• Pour le retour de la rubrique du Court-métrage du dimanche, un petit plaisir SF bien noir et mélancolique avec le destin d'un robot désespérément seul dans un Paris abandonné.
    C'est 100% Français, réalisé par Isart Digital, et surtout 100% excellent !

    "Salut, je m'appelle Léo. Viens jouer avec moi s'il te plait"


    votre commentaire
  • [Critique] Birdman
    Meilleur Film Oscars 2015
    Meilleur Réalisateur pour Alejandro Gonzalez Inarritu Oscars 2015
    Meilleur scénario original Oscars 2015
    Meilleur acteur dans une comédie pour Michael Keaton Golden Globes 2015
    Meilleur Film Independant Spirit Awards 2015
    Meilleur Acteur Independant Spirit Awards 2015
    Meilleur réalisateur Directors Guild of America Awards 2015
    Meilleur ensemble d'acteurs Screen Actors Guild Awards 2015
    Meilleur film Producers Guild of America Awards 2015

    Non, Guillermo Del Toro n'est pas le seul mexicain à avoir réussi à percer aux USA. La dernière cérémonie des Oscars l'a d'ailleurs prouvé de façon tout à fait éclatante. Alejandro Gonzalez Inarritu peut désormais se targuer d'avoir empoché le précieux sésame au nez et à la barbe de Benett Miller ou de Clint Eastwood. Si ce nom ne vous dit rien, c'est peut-être parce que le bonhomme n'avait pas encore la publicité dont il a bénéficié grâce à l’irrésistible ascension de son dernier film, Birdman. Après le magnifique 21 grammes, Inarritu avait connu une baisse de régime avec Biutiful, beaucoup moins bien accueilli par la critique. Pour son dernier film, le mexicain s’est entouré d'une remarquable brochette d'acteurs, tout en se payant le luxe de ressusciter un Michael Keaton qu'on n'espérait plus. Véritable triomphe pendant la saison des Oscars, Birdman a donc logiquement consacré Inarritu en tant que meilleur réalisateur. Un titre mérité ?

    Mondialement connu pour son rôle de super-héros dans le film Birdman, Riggan Thomson est devenu ce que l'on peut appeler un has been. Il vivote de petits rôles en petits rôles, jusqu'au jour où il décide de monter sa propre pièce à Broadway. Malheureusement, son étiquette de super-héros lui colle à la peau et la critique comme ses collègues ont du mal à voir en lui le véritable artiste qu'il est. Pour tâter le terrain, il organise des séances de répétitions générales ouvertes au public pour tester le potentiel de sa pièce. Entre acteurs névrosés et vieux démons, Thomson doit aussi gérer sa propre vie privée et notamment sa fille Sam. Peut-il vraiment redorer le blason qui fut le sien ou devra-t-il éternellement vivre dans l'ombre de son alter-ego héroïque ?

    Pour mettre en scène Birdman, Inarritu opère un choix audacieux. Il filme en effet tout en un seul plan-séquence. Comprenez qu'il n'y a jamais de coupure dans son montage et que la caméra glisse sur les personnages pour suivre l'action. Cet exercice de style aussi casse-gueule que réjouissant parvient à immerger le spectateur au plus près des acteurs qu'il va côtoyer pendant plus de deux heures. Mais cette forme maîtrisée de bout en bout ne doit pas faire oublier que le petit jeu du mexicain a un but précis. Nous y reviendrons plus tard. Il faut d'abord parler de la mise en abîme sur laquelle joue Inarritu en recrutant Keaton pour interpréter son premier rôle. Cet immense acteur a en effet disparu des écrans depuis son rôle de Batman chez Burton. Depuis, il n'a cessé de vivre dans l'ombre et n'a jamais, jusqu'ici, retrouvé l'occasion de prouver son talent. Forcément, incarner Riggan Thomson, un acteur piégé par son rôle mythique du super-héros Birdman, n'a rien d'innocent. Le Mexicain s'amuse à infiltrer le réel dans la fiction et le résultat, pour peu que l'on connaisse un peu l'histoire de Keaton, est brillante. Cette première pierre permet de poser l'édifice critique du système que livre Inarritu dans Birdman.

    Avant d'être un film comique, Birdman est avant toute chose une grinçante satire du monde du cinéma et du théâtre. On y croise un acteur tellement fan de la méthode actor's studio qu'il en devient incapable d'être lui-même - génialissime Edward Norton -, un agent qui ne pense qu'à faire du chiffre et du sensationnel avec un Galifianakis inattendu mais savoureux, ou encore une critique professionnelle tellement certaine qu'elle va détester une oeuvre à l'avance qu'elle promet de la fusiller sans même l'avoir vue. Caricature en plusieurs actes du tout Hollywood, Inarritu flingue la performance d'acteur pour mettre au centre un individu plus effacé mais tellement plus poignant en la personne de Riggan Thomson. Michael Keaton, extraordinaire de bout en bout, fera taire toutes les mauvaises langues et touche au plus juste. Sa prestation aurait dû d'ailleurs en toute logique lui valoir l'Oscar. Il est donc confronté à diverses personnalités aussi étranges que pathétiques qu'Inarritu tourne en dérision avec un plaisir non dissimulé. Il aime également à fusiller l'intelligentsia établie qui ne supporte pas qu'une oeuvre puisse être bonne, avoir du succès et être produite par quelqu'un qui n'est pas de leur bord. Sur ce point, Birdman assure.

    Lorsque le film se met à aborder le problème existentiel de l'identité, il passe à la vitesse supérieure. La schizophrénie du héros principal ne fait, dès le départ, aucun doute. Inarritu n'épargne donc pas non plus son principal personnage. Faut-il être un peu fou pour devenir acteur ? Certainement, semble répondre le réalisateur. Après tout, difficile de ne pas l'être en passant son existence entière dans la peau d'un autre. Où s'arrête la comédie et où commence l'identité, le soi ? C'est une des problématiques abordées avec succès par Birdman qui va au fond des choses au cours d'une fabuleuse séquence où le fameux Birdman prend vie. Inarritu continue dans le même temps sa critique en règle du cinéma moderne et va jusqu'à viser le spectateur lui-même, drogué au blockbuster, incapable d'apprécier une vraie réflexion et un vrai fond sans un tas d'explosions ou de surenchère pyrotechnique. Et si les coupables de la déchéance de Riggan/Keaton, c'était nous ? Bien évidemment, le film prend plaisir à tancer gentiment la nouvelle mode du super-héros en rappelant que ceux qui ont auparavant tenté l'entreprise dans les années 80 étaient les vrais pionniers. Ceux qui prenaient tous les risques à une époque où le super-héros était kitsch. 

    Enfin, là où Birdman achève de convaincre de son statut de petite pépite, c'est lorsqu'il intrique l'émotionnel d'un Keaton condamné à se brûler les ailes et la lecture mythologique du film. Revenons-en donc comme promis à ce procédé du plan-séquence où la caméra glisse sur les murs, se tourne et se retourne, happant les acteurs au passage. Pourquoi un tel choix au final ? Pas du tout pour le côté clinquant de la chose - ou pas que du moins - mais pour donner la sensation de se perdre dans les couloirs de ce théâtre asphyxiant, entre les murs sans vie et les loges culs-de-sac. Le cheminement de la caméra donne une allure de labyrinthe au récit, où Riggan se retrouverait piégé, incapable de dépasser sa propre condition d'acteur has been. Evidemment, Innaritu ne s'arrête pas là et l'on comprend rapidement que Riggan n'est pas simplement un double de Keaton mais également un Icare en puissance, prêt à se brûler les ailes pour connaître la gloire. Ce n'est pas rien si le final se place en dehors du théâtre, laissant entendre qu'il a appris à voler, s'extirpant du labyrinthe de Dédale comme le héros de la mythologie grecque. Roublard, Inarritu ne nous dira pas s'il finit de la même manière, laissant le sourire de la malicieuse Emma Stone nous donner une indication précieuse. C'est donc bien un petit tour de force pétri d'intelligence que nous livre le réalisateur mexicain.

    Avec sa triple mise en abîme réalité/fiction/mythologie, Birdman jouit de l'intelligence d'écriture fantastique d'Alejandro Gonzalez Inarritu. En y ajoutant une pléiade d'acteurs truculents, un humour caustique au service d'une critique acerbe du cinéma moderne ainsi qu'une maestria indéniable dans sa mise en scène, le long-métrage s'impose naturellement comme le vainqueur logique des Oscars. Birdman constitue certainement le film le plus intéressant dans le fond et dans la forme de ce début d'année, aux côtés du grandiose Foxcatcher.

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : L'altercation avec la critique - Birdman devenant un blockbuster

    Meilleure réplique : "Let's make a comeback"

     

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Virunga
    Nommé Oscar du Meilleur Documentaire 2015

    Après le remarquable Act of Killing de Joshua Oppenheimer, c'est un autre documentaire formidable qui s'est vu boudé aux Oscars cette année. Éclipsé par le très politique CitizenFour, Virunga n'en reste pas moins une oeuvre incontournable ces derniers temps dans les festivals. Réalisé par le britannique Orlando von Einsiedel, le documentaire a connu un essor rapide dès après sa reprise par Netflix qui en a même fait un argument de vente majeur en France. Malgré son échec au Theatre Dolby, Virunga a en quelque sorte déjà gagné puisqu'il a le mérite d'attirer l'attention sur des événements cruciaux se déroulant au Congo, dans le parc éponyme. Plus qu'un plaidoyer écologiste, le documentaire s'affirme comme une enquête à charge au contenu révoltant. 

    Après une courte mais informative séquence d'introduction brassant documents d'époque et jalons historiques du Congo, Virunga nous entraîne sur la trace des gardes d'un des plus grands parcs du pays, le fameux parc Virunga. Von Einsiedel nous fait découvrir la vie des rangers qui luttent, envers et contre tous, pour préserver ce sanctuaire extraordinaire. A leur tête, Emmanuel de Merode, un belge de la famille royale, directeur du parc et dernier rempart incorruptible contre le mal qui se répand dans tout l'est du Congo. Pourtant, il ne serait pas grand-chose sans le courage insensé de ses hommes dont quelques-uns sont également mis en avant, tel que Andre Bauma, à la fois ranger de Virunga et principal gardien du centre d’accueil des gorilles orphelins. Tous ces hommes décident, avec la complicité d'une journaliste indépendante française, Mélanie Gouby, de dénoncer le funeste destin qui semble étendre son ombre sur leur parc.

