct dans sa première moitié, malgré des erreurs de casting flagrantes (à commencer par Toby Kebell en méchant et Miles Teller en Richards...), bascule d'un coup d'un seul dans un nanar de luxe comme on a en rarement vu. Tout se passe comme si, au bout de la moitié du film, tout le monde s'était dit sur le plateau : "Oh et puis merde les gars, si on faisait n'importe quoi ?". Parce que, oui, après, c'est du grand n'importe quoi. Le point culminant semblant atteint lorsque le grand méchant Dr Doom, que l'on pensait impossible d'être plus médiocre que dans l'original, se révèle encore plus médiocre et foiré. Un tel exploit après avoir livré un Chronicle excellent, ça mérite le respect (ou la fessée, c'est à voir...) !


    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    6 - Maggie d'Henry Hobson

    Arnold n'est plus gouverneur de Californie. Du coup, Arnold doit payer ses factures comme tout un chacun. Alors, avant de violer joyeusement la saga Terminator avec Genysis (non critiqué dans Just A Word, la bande-annonce se suffit à elle-même), Arnold est parti tourner un film de zombies. Avec la talentueuse Abigail Breslin qui devait aussi avoir des factures à payer, Henry Hobson livre un long-métrage qui se concentre sur le traumatisme que peuvent vivre les personnages condamnés à abattre leurs proches zombifiés. Bonne idée, non ? Sur vingt minutes... peut-être... sur une heure et demi, certainement pas. Répétitif, déjà largement vu ailleurs en mieux (et en beaucoup plus juste), Maggie veut aussi se donner un style "film d'auteur" qui finit par tomber dans la caricature désolante. Un échec assez dommage mais presque inévitable.


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    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    5 - La rage au ventre d'Antoine Fuqua

    Les films de boxe, c'est bien. Enfin, quand c'est fait avec talent. Antoine Fuqua, bien décidé à rendre hommage à son nom de famille, nous gratifie cette année d'une véritable diarrhée filmique. Mélodrame poussif jamais crédible et surtout vu mille fois ailleurs (et en mieux), La Rage au ventre bouffe le précieux temps d'excellents acteurs (Gyllenhaal et Whitaker) pour une sorte de pseudo-Million Dollar Baby mixé avec du mauvais Rocky, où l'on sait tout ce qu'il va se passer après dix minutes de film. Du coup, on se fait profondément chier et l'on attend avec impatience la victoire du hérosquiestunconnardmaispastropetquivatrouverlalumièreavecunvieuxnoirquinefaitplusdeboxe. 
    Et si en plus on vous dit que 50 Cent joue dans le film ? Il faut vraiment argumenter davantage ?

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    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    4 - Jupiter's Ascending des Wachowksi

    Véritable énigme de petit et grand écran, les Wachowksi alternent coup de génie et bouse affligeante. Puisqu'en 2012 était sorti sur les écrans l'éblouissant Cloud Atlas, 2015 devait donc voir la parution d'un étron filmique. Certainement trop occupé par leur série Sense8, les Wachos nous offrent un space-opéra réalisé de main de maître mais totalement imbécile et caricatural. A la fois niais comme un Disney et ridicule comme un Disney (bah oui), Jupiter's Ascending réussit l'exploit de faire jouer comme des patates Channing Tatum et Eddie Redmayne (on a même honte pour ce dernier...). Prouvant une bonne fois pour toutes que des effets spéciaux et une belle actrice ne font pas tout en science-fiction, Jupiter's Ascending mérite carrément sa place au pied du podium.

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    3 - Les Merveilles d'Alice Rohrwacher

    Il n'y a pas que le cinéma à gros budget qui accouche de sombres bouses. Il y a aussi le cinéma d'auteur.
    Grand prix du festival de Cannes 2014 (mais ça leur arrive souvent...), Les Merveilles d'Alice Rohrwacher avait reçu une pluie d'éloges avant même de sortir en salle. Seulement voilà, une fois devant le long-métrage, difficile de comprendre l'engouement. Mise en scène extrêmement fade et datée, histoire aussi passionnante que la dernière saison de Derrick, des longueurs à n'en plus finir... Les Merveilles porte mal son nom. On se consolera avec l'apparition d'une Monica Belucci grimée en présentatrice sexy de show campagnard au rabais mais, avouons-le, c'est assez peu pour pallier à l'infinie vacuité de ce navet méconnu (à juste titre).


