• [Critique] Independence Day : Resurgence

    Il arrive des jours comme ça où le temps est beau, les oiseaux chantent, les marmottes font leur toilette.
    Des jours où tout semble aller bien dans le meilleur des mondes.
    Innocents, insouciants, on va se faire un petit film au cinéma du coin. Titillé par la nostalgie des années 90, on prend un ticket pour la suite d'Independence Day, ce métrage signé Roland Emmerich sorti en 1996. 
    Alors, oui, il faut être d'une grande naïveté pour croire que l'homme qui a commis 2012 pouvait encore sortir un divertissement coupable et décomplexé correct avec des aliens et des grosses explosions. Mais on se dit que la vie peut être surprenante, qu'un jour Luc Besson finira par faire un bon film par erreur, que David Guetta prendra sa retraite, que Marc Levy se fera mordre par un castor enragé...bref, la réalité, c'est que la vie est une pute.

    Nous sommes bien des années plus tard après le premier film. La Terre, grâce à l'invasion extra-terrestre déjouée par Will Smith et Jeff Goldblum - ainsi qu'un virus informatique révélant que les E.T tournaient sous Windows (c'est quand même con un alien) - a tiré les leçons de ses échecs. Unit dans un même objectif, et grâce aux épaves récupérées, la technologie humaine a fait un bon sidérant. Sauf que, manque de bol (et aussi parce qu'il fallait une raison à cette suite autre que "je dois me payer un nouveau jacuzzi"), les bestioles de l'espace reviennent. Avec un plus gros vaisseau, une plus grosse armée et une reine dirigeante mal lunée. David Levinson avertit encore une fois du danger tout comme l'ancien président devenu à moitié sénile et boiteux, Thomas Whitmore. Heureusement, des héros se lèvent à nouveau pour combattre l'ennemi en ce 4 juillet, jour emblématique (et pourri quand même) de cette uchronie. 

    En effet, Independence Day : Resurgence est une uchronie. Le film part du postulat que les humains ont évolué bien plus rapidement que nous dans cette Terre alternative du fait de la technologie extra-terrestre laissée sur place après la grande défaite du 4 juillet. De ce fait, l'armée humaine dispose d'une base lunaire, d'un réseau de défense orbital et d'avions armés de laser qui font piou piou piou (Tu fais très bien le laser ! Merci ! Non mais vraiment je le pense). C'est certainement la seule et unique bonne idée du film. Le reste...comment décrire le reste...il faut être technique et pas vulgaire à la fois.
    Certes, Independence Day premier du nom était un film bas du front, une ode à l'american way of life et à la suprématie US. C'était bourrin, très con parfois, mais c'était cool, attachant et souvent diablement épique.
    Là...c'est autre chose.

    Tout commence déjà avec les personnages. Concentré à 200% sur son fan service, le film offre à peu près toute la brochette des acteurs du précédent, à commencer par Jeff Goldblum et Bill Pullman. Mais pas Will Smith, qui n'était pas assez désespéré pour tenter l'aventure. Du coup, Roland Emmerich l'a remplacé par un acteur noir leader price (car il faut savoir que l'acteur noir est interchangeable) sans l'ombre du quart du centième de la classe d'un Will Smith. Ce Willus Smith va même avoir un pote avec qui il est fâché (ça met du piment à l'intrigue) en la personne de Jake Morrison interprété par Liam Hemsworth qui avait déjà joué auparavant dans Hunger Games (du lourd). Entre deux, la traditionnelle petite amie dont on ne souvient jamais du nom, un deuxième noir plus gros avec des machettes, parce que le quota de noirs dans les films Hollywoodien a augmenté depuis 1996, et Charlotte Gainsbourg. On ne sait pas ce qu'elle est venue faire là, elle non plus à priori vu son jeu d'actrice au cours de l'aventure, mais quelque chose nous dit qu'elle va vite regretter Lars.

    Passé le casting aussi excitant que l'on avait pas osé l'imaginer, il y a une histoire. Enfin, une histoire... Un timbre poste. Les aliens reviennent pour détruire la Terre, ils sont encore plus méchants, ils font les mêmes choses ou presque que dans le précédent film, et voila. Bon. Sauf que le côté découverte du premier n'est forcément plus présent, on sait exactement de quoi il retourne. Roland Emmerich va aussi à cent à l'heure, ne laissant plus du tout son aventure se poser pour créer un suspense digne de ce nom. Et puis l'évolution technologique annihile le côté guerrier épique du premier (on se souvient tous des "Eagle Un, Fox deux" quand les avions tiraient des missiles) remplaçant tout ça par une bouillie de pixels avec lasers intégrés. Independence Day : Resurgence n'a plus aucun moment palpitant à offrir, ni même héroïque à l'américaine comme dans son prédécesseur. Tout s’enchaîne si vite avec si peu de conviction que rien ne prend, même pas la première offensive aérienne ou le final pourtant pensé pour être une apothéose. Dans tout cela, le pire reste que le film tente constamment de renouer avec les éléments qui avaient fait le succès du film de 1996...en utilisant des clichés aussi énormes qu'un François Hollande pré-électoral. 

    On pourrait pleurer devant un tel spectacle, ou rire de bien des scènes contenues dans le métrage, mais on est juste fasciné par autant de bêtises. Pour illustrer plus clairement l'échec total du film, prenons une scène symptomatique de ce ratage. Le scientifique de la zone 51 du premier film et son comparse scientifique vont se réfugier dans la salle d'isolation pendant que des aliens les attaquent. L'un des deux meurent et l'on assiste alors à la traditionnelle scène "Je prends l'agonisant dans mes bras pour échanger quelques belles paroles." Sauf que là, cela concerne un personnage que l'on a vu que 35 secondes à l'écran auparavant, dont on a clairement rien à foutre, qui est ridicule de surcroît et qui se révèle être gay. Surprise. Alors on sent qu'il y a forcément du second degré la-dedans (on l'espère en fait, sinon c'est un vrai chef d'oeuvre de nanardise) mais cela illustre toute la médiocrité du film. Un enchaînement d'événements trop rapides pour qu'on les assimile sur des personnages clichés et inconsistants, pour des enjeux vus et revus, et surtout...on ne sait absolument pas si c'est de l'humour intentionnel ou non. Un drame. 

    On ne parlera volontairement pas de la sphère blanche Apple qui se révèle un allié dans la lutte que livrent les humains (une des nombreuses idées WTF du film) ni de la cruauté de voir un Willus Smith sans copine pour le retrouver à la fin (mais c'est pas Will Smith, donc la nana forcément, il peut rêver !) ou encore du périple des enfants et du père de David (qui ne sert à rien, ne fait pas rire...on ne sait même pas ce qu'il fait encore là en fait !)
    Pour conclure au sujet d'Independence Day : Resurgence... la vie est une pute mais qui a le sens de l'humour.

    Note : 0.5/10

    Meilleure scène : Le scientifique qui meurt dans les bras de son pote et à qui il n'a pas tricoté le pull qu'il voulait, juste une écharpe. (Non mais, c'est vrai en plus!)

    Meilleure réplique : "Il n'y aura plus jamais de paix possible" (prononcé par la présidente avant de mourir des mains des aliens, alors que ceux-ci viennent de détruire la planète pour la deuxième fois. On s'attendait clairement à un pique-nique après ça, c'est certain.)
     

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  • [Critique] Suicide Squad

    Alors soyons clairs.
    On bout d'impatience pour Suicide Squad depuis le premier trailer dévoilé par Warner. A l'époque, c'était lui qui avait volé la vedette à Civil War et Batman vs Superman. Devenu depuis le film de super-héros le plus attendu de l'année (notamment depuis le plan marketing autour de Leto et son interprétation du Joker), Suicide Squad était attendu au tournant.
    Aux commandes, un réalisateur inégal, capable du meilleur (Fury) comme du pire (Sabotage) mais avant tout un réalisateur abonné aux films d'actions qui correspondait donc plutôt bien au ton général du métrage.
    En n'oubliant pas que derrière, le projet est chapeauté par Zack Snyder himself et que la fameuse Task Force X doit permettre l'envolée du DC Universe dont elle cumule un bon nombre de super-vilains. 
    L'idée géniale : faire des méchants les héros du films. Le plus gros danger : une overdose de personnages et un scénario trop simpliste.
    Résultat ?

    Une sacrée claque super-héroïque....mais pas forcément cinématographique.
    Explications.
    Suicide Squad, si vous viviez dans une grotte ces six derniers mois, c'est l'histoire d'une équipe de super-vilains sensément sacrifiable devant une menace méta-humaine. Dedans, la crème des méchants DC avec Deadshot, Killer Croc, Harley Quinn, Captain Boomerang ou encore Enchantress. Il parait même que le Joker passerait par là. Après le recrutement de la team, une menace s'abat sur Midway City et par un artifice vieux comme New-York 1997, les super-vilains sont contraint de se battre contre ce qui ravage la ville sous les ordres du Navy Seal Rick Flag et de l'impitoyable Amanda Waller. 
    De ce pitch prometteur, Ayer tire un film électrique de deux heures qui permet une chose jusqu'ici totalement inédite : faire une vraie adaptation de comic book sur grand écran.

    Ce qui manquait à tous les précédents films de super-héros, c'était cet aspect joyeux et décomplexé émanant du comic mainstream et qui signait pour nombre de ses lecteurs la personnalité du média lui-même. Avec Suicide Squad, Ayer trouve exactement ce ton et offre le juste milieu entre la noirceur et le réalisme d'un Batman vs Superman ,et le fun d'un Gardiens de la Galaxie. Mieux encore, Suicide Squad s'affirme d'emblée comme le prolongement direct de Batman vs Superman, de façon bien plus évidente et intelligente que tous les Marvels l'ont fait auparavant. Ce sont les conséquences de la mort de Superman ainsi que de la polémique qui l'entoure qui fait naître l'équipe de Waller. Et tout comme son prédécesseur, le film d'Ayer aime lancer des clin d’œils complice au spectateur sur le parallèle avec le réel (Guantanamo/Les marais de Louisiane, le terrorisme, la délimitation bien/mal par le gouvernement...) tout en restant assez jouissif et fun pour ne jamais lasser le spectateur. C'est là le point le plus notable de Suicide Squad qui le différencie grandement du film de Snyder : il est ludique et amusant...dans son style. 

    Ce qui rapproche par contre Suicide Squad de Batman vs Superman, c'est sa mise en scène. On sent qu'il y a un véritable réalisateur avec du caractère derrière. Les scènes d'actions sont toujours iconiques et jouissives au possible, l'univers a de la gueule, les personnages un cachet et un charme beaucoup plus "adulte" que les productions Marvel tout en trouvant leur propre ton décalé par moment. De ce côté, on pourrait presque croire que Suicide Squad est le Gardiens de la galaxie de DC Comics. Sauf que la noirceur de ce qui se passe derrière différencie carrément les deux, on retrouve la touche réaliste et le côté sombre inhérents aux oeuvres DC, sans la chape de plomb narrative dont souffrait Batman vs Superman. Ayer gère sa présentation de personnages comme un chef, la chose s’avérant aussi ludique que stylée...faisant totalement oublier le didactisme obligé qui se cache derrière. Parmi les membres de l'équipe, ce seront évidemment Harley Quinn et Deadshot qui seront les plus mis en avant. Margot Robbie et Wil Smith imposant avec une facilité étonnante leur visage sur ces deux figures pourtant bien connus. Pour être plus précis, ils sont parfaits de bout en bout, touchant même à un côté émotionnel relativement inattendu. 

    Il reste évidemment des défauts à Suicide Squad. A savoir une dernière partie franchement prévisible à deux/trois détails près, et (forcément) des super-vilains sous-exploités, une chose qui semble logique du fait de la durée du film et de la volonté manifeste d'introduire le Joker en parallèle. Ce dernier avait beaucoup fait parler de lui ces dernier temps d'ailleurs. Même s'il est finalement assez peu présent, son inclusion dans Suicide Squad n'a rien à voir avec Wonder Woman dans Batman vs Superman : ici tout fonctionne sacrément bien. Ayer et Snyder se débrouillent pour nous dresser le portrait d'un joker radicalement différent de celui incarné par Ledger. On pense tout du long à celui de Brian Azzarello dans le comics Joker, et l'on est surtout impatient de voir Jared Leto revenir à ce personnage tant sa prestation est un sans-faute total. Le Joker version Ayer est un Joker gangsta/roi du crime, à la fois inquiétant et imposant mais sans le caractère psychopathe jusqu'au boutiste de Nolan. Cette vision préliminaire (au prochain Batman ?) promet énormément. Sa relation avec Harley Quinn ne dépareille pas. Elle est troublante, touchante et recèle même lors d'une certaine séquence une poésie creepy du plus bel effet (Killing Joke inside).

    Si le grand méchant de cet épisode surprend sans pour autant convaincre totalement, c'est finalement le remarquable sens du rythme du long-métrage et sa volonté de ne laisser aucun temps mort qui en fait une des adaptations de comics les plus réussies qui soit. Bien davantage que Batman vs Superman, Suicide Squad marque le début du DC Universe au cinéma. On sent que Snyder a des idées, qu'il dissémine ses indices au fan (la mention co-assassin de Robin dans la présentation d'Harley !) et qu'Ayer jouit totalement des possibilités offertes en terme d'action et de mise en scène. De même, la bande originale du film par Steven Price se révèle une monumentale réussite, toutes les chansons choisies ici apportent quelque chose au long-métrage, une dose de folie-pop entraînante dont on se délecte constamment. C'est là la plus grande réussite de Suicide Squad : proposer un blockbuster malin où la mise en scène et la musique épousent totalement le propos pour accoucher d'une montagne russe d'action au caractère visuel bien trempé.

    David Ayer réussit à tenir toutes les promesses de ses bande-annonces. Voir davantage. On peut évidemment regretter la prévisibilité de sa dernière partie mais ce serait vraiment être aveugle en face de l'efficacité narrative globale. Casting parfait, mise en scène stylisée et rythme dantesque font de Suicide Squad un bon film de super-héros super-vilains. Tout simplement.
    On est impatient de voir la suite ! 

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Deadshot qui arrête la vague ennemie à lui seul

    Meilleure réplique : "No, too easy. Can you...live for me?"

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  • [Critique] Comme des bêtes

     Entre les ténors de l'animation occidentale tels que Pixar, Blue Sky et Dreamworks, un petit studio tente de se faire une place : Illumination Entertainement. Déjà à l'origine de la franchise Moi, moche et méchant et du Lorax, les créateurs des Minions nous offrent pas moins de deux nouveaux films d'animation cette année. Si Tous en scène ne sortira que bien plus tard, c'est déjà l'heure pour The Secret Life of Pets (renommé Comme des bêtes pour le territoire français, car le français moyen aime les titres débiles semble-t-il...) de jouer dans la cour des grands. Entre L'Âge de glace 5, Le Monde de Dory et La Tortue Rouge, on peut dire que la concurrence sera rude. Heureusement, Comme des bêtes a quelques atouts dans sa manche, à commencer par un character design attachant et une thématique qui laisse entrevoir de grandes possibilités. Un pari réussi ?

    En réalité...pas vraiment.
    Comme des bêtes entraîne le spectateur dans la vie des chiens, chats, oiseaux et autres rongeurs qui nous servent d'animaux de compagnie...une fois que nous les laissons seuls. Première mauvaise surprise, la bande-annonce initiale a tout montré des cinq premières minutes du film. Du coup, aucun éclat de rire ou sourire. Deuxième mauvaise surprise, et malgré ce que semblait affirmer la campagne marketing autour du film, Comme des bêtes reste un film à l'ancienne. Une fois la porte refermée, Chris Renaud et Yarrow Cheney nous entraînent dans l'histoire de Max et Duke, deux chiens qui vont devoir cohabiter ensemble et qui, forcément, n'en ont aucune envie. Autour d'eux gravitent un tas de second rôle, de Chloé à Pops en passant par Gidget. Jusque là, rien de mauvais, beaucoup de divertissement et une aventure joyeuse et relativement rythmée.

    Sauf que les choses n'iront jamais plus loin.
    Il faut bien comprendre que Comme des Bêtes n'est pas un mauvais film d'animation. Aucun aspect du long-métrage n'est mauvais en soi, on peut même dire que l'animation en elle-même est une pure réussite. C'est juste qu'il semble relever d'une autre époque. Au-delà de son aventure principale et de quelques fils secondaires (notamment la quête de Gidget et des autres), il n'y a rien d'autre. Il n'y a aucune émotion profonde dans Comme des Bêtes. On se retrouve devant un film d'animation agréable mais dénué de tout fond. Ou tout du moins, qui ne fait qu'effleurer très rapidement ce qui aurait pu constituer des thématiques fortes tels que l'abandon, le temps qui passe, le lien maître-animaux...Tout est survolé, jamais exploité. On éclate parfois de rire devant les répliques de Kevin, le lapin déglingué vivant dans les égouts avec sa bande, mais on ne retrouve jamais le dimension supplémentaire apportée par les films Pixar ou l'immense intelligence d'une Tortue Rouge. 

    A côté de ça, les réalisateurs nous offrent tout de même un agréable moment de détente avec quelques trouvailles vraiment amusantes, du lapin dont on parlait plus haut au running-gag du hamster. Les personnages sont attachants, l'histoire ne laisse pas beaucoup de temps morts. Bref, Comme des bêtes peut s'apprécier comme un dessin-animé occidental à l'ancienne, sans sous-texte, sans double lecture. Au vu des possibilités qu'il renferme, le film ne peut pourtant que décevoir tant ses créateurs peinent à faire jaillir la moindre émotion. Ils n'arrivent jamais à atteindre la tendresse qui se tissait entre Gru et les enfants dans le premier Moi, moche et méchant, restant constamment un large cran en-dessous de ce dernier. Le résultat s'avère frustrant.

    Loin de la poésie de La Tortue Rouge ou de l'émotion latente du Monde de Dory, Comme des bêtes assure le minimum et se repose sur une formule un tantinet dépassée. On espère que Tous en scène parviendra à rectifier le tir. 
    Amusant mais rapidement oublié.

      

    Note : 7/10

    Meilleure scène : L'arrivée du lapin et de son gang

    Meilleure réplique : Ricky, on pense à toi !

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  • [Critique] Le Monde de Dory

     Immense succès lors de sa sortie en 2003, Le Monde de Némo était l'oeuvre de deux hommes : Lee Unkrich et Andrew Stanton. Ce dernier revient, seul, aux commandes du Monde de Dory, suite située un an après les événements du premier volet. Malheureux depuis le cuisant échec de son John Carter, Andrew Stanton retrouve un univers qui lui est familier et centre cette fois-ci l'aventure sur le personnage secondaire le plus truculent du Monde de Némo : Dory. Victime de Troubles de la Mémoire Immédiate, elle apportait une fraîcheur et un zeste de folie à la quête de Marin. Cependant, comme on l'on a pu s'en rendre compte avec le désastreux Monstres Academy, Pixar n'est jamais aussi bon que lorsqu'il génère de nouvelles idées (Vice-Versa en fut la démonstration éclatante l'année passée). De ce fait, voir débarquer une nouvelle suite dans la filmographie du studio a de quoi laisser le spectateur dubitatif. D'autant plus que l'aventure semble se calquer sur une redite du Monde de Némo... Dory peut-elle être à la hauteur ?

    Le plus gros défaut de ce Monde de Dory, c'est évidemment son postulat : Dory se lance dans une folle aventure pour retrouver ses parents. Un petit air de déjà-vu puisque l'on remplace un disparu par un autre. On sait donc d'emblée que le film ne sera certainement pas à la hauteur de son prédécesseur puisqu'il perd forcément en fraîcheur et en originalité. Cependant, Stanton ne fait pas les deux erreurs capitales qu'avait commis Monstres Academy. Tout d'abord, Le Monde de Dory capitalise sur ce qui était peut-être le meilleur personnage du précédent opus. Dory reste toujours ce feu-follet au cœur tendre que l'on a connu par le passé ,et Stanton lui ajoute une profondeur bienvenue, même si un peu simpliste. Ensuite, Le Monde de Dory est une suite, non une préquelle, les choses ne sont pas figées dans le temps, évitant ainsi de révéler à l'avance la fin de son intrigue (cela même si celle-ci n'a rien de bien originale dans son dénouement).

    Dory s'impose naturellement comme une héroïne ultra-attachante pour le spectateur. En explorant son Trouble de la Mémoire Immédiate, Stanton tient évidemment quelque chose de très fort, transposant ici un thème qu'on aurait plutôt l'habitude de voir dans une autre tranche d'âge (Alzheimer) pour lui donner une dimension plus cruelle encore. Si l'on peut reprocher au réalisateur de n'utiliser que de façon très opportune cette problématique (Dory a tendance a oublier les choses quand cela apporte quelque chose au scénario ou pour un effet comique), elle mène tout de même à une authentique touche émotionnelle lorsque le handicap dresse une barrière entre Dory et le monde qui l'entoure. Le film est d'ailleurs d'autant plus efficace et poignant quand il met en scène Dory bébé avec ses parents. Son apprentissage et son désespoir quand elle se perd auraient pu constituer une histoire superbe à bien des égards. Ce n'est malheureusement que partiellement exploité. Qu'à cela ne tienne, Stanton tente de combler ce manque de profondeur émotionnelle en ajoutant un excellent personnage secondaire en la personne de Hank, une pieuvre un tantinet asociale et dont la relation avec Dory finira par émouvoir (Cf la séquence où Hank relâche Dory en lui disant qu'il ne l'oubliera pas).

    En fait, c'est d'ailleurs dans sa galerie de personnages secondaires farfelus que Le monde de Dory trouve un second souffle. Outre Hank, on citera Becky, Destinée, Bailey...ou l'impayable Gérard, qui concourent tous à la dimension comique, et parfois absurde, de l'histoire. On ne peut pas forcément en dire autant de Némo et Marin qui font vraiment rajouts à cette histoire concernant avant toute chose Dory. C'est un peu le même défaut qui gangrène les suites Pixar, le fait que la firme à la lampe n'est jamais aussi éblouissante que quand elle introduit de nouveaux personnages ou quand elle donne une véritable raison d'être à la présence d'anciens héros (comme pour les Toy Story). Ici, tout se passe comme si Némo et Marin se devaient d'être là. Une sorte de fan-service un peu opportuniste en somme. Car dès que l'on reste sur Dory, les choses se passent beaucoup mieux. Sans jamais arriver à la cheville émotionnelle d'un Vice-Versa, Le Monde de Dory donne encore quelques beaux moments (les retrouvailles et la plupart des flash-backs). Reste alors un aspect technique forcément éblouissant qui, lui, mettra tout le monde d'accord : visuellement parlant, le film est une pure réussite.
    Tout comme le court-métrage qui le précède d'ailleurs, Piper, un petit bijou technique doublé d'une très jolie histoire muette.

    Si Le Monde de Dory fait bien mieux que Monstres Academy, il ne constitue pas non plus un Pixar majeur. Il s'agit juste en l'état d'un film d'animation visuellement magnifique avec des personnages attachants et une thématique relativement originale...mais qui aurait mérité des choix plus audacieux sur le plan scénaristique. Dommage que Pixar semble s'entêter à reprendre ses franchises-phares plutôt que d'investir dans des histoires originales.
     

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Les lions de mer et Gérard

    Meilleure réplique : Tu prends la confiance Gérard !  - Nage droit d'vant toi !


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  • [Critique] La Tortue rouge
    Prix Spécial du jury Un Certain Regard, Cannes 2016

    Entre Le monde de Dory, Comme des Bêtes et L’âge de glace 5, un curieux (et discret) long-métrage d’animation s’est glissé.
    Tout en 2D pour le coup, La Tortue rouge est la rencontre de deux mondes : celui des japonais du studios Ghibli (le film est produit par le célèbre studio et notamment par un certain Isao Takahata) et celui du néerlandais Michaël Dudok De Wit.
    Si ce nom ne vous dit rien, c’est assez normal puisqu’il s’agit de son premier long-métrage. Pourtant, le monsieur a déjà remporté l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation avec Père et Fille en 2000 ainsi que le grand Prix du festival d’Annecy…rien que ça. En 1994 d’ailleurs, son court Le Moine et le Poisson lui avait déjà valu un César.
    Il était donc plus que temps pour lui de porter son talent sur grand écran.La Tortue rouge n’est pas seulement la révélation de Michaël Dudok De Wit à un plus large public, c’est aussi une œuvre audacieuse, poétique de la première à la dernière seconde et simplement magistrale.


