• L'américain Joshua Oppenheimer s’intéresse avec The Act of Killing aux massacres consécutifs au coup d’état de 1965 en Indonésie. Le gouvernement en place, aidé par des milices paramilitaires dont la plus célèbre, Pemuda Pancasila, entreprend alors de liquider les communistes selon eux responsables d’un attentat contre plusieurs hauts dignitaires de l’époque. Il s’ensuit alors un massacre de près d'un million de personnes (2,5 millions selon les autorités indonésiennes) où l’ensemble des membres du parti communiste et leurs sympathisants sont arrêtés, torturés et exécutés au même titre que de nombreux athées, hindouistes et même certains musulmans modérés. Soutenu par l’Occident et les Etats-unis, le gouvernement porte aux nues les meurtriers qui ne seront jamais punis.

    Ainsi, près de 50 ans après les événements, Joshua part pour enquêter auprès des survivants. Malheureusement, il s’aperçoit bien vite que peu d’entre eux veulent en parler, encore terrifiés à l’heure actuelle, et finit par aller interroger et rencontrer les bourreaux eux-mêmes qui, à sa grande surprise, sont plus que fiers de parler de ce qu’ils ont accomplis. De là, le britannique leur propose une chose inédite, mettre en scène selon leur bon vouloir et avec les moyens du bord les actes de barbarie accomplis. C’est donc ce que propose The Act of Killing durant 2h39, une plongée dans le monde de gangsters, de tueurs et de dictateurs où s’intercale des reconstitutions surréelles et des morceaux choisis de la vie en Indonésie à l’heure actuelle. Le résultat transcende son postulat de départ.

    Imaginez, juste cinq minutes, que les SS ou les hommes de NKVD et du Goulag aient survécus. Imaginez alors ces mêmes hommes en train de reconstituer devant vos yeux, avec le sourire aux lèvres et un empressement manifeste, les pires atrocités qu’ils aient commises. C’est ainsi que se construit The Act of Killing. Tout le long-métrage tourne autour d’Anwar Congo, un ancien exécutant du pouvoir responsable de la mort directe de mille personnes, et dans une moindre mesure de Adi Zulkadry, autre tueur à l’aspect bedonnant. Oppenheimer filme donc ce que racontent les deux hommes. Comment ils étranglaient avec du fil de fer hommes et femmes préalablement torturés, dans quels lieux et dans quelles circonstances. Le spectateur reste instantanément médusé devant ce qui se passe.

    Bouffi de fierté et tout sourire, on assiste à un discours atroce sur des choses innommables dans une atmosphère bon enfant. De même, avant d’en venir aux reconstitutions, Anwar présente ses anciens collaborateurs et d’autres dignitaires toujours au pouvoir – des gens du parlement, le responsable de Pemuda Pancasila, qui compte tout de même trois millions d’hommes à l’heure actuelle, ou encore un responsable de journal – et tous considèrent ces massacres comme de l’histoire, comme une chose nécessaire et même mémorable. Pire encore, ils en tirent une gloire personnelle et ne rechignent jamais à avouer les supercheries pour monter la population contre les communistes de l’époque. Ainsi, des hommes qui ne sont rien de moins que des criminels envers le genre humain, sont-ils invités à des meetings officiels, passent à la télévision en grande pompe pour narrer leurs forfaits et se réclament haut et fort « gangsters ». Ce qu’ils sont encore d’ailleurs notamment pendant la séquence de racket tout sourire sur le marché ou dans les magasins pour le parti.

    Rapidement, on assiste aux premières reconstitutions. Dirigées par les criminels eux-mêmes qui interprètent divers rôles, le leur ou celui de leurs victimes, celles-ci sont aussi surréalistes qu’extravagantes mais avant toute chose, elles mettent extrêmement mal à l’aise le spectateur. Pourquoi ? Parce que c’est la dérision qui domine, le ridicule et l’on a souvent envie de rire devant leur exubérance et leurs excès. Sauf qu’à un moment, on se souvient que derrière cette comédie se cache ce qui s’est réellement passé, que l’on rit devant l’horreur absolue. Le malaise produit est gigantesque. On retrouve dans ces courts-métrages le peu de scrupules, au départ, de leurs auteurs. Joyeusement, ils mettent en scène la mise à sac d’un village et la tuerie d’hommes, de femmes et d’enfants avant que le leader des Pemuda Pancasila tente de tempérer le déchaînement de violences qui vient de se produire. Plus fort encore, le village employé pour la scène sera vraiment brûlé…laissant les habitants sans rien…juste pour la scène. On nage en plein délire.

    Peu à peu pourtant, d’autres intervenants arrivent, dont l’un semble conscient de la malveillance de leurs actes mais s’en fiche pas mal. Le britannique fait alors quelque chose de très fort et va montrer les scènes de reconstitution qu’il a tourné à Anwar et Adi qui peuvent donc voir ce qu’ils font et disent. De fait, Anwar va commencer à parler, d’abord de cauchemars, puis à comprendre et à appréhender ce qu’il a fait. Manifestement dans le déni total de ses actes, ce n’est que lorsqu’il se met à la place d’un des hommes qu’il a étranglé qu’il se sent vraiment mal. Oppenheimer accomplit là une expiation. Car une des choses flagrantes à propos de ces monstres, c’est qu’ils sont terriblement médiocres et banals. Mégalomanes, bêtes comme leurs pieds, ils vivent dans leur monde, peuplé d’Al Pacino en Parrain et d’autres films d’action à l’américaine. Ils sont totalement déconnectés de la réalité. Totalement. Il ne fait d’ailleurs que peu de doutes qu’Adi n’a plus toute sa tête et qu’il est même complètement fou.

    La puissance incroyable de cette confrontation par la fiction explose dans la scène où Anwar regarde avec ses petits-enfants la reconstitution où il joue une victime tuée par strangulation. C’est à ce moment que la culpabilité prend possession de lui et que, pour la première fois, il a honte, il comprend et en vient à pleurer. La chose, exposée au spectateur, reste juste ahurissante. Ce monstre impressionnant qu’on a côtoyé deux heures durant n’est qu’un être pathétique et médiocre. Joshua Oppenheimer ne fait pas que choisir les moments les plus révélateurs de son film, il les magnifie comme lors de ce plan où Adi répète les paroles d’Obama à la télévision.

    Plus loin, c’est un portrait sans concession de l’Indonésie qui est dressé. On croise des dirigeants corrompus jusqu’à l’os et la démocratie en place pousse au paroxysme les travers du système. Les élections sont truquées ou achetées, les gens escroqués et endoctrinés. Pendant que le peuple vit dans la misère, les pontes vivent dans des palaces avec des objets de cristal à plus de deux mille dollars pièce. Les dignitaires racontent comment ils traitent les femmes – vous aurez devinés – avant de faire la prière. Oppenheimer montre ce qu’est la démocratie. Et si, finalement, la nôtre n’était que mieux camouflée pour nous faire avaler le morceau ? La réflexion est lancée, la réponse elle, risque de déplaire. Il va sans dire que L'amérique de Bush n'a aucune leçon à donner, comme le fera remarquer un des protagonistes.

    Mais The Act of Killing ne serait pas aussi marquant si, au final, ce n’était pas nous qui étions mis au rang de témoin de l’intolérable. On regarde le spectacle parfois en souriant du ridicule de la mise en scène mais en sachant en fait que tout s’est vraiment déroulé. On reste juste bouche bée devant ce que ces hommes racontent et mettent en scène. Pour exemple, on entend un paramilitaire dire qu’il violait toutes les femmes qu’il croisait à l’époque avec les éclats de rires des autres dans la salle, et de dire comment il faisait avant de préciser qu’il préférait les fillettes de 14 ans. Dans le même esprit, une des séquences finales montre Anwar recevoir une médaille d’une de ces victimes pour le remercier de l’avoir exécutés dans un court-métrage de son cru. La vision de fantasmes délirants n’a aucune limite.

    Non diffusé en France ou alors confidentiellement (1 diffusion unique sur Lille en version amputée de 40 minutes), The Act of Killing n’est rien de moins qu’un chef d’œuvre total. Sorte de glissement dans l’horreur absolue sans jamais la montrer frontalement, l’œuvre d’Oppenheimer dissèque le mécanisme du massacre, de la naissance des monstres et de ce qu’ils sont avant de les ramener brutalement à la réalité. La puissance représentative du film n’a que peu d’égale si tant est qu’elle en ait. Un choc, définitivement.

    Note : 10/10

    Meilleur scène : Anwar qui regarde la dernière vidéo

    Meilleure réplique : « Did the people I tortured feel the way i do here ? »


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  • [Critique] The Riot Club

    Ils sont jeunes, beaux et intelligents. Mais surtout, ils sont riches. Jeunes étudiants d'Oxford fortunés, Alistair, Miles, Harry, Hugo et tous les autres ne constituent pas seulement la future élite de la nation britannique, ils représentent également un club privé légendaire : le Riot Club. Tirant son nom d'un nobliau décadent du siècle passé, Lord Ryot, le club a pour vocation d'assouvir les excès de ses membres tout en conservant un statut des plus prestigieux au sein des autres étudiants. L'actuel président, James, a décidé d'ouvrir la période de sélection. Parmi ses nouvelles recrues, deux jeunes hommes : Miles et Alistair. Opposés politiquement, les deux compères s'avèrent toutefois ravis de leur future intégration. Ainsi sont-ils conviés à leur premier dîner du Riot Club dans un petite taverne à l'écart des regards. C'est là que tout bascule...

    Pas forcément très attendu (en fait pas du tout), le nouveau film de la réalisatrice d'Une éducation et de Un Jour, la danoise Lone Scherfig, mise tout sur une acerbe critique de la jeunesse dorée britannique. Pourtant, rapidement Scherfig captive. Loin de rentrer dans les canons du genre (il ne s'agit pas d'un Fight Club à l'anglaise, c'est même tout le contraire), The Riot Club propose une plongée dans un monde nébuleux pour le citoyen lambda, celui d'Oxford et de ses privilégiés. Même si l'on a d'abord peur d'assister à une succession de clichés (et c'est parfois le cas), Scherfig tire son épingle du jeu grâce à ses acteurs, tous géniaux, ainsi que les personnages forts qu'elle façonne avec un mordant salutaire. Si l'on apprend vite à aimer - autant qu'à détester - les membres du Riot Club, deux personnages se détachent naturellement du lot : Alistair et Miles. Deux faces d'une même pièce aux idées souvent très éloignés, qui, cependant, viennent d'un même milieu.

    Interprété de façon magistrale par Sam Claflin dont la gueule d'acteur n'a d'égal que la violence sourde qu'il renferme, le personnage d'Alistair efface un peu Miles, plus conventionnel et plus politiquement correct (sans rien enlever à l'excellent jeu de Max Irons). D'abord abordés dans le cadre de la vie scolaire, les deux jeunes hommes se retrouvent au cœur d'un dilemme moral lors de la séquence du dîner. C'est à ce moment précis que Lone Scherfig choisit de tenter un coup de poker puisque, à la surprise générale, The Riot Club devient pour une grosse moitié du temps un huit-clos. Dans celui-ci, la danoise montre le glissement très lent mais de plus en plus violent qui se profile. Avec une grande ruse, elle amène ses personnages au point de rupture et crée un décalage entre la société clinquante et pompeuse de l'assemblée des dix jeunes et celle, tout à fait banale, du restaurateur, de ses clients et de sa fille. De cette façon, Lone Scherfig reconstitue en miniature la société britannique - et par extension occidentale - en faisant entrer en collision les convictions et les classes sociales.

    En fait, le cœur de The Riot Club n'est pas de montrer les tribulations de dix petits emmerdeurs arrogants mais de disséquer les mécanismes qui mènent au soulèvement, à la violence et, finalement à la cruauté. Ne nous y trompons pas, le film de Scherfig va loin, plus qu'il n'y parait de prime abord. Au-delà de dénoncer la "violence des riches", elle pointe surtout du doigt comment, dans un groupe aux personnalités hétérogènes mais issues d'une même catégorie sociale, un seul homme peut entraîner les autres vers les pires choses. Elle reproduit dans ce huit-clos le mécanisme de la dictature. La démonstration, outre le choc qu'elle peut provoquer et l'indignation du spectateur qui en résulte, met en exergue quelque chose de fondamental, une chose commune à toute les sociétés modernes : la majorité silencieuse n'a pas d'importance, elle est malléable. Il suffit d'une minorité, ici Alistair, suffisamment attirante ou effrayante (voir les deux) pour précipiter les choses. Dans le fond, et malgré la lueur d'espoir du personnage de Miles, The Riot Club est un film profondément noir qui va au fond de son propos. Sa fin, glaçante mais ultra-réaliste, donne à réfléchir sur ceux qui nous gouvernent.
    Les loups gardent le troupeau.

    Immense surprise que The Riot Club. Plutôt discret depuis sa sortie, le long-métrage mérite franchement toute votre attention. Méchant, cynique et proprement glaçant, il mise en plus sur des aspects vraiment inattendus mais réjouissants. Emporté par une tripotée de jeunes acteurs excellents et par un scénario allant fouillé de plus en plus loin dans les recoins sombres de l'humanité, le film de Lone Scherfig constitue une grande réussite à ne pas louper.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : L'appel à la révolte d'Alistair - La discussion finale


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  • [Critique] Aguirre, la colère de Dieu


    Réalisateur de légende s'il en est, l'allemand Werner Herzog signe son troisième film en l'année 1972 avec Aguirre, la colère de Dieu. Grandement remarqué avec son premier film, Signes de Vie (rappelons qu'il a remporté l'Ours d'Argent à la Berlinale), le cinéaste porte son regard sur une épopée légendaire, celle de la recherche de l'El Dorado par les conquistadors espagnols. Véritable triomphe critique (le mot est faible), Aguirre s'installe durablement dans l'univers cinématographique comme un classique et un chef d'oeuvre. Si Aguirre marque une nouvelle étape dans la carrière d'Herzog, il marque également le début de sa collaboration légendaire avec l'acteur allemand Klaus Kinski. Malgré un tournage épique tant les deux hommes se détestaient autant qu'ils s'admiraient, Kinski livre une prestation mémorable. Près de 40 ans plus tard, nul besoin de cacher qu'Aguirre n'a rigoureusement rien perdu de sa superbe.


    XVIème siècle. Bernés par les indiens, les conquistadors espagnols cherchent avec frénésie le fameux El Dorado, la cité d'or. Une énorme expédition mandatée par Pizarro se perd dans la jungle amazonienne. Incapable de faire traverser tous ses hommes, Pizarro confie le commandement d'une équipe réduite à Pedro de Ursua. Il fait de Lope de Aguirre son commandant en second tout en ignorant que celui-ci nourrit une haine sans limite envers le trône espagnol et ne rêve que d'une chose ; établir son propre royaume. Bientôt confrontés aux Indiens et à la rigueur de l'Amazonie profonde, les espagnols s'éloignent de leur commandant. C'est le moment pour Aguirre de prendre les choses en main.

    Des falaises, une jungle impénétrable, des marécages impitoyables. Et une très très longue file d'hommes et de femmes. Parmi eux, des conquistadors en armures, de nobles dames, des indiens croulant sous leur charge et un noir. Dans cette ample et dantesque séquence d'ouverture aérienne et improbable, Herzog croque d'un coup tout ses personnages, sans une seule parole. Juste une musique, celle de Popol Vuh, mystique à souhait, pour tout dire, inoubliable. Passée cette entrée en matière scotchante, Herzog commence réellement son périple et ressert son groupe de protagonistes avec un triangle de puissants : Don Pedro de Ursua, don Fernando de Guzman et bien sûr, Don Lope de Aguirre. Ce dernier, campé par Klaus Kinski, jouit dès sa première apparition à l'écran d'un magnétisme et d'un feu intérieur unique, lové dans son regard tranchant comme l'acier. Dès lors, Herzog peut donc nous parler de son véritable sujet : le soif de pouvoir.

    On sent quasi-instantanément qu'Aguirre n'a qu'une seule ambition, prendre les choses en main et égaler les héros de son époque. Herzog installe la lutte des égos sous le regard et la voix sombre de Gaspar de Carvajal, le prêtre de l'expédition dont le récit inspire le film. Il rejoue sous nos yeux l'éternel cycle de l'ambition dévorante de l'homme, sa soif irrépressible de dominer et de conquérir, plus précisément de soumettre ses congénères. La rapide éviction de Ursua ne faisait aucun doute, elle a bien sûr lieu, aussi brutalement que promptement. Ce qui surprend par contre, c'est qu'Herzog laisse son anti-héros dans l'ombre d'un autre, puisque c'est Guzman qui hérite du titre ridicule et creux d'Empereur de l'El Dorado. Pourtant, c'est un coup de génie. Herzog en profite pour critiquer les chefs au pouvoir (quelqu'ils soient) en les montrant comme des pantins d'autres hommes bien plus intelligent qu'eux. Aguirre reste toujours le plus roublard en fin de compte. Le ridicule consommé de Guzman, dont l’embonpoint n'a d'égale que la lâcheté, culmine dans une scène de justice délirante et simplement mythique où, juché sur un trône de pacotille (Qu'est-ce qu'un trône si ce n'est une planche de bois recouvert de velours ?) Gunzman juge en roi absolu des sujets qui n'existent que dans son esprit.

    Puis vient la descente aux enfers avec la longue traversée du fleuve. Herzog intensifie encore l'impression de délire absolue de ce voyage, et tombe encore d'un étage dans la bassesse et la violence des hommes. Aguirre s'affirme toujours davantage et cette présence de plus en plus pesante va de pair avec une folie grandissante. Car tout ne pouvait finir que dans la folie. Peu à peu, Herzog change son message, il ne se contente plus de viser les puissants et les politiques, mais décoche ses traits contre la force la plus terrible de l'univers humain : Dieu. Aguirre, s'enfonce dans sa folie et finit par devenir l'image d'un Dieu vindicatif. C'est ici que le génie incommensurable de Klaus Kinski se déchaîne, alors qu'il laisse toujours davantage parler sa gestuelle menaçante et son visage terrifiant. L'acteur livre une prestation unique, tout simplement. C'est grâce à lui que l'on assiste à ce mythique monologue dans les décombres d'un village brûlé, c'est aussi grâce à lui que la fin d'Aguirre s'avère si marquante, lorsque l'épopée se fait totalement mystique, contamine de sa fièvre tout ce qui bouge à l'écran. Au cœur de la forêt amazonienne, Herzog filme la fin d'Aguirre et de ses hommes avec une maestria à couper le souffle. Impossible d'oublier cette scène finale où Aguirre chasse et rassemble les singes sur son radeau, tout en déblatérant un discours mégalomane fascinant. Herzog boucle son propos avec cette image d'un Dieu vengeur et fou à lier régnant sur des macaques apeurés et stupides. Parfaite métaphore de l'humanité d'hier et d'aujourd'hui.

    Aguirre restera toujours un chef d'oeuvre. Classique intemporel à la force picturale sidérante, mené par des acteurs sublimes et un Kinski possédé, le métrage de Werner Herzog fait de plus preuve d'une telle intelligence qu'il rentre instantanément dans la liste des plus grands films de tous les temps.
    Absolument, et définitivement, indispensable.

    Note : 10/10

    Meilleures scènes : l'Ouverture - la traversée sur les radeaux - la justice et le couronnement de Gunzman - L'attaque du village indien - Le monologue final

    Meilleure réplique :

    I am the great traitor. There must be no other. Anyone who even thinks about deserting this mission will be cut up into 198 pieces. Those pieces will be stamped on until what is left can be used only to paint walls. Whoever takes one grain of corn or one drop of water... more than his ration, will be locked up for 155 years. If I, Aguirre, want the birds to drop dead from the trees... then the birds will drop dead from the trees. I am the Wrath of God. The earth I pass will see me and tremble. But whoever follows me and the river, will win untold riches. But whoever deserts...

     


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  • Voilà bien longtemps que Disney n'a plus fait de bons dessin-animés. Après l'hégémonie de Pixar, la compagnie aux grandes oreilles n'a su que récolter les miettes. Et ce n'est pas le médiocre anime La Princesse et la Grenouille qui a changé la donne. Pourtant, depuis quelques temps, la situation s'inverse avec la sortie coup sur coup du très sympathique Raiponce et du jouissivement rétro et nostalgique Les Mondes de Ralph. L'annonce de La Reine des Neiges, vieux projet ressorti des cartons et librement adapté d'un conte populaire laissait cependant mitigé. Vrai retour aux sources avec tout le côté barbant que cela implique ou retour au talent, celui qui avait fait des chef d’œuvres en série dans les années 90 ? En fait, la réponse s'avère un peu plus compliquée mais reste claire : une surprise !

    Le Royaume D'Arendelle jouit d'une grande stabilité et d'un épanouissement manifeste grâce au règne du roi et de la reine. Leurs deux filles, Elsa et sa petite sœur, Anna, sont inséparables. En outre, Elsa est née avec le pouvoir de contrôler la glace et le froid. Malheureusement, après un terrible accident, les choses changent et les deux sœurs s'éloignent. C'est seulement lors du couronnement d'Elsa que les choses vont s’accélérer et qu'Anna, splendide jeune femme extravertie va découvrir le monde... Mais Elsa, parviendra-t-elle à contrôler ses pouvoirs ou deviendra-t-elle la Reine des Neiges ?