    Virunga, une des plus grandes réserves naturelles du Congo, est en danger. En grand danger. Au lieu de nous livrer une simple vision des derniers gorilles des montagnes, Orlando von Eisendel les inclut dans un combat bien plus vaste, celui d'un pays entier par le prisme d'un parc naturel qui cristallise l'âme et l'avenir de ce fier pays. L'entreprise s'avère bien plus forte qu'escomptée de prime abord et explique l'immense bourbier politico-économico-militaire où se retrouvent piégés les villageois et le parc. D'un côté un gouvernement corrompu, de l'autre des rebelles qui ne rêvent que de conquête et d'argent. Dans l'ombre pourtant, se trouve une multinationale pétrolière britannique, SOCO, qui joue au diable avec les différents partis pour un seul et unique but : l'argent de l'or noir. Virunga devient alors une enquête policière et une véritable charge contre l'horreur de l'exploitation par les blancs du continent africain, encore et toujours.

    Mélanie Gouby n'hésite pas au cours de ce documentaire à donner de sa personne en se mettant clairement en danger. Son courage et sa force permettent pourtant à Virunga de révéler la corruption, le racisme le plus primaire et la haine la plus barbare. On découvre alors de véritables ordures (aucun autre qualificatif ne peut convenir) comme le français Julien Lechenault, parangon du blanc condescendant, raciste au dernier degré et dont la cupidité n'a d'égale que l'immoralité. Virunga va bien plus loin que son postulat de départ ne le laissait penser et met en lumière l'horreur qui se joue avec la complicité des Occidentaux. L'intelligence de la démonstration permet de se rendre compte de la totale inhumanité qui règne dans cette partie du monde, broyant hommes, femmes, enfants... et animaux. Parce que même si Virunga se fait brûlot politique, il n'oublie pas, au milieu de tout ça, les merveilles naturelles qui tentent de survivre dans la folie des hommes.

    Von Einsiedel filme avec parcimonie mais toujours en replaçant judicieusement ses scènes, les derniers gorilles des brumes. On les découvre principalement dans le centre d’accueil pour quatre orphelins victimes du braconnage. En quelques instants, les gorilles et leur gardien, Andre Bauma, deviennent à nos yeux une vraie famille. On retrouve dans leurs relations si particulières plus d'humanité que dans une très grande partie du film. Les gorilles jouent, cajolent, émerveillent. Ils sont les vrais joyaux du pays, bien plus importants que tous les monceaux de minerai et de pétrole du sous-sol congolais. En y ajoutant la sidérante beauté du parc Virunga ainsi que les touchantes images des gorilles dans leur habitat sauvage, le documentaire devient poignant. Il prouve avec une facilité étonnante que la beauté se trouve bel et bien sous les yeux des hommes.

    Même si Virunga reste un documentaire, il arrive à monter en puissance tout du long pour culminer dans la terrible attaque de fin où le spectateur tremble avec les rangers. Reste alors à entendre les paroles de Mélanie Gouby, de ne pas oublier le documentaire sitôt celui-ci terminé. L'implication des différents intervenants, de Emmanuel de Merode à Mélanie Gouby, en passant par Rodrigue Katembo, donne une immense portée à Virunga. Dès lors, impossible de comprendre l'échec aux Oscars, tant Virunga semble relever de l'essentiel. Espérons simplement que l'engouement populaire portera le documentaire sur le devant de la scène, il le mérite amplement.

    Au-delà d'une simple description d'un parc sublime, Virunga dénonce avec force SOCO et ses sbires, la corruption, le racisme et tout simplement la nocivité de l'argent. Orlando von Eisendel nous offre quelque chose d'essentiel et d'intime, qui touche, qui révolte, bref qui ne laisse personne indemne. Un documentaire brillant.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Andre Bauma avec les gorilles.

    We will not go 

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • Il y a un certain temps maintenant sortait le premier film d'une nouvelle franchise adaptée de romans adolescents. Nouvelle poule aux œufs d'or pour le studio Lionsgate, Hunger Games se payait même le luxe de réunir l'excellente Jennifer Lawrence et le trop rare Woody Harrelson. Seulement voilà, malgré un background qui semblait intéressant dans les dix premières minutes, le film accumulait les tares et finissait par se vautrer dans une niaiserie trop commune. Recruté pour la suite, le réalisateur de Constantine, Francis Lawrence, avait la lourde tâche de faire mieux, chose ô combien difficile vu le matériel de base. Avec ce second volet, intitulé L'embrasement, le ton est donné.

    Alors que Katniss a remporté avec Peeta les derniers Jeux en refusant de s'entretuer, elle est involontairement devenue un symbole pour les districts opprimés par le Capitole. De plus en plus de personnes se levant contre l'autorité établie, le président Snow décide de rappeler directement à l'ordre la vainqueuse avant sa tournée de "triomphe". Malheureusement, malgré les menaces, la chose tourne court et rapidement des nouveaux jeux "exceptionnels" sont organisés. Katniss et Peeta se retrouvent de nouveau confrontés à la brutalité de l'arène.

    Hunger Games 2 est l'archétype du film, et même plus loin, d'histoire, qui se fiche de son public/lectorat. Mais pourquoi ? Premièrement parce que pendant près d'une heure, le film brasse du vide, avec deux seuls axes : les Districts vont se révolter car Katniss a fait naître l'espoir et Katniss est traumatisée d'avoir tué. Le résultat est d'une lourdeur et d'une répétitivité... Katniss crie puis pleure puis re-crie (elle fait des cauchemars faut dire) et au final va ENFIN assumer son rôle de symbole à contre-cœur (Oui, du JAMAIS vu au cinéma, JAMAIS, quel coup de théâtre !). A côté, le président Snow vient rappeler ce qui s'est passé à la fin du premier et faire le méchant très très méchant, pour les deux du fond qui n'auraient pas suivi. On retrouve des personnages connus, Haymich qui...ben qui boit et Peeta qui est toujours aussi...tête-à-claques (au-delà de son nom d'association de défense des animaux, il est un peu le Edward de Katniss...a moins qu'il ne soit Jacob ?). Mais au-delà de ça, c'est surtout le fait que le film n'a rien à dire de neuf, tous les éléments, absolument tous, ont déjà été vu dans le précédent et il ne fait que rabâcher encore et encore dans la longuuuuuuue attente que les districts se révoltent. Alors bien entendu, on a le droit à la séquence d’exécution sommaire par les militaires pour insister sur le côté totalitaire de la chose, quelque fois qu'on aurait pas tout à fait compris. Mentionnons au passage la cohérence des sanctions dans l'univers de Hunger Games : lever la main en sifflant comme un symbole de mécontentement = une balle dans la nuque, agresser physiquement un commandant militaire = coups de fouet. A ce rythme, tuer le président sera passible de fessée.

    Mais passons car il y a bien d'autres choses à dire puisqu'intervient ensuite une nouvelle séance de jeux (absolument pas prévisible d'ailleurs) donnant à Katniss et Peeta l'obligation de recombattre...Avec la rencontre des autres candidats...et les auditions...et le défilé....Ce qui fâche totalement avec ce second volet, c'est qu'en fait c'est un Hunger Games bis. Exceptées la toute fin et les durées relatives, on a droit à la même trame scénaristique. Les districts et les conditions de vie horribles - la sélection - la parade - les auditions - l'arène. Voila. C'est génial. Pour que ce soit moins voyant, on a changé des choses, exit les novices, que des experts... et une nouvelle arène. Ce qui ne change pas, par contre, ce sont les jeux. Copie éhontée à la base du principe de Battle Royal, les Jeux voient de jeunes gens (et même une vieille d'ailleurs,mais faut dire qu'elle remplace la petite black pour le côté émotion) s'entretuer joyeusement. Enfin, il faut le dire vite. Un ou deux morts puis hop, 2 équipes et voilà. Oui. Au moins Battle Royale était ultra-fun. Ici, c'est surtout une séance hardcore de Koh-Lanta. Incapable de construire un jeu de roulette russe efficace entre humains, il faut faire appel à des pièges. Jusqu'à une troupe de babouins enragés...(Soupir). On passera aussi sur le gaz toxique lavable à l'eau (qui vaut bien la crème réparatrice express d'une blessure profonde du premier volet) et au milieu de ça bon, y'a des morts (non pas le spectateur, pas encore).

    Le gros soucis de beaucoup de films récents made in Hollywood, c'est de faire mourir des personnages dont, en gros, on a rien à faire. Après la reine de Thor, voici donc la fille camouflée dont on ne sait rien qui meurt. Super. C'est un peu comme si on avait introduit Ned Stark en 30 mn dans l'avant-dernier épisode de Game of Thrones avant de le décapiter dans le même épisode. On en aurait rien eu à faire non plus. Tout tombe à plat parce que tous les personnages importants ne peuvent pas mourir (ben oui, y'a une suite quoi!) et que les nouveaux sont introduits avec une vitesse épatante. "Bonjour, vous voulez m'apprendre à faire des hameçons ? Moi je vous entraîne à l'arc !" "Oui le mec au torse huilée aime beaucoup cette vieille dame". Bim. Morte. Okay...Bon ensuite, pique-nique sur la plage ? Le principal problème des jeux, c'est que c'est immensément chiant. Là où Battle Royal était ultra-jouissif, le besoin d'édulcorer le contenu pour les adolescents rend le tout affligeant de nullité. Hunger Games 2 finira enfin sur un cliff, en fait c'est un peu l'unique bonne chose du film, vous allez attendre 2h20 pour ça et vous en profiterez 7 minutes.Voilà. Au revoir, à l'année prochaine. Sérieusement...

    De même, certaines tares du premier subsistent, surement dû au matériel de base d'ailleurs. On retrouvera le Capitole où tout le monde s'habille en drag queens, ce qui risque, forcément, de gravement crédibiliser la science-fiction auprès du grand public. Mais aussi le même manque de finesse dans la situation : le Capitole c'est LE MAL, les districts (donc les pauvres) c'est le BIEN. Idem, ça fait deux films que l'on se demandent pourquoi depuis près de 70 ans les Districts ne se révoltent pas tous d'un coup vu que, sans eux, pas de nourriture, pas d'énergie...Après le Capitole peut tous les tuer mais c'est un peu hautement improbable. Et ça l'est toujours là... Mais mais !!!! Attention, il reste aussi le triangle amoureux. Attention, prenez une grande inspiration ! Etttttttttt Top : Katniss aime Gale mais en fait elle doit faire semblant d'aimer Peeta pour que l'illusion tienne et que ses parents ne meurent pas tuer par Snow (Le président, pas Jon), donc elle embrasse Gale dès qu'elle le revoit et Peeta aussi, mais c'est pour de faux, pourtant loin de Gale pour les jeux, elle tombe amoureuse de Peeta qu'elle ne doit PAS aimer, ben oui elle a un copain, Gale, mais Peeta est beau malgré son regard de homard et en plus il vient dans les jeux LUI, alors que Gale dort sur une table de cuisine pour trois coup de fouet, donc en fait son faux-amour devient un vrai-amour mais son vrai-vrai amour est resté en arrière et on sait pas qui elle va choisir. Ouffff. Ça vous rappelle quelque chose en gros ? Un indice, ajoutez un loup-garou et un vampire qui brille ? Bon. Inutile de dire à quel point c'est assommant de niaiserie et de prévisibilité (même si un instant on croit qu'elle va se taper Finnick, le mec qui frime torse nu mais non, c'est la femme de deux hommes, pas de trois, faut pas déconner).