    Dans une 2D magnifique, La Tortue rouge raconte le naufrage d’un homme, dont le nom restera un mystère tout du long, sur une petite île déserte au milieu de l’océan. Cette histoire minimaliste à souhait réserve un nombre de surprises assez hallucinantes et, avant toute autre chose, une prise de risques certaine. Alors qu’à l’heure actuelle les productions cinématographiques, et à plus forte raison les œuvres pour enfants, ont une peur évidente du silence, ne pouvant s’empêcher de remplir l’histoire par toutes sortes de dialogues parfois ineptes, La Tortue rouge opte pour un silence quasi-complet.
    A peine percé par quelques cris ou rires, le film de De Wit s’avère une œuvre intégralement muette.

    Ce pari d’une extrême audace paye pourtant rapidement car le néerlandais fait passer toute l’émotion et la poésie de ce qu’il raconte par le visuel et la musique. Cette dernière, composée par Laurent Perez Del Mar, est un ravissement de tous les instants et convoque les meilleures partitions des films des studios Ghibli. C’est à ce moment qu’il faut préciser que l’influence de l’œuvre de Miyazaki et Takahata est omniprésente dans La Tortue rouge. Non content de raconter une histoire humaine forte et universelle, celle de la solitude, le film peut s’appréhender comme une ode à l’écologie, un plaidoyer vibrant pour un retour à la nature. Avec ses tempêtes destructrices et ses injustices mais aussi avec sa beauté d’une simplicité désarmante qui ramène aux fondamentaux de l’existence.

    A cette dimension, il faut ajouter l’indubitable aspect émotionnelle que façonne le réalisateur néerlandais à travers des séquences simples mais maîtrisées à la perfection. Sans aucune parole (et c’est vraiment bluffant), il nous fait ressentir la tristesse, la culpabilité, la joie, l’émerveillement et la mélancolie. Il prend le pari fou de décrire le cycle de la vie sur une île déserte avec trois personnages et des crabes. L’amour, la mort, l’émancipation, l’enfantement, l’apprentissage, tout cela n’aura jamais été aussi bien filmé dans une œuvre animée. Dudok De Wit s’avère un magicien à bien des niveaux mais il excelle dès lors qu’il s’agit de distiller des existentielles tout en ne reniant jamais la dimension humaine, et donc cruelle, de la chose.

    Car tout a une fin, même (ou surtout en fait) dans La Tortue rouge. La beauté intense qui irradie du film tend vers une mélancolie lancinante qui utilise la musique et les images pour transpercer le cœur du spectateur. Du coup, si les enfants y verront surtout l’aventure rocambolesque et semée d’embuches d’un homme perdu au milieu de nulle part trouvant l’amour de façon improbable, les adultes, eux, pourront en tirer une fabuleuse métaphore sur la vie en général et un vibrant plaidoyer écologique. Cette double lecture, marque des grands films, achève de convaincre de l’infinie talent de Michaël Dudok De Wit.

    Surprise audacieuse et poétique, la Tortue Rouge s’impose comme un chef d’œuvre d’intelligence. Sa délicatesse en fait un film d’une beauté sidérante qui ne cesse de hanter le cœur de son spectateur par la suite.
    Certainement l’un des plus grands dessins animés de ces dernières années !

    Note : 10/10

    Meilleure scène : La culpabilité du naufragé face à la Tortue

     

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  • [Critique TV] Game of Thrones, Saison 6

     On ne présente plus aujourd'hui la série-phare de HBO
    Depuis 6 saisons maintenant, la chaîne américaine, en adaptant de façon intelligente et globalement fidèle l'oeuvre de l'excellent George R.R. Martin (contrairement à AMC avec The Walking Dead ou plus récemment Preacher) a réussi à créer un vrai phénomène de société. Seulement, au-delà de ses rebondissements et de son terreau à spoilers tout à fait remarquable, Game of Thrones reste surtout l'une des meilleures sagas de fantasy actuellement sur le marché. Passés l'effet de mode et le buzz savamment entretenu par la chaîne et les acteurs, la série de David Benioff et D.B. Weiss doit faire face à un nouveau défi de taille : poursuivre l'histoire au-delà de celle racontée par les romans originaux. Après une saison 5 moins forte que précédemment, cette nouvelle fournée de dix épisodes a vite conquis les spectateurs, notamment par ses deux épisodes de clôture magistraux : Battle of the Bastards et The Winds of Winter. Trop rapidement qualifiée de meilleure saison à ce jour, il est temps de prendre du recul pour analyser la véritable valeur du travail des deux scénaristes et des nombreux réalisateurs de la série.

    Comme toujours avec Game of Thrones (et encore davantage cette saison), beaucoup de ce qui fait le sel de la série est le destin incertain des personnages ainsi que la capacité de Martin à tuer n'importe quel protagoniste. Du coup, on ne s'étonne guère qu'une bonne part de la campagne de lancement de la saison 6 s’est faites autour d'un personnage mort en fin de saison 5 : Jon Snow. Devenue une véritable icône pour le public, à la fois pour l'histoire poignante de ce personnage mais également (et surtout) pour les beaux yeux de Kit Harington (ce qui reste très discutable, tant l'acteur s'est surtout illustré pour jouer extrêmement mal depuis le début), Jon devient le principal enjeu des deux premiers épisodes. Malheureusement, cela prime sur le reste et, outre un premier épisode qui, comme d'habitude, fait le point sur les différents arcs scénaristiques en cours, a tendance a bien trop tirer sur la corde d'un faux-suspense à la "Il est mort/Il est pas mort ?". Il faudra attendre le troisième épisode pour relancer un peu le jeu politique, aspect qui a toujours constitué la grande force de Game of Thrones, livres ou série, et qui permet de retrouver quelques fins limiers de l’échiquier tel que Tyrion Lannister, toujours campé par le brillant Peter Dinklage.


    Nous n'allons bien évidemment pas refaire l'histoire de ces dix épisodes mais contentons nous d'abord de quelques arrêts sur images. D'abord, et malgré les cris d’orfraies de ses fan-girls, l'arc de Jon Snow passionne beaucoup moins que le surprenant retour de Bran Stark qui permet à la série de s'aventurer dans une sucession de flash-backs des plus délicieux qui culmineront avec l'épisode 5 The Door. Ensuite, on se réjouit qu'enfin les scénaristes se souviennent que les Fer-Nés existent, revenant ainsi sur un des arcs les plus passionnants du roman et qu'ils avaient jusque là rigoureusement ignoré. Malgré sa simplification attendue, il domine largement les autres intrigues dans un premier temps et permet de sortir du train-train quotidien dans lequel la série s'était installé. Car c'est bien cela qui fait du tort à cette saison 6, cette façon d'étirer un peu trop sciemment les choses pour concentrer toutes les révélations les plus croustillantes dans deux derniers épisodes en béton armé...cela au détriment du reste. Ne soyons pas de mauvaise foi cependant puisque l'ensemble reste de très haute volée. Le casting s'avère une nouvelle fois parfait (même Kit Harington fait des efforts) si l'on excepte l’exécrable Faye Marsay qui embarrasse par son jeu d'actrice lamentable. Le budget confortable de la série permet une fois de plus de voir les choses en grand et donne de très grands moments (on y reviendra). Bref, c'est forcément l'occasion de passer un excellent moment malgré les nombreux défauts qui parsèment la saison.

    Il faut alors entrer dans les détails pour expliquer que la saison 6 présente quelques tares véritablement dommageables. Son rythme bancal, volontairement lent pour la première partie et mal géré dans le reste jusque l'épisode 8 No One, amène à se demander comment certaines choses évidentes peuvent tellement échapper à ses créateurs. Penchons-nous sur le plus gros ratage de la saison (et qui l'était déjà la saison dernière) : l'arc d'Arya. En mettant en avant le parcours de sa formation qui tourne rapidement à la séance sado-masochiste, les scénaristes étirent scandaleusement une histoire chiante à souhait, extrêmement répétitive et qui retombe finalement comme un soufflet. La chose pourrait ne pas être si grave si elle n'occupait pas un tel temps à l'écran. Cela empêche, par exemple, depuis deux saisons de se pencher sur des éléments tellement, mais tellement, plus intéressants. A commencer par la Confrérie sans bannière que l'on retrouve à l'occasion de quelques scènes excellentes et qui a totalement été délaissé jusque là. Pareil pour Sandor Clegane qui réapparaît pour disparaître aussitôt. Ne parlons même pas de Dorne, que l'on entrevoit au premier et dernier épisode, déjà largement détruit par les choix de casting plus que douteux de la saison précédente. Dans cette histoire autour d'Arya, Benioff et Weiss montrent le pire travers de Game of Thrones : sa capacité à faire du surplace inutilement. Seule une chose sauve du naufrage total cette aventure : le théâtre. L'espèce de message qui s'y glisse alors, excellentissime, permet d'appréhender de façon brillante la vérité communément admise que l'histoire est dictée par les vainqueurs. Cette mise en abyme des précédentes saisons et de la relecture qui en est faites permettent de ne pas pleurer devant un tel gâchis de temps. 

    Autre point litigieux dans la saison qui découle de ce gaspillage de temps impressionnant, certains arcs carrément fascinants sont trop rapidement expédiés. Il faut par exemple deux épisodes pour régler le cas Riverrun et entrevoir le monumental charisme du Blackfish. Ou encore quelques scénettes pour les manigances d'un Littlefinger pourtant passionnant auparavant. C'est donc le rythme de cette saison et les privilèges accordés à tel personnage - Arya, Jon, Daenerys - au détriment d'autres bien plus intéressants qui tempèrent l'enthousiasme des derniers épisodes. D'ailleurs, en parlant de Daenerys, on peut pointer un autre défaut majeur de la série, un peu à la façon d'Arya au final, mais étiré sur déjà plus de six saisons : la désagréable sensation de surplace de la reine des Dragons qui passent son temps à dire qu'elle va envahir Westeros, perd, gagne, reperd...bref, heureusement que les choses bougent ENFIN pour elle. Venons-en aux bons côtés, et ils sont nombreux, de cette saison 6. On passera outre la mise en scène toujours impeccable de la série pour tirer un coup de chapeau à l'arc de Bran, avec cette mémorable séquence de la Tour de la Joie, attendue de pied ferme par tous les fans de la série, ainsi qu'à l'arc de Ramsay Bolton, définitivement le personnage le plus génial de cette saison. Interprété par un Iwan Rheon au sommet de sa gloire (encore meilleur qu'il ne l'était dans Misfits, c'est dire), il tire tellement son épingle du jeu qu'il en efface tous les autres à l'écran. Digne descendant d'un Joffrey ou d'un Tywin, il permet à la série de bénéficier d'un véritable personnage diabolique dont le génie culmine dans l'extraordinaire épisode 9.

    Forcément, il faut dire quelques mots des deux derniers épisodes. Battle of Bastards synthétise toute la force brute de la série, à savoir des séquences épiques et de la stratégie politique sans morale (ou presque cette fois). Brillamment mise en scène par l'excellent Miguel Sapochnik, l'épisode offre un affrontement jouissif et haletant dont la fin, hautement prévisible, n'entame en rien le plaisir des yeux. Inspiré par Braveheart, 300, Le Seigneur des Anneaux ou encore Kingdom of Heaven, Sapochnik fait des merveilles, livrant une bataille d'une intensité jamais vue sur le petit écran depuis...Hardhome...justement. Mieux encore, l'épisode suivant, The Winds of Winter, prolonge le plaisir et voit la résolution cataclysmique de plusieurs fils passionnants. C'est l'hécatombe bien sûr mais c'est avant tout l'occasion d'un beau pied de nez à ceux qui disaient la série de Martin sexiste puisque tous les plus puissants personnages, à l'exception d'un, sont désormais des femmes. La série semble même dire que pour se mettre sur un pied d'égalité avec l'homme, la femme doit être aussi cruelle et dénuée d'émotions que possible. C'est pour ce genre de réflexion que l'on aime Game of Thrones ainsi que pour les moments d'émotions comme celui de l'épisode 5 Hold The Door, génial morceau de bravoure et ingénieuse résolution d'une intrigue ...temporelle ! Encore une fois, et malgré de nombreux écueils, les scénaristes ont réussi à porter très haut les couleurs de la fantasy à l'écran et à asseoir de façon toujours plus définitive la domination de la série.

    Saison de tous les superlatifs, cette sixième fournée d'épisodes a permis de grandement faire avancer les choses pour les héros de la série. Même si l'on sera déçu par certains choix scénaristiques et un manque de rythme évident de la première partie de la saison, il faut bien reconnaître que Game of Thrones fait toujours partie des meilleures séries actuellement diffusées. Plus que dix mois pour la saison 7...
     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode : Battle of Bastards

     

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  • [Critique] The VVitch

    Prix du Jury SyFy Universal Gerardmer 2016
    Prix de la mise en scène Sundance 2015
    Sutherland Trophy du meilleur premier film 2015

     Sorti en catimini en France sur quelques rares écrans de cinéma, et avec un an de retard sur les Etats-Unis, The VVitch était annoncé comme une petite perle de l'horreur et du fantastique. Premier film de l'américain Robert Eggers, le long-métrage fut présenté à Sundance en 2015 où il s'est vu décerné le prix de la mise en scène avant d'impressionner son monde dans à peu près tous les festivals dans lesquels il est passé. Sans aucun acteur connu, avec un sujet peu banal inspiré des contes folkloriques et surtout avec un budget restreint, The VVitch a fait un carton critique et public à sa sortie US, cela malgré le peu d'écrans alloués pour sa diffusion. En France, le métrage a connu un destin encore plus ignominieux et aurait aussi bien pu sortir en Direct-to-DVD comme nombre d'excellents films de genre récents (Bone Tomahawk ou We are what we are pour n'en citer que deux). Allumez une bougie et calez-vous bien dans votre fauteuil, bienvenue dans une Nouvelle-Angleterre sinistre à souhait...

    Le générique de fin vient nous rappeler une chose : The VVitch est inspiré par les contes et le folklore du XXVII ème siècle. Cependant, ne vous attendez surtout pas à vous retrouver devant un ersatz aseptisé des contes traditionnels que l'on peut voir régulièrement au cinéma ces dernières années. Film crûment réaliste, The VVitch emprunte des éléments récurrents des histoires d'antan - la sorcière, le bois hanté, la maison isolée, la tanière du démon, les animaux maléfiques... - mais les traite avec un sérieux de tout les instants. Robert Eggers, passionné par les sorcières depuis son plus jeune âge, ne laisse pas planer le doute longtemps quand à l'existence de cette dernière. L'américain choisit de montrer et de mettre mal à l'aise son spectateur. En déformant - en torturant même - son conte pour lui donner une atmosphère glauque, il installe d'emblée un lieu d'action unique, isolée de toute communauté. Dès les premières minutes, la famille de puritains que nous allons suivre est mise à la porte de la plantation où elle vivait jusque là. Pour survivre, le patriarche, William, emmène ses deux filles et trois garçons ainsi que sa femme, Katherine, à l'orée d'une forêt sombre et mystérieuse. Le décor est planté instantanément, dans une musique aux éclats tétanisant et qui annonce, en quelque sorte, les terribles et insidieuses horreurs à venir.

    Pourtant, qualifier The VVitch de film d'horreur serait aussi restrictif que maladroit. Si l'horreur est bien présente, notamment sur un certain plan psychologique bien davantage que sur le versant physique de la chose, c'est le fantastique qui prend le pas sur le reste. Un conte fantastique mâtiné d'horreur. Voilà ce qu'est le premier long-métrage de Robert Eggers. Grâce à un lieu d'action unique, une petite ferme isolée, et une mise en scène expurgée du moindre élément clinquant, le cinéaste nous enferme dans une nasse pour faire évoluer en milieu clos la cellule familiale. C'est précisément là que la démarche d'Eggers devient intéressante. Au lieu de se jeter sur une histoire de terreur pure et simple, il replace Thomasin, l’aînée, au milieu d'une famille strictement puritaine, celle-ci ne concevant son existence que comme un péché qu'elle doit expier chaque jour. Si l'on a d'emblée droit à la vision de la sorcière des bois et de l'enlèvement du bébé, séquence bien plus violente et glauque qu'on pourrait le penser devant l'économie de moyens employés (Il suffit de se rendre compte de ce que devient l'enfant en réalité...), c'est sur un autre versant que le film se fait extrêmement intéressant.

    Outre son retour aux sources revendiqué d'un fantastique sombre et malaisant, The VVitch pense la figurine féminine avec intelligence. Au XXVIIème siècle, la femme était forcément un démon, une sorcière. Du coup, ici, le conte fait tomber petit à petit la famille devant un événement majeur de la vie féminine : le passage à l'âge adulte. C'est le statut de Thomasin qui, devenant femme, va renverser le jeu et redistribuer les cartes de la cellule familiale qui va elle-même céder sous ce poids. La fille prend métaphoriquement puis littéralement la place de la mère entre complexe d’œdipe et envies incestueuses refoulées. Le démon attend juste son heure et catalyse les choses. Car il est également question de démons, du diable pour être exact et de ce côté The VVitch ne boxe pas dans la même catégorie que les boursouflures hollywoodiennes usuelles. On assistera ainsi à quelques scènes malsaines comme rarement ces derniers temps. On pense à la pseudo crise de possession de Caleb, à ces sempiternels jumeaux qui procurent un sentiment dérangeant à chacune de leurs apparitions (et cela malgré une banalité effarante des scènes en questions) ou simplement à la séquence du corbeau, sommet de glauque assumé et marquant. L'horreur qui s'insinue dans le long-métrage n'a rien d'évidente, elle s'avère aussi roublarde qu'entêtante. Elle refuse le gore ou le jumpscare pour y préférer le nébuleux et la terreur du banal. La mise en scène brillante et franchement impressionnante de Robert Eggers n'y est pas pour rien, sans même parler des jeux de lumières. Arriver à titiller l'imagination et à susciter l'horreur en filmant un lapin ou un bouc n'est pas donné à tout le monde. C'est pourtant ce qui arrive à la vision de The VVitch. On finira par louer également les acteurs, tous extrêmement justes dans leur jeu et qui ont surtout le bonheur de s'effacer complètement derrière leur personnage respectif.

    Ce film inattendu, tourné dans un vieil anglais plus qu'à propos, a bien mérité ses louanges. Malsain à souhait et renouant avec une vision du fantastique qu'on croyait définitivement perdue, The VVitch est presque un coup de maître. Robert Eggers a tous les atouts en main pour devenir un grand cinéaste du genre. 
     

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Le corbeau - La possession de Caleb

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  • [Critique] The Neon Demon

    Ceux et celles qui ont découvert le cinéaste danois Nicolas Winding Refn grâce à Drive en 2011 risquent d'être une nouvelle fois surpris. En effet, alors qu'Only God Forgives avait déjà passablement remis les pendules à l'heure en retrouvant l'expérimentation cinématographique si chère au réalisateur, The Neon Demon n'emprunte pas seulement la même voie mais va beaucoup, beaucoup plus loin. Annoncé au départ comme le film "horrifique" selon Refn, le long-métrage déroute dès les premières minutes. Après avoir clivé une partie de la critique à Cannes cette année, The Neon Demon débarque sur les écrans pour prouver une nouvelle fois à ceux qui en doutaient que Nicolas Winding Refn a encore bien des choses à dire.

    Pour cela, il embauche la jeune et virginale Elle Fanning pour jouer l'ambitieuse mais niaise Jesse, fraîchement débarquée à Los Angeles pour accomplir son rêve : devenir mannequin. Elle ne s'attend certainement pas à vivre dans un motel miteux tout en s'élevant dans les strates d'un milieu très fermé où la jalousie et la compétition sont deux valeurs fondamentales. Elle découvre bien vite que personne ne lui fera de cadeau. Seule sa beauté pure et inestimable lui permet de laisser tout le monde sur le carreau. Plus dur sera la chute... Nicolas Winding Refn pose donc sa caméra dans le monde de la mode pour capturer le parcours terrifiant et hypnotisant de Jesse. Si The Neon Demon a été vendu au départ comme un film d'horreur, c'est certainement du fait du ton adopté par Refn pour filmer son histoire. Seulement voilà, difficile d'apposer une étiquette véritable sur le métrage.

    Fidèle à ses habitudes, Refn ne fait pas les choses à moitié. The Neon Demon suivant Jesse dans l'univers de la mode, le film se doit d'être à l'image du dit-univers. Dès l'écran titre, le spectateur voit apparaître les initiales NWR dignes d'une pub pour un parfum. Adoptant une esthétique extrêmement travaillée, The Neon Demon transpose l'artificialité du milieu visité jusque dans sa mise en scène. Ainsi, le danois lâche la bride à son goût pour l'esthétisation parfois outrancière (souvenez-vous de Only God Forgive ou Bronson) et ouvre son long-métrage sur un très long plan fixe en travelling avant où Jesse pose couverte de sang pour un photo-shoot morbide. Accompagné de la musique géniale de Cliff Martinez (devenu une vraie marque de fabrique pour le réalisateur), on comprend d'emblée que The Neon Demon ne sera pas un film accessible. Pourtant, soyons clairs, aucun autre métrage dans l'année n'a fait montre d'une maîtrise formelle plus impressionnante. Jusqu'au bout des ongles, The Neon Demon consacre sa mise en scène à son sujet de fond : la beauté.

    "Beauty is everything" dira Jesse à son petit-ami jetable en milieu de film. The Neon Demon prend la chose au pied de la lettre en montrant au spectateur que le message du métrage se confond totalement avec son apparence. On assiste alors à des séquences hallucinantes et hallucinées : La boîte de nuit éclairée par des flashs de lumière blanche où un corps torturé se contorsionne sur scène, une scène de défilé où Jesse tombe amoureuse de sa propre image ou encore un viol vécu par l'autre côté du mur. Tout est à tomber, la maîtrise technique de Refn est ici absolue.Cependant, The Neon Demon ne peut simplement se résumer à sa formidable mise en scène. En bon trublion, Nicoals Winding Refn dépeint l'univers de la mode avec un ton horrifique délicieux. La chair se transforme, devient une matière première, pure ou modifiée, malléable ou peinte. Dans ce monde d'artifices, la moindre petite chose devient terrifiante, le moindre défilé plonge dans une horreur sourde et malicieuse qui met mal à l'aise. Jesse, incarnation de la jeunesse naïve et prétentieuse par excellence, ne se rend pas compte qu'elle évolue au milieu d'un peuple de loups prêt à la bouffer au moindre faux-pas. En mélangeant sexe (lesbien ou pas), en pervertissant les codes du conte traditionnel (le petit-ami qui a tout d'un prince charmant se fait éconduire par sa belle qui ne voit que la beauté et rien d'autre) ou le château abandonné où règne une méchante sorcière travestie en marraine attentionnée et avide de sexe. 

    Rapidement, The Neon Demon donne des sueurs froides. Les remarques des compétitrices se font de plus en plus voraces, les personnages qui gravitent autour de Jesse de plus en plus inquiétant. Filmant la mode en mélangeant sensualité, sexe, attirance morbide voir nécrophile et cannibalisme, Nicolas Winding Refn redéfinit un univers clinquant pour en faire un lieu de débauche malsain où l'arrivée du fantastique n'a en fait plus rien de surprenant. Transformant son récit en histoire quasiment mystique, Nicolas Winding Refn ne recule devant rien, immisçant de plus en plus franchement l'horreur et le sang dans l'histoire de Jesse. Pour autant, il ne cède jamais aux facilités actuelles du genre, préférant adopter un point de vue à mi-chemin entre la fascination et la répulsion pour mieux perdre le spectateur. La vorace Jena Malone incarnant à merveille cette dualité. Si l'on a beaucoup parlé de belle coquille vide pour décrire The Neon Demon à Cannes, inutile de dire qu'une nouvelle fois une bonne partie de la critique est passée à côté du génie de Refn. Après tout, Mad Max : Fury Road avait de toute façon reçu le même genre de critiques l'année dernière. En l'état, The Neon Démon se clôt comme il s’est ouvert, avec un aspect de clip pour parfum ironique où semble retentir le rire carnassier du danois.