    [Flop] Bilan Cinéma 2015

    2 - Jurassic World de Colin Trevorrow

    Vous l'attendiez tous avec impatience ? Avec excitation même ? Manque de bol, la suite/reboot de la légendaire saga Jurassic Park se hisse au rang du nanar de l'année. Rien que ça. 
    Dans un superbe élan artistique qui rappelle parfois les meilleurs éclats de génie de Paul W.S Anderson, le jeune réalisateur américain a décidé de livrer une belle madeleine de Proust aux fans surexcités. Sauf qu'à l'intérieur, tout est pourri. Non seulement la réalisation du film manque constamment d'ampleur et d'audace (alors qu'on filme quand même des dinosaures de plusieurs mètres de haut), mais en plus elle conjugue la médiocrité d'un casting fade au possible (la palme à Chris Pratt qui incarne un héros dont on a déjà oublié le nom, possédant le charisme d'un bulot cuit et l'intelligence d'un concombre avec des cheveux... et c’est bête un concombre !), d'un scénario qui recherche constamment les débilités, les incohérences et surtout des moments de pur "WTF ?!" qu'on croyait impossible. Pour peu, on n'aurait pas été plus surpris que ça de voir nos héros boire une bière avec les vélociraptors. 
    Dans le jargon, on appelle ça une purge (et encore, la purge soulage... là...)

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    1 - The Visit de Night Shyamalan

    Ah Night Shyamalan ! Un jour grand parmi les grands, l'américain n'en finit à présent plus de toucher le fond.
    Malgré le postulat de base prometteur de son dernier film, The Visit, on sait à présent que Shyamalan a pris une pelle et qu'il creuse. Profondément. Etant au film d'horreur ce que Justin Bieber est à la musique contemporaine, The Visit semble avoir parfaitement assimilé tout ce qu'il ne faut pas faire pour réaliser un bon film d'horreur, et même un bon film tout court. Scénario aussi fin qu'une blague de Jean-Marie Bigard, réalisation totalement désespérante, absence totale du moindre début de frisson, et, pire que tout, drôle involontairement, le dernier rejeton de Night Shyamalan achève de nous convaincre que le réalisateur d'Incassable et Sixième Sens n'est plus. Paix à son âme, et arrêtez de violer son cadavre. Merci.

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  • TOP CINE 2015 - JUST A WORD

    Ce top a été composé après visionnage de 111 films au cinéma sortis cette année 2015.

    [Top] Bilan Cinéma 2015

    10 ex-aequo - Inherent Vice de Paul Thomas Anderson

    Plus discret ces derniers temps, le prodige Paul Thomas Anderson revenait cette année avec l'adaptation d'un roman du cultissime Thomas Pynchon. Emporté par un Joaquin Phoenix toujours aussi éblouissant et mêlant avec bonheur des histoires totalement improbables, à commencer par celle de Doc Sportello, Inherent Vice capture les années 60 comme personne. Dans ce véritable OFNI à la mise en scène fascinante, le spectateur devient rapidement aussi paranoïaque et stone que son narrateur. Franchement jubilatoire.

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    10 ex-aequo - The Big Short d'Adam McKay

    Surprise de la fin de l'année 2015, le film d'Adam McKay réussit le tour de force d'être ludique, intelligent, stimulant, drôle et terrifiant à la fois. En emmenant un Steve Carrell encore une fois génial et un Christian Bale toujours impeccable, le réalisateur américain que l'on n'attendait pas livre une charge pleine de mordant dont l'efficacité n'a d'égale que son effroyable clairvoyance. Ajoutez-y une mise en scène survoltée et un récit sans temps mort et vous obtenez l'un des films les plus captivants et brillants sur le monde de la finance moderne.

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    9 - Sicario de Denis Villeneuve

    Devenu au fil des ans une valeur sûre du cinéma nord-américain, le canadien Denis Villeneuve abandonne l'hermétisme de son dernier film (Enemy) pour retrouver la violence et le questionnement sur le bien et le mal qui nous avait tant séduit avec Prisoners ou Incendies. Sicario plonge donc dans l'enfer des cartels mexicains sans aucune pudeur en accompagnant le formidable Benicio Del Toro dans les tréfonds de l'horreur. Magistralement mis en scène (on se souviendra longtemps du passage à Ciudad Juarez), le long-métrage marque durablement le spectateur.
    Un retour en force.