    La réalisation de Lawrence n'a en soit rien de désagréable et Jennifer Lawrence assure le show (malgré quelques grosses séquences de surjeu...), sans compter le fait que Philip Seymour Hoffman a rejoint le projet (Il avait des facture à payer certainement), Hunger Games 2 est d'une médiocrité harassante. Au fond, ce qui est le plus insupportable depuis ces adaptations de franchises pour adolescents, entre Harry Potter et Twilight, c'est qu'à chaque fois elles croient inventer la roue. Pour Hunger Games, c'est peu ou prou pareil. Le grand thème de l'oppression du peuple pauvre par les riches est vu et revu (et surtout récemment avec l'excellentissime Snowpiercer qui est VRAIMENT noir et qui sublime son idée de départ) en meilleur d'ailleurs bien souvent. De même, l'idée de télé-réalité aussi, l'arène avec la forme de son dôme n'est pas sans rappeler un certain Truman Show. Le pire semble être le message de l'histoire qui incite les gens à réfléchir sur l'illusion qu'on leur sert pour ne pas voir les vraies choses importantes alors que le film fait la même chose dans sa non-originalité et sa frilosité. Un beau paradoxe.

    Finissons-en donc, puisque Hunger Games n'embrasera pas grand monde à part la niche classique d'adolescents en quête de sensations. Plat, répétitif à souhait, chiant et à la limite de l'escroquerie (on vous donne 2h20 de Hunger Games bis) , le film ne convainc franchement pas.
    Jennifer, retourne au cinéma indépendant ou de qualité, vite !

    Note : 2.5/10

    Meilleure scène : La révélation de fin (pas dur...)

    Meilleure réplique : Tu peux rester dormir avec moi ? 


    votre commentaire
  • [Critique] Papa ou maman

    La comédie populaire. En France, le genre est, disons-le franchement, sinistré. Écrasé par la médiocrité de l'abrutissante production lambda de l'industrie du cinéma français, la comédie populaire serait presque devenu un synonyme de médiocrité. Après des films aussi affligeants que Bienvenue chez les Ch'tis ou Rien à déclarer, à peine du niveau d'un téléfilm, il ne restait plus grand choses à se mettre sous la dent. Pire encore, même le duo Toledano/Nakache a perdu de sa superbe avec Samba. Qui pouvait donc succéder à Intouchables ou Nos Jours Heureux ? Certainement pas Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ?, film faussement insolent qui enchaîne les gags aux sous-entendus racistes pour faire rebelle (mais qui ne l'est absolument pas au passage). Malgré le sentiment cruel de voir un pan tout entier du cinéma français mourir à petit feu, voici que l'on découvre Papa ou Maman, de l'illustre inconnu Martin Bourboulon. Bande-annonce cruelle, postulat de départ original et casting attirant, le long-métrage a de sacrés atouts à faire valoir. Un nouveau pétard mouillé ?

    De quoi parle au juste Papa ou Maman ? Eh bien de divorce tout simplement, un des thèmes les plus rebattus autant dans les drames que dans les comédies. Difficile dès lors de trouver la chose excitante... sauf que le long-métrage imagine un couple, Florence et Vincent, qui ont décidé d'un commun accord de leur séparation, en oubliant un détail : les enfants. Lorsque les deux parents se retrouvent face à une offre d'emploi à l'étranger, l'optique d'obtenir la garde de leurs charmants bambins n’apparaît plus aussi enthousiasmante qu'auparavant ! Dès lors, une seule solution, dégoûter leur propre progéniture pour qu'elle n'aille pas habiter avec eux. Là, tout de suite, les choses deviennent autrement plus originales et enthousiasmantes. Surtout que contrairement à Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?, Papa ou Maman va au bout des choses et propose des situations vraiment, mais vraiment borderline.

    Irrévérencieux du début à la fin, le premier long-métrage de Martin Bourboulon est un régal de gags cruels et sadiques. Il n'épargne rien, ou presque, aux trois enfants du couple qui sont en plus décrits comme d'authentiques gosses du XXIème siècle, c'est-à-dire accrochés à leurs portables ou leurs tablettes, totalement antipathiques et d'une vulgarité à toute épreuve. Les voir prendre très cher arrive donc à procurer une sensation de plaisir coupable totalement jubilatoire pour le spectateur. On sent d'ailleurs que Bourboulon, comme ses deux acteurs, s'y donne à cœur joie, et cette énergie débordante rejaillit sur l'ensemble du métrage, lui insufflant une force véritablement débordante. De la scène d'ouverture aussi turbulente que maîtrisée, jusqu'aux nombreuses séquences de pétages de plombs parents-enfants, Papa ou Maman accumule les scènes cultes et les répliques cultes. Le réalisateur français ne se donne aucune limite (ou presque) et pousse le petit jeu très loin, en prenant bien soin de ménager un petit temps de suspense avant chaque méchanceté s'apprêtant à tomber sur les enfants du couple. Ce petit temps de latence laisse le spectateur faire appel à son imagination en s'attendant au pire... pire qui se produit bien souvent. Emmener sa fille de 12 ans dans un club de strip-tease, tirer sur ses enfants à bout portant au paint-ball, insinuer que l'autre pourrait se suicider en l'absence de tel ou tel enfant... la liste des réjouissances est longue. Pour le coup, oubliez le politiquement correct, bienvenue dans la pure impertinence. Le genre de petites choses qui font un bien fou dans cette époque cinématographique sclérosée par une certaine image proprette de la relation parent-enfant.

    Papa ou Maman peut, au-delà de son enchaînement de gags tous plus méchants les uns que les autres (bien que parfois surréalistes), compter sur deux acteurs splendides. Laurent Lafitte en père prêt à tout d'un côté, et Marina Foïs en mère roublarde et revancharde, parfaite de bout en bout et qui fait franchement plaisir à revoir à un tel niveau. Mieux, l'alchimie entre les deux fait mouche dès le départ, l'insolence de l'un et de l'autre s'intrique et magnifie le couple atypique qui s'affronte par enfant interposé. Ils sont formidables, leurs talents naturels jouant énormément à la fois dans le quota sympathique du film mais également dans le côté crédible de cet enchaînement de coups bas. Le long-métrage a également ceci de remarquable qu'il se joue de certains clichés éculés (le médecin qui couche avec son infirmière, le vieux patron d'entreprise misogyne) en les réutilisant de façon intelligente, à l'occasion d'une scène embarrassante à l'hôpital ou pour un dîner très spécial. Bourboulon se révèle là bien plus malin que l'ensemble de ses collègues cinéastes. D'autant plus malin quand il fait correspondre cette petite guerre entre parents à la recherche d'une passion sauvage perdue au fil du temps. Malgré une fin un tantinet trop gentille et un poil attendue, Papa ou Maman offre un beau plaidoyer sur la nécessité de combattre la routine, et ceci d'une façon véritablement déroutante.

    Magnifique surprise, Papa ou Maman redore le blason terriblement terni de la comédie populaire grâce à un humour grinçant, à une insolence omniprésente, mais surtout à la volonté d'aller au bout de sa démarche. Grâce à la magie de Marina Foïs et Laurent Lafitte ainsi qu'au talent de mise en scène de Bourboulon, Papa et Maman s'affirme comme une éclatante réussite à peine entachée par une fin un tantinet policée.
    Assurément la meilleure comédie française depuis un bail !


    Note : 9/10

    Meilleures scènes : Le paintball - Les claques - la nouvelle maison - le bar... et tellement d'autres

    Meilleures répliques :
    - Vas-y, nique lui sa mère au niakwé !

    et 

    - Si tu l'épouses, je te jure que je me drogue

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    votre commentaire
  • [Critique] Les nouveaux héros
    Oscar Meilleur film d'animation 2015
     

    Visiblement, l'académie des Oscars aime toujours autant Disney après toutes ces (nombreuses) années. Après la Reine des Neiges, c'est Big Hero 6 (miraculeusement traduit par Les nouveaux héros en France, what else ?) qui vient d'être sacré meilleur film d'animation aux Oscars. Réalisé par le tandem Don Hall et Chris Williams (qui n'ont jusqu'ici pas vraiment brillé chez la firme aux grandes oreilles), le long-métrage bénéficie du rachat de Marvel par Disney, puisque c'est la première fois qu'un métrage est adapté (librement certes) d'un comic book signé Marvel. Outre l'hommage appuyé aux Avengers, la principale caractéristique de ce nouveau film d'animation, c'est de se situer dans un univers japonisant où la ville de San Francisco est devenue San Fransokyo. Bourré de promesses, Les nouveaux héros bénéficie en outre d'un capital sympathie indéniable dès ses premières images. Est-ce seulement suffisant ?

    Le jeune Hiro Hamada participe en toute illégalité à des combats de robots. Petit surdoué de l'informatique et des technologies, il se fait de l'argent en pariant sans vergogne sur des affrontements qu'il sait gagnés d'avance. Aidé par son frère Tadashi Hamada, il agace profondément sa tante qui l'élève seule au milieu de la gigantesque San Fransokyo. Pour tenter d'attirer son frère ailleurs que dans la clandestinité, Tadashi essaie de l'introduire dans son monde, c'est à dire l'université où il étudie. Immédiatement captivé par ce qu'il voit et les personnes qu'il rencontre, Hiro relève le défi de construire un projet qui sera à même d'impressionner le directeur de l'université, le professeur Callaghan. Pourtant, Hiro n'est pas encore au bout de ses surprises, puisqu'il découvre le projet de son frère, un robot d’assistance médicale nommé Baymax. Entre le concours et l'étrange Baymax, Hiro aura fort à faire pour parvenir à ses fins !

    Big Hero 6 est, sur le papier, un des projets d'animation les plus excitants qui soient. Dès les premières images, impossible de ne pas tomber sous le charme de cet univers atypique où le monde occidental entre en collision avec l'univers japonais. San Fransokyo s'avère un régal pour les yeux. Cela non seulement parce que son esthétique est une éclatante réussite mais aussi, et surtout, parce que l'animation de Big Hero 6 fait figure de petite merveille à la fluidité sans égale. De bout en bout, le long-métrage file des étoiles dans les yeux. Un autre point fort du film, c'est de tenter de reprendre certains codes japonais (les combats de mechas, la fratrie de jeunes héros...) et c'est précisément ici que les défauts du film commencent à se voir. Pourquoi ? Parce qu’exceptée cette atmosphère japonisante, le potentiel de l'univers manga n'est jamais utilisé, jamais les deux réalisateurs ne vont au bout de leur démarche et ne tentent de sortir des sentiers rebattus du Disney traditionnel. D'un coup, la beauté plastique laisse apercevoir les lézardes de l'ouvrage.