    Certainement son oeuvre la plus expérimentale à ce jour, The Neon Demon n'est pas un film grand public. Épousant son sujet jusque dans les moindres détails de sa mise en scène, le métrage de Nicolas Winding Refn hypnotise par sa mise en scène incroyable tout en immisçant l'horreur et le fantastique dans un univers de la mode froid et morbide. 

    En définitive, un très grand film !
     

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Le défilé

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  • [Critique] Paranoia Agent 

     Alors qu'elle rentre de son travail, la créatrice-star Tsukiko Sagi est attaquée par un mystérieux enfant portant des rollers dorés, une casquette et une batte de base-ball. Forcément très exposée dans les médias depuis que sa peluche kawaii, Maromi, est devenue un phénomène de société, Tsukiko cache pourtant quelques secrets. Dont le fait qu'elle se sent piégée par le succès remporté par sa dernière création et que, depuis, l'inspiration lui fait défaut. Ce triste événement va pourtant vite prendre une toute autre dimension. Bientôt, celui que l'on surnomme Le Gamin à la batte (shônen bat en VO) s'en prend à d'autres personnes : deux écoliers que tout oppose, une jeune femme aux activités nocturnes peu recommandables, un journaliste et même un policier. L'affaire enfle rapidement pour prendre des proportions nationales et la paranoïa se répand plus vite qu'un feu de forêt. L'enquête de l'inspecteur Ikari et de son jeune collègue Maniwa va pourtant connaître des obstacles inattendus. A commencer par l'amnésie des victimes et leur fragilité psychologique... Qui donc est ce Gamin à la batte et que veut-il réellement ?

    Aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands génies de l'animation japonaise, Satoshi Kon n'a livré qu'une unique série anime au cours de sa (trop) courte carrière. Après son Tokyo Godfathers, le réalisateur se tourne vers un nouvel univers qui, finalement, porte en lui tous les germes de son futur chef d'oeuvre et film-testament, le fameux Paprika. Épaulé par Seishi Minakami, il conçoit une série de treize épisodes de 24 minutes chacun en partant d'un postulat minimaliste et, apparemment, banal. Seulement voilà, et ceux qui connaissent Satoshi Kon s'en doutent bien, Paranoia Agent va beaucoup plus loin qu'une simple enquête policière. En voulant ausculter la société japonaise moderne et ce qui représente peut-être son mal le plus caractéristique, à savoir le mal-être psychologique qui la gangrène, le cinéaste nous plonge dans un récit aux multiples facettes recelant autant de mystères que de pistes de réflexion. Dans Paranoia Agent, tout est pensé et repensé minutieusement retrouvant ainsi la profondeur sociétale et psychologique de l'oeuvre de Satoshi Kon au cinéma. 

    On peut, de façon tout à fait artificielle, scinder Paranoia Agent en trois parties. La première, entre les épisodes 1 à 7, suit l'enquête d'Ikari et Maniwa en introduisant graduellement de nouveaux personnages, étoffant ainsi l'intrigue et dévoilant au spectateur l'identité des différents individus qui défilent dans le générique d'ouverture. La seconde marque une pause dans la série en relayant Le Gamin à la batte au second plan pour livrer trois épisodes qui pourraient se concevoir comme des loners : Planning Familial (Episode 8), ETC (épisode 9) et Mellow Maromi (épisode 10). Enfin, la dernière partie boucle les différents fils narratifs et permet à Satoshi Kon de s'amuser avec le spectateur sur les différents niveaux de réalité comme il le fera si bien dans Paprika deux ans plus tard. Après un pilote qui pose les bases et introduit les personnages les plus importants, à savoir Tsukiko, Ikari et Maniwa ainsi que le duo Maromi/Gamin à la Batte, Satoshi introduit à peu près un nouveau personnage par épisode pour étoffer son intrigue, l'élargir et tisser un suspense qui frôle parfois l'incompréhension. Flirtant toujours avec l'hermétisme, le japonais arrive toutefois toujours à maintenir le spectateur la tête hors de l'eau et ébauche une histoire passionnante et aux multiples facettes.

    Partant d'une enquête policière tout ce qu'il y a de plus banale, Satoshi Kon va s'amuser à plonger dans le mal-être sociétal qui ronge la société japonaise et cela par plusieurs abords. Le premier par les répercussions de l'attaque de Tsukiko sur deux collégiens, Yuichi et Ushiyama, mettant en évidence de façon malicieuse la pression qui repose sur les épaules des jeunes japonais, les effets pervers de leur compétition et de leur soif d'excellence ainsi que le phénomène d'harcèlement à l'école. On comprend alors très rapidement que Satoshi tente de croquer les différents malaises qui rongent ses concitoyens à chaque personnage qu'il introduit : Chouno Harumi représente la dichotomie sexualité/pudeur chez les japonais, véritable schizophrénie sociétale, Masami Hirukawa oppose la justice et la corruption, Makoto Kozuka permet de parler de la fascination des japonais pour les mondes imaginaires et l'échappée de la vie quotidienne qu'ils permettent...Même Maniwa, plus tard, opposera traditionalisme et modernité au sein du Japon actuel. Cette dualité se retrouve de toute façon dans tous les aspects de Paranoia Agent. Elle permet, de manière insidieuse mais diablement bien pensée, d'en venir vers un thème dont raffole Satoshi Kon, le rapport de l'homme vis-à-vis du réel...mais nous y reviendrons.

    En l'état, le cinéaste ausculte une société malade (qui pourrait d'ailleurs aussi bien être notre société occidentale à quelques détails près) en se servant de façon simplement brillante de tous les personnages qu'il introduit. Tout est mûrement pensé dans cette pléiade parfois improbable pour contribuer à épaissir, et l'intrigue elle-même, et la réflexion de fond. Du coup, Paranoia Agent montre bien vite une profondeur inattendue de prime abord. Surtout qu'en plus de ce qui a déjà été énoncé plus haut, la série se penche sur la paranoïa sociale (justifiant ainsi son nom). Le Gamin à la batte, avant d'être une métaphore sur la culpabilité et sur un échappatoire au réel, est également la personnification d'une menace, qu'elle quelle soit. Satoshi Kon montre comment d'une simple série d'agressions née toute une légende, voir une véritable mythologie, autour du Gamin à la batte. Ainsi, il passe du jeune garçon à roller au monstre de plusieurs mètres à peine humain. Cette évolution ne sert pas juste un but esthétique ou psychologique mais montre bien comment la rumeur se propage et comment la société s'enkyste dans une paranoïa qui la fait tombé toujours plus bas. On comprend d'autant mieux la chose avec l'excellent épisode 9 "ETC" qui met en scène des commères déformant et inventant à n'en plus finir sur les méfaits du mystérieux agresseur aux rollers dorés. Avec beaucoup d'humour et d'ironie, Satoshi Kon explique ni plus ni moins la naissance des légendes urbaines. 

    A côté de ça, Satoshi Kon se penche sur une autre thématique qu'il affectionne : la réalité. Tous les personnages présentés dans Paranoia Agent partage cette volonté d'échapper au réel, trop épuisant, trop stressant. Le Gamin à la batte, les agressions et, d'une autre manière, Maromi, représente autant de pistes pour fuir le réel. La série raconte avec beaucoup de justesse le besoin d'un autre univers qui pourrait violemment changer la donne (un bon coup de batte) ou plus doucereusement (Maromi ou l'univers fantasy de Kozuka). Cette aspiration culmine dans le meilleur épisode de la série, Planning Familial, où Satoshi Kon aborde le suicide, préoccupation majeure au Japon, d'un point de vue tout à fait fascinant, enlevant tout le dramatisme de la chose pour mieux frapper les esprits. Il s'agit certainement d'une des toutes meilleurs histoires autour de ce fléau qu'on ait jamais vu sur le petit écran. Le dernier des trois loners regroupe un peu tous les thèmes précédents mais en nous emmenant dans l'univers de la création d'un anime, sorte de sous-texte méta malicieux et très intéressant dans le fond. 

    Enfin, outre la multitude sidérante d'interrogations proposée par la série, il s'agit bel et bien d'une magnifique histoire sur le regret et la culpabilité traitée à la Satoshi Kon. C'est à dire avec folie et en mélangeant les univers (graphiquement ou scénaristiquement parlant) et en explosant les barrières du réel. Si l'on se perd parfois, c'est toujours avec délice, en sachant qu'il faut savoir se laisser porter, que d'une façon ou d'une autre le cinéaste retombe toujours sur ses pattes. Les derniers épisodes de  la série resserrent son intrigue ainsi que sa galerie de personnages, prenant un ton plus intimiste et permettant de comprendre encore mieux le miroir que représente les deux (excellents) génériques. Alors bien sûr, rien n'est jamais aussi simple qu'il n'en a l'air avec Satoshi Kon et l'ouverture finale rappelle que peut-être que toute cette histoire n'était qu'un écran de fumée et que certaines réponses ne viendront jamais. C'est aussi cela qui fait de Paranoia Agent une grande série, c'est qu'elle laisse la place à l'imagination.

    Certainement déroutante au premier abord, Paranoia Agent contient tout le génie, le talent et l'intelligence de son auteur, Satoshi Kon. Exploration aux multiples facettes d'une société japonaise moderne malade, la série n'a pas peur d'abattre les murs du réel pour entraîner le spectateur toujours plus loin. 
    Bref...

     

    Note : 9/10

    Meilleur épisode : Planning Familial
     

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  • [Critique] Warcraft

     Franchise vidéo-ludique culte s'il en est, Warcraft allait forcément un jour ou l'autre passer par la case grand écran, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, parce qu'il représente une manne financière non-négligeable du fait de la popularité de sa dernière itération, le MMORPG World of Warcraft (et cela malgré l'érosion notable du nombre de joueurs ces dernières années), ensuite parce que l'univers se prête particulièrement bien à une adaptation cinématographique (ou du moins le troisième volet de la saga, mais nous en reparlerons) et enfin, parce que depuis la trilogie du Seigneur des Anneaux - du Hobbit également dans une moindre mesure - il existe un place à prendre sur la scène fantasy épique. Après une difficile gestation, le projet a atterri entre les mains d'un jeune cinéaste, Duncan Jones, déjà connu pour ses deux excellents long-métrages : Moon et Source Code (que l'on vous recommande chaudement au passage). Le film sort enfin sur les écrans après de multiples reports et tergiversations, chapeauté de loin par le studio légendaire qui l'a engendré, Blizzard Entertainement.

    Pour mieux se rendre compte des enjeux derrière cette adaptation, il est nécessaire de replacer Warcraft : Le Commencement dans son contexte. Né en 1994 avec Warcraft : Orcs and Humans, la saga a connu son envol avec le second volet intitulé Tides of Darkness l'année suivante. Ces deux opus avaient une histoire relativement simple se déroulant sur le monde d'Azeroth (il s'agit d'ailleurs également du nom d'un des trois continents de la planète) où le royaume humain de Lordaeron fait face à l'invasion de créatures belliqueuses : les Orcs. Venus d'une autre planète appelée Draenor, les Orcs sont dirigés (et opprimés) par le terrible Gul'dan lui-même émissaire du pouvoir démoniaque ainsi que par Main-Noire le Destructeur, chef de guerre Orc. C'est donc un affrontement assez classique que mettent en scène les deux premiers volets de la saga, agrémenté de quelques morts tragiques. Il faut attendre le troisième volet, le cultissime Warcraft III : Reign of Chaos, et son extension The Frozen Throne, pour que Blizzard exploite à sa juste mesure le potentiel de l'univers grâce à des personnages comme Arthas, Thrall ou Illidan. Sauf que pour son adaptation grand écran, le dévolu de Duncan Jones et Universal Pictures s'est porté sur...une préquelle au premier volet. 

    En quoi cela pose-t-il problème ? Tout simplement parce que non seulement Warcraft I et II présentent trop peu de matériel narratif digne de ce nom pour construire une storyline efficace au cinéma mais aussi, et surtout, parce qu'en regard du potentiel épique de Warcraft III, la démarche parait totalement inerte. Pire encore, Duncan Jones livre une préquelle à une histoire déjà mince et qui amènera forcément une répétitivité pour la suite - si suite il y a, bien évidemment. Du coup, le film part sur de mauvaises bases et accuse rapidement le coup puisque le récit met un temps fou à décoller. En fait, elle ne semble même prendre son envol que dans les vingt dernières minutes avec l'inévitable bataille finale, cliché éculé du genre fantasy au cinéma. Entre temps, on s'appesantit longuement sur le fade camp humain et de (prévisibles) imbroglios politiques. Ce n'est cependant que le premier des (gros) défauts du film. Outre son problème de rythme dû à un très mauvais choix de départ, Warcraft souffre également d'un problème de casting flagrant et de caractérisation défaillant.

    Dans le métrage, tout se passe à l'image d'un jeu vidéo. On retombe sur l'un des plus gros points noirs de toutes les adaptations vidéo-ludiques, la volonté de fan-service et de vouloir montrer à l'écran un décalque de ce qui se fait dans le jeu. Sauf qu'une nouvelle fois, cela ne fonctionne pas. La plupart des personnages sont définis par leur fonction. Ainsi on retrouve le guerrier, le roi, le mage, l'apprenti-mage, le fils et la guerrière rebelle. Cette simplicité dans la caractérisation donne donc un sentiment de vide au camp humain. Pire encore, le casting de ces derniers s'avère un retentissant échec. Warcraft regorge de miscasts ! Seul Travis Fimmel en Anduin Lothar ajoute un petit quelque chose dans ce bouillon infâme de jeu d'acteurs médiocres...et encore. Non seulement les acteurs jouent mal mais ils n'ont tout simplement pas la "gueule" de l'emploi. La chose est évidente avec Ben Foster, très peu crédible en vénérable gardien, mais devient vite pathétique avec Khadgar interprété par le ridicule Ben Schnetzer, à la fois à côté de la plaque dans son jeu mais aussi complètement dénué de charisme. Ne parlons même pas de Dominic Cooper et de son rôle aussi inconsistant que cliché... Là où Le Seigneur des Anneaux faisait un remarquable sans-faute, Warcraft se vautre presque totalement.

    Quid des Orcs alors ? Difficile ici de parler de miscast, puisque les acteurs ne font que prêter leurs voix aux images de synthèse qui composent ce pan de l'histoire. Globalement d'ailleurs, cet axe narratif s'en tire légèrement mieux que son pendant humain. Evidemment, et on s'y attendait, les Orcs à l'écran font un tantinet cinématique de jeux vidéos. Malgré toute la bonne volonté de l'équipe en charge des FX (et en précisant bien que le rendu n'a rien de honteux pour la Horde), les créatures ainsi que la multitude (certains diront l'overdose) de synthèse à l'écran donne un cachet fake et kitsch à Warcraft. Un écueil évité par Le Seigneur des Anneaux avec beaucoup de malice en son temps mais dans lequel tombait également Le Hobbit. Curieusement cependant, le récit des Orcs passionne davantage. Même si passionner est un grand mot. Au vu de l'ennui profond et de la mauvaise direction prise par la partie humaine de l'aventure, les péripéties de Durotan et Gul'dan apparaissent comme forcément meilleures. Pourtant, de façon objective, la trame des Orcs s'avère attendue et, comme tout le reste, atrocement manichéen avec ses traîtres et ses grand méchants. Rien que du très prévisible...si l'on omet un dernier twist de fin qui tente désespérément de venir réveiller le spectateur.

    On sent une volonté de créer un monde dans Warcraft et même, en filigrane, de la passion. Sauf que cela ne suffit pas tant les tares qu'accusent la direction d'acteur, le casting, le récit et les choix artistiques étouffent le reste. Pour parachever la chose, Warcraft se retrouve le cul entre deux chaises. D'un côté, il raconte une histoire très peu palpitante pour tous les fans de la franchise qui ont encore en tête les émotions ressenties lors du retour d'Arthas ou lors de sa confrontation avec Illidan. Les aficionados n'apprennent donc rien et s'ennuient passablement devant un récit perclus de défauts. De l'autre, les novices eux ne comprendront pas complètement l'intrigue car malgré l'étirement de celle-ci, son découpage parfois aberrant ainsi que ses allusions destinées aux fans l'égareront en route. Il manquera la profondeur et la richesse visuelle d'un Seigneur des Anneaux ou l'épique de la saga de Peter Jackson justement. C'est là le dernier reproche que l'on peut faire à Warcraft : sa mise en scène. Alors que c'était certainement le dernier point où l'on pouvait espérer quelque chose, Duncan Jones est méconnaissable. Comme écrasé par le blockbuster, le cinéaste ne donne aucune véritable ampleur à ce qu'il filme, n'incarne rien et ne produit que du fonctionnel. A peine aura-t-on un plan en plongée à dos de griffon pour se consoler...

    Énorme déception, Warcraft confirme une énième fois que les adaptations de jeux vidéos au cinéma ne marchent pas. Parce que les studios et les réalisateurs ne comprennent pas ce qui fait le sel d'une saga culte. Pas son visuel, pas son gameplay...mais bien son ambiance, ses personnages et son histoire. Il n'y a presque rien à sauver dans ce blockbuster sans âme qu'est Warcraft : Le Commencement. On espère juste simplement que l'univers Blizzard au cinéma sera laissé en paix à l'avenir...et que Duncan Jones retournera à un cinéma plus personnel.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : Le griffon déchaîné au milieu des orcs

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  • [Critique] Men & Chicken

    Sortant dans le même laps de temps que Ma Loute, autre comédie folle et inclassable, Men & Chicken est le quatrième long-métrage d’un réalisateur danois jusqu’ici inconnu dans l’Hexagone : Anders-Thomas Jensen. Détenteur de deux oscars pour ses court-métrages, le cinéaste regroupe un casting alléchant avec Mads Mikkelsen (Hannibal, A Royal Affair…), David Denick (The Homesman, La Taupe…) ou encore Soren Malling (The Killing, Hijacking…) pour un film improbable et, pour tout dire, complètement jeté. L’humour danois mêlé au talent de mise en scène du réalisateur font pourtant de Men & Chicken une (très) bonne surprise.

    Dans cette histoire difficilement racontable, Jensen nous présente deux frères, Elias et Gabriel, qui vont découvrir à la mort de leur père…qui ne l’est en fait pas. C’est un vieil homme du nom d’Evelio Thanatos (!!) vivant sur une petite île danoise loin de tout qui serait leur véritable géniteur. Arrivé là-bas, les deux compères font la rencontre plutôt brutale de leurs trois demi-frères : Josef, Gregor et Franz. Tous ont le même père mais leurs mères respectives ont disparu, supposément mortes en couche. Que se passe-t-il sur cette île inquiétante ? Voilà bien la façon la plus sérieuse de poser les choses quant à l’histoire de Men and Chicken. Parce que le film déjoue systématiquement les attentes du spectateur.

    Vous pensiez voir un thriller banal ? C’est raté. Un film d’horreur ? Encore raté. Une simple comédie ? Toujours raté…
    Men and Chicken c’est un peu tout cela à la fois. Anders-Thomas Jensen se focalise sur la fraternité vraiment…étrange qui unit nos cinq loustics. Pourquoi étrange ? Parce qu’ils ont tous un grain (voir deux) de folie. Elias est un masturbateur compulsif qui se balade avec un rouleau de papier toilettes dans sa poche, Josef un obèse philosophe amateur de fromage, Gregor un coureur de jupons mais qui n’en a pas vu un seul en réalité et Franz adore empailler des animaux pour frapper les autres avec. Seul Gabriel semble un peu mieux loti. Mais dans un tel milieu de doux-dingues, il est aisé de paraître plus normal. Avec cette galerie de gueules – les acteurs sont horriblement grimés pour paraître tous plus repoussants et bouseux les uns que les autres –, difficile de ne pas s’attacher devant les raisonnements débiles et les us et coutumes de ces cinq-là.

    Constamment porté par un humour à mi-chemin entre les Monty Pythons et Laurel & Hardy, Men & Chicken est à mourir de rire dans ses dialogues comme dans ses (rocambolesques) situations. Le cinéaste danois arrive à trouver rapidement l’équilibre parfait entre rire et sérieux, ne réduisant pas le film à une simple comédie vite vue vite oubliée. Il développe aussi, et surtout, une vraie bonne histoire en arrière-plan, superbement filmée et interprétée. On n’aurait d’ailleurs jamais cru Mads Mikkelsen aussi désopilant. Men & Chicken se penche non seulement sur les liens familiaux, explorant avec malice l’adage « On ne choisit pas sa famille », mais également sur le besoin de racines, d’origines. C’est bien cela qui pousse Gabriel et Elias à partir sur la petite île retirée qui sert de décor au film. En parlant de décor, l’idée de filmer cette histoire loufoque dans un ancien sanatorium où les animaux vagabondent librement au milieu de la décrépitude ambiante s’avère exquise. Mariée à la mise en scène sobre et raffinée du danois, on obtient une ambiance unique entre le freaks show et le pur film d’horreur.

    Mais, plus encore peut-être que tout cela, c’est un dernier choix scénaristique qui fait définitivement tomber Men & Chicken du côté du bon film que l'on attendait pas (On vous conseille d’arrêter la lecture de cette critique à ce point si vous voulez ne pas vous spoiler le récit) : la relecture intelligente d’un classique littéraire. Une île mystérieuse, des humains dégénérés, un vieil homme qui manipule les gênes, des animaux partout…oui, Men & Chicken n’est en fait rien d’autre qu’une relecture comique et contemporaine de l’île du Docteur Moreau. Avec de la zoophilie et de l’humour borderline en prime (comme la séquence épique en maison de retraite). Le réalisateur danois livre sa propre version du classique avec un luxe de détails qui permet à l’intrigue de bénéficier d’une cohérence magnifique. Si l’on devine rapidement l’origine des frères, on ne peut qu’éclater de rire devant les mélanges improbables dont ils sont issus. Enfin, et c’est peut-être la cerise sur le gâteau, Men & Chicken parle en filigrane de ces endroits oubliés qui se meurent petit à petit. L’île du film rendant un hommage drôle et tendre à la fois à ces populations s’accrochant à leurs terres d’origines envers et contre tout.

    Drôle à souhait, finement mené, brillamment pensé et interprété, Men & Chicken est une petite sucrerie encore plus délicieuse qu’espérée. Anders-Thomas Jensen nous offre un moment de comédie loin d’être bête qui n’aime pas les conventions. Un délice à apprécier au plus vite.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La maison de retraite - Le premier repas

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  • [Critique] X-Men : Apocalypse

     Précurseur en matière d’adaptation de comics dans les années 2000, la saga X-Men au cinéma a connu diverses fortunes au cours du temps. Victime une première fois de la malédiction du troisième volet - X-Men : L’affrontement final -, elle s’est de nouveau égarée avec un spin-off douteux avec Wolverine : Origines. On pensait la franchise morte et enterrée lorsqu’en 2011 Matthew Vaughn lui donne une seconde jeunesse grâce à X-Men : First Class avant que Bryan Singer, maître d’œuvre original sur les deux premiers volets ne reviennent aux manettes par un solide Days of the Future Past. Vu la réussite critique (et publique) de cette seconde trilogie, la Fox et Bryan Singer tentent de déjouer la malédiction en proposant X-Men : Apocalypse. Reprenant le casting des deux précédents épisodes ainsi que de nouvelles têtes comme la jeune Sophie Turner de Game of Thrones ou le génial Oscar Isaac dans la peau du méchant Apocalypse, le troisième X-Men de cette seconde trilogie peut-il déjouer son funeste destin ?