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    8 - It Follows de David Robert Mitchell

    Qu'il fait du bien de voir un film d'horreur dans ce top 10 !
    Genre maltraité par excellence à l'heure actuelle, l'horreur retrouve tout son prestige grâce à David Robert Mitchell. Refusant les effets gores outranciers et misant tout sur une terreur psychologique à couper au couteau, le réalisateur accouche d'un monstre terrible où le cinéma de Carpenter est salué avec force. Personnification des MST, plongée dans une adolescence délaissée et surtout grand film paranoïaque, It Follows renvoie à The Thing comme à Silent Hill. Le premier film de David Robert Mitchell va vous donner des sueurs froides.

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    7 - Birdman d'Alejandro Gonzalez Inarritu

    Sensation de la saison Oscars 2015, Birdman prenait le pari de remettre sur le devant de la scène un acteur totalement has-been en la personne de Michael Keaton. En se consacrant en plus au monde du théâtre et en adoptant le parti radical de filmer en un seul plan-séquence, Inarritu prenait de sacrés risques. Des risques payants puisque Birdman a non seulement remporté l'Oscar du meilleur film mais qu'il intègre la septième place de ce top. Un Michael Keaton impérial, une mise en scène audacieuse, un regard cynique sur la mode des films de super-héros et une mise en abyme du métier d'acteur des plus réussies, voilà les ingrédients qui font de Birdman un des meilleurs films de cette année 2015. 
    Un exercice de style épatant.

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    6 - The Look of Silence de Joshua Oppenheimer

    En 2012, Joshua Oppenheimer avait mis une grande claque au monde du documentaire avec le terrifiant et indicible The Act of Killing qui racontait à sa façon bien particulière l'extermination des soi-disant communistes en Indonésie. Trois ans plus tard, Oppenheimer récidive avec un second documentaire qui adopte cette fois le point de vue des victimes. Toujours aussi puissant dans sa mise en scène et son questionnement, The Look of Silence complète à merveille son prédécesseur. D'autant plus effrayant que tout ce que l'on entend et voit est authentique, l'oeuvre d'Oppenheimer n'est pas seulement le documentaire le plus réussi de l'année, c'est aussi tout simplement l'un des dix indispensables à voir.

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    [Top] Bilan Cinéma 2015

    5 - Vice-Versa (Inside-Out) de Pete Docter

    Dire que l'on attendait énormément de Pixar avec Vice-Versa est un doux euphémisme. Après un passage à vide ces derniers temps, le studio à la lampe n'avait plus le droit à l'erreur. Du coup, c'est le formidable Pete Docter (à qui l'on doit le meilleur Pixar, Monstres et Cie) qui se charge de l'affaire. Véritable feu d'artifice d'émotions, d'une justesse incroyable et d'une richesse bienvenue, Vice-Versa marque le retour en grande forme de l'animation américaine. C'est beau, prenant, émouvant, drôle, mélancolique, bref c'est une pure réussite qui méritait bien une belle place dans ce classement !

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    4 - Mad Max : Fury Road de George Miller

    Parmi les multiples entreprises de reboot/reprises de saga cultes, Mad Max faisait un peu office d'outsider. Pour relancer la franchise, Warner Bros n'a choisi nul autre que son créateur, le génial mais trop rare George Miller. Véritable bombe, Fury Road s'impose comme l'un des plus gros chocs cinématographiques de l'année. Violent, virtuose, furieux, démesuré, hallucinant et halluciné, ce nouveau Mad Max renvoie tous les blockbusters modernes dans le bac à sable en misant tout sur une mise en scène et un univers époustouflants. Miller est grand, très grand.
    Witness !!