    Le nouveau film d'animation de la compagnie Disney ne fait pas longtemps illusion sur sa provenance. Chansons directement et, soyons francs, un peu beaucoup au début (après la séquence d'introduction, une autre tout de suite, c'est un poil indigeste). Mais aussi princesses, reine, prince charmant, et bien entendu l'Amour. Les tares "Disneyiennes" restent bien présentes mais Frozen (le titre original bien plus élégant) a plus d'un tour dans son sac. Il n'y aura pas autre chose qu'une happy end, on s'en serait douté, et il y aura énormément de bons sentiments, un petit raz-de-marée. Mais soit. Les forces de Frozen ne résident pas là, et au contraire, le long-métrage garde ses forces pour le vrai show.

    Il faut immédiatement parler d'une chose. La séquence d'introduction, d'environ 10 à 15 minutes.
    Exemple parfait de l'enchaînement picturale où les personnages grandissent à vue d’œil, il n'est pas sans rappeler les premières minutes de Là-Haut par sa tristesse. Car oui, d'emblée la Reine des neiges nous prend aux tripes et, n'ayons pas peur des mots, rien que cette séquence où l'on découvre les deux sœurs, où se brossent leur amour et leur éloignement brutal, et où, sur la splendide (mais vraiment vraiment magnifique) et tellement nostalgique chanson "Je Voudrais un bonhomme de neige" (Encore plus belle en VO, "Do you want to build a Snowman ?") on voit Anna et Elsa grandir...Cette petite séquence est un véritable chef d'oeuvre, un petit joyau qu'on espérait plus, aussi fort que poignant. Forcément, la suite baisse d'un cran mais passe aussi dans un autre registre, plus comique peut-être, plus grand spectacle aussi.

    Du spectacle, il y en aura d'ailleurs ! L'animation et le graphismes laissent clairement pantois, tout est magnifique, et seul le choix du Character design des princesses peut laisser un brin moins enthousiaste. La séquence de "construction" du château de glaces fait d'ailleurs une énorme impression. Outre cette qualité plastique, c'est autre chose qui attire bien vite l’œil averti. Rapidement enfermé dans le schéma princesse naïve-prince charmant, le film roule tranquillement son monde. Le twist autour de la figure du prince charmant est un grand pied de nez à ce que représente le personnage pour la firme et le parcours initiatique d'Anna fait plus moderne que jamais dans le cadre du "ne croyez pas le beau parleur". Mais mieux, pendant longtemps, le dessin-animé n'a simplement pas de grand méchant, non vraiment aucun. Car la Reine des Neiges, Elsa, que l'on attendait dans ce rôle...ne l'est pas du tout et c'est là la plus grande force du film !

    Le personnage d'Elsa est une éclatante réussite, c'est même mieux encore que cela, c'est LA réussite de l'année 2013 côté personnages animées ! Ni méchante, ni gentille, constamment oscillante dans son état d'esprit, déchirée et touchante, elle est également dotée d'un sous-texte qu'on a simplement plus l'habitude de voir chez Disney ! Et quel événement d'autant plus délectable qu'il colle parfaitement à Elsa. Obligée de se cacher, de cacher ce qu'elle est, chose sur laquelle ses parents insistent lourdement, elle reste cloîtrée et à l'écart. Mine de rien, Disney livre un gros plaidoyer pour la féminité et même la sexualité car, de façon roublarde puis qu’occulté par la romance de la sœur, Elsa n'aura aucun prétendant. De même, c'est seulement à l'écart qu'elle se métamorphose en Reine des Neiges sexy en diable et se trouve "libérée" comme la chanson (sublime, la meilleure depuis la grande époque, avec Indina Menzel sur Let It Go) nous le décrit très bien. Idem, ce sera l'homme qui la ré-emprisonne...avant, seule de se libérer de ses chaînes et de s'émanciper. De là à y voir un vibrant et intense sous-texte féministe voir, sur l'homosexualité, il n'y a qu'un pas, que l'on pourra même franchir tant le tout s'accorde parfaitement. Pour un Disney, c'est un coup de maître.

    Mais jamais, au grand jamais, l'aventure n’ennuie. Anna et ses tribulations, sa rencontre avec Kriss et Sven, deux troublions géniaux et ultra-attachants ne fait que réjouir le spectateur. De même, arrive bientôt LE sidekick comique obligatoire du film Disney, et, surprise, Olaf le bonhomme de neige est...une immense réussite ! Rarement un petit personnage aura été aussi hilarant à chaque apparition (et pour une fois sa voix VF est géniale !) avec, il faut le noter, un passage halluciné sur l'envie d'être un bonhomme de neige en...été. Hilarant et très improbable, le genre d’excentricités qui fait du bien. Bien sûr, il y aura du moins bien et, les trolls par exemple, séduisent moins. Plus enfantin et peut-être un peu plus lourd que le reste. De même, le retour au château et toute la dernière partie s'avère prévisible mais dans l'ensemble assez agréable avec une fin heureuse comme tout Disney qui se respecte !
    Mentionnons tout de même la Bande-originale, de très grande qualité avec deux chansons phares, Let It go et Do you Want to build a Snowman, qui renvoient enfin une énergie et une qualité qu'on avait plus depuis un certain temps.

    Malgré des défauts encore assez nombreux et bien présents durant le film, La Reine des Neiges (ou Frozen) constitue la grosse surprise de fin d'année et un des meilleurs films d'animation de 2013. Hilarant, émouvant, intelligent, 3 maître-mots pour un cocktail décapant ! Courez-y !

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : L'introduction, une merveille !

    Meilleure réplique : "Faudrait lui dire quand même ?" et le "Elle sait peut-être pas frapper ?"


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  • [Critique] Timbuktu

    César 2015 Meilleur Film français 
    César 2015 Meilleur Scénario original
    César 2015 Meilleur réalisateur pour Abderrahmane Sissako
    César 2015 Meilleure musique
    César 2015 Meilleure photographie
    César 2015 Meilleur son
    César 2015 Meilleur montage
    Prix du Jury Œcuménique de Cannes 2014


    Autre métrage pré-sélectionné pour l'oscar du meilleur film étranger, Timbuktu s'était taillé une excellente réputation au dernier Festival de Cannes. A tel point que certains le voyait déjà figurer dans le palmarès voir même remporter la Palme. Réalisé par le Mauritanien Abderrahmane Sissako, le long-métrage porte son regard sur un sujet aussi actuel qu'épineux : l'intégrisme musulman. Si Sissako est loin d'être un novice, il s'avère très dur en ces temps troublés de livrer un film autour des événements qui se déroulent dans nombre de pays africains, en l’occurrence ici le Mali. Seulement voilà, la question se pose, un sujet peut-il tout faire dans un long-métrage ? Timbuktu peut-il surpasser son postulat et être un vrai moment de cinéma ?


    Aux environ de Tombouctou, une ville du Mali tombée sur le joug des milices djihadistes, Kidane, un éleveur, vit avec sa femme Salima et sa fille Toya. Alors que les choses deviennent de plus en plus difficiles pour les habitants de la ville et que les intégristes s'immiscent toujours davantage dans la vie quotidienne des habitants, Kidane est confronté à une tragique erreur commise par un pêcheur des environs. La colère prenant le pas sur la raison, il risque de commettre l'irréparable. De son côté, Abdelkrim apprend à conduire depuis qu'il a intégré les milices et fait régner l'ordre islamique sur Tombouctou, un ordre aussi impitoyable que rigide. Quel avenir pour ces gens pris dans le nœud coulant du totalitarisme religieux ?

    On veut aimer Timbuktu, vraiment. Parce que le film respire la sincérité et l'engagement de la part d'Abderrahmane Sissako lorsqu'il nous décrit les conditions de vie infamantes des habitants de Tombouctou sous le joug des djihadistes ou lorsqu'il nous dépeint cette famille d'éleveurs modeste mais attachante. Le problème majeur, c'est que Timbuktu n'a quasiment aucune rigueur narrative. Pour tout dire, on a plus l'impression d'assister à un patchwork de situations révoltantes plutôt que de suivre une ou des histoires claires. Le film de Sissako passe sans cesse du coq à l'âne, abandonne ses personnages pour revenir bien après dessus...bref, il n'a pour ainsi dire aucune cohérence. Certes, il s'améliore un peu avec la seconde partie et ce fil rouge autour de Kidane... le soucis, c'est que cette histoire fait pièce rajoutée un tant soit peu attendue et cliché, quand bien même elle nous décrit encore un autre versant de l'horreur djihadiste.

    Cet énorme défaut empêche véritablement de s'attacher aux protagonistes à l'exception notable de Kidane ou de Toya - encore heureux - qui bénéficient au final du meilleur traitement. Dans le fond, Timbuktu se veut avant toutes autres choses une radiographie de l'état d'une ville africaine sous l'autoritarisme religieux. De ce côté, heureusement, Timbuktu s'avère une franche réussite. Sissako nous livre quantité de saynètes fortes en termes de dénonciation. Il arrive au cours de celles-ci à nuancer clairement et subtilement son propos et démontre la différence de taille qui existe entre djihadistes fou d'Allah et croyants musulmans. Ceux-ci sont les premières victimes des intégristes et se retrouvent à supporter des interdits de plus en plus insensés et de plus en plus contraignants. Sans même compter l'humiliation constante des femmes - le port du voile et des gants - ou des croyants - l'entrée armée dans la mosquée de combattants - c'est bien le désespoir de ces gens ordinaires qui est mis en avant d'une superbe façon. 

    On apprécie aussi grandement la vision intime de plusieurs djihadistes qui permet de prouver, s'il en était encore besoin, qu'il s'agit d'un groupement d'individus ignorants, faibles d'esprit ou en détresse psychologique manipulés par des fanatiques barbares. La scène du caméscope reste à cet égard une des meilleures du film. Outre la dénonciation de la charia, de la lapidation des femmes, de la violence psychologique, Sissako sait se faire poétique avec cette séquence sublime où des enfants jouent au football sans ballon puisque ceux-ci sont interdits. A l'arrivée, malgré la réalisation plus que correcte et parfois vraiment réussie du Mauritanien, on ne peut s'empêcher de penser que Timbuktu constitue un horrible gâchis tant sa dimension narrative est un ratage intégral qui a tendance à tourner à la simple accumulation de situations plutôt qu'à ériger un véritable long-métrage. Reste son message et sa vision, deux éléments essentiels qui pourront justifier le ticket d'entrée pour le spectateur intéressé par le sujet abordé.

    Déception formelle que ce Timbuktu. Alors qu'il bénéficie d'une réalisation de qualité et d'un fond qui confine parfois au génie, le film d'Abderrahmane Sissoko s'effondre sur lui-même en oubliant toute rigueur narrative. Une chose d'autant plus dommage que le métrage a des choses importantes et pertinentes à dire. Si vous pouvez passer outre ce défaut de mosaïque cinématographique, on vous conseillera Timbuktu sans modération.
    De là à lui attribuer l'oscar...c'est une toute autre histoire.


    Note : 6.5/10

    Meilleures scènes : l'entrée dans la mosquée des djihadistes - le football sans ballon - le mariage forcé - la chanteuse dans les rues de Tombouctou

    Meilleure réplique :

    "Ou est Allah dans tout ça ?"

    et... le culte "La colombe des mosquées"


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  • FLOP CINE 2014 - JUST A WORD

     

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Blackstorm de Steven Squale 

    Ah, le film catastrophe. On y a droit chaque année et pourtant, chaque année, une nouvelle daube s'impose. Blackstorm vient nous rappeler qu'un film peut avoir l'air spectaculaire dans une bande-annonce mais intégralement ridicule dans le réel. Ce long-métrage, en plus d'avoir des effets spéciaux de 30 ans de retard, propose une histoire à l'américaine pure et dure à base de famille unie, de sauvetage héroïque d'ados en chaleur sans oublier le petit couplet délicieux sur le patriotisme et l'altruisme en fin de film. Si seulement Steven Squale pouvait prendre la prochaine tornade...
    CRITIQUE


    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Pompéi de Paul W.S Anderson

    En parlant de réalisateur qui devrait finir dans une tornade, l'américain Paul W.S Anderson figure en bonne place. Délaissant un peu ses zombies de Resident Evil - une saga mythique s'il en est... - Anderson tente de mixer 300 et Gladiator mais en version leaderprice. Pour remporter encore davantage les suffrages du grand public, il rajoute une catastrophe avec l'éruption de Pompéi. Clairement adressé à un public de jeunes pucelles en chaleur qui ont pris leur premier orgasme devant le regard ténébreux mais vide de Kit "Snow" Harrington, Pompéi est un navet exceptionnel. Non seulement il s'affirme comme un plagiat éhonté de l'intrigue de Gladiator mais en plus il est bourré de choses ridicules, à commencer par une obsession pour les chevaux tout à fait embarrassante. On ne le répétera jamais assez, non, des abdominaux ne font pas un bon film.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    The Amazing-Spiderman 2 de Marc Webb

    The Amazing-Spiderman 2 résumé en une seule image : Spiderman avec un casque et une lance de pompier. Non content d'avoir trouvé un nouveau Peter Parker aussi crédible qu'un coton-tige usagé, Marc Webb nous noie sous un déluge de blagues douteuses. Pour compléter le tableau, le monsieur n'hésite pas à détruire une des séquences les plus mythiques de l'homme-araignée et à retourner aux sources du kitsch avec un méchant que l'on croirait sorti d'un cauchemar de Joel Schumacher. On rigole encore de Paul Giamatti en Rhino. Lui par contre, c'est nettement moins certain.
    Une authentique honte.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Godzilla de Gareth Edwards

    On imagine d'ici le brainstorming pour les producteurs d'Hollywood :
    - Dites-donc, ça fait longtemps qu'on a pas fait un film avec un très très gros monstre ?
    - Ah mais carrément, et si on reprenait Godzilla ?
    - Trop trop bien et on le fait réaliser par un p'tit jeune encore bien vu genre Gareth Edwards.
    - Pour la déconne, on montre pas le monstre et on met un japonais dedans ?
    Bah oui, Godzilla promettait énormément dans ses bande-annonces et ses photos (gardez-là, il n'y a que ça à sauver) mais au final, on se retrouve devant un film de catch avec monstres géants, des humains tellement crétins qu'ils feraient passer Christine Boutin pour un Prix Nobel, et une intrigue d'une débilité confondante. Reste une bonne réalisation. M'enfin...
    De toute manière, utiliser de cette façon Elizabeth Olsen, une actrice géniale, devrait être puni par la peine de mort.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    American Nightmare 2 : Anarchy de James DeMonaco

    Bon d'accord, on se doutait bien qu'après un premier volet désastreux que les chances d'avoir un chef d'oeuvre pour la suite étaient quasi-nulles. Pourtant James DeMonaco fait encore mieux que le premier. Toujours plus débile, toujours plus incohérent, et de surcroît le film se politise. Déjà que sans aucun fond politique c'était difficile, alors là, on frôle l'orgasme nanardesque. Il faut vraiment arrêter d'appeler ce que fait DeMonaco du cinéma...
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Nos Pires Voisins de Nicholas Stoller

    Si vous ne connaissez pas Nicholas Stoller, rassurez-vous, on s'en fout. Second film à exploiter le filon "J'ai un héros avec des abdos, ça va être excitant" et à finir en "Putain, j'ai vomi dans ma bouche", Nos Pires Voisins c'est un peu un amoncellement de clichés de comédies US avec de gentils héros dysfonctionnels, beaucoup de loosers et du gags bien gras. Poussif, parfois embarassant, Nos Pire Voisins prouve qu'un certain pan de la comédie US a très très mal vieilli, Seth Rogen en tête. Il vous restera toujours un Zac Efron qui passe la moitié de son temps torse-nu pour vous consoler.

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    L'institutrice de Nadav Lapid

    Ne croyez pas que le flop se limite aux films grand-public, le cinéma d'auteur a offert également quelques petites perles. Comme L'institutrice de Navad Lapid. Même si le film peut être abréger en "L'instit", vous êtes bien loin de la série-télé française. Vous y croiserez un enfant-poète qui fait (vraiment) flipper et qui débite de la poésie comme un Verlaine à l'âge de 5 ans, une institutrice psychopathe dont on ne pige jamais ce qu'il se passe dans son esprit (On pense même qu'elle risque d'en abuser à un moment)  et surtout on s'ennuie cruellement. C'est mignon de chercher à magnifier la poésie et la vision des enfants mais le faire avec des protagonistes totalement flippants et antipathiques tout en maniant sa caméra comme un Kechiche, c'est un peu ridicule. On cherche encore la signification profonde de cette histoire malsaine...(Et toujours celle d'Holy Motors, si vous en avez une au passage...)

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Puzzle de Paul Haggis

    Haggis avait déjà volé son oscar malgré le fait que son Collision n'était pas aussi mauvais qu'on avait bien aimé le clamer ici ou là. Aujourd'hui, il persiste dans le film-choral en tentant de monter une méga-intrigue qui tue mais qui fait flop au bout d'une heure. Malgré la présence d'un excellent Liam Neeson et d'une Olivia Wilde intégralement à poil, Puzzle a tout du film froid, bancal et totalement raté. On retient particulièrement l'arc italien avec Brody, monstruosité de débilités et de kitsch. Haggis oublie purement et simplement qu'une histoire dramatique doit receler une certaine émotion. Dénué de celle-ci, son film devient un exercice de style vain, mal fichu et pour tout dire, désolant.

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Albert à L'ouest de Seth McFarlane

    Après son excellent Ted, McFarlane se met en scène dans Albert à l'Ouest. Piètre acteur, l'américain révèle également qu'il est infoutu de faire autre chose qu'un humour très très lourd et doublement gras. Ridicule au possible, son Albert à L'ouest n'a aucun atout convaincant, et surtout pas son intrigue cousue de fil blanc. Un vrai et beau flop à éviter à tout prix.
    Dire que Neil Patrick Harris a joué dans cette chose et dans le génial Gone Girl la même année...On appelle ça un grand écart.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Monuments Men de George Clooney

    Partant d'un très bon sentiment, Monuments Men synthétise tout ce qu'il ne faut pas faire dans un film de guerre. Avec son intrigue morcelée et extrêmement mal ficelée, ses personnages à peine esquissés et son quota Jean Dujardin poussif, ce film-hommage se loupe sur le point crucial qu'est l'empathie. Parce qu'au final on se contrefout largement des personnages présentés par le film. Immense déception et immense flop pour le dernier métrage d'un réalisateur pourtant jusqu'ici extrêmement prometteur !

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Le Hobbit : La bataille des cinq armées de Peter Jackson

    Qu'est-il arrivé à Peter Jackson ? Son dernier opus cloture la trilogie du Hobbit de la plus honteuse des façons. Pourri jusqu’au trognon par des effets spéciaux en synthèse omniprésents, étiré de façon éhontée sur 2h30 sans avoir rien ou presque à raconter, La bataille des cinq armées est, de loin, le plus grand flop de l'année. Un flop d'autant plus rageant qu'on se souviendra longtemps de la superbe prestation de Martin Freeman en Bilbo. Les fans du seigneur des anneaux sont en deuil, et on les comprend.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Transformers 4 de Michael Bay

    Y'a des Robots géants qui se transforment en camions et qui chevauchent des Dinosaures quoi !
    HAHAHA
    CRITIQUE


    DECEPTIONS CINE 2014 - JUST A WORD

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Flore de Jean-Albert Lièvre

    Malgré son postulat de départ extrêmement intéressant, le documentaire de Jean-Albert Lièvre se fait militant anti-médecine et flingue sans discernement le milieu médical. Occultant la moitié des choses autour de la prise en charge des patients Alzheimer et se posant en moraliste agaçant, Jean-Albert Lièvre gâche un magnifique témoignage sur l'amour que porte un fils à sa mère malade et sur le retour à la vie d'une vieille dame revenue dans son île natale. Du gâchis, tout simplement.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Under The Skin de Jonathan Glazer

    On a envie de l'aimer ce film étrange et singulier de Glazer. Porté par une Scarlett Johansson impressionnante, le long-métrage s'embourbe pourtant dans une sorte d'auteurisme abrutissant et se drape dans un hermétisme totalement contre-productif. Le résultat est d'autant plus décevant que derrière le rythme atrocement lent de l'histoire se cache un certain nombre de qualités indéniables, à commencer par ce traitement des plus originaux d'une forme de vie étrangère. Un film poliment chiant qui aurait pu être bien plus fascinant en étant bien moins radical.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Horns d'Alexandre Aja

    Le réalisateur français du génial remake de La Colline a des yeux avait toutes les cartes en mains ou presque pour offrir un film fantastico-horrifique captivant. Malheureusement, piégé par l'écrit original d'un Joe Hill dérangeant dans sa vision catho puante lovée au sein d'un emballage faussement rebelle, Aja échoue et tombe même dans le ridicule à l'occassion d'un affrontement final risible. Malgré un Daniel Radcliffe impliqué, Horns ne peut éviter les clichés Hollywoodiens habituels. Le réalisateur français finirait-il par passer du côté obscur ?
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Transcendance de Wally Pfister

    Alors que le pitch de départ et la présence de Johnny Depp promettaient énormément, Transcendance n'apporte en fait rien à la SF sur grand écran. Sorte de mix bancal entre Animatrix et Terminator, sans parler de l'invasion des profanateurs de sépultures, jamais le film n'arrive à faire vivre correctement ses protagonistes. Alors qu'il embauche une pléiade d'acteurs géniaux, le réalisateur n'en fait simplement rien du tout. Achevons la chose avec des incohérences vraiment dérangeantes et l'on arrive à une cruelle déception, malgré un certain nombre de bonnes idées malheureusement rapidement oubliées.
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  • [Critique] Mr Turner


    Parmi les concurrents sérieux à la Palme d'or 2014, Mr Turner figurait en bonne position. Le britannique Mike Leigh livrait à la Croisette un film de près de 2h30 sur la vie du peintre Joseph Mallord William Turner, l'un des plus grand artistes anglais et précurseur de l’impressionnisme. Pour esquisser ce portrait, Leigh fait appel à Timothy Spall, un acteur que l'on a absolument pas l'habitude de voir en premier rôle mais qui a subjugué le jury Cannois au point de repartir avec rien de moins que le Prix d'Interprétation masculine. Cette impressionnante fresque volontiers contemplative arrive donc en France avec, comme on s'en doute, un public cible assez restreint. Mr Turner mérite-t-il que l'on passe plus de deux heures dans une salle obscure ?