    Évidemment, Big Hero 6 se suit sans déplaisir aucun, l'aventure est rythmée avec son lot de gentils gags et de protagonistes hauts en couleur. Du fait, difficile de le qualifier de mauvais film. Le principal problème, c'est qu'il n'arrive jamais à être un vrai bon film comme pouvait l'être la Reine des Neiges. La faute à son manque cruel d'originalité au-delà de son environnement. On se rend rapidement compte que Big Hero 6 est un pompage quasi-honteux de tout ce qui se fait ailleurs. La relation entre Baymax et Hiro, tout d'abord, qui semble étrangement se rapprocher de celle de Croc Mou et Harold, avec une phase où l'un apprivoise l'autre. Même si ce n'est pas un total plagiat et si le duo est forcément l'élément le plus sympathique du film, la chose est agaçante. Surtout quand Big Hero 6 remporte l'Oscar devant... Dragons 2. Mais soit. Ensuite, toute la trame scénaristique est cousue de fil blanc, on s'attend à tout ce qui va se passer. A un tel point que le retournement de situation arrive tellement de façon maladroite qu'il est impossible de le rater. Le manque de subtilité du scénario détruit une bonne part de l'histoire. 

    Enfin, et c'est peut-être le plus gênant, la sempiternelle morale Disney noyée de bons sentiments revient encore et encore. D'un côté la firme oublie les chansons niaises, de l'autre elle nous refourgue une double dose de bons sentiments que seuls les enfants pourront vraiment apprécier. A aucun moment l'adulte ou même l'adolescent ne pourra se sentir réellement concerné par l'entreprise. C'est d'autant plus dommage qu'il était certainement possible de faire quelque chose de plus ambitieux à partir du postulat de base et de cette équipe de nerds super-héros. Si seulement Pixar l'avait pris en main... 
    Ne nous trompons pas pour autant, Big Hero 6 reste un moment de divertissement honnête et plastiquement parfait, mais il n'arrive jamais à atteindre ce qu'il prétend être dans son pitch de départ. Un pétard mouillé. 

    Les nouveaux héros, pour lui redonner une fois son titre français, a peut-être une forme splendide mais il oublie au passage toute l'originalité qu'il aurait pu offrir, cela de son scénario jusque dans son univers franchement sous-exploité. Sa consécration aux Oscars a de quoi laisser perplexe quand on sait que Dragons 2 lui était déjà infiniment supérieur et que Le Conte de la princesse Kaguya ainsi que, surtout, le truculent Boxtrolls n'auraient pas eu à rougir d'empocher la statuette. Reste un bon divertissement notamment pour les plus jeunes, mais qui ne restera certainement pas dans les mémoires.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : Baymax tente de soigner Hiro de sa dépression

    Meilleure réplique : "C'est la puberté !"


    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    3 commentaires
  • [Critique] American Sniper
    Nommé Catégorie Meilleur Film Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Acteur pour Bradley Cooper Oscars 2015


    Véritable carton outre-Atlantique, American Sniper a également soulevé la polémique. Initialement dans le giron de Steven Spielberg, le long-métrage a atterri dans les mains de Clint Eastwood, un autre monstre sacré. Basé sur le livre autobiographique de Chris Kyle, le fameux American Sniper en question, le récit narre la vie d'un soldat de l'armée américaine (plus précisément un SEAL) qui va devoir concilier vie de famille et guerre. Clint étant réputé pour un être un républicain convaincu et le véritable Kyle encore davantage, le long-métrage partait déjà avec une aura sulfureuse pour tous les opposants à l'hégémonie US. Nonobstant ces quelques réserves, le film s'est imposé comme le plus gros succès d'Eastwood aux Etats-Unis... de quoi lui ouvrir la voie des Oscars. Nommé en Meilleur film et en Meilleur acteur pour Bradley Cooper grimé en Chris Kyle, American Sniper a pourtant reçu un accueil beaucoup plus tiède (pour ne pas dire froid) des critiques presses. Qu'en est-il réellement ?

    Mettons d'abord les choses au clair concernant le versant politique de l'entreprise. American Sniper raconte la vie d'un sniper US texan convaincu de la supériorité de la nation américaine et totalement dévolu à sa cause. Le film étant basé sur une autobiographie, inutile de dire que le message patriotique et l'amour des USA sont bien présents. Mais c'est un peu logique tout de même. Reprocher à American Sniper d'être un film pro-américain, c'est comme reprocher à un film de Michael Moore d'être anti-américain, ça n'a aucun sens. Reste que le message sur la guerre en Irak et l'interventionnisme dont le film ferait l'apologie ont été montés de toutes pièces. Clint Eastwood est peut-être un républicain mais il était fermement opposé aux interventions américaines dans le monde, cela se ressent d'ailleurs dans le métrage, où Kyle se retrouve bouffé par la guerre, revient broyé psychologiquement dans son pays et surtout où sa femme Taya ne cesse de lui/nous expliquer à quel point ce qu'il fait ne sert à rien en définitive (un didactisme des plus agaçants et sans conviction au passage). Non, en fait, on aurait préféré que Eastwood se positionne clairement, parce que là au moins, on aurait eu un film un tant soit peu brûlant. En l'état, American Sniper accumule d'énormes défauts.

    Du fait de cette position timorée qui ne sait jamais clairement où il se trouve, alternant les moments où Kyle se bat contre les terroristes irakiens pour sauver les siens et les interludes où il rentre chez lui pour constater qu'il perd pied vis-à-vis de ses proches, Eastwood ne veut ni trancher ni adopter une position neutre avec une certaine conviction. De ce fait, tout ce qui pourrait être puissant dans le film devient soporifique. Parce qu'à côté de ça, la vie de Chris Kyle est loin d'être aussi passionnante que celle de Hawking ou Turing, c’est même tout le contraire. Difficile d'éprouver une quelconque empathie pour un redneck texan avec un QI proche de 0 lorsqu'il s'agit de penser par lui-même. Eastwood doit quand même décrire un personnage sans nuance ou presque, incapable de penser à autre chose qu'à son pays. Le réalisateur tente de lui rendre hommage en donnant quelques passages plus émotionnels à Kyle (tout l'arc avec sa famille) mais la chose est déjà tellement vue et revue que le résultat rate le coche.

    C'est bien là l'autre immense souci du film de Clint : il n'invente rien. Absolument tout ce qui se trouve dans American Sniper a déjà été vu ailleurs en mieux, et même en bien mieux. Prenons le sujet de la guerre en Irak et du traumatisme psychologique pour les soldats envoyés là-bas, des films comme Démineurs de Bigelow ou Jarhead de Mendès en parlent autrement mieux que ne le fait le dernier Eastwood. On ne parlera même pas de la mini-série Generation Kill. Côté politique, c'est un peu la même chose, et ce n'est en fait même pas le but du film tant les choses ne sont qu’effleurées. Il ne s'agit pas tant pour Eastwood de montrer les Irakiens comme des sauvages que le fait qu'il n'a absolument pas le temps de parler du reste de la population. Même sur le versant du terrorisme, les choses sont expédiées pour nous servir un réchauffé médiocre de l'affrontement entre deux snipers style Stalingrad de Jean-Jacques Annaud. Mentionnons au passage que le comble dans ce duel, c'est que Mustafa a plus de charisme que Kyle. Ce dernier, interprété par un Bradley Cooper décevant au possible, reste un personnage tout à fait antipathique mais avant tout ennuyeux. On ne tombe jamais dans la fascination perverse à la John Du Pont de Foxcatcher, personnage tout aussi antipathique mais tellement fort que passionnant au bout du compte. C'est à peine si Cooper versera une larme pour tenter de s'attirer notre compassion.

    Le pire c'est qu'à la fin, Eastwood revient sur un sujet déjà plus intéressant, à savoir comment se réintégrer à la société une fois démobilisé et comment un homme atteint du syndrome du sauveur peut surpasser sa condition en aidant d'anciens combattants. Mais voilà, la chose est gérée sur dix minutes à tout casser, avant une conclusion abrupte qui verse dans l'hommage sur fond de bannière étoilée. Que reste-il dès lors à sauver ? Même le côté film de guerre déçoit ! Les phases d'action, même si elles restent filmées de façon décente, n'ont rigoureusement rien de mémorable, à peine pourra-t-on sauver le dernier affrontement en plein milieu d'une tempête de sable. Si vous voulez véritablement voir une bataille moderne, tournez-vous vers l'excellentissime Black Hawk Down. Non, décidément, Eastwood fonctionne encore en mode automatique et livre une copie insipide dont on ressort dubitatif avec une question en tête : à quoi sert ce film ? A rien...

    American Sniper est une immense déception. Loin d'être le brûlot politique que l'on nous a vendu (il faut bien faire sensation pour attirer), le dernier Eastwood n'a ni conviction, ni punch, ni message, ni acteur solide, ni scène mémorable, ni aucune once d'originalité. Cela commence à devenir récurrent chez Clint, mais depuis le splendide Lettres d'Iwo Jima (tellement mais tellement meilleur), l'homme n'a cessé de chuter de son piédestal. 
    Ce serait une pure honte que le film remporte les Oscars... En attendant, regardez plutôt Zero Dark Thirty

    Note : 4/10

    Meilleure scène : La tempête de sable qui frappe le dernier affrontement



    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma

     


    2 commentaires
  • [Critique] Une merveilleuse histoire du temps

    Meilleur Acteur pour Eddie Redmayne BAFTA 2015
    Meilleur Film britannique  BAFTA 2015
    Meilleur scénario adapté BAFTA 2015
    Meilleur Acteur pour Eddie Redmayne dans un drame Golden Globes 2015
    Meilleur Acteur pour Eddie Redmayne SAG Awards 2015
     Meilleur Acteur pour Eddie Redmayne Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Actrice pour Felicity Jones Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Scénario Adapté Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Film Oscars 2015

    Les biopics sont rois pour cette cérémonie des Oscars 2015. La preuve avec la présence de pas moins de quatre longs-métrages de ce genre en course pour le titre du meilleur film, pas moins ! Après Imitation Game autour de la vie d'Alan Turing et avant l'arrivée d'American Sniper retraçant celle de Chris Kyle, ou de Selma qui reparle d'un certain Martin Luther King, voici Une merveilleuse histoire du temps du britannique James Marsh. Outre son titre français abominable (faut quand même en avoir pour renommer The Theory of Everything de cette manière), le long-métrage s'intéresse à un des esprits les plus brillants de notre époque : le physicien Stephen Hawking. Adapté d'un livre (encore), Une merveilleuse histoire du temps retrace le parcours d'un homme à la destinée hors du commun. Pour interpréter ce rôle très difficile, c'est le jeune Eddie Redmayne (déjà aperçu dans l'excellentissime Black Death) qui reçoit la lourde responsabilité de porter le film sur ses épaules. Couronné aux BAFTAs en tant que meilleur film, le long-métrage a aussi fait une razzia sur les prix pré-Oscars pour, justement, la prestation de Redmayne. Un grand film pour autant ?