    Après les années 60 de First Class et les années 70 de Days of the Future Past, voici logiquement venir les années 80 pour Apocalypse. Alors que le monde semble peu à peu accepter les mutants et que la nouvelle école de Charles Xavier connaît paix et prospérité, le premier mutant de l’histoire, le terrible Apocalypse endormi depuis l’âge des pharaons, se réveille en Egypte. Enrôlant plusieurs mutants de premier plan tels que Tornade, Psylocke ou…Magnéto, Apocalypse tente de modeler le monde selon sa vision pour construire un univers où ses semblables seraient les maîtres et non les parias. L’apocalypse peut commencer. Et ceci dans tous les sens du terme. Car, non, X-Men Apocalypse n’échappe pas au piège du troisième volet malgré tous ses efforts (souvenez-vous de la saga Terminator ou des Spiderman de Sam Raimi).

    Pour commencer, X-Men Apocalypse fait dans la redites. Depuis six volets, l’univers des X-Men tourne en rond sur la thématique de l’acceptation de soi et de la confrontation mutants-humains. Ce nouvel épisode ne fait pas exception à la règle. Cependant, là où les deux précédents volets pouvaient compter sur d’énormes points forts pour faire oublier définitivement cette redondance (Days of the Future past avait son intrigue temporelle, First Class la force de son origin-story), Apocalypse n’a simplement rien à proposer de neuf. Pire, sous prétexte d’un supposé hommage, le scénario est truffé de séquences déjà vues (le combat dans la cage, le retour de Stryker, un trauma pour Magnéto) … Bryan Singer arrive à bout de souffle, exactement comme l’affrontement final l'était à l’époque. Voir Apocalypse se moquer gentiment de ce dernier a de quoi laisser perplexe…

    Non seulement le long-métrage empeste la redites bon marché mais il oublie la force majeure de cette nouvelle trilogie : le contexte. Si l’on n’avait pas cette courte séquence où Apocalypse se branche sur une télévision pour absorber des informations sur l’époque où il s’est éveillé, difficile de donner un quelconque ancrage politique et historique à cet opus. C’était là pourtant l’une des grandes forces des deux précédents qui rendait l’intrigue d’autant plus pertinente et puissante en incluant la fiction dans la grande Histoire. On se retrouve du coup face à un film d’action teinté très légèrement d’une ambiance eighties qui se concentre sur son scénario catastrophe faisant dans la surenchère destructrice. Sauf qu’X-Men n’avait jamais cédé à ce genre de sirènes auparavant. Le résultat est une quasi-catastrophe.

    Singer ne capitalise plus sur ses personnages (à l’exception peut-être de Charles Xavier) et mouline tous ses acteurs dans un film-catastrophe sans saveur. Non seulement la dites catastrophe ne se ressent jamais à l’échelle planétaire, mais elle n’a en fait rien de bien passionnant. Il faut dire qu’Apocalypse tente de s’appuyer sur son méchant ainsi que ses quatre cavaliers, ce qui est, en réalité, le plus gros point faible du métrage. Apocalypse, interprété par un Oscar Isaac maquillé comme pas possible et dont Singer a eu la très mauvaise idée de modifier la voix, n’est en fait qu’un nouveau méchant lambda tout à fait fonctionnel. Un mégalomane en puissance qui mixe diverses influences (à commencer par un arrière-goût de Magnéto) pour devenir un vulgaire tyran déjà vu cent fois à l’écran. Pire encore que d’arriver à faire mal jouer Oscar Isaac, cet opus tente de bâtir 4 autres « méchants » mais n’en fait en fait exister aucun réellement. Psylocke est un comble de mauvais goût sexiste sans aucun background, Angel est un ado rebelle qui écoute du hard rock, Tornade une voleuse égyptienne dont on ne sait rien…et reste Magnéto. Pour justifier le passage de ce dernier du côté d’Apocalypse, Singer lui inflige un nouveau traumatisme totalement gratuit que l'on sent venir dès les premiers instants. Fassbender n’y croit d’ailleurs plus vraiment et assure le strict minimum… Le pinacle de la médiocrité étant atteint avec la réécriture de personnages pourtant passionnants. Diablo, par exemple, véritable délice du second X-Men, devient ici un personnage vide et inintéressant. Une honte !

    Reste alors le côté X-Men à proprement parler. Si James McAvoy tire son épingle du jeu face à une Jennifer Lawrence pâlichonne, c’est surtout le personnage de Quicksilver qui rate le coche. Extrêmement intéressant, Singer ne fait qu’effleurer sa quête alors même que l’on sent un énorme potentiel pour ce personnage qui livre une nouvelle fois la meilleure scène d’un film finalement décevant de bout en bout. Bien sûr, les fans du comics auront un large sourire lors du caméo d’un certain Wolverine en Weapon X, peut-être l’un des moments les plus bad-ass du récit, mais cela ne suffit absolument pas à rattraper l’énorme ratage que constitue X-Men : Apocalypse. En cédant aux sirènes de la pyrotechnie et de la multiplication des méchants, le film s’écroule. Il reste alors derrière tout ce fatras un moment de divertissement honnête qui fera passer le temps au spectateur venu se détendre un tantinet devant le grand écran. Un film taillé pour un public occasionnel en somme. X-men est redevenu un produit de divertissement sans saveur.

    Avec cet ultime volet concluant une deuxième trilogie pourtant excellente jusqu’ici, Bryan Singer déçoit amèrement. L’américain ne profite en aucune façon des possibilités offertes par Days of the Future Past et tombe dans tous les travers qu’il avait pourtant évité auparavant. X-Men : Apocalypse s’avère le X-Men de trop…encore. Il serait temps pour Singer de passer à autre chose et à la Fox de laisser les droits à Marvel Studios pour pouvoir offrir de nouvelles perspectives à la franchise.

    Note : 4.5/10

    Meilleure scène : Quicksilver sauve le manoir - Le caméo de Logan

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  • [Critique] Ma Loute

    "Mais qu'est-ce que c'est que ce film ? " vont certainement s'exclamer un grand nombre de spectateurs en allant voir le dernier long-métrage de Bruno Dumont (le huitième déjà depuis La Vie de Jesus en 1997).
    Avec son casting de grosses stars françaises - Luchini, Binoche et Bruni-Tedeschi - largement (et forcément) mis en avant sur l'affiche, Ma Loute replonge dans ce qui avait fait le succès de la série P'tit Quinquin du même Bruno Dumont : la comédie policière grotesque ancrée dans le Nord de la France. Passionné par cette région où il a vu le jour, le cinéaste n'a donc toujours pas fini de lui rendre hommage...à sa manière du moins. Parce que Bruno Dumont reste Bruno Dumont. Ceux qui ont vu des films aussi radicaux qu'Hors Satan ou Camille Claudel le savent déjà, le réalisateur n'est pas un des tâcherons habituels du cinéma français. C'est même tout le contraire. Du coup, quand on va voir Ma Loute, ce n'est certainement pas à une comédie lambda et médiocre comme Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ? qu'il faut s'attendre. Accrochez-vous à votre siège (des fois que vous prendriez la tangente par les airs) et bienvenue en 1910 sur une côte d'Opale où le disparitions s'accumulent...

    Pour y mettre un terme, les forces de l'ordre ont sorti l'artillerie lourde avec l'inspecteur Alfred Machin, bedonnant policier aux intuitions pour le moins étonnantes. Tandis que les cueilleurs d’huîtres - et plus particulièrement la famille Brufort - vaquent à leurs occupations, la famille Van Peteghem prend ses quartiers d'été dans leur luxueuse demeure de style égyptien. Parmi eux, Billy, la fille d'Aude Van Peteghem tombe nez à nez avec Ma Loute, l'aîné de la famille Brufort. Devant son charme...animal (au moins), une histoire d'amour débute dans les dunes. Des dunes de moins en moins sûres à mesure que les mystérieuses disparitions s'accumulent ! Voici peu ou prou le postulat de départ de Ma Loute, comédie loufoque et haute en couleur née de l'esprit pas tout à fait sain, mais carrément génial, de Bruno Dumont. Autant vous dire que si vous n'avez que de la haine et du mépris pour son P'tit Quinquin...Ma Loute ne va rien arranger. 

    En lieu et place de l'humour grassouillet et franchouillard bas de gamme habituel, Dumont saute à pied joint dans le grotesque, au sens noble et premier du terme. Les acteurs surjouent avec bonheur, les gags se multiplient sans aucun contrôle, l'intrigue explose toutes les limites communément admises par la comédie classique à la française, et la région du Pas-De-Calais (y'en a pas que pour le Nord non plus !) s'apprécie à l'aune de traits caricaturaux comme pas possibles. Pourquoi faire un film qui viendrait méthodiquement briser les à priori sur la région (et passant aussi à côté des tares de la dites région) quand on peut prendre le slogan Consanguins, chômeurs, alcooliques au pied de la lettre et, mieux encore, aller beaucoup plus loin ? Non seulement les habitants du Nord sont des consanguins, des imbéciles et des alcooliques notoires dans Ma Loute mais en plus ils sont cannibales ! Rien que ça. Dumont ne recule devant aucun cliché, se les réapproprie dans son jeu burlesque délicieux, les magnifie et les incruste dans son intrigue absurde au possible. Le résultat, pour qui comprend un tantinet le but du réalisateur et son second degré, s'avère à mourir de rire. De surcroît dès que les acteurs ouvrent la bouche.

    On espère pour les autres régions que Ma Loute sera sous-titré...parce que comprendre les Nordistes qui parlent le ch'ti en l'écrasant bien comme il faut n'est pas une mince affaire. C'est aussi (et surtout) atrocement drôle. Ma Loute serait-il donc juste une parodie de la région et, par la même occasion, d'une enquête policière (dont on a la solution après vingt minutes de toute façon !) ? Absolument pas. Non seulement Ma Loute est superbement réalisé grâce au talent incroyable de Dumont pour croquer sa région, les dunes et tout ce qui fait le charme étrange de ce coin de la France, mais aussi parce que derrière son vernis de débilités se terre un film dense et intelligent au possible. On retrouve deux clans dans Ma Loute : les pauvres de la famille Brufort, bruyants, écœurants et, pour tout dire, moches comme pas permis, et la famille Van Peteghem, riche, parlant avec une emphase ridicule, à cheval sur les convenances et imbu d'elle-même. Le petit peuple du Nord d'un côté, et sa bourgeoisie de l'autre. Entre ces deux groupes, le trait d'union Ma Loute/Billy qui vacille forcément montrant l'impossible réunion des deux mondes. Dumont va plus loin d'ailleurs en mettant tous les acteurs connus du côté des bourgeois et les inconnus de l'autre. Directeur d'acteurs brillant, il métamorphose Luchini pour notre plus grand plaisir et nous livre en pâture une Binoche plus maniériste que jamais. Chaque détail a son importance dans Ma Loute.

    La pauvreté, la force du surnaturel et du deus ex machina, la romance tragique, la débilité policière et même l'ascendant générationnel, tout concourt à faire de Ma Loute une comédie à part. Le genre d'objet indescriptible et fou qui prend toutes les libertés et emmerde à peu près tout le monde pour faire ce qu'il veut avec une grosse dose de talent par dessus. La puissance du cinéma de Dumont se niche là-dedans, dans cette capacité à faire croire au public qu'il va se plier au Diktat de l'industrie grand public en engageant des acteurs émérites pour livrer en fait quelque chose de dingue. De salvateur en somme pour les neurones et pour l'amour du beau cinéma. Reste juste à comprendre que cette peinture mi-comique mi-réaliste de sa propre région permet autant à Dumont de déclarer une nouvelle fois sa flamme au Nord (et de façon tellement plus inventive que des navets comme Bienvenue chez les Ch'tis) tout en restant lucide sur le clampin de base, franchement pas finaud. De toute façon, il faut des deux au long-métrage pour pleinement s'épanouir. 

    Brillante réussite, délirante et grotesque, intelligente et loufoque, Ma Loute démontre que Dumont peut plier la comédie à sa volonté. Il ne s'agira certainement pas du film qui réconciliera le grand public avec le cinéaste, mais au fond, est-ce vraiment l'important ? Le cinéma, lui, le remercie. 
    A consommer sans modération (et avec autodérision pour les Nordistes)

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Le premier repas de la famille Brufort

    Meilleure réplique : 

    "Votre beau-frère, c'est aussi votre cousin ?"
    "Oui, c'est moderne, c'est capitaliste !"
     

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  • [Critique] Bone Tomahawk
    Grand Prix Festival Gerardmer 2016

     Acclamé dans plus d'un festival, Bone Tomahawk est le premier long-métrage de l'américain Craig Zahler. Avec un casting alléchant (Kurt Russell, Patrick Wilson ou encore Matthew Fox), le réalisateur se penche sur un genre plutôt discret ces derniers temps : le western. Consacré par le Grand Prix de Gerardmer en 2016, le film n'aura finalement pas eu les honneurs d'une distribution sur grand écran et se retrouvera, comme beaucoup d'autres films de genre ces dernières années, directement en Blu-Ray. En effet, Bone Tomahawk a l'idée attrayante de mélanger le western à l’horreur dans la droite lignée d'un The Burrowers ou du plus méconnu, mais génial, Vorace. On suivra ainsi quatre cow-boys de circonstances, le shérif Hunt, le dandy John Brooder, l'adjoint Chicory et l'estropié Arthur O'Dwyer qui partent à la recherche de la femme de ce dernier enlevée par des Indiens en plein milieu de la nuit. Postulat simple donc mais qui se permet une originalité de taille en faisant des dits Indiens des sortes de cannibales consanguins passablement violents et terrifiants. Ce mélange détonnant suffit-il à faire de Bone Tomahawk l’événement annoncé par la presse spécialisée ? Pas tout à fait...

    Il faut d'abord concéder à Bone Tomahawk une véritable envie d'apporter du neuf dans un milieu souvent trop cloisonné. Avant de revenir sur son versant horreur, il faut mentionner que le long-métrage pose les bases d'un univers western peut-être un peu trop propre pour être pleinement crédible mais véritablement appréciable dans le fond. Zahler installe lentement sa galerie de personnages pour finalement nous faire suivre les quatre héros sus-nommés. C'est là que le film va diviser. En adoptant un rythme très lent, trop en fait, Bone Tomahawk ennuie un tantinet. Il souffre de façon flagrante d'un ventre mou qui nuit clairement au récit. Si les intentions de l'américain sont louables, à savoir installer une vraie "complicité" et creuser les personnages, il se répète. Le fil rouge de l'histoire, à savoir la blessure à la jambe d'O'Dwyer, devient pénible. Une erreur d'autant plus dommageable que la galerie d'acteurs à l'écran assurent, en particulier un Matthew Fox méconnaissable et qu'on confondrait volontiers avec un Matthew McConaughey au meilleur de sa forme. A trop vouloir prendre son temps, Bone Tomahawk se tire une balle dans le pied et coupe l'élan narratif offert par son prologue (et le caméo délicieux de Sid Haig)

    On ne peut pourtant pas parler de ratage pour Bone Tomahawk. Pas du tout même puisque la mise en scène méticuleuse de Zahler ainsi que son talent évident pour distiller une atmosphère inquiétante donnent au film de sérieux atouts dans sa catégorie. On en arrive alors au côté horreur-fantastique qui a beaucoup fait parler dans les festivals. Très proche d'un Vorace dans l'esprit, Bone Tomahawk prend le risque d'inventer de toutes pièces une tribu d'indiens cannibales pas piquée des hannetons. Terrifiants dans leur look et dans leur organisation à peine dévoilée, les sauvages offrent une succession de séquences chocs où Zhaler n'hésite pas un instant à faire gicler le sang et à démembrer. Le résultat s'avère sauvage et jouissif au possible (mais qu'on déconseillera aux âmes sensibles...) notamment lors d'une scène de découpage particulièrement violente. Bone Tomahawk semble même plus réussir dans l'horreur pure que dans le reste puisque la dernière partie horrifique, plus courte, se révèle plus efficace sur le spectateur. Encore une fois cependant, Zahler ne profite pas à fond des possibilités offertes par cet aspect et son dernier acte, bien que saisissant, manque de l'explosivité qu'il aurait du contenir. Comme si le métrage fourmillait de bonnes idées mais qu'elles n'étaient pas exploités à leur juste valeur. 

    Restons cependant optimiste, en tant que premier long-métrage, de par ses qualités scénaristiques et de réalisation, Bone Tomahawk vaut très largement le coup d’œil pour les amateurs du genre. Zahler réalise en fait un film bourré de promesses et contenant quelques séquences remarquables. Ajoutez à cela un indéniable talent de directeur d'acteurs et vous obtenez un métrage intéressant à plus d'un titre. On suivra la carrière de ce jeune cinéaste avec une attention toute particulière en espérant que la flopée de promesses de Bone Tomahawk trouve un accomplissement dans le futur !

    Note : 7.5/10


    Meilleure scène : L'arrivée dans la vallée des Indiens
     

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  • [Critique] Dalton Trumbo

    Nommé Oscar meilleur acteur 2016 pour Bryan Cranston

     On ne peut pas dire, loin de là même, que Jay Roach soit un réalisateur qui compte à l'heure actuelle. C'est pourtant dans son dernier film, Dalton Trumbo, que Bryan Cranston décroche (enfin !!) un rôle à sa hauteur dans les salles obscures. Jusque là cantonné à des seconds rôles plus ou moins discutables au cinéma, l'acteur de génie qui nous a tous bluffé dans des séries comme Malcolm ou Breaking Bad peut enfin déployer pleinement son talent. Endossant la trogne fatigué du légendaire scénariste Hollywoodien, l'américain s'ouvre les portes de la plus prestigieuse des cérémonies : les Oscars. Nommé en tant que meilleur acteur, Bryan Cranston semble enfin pouvoir briller sur grand écran. Malheureusement, Roach n'est pas un réalisateur habitué au genre et encore moins au sérieux d'un tel exercice. Comment peut s'en sortir l'homme derrière Austin Powers ou Mon Beau-Père et moi sur un sujet beaucoup plus délicat et complexe ?

    Il ne s'agit plus cette fois de parler des délires d'un agent secret vulgaire à souhait ou de livrer un remake honteux du Dîner de Cons mais bien de raconter l'histoire d'une légende du cinéma américain, le fameux Dalton Trumbo. Pour ceux qui ne connaissent pas l'homme, et sans déflorer l'intrigue du film, Dalton Trumbo fut l'un des plus grands scénaristes d'Hollywood dans l'après Seconde Guerre Mondiale et le début de la Guerre Froide. Malheureusement pour lui, il était alors membre du Parti Communiste des Etats-Unis et fut donc considéré par la commission des activités américaines comme un agent séditieux chargé de saper par son travail les valeurs américaines de l'époque. Il fut non seulement inscrit sur la fameuse liste noire d'Hollywood mais aussi condamné à une peine de prison lorsqu'il refusa de se plier aux injonctions de la dites commission. Seulement voilà, Trumbo n'est pas du genre à se laisser abattre et finira par remporter deux oscars sous des noms d’emprunt. Forcément doté d'un puissant potentiel dramatique et politique, la vie de Trumbo se prêtait extrêmement bien à un biopic...

    Seulement, à bien des égards, le résultat peut s'avérer décevant. En choisissant Roach, qui n'a qu'un talent de faiseur de seconde zone à Hollywood, les studios de production se prive d'une puissance dramatique certaine. On constate rapidement que le réalisateur n'a rigoureusement aucun trait de génie dans sa mise en scène et qu'il se contente de faire du fonctionnel. Le résultat n'est pas désagréable, pas du tout même, il manque juste de personnalité. Ajouté à la longueur du récit, deux heures, on se retrouve devant un métrage un tantinet longuet qui raconte de façon linéaire et totalement académique le parcours de Trumbo en tentant d'imbriquer avec plus ou moins de succès sa vie personnelle et son rôle politique ainsi que cinématographique. De ce fait, le film pourrait devenir un ennuyeux cours d'histoire saupoudré d'une morale convenue sur la liberté d'opinion. A un détail près.

    Ce détail, c'est Bryan Cranston. Habité par son personnage, l'acteur de Breaking Bad navigue entre ses deux registres favoris, drame et comédie, pour trouver le parfait équilibre et porter tout le film sur ses épaules. Son charisme et sa prestance donne au récit une empathie qui vient combler la fadeur de la mise en scène. Il n'est d'ailleurs pas seul en cela puisque le film aligne les excellents acteurs et actrices. Helen Mirren en garce calculatrice, Louis C.K. en militant idéaliste ou encore Diane Lane en épouse-courage, sans oublier la jeune mais splendide Elle Fanning, Cranston peut compter sur une pléiade de bons partenaires à l'écran pour lui donner la réplique. Devant son numéro bluffant, l'américain arrive à faire passer à la fois les forces et les faiblesses de Trumbo tout en rendant son combat plus important. C'est certainement ici que le film se sauve définitivement.

    Malgré la fadeur de sa mise en scène, le long-métrage cause d'un sujet d'une grande importance historique et il le fait bien. On regrette évidemment qu'un réalisateur plus audacieux ne se soit pas emparé du script de ce biopic mais, en l'état, la portée politique (et sociale) du récit s’impose malgré tout. Non seulement Dalton Trumbo cristallise une époque avec son intolérance et ses peurs, mais il trouve un écho dans la nôtre. Si l'on parle cinéma pendant ces deux heures, on y parle aussi, et surtout, d'idéaux. Doit-on défendre ses idées envers et contre tout ? Un gouvernement, sous quelque prétexte que ce soit, peut-il nous forcer à la délation ou à renier nos convictions ? Le long-métrage explore ces questions, avec des réponses certainement un peu trop évidentes il est vrai, mais nous pousse à réfléchir sur la liberté d'opinion, politique, cinématographique ou autre. Peu importe. On touche alors du doigt le regret initial. Un film sur un scénariste au combat aussi fort et anti-conformiste aurait mérité une mise en scène à son échelle. Il se contentera d'un acteur grandiose et d'un casting impressionnant autour d'une intrigue classique mais prenante et au message fort. 

    Dalton Trumbo n'avait certainement rien à faire dans la cérémonie des oscars en terme de réalisation mais il avait bel et bien sa place dans la course au meilleur acteur. Littéralement porté à bout de bras par un Bryan Cranston génial du début à la fin, le long-métrage se penche sur une page sombre de l'histoire d'Hollywood en délivrant cependant un message intemporel sur la liberté d'opinion. Un biopic conventionnel mais passionnant.

      

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Trumbo s'excusant auprès de sa fille
     

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  •  Troisième long-métrage de l’américain Jeremy Saulnier après Murder Party et Blue Ruin, Green Room a de nouveau offert un ticket d’entrée sur la Croisette à l’américain durant la Quinzaine des réalisateurs 2015. Si son dernier film parlait de vengeance, il montrait surtout une certaine conception de la violence, assez crue et finalement bien plus proche du réel que nombre de productions actuelles. Green Room ne déroge pas à cette règle et va plus loin encore. Le métrage, qui s’apparente à première vue à de la série B, a plus d’un tour dans son sac.

    Amérique, de nos jours.
    Un groupe de chanteurs punks anarchistes et fauchés, The Ain’t Rights, trouve une belle occasion pour se faire quelques billets verts en jouant dans une petite salle dans un coin perdu de l’Oregon. Petit problème à leur arrivée : le bar en question est tenu par un groupe de skinheads inquiétants. Décidant tout de même d’assurer le show entre jets de canettes et autres projectiles contondants, le groupe se retrouve par hasard devant un cadavre en plein milieu de leur Green Room (la chambre d’avant-concert) et bien vite, la situation dégénère…

    Avec sa mise en scène noire, le style de Jeremy Saulnier se reconnaît relativement facilement. L’introduction rapide mais précise de son groupe de personnages ainsi que de l’enjeu principal mène très vite à un petit jeu de massacre en huit-clos dans un endroit rêvé pour ce genre de choses : un bar glauque géré par des néo-nazis. En utilisant au mieux son décor qui devient aussi anxiogène que labyrinthique au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, Saulnier ne commet pas l’erreur de Tarantino dans les Huit Salopards. Il donne quelques aperçus de l’extérieur de la Green Room pour suivre le groupe de nazis qui va tenter de déloger nos amis punks de leur loge de concert.