    Artiste reconnu, membre de la Royal Academy of Arts, J.M.W. Turner a une solide réputation d'excentrique dans le milieu. Souvent en voyage, de l'Ecosse à l'Italie en passant par la France, le britannique revient au domicile de son père pour reprendre sa peinture. Pris entre les reproches de son ex-femme, de ses enfants et même de ses collègues, il tombe amoureux de Caroline Booth, une veuve pleine de compassion et d'attention. Mais petit à petit, la santé du peintre se dégrade. Celui qui n'hésite ni à cracher sur ses tableaux ni à les poinçonner au rouge va devenir la risée de ses contemporains, tourné en ridicule par divers spectacles comiques et rejeté par la famille royale. Envers et contre tout, Turner continue pourtant sa peinture , recherchant inlassablement une nouvelle scène à capturer avec son inséparable carnet de croquis. 

    Film imposant, fresque monstrueuse, Mr Turner va laisser plus d'un spectateur sur le carreau. Mike Leigh choisit d'évoquer les dernières années de vie du fameux peintre alors que sa notoriété est déjà bien établie. Il s'évertue pendant la première heure à mettre en place ses protagonistes avec, en premier lieu, J.M.W Turner, peintre bougon, renfermé et franchement peu sympathique au demeurant. Autour de lui gravite un certain nombre d'individus, à commencer par son père, d'une importance extrême pour Turner, ou la bonne, personne tragique s'il en est. le réalisateur britannique nous offre non seulement une brillante et passionnante galerie de protagonistes mais insiste également comme il se doit sur l'époque historique ( le XIXème siècle). Magnifique reconstitution historique, jamais prise en défaut et constamment enivrante, Mr Turner nous plonge dans une Angleterre délicieusement surannée où haut-de-forme et canne-parapluie font bon ménage. Pour ne rien gâcher, la mise en scène de Leigh est positivement magnifique, le réalisateur composant de véritables tableaux vivants à de nombreuses reprises, sorte de façon sournoise pour nous faire entrer dans la tête du célèbre peintre.

    Il faut savoir à ce stade que la film repose entièrement sur Turner et nul autre. On croise, c'est vrai, d'autres personnages superbes comme ce peintre raté et méprisé ou cet arrogant aristocrate anglais qui se prend pour un éminent critique, mais on suit surtout et avant tout l'artiste britannique. On comprend dès lors que le métrage tout entier repose sur les épaules de son premier rôle, Timothy Spall. Formidable de bout en bout, carrément exceptionnel pour tout dire, l'acteur interprète avec un talent rare un personnage à première vue tout à fait antipathique, ou presque. Grognements à profusion, sourcils froncés, bouche tordue, Spall traverse le métrage avec un charisme et une présence monstrueuse. Son prix d'interprétation s'en trouve amplement justifié tant l'acteur semble habité par son rôle. Mais cette simple représentation du peintre ne serait pas complète sans une vraie réflexion autour de son oeuvre et de sa fin de carrière. Une chose que Mike Leigh a parfaitement assimilé et qu'il s'évertue à retranscrire dans son long-métrage.

    Depuis la première et superbe scène d'ouverture avec un Turner pensif décalquant un lever de soleil jusqu'à ce final où il tente de copier le cadavre d'une jeune fille noyée, Mike Leigh évoque un homme rude, peu enclin aux grandes épanchements sentimentaux mais doué pour une chose bien particulière : capturer ce qu'il voit. Un maître de l'observation pour tout dire. Continuellement armé de son petit carnet de croquis, toujours à la recherche d'un meilleur point de vue, l'artiste capture l'essence de ce qu'il voit pour lui redonner vie sous ses coup de pinceaux. Son extraordinaire talent n'en reste pourtant pas moins impressionnant et ce malgré les quolibets qu'il subit vers la toute fin de sa carrière. Ce qui finit d'ailleurs d'étonner c'est l'habilité de Leigh pour nous attacher à un personnage dans le fond très contestable. Fuyant sa famille - il renie quasiment ses deux filles - délaissant et utilisant la bonne sans lui laisser la moindre marque d'affection ou de reconnaissance, il faut avouer que Turner est loin d'être un individu attachant de prime abord. Mais grâce à la subtilité du réalisateur, le peintre devient plus humain au cours de quelques scènes clés comme cette magnifique et déchirante séquence où il éclate en sanglots devant une prostituée ou encore lorsqu'il avoue ses sentiments à la veuve Booth. Malgré ses apparences, Turner ne peut être rangé dans une case, il le refuse d'ailleurs déjà dans ses œuvres. Le seul vrai reproche que l'on puisse faire à Mr Turner, c'est sa colossale longueur qui, pour tout dire, épuise rapidement le spectateur. D'un ennui poli parfois, et malgré l'étrange attraction qu'exerce Spall, Mr Turner s'avère trop long et s'appesantit parfois trop sur certains traits de caractère du peintre que l'on avait déjà largement cerné. C'est pour cette raison que le film sera difficile à conseiller à tous les spectateurs et il faudra très certainement une bonne dose de patience et/ou un intérêt particulier pour le sujet pour aller au bout de ce film-fleuve.

    Oeuvre impressionnante mais trop longue, Mr Turner jouit non seulement d'une mise en scène picturale sublime mais également d'une description minutieuse et captivante d'un peintre non moins fascinant. Ajoutez-y une prestation divine de Timothy Spall et vous obtenez un long-métrage passionnant et hautement recommandable pour peu que le sujet et sa longueur ne vous découragent pas.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La visite chez les prostituées

    Meilleure réplique : "Sun is god"


    P.S : Notez que le film, excepté le Prix d'Interprétation masculine, n'a rien remporté à Cannes. Lorsque l'on voit qu'un film aussi médiocre et dénué d’intérêt que Les Merveilles d'Alice Rohrwacher a remporté le Grand Prix, on se demande ce que pouvait avoir à l'esprit le jury cannois...


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  • [Critique] Le Hobbit : La bataille des cinq armées


    Après La désolation de Smaug, un second volet en demi-teinte, Peter Jackson achève sa trilogie consacrée à Bilbo le hobbit. Autant dire qu'après le ventre mou du deuxième opus, toutes les craintes étaient permises pour ce final. L'idée de base, adapter un livre de 200 pages en 3 films de 2h30, était franchement une des plus mauvaises de la décennie (oui, il y a pire, comme adapter Twilight ou Hunger Games). Comment garder un souffle épique et une histoire captivante sur une durée aussi étirée ? Si le tout premier film était encore très bon et renouait avec la magie de son illustre aîné, force est de reconnaître qu'au moment de la sortie de la bataille des cinq armées, les choses sont beaucoup plus compliquées. En y ajoutant le fait qu'une grande partie du film s'emploie à recycler les appendices du roman... bref, l'appréhension gagne le plus fervent fan du travail du néo-zélandais. Les craintes sont-elles fondées ?


    Smaug a été réveillé. La compagnie des nains menée par Thorin Ecu-De-Chêne a réussi à échapper au dragon... pour mieux le jeter sur Lacville. Alors que Bard s'apprête à défendre sa ville, Bilbo et les nains assistent impuissants au désastre. Au-delà de l'apocalypse déchaînée par le dragon, la Terre du Milieu bruisse de l'extraordinaire nouvelle : Smaug n'est plus dans la montagne solitaire. Les elfes, les nains, les orcs et les hommes se préparent tous à fondre sur le trésor inestimable enfoui sous la roche. Pris au piège entre les cinq armées, comment un cambrioleur hobbit peut-il espérer changer le destin de ses amis et de son monde ? La fureur de la guerre approche et les nains fourbissent leurs armes, la lutte promet d'être âpre.

    On ne le cachait pas en introduction, l'idée d'adapter en 3 volets le livre du Hobbit était une idée désastreuse dès le départ. La raison en est simple : il n'y a pas assez de matériel pour ça. Une chose que l'on sentait énormément dans un bon tiers du second volet. C'est donc tout à fait logique que, pour ce dernier opus, cette espèce d'étirement ad nauseam finisse par tout détruire. Voilà, le mot est lâché. La bataille des cinq armées constitue une des plus grandes déceptions des dernières années, et pire, un film médiocre. Que l'on puisse être déçu par le métrage, c'est une chose, mais que celui-ci se révèle être proche du ratage total, c'en est une autre. Expliquons à présent pourquoi.
    D'abord pour le choix totalement putassier de la coupure du second film juste avant l'attaque de Lacville par Smaug. La résolution de cet arc tant attendu tient en réalité... sur dix minutes. Avant d'enchaîner sur la question centrale du récit : qui va avoir le trésor ? Et là, on sent d'emblée que Jackson n'a plus rien à dire - ou presque - sur les 2h30 qu'il lui reste. On passe par les conséquences sur les hommes survivants de Lacville de façon totalement artificielle, on ergote sur la position délicate des nains... et on en profite pour revenir vite fait sur Sauron et Gandalf... parce qu'on n'a pas grand chose d'autre à dire et qu'en fait, on ne sait pas trop comment en reparler. Cette séquence synthétise presque intégralement le film. On est touché d'un côté par la nostalgie de revoir les "anciens" mais de l'autre, les effets spéciaux sont tellement omniprésents et voyants, le dramatisme tellement appuyé et les choses tellement mal emboîtées qu'il ne reste rien pour nous réjouir véritablement. Entre les parodies de spectres (d'un kitsch hallucinant) et le surjeu de Blanchett en Galadriel (pourquoi elle reste à terre mais pourquoi ?), sans même évoquer les sempiternels "ses forces l'abandonnent" pour faire plus dramatique... Non, c'est à pleurer.


    Le reste du métrage se révèle tout à fait semblable. Jackson étire de façon éhontée son récit et brode, brode, et brode encore. On en finit plus avec les préparatifs pour la bataille, puis celle-ci arrive et on nous offre une overdose de baston. Le pire là-dedans, c'est que même si le design des créatures et leur diversité offrent un festival d'idées conceptuelles aux spectateurs, il ne reste rien du tout de la mise en scène épique en diable du Seigneur des Anneaux. Cette fameuse bataille des cinq armées n’est jamais crédible, le rapport des forces totalement aberrant, la stratégie envolée et il suffit d'une dizaine de nains pour retourner la situation alors que, deux secondes auparavant, les gentils se battaient à 10 contre 1. C'est franchement pas 10 nains qui vont tout bouleverser. Où sont les grandioses séquences du Gouffre de Helm, la charge héroïque du Pelennor ou le dernier carré de la Porte Noire ? Plus le récit avance, plus il se noie dans sa volonté de surenchérir à tout prix pour faire oublier son absence de consistance scénaristique. Jackson se heurte au néant de ce qu'il raconte. Et le spectateur s'emmerde, littéralement. On filme une ou deux scènes avec Legolas en mode super-héros, ridiculisant un peu davantage le personnage devenu un simple "fils rebelle". On ajoute aussi un side-kick à la débilité crade en la personne de Alfrid... chaque séquence sur ce personnage accentue l'embarras du spectateur... Et puis, on prolonge la ridicule histoire d'amour du film qui s'achève dans un océan de niaiseries.

    Mais pire que tout, Jackson achève sa transformation initiée dans la Désolation de Smaug en obsédé de la synthèse. Tout, ou presque, est filmé sur fond bleu, avec des monstres et des environnements en synthèse. Non seulement c'est souvent mal incrusté mais surtout, c'est juste étouffant. Certains plans sont une vraie bouillie de photoshop et d'effets spéciaux clinquants, c'est abominable. Où sont les costumes du Seigneur des Anneaux et sa volonté de rester au moins pour moitié en éléments réels ? Oubliées les maquettes à échelle du Gouffre de Helm, oubliés les costumes d'Uruk-Haïs, bienvenue dans l'ère pathétique du tout artificiel. La beauté des décors de Nouvelle-Zélande ne se retrouve que vers la toute fin et le retour de Bilbo chez lui. C'est d'un triste... d'autant plus triste que la conclusion du film retrouve en un sens la beauté et le charme de la trilogie du SDA. Une petite note déchirante de nostalgie qui rappelle à quel point il y a plus de 10 ans aujourd'hui, Peter Jackson était doué. Après le spectacle auquel on a assisté, on reste hébété. On cherche les quelques bonnes choses à retenir. L'armée des nains, bien classe. Quelques tête-à-tête entre Thorin et Bilbo, ou Bilbo et l'un des nains, séquences qui renouent avec la justesse d'antan. Et puis une dernière chose...

    Bilbo lui-même. Martin Freeman mérite bien mieux que ce que l'on a fait de son personnage. Rendez-vous compte, pour un métrage qui s'intitule Le Hobbit, Bilbo est relayé en arrière-plan dans un rôle de personnage secondaire. Si Thorin bouffe l'écran, il ne retrouve un tant soit peu de majesté que lors de sa séquence finale, bien plus touchante que tout le reste. Mais revenons à Bilbo qui demeure, malgré tout, une pure réussite et cela grâce à Freeman qui incarne à la perfection le cambrioleur le plus célèbre de la Comté. Ses mimiques, ses tics et simplement son attitude générale, tout concourt à faire de lui la meilleure incarnation des petits habitants aux pieds velus. L'immense injustice, c'est qu'il restera éclipsé par Frodon dans les années à venir, non pas parce qu'il manque de talent, mais simplement parce qu'il a le malheur de jouer dans une trilogie qui s'épuise dès le second volet. Il était donc plus que nécessaire de rendre honneur à l'interprétation magistrale de l'anglais. Les autres acteurs ne sont pas forcément mauvais, soyons bons joueurs, mais jamais on ne retrouve l'éclat des personnages flamboyants du Seigneur des Anneaux. Au fond, on a l'impression de se retrouver face à un blockbuster lambda où l'action sert de prétexte pour faire payer le spectateur, encore une fois. Une dernière fois, espérons-le.

    Immense, monumentale déception que ce dernier volet du Hobbit. On en ressort en colère contre ce qu'a fait Jackson de sa mémorable trilogie originelle. Mais aussi triste. Triste de voir qu'un réalisateur qui avait une voix si particulière s'est laissé entièrement bouffer par le système. Noyé par ses effets spéciaux, anémique sur le plan scénaristique et même ridicule à plusieurs reprises, La bataille des cinq armées rappelle une autre magistrale déception. Peter Jackson a rejoint son illustre prédécesseur, George Lucas. RIP.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : le retour dans la Comté


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  • [Critique] White God


    Les OFNIs venus de l'Est n'en finissent plus d'étonner. Après l'Ukraine et The Tribe, c'est au tour de la Hongrie et White Dog de faire une entrée remarquée sur les grands écrans français. Précédé par un puissant buzz critique depuis Cannes et Un Certain Regard où il a raflé le Prix de la sélection, White God joue sur un tableau totalement inattendu : le film animalier en tant que satire sociale. Avec des acteurs totalement inconnus sous nos latitudes et un réalisateur qui change radicalement de registre en la personne de Kornel Mundruczo, le long-métrage fait des choix tout à fait audacieux. A commencer par la vedette de son récit qui n'est pas vraiment celle que l'on pensait être. 


    Lili a 13 ans et doit, tant bien que mal, vivre avec son père pendant que sa mère part en voyage. Pour tenir le coup face à un homme qui semble bien froid, elle peut compter sur Hagen, son chien bâtard et véritable molosse au demeurant. Seulement voilà, la Hongrie a fait passer une loi pour favoriser les chiens des races et tout propriétaire de bâtard doit s'acquitter d'une taxe. Rapidement, Hagen devient une charge inutile pour le père de Lili qui finit par l'abandonner en bord de route. C'est l'acte fondateur d'une révolte canine qui risque bien de tourner au jeu de massacre.

    Peut-être l'un des films les plus radicaux de cette année, White Dog fait partie de ces métrages qui vont jusqu'au bout de leurs intentions. Contrairement à ce que laisse présager le début, il ne s'agit pas d'une quête à la Disney d'une jeune fille pour retrouver son toutou adoré. En réalité, depuis le commencement, l'histoire est celle d'Hagen, véritable héros... si l'on peut dire. Au bout d'une vingtaine de minutes, White Dog abandonne carrément et simplement ses protagonistes humains pour se centrer entièrement autour du chien. On assiste alors à une multitude de séquences surréalistes où Hagen rencontre d'autres chiens errants, prend la tête de la bande, échappe aux gens de la fourrière, se retrouve prisonnier et ainsi de suite. Sans parole, juste entrecoupé par les aboiements des corniauds qui occupent l'écran. Attention, il ne s'agit pas d'une sorte d'Incroyable Voyage avec des animaux courageux et attachés à leur maître mais bien d'une intrigue à part entière, sauvage, dure et parfois révoltante. La violence est omniprésente dans White Dog, notamment celle que font subir les hommes aux animaux. Mundruczo ne souhaite pas épargner son public et ne fait aucune concession. Dans ce sens, le métrage reste très loin des productions grand public qu'on pourrait croiser autour des animaux. Rassurez-vous, aucune bête n'a été blessée durant ce tournage, malgré la rudesse de certaines scènes.

    Le versant humain du film reste donc congru mais tout à fait pertinent. La quasi-majorité des protagonistes humains sont dépeints d'une façon bien peu flatteuse, voire carrément dégoûtante. Du père égoïste à l'éleveur de combat, en passant par la logeuse acariâtre, on peut même carrément affirmer que l'histoire ne trouve aucune qualité au genre humain. Cette démonstration par l'absurde de la brutalité et de la vanité de la société permet de remettre en place également des bêtes qui n'en ont pas les atours. Au fur et à mesure que le récit avance, on se demande de plus en plus ouvertement qui de l'homme ou du chien est le véritable animal. Ce n'est certes pas non plus un message tout à fait neuf mais la radicalité avec laquelle il est envisagé force le respect. Surtout que le réalisateur hongrois sait très bien filmer et mettre sa ville en valeur, à commencer par sa scène d'ouverture impressionnante qui n'est pas sans rappeler une certaine séquence de 28 Jours plus tard de Boyle. D'ailleurs, on retrouve d'autres similitudes avec les films d'horreur comme Les Oiseaux de Hitchcock où les volatiles seraient remplacés par une meute de chiens errants écumants de rage.

    Dans le fond, White Dog tient autant de la satire sociale et du plaidoyer contre la cruauté animale que du film d'horreur et du récit initiatique. Hagen est érigé en héros, voire en anti-héros, par Mundruczo qui finit pat l'iconiser en vengeur divin. Oui, un chien. Ce refus d'abandonner son postulat de départ jusqu'à l'extrémité de son récit et cette conclusion magnifique et poétique desservent autant le métrage qu'ils lui insufflent une grande originalité. En effet, dans son envie d'aller au bout des choses, le réalisateur hongrois tombe dans une succession de scènes de vengeance certes jouissives mais bien trop longues, une ou deux auraient amplement suffi. Ainsi, White God traîne en longueur sur sa dernière partie et finit un tantinet par agacer. Une petite coupe aurait fait le plus grand bien au métrage. Cela n'enlève bien entendu rien à l'audace filmique qui caractérise le récit de Mundruczo.

    On nous avait annoncé un OFNI, et c'est bien un OFNI que se révèle être White God. Certainement trop long et pas forcément facile à aborder, le long-métrage de Kornel Mundruczo reste pourtant un sacré moment à vivre au cinéma, ne serait-ce que pour assister à un drame porté par les seules épaules d'un chien - qui a d'ailleurs décroché la Palm Dog ! - mais aussi pour découvrir une curiosité filmée avec talent et audace. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène : La scène finale





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  • TOP CINE 2014 - JUST A WORD

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    10- Noé (Noah) de Darren Aronosfky

    Darren Aronofsky sortait à peine de son Black Swan que déjà il repartait pour un tout autre univers. Contrarié par l'aventure The Fountain, Aronofsky adapte à nouveau sa propre bande-dessinée mais cette fois avec le casting et le budget qu'il désire. Contrairement aux attentes, Noé ne se contente pas de reprendre le mythe biblique mais y ajoute de la pure fantasy avec les Nephilims. Non seulement le film surprend par son ampleur et sa maestria - la bataille de l'Arche avec le dernier carré des Anges Déchus donne des frissons - mais en plus, il ruse pour détruire avec malice l’archaïsme de l'enseignement biblique pour accoucher d'un authentique film subversif. Rajoutez à cela un Russel Crowe qu'on n'avait pas vu aussi inspiré depuis Gladiator et vous voilà devant une petite prouesse.