    A Cambridge, dans les années 60, un jeune étudiant va connaître une fulgurante ascension. Fasciné par la physique et l'univers quantique, Stephen Hawking va rapidement s'affirmer comme un immense génie. Malheureusement, derrière l'intelligence extraordinaire de cet homme se cache une terrible réalité, celle de la maladie. Frappé de plein fouet par une affection terrible connue sous le nom de Maladie de Charcot (ou Sclérose Latérale Amyotrophique) qui détruit les motoneurones de la moelle épinière et, à terme, rend la victime totalement paralysée. Aidé par l'amour inconditionnel de sa femme, Jane, Stephen va traverser les pires épreuves. Pourtant, les choses ne seront pas simples et même la plus grande des histoires de cœur peut faillir devant l'érosion du corps. En quête de la théorie qui expliquera tout, Stephen Hawking devra aussi trouver un nouveau sens à sa propre existence.

    La comparaison entre Imitation Game et Une merveilleuse histoire du temps est inévitable. Les deux films parlent de deux génies scientifiques atypiques et aux parcours remarquables. Cependant, ils abordent les choses d'une façon tout à fait différente. Le métrage de Marsh fait un choix radical en se concentrant sur la vie intime du scientifique ainsi que sur la relation entre Stephen et sa femme, Jane. C'est aussi, il faut l'avouer, le point le plus contestable du récit puisque si vous veniez tenter d'appréhender les travaux d'Hawking... il va falloir aller voir (lire) ailleurs. Une déception certes mais justifiée par le résultat final. Une merveilleuse histoire du temps met en lumière avant tout un combat de titan, celui d'un couple contre la fatalité, contre la maladie. Dès lors, Marsh se débrouille vraiment bien et se tient toujours en équilibre précaire sur un fil étroit où guette le mélodrame guimauve. Même s'il tombe à quelques reprises dans ce piège épineux, le britannique s'en sort extrêmement bien en misant davantage sur une mise en scène enthousiasmante. Il ne s'agit certainement pas du meilleur film de cette année, comme l'ont un peu trop surestimé les BAFTAs, mais on tient là une réalisation de qualité qui enrobe parfaitement le travail des acteurs.

    Parce qu'en réalité, Une merveilleuse histoire du temps est avant tout un grand numéro d'acteur. Evidemment, on citera la talentueuse Felicity Jones, parfaite en femme forte et tendre, mais c'est surtout le jeune Redmayne qui va faire parler. Taillé pour les Oscars, son rôle n'a pourtant rien de superficiel. Disons-le plus simplement : il est extraordinaire. Il faut tout de même un sacré talent pour mimer un malade atteint de SLA et parvenir à représenter de façon parfaite sa lente et inexorable dégradation physique. Plus encore que ses membres s'immobilisant, Redmayne accomplit un travail épatant sur sa voix et ses expressions faciales. Une chose d'autant plus remarquable qu'il ressemble réellement au véritable Stephen Hawking. Il n'a vraiment pas volé sa nomination pour la statuette. Ce grand numéro pousse le film bien plus haut qu'Imitation Game, où Cumberbatch restait bon mais très peu original dans sa prestation. Ici, Redmayne porte le film sur ses épaules, et il a une carrure de titan malgré son jeune âge. Il peut certainement remercier Marsh pour son excellente direction d'acteurs (au contraire des Wachowski dans Jupiter Ascending où il est.. .on en reparlera...).

    L'autre grande réussite du long-métrage, c'est donc bien sa façon d'appréhender la maladie en jonglant tout à tour avec la compassion du spectateur et son admiration. Bien loin des deux années qu'on lui prédisait, Hawking a bravé tous les obstacles pour vivre. Le paradoxe tient un peu dans cette résistance miraculeuse et le travail d'un homme qui cherche à comprendre le temps et l'univers. Le film ne se mouille pas quant à la position à adopter sur l'existence de Dieu, mais il montre avec un certain talent que tout ne peut pas s'expliquer et que, autant de temps que l'homme vivra sur Terre, certaines choses ne s'expliqueront pas. De ces petits mystères qui bâtissent les légendes et donnent de la poésie à une vie souvent bien cruelle. On appréciera enfin la tentative certes timide mais bien présente de lancer une réflexion sur le tourbillon du temps, avec une séquence finale qui rembobine à la façon d'un trou noir et aspire les émotions pour revenir au fondamental : l'amour entre deux êtres. Un autre grand mystère qui peut soulever des montagnes, et certainement une des choses les plus touchantes du film.

    Bien que davantage porté sur l'histoire de Jane et du couple Hawking, Une merveilleuse histoire du temps fait certainement un choix judicieux en ne tentant pas de plonger dans la complexité de la physique (on doute que Marsh aurait eu les épaules pour une telle entreprise). Au lieu de ça, il mise sur une dimension humaine et poignante, véritable déclaration d'espoir à tous les malades et hommage à tous ceux qui souffrent, proches compris. Une belle petite surprise.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Jane qui avoue à Hawking ses sentiments

    Meilleure réplique : Exterminate !

     

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    1 commentaire
  • [Critique] Imitation Game

    Nommé Catégorie Meilleur Film Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Réalisateur Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Acteur pour Benedict Cumberbatch Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleure Actrice dans un second rôle pour Keira Knigthley Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Scénario Adapté Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleure Musique Oscars 2015

    Contrairement à beaucoup d'idées reçues, la seconde guerre mondiale ne s'est pas gagnée que sur le terrain. Derrière les divisions et les grandes batailles se trouvaient également d'autres combats, moins dangereux certes, mais tout aussi cruciaux. Parmi ceux-ci, celui des Britanniques pour casser le fameux Code Enigma, un cryptage d'une efficacité redoutable qui permettait aux Allemands de communiquer sans se soucier de l'espionnage allié. Pour relever ce défi, les agents de la couronne réunirent quelques-uns des esprits les plus brillants du royaume, parmi lesquels un certain Alan Turing. Mathématicien de génie, l'homme n'est pas des plus reconnus lorsqu'il s'agit de s'intégrer parmi ses pairs. Pourtant, grâce à son aide, les alliés arriveront à dominer le secteur de l'espionnage. Loin de devenir un héros, Turing va connaître une fin des plus ignominieuses liée à un secret encore inavouable à l'époque en Angleterre.

    Imitation Game représente le tremplin international (et hollywoodien) du réalisateur norvégien Morten Tyldum. Inconnu hors des frontières de son pays d'origine, il a jusqu'ici eu les honneurs douteux de sorties directement en DVD. Biopic 4 étoiles emmenant des acteurs reconnus tels que Keira Knightley ou Benedict Cumberbatch, le long-métrage propose un des sujets favoris de l'académie des Oscars, à savoir le parcours d'un homme hors du commun oublié par l'histoire. Pourtant, au vu de l'expérience toute relative de son réalisateur et des nombreux pièges qui guettent lors de la réalisation de ce genre de films, Imitation Game fait figure de défi un peu casse-gueule. Plébiscité pendant la période faste des récompenses pré-Oscars, le film a également réussi à empocher un sacré nombre de nominations pour la course à la précieuse statuette dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur ou encore meilleur actrice dans un second rôle. Mais au fait, le film est-il aussi bon que l'annonce la rumeur ?

    Pour clarifier immédiatement les choses, Imitation Game est une fiction historique. Inspiré du livre d'Andrew Hodges, le récit auquel on assiste durant les deux heures de film reste en fait assez romancé et grandement sujet à controverse, principalement sur la personnalité de Turing et sur les détails exacts de l'entreprise. En l'état, il faut donc prendre l'histoire racontée avec des pincettes. D'une des principales divergences autour du comportement du mathématicien, découle un des principaux défauts du film. Malgré l'affection que l'on porte à Benedict Cumberbatch et à la qualité de son jeu, l'idée de présenter Alan Turing comme une sorte de Sheldon bis gâche un tantinet la chose. On assiste dès lors à un certain nombre de scènes et de rebondissements convenus qui voient le mathématicien se faire accepter par les autres. Quand on sait qu'en plus cette vision du scientifique est très contestée, on se demande si c'était réellement une bonne idée. Mais passons. Imitation Game fait donc le pari du film d'histoire et, sur ce plan, réussit en grande partie à atteindre ses objectifs.

    Tyldum montre comment la guerre de l'ombre a permis aux alliés de remporter le conflit (même si la chose est un peu exagérée ici ou là) et raconte un volet passionnant de cette période tumultueuse. On suit dès lors avec un grand plaisir le challenge fou de cette équipe atypique qui aboutira à rien de moins qu'une révolution technologique. Intellectuellement parlant, et pour qui s'intéresse un peu à cet aspect de l'histoire, Imitation Game reste un film passionnant. Il l'est d'ailleurs d'autant plus lorsqu'il dénonce avec virulence le motif de la mise au ban de la société d'Alan Turing, permettant d'aborder un sujet grave et douloureux qui méritait certainement que l'on remette les pendules à l'heure. Un des petits soucis qui émaille cette partie, c'est la volonté d'intégrer des images de guerre entre les deux pour faire plus réel. Si l'on peut encore trouver les images d'archives en noir et blanc pas forcément mauvaises, les petites séquences en images de synthèse sont elles d'une laideur consommée. Une énorme faute de goût pour Tyldum.

    C'est à ce point que l'on se rend compte que le réalisateur n'a peut-être pas encore les épaules pour une telle entreprise. Non seulement sa mise en scène manque cruellement de personnalité mais, en plus, l'imbrication de son intrigue laisse dubitatif. Le film est séparé artificiellement en trois fils narratifs : le premier (et le plus important) sur l'entreprise de Turing et de ses acolytes pendant la guerre, le second fait des flashbacks sur l'adolescence du mathématicien et le dernier explique la fin de sa vie. Le choix d'intriquer celui-ci en plein milieu des deux autres coupe gravement le rythme et fait intervenir une narration bien moins passionnante que les autres événements. Du fait, on se retrouve souvent à patienter pour rattraper un fil narratif différent. Pire encore, la révélation sur le "secret" de Turing intervient de ce fait bien trop tôt et gâche un peu l’ambiguïté du personnage. Dommage. 

    Heureusement, ce défaut n'empêche pas le long-métrage d'adopter un rythme à même de maintenir éveillée l'attention du public. De même, la prestation du casting assure également une fluidité à l'action, même si c’est parfois des acteurs secondaires tels que Keira Knightley ou le trop rare Matthew Goode qui volent la vedette à Cumberbatch. Finalement, le principal talon d'Achille du film, c'est la timidité de son réalisateur ainsi que la volonté clairement affichée d'être un "film à Oscars". Très académique dans sa réalisation et parfaitement attendu dans son message, Imitation Game s'avère un film très sage et assez policé avec une performance d'acteur de qualité mais loin d'être inoubliable. Le manque de prises de risques en fait en réalité un long-métrage intéressant mais sans envergure. Le genre de choses qui devrait, en toute logique, le faire passer à côté des récompenses suprêmes... surtout avec les compétiteurs qui se trouvent en face de lui.