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    [Top] Bilan Cinéma 2015

    3 - Foxcatcher de Benett Miller

    Pour la troisième marche du podium, retour à un cinéma moins clinquant et furieux mais toujours aussi intelligent. Foxcatcher de Benett Miller rassemble à peu près tous les atouts d'un cinéma de qualité : un trio d'acteurs fantastiques dont un Steve Carell méconnaissable, une réflexion dérangeante sur l'Amérique et sur la violence, une mise en scène parfaite et une bande originale lancinante. Peinture sans concession du way of life américain et portrait d'un homme dévoré par son ambition, Foxcatcher s'impose tout naturellement comme l'un des plus grands moments de cinéma de l'année 2015.
    Un chef-d'oeuvre noir et impitoyable.

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    [Top] Bilan Cinéma 2015

    2 - Crosswind de Martti Helde

    Très longtemps resté le meilleur film de l'année 2015, Crosswind est le premier film de l'Estonien Martti Helde. Intégralement en noir et blanc, dénué du moindre effet spécial ou presque, Crosswind raconte le drame méconnu du peuple des pays baltes déporté par les soviétiques durant la Seconde Guerre mondiale vers les goulags sibériens. En recourant à une série de tableaux figés où les acteurs recomposent des scènes d'une force émotionnelle hallucinante, Helde fait un choix pour le moins radical. Pourtant, l'absolue perfection de la réalisation alliée à la pudeur constante du réalisateur pour son sujet font de Crosswind un long-métrage touché par la grâce. 
    Certainement le moment de cinéma le plus dur et le plus pur de l'année 2015.

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    [Top] Bilan Cinéma 2015

    1 - MacBeth de Justin Kurzel

    Et le vainqueur de cette année 2015 n'est nul autre qu'un roi, et pas n'importe lequel.
    Second long-métrage de l'australien Justin Kurzel, Mac Beth retranscrit à l'écran la mythique pièce de Shakespeare portée par les interprétations magistrales de Michael Fassbender, Marion Cotillard et Sean Harris. Musique entêtante, acteurs au sommet, réalisation époustouflante, tout concourt à rendre Mac Beth inoubliable. 
    En une phrase comme en cent : All hail, Macbeth, thou shalt be king hereafter!

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    Les Coups de Cœur :

    - Papa ou Maman de Martin Bourboulon -- Critique
    - Youth de Paolo Sorrentino
    - Ex Machina d'Alex Garland -- Critique
    - Une belle fin d'Urberto Pasolini
    - Loin des hommes de David Oelhoffen -- Critique
    - Le fils de Saul de Lazlo Nemes -- Critique
    - Virunga d'Orlando von Einsiedel -- Critique


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  •  Après un Vice-Versa qui marquait la résurrection de la firme à la lampe, Pixar nous offre un second long-métrage d'animation sur la même année, un fait unique jusqu'ici. Du coup, on peut logiquement craindre une oeuvre au rabais qui viendrait juste surfer sur la faste période de Noël pour se rentabiliser. Il suffit de jeter un œil au réalisateur en charge du projet, Peter Sohn, pour renforcer ce doute, le monsieur n'ayant à son actif qu'un unique court-métrage, Passages Nuageux, très bon au demeurant mais qui constitue un CV bien léger. Heureusement, les bandes-annonces sont venues nous rassurer un peu en mettant l'accent sur une relation assez particulière : celle d'un enfant et d'un dinosaure. En effet, The Good Dinosaur (traduit par Le Voyage d'Arlo par nos merveilleux publicistes) est en réalité une uchronie où la météorite qui aurait du causer l'extinction des dinosaures a raté sa cible. Si l'on sent des relents de Croods et de The Land before the Time ( aka Le petit dinosaure et la vallée des merveilles), le long-métrage va devoir trouver ses propres arguments pour convaincre...

    Et les choses commencent assez mal pour Le Voyage d'Arlo. Peter Sohn nous invite à découvrir un monde où les dinosaures ne se seraient jamais éteints. Dans celui-ci, Arlo, le cadet de la famille de trois enfants, vit avec ses parents fermiers dans la quiétude de leur ferme. Vivant dans l'ombre constante de son frère Buck et de sa sœur Libby, le jeune dinosaure désespère de pouvoir un jour apporter sa marque sur le grenier à maïs de la famille, symbole d'accomplissement absolu à ses yeux. Pour l'aider, Henry, son père, lui demande de chasser la mystérieuse créature qui vient dévaster leur réserve de grain. Alors qu'il tente d'éliminer cette bestiole nuisible, Arlo tombe dans la rivière qui finit par l'emporter très loin de chez lui. Pour revenir dans sa famille, le jeune dinosaure va devoir apprivoiser Spot, une créature décidément bien étrange...