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    9 - La Grande Aventure Lego (The Lego Movie) de Phil Lord & Christopher Miller

    Un film Lego, sans rire ? Personne n'y croyait lors de son annonce et pourtant le film a explosé toutes les attentes, croulant sous les éloges de la presse. Mais avec Phil Lord et Christopher Miller, les géniaux comparses déjà responsables de 21 Jump Street, il faut s'attendre à tout...même à voir le métrage se hisser dans le top 10 des meilleurs films de l'année. Animation fabuleuse, bande-son succulente, véritable WTF permanent, le film Lego est surtout une déclaration d'amour aux jeux enfantins et à l'imagination des plus jeunes. Ajoutez-y un tas de références geeks plus savoureuses les unes que les autres et une vraie réflexion sur l'évolution des jouets à l'heure actuelle, et vous obtenez rien de moins qu'une pépite, une vraie. De toute façon, un film avec Batman, Green Lantern, UniKitty, Gandalf et Abraham Lincoln ne peut pas être un mauvais film, c'est impossible.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    8 - X-Men : Days of the Future Past de Bryan Singer

    On a cru pendant un temps la franchise X-Men morte et enterrée. Après le calamiteux 3ème volet et le non moins désastreux Wolverine Origines, c'est le lancement de X-Men : First Class qui avait sauvé nos amis mutants. Le second opus de la prélogie retrouve son créateur originel avec Bryan Singer qui en avait également bien besoin. Le résultat est à la hauteur des espérances...et même au-delà. En conservant les points forts de son prédécesseur et en centrant son intrigue sur le personnage de Mystic, Singer offre un petit monument du film de super-héros. Mieux encore, il arrive à faire table rase de la précédente trilogie et du malencontreux volet de Ratner. C'est ce que l'on appelle un coup gagnant. Rien que pour la séquence de Quicksilver, le film mérite sa place dans le top de l'année.
    Critique


    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    7 - Boyhood de Richard Linklater

    Pari fou, Boyhood filme sur 12 années l'évolution d'une cellule familiale et raconte avec pudeur et élégance l'enfance puis l'adolescence de Mason. Linklater se penche avec amour sur le passage à l'âge adulte tout en tentant une expérience à nulle autre pareille, construite tout entière auteur de son formidable petit acteur, Ellar Coltrane. C'est beau, c'est intelligent, c'est subtil, et en comme si cela ne suffisait pas, c'est un témoignage générationnel unique en son genre. On frôle dangereusement le chef d'oeuvre tout en redécouvrant un Ethan Hawke qu'on avait un peu tendance à oublier ces derniers temps. Magique.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    6 - Kumbh Mela, Sur les Rives du fleuve sacré de Pan Nalin

    Petite merveille totalement inattendue, le film-documentaire de Pan Nalin s'arroge la 6ème place du top, rien que ça. Ode au voyage, véritable découverte spirituelle et humaine, Kumbh Mela nous présente une galerie de personnages inoubliables pendant près de deux heures. On vibre, on tremble, on rit, on pleure. Bref, on passe par toutes les émotions possibles. A la fois témoignage de ce que l'homme peut accomplir de plus surprenant mais aussi déclaration d'amour à ce magnifique pays qu'est l'Inde, Kumbh Mela fait partie de ces documentaires qui comptent. En plus, pour ne rien gâcher, c'est beau à en crever. Un bijou.
    Critique


    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    5 - Interstellar de Christopher Nolan

    Nolan tourne les yeux vers les étoiles et c'est Interstellar qui arrive sur nos écrans. L'américain nous offre une aventure spatiale démesurée à l'ambition dévorante. Imparfait mais tellement généreux, le dernier bébé de Christopher offre des images, des séquences et des réflexions ébouriffantes. En refusant le spectaculaire et en recentrant son apocalypse sur une toute petite cellule familiale, Nolan érige l'amour en un élément fondamental de l'univers. Ajoutez-y un acteur monstrueux en la personne de l'oscarisé Matthew McConaughey, secouez-bien et vous obtenez un immense film de science-fiction et d'exploration spatiale comme on en avait pas vu depuis une éternité. Interstellar n'a pas fini de diviser, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne laissera personne indifférent.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    4 - Mommy de Xavier Dolan

    Le jeune prodige est de retour. Après avoir emmené Tom à la ferme et tué sa mère, le québécois Xavier Dolan vient déclarer tout son amour pour les mères. Plus grand public que ses précédents films mais toujours aussi bien filmé, Mommy embarque la clique habituelle à Dolan et donne une occasion en or à Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément de briller comme jamais. Authentique montagnes russes émotionnelles, le long-métrage met (presque) tout le monde d'accord. Celui qui a raté à un cheveu la palme d'or Cannoise cette année remporte la Palme D'or du coeur. Un chef d'oeuvre.
    Critique


    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    3 ex-aequo - Les Gardiens de La Galaxie (Gardians of the Galaxy) de James Gunn

    Second film de super-héros du Top de cette année, les Gardiens de la Galaxie a mis le monde entier sur le postérieur. Certainement pas les plus connus des héros Marvel, les gardiens s'offrent un cinéaste de premier choix avec le geek James Gunn. Extrêmement généreux, jouissif comme pas possible, bourré de scènes cultes en devenir, le long-métrage de Gunn s'impose non seulement comme le meilleur space-op depuis Star Wars mais aussi, et surtout, comme le divertissement le plus enthousiasmant depuis un bail. Porté par cinq personnages au top du top, une BO carrément inoubliable et des effets spéciaux sensationnels, pas besoin d'en dire plus, Les Gardiens de la galaxie, c'est une tuerie !
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    3 ex-aequo - Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan

    Film fleuve de 3h30 (!!), la dernière Palme D'or de Cannes du turc Nuri Bilge Ceylan nous immisce dans l'intimité d'un comédien à la retraite devenu gérant d’hôtel dans un coin reculé de la Turquie. Sous la neige et le vent, Nuri Bilge Ceylan décortique ses personnages et étudie les répercussions improbables d'un acte anodin. Porté par des acteurs sensationnels et une mise en scène aux petits oignons, le film arrive à tenir en haleine pendant toute sa colossale durée. Plongée sur l'homme, la religion et sur l'amour, Winter Sleep redonne foi dans le cinéma d'auteur. Un grand film, tout simplement.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    2 ex aequo - Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch

    Des vampires pour la seconde place. Mais pas n'importe lesquels. Jim Jarmusch revisite le mythe pour livrer sa propre vision mélancolique des créatures de la nuit. Dépressifs, déclinants mais toujours aussi envoûtants, les seigneurs de la nuit à la sauce Jarmusch écrasent tout ce qui a été fait sur le sujet. Pour les incarner, une pléiade d'acteurs divins avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasichowska et John Hurt. Sur fond de vinyles et de guitares, ces vampires vintages baignent dans l'ambiance brumeuse et délicieuse d'un monde cloîtré où les humains sont vus comme des êtres repoussants et arriérés. De là à dire qu'il s'agit en fait d'un regard de Jarmusch sur la stupidité de ses contemporains, il n'y a qu'un pas. Que l'on franchira avec une joie non feinte.

    [Top] Bilan Cinéma 2014

    2 ex aequo - Whiplash de Damien Chazelle

    Rencontre inoubliable de deux acteurs au sommet, J.K Simmons et Miles Teller, Whiplash c'est aussi le premier long-métrage plein de fougue et d'audace de Damien Chazelle. Parcouru par des séquences à vous faire frissonner, véritable Full Metal Jacket de la musique, Whiplash fait aussi la part belle à une question épineuse : Doit-on souffrir pour réussir ? Malgré son arrivée tardive au cinéma, Whiplash s'offre la deuxième place du top aux côtés de Only Lovers Left Alive, un authentique uppercut !
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    1 - 12 Years a slave de Steve McQueen

    C'est la seconde fois que Steve McQueen squatte la tête du top cinéma après le géniallissime Shame. Sacré meilleur film aux oscars, 12 Years a slave est un témoignage d'une immense puissance sur l'horreur de l’esclavage des Noirs. Filmé avec une maestria sans égale, interprété par des acteurs simplement formidable et d'une justesse terrifiante, le métrage de McQueen laisse K.O debout. Dans le jargon, on appelle ça un uppercut cinématographique, le genre de film qui restera dans les annales quelque part entre La Liste de Schindler et Danse avec Les Loups. 12 Years a slave est le meilleur film de l'année 2014, un chef d'oeuvre total aussi intense que sublime. Vous voici obliger de le voir.
    Critique

    Les coups de cœur :

    - Quand vient la nuit de Michael Roskam -- Critique
    - Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée
    - Marie-Heurtin de Jean-Pierre Améris -- Critique
    - Les Combattants de Thomas Cailley -- Critique
    - Gone Girl de David Fincher -- Critique
    - Mister Babadook de Jennifer Kent -- Critique
    - We are what we are de Jim Mickle -- Critique


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  • [Critique] Astérix - le Domaine des Dieux

    Le dernier Astérix en dessin-animé remonte à 2006 avec Astérix et les Vikings. Côté cinéma live, on préférerait oublier les deux dernières adaptations en date, à savoir Astérix et Obélix au Service de sa Majesté et Astérix aux Jeux Olympiques. Pour faire table-rase du passé - ou presque - Louis Clichy a non seulement pris les rênes de cette nouvelle épopée mais s'est, en plus, adjoint un co-réalisateur et co-scénariste de tout premier ordre en la personne d'Alexandre Astier, certainement l'artiste français le plus passionnant de la décennie écoulée. Cette fois, le dévolu des deux réalisateurs s'est porté sur l'album Le Domaine des Dieux, souvent reconnu pour être un des meilleurs opus concernant nos irréductibles gaulois préférés. En embarquant un casting vocal de tout premier choix et en rajoutant quelques bonnes rasades d'influences Kaamelottiennes, Astérix part avec tous les atouts pour nous offrir un divertissement de grande qualité.

    César n'en peut plus de ce petit village de Gaulois qui lui résiste encore et toujours. Seulement voilà, l'empereur de Rome a encore quelques tours dans son sac. Avec l'aide de son architecte Anglaigus, Jules César demande de construite une ville romaine autour du village gaulois. Son but ? Intégrer tout en douceur ces barbares qui terrifient ses légions. L'appât du gain et la profusion de nouveautés proposées conduisent Cétautomatix, Ordralfabétix et tous les autres à se rapprocher de plus en plus dangereusement du mode de vie à la romaine. Seuls Astérix et Obélix soupçonnent que les choses risquent de mal tourner. Mais au fait, comment se débarrasser de civils romains tout à fait pacifiques ?

    Ce volet des aventures d'Astérix tombe à point nommé. Non seulement parce que la franchise sur grand écran se portait très mal ces derniers temps, mais en plus parce que le sujet du Domaine des Dieux trouve une grande résonance à l'heure actuelle. L'histoire nous plonge dans la destruction d'une culture par un mode de vie fondé sur l'argent, le paraître et l'hypocrisie. Inutile de préciser en quoi cela est tout à fait à l'ordre du jour. Cette critique à peine voilée du capitalisme et de la société moderne se retrouve totalement dans le long-métrage d'Astier et Clichy. Sans non plus écraser leur film avec une tonnes de références contemporaines, les deux compères rendent justice à cette satire mordante de Goscinny qui date pourtant de 1971. Cette charge virulente reste cependant drôle au possible et glorifie une fois de plus l'exception culturelle (à la française ?). Un thème que l'on sait cher aux yeux d'Astier et qu'il ne manque jamais de justifier par son talent.

    Outre son scénario engagé et moderne, Le Domaine des Dieux renoue avec l'Astérix à l'ancienne. Pour se faire, on retrouve un casting vocal aux petits oignons avec les voix de Roger Carel - l'inimitable - pour Astérix himself, et Guillaume Briat pour le truculent Obélix. Mais c'est loin d'être tout puisque les habitués de la clique à Astier sont au rendez-vous. D'Alain Chabat en Prospectus à Alexandre Astier en Oursenplus en passant par Lorant Deutsch, Elie Semoun (toujours impayable), Lionnel Astier ou encore Franck Pitiot, personne ou presque n'est oublié. Un sans-faute total. Qui dit famille Astier dit également humour à la Kaamelott. Ce qui avantage encore le film car le style de la série-culte se marrie à merveille avec la BD Culte. Les digressions guindées des esclaves, les revendications absurdes des soldats romains ou encore quelques répliques bien senties ("C'est pas faux!"), l'esprit Kaamelott habite carrément ce volet d'Astérix et, à défaut de retrouver la clique du roi Arthur sur grand écran, on se consolera avec ce mariage certes inattendu mais pleinement réussi.

    Enfin, on finira par l'habilité des réalisateurs pour filmer leur récit. Dynamique, jamais chiant, Le Domaine des Dieux ne lasse à aucun moment son public. L'animation, même si elle n'atteint pas les sommets de chez Pixar ou Dreamworks, est d'excellente facture. Les français n'ont absolument pas à rougir de leur travail. Que ce soit pour la scène d'ouverture de la chasse aux sangliers ou pour l'assaut contre le village gaulois, le métrage ne faillit jamais. Il prend aussi le temps de poser des personnages attachants et au character-design réussi, tel que Petiminus, le modeste mosaïste romain un poil largué au beau milieu de toutes ces machinations. Astérix, Obélix et ses compagnons sont toujours aussi géniaux et si l'aventure n'arrive pas non plus à surpasser le génial Les Douze Travaux d'Astérix, elle nous tient en haleine de bout en bout.

    Nouvelle réussite pour Alexandre Astier et très bon premier essai pour Louis Clichy.
    En amoureux de la BD, ils nous offrent une adaptation soignée, respectueuse et simplement jouissive. Sans jamais noyer leur film sous un déluge de références, ils nous offrent au final un des tous meilleurs Astérix sur grand écran.


    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les revendications des soldats romains


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  • [Critique] Calvary

    Pour son second film, l'irlandais John Michael McDonagh reste dans sa contrée natale avec Calvary. Après sa comédie L'irlandais, McDonagh s'intéresse au rôle des prêtres dans une époque qui semble totalement étrangère à ce qu'ils représentent. Pour interpréter le rôle principal de cette histoire à mi-chemin entre comédie et drame, le réalisateur retrouve son acteur fétiche, un certain Brendan Gleeson, grand habitué des seconds rôles qu'on a récemment encore aperçu dans Edge of Tomorrow. Pas forcément destiné à une grande popularité vu sa sortie plutôt confidentiel, Calvary recèle quelques atouts pour attirer l'attention.

    Le père James Lavelle continue, tant bien que mal, à prêcher dans son petit village irlandais. Même s'il n'a trouvé Dieu qu'après la mort de sa femme, il n'en reste pas moins un homme conscient du poids de ses responsabilités. Si les habitants du village n'ont plus grand chose à faire des choses spirituelles, c'est lorsqu'un homme entre dans son confessionnal pour lui dire qu'il va le tuer dans une semaine que tout bascule pour James. Entre l'arrivée d'une fille dévastée par la perte de ses parents et l'hostilité de plus en plus manifeste de ses paroissiens, le père James va devoir traverser son propre calvaire.

    Film typiquement britannique, Calvary oppose le drame très noir à l'humour flegmatique et caustique. Très (trop?) lent dans sa mise en place, le long-métrage installe ses différents protagonistes avec soin, en commençant par le père James Lavelle, un prêtre qui semble anachronique dans son éternelle soutane. Intègre, respectueux et éminemment humain, il attire immédiatement la sympathie en face de cette espèce d'assemblée à la Sodome et Gomorrhe qui représente le petit village où il officie. Interprété par Brendan Gleeson, acteur génial bien trop souvent négligé, le personnage trouble par son intemporalité. Car de l'autre côté se trouve une galerie d'individus tous plus improbables les uns que les autres : le trio Jack - Orla - Simon où Orla prend un malin plaisir à tromper son mari Jack avec Simon, le Dr Harte, cynique et athée - interprété par le trop rare Aidan "Littlefinger" Gillen -, Michal Fitzgerald, un riche blasé et provocateur ou encore un vieil écrivain lassé de la vie. McDonagh nous expose pendant près de la moitié du film le décalage hallucinant entre les mœurs des hommes et femmes du village et le sens moral de James. Si bien que l'on se demande pourquoi le prêtre s'entête à soutenir ces "ouailles"... On reprochera immédiatement la longueur bien trop importante de cette multiplicité de saynètes qui font plus accumulation de séquences théâtrales que véritable histoire fluide. Une bonne coupe aurait ici été salutaire malgré la malice des différentes confrontations.

    On s'aperçoit de toute façon dès le départ que Calvary va mettre la modernité face à l’archaïsme. Dès le petit dialogue entre l'enfant de chœur et James, le spectateur comprend que quelque chose cloche. Outre cette menace proférée en ouverture, le long-métrage joue sur un décalage constant entre l’honnêteté et l'intégrité du père James, sorte de prêtre d'un autre temps qui place le bien d'autrui au-dessus de tout, et l'égoïsme des autres habitants. Chacun creuse un portrait des vices et péchés mortels pour la religion catholique qu'ils sont sensés suivre. De la nymphomane au blasphémateur en passant par le cynique et l'homosexuel, rien n'est épargné au père Lavelle au cours de son calvaire personnel qui remet en question le bien-fondé même de son sacerdoce. A côté de ses paroissiens, il y a également sa fille, Fiona, qui représente certainement le seul véritable péché de James, la seule personne qu'il a abandonné après la mort de sa femme pour prendre la soutane. Même si encore une fois la résolution de cet arc traîne en longueur, elle permet de donner une allure encore plus humaine au roc de détermination qu'est James, sans parler du contraste qu'il offre avec son jeune collègue vénal. 

    Enfin, Calvary parle surtout de l'amalgame. L'amalgame entre les prêtres pédophiles et orduriers d'un côté, et tous ces petits religieux très loin de l'institution de l'Eglise et qui croient profondément en ce qu'ils font. Au fond, et de la façon la plus injuste qui soit, James paye pour les coupables et l'innocent qui a subi cette infamie devient à son tour coupable. Jusqu'au bout James doute, de ses paroissiens, de lui, de son but. Mais à la toute fin, il affronte l'existence et regarde en face son accusateur. Dans cette séquence finale en bord de mer, McDonagh arrive à toucher du doigt ce qu'il cherchait depuis le début : la rencontre de la grâce et de l'injustice. Soyons clair, si le métrage entier était à la hauteur de ces vingt dernières minutes, Calvary aurait été un excellent film. Le regard amer et mélancolique posé par l'irlandais sur ses personnages dans ces derniers instants - l'ultime discussion entre Michael et James - montre le potentiel contenu au sein ce petit film sans prétention. Dommage simplement que Calvary mette tant de temps à s'exprimer et à tirer le meilleur de son postulat de départ. On se consolera avec cet humour acéré de la première moitié et le personnage toujours sublime du père Lavelle.

    Pas aussi réussi qu'espéré, Calvary offre cependant un récit honnête, bien filmé et qui se bonifie au fur et à mesure de l'avancée de sa trame. Porté par les épaules solides d'un Brendan Gleeson au mieux de sa forme, le second métrage de John Michael McDonagh aurait certes gagné à être écourté mais ne mérite certainement pas l'indifférence dans laquelle il est sorti.
    Un bon film à voir, d'autant plus si le sujet vous intéresse.


    Note : 7/10

    Meilleure scène ; La confrontation finale sur la plage



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  • [Critique] Quand vient la nuit

    Doit-on encore s'étonner de la déplorable traduction française des films paraissant dans les salles de cinéma de l'Hexagone ? A voir celle de The Drop, le second film de Michael R. Roskam, il reste tout à fait permis de se demander comment le métrage peut avoir reçu ce titre affligeant de Quand vient la nuit. Certainement pour faire plus conventionnel auprès du spectateur lambda. Mais bon, après tout, le texte de Denis Lehane, qui a inspiré le film sus-cité, était lui aussi tout autre, à savoir Animal Rescue. Que l'on se rassure cependant, cela n'impacte en rien la qualité du nouveau bébé de Roskam, réalisateur belge révélé en 2011 par le formidable Bullhead, qui en profitait également pour mettre un certain Matthias Schoenaerts sur le devant de la scène. Pour l'occasion, le belge passe sous l'égide de la Fox, lui donnant l'opportunité d'engager des acteurs aussi brillants que Tom Hardy, James Gandolfini ou Noomi Rapace. Film noir pur jus, Quand vient la nuit achève de convaincre du talent de Michael Roskam.

    Bob Saginowski tient le bar de son cousin, Marv. Tous deux, ils gèrent également occasionnellement une opération de blanchissement d'argent sale pour le compte de criminels tchétchènes. En fait, certaines nuits, le bar de cousin Marv devient un Drop Bar où transite l'argent de la pègre. Seulement voilà, c'est exactement le genre de choses qui attirent les braquages. Spoliés, ils doivent faire face à la colère de leurs associés. C'est en cherchant un moyen de surmonter cette affaire que Bob tombe, par hasard, sur un chiot abandonné dans une poubelle et qu'il fait la connaissance de Nadia. Maladroit et effacé, le barman va avoir bien du mal à gérer ces nouveaux arrivants dans sa vie déjà bien assez compliquée.

    Film lent, Quand vient la nuit évite toute esbroufe ou grande scène d'action qui parsèment les polars lambda produits ces derniers temps par Hollywood. Roskam aborde au contraire son histoire de façon méticuleuse et plante sa galerie de personnages avec un talent consommé. Le métrage ne cherche pas à cacher qu'au-delà de cet imbroglio de braquages, il mise tout sur ses (anti-)héros et son atmosphère. Pour les premiers, on reconnaît instantanément la patte "Roskam" avec des portraits tout en nuances qui recèlent une grande part d'ombre mais aussi une banalité parfois très comique. On pense aux wallons de Bullhead lorsque Bob et Marv emballent un bras jeté dans un sac devant leur bar. Le réalisateur cherche à rendre crédible ses personnages et pour se faire, il évite tous les clichés, une chose assez rare ces derniers temps. Pas de super-gangster ou de tueurs surdoués dans Quand vient la nuit, mais de simples malfrats qui ont tout voulu mais se sont fait dépasser par la dure réalité. C'est la grande force du métrage, ne jamais chercher à impressionner mais à coller au plus près du réel pour nous imprégner de son univers au final très noir.