    L’intervention du personnage de Darcy, salaud en chef froid, calculateur et terrifiant, interprété de surcroit par un Patrick Stewart simplement parfait, donne au métrage une autre dimension. Exit la simple tuerie sauvage entre punks et skinheads, bienvenue au plan machiavélique dont aucun ne ressortira indemne. La violence, forcément, fait rapidement son apparition. Autant le dire tout de suite, Saulnier ne recule devant rien, entre le déchiquetage de trachée par des molosses surexcités ou des coups de fusil à pompe en pleine tête, Green Room n’est pas là pour faire dans le discret. Sauf qu’à l’instar de son Blue Ruin, on trouve à nouveau cette façon si particulière de filmer la violence et la mort. Contrairement à un film d’action ou un thriller lambda, les scènes chocs lorgnent davantage vers le film d’horreur. La violence n’est jamais attirante dans Green Room, elle met mal à l’aise, embarrasse presque.

    Elle s’avère d’autant plus percutante aux yeux du spectateur qu’elle s’applique à des individus lambda, les punks pris au piège n’étant que de pauvres loosers comme les autres qui réagissent avec un naturel salutaire pour la tenue du récit…c’est à dire qu’il passe une bonne partie du temps à mourir de trouille. La banalité de cette petite troupe donne une certaine empathie envers leur situation désespérée, notamment pour le personnage de Pat sous les traits d’un Anton Yelchin franchement convaincant. Outre son vernis de Série B claustrophique mis en scène de façon impeccable et souvent glauque, Green Room terrifie par sa façon de traiter les méchants de l’histoire. Les néo-nazis qui assiègent le bar ne sont pas totalement dépeints comme des monstres, Saulnier établit des liens d’amitié entre eux, de respect, appuie sur la tendresse d’un dresseur de chien de combat pourtant près à buter n’importe qui pour son boss, bref il les humanise par petites touches. Le cadre, les non-dits ou les quelques mentions signifiantes qui parsèment le film ont tendance à terrifier encore davantage. Green Room montre un univers où la violence s’est banalisée, où voir un groupe de skinheads organisé n’a rien d’extraordinaire. La banalisation du mal en somme. Heureusement pour le public, Saulnier ne manque pas d’un certain humour noir grinçant et discret qui permet de souffler entre deux mises à mort affreuses. Du coup, le long-métrage ne s’écroule jamais sur lui-même et parvient à nous scotcher jusqu’à sa scène finale abrupte mais surtout très drôle.

    Green Room s’extirpe de sa condition de simple série B pour devenir un thriller horrifique et claustrophobique tantôt glaçant tantôt grinçant. Emmené par un Patrick Stewart employé à contre-emploi, le dernier film de Jeremy Saulnier prouve qu’il peut véritablement compter dans le milieu du cinéma pour les années à venir.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : La négociation avec Darcy

     

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  • [Critique] High-Rise

     Ceux qui ont déjà eu l’occasion de voir l’un des films de l’anglais Ben Wheatley savent à quel point le réalisateur dispose d’une voix singulière dans le milieu. Si Kill List et Touristes sont très loin d’avoir fait l’unanimité, ils ont prouvé que le britannique avait un certain talent pour installer des ambiances étranges, tantôt glauque tantôt grinçante. C’est pourquoi il a hérité d’une adaptation (très) attendue, à savoir celle du roman I.G.H de James Ballard écrit en 1975 et faisant partie de la fameuse trilogie du béton. Considéré par beaucoup de lecteurs comme un ouvrage culte, I.G.H parle du monde moderne d’une façon tout à fait glaçante et décrit, près de 40 ans à l’avance, un grand nombre de travers de la société actuelle. Retrouvant son titre original, High Rise, pour son passage sur grand écran, le film plonge avec une jubilation non dissimulée dans un univers qui déraille. L’occasion pour Wheatley d’entrer dans la cours des grands.

    C’est l’excellent Tom « Loki » Hiddleston qui nous guide dans High Rise. Sous les traits du Dr Laing, il accompagne le spectateur dans un immeuble ultra-moderne, la High Rise Tower, où les hommes se superposent comme autant de strates économiques. Pendant deux heures, nous allons suivre la lente déliquescence d’un monde de prime abord parfaitement ordonné et cloisonné qui va se terminer dans la pire des anarchies. On y croise une galerie de personnages étranges et inquiétants, incarnés par une pléiade d’acteurs franchement bluffants, à commencer par un Luke Ewans possédé et Jeremy Irons délicieux, formant tous ensemble un reflet déformé et malade d’une société utopique moderne qui n’a, en réalité, jamais réellement existé ailleurs que dans la tête de certains capitalistes imbéciles.

    High Rise ne déroge pas véritablement à l’étrangeté coutumière des films de Wheatley, les amateurs seront en terrain connu. Mais il ne s’agit pas non plus d’une resucée aussi radicale que pouvait l’être le glauquissime Kill List. Cette fois, l’anglais s’inspire d’une sorte de rétro-futurisme à la Brazil tout en faisant peu à peu s’écrouler la société en microcosme que représente l’immeuble de béton. Pendant la première heure, la chose marche très bien et l’on suit avec une jouissive curiosité les péripéties du Dr Laing, sa découverte d’un système inégal et détestable (le nôtre), les tourments qui peuvent l’assaillir ou encore les relations précaires qu’il tisse avec les autres locataires. En gros, l’immeuble de High Rise, c’est un peu le Transperceneige qu’on aurait empilé. Une métaphore puissante et sans concession aucune de l’odieuse réalité capitaliste qui met les petits tout en bas de l'échelle en les privant d'électricité, et les grands dans un jardin improbable où chevaux et dîners mondains font bon ménage.

    La mise en scène inspirée de Wheatley fascine d’autant plus qu’il retranscrit avec un talent jubilatoire les caricatures modernes. Seulement, loin d’être parfait, High Rise souffre d’un problème de rythme qui l’handicape grandement dans sa deuxième partie. Une fois la révolution en marche et l’auto-destruction de cette société absurde, le film fait du surplace et semble s’articuler entre les raids vengeurs des deux camps en présence. C’est d’autant plus dommage que l’on perd également dans la bataille le fascinant personnage d’Hiddleston au profit de quelques seconds rôles certainement très convaincants mais qui empêchent de se concentrer sur le changement moral radical que subit le Dr Laing. High Rise jubile toujours de la guerre des classes qu’il fait naître mais il ne se renouvelle pas et ne fait que trop peu avancer l’histoire.

    Dans cette science-fiction décapante et aiguisée comme une lame de rasoir, Ben Wheatley distille pourtant une ambiance psychédélique et dérangeante où l’enchaînement des choses devient si incroyable qu’on pense être en plein cauchemar. Il reste d’ailleurs extrêmement dommageable qu’au lieu de s’attarder sur les raids et contre-raids des uns et des autres, l’anglais n’ait pas prolongé le plaisir de sa séquence d’introduction dans un immeuble devenu aussi sauvage que l’univers d’un Mad Max. Reste que la virulence de la charge ainsi que le propos anarchiste joyeusement insolent qui se dégage du film ne peut empêcher de conserver une grande admiration pour le travail du cinéaste qui continue mine de rien à évoluer depuis le bancal mais fascinant Kill List. 

    Peut-être pas l’adaptation espérée de longue date, High Rise s’impose comme un objet filmique intriguant. Une peinture au vitriol d’une société moderne qui ne peut que finir par s’écrouler et où l’homme redeviendra un sauvage comme un autre…
    Bancal donc mais sacrément salutaire et fascinant.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le supermarché en pleine débandade

     

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  • [Critique] Captain America : Civil War

    L’année 2016 sera l’année des affrontements fratricides. La preuve en est avec les deux dernières sorties cinéma en matière de super-héros avec tout d’abord du côté DC Comics/Warner, Batman vs Superman (sur lequel on ne reviendra pas après la très longue chronique à son envers) et ensuite du côté Marvel Studios, le très attendu Captain America : Civil War, troisième volet des aventures de Steve Rogers qui est devenu un simili-Avengers avec le temps. Pour se frotter à l’épineuse question d’une adaptation de Civil War, ce sont les frangins Russo, déjà responsables du très recommandable Captain America : Winter Soldier, qui s’y collent.

    Avant toute chose, rappelons-le pour les trois du fond qui disent aimer Marvel en n’ayant vu que les films, Civil War est (un peu) l’un des événements Marvel les plus importants et les plus réussis de ces dernières années. Comme il sera question en long, en large et en travers de cet event dans l’adaptation présente, autant en parler un peu en introduction. A la base de Civil War (version comics, suivez un peu !), il y a une équipe de jeunes super-héros (les New Warriors) qui tente de neutraliser quelques super-vilains en maraude. Sauf que, dans le tas, il y a Nitro, et qu’il a la (très) mauvaise idée de se faire exploser en plein dans un quartier résidentiel à deux pas d’une école. Du coup, cadavres d’enfants partout, scandale (inter)national et réunion de super-héros. A l’issue de celle-ci, la loi sur le Recensement des méta-humains est adoptée, obligeant nos légendes vivantes à dévoiler leurs identités secrètes et à travailler en somme pour le gouvernement. Sauf que cela ne plaît pas du tout à Steve Rogers, alias Captain America, qui décide de faire sécession devant ce qui lui apparaît comme une loi liberticide et contraire aux idéaux qu’il a défendu toute sa vie ! Ainsi, les super-héros se scindent en deux camps : ceux en faveur d’un Recensement menés par Iron Man et ceux qui veulent conserver leur autonomie emmenés par Captain America. Il s’ensuit sept numéros d’affrontements en tous genres et de drames entre deux cents méta-humains sous la houlette de l’excellent Mark Millar.

    Voilà pour la mise au point comics. Evidemment, il était impossible pour les Russo et Marvel Studios de faire la même chose, ne serait-ce que pour le nombre faramineux de super-héros qui auraient dû se tirer la bourre à l'écran. De deux cents, on passe donc à douze (!!) et le reste de l’intrigue se calque sur l’histoire personnelle de Captain America déjà largement abordée dans les deux volets précédents. Première remarque évidente sur le long-métrage : il a le cul entre deux chaises. Contrairement à ses prédécesseurs, ce volet n’est pas purement un film sur Captain America puisqu’il engage un grand nombre de personnages de l’univers cinématographique Marvel, dont Iron Man, Vision, La Veuve Noire, Œil-de-Faucon etc, etc… On imagine bien alors que les Russo courent le risque de se retrouver avec un Avengers au rabais. Sauf qu’ils tentent de raccrocher les wagons ensemble en misant sur un personnage-clé de la saga Captain America : Bucky Barnes alias le Soldat de l’Hiver. Une idée qui peut paraître étrange mais qui, finalement, sauve le film d’un éparpillement malencontreux.

    Relativement long (2h28 tout de même), Civil War a un peu de mal à démarrer. Il introduit maladroitement un super-vilain bad-ass en la personne de CrossBones…expédié en deux coups de poing. Le but ? Introduire le véritable enjeu avec une explosion en plein milieu de civils provoquant le séisme moral que l’on retrouvait dans le comics de base. Différents lieux, mêmes intentions. Les Russo s’en sortent bien mais à partir de là, on passe par un long tunnel d’exposition où les réalisateurs explicitent les opinions des deux camps tout en introduisant le nouveau super-héros de ce volet : Black Panther. Relativement mal introduit mais très bien exploité au final, le personnage est de plus incarné à l’écran par un acteur des plus convaincants : Chadwick Boseman.

    Au-delà de ce petit nouveau, et jusqu’à la fameuse scène de l’aéroport, Civil War met en sourdine l’intrigue personnelle de Captain America (sans l’oblitérer cependant) pour faire monter la sauce vers un affrontement que chacun attend de pied ferme. En-cela, le film souffre d’un premier problème pendant une bonne heure : il n’a plus d’identité. En effet, en misant sur le clash des super-héros, Captain America passe au second plan laissant du champ libre à la formation des deux camps (et l’introduction magique de Spider-Man, mais on y reviendra) tandis que la problématique morale et surtout politique du postulat devient tenue voir même prétexte. C’est ici que le lecteur de comics sera le plus déçu. Civil War ne va pas très loin dans ses prises de positions et ses conséquences politiques. Tout parait artificiel en quelque sorte. Pas raté ou foncièrement mauvais mais on sent que le potentiel n’est pas exploité. Un élément qui ne gênera que les connaisseurs certainement. Mais du coup, le statut hybride qu’adopte Civil War version ciné fait perdre de sa résonance actuelle au sujet, devenant de facto un simple (mais jouissif) moment de castagne entre les deux équipes de frères-ennemis.

    Arrêtons-nous sur ce point d’ailleurs pour dire que les Russo s’avèrent paradoxaux sur le plan de la mise en scène. Les premiers combats sont mal filmés (voir très mal pour le premier affrontement avec Crossbones) abusant d’un montage épileptique pour ne pas montrer coups et doublures, et frôlant l’overdose de jump-cuts à plusieurs reprises. Puis, à peu près au moment de la confrontation de l’aéroport (très mal vendue par la bande-annonce au demeurant), ils s’améliorent de façon stupéfiante et livre en réalité une scène d’action lisible et prenante qui emploie toutes les choses les plus jouissives autour des pouvoirs des divers participants. On mentionnera l’excellent emploi d’Ant-Man (avec un Paul Rudd toujours aussi impeccable) ou de Scarlet Witch (délicieuse Elizabeth Olsen). Ludique, fun et finalement pas cheap pour un sou. C’est aussi l’occasion de voir en action le super-héros que tout le monde attendait depuis les accords entre Marvel et Sony Pictures : le fameux Spiderman. Sans trop en dévoiler, et de façon extrêmement surprenante, Tom Holland est…parfait ! Génial même. Il fait bien plus qu’un simple caméo et Marvel trouve l’équilibre parfait entre l’humour du personnage, sa jeunesse et ses talents tout en revenant aux bases fondatrices du comics. Une énorme réussite qui prouve définitivement qu’Amazing Spider-Man était une daube sans nom à oublier au plus vite.

    Puis, après ce clash des titans, Captain America exploite les pistes qu’il avait mis en place auparavant pour s’inscrire dans la trilogie. Et, surprise, le film devient excellentissime, d’autant plus excellent que le nombre de personnages se ressert et permet une intimité qui sied mieux pour faire jaillir l’émotion. Exit les super-vilains aux pouvoirs abusés, Daniel Brühl (alias Zemo, qui n’a rien à voir avec le personnage du comic book) agit comme un catalyseur discret mais intelligemment utilisé dans le scénario. Dès que Captain America : Civil War redevient un « vrai » Captain America, le film gagne en profondeur et en importance permettant de se centrer sur le véritable intérêt du métrage : les relations Rogers – Barnes – Stark. On sent les Russo plus à l’aise avec ce trio et finalement, Civil War gagne davantage sur le plan intimiste que sur cette fameuse guerre civile un peu cheap une fois prise dans son aspect global. Les conséquences de l’histoire, bien que moins profondes que celle du comics, permettent tout de même de faire avancer l’univers, un peu à l’instar de Winter Soldier. On finira d’ailleurs par celui-ci, interprété une nouvelle fois par un Sebastian Stan tout à fait génial, et qui trouve ici un rôle passionnant.

    Conscients des nombreux obstacles et carences possibles devant une telle entreprise d’adaptation, les frères Russo ont opéré les choix les plus intelligents pour ce Captain America : Civil War. Même s’il manque d’homogénéité, d’une mise en scène véritablement inspirée et non purement fonctionnelle ainsi que d’une profondeur thématique réelle, ce nouvel opus remplit parfaitement son contrat. Un très bon Marvel qui efface, un peu, la déconvenue d’un Age of Ultron décevant et d’un Ant-Man timide.  

      

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : L'affrontement à l'aéroport

    Meilleure réplique :

    - He is my friend

    - So i was...

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  • [Critique] Démolition

     Dernier film en date du canadien Jean-Marc Vallée, Démolition arrive après la déception Wild, pâle copie féminine d'Into The Wild de Sean Penn. Véritablement révélé à l'international avec son Dallas Buyers Club, le réalisateur revient avec un sujet prometteur (un deuil qui n'en serait pas un) et un Jake Gyllenhaal un peu sous-utilisé depuis l'excellent Night Call
    Démolition, comme son nom l'indique, parle de destruction. Destruction d'une vie tout d'abord, celle de Davis Mitchell, homme de la finance qui avait tout pour être heureux jusqu'au jour où un accident tragique lui enlève sa femme, Julia. Destruction d'un couple, ensuite, puisque Davis n’éprouve rien quand à la mort de son épouse. Comme si leur histoire n'avait été qu'une farce tragique. En rencontrant Karen Moreno, employée d'un service client de distributeurs automatiques, Davis va finir petit à petit par trouver ce qui va de travers dans son existence. En prenant le contre-pied de l'habituel film de deuil où les personnages passent leur temps à se lamenter et pleurer, Jean-Marc Vallée prend un risque calculé....

    ...Mais pas forcément judicieux. Démolition est un film bancal. Très bancal même. Car il se partage en deux axes de lecture pour le spectateur. Le premier sera celui de Davis Mitchell, brillamment incarné à l'écran par un Jake Gyllenhaal véritablement poignant et touchant qui trouve en ce personnage un rôle à sa hauteur. Jean-marc Vallée fait dans l'original en brouillant les pistes. Tout se passe comme si Davis n'était pas affecté par la mort de sa femme, comme s'il n'avait aucun respect pour elle. Davis tente de se convaincre qu'il n'aimait pas sa compagne et l'autodérision qui s'ensuit à l'écran a de quoi tirer quelques explosions de rire au public (le passage du répondeur par exemple). Sauf que de façon insidieuse, grâce à des flash-back silencieux et poétiques, Jean-Marc Vallée explore la peine refoulée de son héros, nous explique sans mot que malgré tout, Davis est rongé par le chagrin. Mais son chagrin à lui, incompréhensible par les autres, par les conventions ou la famille. Un deuil pathologique en quelque sorte finissant par trouver un écho certain dans le personnage de Karen Moreno.

    Et c'est ici qu'arrive le second axe de lecture, bien moins maîtrisé et, pour tout dire, totalement foiré, de Démolition. Jean-Marc Vallée ajoute l'histoire de la famille décomposée de Karen Moreno et de son fils, Chris, comme un cheveu sur la soupe. Si au début les choses apparaissent comme tout à fait en adéquation avec le reste, tant cette histoire d'amour n'en est en réalité pas une, on sent que Jean-Marc Vallée ne sait plus quoi faire de cet arc ni de ces personnages, délaissant quasiment totalement Karen au profit de Chris et de son mal-être d'ado qui se cherche pour introduire un message improbable sur l'homosexualité et la tolérance... qui n'a rigoureusement aucun rapport avec le récit principal. Du coup, Démolition se casse un peu la figure dans sa deuxième partie, et ce malgré la complicité réjouissante qui se tisse entre Davis et Chris. Au lieu de continuer à appliquer le principe de la déconstruction et du stratagème de la table rase à Davis, Vallée se perd et enlève une partie de la puissance émotionnelle de la première moitié du récit. Certes, on la retrouve par instants fugaces dès que Davis se retrouve seul avec lui-même ou face à l'incompréhension de sa belle-famille, mais la tournure de ce chagrin aurait tellement été plus convaincante sans les interférences de la famille Moreno. 

    La chose s'avère d'autant plus dommageable que le film a beaucoup de qualités à faire valoir. Outre le jeu de Gyllenhaal et son personnage vraiment réussi, Jean-Marc Vallée a une réalisation soignée, dynamique et parfois poétique, qui donne une chaleur inattendue à un propos d'apparence peu commode. L'utilisation de la musique et d'une BO franchement inspirée n'y est pas pour rien d'ailleurs. Seulement voilà, la montagne accouche d'une souris. Jean-Marc Vallée n'arrive pas à terminer son film de façon aussi simple qu'il avait réussi à nous évoquer le chagrin voilé de Davis. L'épilogue arrive comme une fausse note, avec un arrière-goût de "tout ça pour ça" qui laisse une amertume désagréable dans la bouche du spectateur. Parfois, les meilleures choses sont les plus simples, un adage qu'aurait du se rappeler le canadien lors de sa tentative ratée de complexifier abusivement son métrage. 

    Démolition vaut bien mieux que le fade Wild, mais ne retrouve pas la force d'un Dallas Buyers Club ni son homogénéité thématique et émotionnelle. On reste donc mi-figue mi-raisin devant le deuil poignant de Davis en se demandant encore ce qu'aurait pu donné le film en allant à l'essentiel.
    Un rendez-vous manqué en somme.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Davis qui détruit sa maison

     

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  • [Critique TV] Sense8

     

     Si Netflix prend de plus en plus de place actuellement, c’est grâce à son ambition sans cesse renouveler de produire des créations originales audacieuses comme peuvent le faire les grandes chaînes câblées américaines. Outre ses deux séries-phares, House of Cards et Daredevil, Netflix a aussi lancé en juin 2015 Sense8. Sorti de l’imagination de Joseph Michael Straczynski (Rising Stars, Babylon 5) et des sœurs Wachowskis, Lilly et Lana, la série marque le passage des créateurs de Matrix sur le petit écran à l’instar d’un certain nombre de grands réalisateurs actuels. Bien que celles-ci soient en perte de vitesse depuis le ratage total de Jupiter Ascending, les Wachowskis semblent cette fois synthétiser toutes leurs obsessions pour offrir aux spectateurs une sorte de Cloud Atlas sériesque contemporain. Sense8 a en effet été tourné dans huit lieux différents pour s’attarder sur le destin de pas moins de huit héros. Un récit choral donc, qui semble taillé sur mesure pour la télévision.

    Le problème qui saute immédiatement aux yeux, c’est que les Wachowskis digèrent très mal le passage au format série. On peut même penser que sans le concours de Straczynski, Sense8 aurait été un total échec. Pourquoi cela ? Parce que Sense8 n’a quasiment aucun rythme et se contente pendant près de 8 épisodes (sur 12 !) d’entrelacer les fils narratifs de ses héros en coupant artificiellement la trame générale en petits bouts. Tout se passe comme si les Wachowskis avaient construit une histoire de douze heures qu’elles auraient simplement saucissonner pour en faire une série. Du coup, comme on s’en doute, certains épisodes s’avèrent trépidants et d’autres passablement chiants. Pire même, si l’on considère que cette première saison sert de grosse introduction à l’univers, les premiers épisodes de la saison ne sont qu’une présentation, une mise en place…de l’introduction. On imagine sans mal la lenteur exaspérante que peut présenter la série pour qui est habitué aux canons du genre.

    Voilà donc pourquoi, d’emblée, Sense8 s’avère une série pénible à première vue. Les Wachowskis, aidés par le génial Straczynski, et leurs potes de toujours, James McTeigue et Tom Tykwer, dressent le portrait de huit personnages vivants dans huit villes différentes. Leur point commun : ce sont tous des sensates (ou sensitifs en français). Des individus capables de sentir tout ce que ressentent les autres membres, de leur prêter leur compétence et, même, d’agir à leur place si nécessaire. Sauf que ce genre d’interactions, lorsque l’on n’y est pas préparé, peut être compliqué à gérer et peut aussi bien aider que pourrir l’existence. Quand, en plus, nos héros découvrent qu’une organisation les traquent et que seul un mystérieux Jonas veut bien leur venir en aide, les choses se compliquent sérieusement pour eux. Pour la série aussi d’ailleurs puisque, vous vous en doutez certainement, mais le cliché de l’organisation dirigée par un grand méchant (un certain Whispers dans notre cas) qui veut museler les gentils héros a tendance à agacer quand la série commence à s’attarder dessus. Côté antagoniste, et pour ce qui concerne cette première saison, Sense8 se plante aussi.

    Faut-il jeter la série à la poubelle ? Etrangement, non. Pas du tout même. La série réussit grâce à ce qu’on pensait être son point faible : les histoires ordinaires de ses personnages. Même si l’on déplore quelques grossièretés d’écriture (le rapport flic/voyou notamment), les récits qui s’imbriquent deviennent étonnamment attachants au fil du temps. Même celui qui semblait le plus loufoque, celui de l’acteur de telenovela Lito Rodriguez, finit par toucher et même passionner. Parce qu’il y a une humanité derrière tous ces portraits improbables. Comme toujours, les Wachowskis aiment dépeindre une multitude de cultures (et non un multiculturalisme, la nuance est très importante) en nous dépaysant, en nous transportant dans des villes lointaines, de l’Inde au Kenya en passant par l’Islande. La diversité véritable que dégage la série offre une bouffée d’air frais et l’authentique quota sympathie qui était vital à l’entreprise. On retrouve dans la palette de situations et de paysages, de personnages et de nationalités, tout l’exotisme d’une planète Terre bigarrée et formidable.