    Pour son premier grand essai à Hollywood, Morten Tyldum n'a pas forcément à rougir du résultat puisque Imitation Game se regarde sans déplaisir et possède un certain nombres de qualités indéniables. Malheureusement, son académisme et quelques défauts irritants empêchent le long-métrage de se hisser dans le haut du panier. Reste un agréable moment de cinéma porté par une brochette d'acteurs inspirés.

    Note : 7.5/10

    Meilleure séquence : Joan retrouvant Alan dans sa maison dans les années 50 


     

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
      

    Littérature 

     Suivez sur Twitter : 

    Cinéma

     


    votre commentaire
  • [Critique] Les ascensions de Werner Herzog

    Cinéaste désormais légendaire, Werner Herzog n'est cependant pas connu uniquement pour ses long-métrages. Loin de là même. Il est aussi un maître ès documentaires reconnu. Dans le cadre d'une rétrospective récente, les cinéma Majestic ont eu la bonne idée de projeter deux moyens-métrages documentaires rassemblés sous le nom "Les ascensions de Werner Herzog". A l'intérieur, le spectateur aura le bonheur de visionner La Soufrière datant de 1977 et Gasherbrum, la montagne lumineuse de 1984, deux documentaires qui ont en commun de s'intéresser à des montagnes (plus exactement deux montagnes et un volcan). Un bon moyen de découvrir Herzog sans passer par la face nord.

    Le premier documentaire nous transporter en 1976 sur l'île de la Guadeloupe. La Soufrière est sur le point d'entrer en éruption selon tous les spécialistes. Ainsi, les 75000 habitants de Basse-Terre ont été évacué en attendant l'inévitable catastrophe. Tous ? Non, pas tous ! Quelques irréductibles guadeloupéens ont refusé de partir. Surpris par ce courage insensé, Werner Herzog décide de se rendre sur place pour aller à leur rencontre alors que le volcan menace d'exploser d'un instant à l'autre. La Soufrière est un document étrange. En fait, Herzog le reconnait d’ailleurs lui-même, il s'agit d'un témoignage sur une catastrophe inéluctable qui n'est jamais arrivée. Quel est dès lors l’intérêt de ce reportage ? D'abord de nous montrer une ville morte, totalement déserte avec une ambiance de fin du monde étrange et cotonneuse dans l'ombre d'un Dieu en colère, le dieu volcan. Les images de Basse-Terre sont saisissantes mais c'est finalement l'interview des quelques habitants résolus à rester qui fait beaucoup. On y découvre des noirs démunis et d'une fatalité à toute épreuve. Herzog interpelle face à la misère d'hommes qui n'ont rien et ne voient pas la différence de partir ou pas, puisqu'il ne change pas leur destin. La non-catastrophe alertera d'ailleurs les autorités sur la pauvreté et la détresse de la population noire de Guadeloupe. Au milieu, Herzog nous apprend également le pourquoi de cette peur panique en nous narrant la catastrophe de l'éruption du mont Pelée en 1902. A faire froid dans le dos. Arrivé au bout, le document laisse une étrange sensation. On s'attendait à une catastrophe volcanique et puis...rien. Reste que La Soufrière est une expérience aussi courte que surprenante, filmée avec le talent coutumier de Herzog. Une curiosité.

    Pour le second document, Werner Herzog choisit de suivre l'expédition des alpinistes Reinhold Messner et Hans Kammerlander. Les deux hommes ont décidé d'enchaîner l'ascension successive de deux sommets de la chaîne Himalayenne culminant à 8000 mètres d'altitude, le tout sans camp de base. L'immense intelligence d'Herzog dans Gasherbrum, la montagne lumineuse, c'est d'éviter de nous entraîner dans un énième suivi d'une ascension montagneuse. L'allemand choisi de porter son attention sur un élément bien plus subtil et important : la motivation des alpinistes. Qu'est ce qui fait qu'un homme peut décider d'affronter une telle tourmente ? La pulsion de mort ? L'envie de mourir ? Ou bien plutôt une irrépressible envie de vivre, de se sentir vivant ? En focalisant son attention sur Reinhold Messner qui n'est alors qu'au début de sa carrière légendaire - le premier homme à avoir atteint tous les sommets de plus de 8000 mètres du monde - Herzog touche à l'humanité qui se terre derrière ces défis qui semblent insensés. Son document culmine lors de l'interview dans la tente de Messner où celui-ci en vient à parler de la mort de son frère sur le Nanga Parbat, il touche alors au plus près de la fragilité mais aussi de la force hors du commun de cet alpiniste hors norme. Une autre séquence marque par sa bonhomie et son décalage, et qui vous fera franchement sourire, c'est le massage du Pakistanais de Reinhold alors que celui-ci tente envers et contre tout de répondre à Herzog. Une tranche d'humanité et de pittoresque infiniment touchante. Même si le réalisateur allemand ne suivra pas l'ascension des deux hommes, il filme quelques images lointaines de l'entreprise, d'autant plus impressionnantes que l'on ignore le sort des explorateurs pendant un temps. Gasherbrum s'affirme en réalité non pas comme une entreprise physiquement éprouvante mais plutôt comme une dissection psychologique fascinante. Une petite pépite.

    Malgré l'importance toute relative de La Soufrière, la présence de Gasherbrum dans Les ascensions de Werner Herzog permet d'inscrire le métrage dans la liste des indispensables. Court mais passionnant, cette oeuvre facile d'accès permettra à un certain nombre de spectateurs de découvrir une des voix les plus importantes du cinéma.

    Note : 8/10

    Meilleur segment : Gasherbrum, la montagne lumineuse

    Meilleure scène : L'interview sur la perte du frère de Messner

    Meilleur réplique : "Je ne pense pas qu'un homme qui voudrait se suicider entreprenne même l'ascension d'une montagne"

     


    votre commentaire
  • [Critique] Les nouveaux sauvages

    GOYA Meilleur film étranger en langue espagnole 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Film en langue étrangère Oscar 2015

    Festival de Cannes 2014


    Sous le patronage de Pedro Almodovar, l'argentin Damien Szifron a créé la surprise dans le petit monde du cinéma. Présenté sur la Croisette cette année, son premier long-métrage intitulé Relatos salvajes (Les nouveaux sauvages en français) n'a pourtant rien de l'académisme recherché par les festivaliers. Comédie à sketchs grinçante, l'oeuvre de Szifron se divise en six segments de durées inégales portant chacun sur des personnages et une histoire différente. Mais contrairement à un film comme Infidèles, chaque récit est façonné par le même réalisateur. En découle forcément une plus grande homogénéité de propos d'une part, et de mise en scène d'autre part. Le métrage fut un tel succès critique qu'il a même reçu une petite consécration, celle de se retrouver nommé dans la catégorie meilleur film étranger des Oscars 2015 aux côtés de Timbuktu, Léviathan, Tangerines ou Ida.  Ce petit délice sauvage pourra-t-il vraiment plaire à tout le monde ?


    Les nouveaux sauvages s'ouvre sur le plus petit des segments de l'ensemble, à savoir Pasternak. Dans celui-ci, Szifron immerge directement le spectateur dans son univers caustique. Il arrive à faire virer avec une grande dextérité une discussion anodine mais sérieuse dans un grand n'importe quoi hilarant, mais surtout jouissif. Le ton est donné et tout ira crescendo par la suite. Le pari de l'argentin est simple : dresser en six tableaux un portrait de notre société moderne et au milieu, des hommes étouffés par une sauvagerie refoulée n'attendant qu'un simple déclencheur pour émerger. Pourtant, au lieu de choisir une voie traditionnelle pour ce genre de choses, c'est-à-dire le drame, le réalisateur se lance dans 6 courts/moyens-métrages comiques mais avant toute chose, méchamment impertinents. Au-delà des gros éclats de rire que suscitent les situations successives, Szifron transgresse et démasque. Si Pasternak procure un gros frisson de jouissance initial (et inattendu), il reste cependant tout à fait anecdotique.

    La suite elle, devient nettement plus excitante. A partir de son second segment, Las Ratas, où une serveuse tombe par hasard sur l'homme qui a pourri sa vie, Szifron tend à affirmer son message social. La vengeance, déjà entraperçue auparavant, occupe une grande place dans Les nouveaux sauvages. Un acte de faible la vengeance ? Pas pour Szifron. Un acte de courage, un acte de rébellion. Comme cette cuisinière qui va faire tomber les barrières morales pour punir le puissant qui se croit intouchable. Le résultat, drôle au possible, renferme aussi sa part de subtilité. Bien entendu, à ce stade, on ne va pas chercher très loin, mais l'argentin continue à hausser le niveau avec El mas Fuerte qui délaisse ce message de vendetta pour transformer deux chauffards ordinaires, aussi médiocres que détestables, en véritables bêtes assoiffées de sang. La surenchère dans la violence n'est pourtant pas gratuite. L'argentin continue à explorer la bestialité qui se terre en chacun, même le plus costard-cravate de ses compatriotes. La fin de ce segment, juste géniale, n'oublie jamais l'énorme dose d'ironie nécessaire pour faire passer les choses en "douceur". 

    Après ces trois premiers récits, on tombe davantage dans le moyen-métrage. Le quatrième segment, Bombita, revient sur la vengeance et la désobéissance en centrant son récit sur un expert en démolition, à l'existence des plus banales, qui se retrouve piégé dans un vrai dédale administratif digne de Kafka. Mais au lieu de la résignation, l'homme va finir par exploser et canaliser sa sauvagerie pour faire tomber l'establishment. Sous des allures comiques, Szifron charge notre passivité et appelle à la révolte. Bien sûr, c'est drôle, mais c'est avant tout grinçant et jouissif. Jouissif dans le sens que cet homme ordinaire devient en quelque sorte extraordinaire et que l'on rêve tous de l'incarner, puisqu'on a tous été piégé un jour par ce genre de situation où les lois, l'administration et l'autorité se liguent en dépit de tout bon sens. Au fond, la grande victoire de ce segment, c'est bien de nous titiller comme il faut, car malgré sa prévisibilité, Bombita joue surtout sur notre irrépressible envie de rébellion dans un monde insensé.

    C'est alors qu'arrive La Propuesta, le segment le plus réussi de ces nouveaux sauvages. Szifron renverse la vapeur et nous positionne du côté des méchants, des vrais. Il nous raconte la monstrueuse supercherie d'un homme riche pour sauver son fils qui vient de renverser une femme enceinte. Le récit est rageant, bien noir et avec cette dose d'ironie géniale qui le fait s’élever au-dessus de tous les autres. Le réalisateur argentin diminue le nombre d'éclats de rire dans la salle mais accentue drastiquement sa critique de la société moderne. Pouvoir de l'argent, corruption, inhumanité, tout y est. Au-delà d'une simple critique de la société moderne, le réalisateur livre ici une vision d'absolue noirceur de l'homme, prêt à vendre son âme à condition d'y mettre le prix. Si la réaction du patriarche acculé par un tas de requins plus retors les uns que les autres prête à sourire, on rit jaune au final devant cette cruelle réalité. Heureusement, Les nouveaux sauvages s'achève sur un récit un peu moins grave et bien plus délirant avec Haste que la muerte nos separe où la mariée découvre que son mari l'a trompée... le jour de son mariage. Le réalisateur prend alors un malin plaisir à déconstruire un des fondements de la culture moderne, tout en synthétisant les thèmes qu'il a mis en place tout du long : la vengeance, la bestialité et la transgression des normes. Un feu d'artifice en guise d'apothéose.