    Il faut d'ailleurs bien le dire, ce que fait Roskam avec son film, c'est une sorte de retour aux sources. Quand vient la nuit ne renie jamais son statut de film noir à l'ancienne, lent et implacable, où la froideur des situations contraste avec quelques intrigues bien senties. Le réalisateur belge manie toujours aussi bien sa caméra et ressert une grande partie de son action au cœur d'un bar traditionnel de New-York. Malgré les nombreux autres endroits traversés par le film, le spectateur ressent une impression d'intimité étonnante, d'autant plus étonnante par ce qu'on a tenté de vendre au travers du pitch et de la bande-annonce. Mais Roskam sait y faire pour surprendre son monde et ne pas s'aligner sur les canons Hollywoodiens. Evidemment, on peut ajouter que la qualité du film doit beaucoup au scénario de Lehane (le même qui nous a offert Mystic River ou Gone Baby Gone, deux autres poids lourds du genre)... et dans un sens c'est totalement vrai tant le suspense et la maestria dans le renversement des intrigues apparaissent comme les deux plus gros atouts du métrage. Il ne faut pourtant pas oublier l'excellente mise en scène de Roskam ni sa façon de magnifier ses personnages.

    Ceux-ci sont aussi délicieux qu'inattendus et réservent, chacun à leur façon, leur lot de surprises. Si Matthias Schoenarts est ici bien plus discret que dans Bullhead, Quand vient la nuit déroule le tapis rouge à un acteur extraordinaire (ceux qui ont vu Bronson le comprendront d'autant plus) : Tom Hardy. Loin des muscles de Bane, l'anglais délaisse son accent british pour jouer un brave type discret auquel on s'attache et l'on s'identifie immédiatement. Encore une fois, il s'avère bluffant, aussi à l'aise dans la violence que dans un registre un tantinet plus comique et empoté. On n'oublie pas non plus la superbe et talentueuse Noomi Rapace et surtout, le dernier rôle d'un acteur hors norme : James Gandolfini. Même s'il ne décroche pas le rôle principal, l'américain reste tout à fait épatant dans son costume de vieux gangster frustré. Impossible parfois de ne pas penser qu'il s'agit là d'un Tony Soprano raté. Les fans de la série HBO apprécieront. La somme des talents de ce casting quatre étoiles achève définitivement de convaincre même les plus réticents au genre.

    Quand vient la nuit déjoue à peu près tous les écueils du polar à l'Hollywoodienne et condense le meilleur du film noir à l'ancienne. Casting impeccable, mise en scène délicieuse et atmosphère réussie, le second film de Michael Roskam  confirme tout le bien que l'on pensait déjà du réalisateur belge. En y rajoutant le talent d'un certain Denis Lehane, vous obtenez un sacré bon moment de cinéma.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La dernière tentative de braquage



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  • [Critique] Marie Heurtin


    Après des films tels que l'Homme qui rit ou Les émotifs anonymes, Jean-Pierre Améris s'attaque à une histoire vraie de l'Ecole française des sourdes-muettes-aveugles de Larnay autour de la jeune Marie Heurtin. Sourde et aveugle, la jeune fille est recueillie par sœur Marguerite à la fin du XIXème siècle. Considérée comme une cause perdue, et cela même par ses parents, Marie retrouve pourtant peu à peu l'humanité qui lui faisait défaut auprès de sœur Marguerite. Pour celle-ci, Marie représente une occasion unique de tester sa détermination et sa volonté. C'est ainsi que débute une histoire peu banale qui révolutionnera la prise en charge des sourds et aveugles en France.

    Marie Heurtin n'est pas un film qui avait vocation à drainer les foules. Dépourvu de stars bankables (exceptée peut-être Isabelle Carré, et encore), tourné dans l'austérité d'un couvent, on ne peut pas dire que le métrage part avec les meilleurs atouts pour séduire les foules. Certainement conscient de cela, Jean-Pierre Améris s'efface totalement derrière ses personnages et son histoire tout en tentant, avec une grande sincérité, de restituer la grandeur d'âme de Marie et sœur Marguerite. Très loin des films d'esbroufe aux mécanismes dramatiques vus et revus, Marie Heurtin fonctionne uniquement sur son duo et, forcément, sur l'enjeu de l'humanisation de la petite Marie. On salue d'ailleurs immédiatement le talent insolent d'Ariana Rivoire, une actrice sourde qui livre une performance simplement parfaite de bout en bout, d'une poignante émotion que ce soit dans sa rage animale ou dans sa fragilité humaine. Elle est définitivement LA révélation du film.

    Mais revenons à nos moutons. Marie Heurtin centre son propos autour de l'humanisation. Jean-Pierre Améris pose une question fondamentale : comment un homme devient-il homme? D'abord totalement animal puisque coupé de tout, Marie évolue petit à petit et s'humanise avec grâce et douceur devant la caméra d'Améris. Un propos similaire à The Tribe, le film choc venu de l'Est, mais qui s'avère immensément plus pertinent et subtil ici. Tour à tour, la fillette incarne les deux facettes de son lourd handicap et c'est le courage d'une âme hors du commun qui permettra de renverser la pièce. L'évolution de Marie au cours du long-métrage illustre à merveille l'importance primordiale d'une des choses qui définit le plus profondément l'humanité d'une personne : la communication. Sans elle, pas d'interaction, pas d'échange...pas d'émotion. Plus le métrage avance, plus Marie apprend à communiquer et plus elle fait naître des émotions fortes dans le cœur des spectateurs.

    Grâce à son silence, le long-métrage passe aussi et surtout ses émotions par le toucher. Mais pas que. Elle passe aussi par l'odeur qui guide Marie privée de ses autres sens, pour sentir un vieux couteau familier ou un père affectueux. Les quelques séquences autour de cette surcompensation des autres sens font mouche, Améris trouve l'équilibre pour ne pas tomber dans le ridicule et magnifier son propos. Si tout cela est possible, c'est justement parce que le réalisateur français fait preuve d'humilité et que son film ne cherche jamais à impressionner ou à jouer les tire-larmes. Il montre et explore deux personnalités et le lien unique qui se tisse entre elles deux. L'alchimie entre Marie et Marguerite est aussi immédiate que parfaite, d'une intensité si poignante qu'elle se passe d'artifices. C'est là le second pilier du métrage et de ce qui façonne un être humain : la capacité à aimer. Grâce à la magnifique et intense partition d'Isabelle Carré, Améris touche bien plus juste encore qu'on aurait pu le soupçonner de prime abord. Jusqu'à cette séquence aérienne et splendide qui affirme une autre communication impossible comme ultime preuve d'humanité : le souvenir. 

    On peut certes reprocher à Marie Heurtin de ne pas être convainquant parfois sur les costumes (la rencontre avec la mère semble anachronique) ou sur la maladie de sœur Marguerite, mais ce que le métrage évite parait bien plus important. Alors qu'il se déroule dans un institut transformé en véritable couvent par les bonnes sœurs, le film ne parle quasiment pas de religion. Lorsque Soeur Marguerite a une "révélation", c'est par sa rencontre avec l'humanité prisonnière de Marie. Lorsque Marguerite invoque Dieu pour parler de la mortalité, c'est avec un scepticisme naïf et bienveillant que l’accueille Marie. Et surtout, lorsque Marie parle à Marguerite dans ce final aussi discret que virtuose, c'est avant toute chose à la femme qu'elle aime comme une mère qu'elle parle. Rien que pour ça, le film est remarquable.

    Authentique surprise, Marie Heurtin offre non seulement un rôle magnifique à deux actrices formidables, mais également une réflexion, un témoignage unique sur ce qui fonde l'humanité. Magnanime jusqu'au bout, drapé dans sa sobriété et dans son respect, Marie Heurtin touche bien plus sûrement le spectateur que n'importe quel film français sorti cette année.
    Donnez lui donc le succès qu'il mérite !

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La scène finale

    Meilleure réplique : "Couteau"


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  • [Critique] Fury

    David Ayer est un réalisateur inégal qui alterne les navets (Sabotage) et les films sympathiques (End of Watch). Son dernier projet avait pourtant de quoi susciter l'enthousiasme : un film de guerre centré sur un équipage de char Sherman M4A2 emmené par un certain Brad Pitt dans une Allemagne nazie à l'agonie. Pourtant, tout aussi attirant que puisse être le pitch, Ayer a fort à faire pour convaincre tant celui-ci peut facilement tomber dans le bête film d'action. Ce n'est heureusement pas le cas de Fury, qui joue la carte d'une sorte de réalisme très noir pour nous entraîner à la suite d'une troupe de tankistes sérieusement amochés par la guerre et sa rudesse. Une totale réussite ?

    L'Allemagne est en ruines, ses armées en déroute s'accrochent avec l'énergie du désespoir aux dernières villes et villages sur la route des alliés. Les colonnes de blindés et d'infanterie américaines rencontrent désormais une résistance inattendue et des troupes de plus en plus jeunes, les fameux Volkstürm. Après la perte d'un des leurs, l'équipage du Sherman "Fury", mené par le sévère Don Collier, reçoit le renfort d'un tout jeune membre, Norman. Pas le temps de faire connaissance que les hommes se retrouvent de nouveau dans les mâchoires de la guerre et doivent porter assistance à un groupe de combats bloqué face au blocus acharné de quelques canons et d'une poignée d'homme retranchés aux abords d'un village. Leur combat va les mener au cœur de l'enfer.

    Fury est un peu un film à l'image de son réalisateur : inégal. D'emblée, on peut reprocher le simplisme des personnages que l'on voit à l'écran : quatre gars aguerris face au petit nouveau naïf et qui ne veut tuer personne. Pendant un certain temps, la galerie d'individus qui jalonnent le film a tout de l'archétype bas du front des soldats made in Hollywood. Pas de subtilité, immédiatement hostiles au petit nouveau auquel ils vont en faire voir de toutes les couleurs.... Bref, les choses semblent mal parties. Enfin, pas tout à fait. Car de l'autre côté, Ayer étale une réalisation crépusculaire magnifique et sauvage avec cette séquence d'introduction du plus bel effet au milieu des carcasses de chars d'assaut. De la même manière, l'américain capte immédiatement la majesté mécanique de son char, Fury, le véritable personnage principal du métrage, mis en avant de façon fascinante notamment au cours des divers affrontements, où la caméra d'Ayer vibre et tangue au gré des coups de canons. Le point d'orgue du film semble même être atteint au cours de l’embuscade tendue par un char Tiger I contre 4 Shermans. La violence de l'affrontement, le talent d'Ayer pour le filmer et l'intensité du combat permettent d'approcher d'un paroxysme guerrier purement jouissif.

    D'autant plus jouissif qu'Ayer met un point d'honneur à respecter la réalité historique. L'impuissance des Shermans face à un char Tiger est scrupuleusement respectée, tout comme la façon de mener un assaut contre une position retranchée. Cette volonté persiste jusque dans la séquence de fin (trop) héroïque où une colonne d'allemands attaque le char de WarDaddy. Aucune arme antichar, juste quelques fourgons, des armes antipersonnelles et quelques PanzerFaust, la troupe allemande fait pâle figure en réalité, brisée par cinq hommes seulement. Alors oui, Ayer en fait trop dans cet épilogue plein de fureur, trop long et franchement peu crédible dans l’imbécillité des soldats allemands en face, mais il ne s'agit pas non plus d'une catastrophe, loin de là. En fait, et c'est assez paradoxal, Ayer est à deux doigts d'accomplir quelque chose de bien plus formidable au deux-tiers de son film lors d'une séquence dénuée du moindre coup de canon ou de la moindre explosion.

    Cette séquence, c'est celle qui se déroule entre l'équipage sorti fêter sa victoire dans un village allemand, et deux allemandes réfugiées dans un appartement miraculeusement intact. Ayer mise pendant quelques minutes sur une sorte de huit-clos où Norman, le jeune vierge, et Don, le commandant blasé, s'imposent dans la vie des deux bourgeoises. Assez conventionnel au début, la scène est transfigurée par l'arrivée du reste de l'équipage et de la véritable résurgence de sentiments bestiaux qui s'ensuit. La tension qui s'installe où l'on sent le viol et l'effusion de sang à peine contenus dans les affrontements verbaux entre Don et Grady - Brad Pitt et Jon Berthal, fabuleux - menace de faire basculer le film dans quelque chose de très noir et surtout d'inédit dans un film américain : des GIs qui violent des innocentes, une chose que jamais Hollywood n'a mis frontalement en lumière. Malheureusement, Ayer ne va pas jusqu'au bout mais cette simple séquence permet à Fury de gagner encore quelques bons points. Ses derniers atouts résident dans son casting, purement masculin, qui fait des étincelles. Entre un Shia LaBeouf aux antipodes de ses rôles habituels et un Logan Lerman toujours aussi épatant en passant par un Brad Pitt grimé en vieux briscard ambigu, l'équipage de Fury apparaît non seulement comme extrêmement crédible mais aussi comme tout à fait charismatique, ceci malgré les nombreuses failles dans la moralité de ses "héros". Un atout capital pour un métrage qui repose entièrement sur son assemblée de tankistes.

    Assurément, Fury s'avère une excellente surprise. Certes on empêchera pas les stéréotypes de bases d'empiéter sur le réalisme pendant les débuts de l'histoire ni une fin carrément too much, mais l'atmosphère de "crépuscule des dieux" qui baigne le film d'Ayer, le talent de sa troupe d'acteurs et sa volonté de réalisme historique, sans compter sur quelques audaces narratives inattendues, permettent à Fury de s'affirmer comme un film de guerre intéressant et de très bonne facture.
    En route.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le repas chez les Allemandes

    Meilleure réplique : "Emmène-la dans la chambre, sinon c'est moi qui le fait"


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  • [Critique] Philomena


    Le très british Stephen Frears revient après The Queen et Tamara Drew pour s’intéresser à un drame inspirée d’une histoire vraie (et d’un livre éponyme) autour des orphelinats catholiques irlandais. Pas forcément attendu, le long-métrage a tout de même décroché une nomination pour le meilleur film aux oscars, de même que Judi Dench pour son interprétation de Philomena elle-même. Il n’en faut pas plus pour attiser la curiosité et aller jeter un coup d’œil sur ce petit film qui pourrait bien surprendre son monde.

    Philomena décide après 50 années de silence d’avouer à sa fille qu’elle a un demi-frère, Anthony. Après avoir couché très jeune avec un jeune homme l’espace d’une nuit, elle a dû mettre au monde son fils au sein d’une communauté de bonnes sœurs catholiques irlandaises, avant de se voir enlever son fils, adopté par un couple d’américain.
    Quant à Martin Sixsmith, ex-journaliste célèbre de la BBC désormais sans travail, il ne sait plus vraiment que faire avant de rencontrer justement Philomena et de se plonger dans de « l’aventure humaine » en l’aidant à retrouver son fils. Pour cela, ils devront aller jusqu’aux Etats-Unis et briser bien des tabous.

    Pas forcément un cinéaste majeur, Frears n’en reste pas moins un bon réalisateur qui donne régulièrement des films honnêtes. Philomena dénote un peu d’une démarche similaire. Bâti comme un road-movie, il repose sur des procédés éculés et efficace comme celui, bien connu, de se faire rencontrer deux personnes que tout oppose. Heureusement, ces deux personnages principaux s’avèrent très attachants et ce malgré le côté élitiste de Sixsmith. Philomena reste le cœur du duo et plus loin, du film. Sa personnalité et ses croyances catholiques surprennent au vu ce qu’elle a subit. Frears dépeint une vieille dame qui refuse la haine et la rancœur, une vraie « catholique » pourrait-on dire, notamment à travers la scène de confrontation finale et le pardon, éminemment difficile. Son manque de second degré et son naturel la rendent pourtant réellement sympathique et touchante, ceci n’étant pas étranger à l’excellent jeu de Judi Dench d’ailleurs également nommée aux oscars, et assez loin de son rôle de femme de fer dans Skyfall.

    De l’autre, il y a donc Martin Sixmith interprété par le remarquable Steve Coogan, un personnage peut-être plus singulier et plus intéressant qu’il n’y parait, à la fois totalement athée et sacrément prétentieux, illustrant avec simplicité la différence de classe entre la bourgeoisie intellectuelle et le commun des mortels. Parfois agaçant, c’est cependant à lui qu’on s’identifie le plus pour sa « saine colère » vis-à-vis de la révélation finale. Le film n’est cependant pas construit entièrement sur la révélation du destin d’Anthony et laisse une large place à la douleur d’une mère, tout simplement. Même si on regrette un manque de chaleur dans le traitement, surement un peu trop british en fait, force est de reconnaître le talent de Frears pour dépeindre une situation révoltante sans en faire des tonnes.

    S’attaquant de front au scandale des orphelinats catholiques Irlandais, le film pourrait être vu comme une violente charge contre la religion et, surtout, le clergé. Mais Frears prend bien soin de disséminer des personnes meilleures que la sœur Hildegarde par exemple, et forcément il reste Philomena. Il s’avère difficile de comprendre les fondements de la foi de celle-ci, surtout au vu de son passé, mais finalement, en recentrant le métrage sur sa douleur et en illustrant son passé – le début se trouve parsemé de flash-backs – le spectateur finit par pouvoir appréhender ce comportement surprenant. Reste cependant un arrière-goût d’inachevé, de manque d’ampleur, en fait d’un manque de panache dans la réalisation et dans la structure qui nous amène à considérer Philomena comme un bon film, surement nécessaire dans un sens, mais qui n’a pas la carrure pour marquer durablement.

    Concurrent surprise des oscars, Philomena n’a quasiment aucune chance de l’emporter, à raison au vu du niveau des nominés. Pourtant, il serait abusif de le manquer, d’une part par son sujet important – d’autant plus important quant à l’heure actuelle des associations catholiques défilent contre l’IVG pour nous montrer qu’ils ont du respect pour la vie, des milliers d’enfants irlandais en parleraient autrement - mais aussi parce que le long-métrage de Frears confronte deux acteurs de talent sur un parcours touchant.

    Note : 7.5/10

    Meilleure réplique : « Si Jesus était là, il vous jetterait au bas de votre chaise »

    Meilleure scène : Philomena qui demande à s’arrêter dans une église américaine


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  • [Critique] Les Boxtrolls

    Inspiré par Les Chroniques de Pont-aux-Rats d'Alan Snow, Les Boxtrolls représente le troisième long-métrage d'animation des studios indépendants Laïka. Spécialisé dans le stop-motion, Laïka opte une nouvelle fois pour ce choix artistique après ses deux premiers essais : Coraline de Henry Selick, un petit chef d'oeuvre, et L’Étrange pouvoir de Norman, un échec au box-office mais une vraie réussite cinématographique. Après Sam Fell et Chris Butler, c'est au tour d'Anthony Stacchi (Les Rebelles de la Forêt) et Graham Annable de prendre la caméra pour plonger dans l'univers atypique des Boxtrolls. Même si l'on devine immédiatement que des concessions ont du être faites pour plaire au grand public et éviter un nouveau four au box-office, le long-métrage reste tout de même une bouffée d'air frais dans le paysage de l'animation moderne.

    Cheesebridge est la capitale du fromage. Tout dans la ville tourne autour de sa fleurissante industrie du fromage sur laquelle règne les fameux chapeaux blancs. Seulement voilà, sous ses rues pavées et entre ses maisons aux allures victoriennes, Cheesbridge abrite de petites bestioles peu communes : des boxtrolls. Pour débarrasser de cette vermine qui a, dit-on, kidnappé un bébé humain, Archibald Trappenard propose à Lord Belle-Raclette, le plus grand des chapeaux blancs, de débarrasser la ville de ces infâmes créatures. En échange, il ne demande qu'un simple ticket d'entrée dans les plus hautes sphères de la ville : son propre chapeau blanc. Mais loin des regards, les Boxtrolls s'avèrent beaucoup plus humains que leur réputation ne le laisse entendre. Au sein de leur décharge souterraine, Poisson, Roulettes, Bassine et les autres élèvent le petit Oeuf, ce jeune garçon humain que le destin a placé entre leurs mains. Désormais, pour empêcher l'extermination des Boxtrolls, Oeuf doit unir ses forces avec Winnie, une jeune noble de la surface.

    Ce qui réjouit à chaque fois avec les productions Laïka, c'est ce refus systématique de tomber dans la 3D devenue monnaie courante chez (presque) tous les autres. Quand les studios Ghibli tentent désespérément de garder vivant la splendeur du dessin-animé en 2D, Laïka offre une alternative plus atypique au "tout-synthèse". Les Boxtrolls ne font pas exception à la règle, on retrouve instantanément cette patte artistique léchée et étrange qu'on avait déjà dans Coraline et Paranorman. Intégralement en stop-motion, magnifiquement pensé sur le plan du character-design avec ses personnages cradingues et filiformes, le long-métrage flatte l’œil du spectateur tout en permettant de s'immerger dans un univers plein de caractère. La réussite est d'autant plus grande que l'on se hisse au niveau de Coraline au niveau de l'atmosphère crasseuse et très victorienne (CheeseBridge est une ville victorienne jusqu'au bout de ses égouts) et de cette espèce d'ambiance steampunk-light des machines conçues par Archibald. Définitivement, sur le plan visuel autant que sur celui de l'univers représenté en général dans le film, Les Boxtrolls est une éclatante réussite qui ravira petits et grands.