    Puis, vient les premiers moments de grâce de Sense8 : la communion. Dès que deux personnages commencent à ressentir les émotions des uns et des autres, à interagir à des milliers de kilomètres de distance, à s’aimer même, la série trouve son envol, trouve sa véritable raison d’être. Ce n’est ni la traque par une mystérieuse (et bien fade) compagnie secrète, ni même une structure plaçant ses cliffhangers au petit bonheur la chance. C’est l’interaction entre les individus. Straczynski et les Wachowskis font ici preuve d’une sensibilité et, parfois, d’une poésie véritablement magique. Ajoutons d’ailleurs que l’utilisation de la musique fait un bien extraordinaire à ce genre de séquences. On peut même dire que les plus grands moments de bravoure de Sense8 passent par ces instants musicaux extrêmement bien mis en scène et pensés. Ne serait-ce que pour What’s Going On dans l’épisode 4 ou pour la sublime scène du concert dans l’épisode 10 What is Human?(un petit chef d’œuvre à elle seule), la série mérite le coup d’œil. C’est dire !

    L’humanité donc. C’est l’humanité de Sense8 et sa capacité à passer du rire aux larmes, de l’émerveillement à l’abattement qui permet finalement à la création la plus risquée de Netflix de se maintenir à un niveau correct. Elle a aussi la bonne et plaisante idée d’offrir une vision de l’homosexualité et de la transsexualité des plus touchantes, traitant avec le même respect et la même importance les différents personnages quelque soit leur orientation sexuelle (et l’on en attendait pas moins des sœurs Wachowskis qui ont dû mettre beaucoup de leur vécu à l’intérieur du récit de Nomi). Le tout culminant dans une scène de sexe follement audacieuse mais juste scotchante sur la musique Demons de Fatboy Slim. Au fond, Sense8 parle de l’humain et elle le fait bien, elle oublie juste de maintenir le spectateur en haleine dès le départ. Espérons que la saison 2, que l'on attend pour 2017, permette de corriger le tir et offre enfin un format et des enjeux à la hauteur de l’intense humanité qui rayonne de ses personnages.
     

    Note : 7/10

    Meilleure réplique : "What is human ? An ability to reason ? To Imagine ? To love or grieve ? If so, we are more human than any human ever will be."

    Meilleur épisode : Episode 10 What is Human ? 

     

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  • [Critique TV] Daredevil, Saison 2

     Excellente série de la saison 2015, Daredevil avait connu un énorme succès sur Netflix. Il était donc tout naturel de la retrouver cette année pour une seconde saison qui a bénéficié au passage d'un accroissement de budget significatif et d'une campagne marketing savamment orchestrée. Si le showrunner initial, Steven S. Knight, a quitté la série, c'est pour laisser la place à un nouveau duo avec Doug Petrie (American Horror Story, Pushing Daisies) et Marco Ramirez (Orange is the new black, Sons of Anarchy). Rajoutez à cela que la deuxième saison est l'occasion d'introduire deux personnages majeurs de l'univers Marvel, le Punisher et Elektra, et l'on peut nourrir quelques appréhensions à propos de la bonne tenue du show. Cette nouvelle fournée de 13 épisodes est-elle à la hauteur ?

    Une nouvelle fois, on fera le même reproche à la série, à savoir qu'elle s'étire trop. 13 épisodes, c'est trop long. Netflix devrait franchement se décider à condenser le tout en 10 segments pour livrer un condensé plus percutant qu'il ne l'est déjà. Cette tendance à tirer à la ligne se voit pourtant nettement moins cette fois, du fait certainement de la présence de pas moins de trois héros à l'écran... sans compter les divers retours de la saison précédente. Daredevil prend donc le risque d'introduire l'un des personnages Marvel les plus maltraités au cinéma : le Punisher. Cette fois, c'est Jon Bernthal (que les amateurs de Walking Dead connaissent malheureusement bien pour la qualité de son interprétation plus que douteuse) qui endosse le costume du vigilante. Surprise, Bernthal s'avère totalement habité par son personnage et, mieux encore, bénéficie d'un rôle finalement bien plus fin qu'il n'en a l'air de prime abord. La rencontre entre le Punisher et le Daredevil pose une question d'une grande importance dans la série : qu'est-ce que la justice et où s'arrête-t-elle ?

    Pendant les quatre premiers épisodes (et en filigrane par la suite), Daredevil s'interroge sur le bien fondé de ses actions en les comparant à celles, bien plus violentes et radicales, du Punisher. La délicieuse montée en puissance de celui-ci ainsi que les motifs qui l'ont entraîné dans cette vendetta donne à cet anti-héros une force et un charisme impressionnants. Il faut d'ailleurs immédiatement saluer la performance de Bernthal qui ne se contente pas de jouer l'homme sombre et torturé qu'il se doit d'être mais donne également un côté puissamment humain au Punisher. A bien des égards, la scène du cimetière de l'épisode 4 Penny and Dime, est l'une des plus fortes de la série voir la plus forte tout court. Lorsque Frank Castle raconte son histoire, le masque tombe et le spectateur est saisi par la boule de tristesse qui lui serre soudainement la poitrine. Ce qui reste pourtant le plus efficace et le plus perturbant, c'est la capacité du Punisher à taper juste lorsqu'il se justifie, bouffant littéralement le personnage de Daredevil qui apparaît bien timoré dans un monde gangrené par la violence et par tant d'injustices. A ce titre, l'épisode 3 New York's Finest - et même s'il ne va pas au bout des choses comme dans le comics de Garth Ennis dont il s'inspire - occasionne un beau choc intellectuel. Il donnera également une autre séquence mémorable, celle d'un combat dans un escalier, simplement la meilleure scène de fight d'une série à ce jour. Rien que ça.

    Mais assez parlé du Punisher (qui bénéficiera encore de son heure de gloire dans l'épisode 9 Seven Minutes in Heaven après une petite traversée du désert). Un autre personnage entre en jeu dans cette seconde saison, et c'est Elektra. Interprétée par une française, Elodie Yung, l'héroïne commence assez mal (en réalité, on met du temps à comprendre l’intérêt de sa présence manipulatrice) avant de devenir véritablement convaincante. Le casting de Yung surprend par sa justesse tant l'actrice capte le charme insidieux du personnage, et bientôt Elektra s'affirme comme une nouvelle réussite pour le show. Sa storyline rejoint lentement mais surement celle de Matt Murdock et son alter-ego vigilante pour plonger tête la première dans un registre où l'on attendait pas la série : le fantastique. Du coup, le nouveau grand adversaire de Daredevil, une organisation appelée la Main, donne des séquences de combats jouissives et passionnantes, cela malgré une toute fin aussi décevante à l'instar de ce que fut le combat trop facile contre Wilson Fisk en conclusion de la première saison. Ce qui réjouit par contre, c'est que la série n'a pas peur de prendre le parti du mysticisme et du fantastique, ouvrant de facto la porte à d'innombrables possibilités pour la suite. 

    Que reste-t-il de Daredevil et de Matt Murdock avec tous ces nouveaux venus (et ces retours dont on vous laisse la surprise) ? Eh bien, il reste un personnage toujours aussi attachant, tiraillé constamment entre son besoin de faire régner la justice et sa répugnance à franchir la ligne rouge incarnée par un certain Castle. L'évolution psychologique de Matt est cependant très intéressante dans cette saison car il semble se rendre compte de l'inefficacité de ses actions sur le long-terme, condamné comme beaucoup d'autres vigilantes et super-héros à remettre en cage les même criminels année après année. De même, ses rapports avec Karen permettent de davantage humaniser le personnage, d'autant plus d'ailleurs qu'il doit à terme choisir entre elle et Elektra, son premier amour. Côté personnages secondaires, Foggy et Karen souffrent des mêmes défauts dans cette saison que dans la précédente. Malgré une bonne volonté manifeste et de multiples tentatives pour étoffer leurs histoires respectives, ils restent bien en retrait du reste. Mentionnons que Deborah Ann Woll oscille constamment dans son jeu et a une tendance assez agaçante à pleurnicher à la moindre occasion, le genre de détail qui agace franchement, surtout lorsque l'on tente de donner une vraie crédibilité à un personnage.

    L'histoire de cette secondaire saison apparaît au final comme assez inégale (un peu comme pour la précédente en réalité). Les quatre premiers épisodes assurent une montée en puissance géniale avec l'introduction carrément parfaite du Punisher, et l'on doit subir un ventre mou de quatre épisodes où Frank Castle passe au second plan et où l'intrigue d'Elektra traîne dans sa mise en place. Il faut attendre l'épisode 8 Guilty as Sin pour retrouver un niveau plus palpitant et embrayer de nouveau dans un imbroglio réjouissant d'intrigues. On regrettera également quelques grosses ficelles comme la dernière conversation entre Elektra et Daredevil, ultra-convenue et cliché, qui donne, en plus, tous les éléments nécessaires au spectateur pour deviner la fin. Saluons tout de même pour finir deux choses pour cette nouvelle saison. La première c'est l'excellente réalisation qui reprend tous les bons points de la précédente saison tout en allant plus loin dans l'ambiance noire et oppressante de Hell's Kitchen et en tentant d'améliorer constamment ses scènes de combats. La seconde, c'est l'utilisation intelligente et judicieuse des personnages-surprises de retour de la saison une dans l'intrigue. Plus qu'un simple appel du pied aux fans, ils bénéficient non seulement d'une véritable utilité mais donnent également lieu à quelques scènes mémorables (dont au moins un certain face à face en prison).

    Même si cette seconde saison de Daredevil a bien du mal à corriger ses vieux défauts, elle parvient à les faire oublier en introduisant deux excellents personnages interprétés par deux acteurs surprenants. Meilleure réalisation, meilleurs combats, intrigue plus fouillée et extension de l'univers, tout pousse à croire que Daredevil va ravir le public. Et puis, rien que pour l'excellence du Punisher... le résultat vaut le coup d’œil !
    One Batch, Two Batch...Penny and Dime !

     

    Note : 8,5/10

    Meilleure réplique : "Because i think you're a half measure. I think you are a man who can't finish the job. I think you are a coward."

    Meilleur épisode : Episode 4 Penny and Dime

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  • [Critique] Jodorowsky's Dune

     C'est l'histoire d'un film mythique. Un film plein de vaisseaux spatiaux, d'acteurs d'exceptions, de palais improbables, de vers géants et d'épice. Quelque chose de fou, de délirant, d'incroyable et qui a changé l'histoire du cinéma de façon radicale et définitive. Ce film c'est Dune d'Alejandro Jodorowsky, un réalisateur chilien cultissime à qui l'on doit déjà par exemple El Topo ou La Montagne Sacrée, deux métrages incroyablement barrés parmi la somme de son oeuvre délirante. Super-production pour l'époque, le Dune de Jodorowsky est l'adaptation du roman éponyme de Frank Herbert. Un monument de la science-fiction pour tout dire. Regroupant un casting hallucinant et une pléiade d'artistes tous plus géniaux les uns que les autres, Dune ne pouvait qu'être un film incroyable faisant date dans l'histoire du cinéma.
    Sauf que voilà, ce Dune-là n'a jamais existé en vrai. Le projet, malgré son état d'avancement, a été refusé par les studios Hollywoodiens pour finir entre les mains d'un David Lynch qui livrera le triste objet filmique que l'on connait aujourd'hui. Reste que le film d'Alejandro Jodorowsky a su construire un mythe autour de lui et influencer tout un pan de la science-fiction au cinéma. Frank Pavich se propose de nous faire découvrir comment un film qui n'a jamais existé s'est imposé avec les années comme une date dans l'histoire du cinéma.

    Déjà,  réglons la question que se pose tout le monde à propos de ce Jodorowsky's Dune : est-il visible si on ne connaît pas Dune ? Franchement, oui. Sachez au passage qu'il semble, d'après le documentaire, qu'aucune des personnes qui devaient participer au film n'avait lu le roman. On peut donc très bien regarder le documentaire de Frank Pavich sans rien connaître à l'oeuvre de Frank Herbert. Avoir lu Dune et vu le film de Lynch peut apporter un plus à la vision (et quelques ricanements complices en prime avec Jodorowsky), mais il ne s'agit pas du tout d'un impératif. De toute façon, Frank Pavich sait très bien décrire au spectateur de ce dont parle Dune (de façon succincte certes) et livre en réalité un documentaire sur tout autre chose : la passion. Jodorowsky's Dune est un métrage sur des passionnés. Sur des gens qui aiment le cinéma comme on aime une oeuvre d'art ou une discipline martiale. Il faut voir Alejandro Jodorowski nous parler à l'écran de son film mort-né pour le comprendre. 

    Principal atout du documentaire (qui tourne d'ailleurs parfois au Jodorowsky-show), le réalisateur chilien dégage une telle passion, une telle folie et une telle créativité que l'on est instantanément happé par le charme de ce personnage incroyable. Outre son aura de gourou (et il se plaira à s'imaginer comme tel), le cinéaste fait également une chose inattendue : il est heureux. Dune était son rêve, le film de toute une vie, un projet pour quoi il a tout sacrifié, et l'homme a le sourire aux lèvres quand il en parle. Parce que, justement, le documentaire raconte comment Dune a marqué au fer rouge le cinéma sans même que vous le sachiez et a fait peut-être plus pour la science-fiction qu'une somme hallucinante de films par la suite. Frank Pavich n'envisage jamais le Dune de Jodorowsky comme un échec, au contraire. En cela, il s'aligne sur le sentiment du Chilien et finit par donner au documentaire une euphorie contagieuse dans sa façon d'aborder son sujet.

    Mieux encore, jamais Pavich ne se borne à livrer un simple documentaire. Il tente constamment de jouer avec l'image, de parfois reconstruire des bouts du film fantôme avec quelques storyboards, d'intégrer des effets délirants à son enquête... bref, Pavich donne une âme à son métrage, chose assez rare dans le domaine. On en vient alors au cœur du sujet : l'histoire de la création de Dune. Ce qui fait le charme irrésistible de ce documentaire, c'est ça. Toute l'équipe que l'on retrouve derrière Alejandro Jodorowsky, à savoir H.R Giger, Dan O'Bannon, Mike Jagger, Michel Seydoux, Gary Kurtz, Chris Foss ou encore Dali (!!!!) sont aussi fous à lier que le chilien. Le projet apparaît tellement dingue, tellement monumental pour l'époque et tellement en avance sur son temps qu'y avoir ne serait-ce que penser tient du délire. Il faut entendre parler Jodorowsky de sa façon de recruter Orson Welles, Dali ou encore Amanda Lear pour son casting. La chose est à la fois totalement surréaliste et incroyablement séduisante. 

    La puissance de Jodorowky's Dune, c'est d'emmener le spectateur à l'intérieur du cinéma en tant qu'art et pas en tant que produit. C'est de ne pas parler pendant des heures de technique ou de paramètres assommants mais de laisser la parole à de doux-rêveurs qui feront par la suite le cinéma de demain. Ainsi, Dune, le film qui n'a jamais été, a permis Alien, a permis Blade Runner et Total Recall, même Star Wars...et tant d'autres encore. Frank Pavich prouve que la passion peut tout renverser, que les échecs peuvent parfois s'avérer plus fondateurs que les réussites. Si le Dune de Jodorowksy n'a pas existé, il n'a pas disparu pour autant, L'Incal et les Méta-Barons ont récupéré son ADN dérangé. C'est finalement le message de ce documentaire passionnant (et très drôle dans le fond) : Soyez audacieux et ne vous laissez jamais désarmer par vos échecs...il en sortira toujours quelque chose !

     Sur tous les plans, Jodorowsky's Dune frôle le chef d'oeuvre. Réalisé avec un soin minutieux qui force le respect, laissant la parole à des passionnés du cinéma comme on aimerait en voir plus souvent à l'heure actuelle et parlant tout simplement de la folie créatrice qui devrait nous animer tous, le documentaire de Frank Pavich laisse le spectateur avec un grand sourire sur le visage et une foule de visions incroyables à digérer.
    Précipitez-vous, Dune existe !

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : Alejandro Jodorowsky parlant de sa vision au cinéma de la version de Lynch

     

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  • [Critique] 10 Cloverfield Lane

     A l'heure actuelle, tenir un projet de film secret tient de la gageure. C'est pourtant ce qui est arrivé avec 10 Cloverfield Lane dévoilé seulement 1 mois avant sa sortie en salles. Huit ans après Cloverfield, le film de monstre en plein cœur de New-York qui avait révélé Matt Reeves (depuis parti explorer la Planète des Singes), le même Matt Reeves s'associe au célèbre J.J Abrams pour financer le premier long-métrage d'un illustre inconnu : Dan Trachtenberg. A l'exception d'un sympathique court-métrage sur le jeu Portal, cet américain de 34 ans issu du monde de la pub n'avait juste là guère eu l'occasion de briller. 10 Cloverfield Lane lui donne aujourd'hui cette chance.

    Prenez trois personnages, un abri en sous-sol et saupoudrez le tout d'une atmosphère paranoïaque et vous obtenez 10 Cloverfield Lane. Petit film au budget assez modeste, le long-métrage de Dan Trachtenberg constitue pourtant une petite surprise en soi. Il a d'abord la bonne idée de proposer quelque chose de radicalement différent de son supposé prédécesseur. Les liens avec Cloverfield s'avèrent en effet ténus, voir inexistants pendant la quasi-totalité du film. Ceux qui n'ont donc pas vu le film de Matt Reeves peuvent tenter l'expérience les yeux fermés. Il semble en effet que l'étiquette Cloverfield ait une intention publicitaire en tentant de raccrocher les wagons à une oeuvre connue du grand public. Une astuce qui permet à Trachtenberg de livrer son propre film sans se soucier pour une bonne part des contraintes inhérentes à une suite.

    Mais revenons à nos moutons. Dans 10 Cloverfield Lane, la belle Michelle se retrouve enfermée dans un abri souterrain après un accident de la route. Son sauveur-geôlier, Howard, affirme que le monde extérieur n'existe plus. Quelque chose est arrivé et il l'a recueilli, elle et un autre homme du nom d'Emmett, dans l'abri qu'il prépare soigneusement depuis des années maintenant. Intrigue minimaliste mais pleine d'opportunités, l'histoire de 10 Cloverfield va reposer sur les épaules d'un casting restreint. C'est là la première bonne surprise du film qui porte son dévolu sur l'excellente Mary Elizabeth Winstead et, surtout, sur un acteur formidable et inquiétant comme pas possible : John Goodman. S'il faut désigner un vainqueur parmi ce trio de comédiens, c'est certainement lui qui remporte la palme. Comme à l'accoutumée, il impressionne de bout en bout dans un rôle ambiguë et souvent terrifiant. Trachtenberg s'affirme déjà comme un excellent directeur d'acteurs. Seulement 10 Cloverfield Lane doit aussi trouver d'autres atouts.

    Parmi eux, le cadre du récit. Grâce à l'unicité de lieu de 10 Cloverfield Lane, le spectateur suit avec un sentiment claustrophobe de plus en plus intense les rebondissements de l'histoire. A la fois pour économiser sur un budget que l'on devine limité mais également pour donner une saveur particulière à son récit, Trachtenberg épouse le huit-clos entièrement, utilisant les possibilités offertes par le genre au mieux des possibilités. Le résultat s'avère réussi notamment grâce à cette constante question sur la réalité d'une apocalypse. Pour un peu, on pourrait voir dans ce 10 Cloverfield Lane un rejeton Hollywoodien de Take Shelter de Jeff Nichols avec John Goodman à la place de Michael Shannon. Mais la comparaison s'arrête là puisque la tension du film repose surtout sur la nature de ce qui se trouve au dehors. Trachtenberg prend un malin plaisir à nous faire douter et mène brillamment sa barque avec peu de choses au final. Tout tient dans le métrage grâce au doute insidieux entretenu par quelques séquences chocs (la femme à la porte de l'abri, le Help Me sur le hublot...). Une petite réussite qui finit par perdre en intensité avec la révélation finale.

    On n'en dira bien sûr pas plus sur la nature de ce qui attend Michelle en dehors de l'abri mais c'est ici que l'on peut retrouver une mince justification dans la filiation avec Cloverfield. Sauf que cette façon finalement bien artificielle de lier les deux peine un tantinet à convaincre. Pas que la fin soit mauvaise en soi mais plutôt qu'elle semble forcée. On se demande en réalité comment Dan Trachtenberg aurait terminé son film en ayant les mains totalement libres. En l'état, 10 Cloverfield Lane est une amusante expérience dans le sens où Abrams et Reeves sponsorisent un petit nouveau franchement plein de promesses en lui cédant la place sur un univers qu'ils ont eu même construit jadis. Si l'on aurait préféré qu'ils financent un projet totalement nouveau, le résultat obtenu n'a vraiment rien de honteux et ouvre même certaines perspectives pour la suite de la carrière du réalisateur. Cette fausse-suite a en effet des allures de véritable chance pour Dan Trachtenberg.

    Huit-Clos anxiogène et génialement hanté par l'imposante carrure d'un John Goodman impressionnant, 10 Cloverfield Lane surprend de façon agréable le public. Ce n'est certainement pas le thriller du siècle mais une série B efficace, bien réalisée et qui tient en haleine sur plus d'une heure quarante. Par les temps qui courent et la tendance agaçante à la surenchère pyrotechnique, voici un intermède bienvenu.
    Avis aux amateurs.

     

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La rébellion de Michelle à table

     

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  • [Critique TV] Jessica Jones, Saison 1




     Marvel annonçait fièrement un partenariat avec Netflix en 2013 pour bâtir un univers comics sur petit écran. Au programme d'abord l'excellente série Daredevil (pour la critique c'est ici) et, de façon tout à fait surprenante...Jessica Jones ! Excepté les férus de Marvel, très peu de personnes connaissaient jusqu'alors cette héroïne pourtant popularisée entre 2001 et 2004 par la série Alias (rien à voir avec l'autre série télé) créée par Brian Michael Bendis et Michael Gaydos. En portant son dévolu sur un personnage confidentiel et pas du tout grand public comme pouvait l'être d'une certaine façon Daredevil, Marvel prend un gros risque. L'audace paye-t-elle au pays des super-héros ?

    Forcément, il va falloir un peu expliquer qui est Jessica Jones. Détective privé avec de grosses tendances alcooliques et aussi avenante qu'un Doberman au premier abord, Jessica Jones semble davantage survivre dans Hell's Kitchen qu'autre chose. Jusqu'au jour où les parents d'une jeune femme du nom de Hope Shlottman lui demandent son aide pour la retrouver. A partir de là, tout capote dans la vie de Jessica. Un vieil ennemi l'a retrouvé : Kilgrave. L'homme capable de manipuler les gens, de leur faire faire tout ce qu'il veut. Jessica panique et pense à fuir. Car même si Jessica n'est pas une femme comme les autres, qu'elle est capable de bondir à des hauteurs hallucinantes et de soulever une voiture, Kilgrave la terrorise. Durant les 13 épisodes qui suivent les péripéties de notre nouvelle héroïne, il lui faudra finalement affronter sa plus grande peur et se confronter au terrible Homme Pourpre.

    Comme pour Daredevil, Netflix offre une fournée de treize épisodes au format 55 minutes. Comme pour Daredevil, l'action se situe à New-York et, plus précisément, dans Hell's Kitchen. Mais les similitudes s'arrêtent là car Jessica Jones adopte un autre ton et une autre ambiance (bien moins sombre) trouvant de facto sa propre voix et évitant le piège (évident) de faire dans la redite. Grâce à un pilote diablement efficace et intriguant, on découvre Jessica interprétée par une Krysten Ritter taillée sur mesure pour le rôle. Constamment maussade, portée sur la boisson (la plus forte de préférence) et aigrie au possible, la détective cache forcément d'anciennes blessures que l'on devine petit à petit. Pas question de vigilante cette fois, Jessica Jones est bien une super-héroïne avec les pouvoirs qui vont avec. Malheureusement (ou heureusement, c'est selon), elle ne dispose que de pouvoirs limités, une super-force en l’occurrence, qui la cantonne au pied du podium. Il faut dire aussi que la jeune femme n'a aucune envie de jouer dans la cour des grands et a tendance à plutôt mal-vivre ses pouvoirs. 