    Au final, Les nouveaux sauvages se révèle tout aussi brillant sur le plan de la mise en scène pure et simple que sur celui de sa construction scénaristique. Drôle, impertinent, méchant, cynique et bourré d'excellentes idées, le film de Damien Szifron s'affirme comme une vraie réussite. On l'imagine difficilement remporter les Oscars, tant il semble décalé par rapport aux goûts très traditionnels de l'académie, mais il reste le meilleur challenger au Léviathan d'Andrey Zvyagintsev pour le moment.
    Si vous souhaitez rire sans laisser votre cerveau à l'entrée de la salle, Les nouveaux sauvages est fait pour vous.

    Note : 8.5/10

    Meilleur segment : La Propuesta


    votre commentaire
  • [Critique] Loin des hommes

    Daru enseigne dans la plus grande quiétude au cœur d'une vallée isolée de l'Atlas Algérien. Chaque jour, les enfants affluent à sa petite école pour apprendre et grandir ensemble.Malheureusement, l'arrivée du gendarme Balducci va rompre la paisible routine de Daru. Le bedonnant représentant de l'ordre amène avec lui un prisonnier, Mohammed. Accusé de meurtre, celui-ci doit être remis aux autorités françaises compétentes pour être juger. Dans l'incapacité de mener à bien cette mission faute de temps, Balducci confie Mohammed à Daru, officier de réserve. Malgré sa répugnance, la venue des habitants du village de Mohammed pour le punir va précipiter les choses et projeter les deux hommes sur une route dangereuse. Nous sommes en 1954, et le massacre de Sétif a mis le feu aux poudres. Daru et Mohammed vont traverser malgré eux une guerre entre algériens et français. D'une façon ou d'une autre, le destin des deux compagnons d'infortune se jouera sous le soleil d'une Algérie sur le point de s'embrasser.

    Le français David Oelhoffen livre avec Loin des hommes son second long-métrage après Nos Retrouvailles en 2006. Délaissant la cadre contemporain pour les années 50, le réalisateur s'aventure sur un sujet épineux, d'autant plus à l'heure actuelle. La guerre d'Algérie reste, malgré le nombre d'années écoulées, un thème difficile à explorer. Pourtant, Loin des hommes cache certains atouts dans sa manche pour arriver à se hisser hors de la masse. Outre ses deux excellents acteurs - Reda Kateb et Viggo Mortensen - le long-métrage peut aussi compter sur la singulière beauté des paysages algériens et la force peu commune d'Oelhoffen pour dépeindre une relation d'amitié inattendue dans un climat électrique. Loin des hommes pourrait-il être une bonne surprise ?

    On pensait que Loin des hommes serait un énième film centré sur la guerre d'Algérie. Cependant, David Oelhoffen prend le contrepied de cette attente. La grande force du long-métrage est de ne pas répondre à ce postulat qui voudrait qu'un film se situant dans les années 50 en Algérie devrait faire de la guerre d'indépendance du pays son point de mire. Au lieu de ça, le français décide de porter sa caméra sur deux hommes, Mohammed et Daru, deux personnages bien plus proches qu'on ne pourrait le penser de prime abord. Ceux-ci peuvent compter sur l'excellente prestation des deux acteurs retenus pour les incarner. D'abord, Viggo Mortensen dont le talent n'est plus depuis longtemps sujet à caution et qui le démontre une fois de plus en affichant de surcroît une impressionnante maîtrise de la langue française. Ensuite, Reda Kateb, un des acteurs français les plus discrets mais qui monte de films en films. Il constituait déjà un des points forts d'Hippocrate, mais il confirme dans Loin des hommes tout le bien que l'on pouvait penser de lui en composant un personnage fragile et humain au possible. L'alchimie entre les deux acteurs opère immédiatement, si bien qu'ils s'effacent derrière leurs personnages.

    Ces deux portraits d'hommes brisés, l'un par la guerre l'autre par la violence, permet de donner une autre dimension à Loin des hommes. Même si Mohammed et Daru rencontrent les indépendantistes et l'armée française à un moment, ils ne font que traverser la guerre. Oelhoffen donne ici l'impression que deux hommes sains d'esprits évoluent dans un monde peuplé de fous. Il renvoie dos à dos les deux camps, entre les français qui tirent sur des prisonniers de guerre parce qu'ils en ont reçu l'ordre et les algériens prêts à tuer une personne qu'il considérait il y a encore peu comme un frère. La guerre transforme les hommes en bêtes et Oelhoffen le montre brillamment mais n'en fait pas son thème majeur, conscient que d'autres bien plus talentueux sont passés par là avant lui. Il poursuit tout du long une quête de sens pour Mohammed et Daru, chacun piégé dans une destinée qui semble sans issue.

    La cruauté des événements et le poids des traditions jouent pour beaucoup dans le destin des principaux protagonistes du métrage. Oelhoffen sait ménager ses effets et parler sobrement de cette inéluctabilité du destin qui culmine avec deux scènes d'adieux, aussi réussies l'une que l'autre. Celles-ci prenne une envergure d'autant plus importante que le réalisateur prend soin de garder une certaine pudeur, notamment lors de la seconde, laissant des non-dits toucher bien plus que de longs discours. L'humanité des personnage finit en réalité par rejaillir sur le film tout entier et apporte une mince lueur d'espoir à ceux qui, aujourd'hui, désespèrent de voir le monde autour d'eux devenir fou. Loin des hommes semblent dire que de tout temps, il reste des oasis de valeurs humaines qui dépassent les conflits, les traditions et les intérêts. Par ce message, Loin des hommes marque durablement le spectateur. On aimerait voir plus d’œuvres de ce calibre, de ce genre de films qui savent replacer l'humain et l'intime au premier plan, même dans la plus grande folie, tout en oubliant pas la mélancolie des temps plus cléments.

    Le long-métrage de David Oelhoffen prouve qu'il reste encore et toujours des voix captivantes et talentueuses dans le cinéma français même si elles tendent à se faire écraser par une masse alarmante de films grand public insipides. Grâce aux prestations d'une grande justesse de Reda Kateb et de Viggo Mortensen mais aussi à la sobriété et à l'intelligence de son récit, Loin des hommes apporte une bouffée d'air frais. Un très beau film.

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : Les deux adieux / La conversation dans la grotte sur les femmes

    Meilleure réplique : "Je t'aime comme un frère mais si demain je dois te tuer, je le ferai sans hésiter"


    2 commentaires
  • [Critique] Foxcatcher

    Prix de la mise en scène Festival de Cannes 2014
    Nommé Catégorie Meilleur Réalisateur Oscars 2015
    Nommé Catégorie Meilleur Acteur Oscars 2015 pour Steve Carell
    Nommé Catégorie Meilleur Acteur dans un Second rôle Oscars 2015 pour Mark Ruffalo
    Nommé Catégorie Meilleur Scénario original Oscars 2015

    1984. Jeux Olympiques de Los Angeles.
    Mark et Dave Schultz remportent la médaille d'or Olympique de Lutte. Près de deux ans plus tard, Dave vit tranquillement avec sa famille tout en tenant un centre d'entraînement. Mark, quant à lui, continue de s'entraîner et vit très modestement, quasiment oublié du grand public. Il reçoit un jour un coup de téléphone qui va changer sa vie : John E. Du Pont veut le rencontrer. Milliardaire excentrique, héritier d'une des plus riches entreprises américaines de chimie, John veut remettre l'Amérique au premier plan et redorer le blason des vraies valeurs. Pour se faire, il veut monter sa propre équipe de lutte dans le but avoué de remporter l'or aux jeux olympiques de 88 à Séoul. Il propose donc une forte somme d'argent à Mark Schultz pour emmener Foxcatcher. Subjugué par la vision grandiloquente de John, Mark découvre un monde bien différent du sien au cœur de l'immense propriété du milliardaire. Peu à peu, les deux hommes établissent une improbable relation. Dans la course à la victoire, Schultz ne voit pas que Du Pont veut faire de Foxcatcher son trophée personnel. Un trophée qui aura un coût.

    Benett Miller a encore une filmographie restreinte. L'américain n'a en effet réalisé que deux autres films : Moneyball (Le Stratège) et Truman Capote. Mais ne vous y trompez pas, chacun de ces deux métrages a récolté non seulement une somme impressionnante de louanges de la critique mais aussi un nombre respectable de nominations aux Oscars. Encore très peu connu sous nos latitudes, Miller fait partie de cette nouvelle vague hyper-prometteuse de cinéastes américains. Son troisième long-métrage, Foxcatcher, réunit un casting tout à fait improbable - Steve Carell, Channing Tatum et Mark Ruffalo - autour d'un fait divers relativement tombé dans l'oubli. Alors que l'on pourrait logiquement s'attendre à un récit linéaire et banal jusqu'à une conclusion choc facile, Benett Miller nous offre un long-métrage de près de 2h15 qui explore des voies bien plus tortueuses que son postulat de départ ne le laissait présager. Inutile de tourner autour du pot, Foxcatcher fait l'effet d'une bombe.

    Il faut environ une dizaine de minutes pour comprendre que Foxcatcher sera une démonstration de force de la part de Miller. Dès le départ, l'américain refuse le clinquant et s'enfonce dans une atmosphère lourde, pesante, quasi-crépusculaire. Channing Tatum, que l'on est plutôt habitué à voir dans des rôles plus légers (Magic Mike ou Jump Street) trouve ici un personnage de catcheur en pleine désillusion et en grave manque de repères. Il traîne sa gueule de primate usé au milieu d'un monde qui l'a oublié, et cela malgré la médaille d'or qu'il trimballe à son cou. Son seul réconfort, il le trouve face à son frère, qu'il aime autant qu'il hait. Une ombre écrasante qui semble l'étouffer dès les premiers instants. Miller installe avec une facilité inouïe le portrait de ces deux frères grâce à la maestria de sa mise en scène. Épurée, minutieuse et sévère, la réalisation de l'américain ne cesse de surprendre tout du long. Des moments intimistes où l'on explore le noir qui compose la vie de Mark aux combats brutaux où seul le bruit de la chair résonne dans la salle, Benett Miller rappelle immédiatement un Paul Thomas Anderson et sa réalisation tout en subtilité et en ombres dans le chef-d'oeuvre There Will Be Blood. Un sacré compliment. Foxcatcher le vaut pourtant largement.