    Penchons-nous donc sur le reste, c'est à dire l'histoire et ses protagonistes. Même si cette fois le long-métrage fait appel à certains ressorts dramatiques plus grand public, il n'en reste pas moins fabuleux, notamment dans sa première partie où l'on dresse un portrait absurde mais délicieux d'une ville où le fromage fait loi, pour ainsi dire. Cependant, les vrais héros de ce long-métrage, ce sont forcément les boxtrolls eux-mêmes. Incompréhensibles avec leur langage fait de grognements et de grincements, les petites créatures font des étincelles dès les premières minutes du long-métrage. Cela grâce à une succession de séquences sans dialogues intelligibles entre Poisson et Oeuf, le petit humain. Carrément touchées par la grâce, celles-ci renvoient aux passages muets de Wall-E ou Là-Haut avec une tendresse et une humanité étonnantes. La relation qui se tisse entre les boxtrolls, le spectateur et Oeuf procure un plaisir de plus en plus intense au fur et à mesure que l'histoire avance et que les réalisateurs profitent des possibilités offertes par des personnages aussi hauts en couleur et atypiques. En s'attardant sur des thèmes aussi fédérateurs que l'amour au-delà des différences, le besoin de reconnaissance ou simplement la relation père-enfant, les Boxtrolls trouve un certain équilibre délicat entre orientation grand public et petites surprises audacieuses. Pour cela, le film peut remercier ses personnages, notamment son méchant aussi drôle que repoussant, qui n'hésite pas à se travestir en diva douteuse ou à employer des hommes de mains truculents pour arriver à ses fins. Mentionnons d'ailleurs que parmi ceux-ci, Mr Poireau et Mr Truite vous tireront quelques sourires dans leur questionnement sur le bien et le mal qui semble en total décalage avec le reste du métrage.

    Ce troisième film est une nouvelle réussite pour les studio Laïka.
    En conservant le charme visuel atypique et l'ambiance si particulière des précédents, tout en s'ouvrant un peu plus traditionnellement au niveau de ses péripéties, Les Boxtrolls procure une histoire dépaysante et des personnages succulents.
    Vous n'avez plus aucune raison de le rater !

    Note : 8,5/10 


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  • [Critique] Bande de Filles



    Céline Sciamma
    aime les sujets difficiles. Après Naissance des Pieuvres et plus récemment Tomboy (qui avait fait pousser de hauts cris aux décérébrés de la Manif pour Tous), la française s'attaque à une autre problématique épineuse : la place des filles de banlieue dans la société moderne. Ainsi Bande de filles réunit un casting de jeunes inconnues pour plonger le spectateur dans un univers replié sur lui-même et passablement asphyxiant. Que peut cependant bien nous réserver Céline Sciamma ? Peut-elle vraiment éviter la vision caricaturale de gauche tout comme de droite ? 


    Marieme est une jeune fille des cités qui habite avec sa mère, son grand-frère et ses deux sœurs. Plutôt effacée, elle se voit refuser l'entrée en classe de seconde générale du fait de ses médiocres résultats scolaires. Démoralisée, elle claque la porte du collège et fait la connaissance de trois autres filles : Lady, Adiatou et Fily. Rapidement, elle se laisse emporter par les autres et intègre complètement cette bande de filles qui fait les quatre cent coups sur Paris. Marieme devient petit à petit une délinquante à la fois pour suivre ses amies mais aussi pour séduire Ismaël, un jeune garçon de sa cité. Elle va vite s'apercevoir que son choix n'était pas forcément le meilleur...

    Céline Sciamma partait d'assez loin avec Bande de filles. Les bande-annonces donnaient carrément froid dans le dos et le sujet, extrêmement casse-gueule, avait de quoi laisser dubitatif. Heureusement, Bande de filles a quelques arguments pour convaincre. Tout d'abord, la mise en scène de la française qui sait capturer la banlieue et l'environnement urbain des cités avec une grande justesse. La caméra de Sciamma rend parfaitement ce sentiment d’asphyxie qui semble écraser les jeunes filles du métrage, mais sait également se faire plus légère et plus aérienne le temps d'une chanson de Rihanna. Ensuite, son (jeune) casting, véritablement brillant, où domine naturellement la jeune Karidja Touré en Marieme, qui passe d'un registre discret à celui de la parfaite petite zoneuse effrontée avec une facilité étonnante. C'est elle qui donne en réalité une grande partie de la sympathie qu'éprouve le spectateur pour le film. De même, l'alchimie entre les quatre jeunes filles est immédiate à l'écran, ce qui était forcément un point crucial pour que Bande de filles s'avère crédible. Enfin, Bande de filles est un film politique. C'est certainement de ce côté que les choses se gâtent pour le métrage de Sciamma. Mais pas totalement. La vision qu'elle offre d'une banlieue machiste en diable où seul le mâle règne en maître file des frissons. Ici, la femme (et la féminité en générale) est un handicap qui doit se masquer. Sciamma le démontre d'emblée avec une des premières séquences où le groupe de filles se tait en entrant dans la cité, passant sous les ombres des garçons encapuchonnés.

    Malheureusement, au-delà de cette véritable charge contre la domination masculine et la réduction à l'état d'objet de la femme, Sciamma tombe dans le piège d'une vision angélique très gauchisante. On s'aperçoit que le film fonctionne d'autant mieux quand seule Marieme apparaît à l'écran, la réalisatrice prenant plus de soin pour la décrire et, même si elle n'évite pas le cliché habituel du "C'est pas ma faute, je suis une victime", elle aborde avec une grande humanité le destin de cette gamine paumée et qui ne semble faire que les mauvais choix (en sont-ils encore d'ailleurs arrivé à un certain point de l'histoire ?). Dès que l'histoire se recentre sur la bande de zoneuses, on se retrouve avec une vision totalement bancale des choses. Certes, l'alchimie et la tendresse des unes pour les autres s'avèrent aussi réussies qu'étonnantes mais Sciamma passe sous silence toutes les conséquences de leurs actes. Le meilleur exemple : cette scène ridicule et honteuse où une vendeuse colle Marieme de près par peur que celle-ci vole dans le magasin. Tout est filmé pour montrer que la vendeuse bien blanche est une raciste avec un tas de préjugés sur les jeunes filles noires qui parcourent son magasin et que, de ce fait, quand elle se fait agresser verbalement par les amies de Marieme, c'est un peu bien fait pour elle. Sauf que la bande de filles vole dans les magasins et ça, jamais Sciamma ne montre que c'est mal. Tout sera vu par ce prisme déformé. Les filles mettent à fond la musique dans le métro... cool. Mais les autres usagers, on s'en fout. Les filles agressent et volent un sac... cool. Mais on ne montre pas la victime ou le négatif de cet acte. Les filles s'invectivent dans le métro... cool. Mais le monde autour, on s'en fout. Sciamma biaise la vision des faits et anéantit la crédibilité de son propos. 

    C'est d'autant plus dommage que le long-métrage a pourtant de vraies choses à dire. A commencer par cette descente aux enfers de Marieme, qui se retrouve progressivement dans une impasse terrible. Seulement voilà, encore une fois, Sciamma n'évite pas les gros clichés comme cette scène où Marieme apporte de la drogue dans une soirée uniquement composée de blancs très riches. Forcément... On regrette aussi que la réalisatrice ne montre aucune nuance dans l'abord de la cité. On ne croise personne arrivant à s'en sortir par des moyens honnêtes. Personne. Comme si tous les habitants du quartier étaient voués à la délinquance. Reste le personnage de Marieme, qui ferme le film avec force et courage, aveuglée par les larmes mais résolument décidée à s'en sortir.

    Bande de filles n'est pas aussi mauvais qu'on aurait pu le croire de prime abord. Bien interprété, parfois vraiment touchant, le dernier film de Céline Sciamma s'avère pourtant cruellement inégal sur le versant politico-social, alternant le très bon (la vision machiste) et le très mauvais (les filles traitées de façon idyllique). On a pourtant hâte de savoir ce que nous réserve la française pour la suite.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Marieme qui rencontre les filles pour la dernière fois

    Meilleure réplique : "Il est où le rêve là putain ?"


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  • Pour cette semaine, un très beau, mais glaçant, court-métrage de SF autour du nucléaire et des conséquences du drame de Fukushima avec Aveugle (Blind) de Yukihiro Shoda.


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  • [Critique] Pompéi

    Il y a des jours comme ça où la vie est moche. Mais vraiment. Comme ce jour où vous allez voir un film et qu’il est tellement nul que s’en est effrayant. Oui, d’accord, avec Paul W.S Anderson à la barre, difficile de croire que le film aurait pu être bon (à ne pas confondre avec Paul Thomas Anderson, le réalisateur de There Will be blood qui, pour le coup, enchaîne les petites pépites). Pour ceux qui n’ont pas suivi, le monsieur est responsable de la saga Resident Evil, ce monument du cinéma d’horreur – comprendre : cet infâme viol et terrifiante déjection cinématographique. Oui oui, on se rappelle qu’il y a déjà eu un miracle dans sa carrière et qu’il a fait un excellent film (Event Horizon), mais des rumeurs affirment qu’il avait alors été remplacé par un clone d’une dimension parallèle (et nous ne sommes pas là pour croire ces choses-là). Bref, Paul W.S Anderson revient ! (même si nous ne l’attendions pas du tout en fait) Et pas avec n’importe quoi mais avec un tas de mecs bodybuildés en tenue de gladiateurs recouverts de sueur (Non, ce n’est pas un porno gay, désolé). Le titre du film : Pompéi. Parce que l'on a oublié que derrière les romains et les gladiateurs, il y avait aussi un volcan qui explose. Pour mener à bien ce projet trépidant d’aventures catastrophes, il a même engagé Kit Harrington, le beau gosse ténébreux de Game of Thrones, accessoirement le plus mauvais acteur de la série (et là, ça sent bien le sapin).
    Donc, vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir !

    Le film commence avec un petit garçon qui dort dans une tente et qui est réveillé par des petits bruits étouffés. En ouvrant la tente sus-nommée, il découvre avec horreur qu’on massacre les siens (oui, les tentes sont très isolantes à l’époque, mais vraiment). Emmenez par des esclavagistes romains pour devenir gladiateur, le Celte (comme on le surnomme avec une énorme originalité), combat dans les arènes de l’ancêtre de Londres avant d’être envoyé à Pompéi pour les jeux (Et là, on se dit que, parfois, les Dieux, ils choisissent un mec pour qu’il en chie. Il aurait pu aller à Rome mais non, PAM, Pompéi. Ce manque de bol de compétition quand même). En arrivant à la ville en question, il croise une jeune noble romaine, Cassia, qui rentre de Rome passablement dégoûtée de la vie politique de la Cité. Alors que les jeux se préparent pour accueillir le sénateur Corvus (qui adore dire son nom complet à l’écran, mais qui adore VRAIMENT), la cité tremble, et le volcan semble se réveiller petit à petit.

    Bon.
    Disons que pendant les vingt premières minutes, le résultat fait rire. Et c’est déjà ça. Parce que sur ce laps de temps nous avons droit à un empilement de clichés à en faire pâlir n’importe quel nanar. Entre le guerrier celte qui semble être un sauvage mais qui en fait a un cœur gros comme ça, même qu’il aime les chevaux et qui fait tourner la tête de Cassia en un seul coup d’œil (en même temps c’est Kit Harrington, et les femmes quand elles voient des abdos, des yeux sombres et des beaux cheveux, on les tient plus, c’est bien connu) qui est elle-même une noble romaine... mais en fait non, elle n'est pas d’accord avec les méchants romains, et les romains en question, très très vilains et méchants rappelons-le, ainsi que super-prétentieux en jupette, on sent déjà bien les choses à venir. La suite ne fait que confirmer les craintes. Et pire encore. Parce qu’ensuite, le film devient consternant et navrant de nullité. Comment faire pire me direz-vous ? C’est simple, en plagiant.

    En gros, Pompéi c’est Gladiator meets Titanic meets Volcano. D’ailleurs, le film ayant deux tiers de son temps un univers resserré autour des gladiateurs, le plagiat de Gladiator saute aux yeux (même des aveugles, c’est dire). Parce qu’en somme Pompéi parle d’un homme – qu’on appelle durant la moitié du temps par son ethnie, tiens tiens tiens - qui cherche vengeance en tuant un très haut responsable romain mégalo et pervers – ohhhh – et qui se fait des potes gladiateurs dont son meilleur ami, un grand black qui a perdu sa famille et qui prie devant des statuettes en bois. Si en plus on ajoute des scènes du genre une bataille dans l’arène où les gladiateurs sont en sous-nombre pour reconstituer une bataille romaine, et où les romains de la dite bataille sont des gladiateurs belliqueux et que tout se déroule à l’inverse de ce qui s’est vraiment passé sans parler du haut dignitaire romain s’exclamant « Mais dans la réalité, ce sont les romains qui ont gagné, non ? », là il faut vraiment n’avoir jamais vu Gladiator pour ne pas se rendre compte que Scott a de quoi porter plainte. Enfin bon, vu le bide du film, il n’aurait pas grand-chose, certes. Mais quand on dit que Pompéi copie Gladiator, attention, c’est du Gladiator leaderprice. Du Gladiatux. Gladiator date de 14 ans déjà et pourtant Pompéi est dix fois plus moche à la fois sur le plan de la réalisation (ça c’était couru d’avance) mais aussi sur les FX. Les plans sur la ville s’avèrent immondes (c’est une torture visuelle) et les décors tout à fait risibles. La version leaderprice du Colisée, c’est un grand moment de solitude.

    Donc, après ces bases, soyons clairs, les clichés continuent à fuser à 200 à l’heure, c’est presque là que se trouve le vrai exploit du film. Les personnages sont d’une fadeur hallucinante... pas un pour rattraper l’autre. Dans tout ça, les acteurs (pas aidés par la pire VF de l’histoire, à mourir de rire) révèlent le défi d’être aussi lamentables que le film. Kit Harrington est triste (non, ce n’était pas pour le rôle de Snow en fait qu’il était triste, c’est juste qu’il ne sait que froncer les sourcils, faire un regard mystérieux et sourire une ou deux fois parce qu’il faut bien emballer les minettes), Carie-Ann Moss et Adewale Akinnuoye-Agbaje se disputent la place de l’acteur has-been pitoyable, Kiefer Sutherland se demande encore pourquoi on lui a fait porter un costume de sénateur romain (WTF ?) sans parler de Jared Harris et Emily Browning qui découvrent que, non, en fait c’était pas Paul Thomas Anderson le réalisateur. On y ajoute des dialogues crétins et tout ce qu’il y a de plus cliché (encore) et puisqu’on va en finir avec les clichés, on arrive à l’histoire d’amour et le volcan qui fait boum.

    Amour. Oui. Non. Peut-être. Il semble à un certain point que le vrai amour du film c’est entre le réalisateur et les chevaux qu'il a lieu, ce qui est assez dérangeant en fait. Mais l’idylle entre Milo (et non Milou, un Celte, ça peut pas avoir un nom celte, faut pas déconner) et Cassia, c’est un peu Twilight version fleur bleue ( ça fait mai hein ?) avec cette scène culminante de niaiserie sur le flanc du volcan ou pire, la scène finale. Mais nous y reviendrons. Parce qu’après les bagarres du film (en fait la préoccupation numéro 1 d’Harrington), Anderson se souvient que son long-métrage s’appelait Pompéi et qu’il avait même fait mourir un noir au début pour annoncer la catastrophe – le noir meure toujours en premier. Donc le volcan fait boum. Si vous pensiez qu’au moins il y aurait des images impressionnantes de la catastrophe volcanique, vous aviez tort. Parce que c’est aussi moche qu’avant, mais c’est surtout plus sombre. Comme pour Titanic, alors que tout vire au cauchemar, les protagonistes se foutent sur la gueule. Bah oui. Ce n’est pas comme s’ils allaient tous mourir s’ils ne se barraient pas. On assiste donc à une succession de scènes absurdes de bagarres. Alors que la ville se meurt. Logique.

    Enfin…logique. Ce mot n’existe pas pour Anderson et il va même réussir à caser un tsunami dans le lot – sérieux – qui sera arrêté d’ailleurs par un rempart avec plein de trous – bah oui. Finalement, après un déluge d’immondes effets spéciaux, une coulée pyroclastique déboule. Et donc, Mr fait la tronche qui poursuivait Corvus Pupus Caïus Respecte Mon Autorité JE SUIS UN SENATEUR ROMAIN PUTAIN, se rend compte qu’il faut prendre son cheval et Cassia pour se tirer. Il arrive même à sortir des remparts de la ville avant d’être rejoint par la coulée (rappelons qu’une nuée ardente va au moins à 200km/h, et donc que son cheval est supersonique) avant de bazarder son cheval parce qu’ils n’iraient soi-disant pas assez vite (alors que le cheval en fait, sera le seul survivant). Tout ça pour un bisou avant de mourir. Soupir, THE END.

    Non, Pompéi s’annonçait comme un film désastreux mais là c’est juste pathétique et immonde, un amoncellement de clichés, de médiocrité et de débilités. Tout est à jeter, tout. Il n’y a vraiment pas de quoi en faire une vraie critique construite, car tout est honteux. Alors franchement, même si votre copine vous menace pour aller le voir, larguez-la.

    Note : 0/10

    Meilleure réplique : « Hey, on vous a bien enculé non ? » …Oh pardon, c’est pas dans le film ça…

    Meilleure scène : le cheval affolé dans l’écurie ou comment 5 soldats romains d’élite sont terrifiés par un cheval. WTF


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  • [Critique] L'étrange pouvoir de Norman


    Stupidement renommé L'étrange pouvoir de Norman en France (pour faire plus Étrange Noël de Monsieur Jack ? Allez savoir), ParaNorman se hisse pourtant au rang d'excellente surprise.
    C'est l’histoire d'un petit garçon, Norman, qui a un don assez encombrant : il voit et parle aux morts. Bon rien à voir avec Sixième Sens, rien d’effrayant pour le garçon, tout est très normal pour lui et tout se passe bien...à l'exception notable des relations qui en résultent avec sa famille, ses amis et les habitants de sa ville.
    Parce que bon, avoir un enfant qui se trimbale en disant bonjour à des carcasses d'animaux morts, c'est un poil étrange. Pourtant, incompris et mis au ban de son école, Norman va devoir sauver sa ville ! Il semblerait en effet qu'une invasion de zombies se prépare...

    A l'instar de l'excellent Wallace and Gromit, ParaNorman est filmé en stop motion.
    Un vrai plaisir qui donne d'emblée au long-métrage un aspect très particulier. Au départ, le film démarre lentement, les auteurs posant soigneusement les bases. C'est au moment même où l'ennui menace d'étreindre le spectateur que surviennent les premières péripéties. Très rapidement, on comprend que ParaNorman n'a rien à voir avec ce que l'on pensait de prime abord. Non, les zombies ne sont pas vraiment les monstres qui vont ravagés la ville et il faudrait même...les protéger (les scènes de confrontation zombies-habitants et celle de l'arrivée en ville des morts-vivants sont juste excellentes)... De même, les personnages prennent de la profondeur. On s'attache follement à Norman mais également à ses amis notamment Neil, l'enfant obèse à la gentillesse confondante. Le reste de la galerie ne déparera pas et on vous laisse le plaisir de les découvrir. Ce qui fait en grande partie la réussite du film, c'est non seulement son refus d'une intrigue balisée mais aussi cette petite troupe ultra-attachante et amusante, aussi bigarrée que dingue.

    Cependant, à ce point, le long-métrage reste simplement un sympathique film d'animation.
    Mais voilà, à la fin, l'intrigue achève de se révéler pour nous surprendre totalement. Comme Dragons nous avait totalement bluffé (souvenez-vous de la rencontre entre ce dragon si particulier et Harold !), ParaNorman donne lieu à une autre rencontre inattendue et fabuleuse. La rencontre de Norman, et d'une petite fille...Aggie. Incroyablement poétique, touchée par la grâce, à la fois immensément cruelle et tellement belle, l'histoire d'Aggie et sa conclusion à travers les efforts de Norman transcendent le long-métrage quasi-complètement. Vous vous souviendrez un petit bout de temps de la façon dont Aggie pose sa tête sur l'épaule de Norman pour s'endormir, soyez-en certain !

    Mené par les mains expertes de deux excellents réalisateurs, ParaNorman c'est un peu la friandise que vous croquez au hasard avant de vous rendre compte que son enrobage banal cachait des trésors succulents. Un peu le genre de sucrerie qu'on reprendrait volontiers de la part des studios Laika

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Aggie et Norman se rencontrent


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  • [Critique] The Tribe


    Lors de la semaine de la critique à Cannes cette année, un film venu de l'Est a fait grand bruit. Premier film de Myroslav Slaboshpytskiy, un réalisateur ukrainien plutôt connu pour ses courts-métrages, qui a reçu non seulement un accueil critique impressionnant mais s'est vu décerner également le Grand Prix de la semaine de la critique. Extrêmement audacieux, The Tribe raconte le quotidien de jeunes sourds et muets plongés dans la violence et le sexe. Sa grande singularité : Il ne contient aucune parole. Le film est totalement dépourvu de dialogue, plongeant le spectateur dans l'univers si particulier de ces adolescents handicapés. Véritable OVNI, The Tribe constitue l'adaptation en format long d'un court-métrage du même réalisateur, Deafness. Peut-il cependant arriver à captiver son public pendant plus de deux heures ?

    Le jeune Sergei débarque pour son premier jour dans un établissement spécialisé pour les enfants sourds et muets. Seul au milieu d'un système qu'il ne connait pas du tout, le jeune homme va devoir trouver sa place au sein de la bande qui fait régner "l'ordre" dans l'institut. Entre bagarres, vols et prostitution, Sergei tombe dans une spirale de violences qui l'emmène toujours plus loin. Il tombe également amoureux d'Anna, une jeune fille pour qui il va prendre tous les risques. Mais jusqu'où peut aller ce monde sans concession dans lequel il est tombé ?