    Ce personnage atypique et franchement séduisant est encore enrichi par le rapport particulier qu'elle entretient avec Kilgrave, LE grand méchant de cette première saison. Contrairement à 99% des cas, Jessica Jones n'est absolument pas prête à l'affronter, c'est même plutôt le contraire. Elle est tétanisée par son retour. La show-runneur, Melissa Rosenberg, faut un choix des plus excellents en la montrant pendant une bonne moitié de la série (voir plus) en position de faiblesse, voir de détresse, par rapport à Kilgrave. Ce dernier d'ailleurs n'emprunte pas le même chemin qu'un certain Wilson Fisk. Très tôt mis en avant, Kilgrave possède un pouvoir unique mais terriblement efficace dont il n'hésite jamais à abuser. Du coup, Jessica Jones n'a rien à envier à la violence d'un Daredevil, rien du tout même. Ce grand méchant psychopathe est interprété par l'excellent David "Dr Who" Tennant, qui prend visiblement son pied à se mettre dans la peau de ce pervers manipulateur qu'est Kilgrave. Du coup, sa prestation, peut-être moins exubérante que prévue, devient en définitive un véritable atout de taille pour la série toute entière. Encore plus loin, les liens qu'il entretient avec Jessica Jones et le passé que l'on découvre dans l'épisode 8 et 9 offre un surplus d’intérêt au personnage. Véritable victime ou psychopathe incompris ? On vous laisse choisir votre camp.

    L'originalité de Jessica Jones réside aussi dans sa volonté de revenir à quelque chose de plus modeste que Daredevil. Entremêlant un aspect enquête traditionnelle avec une narration en voix-off, Jessica Jones pouvait également tomber dans le piège de la série hertzienne insipide. Heureusement, il n'en va jamais ainsi puisque les récits annexes s’entremêlent de façon tout à fait convaincante avec l''intrigue principale en finissant toujours par l'épouser avec classe. Le seul véritable reproche à mentionner à ce propos, c'est certainement la sous-intrigue consacrée à Hogarth (aka Carie-Ann Moss que l'on croyait définitivement disparue) qui n'apporte rien au récit à part un couple lesbien cliché et tout à fait plat. Pour dire vrai, à part un seul événement, on pourrait enlever toutes les séquences consacrées à Hogarth sans ne rien changer à la série toute entière. L'autre point polémique, c'est aussi le personnage de Luke Cage. Pas qu'il soit mauvais ou inutile, mais son pouvoir n'a pas grand chose de passionnant à vrai dire. De ce fait, on se demande bien comment Netflix va pouvoir nous surprendre avec une série qui lui est entièrement consacrée. 

    Soyons francs également, Jessica Jones ne boxe pas dans la même catégorie niveau combat que Daredevil, loin de là même. Heureusement pour elle, il ne s'agit nullement d'un des piliers du show contrairement à notre ami en rouge. Ce qui finit par pleinement convaincre dans Jessica Jones, c'est plutôt le soin apporté au personnage de Jessica justement, ses relations, son passé, ses démons. Pour peu, on pourrait presque affirmer qu'elle est plus réussie que Matt Murdock. Plus touchante et plus forte à la fois. Elle profite notamment d'un grandiose épisode avec l'épisode 8 AKA WWJD qui plonge dans le passé de notre héroïne la tête la première et la confronte enfin de plein fouet à Kilgrave. Certes, on regrettera quelques grosses ficelles par la suite (l'arrivée des parents de Kevin franchement téléphonée) mais rien qui ne puisse endiguer la sympathie que l'on peut éprouver face à ce show à la fois modeste et bien pensé. C'est aussi l'audace d'offrir une super-héroïne totalement inconnue ou presque qui accentue encore cette impression, mais on ne boudera pas son plaisir pour autant. Jessica Jones est une réussite.

    Vraie bonne surprise du petit écran, bien plus risquée que Daredevil à certains égards, Jessica Jones réussit de façon surprenante à s'attacher la sympathie du spectateur avec des acteurs convaincants (notamment le duo Krysten Ritter et David Tennant), une réalisation efficace et une storyline franchement bien pensée. On a véritablement hâte de voir ce que nous prépare Marvel et Netflix pour la suite des aventures de la détective la plus bad-ass d'Hell's Kitchen !

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Episode 8 AKA WWJD?

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  • [Critique] Batman vs Superman : Dawn of Justice

     Projet de longue haleine et qui a tour à tour suscité l'excitation puis l'appréhension, Batman vs Superman n'a pas (du tout) fini de déchaîner les passions. Situation très particulière, Batman vs Superman se trouve tiraillé entre deux objectifs : le premier, originel, de Zack Snyder, d'opposer deux super-héros que tous les fans de The Dark Knight Returns (le chef d'oeuvre absolu de Frank Miller) attendaient de voir sur grand écran, le second, opportuniste et à mettre sur le compte de la Warner Bros, ouvrir la porte à l'univers DC au cinéma à la façon de Marvel. Tiraillé entre ces deux lignes de conduite, le long-métrage se devait d'accomplir un exploit pour s’avérer à la hauteur. Soyons direct : l'exploit n'a pas eu lieu (et comment aurait-il pu avoir lieu dans ces conditions ?). Du coup, la plupart de la presse spécialisée descend le film en flammes et casse du sucre sur le dos de Snyder (tant qu'à faire...). Seulement voilà, nous allons essayer de faire la part des choses dans cet article et de vous expliquer pourquoi Batman vs Superman n'est pas le mauvais film que l'on veut vous faire croire mais bien un excellent film raté. 

    Pourquoi Batman vs Superman se loupe-t-il ?
    Les raisons sont multiples. On trouve les prémices de ce malheureux échec dans le titre racoleur très clairement décidé par des publicitaires essayant de ratisser large et qui n'ont, visiblement, rien compris aux attentes du public. S'étalant sur pas moins de deux heures trente, le long-métrage est d'une densité jamais vue dans les autres films de super-héros (à l'exception de Watchmen ou d'Incassable). On pourrait croire qu'il s'agit d'une bonne chose mais non. Cette densité quasi-apoplexiante se retourne contre le film. Batman vs Superman doit faire trop de choses en trop peu de temps. Imaginez un peu : sur le laps de temps imparti, Zack Snyder aborde les conséquences de Man of Steel, le personnage de Batman, la radicalisation de Batman, le questionnement de Superman, la nature divine de Superman et notre droit à lui demander de rendre des comptes, le personnage de Wonder Woman, les motivations de Lex Luthor, la relation Clark Kent-Loïs Lane, le grand méchant Doomsday et, cerise sur la gâteau, les prémices de la Justice League ! Ouf ! Faire tenir tout ça dans un seul et unique film tenait de la folie ! On peut avoir tendance à se dire que si le résultat n'est pas à la hauteur des attentes...c'est certainement logique. En l'état cependant, Zack Snyder essaye de tirer le film vers le haut et d'accepter les contraintes d'une production que l'on devine liberticide à souhait pour le réalisateur.

    Le problème de taille de Batman vs Superman, c'est cette volonté saugrenue et absolue de la Warner de rattraper à tout pris son retard sur l'univers Marvel au cinéma...en un seul film ! La chose est impossible et donc l'introduction des membres de la Justice League se révèle artificielle. Comme une pièce ajoutée qu'on ne savait pas trop où mettre. Seconde conséquence, le personnage de Wonder Woman arrive de façon incongrue. Si cela ne posera aucun problème pour les fans de comics, les autres seront assez perplexes devant le personnage de Gal Gadot pendant les trois quarts du film. La chose est d'autant plus dommage que le look comme l'actrice choisie sont des réussites. Enfin, un des éléments les plus importants, cet espèce de cahier des charges hache le rythme du film le rendant brouillon et non foisonnant comme il aurait pu l'être au départ. Ces handicaps sont si importants qu'ils masquent les autres réussites majeures du métrage. 

    Parce que oui, contrairement au bashage que subit Batman vs Superman en ce moment, le métrage de Snyder n'est pas mauvais. Il est juste raté. Mais du genre de ratage qu'on aimerait voir plus souvent parce que bourré d'audace et d'idées géniales. Contrairement aux films Marvel qui se ressemblent aujourd'hui tous, se forçant à être grand public et à aborder au maximum deux thèmes par récit, Batman vs Superman tranche net. D'un premier abord par sa réalisation. Si Snyder se calme un tantinet sur ses habitudes clinquantes, il reste l'homme capable d'iconiser une scène ou un personnage comme personne. L'introduction du film (et de Batman) en est un exemple parfait. Scène archi-connue, Snyder la capture avec une intensité rare pour en faire un tableau crépusculaire et morbide. De même, la façon d'utiliser Man Of Steel et sa fin controversée pour en faire un moteur de l'intrigue apparaît comme un coup de génie. On retrouvera cette mise en scène d'une classe folle à plusieurs reprises et, tout du long, elle donnera à Batman vs Superman une patte bien plus personnelle et marquante que toutes les productions Marvel réunies. 

    Autre point fort du long-métrage : Batman. Alors que tout le monde hurlait sur le choix de Ben Affleck au départ (comme pour Heath Ledger en Joker à l'origine, rappelons-le), celui-ci fait taire tout le monde. Il est simplement et définitivement parfait. Il interprète un Batman à l'âge mûre qui a encaissé plus de vingt ans de lutte contre le crime. Du coup, le justicier de Gotham apparaît extrêmement proche de celui de Frank Miller. Violent, borderline en diable, utilisant des armes à feu (une chose qui ne viole en rien le Batman originel, renseignez-vous bien), et surtout d'une extrême noirceur, ce Bruce Wayne là est passionnant dans ce qu'il dit et même ce qu'il ne dit pas. La face sévère d'un Ben Affleck grisonnant donne à la chauve-souris un aspect des plus impressionnants. De même, Snyder tente de présenter Batman comme un anti-héros, réussissant par la même à donner ce qui manquait à toutes les précédentes incarnations du Batman à l'écran : une aura terrifiante et charismatique. Pour une fois, Batman ne passe pas au second plan dans un film derrière les méchants.

    Les méchants, parlons-en. Lex Luthor, incarné par un Jesse Eisenberg en roue libre, laisse perplexe. Si ses motivations sont très bien explicitées et convaincantes, l'interprétation d'Eisenberg peut poser souci, notamment vers la fin où Luthor est véritablement présenté comme un dément. Un élément gênant qui n'anéantit pas pour autant le personnage mais que l'on espère voir se corriger ultérieurement. L'autre méchant par contre (déjà dévoilé dans la bande-annonce) est un ratage complet : Doomsday. Même s'il trouve sa place pour opposer une vraie résistance aux trois héros du film, son introduction vient comme un cheveu sur la soupe et le combat s'avère assez décevant par rapport à l'orgie jubilatoire d'un Man Of Steel ou au combat singulier entre le Chevalier Noir et L'homme d'Acier. Ah ! Oui ! Parce que, quand même, Batman vs Superman voit l'affrontement le plus légendaire des comics avoir lieu ! Qu'en est-il ?

    L'affrontement lui-même et ses préparatifs s'avèrent un succès de plus au compteur du film, non seulement parce que Snyder sait y faire dans ce domaine mais aussi parce que les raisons qui poussent Batman à affronter Superman se révèlent d'une grande crédibilité en posant des questions extrêmement intéressantes ! C'est définitivement dans le fond et dans l'opposition Superman et Batman que le long-métrage écrase la concurrence. Fasciné depuis longtemps par le rapport à Dieu (il a même osé détourné la fin de Watchmen dans cette optique), Zack Snyder s'interroge sur le pouvoir de Superman, sur sa légitimité, le danger qu'il nous fait encourir et sur notre capacité à pouvoir lui imposer une loi quelconque. Tout cet arc scénaristique passionne de bout en bout. C'est également là qu'on en vient à replonger vers le personnage de Superman en prolongeant la réflexion initiée dans Man Of Steel sur ses responsabilités et comment un être aux pouvoirs mirifiques peut les gérer en ayant été élevé en simple homme. Une nouvelle fois, le personnage de Superman se révèle bien plus touchant et réussi. La différence évidente entre les deux héros du film n'en est que plus éclatante et laisse finalement voir ce qu'aurait du être Batman vs Superman : un film sur deux super-héros à la vision radicalement opposée de la justice. En cela, Zack Snyder avait tout compris. 

    Gangrené par des exigences marketing saugrenues et irréalisables, Batman vs Superman a failli tomber dans le gouffre de façon définitive. Sauf que malgré ses (gros) défauts, le long-métrage de Zack Snyder est un film plein d'audace avec un casting fantastique, une mise en scène efficace (et souvent iconique) et d'une richesse thématique unique dans la catégorie des films de super-héros. Il nous offre un des Batmans les plus radicaux et les plus convaincants jamais vus sur grand écran ainsi qu'une réflexion sur le rapport à Dieu, tranchant dans le vif comme pouvait l'avoir fait Frank Miller jadis. 
    Batman vs Superman est un film raté.
    Un grand film raté !
    Faites-vous votre propre opinion !

     

    Note : 8/10

    Meilleures répliques :


    - "Tell me, do you bleed ?"

    - 'It's the dream of a farmer of Kansas"

    - "You are my world"

    Meilleures scènes : L'introduction - Batman contre Superman - Bruce et Alfred dans le manoir en ruines

     

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  • [Critique] Room
    Oscar de la meilleure actrice 2016 pour Brie Larson
    Golden Globes de la meilleur actrice 2016 pour Brie Larson
    Screen Actors Guild Awards de la meilleur actrice 2016 pour Brie Larson
    Nommé à l'oscar du meilleur film 2016
    Nommé à l'oscar du meilleur réalisateur 2016 pour Lenny Abrahamson

     On pénètre dans Room comme dans un film fantastique. Ils sont deux, un petit garçon aux cheveux longs de 5 ans, Jack, et une mère que le petit garçon ne nomme que Ma. Tous les deux vivent dans la pièce (Room) et leur monde se limite à celle-ci. Lenny Abrahamson que l'on avait véritablement découvert avec le très étrange Frank en 2014, nous présente un univers en miniature. L'enfant et la mère ont des rituels, des légendes de gamins qui pourtant semblent bouffer la réalité. Des légendes à propos d'un dimanche où l'on reçoit des cadeaux, d'un monde du dehors qui n'existe pas, qui n'existe plus. Pendant la première moitié du film, tout se passe en huit-clos, tout ici se résume au quotidien morne et spartiate de Jack et de sa mère. Le spectateur étouffe, sent sa gorge se serrer dans ce cauchemar pour claustrophobe où seul un velux semble offrir un once de salut aux deux survivants...Mais survivants à quoi en fait ?

    Room n'est pas un film fantastique. Room est un film inspiré de plusieurs faits divers sordides et il laisse, petit à petit, la place à un film d'horreur glaçant, du moins dans son premier segment. Vu à travers les yeux de Jack, la pièce devient l'univers, devient l'ensemble des possibles. On entend en voix-off la voix pensive et doucereuse du petit garçon qui rêve d'ailleurs sans pouvoir en connaître la véritable teneur. Ce poignant aperçu d'une enfance enfermée donne une puissance émotionnelle insoupçonnée à Room. Sauf que bien vite, les illusions volent en éclats quand Old Nick rentre dans la danse. Jack n'est pas un tueur de géants, sa mère n'est pas une princesse enfermée dans un donjon. Tous les deux sont retenus par un psychopathe dans un minuscule cabanon depuis des années. Chaque dimanche, ce n'est pas un monstre qui vient rendre visite à Ma et qui produit ces étranges bruits à l'extérieur de l'armoire où est enfermé le petit Jack. Cette scène à la fois fabuleuse et insoutenable où Jack compte et s'évade par son imagination pour ne pas entendre sa mère se faire violer. Encore et encore. Semaine après semaine. Le conte noir devient un cauchemar éveillé. Et le spectateur sombre.

    Entre Jack et Old Nick, il y a Ma. Cette mère qui se débat pour protéger son seul et unique présent, son fils. Son fils qui n'a qu'une mère et n'aura jamais de père. Brie Larson, lauréate de l'oscar de la meilleur actrice, s'avère aussi parfaite que dans l'excellent States of Grace où elle brillait déjà. Crasseuse, sans maquillage, avec des cheveux gras et mal habillée, elle est d'une humanité aussi primale que poignante. Et pourtant, Brie Larson se fait constamment voler la vedette par un gamin de cinq ans : Jacob Tremblay. Ce gosse là est hallucinant, tout simplement hors-norme. C’est sur lui que repose en réalité tout le récit et cela jusqu'à la toute dernière minute. Pendant l'enfermement, il est fabuleux. Il le sera après aussi. Seulement, c'est là qu'intervient l'erreur fondamentale d'Abrahamson : Room n'est pas un huit-clos tout du long et, à un moment, on sort de la cabane, on retrouve le monde. Si l'échappée est grandiose, moment de tension hallucinant qui conjugue la poésie d'un enfant découvrant le monde pour la première fois et la peur intense de manquer l'opportunité donnée, la suite redevient plus banale. Elle perd pour tout dire le sentiment de surréalisme et d'horreur claustrophobique qui faisait merveille dans la première partie.

    Tout n'est pas à jeter pour autant. Au contraire même. Room se réoriente vers des objectifs plus classiques en tentant de revenir sur le traumatisme et les moyens de le surmonter. C'est parfois très beau et touchant, parfois difficile, mais c'est aussi déjà-vu et bien trop conventionnel. Tremblay ne cesse de toucher en plein cœur, le petit Jack retrouvant petit à petit son identité tout en essayant chaque seconde de conserver les mythes qui lui ont permis de survivre (la longueur de ses cheveux par exemple) pendant que Ma s'enfonce dans la dépression, rattrapée et bouffée par la réalité brutale d'un monde voyeuriste et destructeur. Encore une fois, sur ce plan, le long-métrage n'apporte rien de neuf mais arrive toujours à se maintenir à flot grâce aux scènes du jeune Jack et le fait qu'envers et contre tout, le récit s'appréhende par ses yeux, ses yeux de gosse qui cherche à comprendre l'indicible. C'est sur ce point précis que la seconde partie de Room se sauve. Cette capacité à saisir les instants où Jack n'est pas tout à fait un enfant et ceux, plus terribles, où il rêve encore et toujours. A jamais marqué par la pièce, par Old Nick et ce qu'il a vécu. 

    Room se conclut sur une scène d'un académisme relativement navrant, Jack et Ma main dans la main allant de l'avant au milieu des flocons de neiges, mais parvient tout de même à parler d'une enfance saccagée avec un talent certain. Dommage encore une fois qu'Abrahamson n'ait pas gardé son huit-clos jusqu'au bout et creusé les sentiments ambivalents du personnage interprété par Brie Larson, sentiments qui ne sont finalement qu’effleurés bien vite dans la seconde partie. En l'état, on se passionne pour l'histoire et pour Jack, on est souvent touché par ce petit bout d'homme, et malgré les défauts du métrage, Room arrive à atteindre son but premier, reconstruire une relation mère-enfant dans un cadre unique et terrible. C'est déjà beaucoup.

    Note : 8,5/10

    Meilleure scène : L'évasion

     

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  • [Critique] Anomalisa
    Grand prix du jury Mostra de Venise 2015
    Nommé meilleur film d'animation Golden Globes 2016
    Nommé meilleur film d'animation Oscars 2016
    Nommé meilleur film d'animation Annie Awards 2016

     Sensation de la dernière Mostra de Venise où le film a remporté rien de moins que le prestigieux grand prix du jury, Anomalisa est également un film d'animation unique en son genre. Réalisé par deux scénaristes, Duke Johnson et Charlie Kaufman (oscarisé à deux reprises pour son travail sur Dans la peau de John Malkovich et Eternal Sunshine of the Spotless Mind), le long-métrage a depuis été nommé dans les plus prestigieuses cérémonies et notamment aux Oscars de cette année dans la catégorie animation. Encensé par la critique, ce curieux objet filmique à la technique aussi intrigante que son scénario a de quoi susciter l’intérêt. 

    Qu'est-ce qui fait d'Anomalisa un film aussi étrange ? Le choix radical opéré par les deux réalisateurs, à savoir une histoire racontée en stop-motion avec des figurines mixée avec de l'animation 3D. Le résultat s'avère pour le moins saisissant. Le spectateur se retrouve face à un univers qui semble aussi irréel et inquiétant qu'humain et familier. Le décalage constant entre ces deux sentiments a quelque chose de perturbant mais intrigue dès les premières secondes. Pour parfaire le tout, Kaufman et Johnson choisissent de nous emmener dans une histoire en total accord avec le paradoxe visuel de leur métrage. Michael Stone est devenu un écrivain célèbre grâce à son livre Comment puis-je vous aider à les aider ? qui aide les services clients à devenir toujours plus performant. Invité pour un congrès dans un hôtel de Cincinnatti, il fait la connaissance de Lisa, une femme banale à première vue mais qui va profondément bouleverser la monotonie de Michael. Dit ainsi, Anomalisa ne semble avoir que son apparence visuelle pour se démarquer. Sauf que les tenants et aboutissants du film ainsi que les myriades de détails ajoutés par les deux réalisateurs transcendent totalement la portée de cette histoire d'amour à priori banale.

    Le monde d'Anomalisa est terne. Enfin non...le monde de Michael Stone est terne. Rongé par la mélancolie, le personnage principal de cette aventure voit tout en gris. Tous les bâtiments se ressemblent, les gens qui l'entourent sont d'une affreuse banalité et pire que tout, ils ont tendance à se ressembler. Pour pousser au plus loin ce sentiment de lassitude, les réalisateurs emploient plusieurs éléments géniaux. Le premier, c'est évidement l'apparence semi-mécanique du long-métrage qui donne souvent des allures de robots aux êtres de l'histoire. Le second, plus subtil, c'est l'emploi d'un même acteur pour doubler tous les personnages que rencontre Michael durant son périple. Le dernier, c'est cette constante ambiance de mélancolie qui berce le film et enserre profondément le cœur du spectateur. Dans sa première partie, Anomalisa a tendance à devenir un doux cauchemar moderne, ce banal cauchemar de l'homme d'aujourd'hui englué dans la monotonie de son existence. Michael apparaît comme un être triste, constamment insatisfait et nostalgique d'une époque qu'il a laissé filer entre ses doigts.

    Puis arrive Lisa. Ici, les procédés employés par Johnson et Kaufman prennent tout leur sens. Lisa se démarque immédiatement des autres personnages, puisqu'elle est la seule à posséder une voix différente. Aux oreilles du spectateur comme à celles de Michael. Leur subite histoire d'amour remet des couleurs dans le long-métrage et permet aux deux réalisateurs de raconter une passion dévorante et inattendue qui tranche avec la grisaille de l'existence d'un Michael Stone dont le monde a de plus en plus tendance à ressemble au Brazil de Terry Gilliam, bouffé par son travail et l'aspect bureaucratique du mystérieux hôtel où il réside. Il faut alors mentionner cette extraordinaire scène d'amour entre Michael et Lisa, certainement la chose la plus osée et la plus belle que l'on ait vue sur grand écran depuis des lustres. Anomalisa en devient un film encore plus humain que sa première partie ne l'avait laissé supposer. L'exploit est d'autant plus grand que l'on rappelle que l'on a à faire à des marionnettes, des êtres totalement fictifs. Mais si l'amour ne connaissait pas de barrière ?