    Pourquoi les choses commencent mal ? Parce que Pixar, qui nous a habitué à une débauche d'idées farfelues par le passé, se contente de faire de l'anthropomorphisme avec les dinosaures. Alors que le studio aurait pu imaginer un mode de vie totalement différent pour les mastodontes, on se retrouve en face d'un calque amusant, mais peu original, d'une époque Far West où la famille d'Arlo joue les fermiers et où les T-Rex sont des éleveurs de troupeau. Même si en soi la chose n'est pas désagréable, elle manque sincèrement d'audace. De même, le fond de l'histoire reste tout à fait simpliste. Arlo est le plus chétif mais également le plus attachant de la famille et son aventure va lui permettre de prendre confiance en lui et de s'affirmer. Le genre de récit qui a déjà été vu auparavant maintes et maintes fois. Malgré l'hommage au Petit Dinosaure de Don Bluth, Le Voyage d'Arlo peine énormément à mettre en avant ses arguments pour se démarquer. 
    Du moins...jusqu'à l'arrivée de Spot.

    Le vrai coup de génie du Voyage d'Arlo - qui sauve d'ailleurs tout le long-métrage et arrive à faire naître quelques séquences sublimes - tient dans l'unique personnage de l'enfant sauvage nommé Spot par Arlo. Ce petit trublion, qui n'est pas sans rappeler la plus jeune membre de la famille des Croods, fait des étincelles. Son comportement est entièrement calqué sur celui d'un chien et son design est une totale réussite. Sa folie, sa fraîcheur et finalement l'émotion qu'il apporte à l'histoire, font que le long-métrage tout entier repose sur ses épaules. Sohn parvient à tisser une relation superbe et attendrissante en diable entre Arlo et Spot, parfois sans employer de mots et surtout, il touche à plusieurs occasions à des moments de beauté indescriptible tels que Pixar en a le secret. On pense notamment à ce passage où Arlo explique le principe de la famille à Spot avec des bâtons et que celui-ci, sans un mot, lui explique son chagrin en retour. Un moment de pure poésie. On retrouvera un autre passage, muet lui aussi, où Spot rencontre les siens et où la tendresse du moment explose au visage du spectateur. Même si Le Voyage d'Arlo a quelques autres qualités, c'est Spot qui tient le film au bout de ses (petits) bras.

    Car heureusement, Le Voyage d'Arlo a quelques autres atouts à faire valoir. Quelques rencontres avec des personnages farfelus par exemple, à commencer par le tricératops schizophrène ou la secte du tonnerre. Cette dernière creuse la comparaison avec la période du Far West et les fanatiques religieux qui pouvaient écumer les contrées américaines. Bien que le décalque de cette époque soit facile, il reste convainquant dans le soin apporter par Sohn pour le fondre avec l'univers préhistorique. Ainsi, on s'ennuie difficilement durant l'aventure, tant celle-ci s'avère rythmée et agréable à suivre, sorte de road-movie qui ne dit pas son nom. Reste tout de même à rajouter que plastiquement, Le Voyage d'Arlo est une pure merveille qui met une claque à toute la production actuelle. L'animation s'avère sublime de bout en bout et bénéficie d'un soin tout particulier dans les séquences nocturnes et le jeu des lumières. Le dernier Pixar est un ravissement constant pour les yeux.

    Malgré d'évidents défauts, Le Voyage d'Arlo sauve l'essentiel grâce à sa beauté graphique et au fabuleux personnage de Spot. Largement en dessous d'un Vice-Versa, le premier long-métrage de Peter Sohn convaincra pourtant une large part du public visé voir même plus à l'occasion de quelques séquences sublimes qui hissent le film à un niveau bien plus haut qu'escompté. 
    Aouhhhh !

    Note : 8/10

    Meilleure réplique : Tout ce que peut dire le tricératops en décrivant ses compagnons de route

    Meilleure séquence : Arlo et Spot qui esquissent leurs familles avec des bouts de bois.

     



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