    Déroutant. C'est certainement le meilleur adjectif que l'on peut accoler à The Tribe. Le long-métrage déroule pendant plus de deux heures les tribulations de Sergei et des autres pensionnaires de l'institut en ne dérogeant rigoureusement jamais à son postulat du silence. Cette excellente idée sur le papier se révèle progressivement bien plus bancale que l'on aurait pu le croire. Slaboshpytskiy arrive certes à nous monter une histoire globalement compréhensible - on assimile toutes les grandes étapes qui se déroulent devant nos yeux - mais son pari présente deux effets pervers. Le premier, c'est qu'il empêche de comprendre tout à fait ce qu'il se passe et l'ensemble restera, en fin de compte, très brumeux pour le spectateur. Ce manque de précision amène forcément au second bémol de la démarche, à savoir que les personnages se limitent à des ébauches, on ne pénètre pas vraiment dans leur tête et l'on reste condamné à se perdre en conjectures à propos de leurs actes. Pour tout dire, The Tribe manque d'empathie.

    Ce manque ne trouve d'ailleurs pas sa source uniquement dans le postulat initial. Slaboshpytskiy nous présente en fait un environnement ultra-violent où l'individu est ramené vers ses pires instincts. S'il est intéressant de noter que l'homme, privé de parole, se fait plus animal, le réalisateur ne présente rigoureusement aucune nuance dans cet abord. Tant et si bien qu'à la fin du long-métrage, le spectateur aurait tôt fait de considérer comme des monstres les sourds et muets. Ce qui, avouons-le, n'était surement pas l'effet escompté. Ce qui choque au fond dans la démarche de l'ukrainien, c'est une volonté certaine de nous montrer un contenu choc... sans que l'on sache véritablement les raisons de cette escalade. Pour peu, les nombreuses séquences terribles qui jalonnent le film - la prostitution de jeunes filles, le passage à tabac d'un inconnu, l'avortement... - deviennent autant de scènes de complaisance. Complaisance dans l'horreur et dans la violence pure et simple. The Tribe ne donne aucune justification à ce qu'il montre mais, pire, il n'y apporte aucune nuance. On sent que Slaboshpytskiy s'est inspiré d'autres réalisateurs tels que le roumain Cristian Mungiu - la scène de l'avortement renvoie immanquablement à 4 mois, 3 semaines, 2 jours - mais passe à côté de son sujet tout en livrant une fade copie de ce qui s'est déjà fait ailleurs (et en mieux).

    Et c'est bien dommage parce que The Tribe n'est pas, intrinsèquement, un mauvais film, au contraire. Son casting s'avère très solide et même brillant lorsque l'on se penche notamment sur la jeune Yana Novikova ou l'acteur principal, Grigoryi Fesenko. Sa réalisation, froide et austère, s'adapte tout à fait au propos du film, même si de nombreuses scènes s'étirent souvent bien trop en longueur. Sans compter ce jusqu'au boutisme forcené pour aborder l'univers de silence contraint du monde de l'institut, qui, même s'il ne sert pas complètement le long-métrage, représente une prise de risque à saluer. C'est un peu ça le plus rageant dans le film de l'ukrainien, c'est qu'on n'arrive pas à le détester mais qu'on est incapable de le porter aux nues comme l'a fait le jury de la semaine de la critique. En somme, le spectateur en ressort passablement frustré et perplexe.

    The Tribe représente une expérience à plus d'un titre. Malheureusement, peut-être par la faute de son statut de premier film et d'un tas d'autres éléments perfectibles ou discutables, le film de Myroslav Slaboshpytskiy échoue.
    Reste alors un OVNI ultra-violent mais vain et parfois dérangeant.


    Note : 5.5/10

    Meilleure séquence : "L'accident" lors de la prostitution sur l'aire de repos des camionneurs. 






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  • [Critique] Valse avec Bachir


    Ari Folman
    , metteur en scène israélien, a rendez-vous en pleine nuit dans un bar avec un ami en proie à des cauchemars récurrents. Au cours de ces rêves, il se retrouve systématiquement pourchassé par une meute de 26 chiens. 26, exactement le nombre de chiens qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban, au début des années 80 !

    Le lendemain, Ari, pour la première fois, retrouve un souvenir de cette période de sa vie. Une image muette, lancinante : lui-même, jeune soldat, se baigne devant Beyrouth avec deux camarades.
    Il éprouve alors un besoin vital de découvrir la vérité à propos de cette fraction d'Histoire et de lui-même et décide, pour y parvenir, d'aller interviewer à travers le monde quelques-uns de ses anciens compagnons d'armes.

    Premier documentaire d’animation, Valse avec Bachir est signé par Ari Folman, un ancien documentariste. Autobiographique, le long-métrage raconte ni plus ni moins qu’une quête de vérité pour Folman, celle des événements entourant le massacre de Sabra et Chatila pendant la guerre du Liban. Evidemment, le lien avec Incendies de Denis Villeneuve (film formidable chaudement recommandé) se fait rapidement. Mais si la guerre au Liban reste la toile de fond, le reste n’a rien à voir.

    Folman se livre à un exercice original avec ce film, celui d’exorciser ses démons, et, plus largement, sa quête autour d’une partie marquante de son histoire personnelle mais pas seulement. Valse avec Bachir interroge tout un pan de l’histoire Israélienne et de la très controversée opération « Paix en Galilée ». Loin de nous livrer un cours magistral, Folman part dans une autre voie, celle de rassembler des témoignages de ses amis et connaissances ayant participé aux événements avec lui. Pas de moralisation ici, c’est certainement un des points les plus étonnants du film puisque Folman ne se livre qu’à décrire et nous laisse entièrement juge.

    Valse avec Bachir représente le désarroi de son auteur, devant la guerre d’abord, qu’il représente d’une part comme quelque chose d’horrible (Toutes les séquences autour de l’avancée des chars Merkava, la progression dans Beyrouth, le transports des blessés…) et d’autre part comme une absurdité grossière et déroutante avec des séquences à la Apocalypse Now sur fond de musique improbable créant un décalage profond et qui peut, dans une certaine mesure, mettre très mal à l’aise. Folman nous montre aussi la guerre à travers de jeunes hommes, dont l’entraînement ne peut endiguer la peur panique entraînant ainsi les pires bavures. Beaucoup de critiques sont adressées à l’état-major également mais jamais les événements de Sabra et Chatila, qui occupent la dernière demi-heure du film, ne sont véritablement condamnés.

    De même, Folman profite de l’animation pour retranscrire ses hallucinations et ses trous de mémoires, mémoire qui fait défaut et qui reste un élément central de la réflexion du réalisateur. Si les images animées peuvent sembler raides, elles permettent à la fois de garder une certaine distance dans les événements mis en scène mais aussi de ménager l’effet de fin. En arrivant à décrire Sabra et Chatila et le massacre des Phalangistes chrétiens sur des milliers d’hommes, femmes et enfants Palestiniens suite à la mort de Bachir, le président Libanais, Folman reste lui-même tétanisé devant les réactions de son propre pays, de sa hiérarchie et de ses compatriotes. Lâcheté et bêtise des soldats israéliens qui voient mais n’arrivent pas à comprendre, complicité dans une certaine mesure pour Folman lui-même qui éclaire à la fusée les camps pendant le nettoyage des Phalangistes sans savoir les massacres qui s’y déroulent, et crimes, certainement, pour les autorités Israéliennes et Ariel Sharon qui laissent faire.

    La réflexion terrible sur la responsabilité et les réactions face à l’horreur se mettent en place rapidement, en même temps que le spectateur comprend ce besoin irrépressible des soldats israéliens à oublier ou à se raconter leur propre histoire. C’est d’ailleurs là que la forme rejoint le fond et que Folman porte cette histoire à l’écran pour dire sa vérité. Tout mène à ce travelling final ou le rêve de Folman s’explique dans l’horreur, à travers ses yeux médusés et son attitude d’incompréhension, et où, très brutalement, dans le cri des femmes palestiniennes, l’animation laisse place à des images d’archives terrifiantes et glaçantes dans un silence de plomb. Tétanisant, comme un Auschwitz en miniature. Et Folman d’achever son film sur un uppercut qui fait mal, très mal.

    Valse avec Bachir n’est pas simplement un travail d’une extrême intelligence et d’une force picturale immense, c’est également la réflexion d’un homme sur lui-même et sur son pays, un exercice d’exorcisme véritablement intense. Pour tout dire, un chef d’œuvre.

    Note : 9,5/10

    Meilleure scène : Travelling final avec la transition en images réelles

    Meilleure réplique : « A 19 ans, tu t’es senti coupable, endossant le rôle du nazi malgré toi. »

    Addendum : Pour les personnes intéressées par ce sujet, soyez certain d’une parte de voir Incendies de Denis Villeneuve, et surtout de lire le passionnant et formidable roman, Anima, de Wadji Mouawad.


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  • Après de longues années de paix, la Terre se remet à peine de la première invasion d'une race extra-terrestre insectoïde : les Doryphores. Alors que ceux-ci ont failli éradiquer toute vie humaine sur la planète, c'est le sacrifice de Mazer Rackham, un héros jusqu'alors anonyme, simple pilote de chasse, qui a permit de triompher de justesse. Depuis, l'académie militaire a démarré un programme pour dénicher un nouveau Mazer parmi des enfants surdoués. Le jeune Ender Wiggins en fait parti. Tandis que le colonel Graff lui fait passer le test final, il sait déjà qu'il va intégrer l'académie et tenter de devenir le futur commandant de la Flotte. Car pour l'humanité le temps presse...il semblerait que les Doryphores se regroupent de nouveau !

    Livre culte et grand chef d'oeuvre de la science-fiction, La stratégie Ender de l'américain Orson Scott Card se voit enfin porté sur le grand écran. Malheureusement, c'est un réalisateur de second plan qui s'en charge en la personne de Gavin Hood dont le plus récent fait d'armes est d'avoir "commis" X-Men Origins : Wolverine. Doté d'un budget conséquent et de quelques acteurs renommés (Harrison Ford ou Viola Davis sans parler de Ben Kingsley), La stratégie Ender doit pourtant avant tout compter sur des enfants pour les rôles titres et notamment l'illustre inconnu Asa Butterfield. Sera-t-il capable de relever le défi ?

    Que les fans se rassurent, le principal arc du roman se retrouve dans le long-métrage. En cela, Gavin Hood a voulu vraiment bien faire et retrace, rapidement, les grands événements de l'histoire. Ainsi, on découvre un jeune garçon surdoué mais avec un côté ambiguë prononcé, hanté par son destin et, dans une moindre mesure pour le film, son frère. Tout va très vite dans la Stratégie Ender et, même si l'ensemble apparaît assez clair, notamment pour le néophyte, le gros soucis c'est que tout va trop vite. A peine a-t-on rencontré Ender et sa famille que, très rapidement, il embarque pour l'entrainement. Heureusement, Hood arrive à donner suffisamment d'épaisseur au personnage d'Ender pour le rendre sympathique au spectateur. Mais contrairement au roman, le reste de l'univers n'est qu'effleuré. Le plus gros manque venant certainement de l'ombre jumelle et bien plus noire du frère d'Ender, ainsi que de son destin parallèle machiavélique. Du fait, on a parfois du mal à comprendre la peur d'Ender de devenir comme son sociopathe d'aîné.

    Le même problème de rapidité transparaît dans tout le long-métrage. Ender semble éprouver quelques difficultés mais pas assez. Le spectateur a bien du mal à se rendre compte de la torture mentale et physique endurée par le jeune homme et de son instrumentalisation. Il reste constamment une désagréable sensation de survol, des séquences trop courtes pour réellement convaincre (L'unique discussion entre Graff et Anderson est élogieux sur ce propos). On sent en fait que Hood, malgré son désir de coller à l'histoire originale, a du faire des choix et que la durée du métrage est trop courte. De même, il faut avouer que l'intégration du "jeu" dans le film s'avère assez maladroite et au final, ne sert pas à grand chose. On reste perplexe devant tout cet imbroglio...jusqu'à la toute fin bien entendue.

    L'autre versant, donc, celui de l'académie militaire, bénéficie d'un grand soin et d'un grand respect, notamment les jeux d'arènes, magnifiques et impressionnants. Le gros soucis restant dans cette partie qu'Ender fait un peu petit prétentieux emmerdeur qui crâne devant les autres, ce qui correspond assez mal au personnage en définitive. On notera aussi le moment un peu ridicule des adieux à Bean, avec un salam malikoum très politiquement correct mais incroyablement hors de propos. Mais c'est un détail mineur. A ce titre, l'opposition Bonzo-Ender reste une des grandes réussites du film, de même que le choix cornélien et le dilemme moral d'Ender.

    Les dernières séquences, autour des simulations spatiales, sont esthétiquement impressionnantes mais, comme auparavant, peinent à convaincre vis-à-vis de l'impact qu'elles ont sur Ender. Dans le roman celui-ci est au bout du bout, alors qu'ici on ne le ressent jamais. Seule la fin, identique au livre, offre quelques beaux instants. La rencontre entre Rackham et Ender se fait également en demi-teinte, faute de temps, elle s'avère expédiée... Mais bon. Le plus gros soucis vient d'ailleurs. C'est justement le jeune Asa Butterfield qui, sans être mauvais, n'arrive jamais véritablement à retranscrire Ender à l'écran. Avec une moue presque constamment figé oscillant entre colère et tristesse, le jeune acteur est bien trop monolithique. En face, Abigail Breslin, malgré son temps congru à l'écran, fait bien mieux. De leurs côtés, Ford, Kingsley et Davis assurent ce qu'il faut mais ne brillent pas non plus particulièrement.

    En fait, La Stratégie Ender tombe dans un écueil quasi-inévitable. Hood n'ayant pas le talent nécessaire, il tente, tant bien que mal, de respecter son public principalement constitué de fans du roman. Mais sans la durée nécessaire et en étrillant les intrigues secondaires, il n'arrive qu'à un résultat somme toute bâtard. Pas mauvais mais pas excellent non plus, juste correct. Vite vu, vite oublié au final.
    Dommage.

    Note : 7/10
    En tant qu'adaptation : 6/10

    Meilleure scène : La confrontation finale avec le Doryphore.

    Meilleure réplique : "Ce n'est qu'un enfant"


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  • [Critique] Gone Girl

    A l'occasion de son dixième film, l'américain David Fincher - à qui l'on doit des métrages aussi brillants que Se7en ou The Social Network - adapte un roman de Gilian Flynn, Les Apparences. A mi-chemin entre thriller et policier, le long-métrage, intitulé Gone Girl, a recruté quelques têtes connues pour l’occasion. Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris ou encore Kim Dickens. En spécialiste du genre, Fincher se devait de prouver qu'il avait conservé tout son talent après le décevant Millénium (non pas que le film soit mauvais mais il ne s'agit que d'un remake). Gone Girl possède de solides arguments pour que le roi du thriller conserve sa couronne...

    Un beau jour, alors qu'il s'apprête à célébrer son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne constate que sa femme, Amy, a disparu. Immédiatement, il contacte la police qui ouvre une enquête et fouille son domicile. Alors que les jours passent, les choses s'organisent pour rechercher la disparue. Site internet, numéro d'appel spécial, réunions, battues... tout est fait pour retrouver la jeune femme. Mais bien vite, la police se met à soupçonner Nick, dont le couple trop parfait commence à se fissurer. Derrière cette image trop idyllique se cache un homme plus violent et moins fidèle que ce qu'il veut bien avouer. Peu à peu, l'opinion se retourne contre Nick qui n'a plus d'autre solution que de prouver son innocence avec l'aide de sa sœur, Margo...

    Gone Girl partage beaucoup de points communs avec un des films précédents de Fincher, et cela de façon totalement inattendue. Alors que l'on pensait logiquement que cette histoire de disparition renverrait plus directement à Se7en ou Millénium, c'est à The Social Network que nous fait furieusement penser ce nouveau long-métrage. Pourtant, tout commence comme une enquête policière lambda, à ceci près que des flashbacks autour de la vie de couple de Nick et Amy viennent s'intercaler dans le récit. On constate d'emblée que Fincher n'a rien perdu de sa puissance formelle. Chaque plan et chaque séquence sont pensés, repensés, minutieusement filmés. L'ambiance si particulière qui constitue la marque de fabrique de l'américain se retrouve dès le premier flash-back avec la scène du baiser dans la "tempête" de sucre. Si de ce côté Gone Girl est une pure réussite, il ne faut pas oublier le penchant de Fincher pour déborder largement du cadre imposé. C'est là que l'on en revient à cette ressemblance avec l'acerbe critique générationnelle de The Social Network.

    Outre l'excellente enquête pour retrouver Amy et le coupable de son enlèvement, Fincher en profite pour épingler la société américaine et par extension, la société occidentale. Bien vite surexposé dans les médias, Nick devient un personnage public. Le réalisateur nous montre comment, lentement, Nick passe du rang de victime à accusé pour finir en coupable désigné non pas par la justice... mais par l'opinion publique. Traîné dans la boue par les médias, le mari tombe dans une sorte de jeu de télé-réalité malsain mais tellement révélateur de la nature humaine ainsi que du mode de pensée actuel. Là où la plupart des réalisateurs se seraient contentés de décrire la résolution d'une enquête, Fincher souligne la malhonnêteté des médias et finalement une nouvelle sorte de justice, qui ne tient plus aux lois ni aux avocats que l'on peut se payer... mais à la popularité que l'on peut gagner pour soi. Dès lors, le petit jeu de piste autour d'Amy, extrêmement efficace au demeurant, laisse un goût d’ordinaire face à cette image ignoble de la société moderne. Pour une disparition, on organise des discours, des soirées avec moultes lanternes où des étrangers en manque de sensationnel viennent se faire mousser. Fincher dépeint une époque malade, malade de sa curiosité, de son côté voyeur et surtout esclave de la manipulation médiatique. En quelque sorte, l'américain élargit la focale de The Social Network et démontre que l'horreur de notre époque se trouve bien plus proche que l'on pourrait le penser. Il nous suffit d'un simple miroir.


    De même, Gone Girl brise l'image idyllique du mariage et du "Happily ever after" à l'américaine. Les failles se découvrent vite, les deux époux perdent de leur lustre au fur et à mesure. On découvre la vérité et, sous nos yeux, Fincher déroule une parodie très noire de la vie maritale. Duperie, frustration et coup bas, la belle vie fantasmée n'existe pas, le couple Dunne le montre graduellement jusqu'à un final effroyable, lors de cette interview glaçante qui n'est pas sans rappeler le plan final terrifiant de The Social Network. D'ailleurs, pour ce petit jeu de destruction, Fincher a fait le bon choix en prenant Ben Affleck pour incarner son Nick Dunne. L'acteur reste toujours aussi monolithique mais sert le propos. Il ne dégage pas de franche antipathie mais ne s'arroge pas non plus naturellement notre sympathie, ce qui permet finalement de garder le suspense plus longuement. Le revers de la médaille, c'est que, naturellement, il n'y a pas ou très peu d'empathie pour les personnages, Fincher devenant une sorte de clinicien disséquant les hommes et leur société infâme. Nous ne pourrons pourtant pas éviter de parler de Rosamund Pike, véritable star du film, qui livre ici un prodigieux numéro d'actrice. Non seulement son jeu ne souffre d'aucun défaut et offre quelques fulgurances tout à fait géniales (notamment en fin de métrage), mais en plus parce que son personnage se trouve excellemment capturé par la caméra de Fincher. Ainsi, dans ses flashbacks, elle apparaît comme une image évanescente, quasi-fantomatique, pour devenir bien plus quelconque et terrible dans le reste du film. Le travail de Fincher sur sa place au sein de ses scènes, sur la lumière qui la frappe, tout concourt à bâtir une image diablement captivante de cette femme énigmatique. C'est de loin ce personnage qui remportera la mise... dans tous les sens du terme.

    Encore une fois, Fincher revient à son meilleur. Gone Girl peut non seulement se targuer d'être un thriller-policier tortueux, efficace et mené de main de maître, mais également d'exploser son cadre pour nous offrir une charge sociétale et maritale aussi acérée qu'une lame de rasoir. Fabuleux de bout en bout.
    Longue vie au roi.

    Note : 9/10

    Meilleures scènes : Le baiser dans la tempête de sucre - La scène de sexe avec Neil Patrick Harris - L'interview finale

    Meilleure réplique : "C'est ça le mariage mon amour."






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  • Le court de cette semaine est simplement une petite claque visuelle et, potentiellement, un excellent point de départ pour un jeu ou un film SF.
    Une vrai réussite qui va vous en mettre plein des yeux !



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  • [Critique] Flore


    Jean-Albert Lièvre
    n'en est pas à son coup d'essai avec Flore. Déjà co-réalisateur du Syndrome du Titanic avec Nicolas Hulot, le monsieur décide cette fois de nous livrer quelque chose de beaucoup plus intime. En effet, Flore est un film-documentaire entièrement consacré à la mère du réalisateur, une vieille dame atteinte d'une maladie dégénérative de plus en plus fréquente avec le vieillissement de la population : Alzheimer. Il tente, avec les meilleures intentions du monde, de nous décrire comment, sortie de certains établissements type EHPAD et autres organismes privés, Flore revient à la vie au contact de son foyer, la Corse. Cependant, au-delà de ce simple parcours, Jean-Albert Lièvre propose un autre regard sur la maladie et, sur sa prise en charge. Et c'est justement ici que le bât blesse.