    Pourtant, Anomalisa nous réserve encore d'autres surprises et les réalisateurs poussent jusqu'au bout cette réflexion autour de la misère humaine et plus particulièrement son aspect sentimental. Profondément dépressif dans le fond comme dans la forme, le long-métrage touche à une humanité insoupçonnée lorsqu’il finit par détruire la beauté qu'il a lui-même créée de toute pièce. Tout se dissout, les masques tombent littéralement et l'infinie lassitude de Michael face à sa vie monotone finit par tout submerger lors de quelques scènes absurdes mais terriblement efficaces. Reste un brin d'espoir, une lettre de Lisa, cette anomalie qui aura traversé la vie de Michael l'espace d'un instant. Le film de Kaufman et Johnson a quelque chose d'infiniment triste et de terriblement beau à la fois. Constamment tiraillé entre ces deux aspects contradictoires, Anomalisa laisse une marque profonde dans le cœur du spectateur. Au fond, nous sommes tous des Michael Stone piégés dans une existence monotone que l'on est incapable d'apprécier à sa juste valeur. C'est surement ça le plus grand exploit de ce long-métrage unique : celui de trouver l'humanité de l'être dans l'endroit le plus gris et le plus mécanique qui soit.

    Outre l'exploit technique que représente l'animation du métrage, Anomalisa s'avère un film brillant où Brazil rencontre Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Pour leur premier film ensemble, Charlie Kaufman et Duke Johnson nous offrent un OFNI d'une sensibilité et d'une sombre poésie époustouflante, possédé par une humanité totalement inattendue. 
    Laissez-vous tenter par l'expérience !

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Michael Stone faisant l'amour avec Lisa

     

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  • [Critique] Fatima
    César du meilleur film 2016
    César du meilleur espoir féminin 2016 pour Zita Hanrot
    César de la meilleur adaptation 2016
    Prix Louis Delluc 2015

    S'il y a bien eu un événement dans la morne cérémonie des césars de cette année 2016, c'est bien la vague d'amour pour le film de Philippe Faucon. Sobrement intitulé Fatima, ce drame intimiste adapté de Prière à la lune de Fatima Elayoubi nous parle d'une femme attachante en la personne de Fatima, une mère courage qui se débat avec sa condition sociale difficile pour tenter de donner le meilleur avenir possible à ses deux filles. La première, Souad, a 15 ans et vit la période de révolte que traverse la grande majorité des adolescents alors que sa sœur de 18 ans, Nesrine, entre en première année de médecine. Sauf que pour payer ces études extrêmement coûteuses et exigeantes, Fatima va devoir accumuler les petits boulots et notamment les ménages ici et là, au grand dam de Souad que même son père a du mal à calmer. Ce petit film au pitch minimaliste a non seulement été nommé à la cérémonie des césars mais, en plus, a été couronné du titre de meilleur film 2016 à la surprise générale. Un peu passé inaperçu lors de sa sortie sur grand écran, il était normal de se pencher sur ce long-métrage d'un réalisateur français discret mais aguerri.

    De très courte durée (une heure vingt minutes à peine), Fatima retrace le combat d'une mère divorcée pour donner la meilleure vie possible à ses deux filles. Dans cette optique, Philippe Faucon dessine un portrait tendre, sincère et poignant, d'autant plus poignant que la plupart du temps le personnage de Fatima reste humble et proche de ses filles envers et contre tout. Soria Zeroual, dont c'est ici le premier rôle, arrive à endosser avec succès le poids moral d'une Fatima tiraillée entre ses valeurs morales et son envie de briser son carcan social à travers le destin de sa fille Nesrine. Même si elle ne brille pas comme les césars voudraient nous le faire croire par sa nomination dans la catégorie meilleure actrice, le talent de Zeroual est pour beaucoup dans l'empathie que ressent le spectateur pour cette histoire familiale difficile. Car avant tout, Fatima est l'histoire d'une cellule familiale et de la difficulté de gérer deux enfants lorsque l'on est seule, quand on a pas l'autorité paternelle pour soi et que l'on passe pour une femme médiocre aux yeux de ses propres enfants. C'est ici que les problème se profilent pour le long-métrage de Faucon.

    On apprécie grandement sa peinture familiale ainsi que la complicité qu'il tente d'établir entre la mère et les deux filles mais on comprend rapidement que le fait que Fatima soit d'origine algérienne va jouer un grand rôle et politiser le film. Du coup, le récit dévie vers quelque chose de plus audacieux et qui se loupe à moitié. Si l'on est agréablement surpris par la charge violente de Philippe Faucon à l'encontre d'un certain climat qui règne dans les cités et qui empêche les jeunes filles d'origine maghrébine de vivre leur vie comme elles l'entendent, on est bien plus circonspect devant les autres sujets sociaux qu'il aborde. De façon malheureuse, le réalisateur français se risque à la critique socio-politique et tombe dans la caricature à plusieurs reprises. Ainsi, Fatima va travailler pour une famille de blancs forcément très riches, forcément très cons et forcément détestables. De même, après un malheureux accident, Fatima souffre de son épaule alors que tous les examens médicaux sont normaux. Il faudra l'intervention d'une médecin pas comme les autres (en fait d'origine maghrébine) pour vraiment la comprendre, les autres devant être de pauvres imbéciles. Cette tendance à la caricature grossière laisse perplexe, d'autant que le film a bien d'autres qualités.

    Le parcours de Nesrine, par exemple, est brillamment mis en valeur et illustre à la fois l'envie de modernité de ces jeunes filles de banlieue mais aussi les sacrifices consentis par la famille pour lui ouvrir les portes du succès. La jeune Zita Hanrot assure d'ailleurs très bien son rôle et apparaît comme bien supérieure aux autres acteurs du films, notamment Kenza Noah Aïche, juste imbuvable et (sur)jouant atrocement son rôle d'ado en révolte. Il faut dire qu'elle n'est pas non plus aidée par un arc scénaristique largement délaissé au final et qui aurait pu être fortement intéressant s'il avait été développé avec plus de soin. Le problème du film de Philippe Faucon, c'est qu'il cherche à ratisser large mais qu'il manque de profondeur et de réflexion sur un temps aussi congru et avec un casting finalement bien fragile. Fatima est l'exemple même du petit film qui veut trop en faire et qui finit par ne pas mener à bien ce qu'il lance. Sa récompense aux Césars confirme une nouvelle fois que la cérémonie est devenue purement politique et ne s'intéresse plus guère aux qualités cinématographiques des long-métrages. Une pratique tout à fait détestable. 

    En faisant abstraction de sa récompense imméritée attribuée par un jury imbécile, Fatima s'affirme comme un film agréable et touchant qui sait finalement rendre honneur au courage d'une mère et qui sait tirer des relations mère-filles le meilleur. On regrette juste que Philippe Faucon parte dans tous les sens et perde un peu trop vite de vue le principal point fort de son métrage pour verser dans la caricature grossière.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : Fatima qui cherche le nom de sa fille sur le tableau des résultats.

     

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  • [Critique TV] Daredevil, Saison 1

     A côté du Marvel Cinematic Universe développé dans les salles obscures depuis quelques années maintenant, Marvel Studio s'est allié à la plate-forme télévisuelle Netflix en 2013 pour mettre au point un pendant sériesque à sa franchise cinématographique. Mettant les petits plats dans les grands, les deux géants ont annoncé pas moins de quatre séries se déroulant à New-York et qui se rejoindraient au cours de la future mini-série The Defenders. Au programme donc : Luke Cage, Jessica Jones, Iron Fist et...Daredevil ! C'est ce dernier personnage qui arrive le premier sur les écrans après un savant plan marketing autour d'un des héros Marvel les plus maltraités qui soit au cinéma (on voudrait pouvoir oublier le lamentable film de Mark Steven Johnson avec Ben Affleck...). Sans star bankable au casting mais avec un show runner déjà fort apprécié en la personne de Steven S. DeKnight, l'homme derrière la série Spartacus, Daredevil tente de redorer le blason pourtant bien terni des super-héros sur le petit écran en promettant autre chose que les passables séries à la Arrow et autres Gotham. Une réussite pour autant ?

    Pour les deux du fond qui n'auraient pas suivi, de quoi parle Daredevil ? D'un justicier (et pas réellement d'un super-héros en réalité) aveugle qui tente de mettre de l'ordre dans les rues de Hell's Kitchen (un quartier de Manhattan à New-York). Matthew Murdock est devenu aveugle suite à un accident de la route durant son enfance où il a reçu un produit chimique dans les yeux en voulant sauver une autre personne. Entraîné par Stick, un vieillard énigmatique qui en fait un redoutable guerrier, le jeune homme devient finalement avocat avant de s'installer à son compte avec son meilleur ami, Foggy Nelson. De nuit, Matthew endosse le costume de Daredevil et utilise ses sens sur-développés et ses dons de combattants prodigieux pour tenter de rétablir l'ordre. Malheureusement, il se heurte rapidement au crime organisé et notamment au Caïd du quartier : le brutal et imposant Wilson Fisk. Voilà pour situer l'action de la série. Au cours de 13 épisodes de 50 minutes, un format qu'affectionne particulièrement Netflix, le spectateur plonge donc dans une série pas tout à fait super-héroïque (Daredevil est un vigilante à la Kick-Ass plutôt qu'un Captain America bis) saupoudrée d'une ambiance film noir et de relents de film policier. La surprise, c'est que le ton adopté par la série fait (enfin) rentrer le héros Marvel sur petit écran de façon adulte et convaincante.

    Parce qu'il faut l’avouer, les super-héros et la télévision, c'est vraiment (vraiment) pas ça. D'abord parce que l'on garde en souvenirs les vieilles séries kitsch à souhait comme Loïs et Clark, et ensuite parce que les récentes productions passent sur des chaînes non câblées dans un format bien trop long et sans pouvoir contourner les interdits de ce mode de diffusion (Arrow, The Flash...), ou encore retombent dans une sorte de kitsch embarrassant (Supergirl, les poncifs de Gotham...) qu'on croyait définitivement derrière nous. Daredevil ne mange pas de ce pain là, une chose pour le moins extrêmement réjouissante. Même si le début de la série (disons les trois premiers épisodes) ne brille pas particulièrement (hormis quelques combats bien sentis), le reste lui s'affirme comme une réussite tout à fait savoureuse. On passera volontairement sur les origines du héros qui apparaissent comme un classique éculé mais finalement obligatoire, pour s'intéresser à la mise en place de l'intrigue générale et des enjeux. DeKnight introduit son héros, Matt Murdock, et ses deux side-kicks, Foggy et Karen. Tout fonctionne très bien et, de façon surprenante, Charlie Cox trouve véritablement le ton juste dans son interprétation jonglant avec bonheur entre le côté sombre/torturé de Daredevil et la fragilité humaine que fait ressortir son dur combat contre la pègre. En partant de cette base solide, la série efface déjà l'image pour le moins litigieuse de Ben Affleck dans la tête du spectateur. Pourtant, cela ne suffit pas et ce sont deux autres éléments qui font décoller la série.

    Au départ, comme on l'a déjà dit, Daredevil apparaît comme une série plaisante mais ne marque pas instantanément au fer rouge. La réalisation est classe, même si un brin bordélique lors de certaines scènes de combats, avec une ambiance vraiment top (bien aidée par la volonté de faire se dérouler l'action majoritairement de nuit dans un milieu urbain hostile) et même un ou deux combats vraiment bien trouvés (on pense au fameux affrontement dans le couloir qui rend hommage, de loin, à la scène de Old Boy). Seulement voilà, de l'autre côté, l'intrigue fait un peu du surplace avec une Deborah Ann Woll qui met un temps assez long à jouer juste d'autant plus long que son personnage apparaît comme assez chiant au départ de l'histoire. Du coup, on commence à s'ennuyer. C'est là qu'arrive le premier gros point fort de Daredevil : son méchant. En entretenant le mystère sur l'identité de l'adversaire du justicier d'Hell's Kitchen, DeKnight offre une grandiose occasion à Vincent D'Onofrio (qu'on attendait pas du tout à ce niveau, il faut le concéder) de s'imposer au spectateur. Habité par son rôle, très fidèle physiquement à l'imposant physique du Caïd et constamment sur la corde raide entre le bien et le mal, D'Onofrio endosse le costume de Wilson Fisk avec une facilité hallucinante. 

    A partir de l'épisode 4 "In the Blood", Daredevil fait la part belle à Wilson Fisk ainsi qu'à la violence qui émane du personnage. Cette violence éclate à plusieurs reprises dans la série de façon très impressionnante (du jamais vu sur le petit écran pour une série Marvel et de super-héros en général). On oubliera pas de sitôt l'usage que Fisk fait d'une portière de voiture... Mais outre cette propension à ne pas reculer devant le caractère violent de l'oeuvre (Il ne faut pas oublier que c'est Frank Miller lui-même qui avait ressuscité Daredevil en comics en son temps), DeKnight accomplit un travail exemplaire sur le personnage de Wilson Fisk. Celui-ci apparaît au final comme rien de moins que le meilleur méchant de l'écurie Marvel à ce jour (on partait de loin mais quand même). Tiraillé entre le bien et le mal, il apparaît comme un double du héros mais qui aurait finalement mal tourné et franchit la fameuse ligne rouge avec laquelle se débat le personnage de Matt Murdock durant la seconde moitié de la série. Toute la puissance de Fisk vient de ce sentiment d'intense contradiction qui émane de son rôle et de sa quête pour améliorer Hell's Kitchen...en recourant au crime organisé... Sa relation avec Vanessa amplifie cette sensation et humanise encore davantage un homme qui peut pourtant devenir un monstre en quelques secondes. DeKnight a tout compris au personnage du Caïd et la prestation de d'Onofrio lui permet d'exploser tout ce qui se fait ailleurs.

    L'autre point fort de Daredevil, c'est d'arriver à maintenir une atmosphère urbaine convaincante et un ton adulte tout du long de ses treize épisodes. Si l'on peut regretter quelques longueurs (la série aurait gagné à passer au format 10 épisodes)avec une intrigue ne devenant véritablement prenante qu'à partir de l'épisode 5 "World on Fire", on ne peut enlever ni l'efficacité narrative globale ni la volonté louable de tenter quelques audaces structurelles. Plusieurs épisodes reviennent ainsi sur des éléments d'histoires antérieures sans pourtant laisser tomber le fil plus actuel de l'aventure (cf Episode 7 Stick, ou épisode 10 Nelson vs Murdock) ou tentent d'évoluer en temps réel (Episode 6 Condemned). On sent que Steven DeKinght veut se démarquer de la masse et, malgré quelques maladresses, il y arrive fort bien. En ajoutant des rebondissements bien sentis en fin de saison ainsi qu'une volonté réelle de ne pas laisser traîner les choses indéfiniment, Daredevil réjouit son monde. La série n'invente pas forcément grand chose mais elle fait tout de façon efficace et soignée en arrivant à tirer profit de son décor ainsi que des enjeux moraux de ses principaux personnages. Daredevil a enfin l'adaptation qu'il mérite. 

    Avec son atmosphère sombre, ses moments d'ultra-violence surprenants et son méchant délicieux, Daredevil par Steven S. DeKnight et Netflix se révèle un excellent moment de divertissement. Malgré quelques longueurs et l'interprétation grossière du jeune Matthew Murdock par Skylar Gaertner, cette première saison arrive enfin à installer un "super-héros" crédible, adulte et charismatique sur le petit écran. L'annonce de l'arrivée du Punisher et d'Elektra dans la seconde saison promet une nouvelle fois beaucoup pour les amateurs de comics...et les autres.
    Vivement la suite !

    Note : 8/10

    Meilleur épisode : Episode 4 In The Blood

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  • [Critique] The Leftovers, Saison 2

    Recommencer de nouveau. Difficile de trouver une phrase d'accroche plus adéquate pour cette seconde saison de The Leftovers. Très bien accueillie aux USA mais restée un tantinet confidentiel en France, la série HBO de Damon Lindelof et Tom Perrotta avait su surprendre son monde en évitant à peu près tous les écueils de son sujet principal : la disparition inexpliquée de 2% de la population mondiale. Avec une nouvelle fournée de dix épisodes pour cette seconde saison, The Leftovers était attendue au tournant, d'autant plus qu'elle devait s'éloigner cette fois du roman de base. C'est donc l'heure de tous les dangers pour nos héros mais également pour le showrunner Damon Lindelof.
    Comment faire mieux ?

    En changeant tout ou presque. Une des choses qui mine les séries actuelles, c'est le manque quasi-total de prise de risques d'une saison à l'autre. The Leftovers choisit le contre-pied de cette facilité et plaque tout pour installer son action dans une petite ville semblant avoir été épargnée par la catastrophe : Jarden. Surnommée Miracle (en fait le nom de la forêt qui l'entoure), la bourgade est devenue une gigantesque attraction pour touristes où les curieux et les pèlerins font la queue. C'est dans ce lieu que prend place l'intrigue de la saison 2 et que nos héros vont finir par se retrouver. Cependant, même si l'on retrouve les principaux personnages de la saison précédente, The Leftovers tente d'abord un coup de bluff bienvenu : faire table rase du passé. Franchement, les premières minutes de l'épisode 1 sont totalement déstabilisantes, retournant rien de moins qu'à l'âge de pierre (!!). Mais immédiatement, on retrouve à la fois le goût du mystère de la saison une ainsi que la beauté qui habite la série depuis ses origines. Le reste de cet épisode est à l'avenant, présentant une sorte de clone déformé de Mapleton. Un écho inversé.

    A Miracle, la communauté est majoritairement noire, la principale famille présentée l'est également. Pas de secte à Miracle mais une Eglise renforcée et confortée dans son pouvoir, pas de disparu, pas de peine, les bonimenteurs sont sévèrement corrigés et les secrets...bien gardés. Lorsque Kevin et Nora débarquent en ville, c'est un peu comme si la première saison qu'on avait laissée dans les cendres de Mapleton surgissait de façon dérangeante pour troubler la quiétude de Jarden. Puis, un incident a lieu, de nouvelles disparitions. Et les choses en sont relancées. C'est à ce moment précis que The Leftovers prend une décision encore plus audacieuse mais pas forcément payante en fin de compte. Si la première saison refusait d'explorer le mystère, la seconde accepte de résoudre l'énigme de la disparition des trois adolescentes. De même, dans une tentative à la Lost, Damon Lindelof revient sur la folie de Kevin (qui ne s'est guère arrangée entre temps) et en fait l'autre pilier de cette saison. Un choix qui va en repousser bon nombre (les spectateurs allergiques aux délires de Lindelof peuvent quitter la salle) et en attirer d'autres (les fans de Lost peuvent revenir...). C'est pour ces choix justement que cette seconde saison de The Leftovers est à la fois plus faible et plus brillante que la première.

    Plus encore que pour la saison passée, The Leftovers fonctionne par des moments de fulgurances intenses entre deux situations plus contestables. En réalité, lorsque la série revient sur sa famille-star, à savoir celle recomposée de toutes pièces de Nora et Kévin, les choses deviennent rapidement captivantes et sublimes. En parlant de la difficulté de rebâtir, Lindelof a tout bon, que ce soit pour Kévin, Matt ou les Murphy. Il touche du doigt la sensibilité poignante de la précédente saison. Le problème, c'est que cette seconde saison met un temps fou à décoller, n'ayant pas cette fois le total mystère de la première. Si les deux premiers épisodes se complètent à merveille et se répondent en un sens, il faut attendre le quatrième épisode pour retrouver une intrigue qui fait du surplace. Disons-le clairement, pour élucider la disparition des filles, il faut attendre le dernier épisode (ou presque), du coup, dès que l'intrigue se met à ronronner autour de la question des disparues...on s’ennuie ferme.

    C'est d'autant plus dommage que les loners marchent toujours aussi bien. On pense notamment à l'épisode 3 "Off Ramp" qui revient avec bonheur sur le parcours de deux âmes brisées : Laurie et Tom. Damon Lindelof montre à nouveau qu'il a tout compris aux mécanismes des sectes et explore le besoin absolu d'un pouvoir supérieur chez l'être humain. En se penchant sur la nécessité de la foi, sur la faiblesse intrinsèque des individus, Lindelof approche quelque chose de très fort qu'il n'exploite malheureusement pas assez. Il faut attendre l'épisode 9, autre loner sur le personnage de Liv Tyler, pour reprendre cette idée. Entre deux, le scénariste a du mal à caser le personnage de Matt et finit par lui attribuer son loner dans l'épisode 5 "No Room at the Inn". Celui-ci souffle le chaud et le froid alternant entre l'absolue beauté du parcours de martyr de Matt et l'amour qu'il éprouve pour sa femme, et les multiples incohérences et facilités scénaristiques agaçantes qui en résultent. Il en va de même pour un grand nombre d'éléments de la saison de toute façon. On pense à la lenteur de l'épisode 4 qui finit pourtant sur une séquence magnifique bercée par la reprise de Lo-Fang du tube You're The One That I Want. Comme d'habitude, côté bande originale, The Lefovers assure méchamment (et peut remercier Maxence Cyrin).

    Pourtant en quittant la pure dimension du deuil, The Leftovers se diversifie. Il offre une plongée sans concession et très étrange sur la folie avec le personnage de Kévin, toujours aussi impérial et interprété à la perfection par un Justin Theroux bluffant. Cet axe qui fera débat parmi les fans même de la série apporte pourtant ce qui semble être la plus grosse prise de risque de la saison ainsi que la réussite la plus improbable dans le magistral épisode 8 "International Assassin". Piégé dans un hôtel-purgatoire, Kévin expie ses démons face à la remarquable Ann Dowd, toujours aussi impressionnante. Totalement tirée par les cheveux et absurde au possible, la fin de saison retrouve à la fois la dimension symbolique si chère à la série mais aussi son intense versant émotionnel. Car au milieu de cette saison 2, il y a la relation de Kévin avec Nora, celle-ci étant devenue au fil du temps le personnage le plus réussi et le plus poignant de l'univers de The Leftovers. Il faut saluer le jeu de Carrie Coon, remarquable de bout en bout à nouveau, et qui arrive encore un peu plus à magnifier l'arc scénaristique consacré à Nora. Dès que son personnage entre en jeu, elle sauve la scène à elle seule et donne quelques purs instants d'émotions. De même, parmi les petits nouveaux de la saison, on ne peut s'empêcher de relever l'arc d'Erika Murphy interprété par Regina King. Celle-ci déploie une telle énergie dans son jeu et une telle force dans l'explosion de ses sentiments qu'elle devient une sorte de double de Nora par son importance. Dommage qu'elle soit un tantinet abandonnée en fin de saison. 

    En assumant jusqu'au bout son parti-pris biblique et métaphysique, The Leftovers retrouve ses Guilty Remnants, parfaits opposés d'un Ku Klux Klan jusqu'ici, et qui se radicalisent devant l'insuffisance de la lutte pacifique. Du coup, le rôle de Miracle et sa situation tout à fait particulière en font un enjeu de choix pour tous, même eux. Toujours porté sur différents niveaux de lectures, Lindelof fait de sa nouvelle ville le lieu d'une nouvelle rédemption et d'une nouvelle apocalypse dans le même temps, tout ça pour magnifier le vrai héros de cette seconde saison : Kévin. Plus christique que jamais, il porte sur ses épaules le poids d'un nouveau départ pour tous les êtres qui lui sont chers. Dans un épisode final d'une maestria incontestable et qui gomme tous les défauts précédemment cités, The Leftovers touche du doigt son moment de grâce, nous tord le ventre le temps d'un karaoké totalement imprévu et finit par nous achever avec le retour de sa petite musique lancinante habituelle signée Max Richter. Le résultat global, aussi bancal soit-il, renoue avec l'émotion intense et les montagnes russes émotionnelles de la première saison. Si l'on ne peut s'empêcher de penser que l'on perd du dramatisme en cherchant à résoudre un mystère dont on se fout cordialement, on retrouve avec bonheur les ingrédients magiques qui faisaient le cœur de la série à ses débuts.

    Plus audacieuse mais aussi souvent moins pertinente, la seconde saison de The Leftovers confirme tout de même le bien que l'on pensait de la série. Sa force émotionnelle, ses personnages attachants comme pas possible, sa tristesse à nulle autre pareille et son intelligence permettent un nouveau régal pour le spectateur. La dernière née d'HBO aura droit à une troisième et ultime saison, qu'on souhaite aussi audacieuse que la précédente et aussi implacablement géniale qu'à ses débuts tant par son émotion que par son refus d'emprunter des chemins connus.
    Le genre de série que l'on regarde pour le meilleur et pour le pire. Monsieur Lindelof, réservez-nous le meilleur !

     

    Note : 8,5/10

    Meilleur épisode :   Episode 10 - I live here now

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