    Grossièrement, Flore se scinde en deux parties. La première retrace la dégradation rapide de la patiente ainsi que de ses fonctions cognitives, mais également son placement institutionnel. La seconde, naturellement, suit la sortie de Flore et son retour en Corse, accompagnée de son fils. D'un point de vue purement formel, le documentaire du français est assez convaincant, très bien monté et c'est, surtout, une très belle déclaration d'amour d'un fils envers sa mère. Il faut avouer que, sur ce versant, qui occupe la plus grosse partie de la seconde moitié du film, Jean-Albert Lièvre livre quelque chose de touchant. Ses efforts pour s'occuper de sa mère, les quelques instants volés entre lui et celle-ci, tout cela constitue une franche réussite. Si tout le documentaire avait pris ce parti, Flore aurait été une magnifique expérience. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

    L'énorme problème de Flore, c'est le regard que porte le réalisateur sur la prise en charge de la maladie. Il dénonce le comportement de certains établissements et fustige l'emploi abusif de médicaments et autres contentions. Seulement voilà, Jean-Albert Lièvre frise la malhonnêteté. Tout d'abord parce qu'il se garde bien de préciser qu'il n'est pas une personne lambda et qu'il dispose d'un sacré salaire pour se permettre de retirer sa mère dans une maison magnifique en Corse entourée de 3 soignants différents pour l'accompagner. Impossible déjà de tenter une généralisation de ce que propose Jean-Albert Lièvre puisqu'en l'état, notre système de santé en serait incapable (imaginez si chaque patient Alzheimer avait 3 personnes pour lui seul... c'est rigoureusement impossible). Rapidement, on constate que le français s'enfonce dans un ton hautain et moralisateur. Oubliant que les hôpitaux, les EHPAD et autres structures ne disposent pas des moyens pour s'occuper comme il le fera de sa mère, il biaise les informations qu'il donne au spectateur.

    Comment réagir, pour un non-soignant, à la mention de neuroleptiques, de sédation ou de contentions ? Comment prendre cette position du réalisateur qui s'interroge sur le fait qu'il n'est pas témoin de l’agressivité de sa mère ? En fait, Jean-Albert Lièvre s'engage de lui-même sur le terrain de la glorification de la médecine allopathique (pas entièrement mauvaise mais insuffisante en soi) sans adopter aucune nuance et ne présenter aucun argument viable. Il ne fait que titiller la fibre émotion-indignation du spectateur qui, s'il n'a jamais eu à traiter une patiente Alzheimer, va croire sur parole des mensonges éhontés. Jean-Albert Lièvre ne dit jamais qu'il est souvent impossible de ne pas recourir à la médication face à l’agressivité d'une démente, ne parle jamais des autres patients qu'elle pourrait mettre en danger ou pire, se mettre elle-même en danger. Le film devient bancal car finalement, en s'engageant dans une pareille aventure de critique du système, Jean-Albert Lièvre révèle qu'il n'a pas les moyens intellectuels ni les arguments pour une telle entreprise. Flore aurait pu être une belle histoire, à prendre comme un cas-miracle et singulier, offrant des pistes de réflexions intéressantes pour la prise en charge, mais non. En jouant la carte de la généralisation sans nuance, en oubliant qu'il possède un salaire que les trois quarts des français ne peuvent se permettre, en oubliant qu'il n'a jamais dû gérer un service, en oubliant que les moyens manquent et que les gouvernements successifs n'ont jamais rien fait, il se trompe de cible. On en arrive à une pseudo-charge contre le monde hospitalier, jamais argumentée, qui donne un arrière-goût de franche malhonnêteté à l'ensemble.

    Malgré de bonnes intentions évidentes, Jean-Albert Lièvre adopte un ton tellement moralisateur dans une bonne moitié de son documentaire qu'il fiche en l'air le sublime témoignage d'amour que constitue son film. A regarder pour cet aspect en oubliant rapidement le reste, qui, malheureusement, est une grosse déception.

    Note : 5/10

    Meilleure scène : Flore qui prend la tête de son fils pour l'embrasser sur le front, en Corse.

    N.B :
    Le film a été vu en avant-première en présence du réalisateur qui a affirmé que cet aspect de charge du système n'était ni intentionnel ni le but premier du métrage.
    Malheureusement, il n'a jamais répondu aux remarques sur la façon tronquée dont il abordait les choses dans son documentaire... tout en affichant une malhonnêteté évidente en laissant entendre que la recherche sur les médicaments curatifs de la maladie n'était, tout simplement, pas nécessaire.
    De quoi douter davantage de la vision offerte par le film...



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  • [Critique] Emergo


    Le cinéma d’horreur-fantastique a connu un certain virage depuis quelques temps autour du Found Footage. Ce style - où l’on suit de façon réaliste la vie des protagonistes au moyen notamment de caméras que tiennent les personnages ou d’autres choses encore du même acabit – a un peu émergé avec le fameux Projet Blair Witch (des ados coincés dans une forêt avec une histoire de sorcières, un film fauché assez médiocre au demeurant mais qui a engrangé des caisses de recettes) pour se voir revigorer d’abord avec la série espagnole [Rec] (très inégale) puis décliner à toutes les sauces depuis la franchise Paranormal Activity (l’arnaque du siècle). C’est encore une fois par le cinéma espagnol que vient la surprise avec ce petit Emergo, un court film de 1h20 à peine qui a fait son chemin dans les festivals mais n’est jamais sorti en France. Mais au fait, pourquoi est-il différent des autres ?

    Eh bien pour plein de (bonnes) raisons. Premièrement parce que le spectateur entre directement dans l’action, contrairement aux Paranormal Activity où l’on s’ennuie ferme durant les trente premières minutes – voir plus – avant d’avoir des choses croustillantes, Emergo nous plonge sans attendre dans le bain. On suit l’arrivée d’une équipe de scientifiques du Docteur Helzer, un expert en parapsychologie, accompagné des jeunes Paul et Ellen. Leur destination ? Un petit appartement miteux d’un immeuble non moins miteux où la famille d’Alan White, un père veuf, doit faire face à des phénomènes inquiétants avec ses deux enfants, Caitlin et Benny. Pas de fioritures ici ou de présentation débile, au bout de 5 minutes, la première manifestation pointe le bout de son nez – et pas à moitié. C’est d’ailleurs une autre différence notable, celle du rythme. Alors que les Paranormal-Activity-like sont d’une lenteur quasi-consternante et ne s’affolent que dans les toutes dernières minutes, avec Emergo, c’est un peu les montagnes russes, alternant quelques accalmies pour poser l’histoire, à de gros pics d’adrénaline bien méchant.

    Ainsi quand ça claque…eh bien ça claque. Tout s’emballe et ce n’est pas juste une cuillère qui change de place. Ici, si on voit un plan fixe, c’est qu’il va se produire quelque chose, pas de faux suspense putassier pour rallonger le film. Une des grandes forces d’Emergo, c’est de tenter un impressionnant nombre de choses au niveau des plans. De la banale caméra à l’épaule à la caméra de surveillance en passant par la caméra frontale ou, beaucoup mieux et génial, le stroboscope. Celui-ci donne la meilleure scène du film, crispante à souhait à mesure que les flashes se suivent. En ne laissant que peu de répit au spectateur, Emergo assure le job, et n’ennuie jamais. De même, l’aspect banal et assez miteux de l’appartement ajoute quelque chose à l’atmosphère, le choix de la belle maison bien clean des Paranormal Activity laissait toujours perplexe sur ce point.

    Enfin, on trouve autre chose que de la frousse et des fantômes dans Emergo.
    Alors que chez les concurrents, on mise sur les scènes du quotidien – super, ils font la cuisine ! Oh ils jouent à la Xbox !! Heureusement qu’on en a fait un film – Torrens donne un fond à son métrage. Certes, celui-ci n’est pas d’une grande originalité – malgré un petit twist appréciable – mais il a le mérite de donner des contours et une épaisseur aux personnages, notamment au Dr Helzer et à Alan White. Outre l’horripilante adolescente, Caitlin, on trouve une petite histoire de conflit familial et de deuil qui finit non seulement par devenir intéressante mais permet notamment une belle scène de confrontation avec le père joué par un Kai Lennow très convaincant. En bref, le dernier avantage d’Emergo, c’est de tenter de proposer une véritable histoire derrière le fantastique et les scènes chocs, et pas du vide ou du pseudo-mystérieux. Le film comprend mieux que s’il veut arriver à impliquer un minimum le spectateur, il faut lui donner du concret, et ça change énormément les choses. Tout le volet sur les explications données par le docteur s’avère pas mal trouvé non plus, rien d’extraordinaire, mais assez drôle au second degré par son scepticisme obsessif.

    Ramassé sur une courte durée, mené à toute vitesse, Emergo a le mérite de ne pas prendre juste son public pour des vaches à lait. En proposant une histoire agréable à suivre, en multipliant les tentatives de mise en scène dans un cadre tout sauf propret, Carles Torrens donne ce que l’on appelait jadis une bonne série B sympathique en faisant par-là même le meilleur représentant du genre Found Footage avec son sous-estimé parent [Rec] 2. A découvrir – dans le noir.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Le Stroboscope !!!!

    Meilleure réplique : « They’re many of us. »
     
     

     


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  • [Critique] Les Amours Imaginaires


    Un an après sa révélation au Festival de Cannes grâce à J'ai tué ma mère, le québécois Xavier Dolan récidive avec un nouveau long-métrage intitulé Les Amours Imaginaires. Réalisateur, scénariste, monteur, producteur et même responsable des costumes du film, Dolan dispose cette fois de moyens plus importants et décide de se réserver un des rôles principaux par la même occasion. Sélectionné dans le panel d'Un Certain Regard, il remporte une nouvelle fois le Prix Regard Jeune mais laisse la critique moins subjuguée. Pourtant, Les Amours Imaginaires laisse libre court au génie du québécois et explore une nouvelle thématique cher à son auteur : les relations amoureuses. Un film qui, en tout cas, ne laisse personne indifférent une fois de plus.


    Il sont deux amis : Marie et Francis. Un jour, ils rencontrent un beau jeune homme prénommé Nicolas au cours d'un dîner. Immédiatement, c'est le coup de foudre...pour tous les deux ! S'engage alors un jeu de séduction qui va mettre à rude épreuve l'amitié des deux comparses et déchaîner leurs passions les plus secrètes. Pour ne rien arranger, Nicolas se comporte de façon totalement ambiguë et les choses se compliquent rapidement quand Marie et Francis s'affrontent sans le dire pour décrocher l'attention et le cœur de Nicolas. Mais celui-ci est-il vraiment aussi intéressé que semblent l'être ses deux prétendants ? 

    Avec Les Amours Imaginaires, la patte Dolan d'affirme. Comme dans J'ai tué ma mère, on retrouve sa réalisation clippesque et souvent poseuse, un style qui en rebutera à coup sûr plus d'un. Pourtant impossible de nier le génie de mise en scène du québécois. Encore une fois, il utilise tous les moyens à sa disposition et va bien plus loin que ses confessions face caméra de son précédent long-métrage. Cette fois, il intercale carrément des séquences "témoignages" entre les différentes parties de son récit. Des inconnus qui n'ont aucun rapport avec l'histoire y parlent de leurs relations amoureuses, souvent fantasmées, parfois masochistes, mais surtout toujours empreintes d'un certain humour incisif qui domine par ailleurs tout le long-métrage. Pour sa plongée dans un triangle amoureux adolescent, Dolan refuse la facilité. Il ne s'agit pas tant pour lui de nous faire le coup classique du film hollywoodien de base que de révéler le bouillonnement intense qui agite le cœur et la tête de nos jeunes amis. Encore une fois, le film refuse de disserter sur l'homosexualité ou de s'y étendre longuement. Francis est homosexuel, voilà, point. Dolan l'emploie encore comme un rouage de son film plutôt que comme un étendard encombrant, évitant directement la caricature. De l'autre, il y a Marie, à la fois faible et forte, femme au caractère bien trempée et délicieusement fondant face au charme de Nicolas. Le trio d'acteurs formé par Dolan/Schneider/Chokri fonctionne à merveille dès les premiers instants. Elle, plutôt vintage et rêveuse. Lui, volontiers effacé. Nicolas, le troisième larron, offre un contraste saisissant en ce sens que l'inconscience de la puissance qu'exerce son charme sur Marie et Francis lui confère une confiance et une assurance très drôle, surtout comparée à la gêne des deux autres.

    En effet, contrairement à J'ai tué ma mère, Les Amours Imaginaires est un film très drôle. Non pas que Dolan s'abaisse à faire de l'humour à l'américaine, non. C'est la confrontation entre Marie et Francis, que seul le spectateur peut pleinement apprécier, qui procure de délicieux moments de coups bas et de piques en tous genres. Dolan excelle à figurer la perte de raison qu'entraîne le souhait incandescent des deux jeunes occupés à gagner le cœur de leur fantasme sur pied. Car c'est bien d'un fantasme que parle le québécois, celui qu'éprouve autant Francis que Marie et qui les pousse à se surpasser. Dans cette collision amoureuse, le moindre geste de Nicolas devient une invitation et déchaîne les fureurs muselées des amants éplorés. D'une façon tout à fait étonnante, Dolan laisse une grande violence parcourir son film. Aucune joute verbale à la J'ai tué ma mère, mais une violence rentrée, dissimulée qui surgit finalement dans une scène qu'on attend depuis le début de ce petit jeu de séduction. Le tour de force véritable du réalisateur québécois, c'est de capter l'essence des premiers émois, du premier coup de foudre et de décrire avec une minutie remarquable les déceptions et peines de cœurs qui découlent de cette irrépressible envie de "grand amour". Peu importe le gagnant dans Les Amours Imaginaires, ce qui importe c'est le jeu et la façon qu'aura chacun de l'aborder, de se l'approprier. Cette fièvre adolescente est capturée avec une précision et un talent qui ne peuvent que forcer le respect.

    Pour magnifier et donner de la profondeur à son propos, Dolan a donc recours à ces témoignages face caméra qui donnent une universalité à son film et offrent des histoires dans l'histoire au spectateur. Bien sûr, il n'oublie pas sa bande-originale, usant et abusant une nouvelle fois de morceaux improbables tels que Bang-Bang par Dalida dès que ce prépare la rencontre des trois héros de l'histoire ou un délicieux morceau de The Knife qui côtoie sans hésiter le 3ème sexe d'Indochine. Une nouvelle fois, la musique épouse le thème, épouse l'atmosphère et les sentiments que dégagent le long-métrage. Dolan ne rechigne jamais à mettre en scène des ralentis musicaux qui symbolisent autant l'attente que l'impatience de ces moments qui semblent intemporels. De même, il joue avec les couleurs et fait ainsi naître des tableaux, de vert, de jaune, de bleu... où les corps s'enchevêtrent, s'embrassent, se consument. Québécois joue à peindre son film et ne cesse jamais de surprendre dans son audace stylistique. On ne pourra d'ailleurs pas décemment terminer et conclure cette critique sans parler du caméo succulent d'Anne Dorval à contre-pied total de son rôle précédent, ni de cette fin toute en ironie et en symbolisme. Chez Dolan comme dans la réalité, le jeu des amours imaginaires ne connait pas de fin, le besoin d'aimer ne cesse jamais...

    Confirmation brillante du talent et de l'audace de Xavier Dolan, Les Amours Imaginaires dresse un portrait saisissant et drôle des premiers émois amoureux. Entre fantasme et réalité, les amants de Dolan se percutent et s'affrontent avec toute la fougue de l'adolescence et l'intensité que seul l'amour peut provoquer. 
    Délicieux.

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : Toutes les multiples rencontres des trois amies - Le final - La caméo d'Anne Dorval

    Meilleure réplique :
    "En tout cas, moi c'est pas vraiment mon genre..."
    "Hmm...Moi non plus"

    La critique de J'ai tué ma mère ici.
    La critique de Mommy ici.


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  • [Critique] Horns

    Le français Alexandre Aja s'était fait plutôt discret ces derniers temps. Après un Piranha 3D jouissif mais limité, il avait trouvé le temps de s'occuper du scénario de Maniac. Grâce à Cornes, le roman de l'américain Joe Hill (le fils de Stephen King), le réalisateur continue l'exploration de son genre préféré : l'horreur/fantastique. Pour cette nouvelle expérience américaine, il recrute Daniel Radcliffe, qu'on pensait disparu depuis La Dame en Noir.
    Aja peut-il revenir au niveau de son excellent La Colline a des yeux ? Une question cruciale car il faut bien avouer que le français a grandement besoin d'un second souffle. 

    Iggy Perish vit harcelé par les journalistes. Non pas qu'il soit réellement une célébrité, non. Il est surtout le principal suspect (voir coupable désigné) dans le meurtre de Veronica, son ex-petite amie. Désespéré mais bien déterminé à prouver son innocence, Ig se fait défendre par un de ses meilleurs amis, Lee Tourneau, et épauler par son frère Teddy. C'est dans ces circonstances qu'il se réveille après une soirée trop arrosée. Tout semble comme d'habitude jusqu'à ce qu'il se rende compte que des cornes lui poussent sur la tête ! Effrayé, il décide de se rendre au médecin le plus proche et constate que ses nouveaux attributs lui permettent de faire avouer les plus sombres pensées aux gens qui l'entourent. Dès lors, Iggy entreprend de retrouver le véritable assassin de Veronica.

    Tout commence très bien pour Horns avec les bases de l'intrigue qui sont rapidement et habilement posées, le personnage d'Ig très bien interprété par un Daniel Radcliffe bien plus convainquant que ce à quoi il nous avait habitué et surtout des traits d'humour certes parfois potaches, mais relativement hilarants. Dans un premier temps, Horns fonctionne très bien et la réalisation d'Aja retrouve un peu du mordant qu'elle avait à l'époque d'Haute Tension ou de La Colline a des yeux, bien aidée par des effets spéciaux au poil. Mais vous l'aurez deviné, les choses se gâtent rapidement. D'abord au niveau du rythme du film qui se retrouve brutalement coupé dans son élan par un flash-back interminable et qui aurait mérité de franches coupes. Ensuite parce que le récit s'embourbe progressivement dans une enquête que seul le pouvoir d'Iggy rend originale. Le reste n'est rien de plus que très banal. Ce souci-là ne fait que s'accentuer au fur et à mesure des tribulations du héros si bien qu'on a très bien deviné qui est le tueur à la moitié du film...qui va pourtant traîné en longueur jusqu'à la résolution finale au moyen de diverses péripéties poussives (la punition du frère, franchement inutile).

    Mais le pire n'est pas là. Si Horns se regarde sans déplaisir et qu'il ne souffre que de rares temps morts dans son intrigue, il finit par s'écrouler dans ses derniers instants et un final aussi peu cohérent que grand-guignol. Complètement ridicule, l'affrontement des principaux protagonistes tourne à la blague potache à base de tête éclatée et de punition divine/diabolique. Le pire pourtant se trouve ailleurs, entre les lignes. Arrivé ici, on se demande qui, de Joe Hill ou d'Alexandre Aja, donne cette espèce de morale puritaine puante au long-métrage. Parce que malgré ses dehors de récit politiquement incorrect avec son héros au look diabolique, Horns est, sans conteste possible, habité par un sous-texte catholique bien pensant insupportable. On suit tout de même l'histoire d'un "ange déchu" qui fait tout pour se repentir et puni en fin de compte le vrai diable qui n'en a pas les atours. On échappera pas à la belle happy-end et au paradis, ni au repentir bienveillant du frère couard ou la mort de l'homosexuel refoulé. C'est d'ailleurs autour de ce personnage que la chose est la plus évidente et franchement, la plus répugnante. Lorsque qu'un Ig ressemblant au Diable encourage les deux flics homosexuels à passer à l'acte en leur affirmant qu'on leur a toujours défendu cet acte alors qu'il est parfaitement humain, la première réaction serait bien entendu d'en rire. Mais quand on comprend aussi que dans le même temps, en catimini, le réalisateur et/ou l'écrivain montre que la relation homosexuelle est encouragée par le diable, qu'il s'agit bel et bien d'un péché... On flaire le message caché franchement répugnant sous couvert de l'humour. Lorsque l'on y réfléchit ensuite, on s'aperçoit qu'exceptée l'apparence d'Iggy, Horns est surtout une brochure pour un mode de vie rangé et traditionaliste. 

    C'est d'autant plus ennuyeux que peu de choses viennent rattraper le récit. La BO, excellente au demeurant, ne suffit pas à faire oublier que les personnages secondaires sont traités maladroitement...Sans parler de Veronica, interprétée par une Juno Temple larmoyante, enfilant les gros clichés de la femme-objet, uniquement là pour jouer la tentation et la belle amante éplorée. Quand on pense aux fabuleuses personnalités féminines offertes par Mommy, Horns fait peine à voir. Au final, seul le personnage de Radcliffe bénéficie du soin nécessaire et c'est un peu lui qui porte le film sur ses épaules, un film trop long et dépourvu des promesses que son synopsis annonçait. Débarrassé de sa gangue puritaine et bénéficiant d'une intrigue mieux agencée et épurée, il est certain que le long-métrage d'Aja aurait été d'un tout autre niveau. En l'état, il est un beau ratage qui s'écroule sur lui-même comme un château de cartes.

    Peut-être serait-il temps pour Aja de revenir à des films plus personnels et au budget plus restreint. Horns agace et déçoit, faisant passer son public du rire à la consternation. Seul Radcliffe tire son épingle du jeu et prouve qu'il peut maintenant réellement passer à l'après Harry Potter.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : La sortie du bar en musique.


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