    Le long-métrage a un autre atout majeur : son casting. Qui aurait pu croire que Benett aurait pu désigner Steve Carell - un spécialiste des pitreries américaines - pour incarner le fascinant personnage de John E. Du Pont ? A peu près personne... Comme il était d'ailleurs tout à fait improbable de choisir un Channing Tatum cantonné aux rôles de beau gosse sympa dans la comédie US pour incarner un lutteur sur le déclin. Le résultat ? Un tour de force. Rien de moins. Carell, grimé en vieux républicain bouffé par ses ambitions extravagantes et le regard d'une mère imposante, est une révélation. Une vraie. Son jeu, tout en nuances, avec ses sourires malades et son regard obsessif, fait de véritables merveilles et s'emboîte parfaitement avec la partition plus monolithique d'un Tatum carrément bluffant. Expression de colère renfrognée constante, démarche de primate et stature de colosse déchu, l'acteur trouve non seulement son meilleur rôle mais va convaincre qu'il peut, et qu'il sera, un très grand. On en oublierait presque Mark Ruffalo, le troisième larron, mais qui nous avait tellement habitué au meilleur qu'ici l'on est guère surpris de le voir interpréter le personnage le plus humain du film avec un talent qui confine à l'insolence. Ce trio divin d'acteurs permet à Foxcatcher d'assurer une base très solide pour tout ce que va développer Miller dans son métrage. C'est ici que se positionne l'autre gigantesque surprise.

    D'un simple fait divers et donc, d'une histoire qui avait tout pour verser dans le classicisme style Eastwood, Benett Miller dresse un portrait terrible et d'une justesse acérée de l'Amérique. A travers le personnage de John E. Du Pont, l'américain présente l'American Way of life. Bouffé par l'argent, dévoré par une ambition déstabilisante, ridicule dans sa volonté de constamment être le meilleur et de se mettre toujours et encore en scène, Du Pont représente le plus pur produit de la société américaine mais aussi de notre mode de vie à l'occidental contaminé par cette pensée insidieuse que tout s'achète, tout se révère... si l'on y met le prix et les moyens. Foxcatcher ne nous montre pas qu'une histoire de lutte, il nous représente un mode de vie malade, fruit d'enfants gâtés à qui le billet vert permet tout, même l'impensable. Le métrage met le doigt sur ce complexe d'infériorité qui force à se surpasser ou à truquer la réalité. Du Pont ment, Mark pendant longtemps également. Comme leur pays, vautré dans l'ignorance, le ridicule et surtout la violence. Une violence omniprésente mais rentrée, cachée, dissimulée sous un vernis de respectabilité. On tire calmement sur des cibles, on collectionne les armes dans une vitrine, on s'achète un M-113, on s'exprime par la lutte. Mais au fond, le monstre guette chez Miller. Jusqu'à l'explosion inévitable mais aussi tout à fait incompréhensible de par son aveuglement. Foxcatcher transcende les limites de son récit.

    Plus qu'un message politique et la peinture d'un mode de vie, Foxcatcher dissèque avec une infinie patience la psychologie de ses héros : Mark, John et dans une moindre mesure Dave. Le personnage de John s'avère, forcément, la plus effrayante réussite du long-métrage. Sous le milliardaire se cache un monstre humilié qui vit dans l'ombre oppressante d'une mère qu'il n'a jamais su surpasser. Miller utilise les chevaux et le fameux renard comme métaphore, il place John dans le rôle de ce renard traqué par son illustre gloire familiale, et dont il sait pertinemment qu'il n'a pas les moyens de la surpasser. Ce qui rend son personnage si fort, c'est qu'au fond, derrière son narcissisme et son ridicule, John renferme une tristesse incommensurable (que l'on retrouve dans la magistrale scène de l'enseignement devant la mère). Miller plonge sa caméra dans la tête d'un homme médiocre mais tellement riche que personne ne lui dit, que personne ne l'aide. Sa relation avec Mark devient rapidement géniale, aussi prenante et captivante que celle de The Master. En John, Mark trouve non pas un mentor comme l'on voudrait le faire croire, mais un admirateur, une personne dévouée corps et âme et qui croit en lui. Au-delà de ses allures de roc, Mark partage cette infinie tristesse de celui qui n'a rien au fond de lui et qui cherche désespérément à être. Comme à peu près tous les hommes modernes. Son évolution, de la joie de la victoire à l'amertume du remplacement, fait mouche. Magnifié par un Tatum impérial, le personnage de Mark émeut, crève le cœur mais finit bouffé au son de USA! USA! Reste la relation d'amour-haine entre les deux frères, incroyablement forte parce qu'utilisée avec parcimonie et qui montre toute l'humanité du personnage de Dave, conscient des blessures de son frère dont il est involontairement coupable. La scène dans la chambre d'hôtel devrait donner à réfléchir à nombre de cinéastes sur la meilleure façon de montrer un amour fraternel. Enfin, il serait injuste d'oublier la bande sonore en parfaite adéquation avec la mise en scène brumeuse de Miller, Jóhann Jóhannsson joue lui aussi dans la modestie et livre une partition tout en nuances, entre les notes lancinantes d'un piano et la profonde mélancolie des cordes. Il complète à merveille le film et offre une grande partie de l'atmosphère de Foxcatcher.

    Foxcatcher laisse pantois. K.O debout. Si l'on évite de parler de sa fin, proprement à couper le souffle, c'est pour mieux vous laisser le soin de plonger tête la première dans un des plus grand films de ces dernières années qui sera, à coup sûr, aux côtés de There Will Be Blood ou The Master dans les écoles de cinéma. Portrait au vitriol de l'Amérique, le film de Benett Miller cumule les prestations d'anthologie de ses acteurs, une bande-son remarquable et une intelligence aussi inattendue qu'acérée. 
    Une véritable leçon de cinéma, forcément impossible à manquer.

    Note : 10/10

    Meilleures scènes : John entraînant l'équipe sous le regard de sa mère - le lâcher de chevaux - Mark et Dave dans la chambre d'hôtel - le plan final



    votre commentaire
  • [Critique] Fitzcarraldo

    Prix de la Mise en Scène Festival de Cannes 1982

    Pour son neuvième film, l'allemand Werner Herzog revient à ses premiers amours, c'est-à-dire l'Amazonie et Klaus Kinski. 10 ans après son chef d'oeuvre, Aguirre, la colère de Dieu, il retrouve son acteur fétiche pour rembarquer dans une aventure sans concession. Bien loin de l'époque des conquistadors, Herzog s'intéresse cette fois au siècle des barons du caoutchouc au cœur du Pérou. Véritable défi de réalisation, Fitzcarraldo reste avant tout dans les mémoires comme un film-fleuve de 2h30 où s'entrechoque les mondes, les ambitions et les personnages haut-en-couleurs. Présenté au Festival de Cannes en 1982, le long-métrage repart avec le prix de la mise en scène, une récompense pour le moins méritée mais qui peine pourtant à rendre justice à la démesure de Fitzcarraldo.

    Passionné par l'opéra, Brian Sweene Fitzgerald, connu sous le nom de Fitzcarraldo au Pérou, tente par tous les moyens de bâtir un opéra à Iquitos, une ville sise au cœur de l'Amazonie. Malgré le scepticisme de ses pairs à Manaus ou dans les cultures de caoutchouc, il tente le tout pour le tout en demandant à son amie Molly de lui donner une partie de sa fortune. Avec celle-ci, il achète un bateau à vapeur, recrute sa propre troupe et acquiert une parcelle que personne n'exploite. La raison en est simple, elle est inaccessible du fait de la présence de rapides réputés infranchissables. Fitzcarraldo remonte alors l'Amazone et va entreprendre la plus folle des tentatives pour passer outre les embûches du fleuve. Son idée est aussi simple que folle, faire traverser à son navire une colline pour se retrouver directement dans son exploitation. Seulement, le destin n'a pas fini de jouer des tours à Fitzcarraldo.

    Werner Herzog se révélera, au fur et à mesure de l'avancée de sa carrière, comme un cinéaste polymorphe aimant autant le documentaire que la fiction. Déjà dans Aguirre, on retrouvait cette dimension singulière avec cette façon unique de capturer l'adversité de l'Amazonie mais aussi de reconstituer toute une époque. Fitzcarraldo procède de la même manière. En nous plongeant dans le siècle des bateaux à vapeur, Herzog dresse une peinture des nouveaux maîtres du Pérou. Le métrage se scinde en deux parties distinctes, dont la première, la plus courte, nous présente la vie quotidienne dans une ville perdue au milieu de la foret. Vétuste mais en pleine expansion, Iquitos contraste radicalement avec Manaus qu'Herzog nous montre au tout début. Pourtant, comme Manaus, elle abrite un certain nombre de dignitaires, et notamment les barons du caoutchouc, des hommes scandaleusement riches grâce à l'exploitation des arbres à caoutchouc que l'on trouve en abondance dans la région. Immédiatement, le réalisateur allemand aborde l'odieux comportement de ceux-ci, leur petitesse et surtout leur façon de réduire en esclavage les populations locales. Il se sert de ce premier atout pour décrire non seulement la vie quotidienne à Iquitos mais aussi pour présenter celui qui sera le point central du film, le fameux Fitzcarraldo.

    A la différence de ces barons qui accumulent les richesse, Fitzcarraldo rêve d'inutile, il rêve d'opéra. Interprété par l'extraordinaire Klaus Kinski, le fantasque personnage contraste avec les opulents barons. Il est entouré d'enfants indiens à qui il fait écouter des opéras, ou auquel il offre de la glace (son fond de commerce). Avant toute chose, Fitzcarraldo est un rêveur, du genre malade obsessif. On retrouve dans son tempérament un peu de celui d'Aguirre, deux conquistadors obsédés par un but absurde, une cité d'or pour l'un, un opéra en Amazonie pour l'autre. Pourtant, la folie belliqueuse de Don Aguirre n'est pas de mise chez Fitzcarraldo qui évolue sur un plan tout autre, celui de la création. Son ambition  n'est pas de conquérir mais de briller, d'être celui qui apportera la culture dans le coin le plus reculé de la terre. S'il partage quelque chose en commun avec Aguirre, c'est certainement ce jusqu'au boutisme qui vire à la quasi-folie. Mais là où Aguirre finissait en Dieu impitoyable, Fitzcarraldo devient un Dieu de mythologie tentant de déplacer des montagnes...ou plutôt un bateau.

    C'est ici la seconde, et bien plus longue, partie du film. Cette partie où l'amour du documentaire l'emporte et nous entraîne dans une nouvelle exploration fascinante de l'Amazonie sauvage peuplée d'autochtones étranges. C'est également dans ces instants que Herzog s'incarne dans son personnage de Fitzcarraldo et en fait un double cinématographique. Si Fitzcarraldo est le fou qui veut faire passer un bateau d'un affluent à l'autre en le tractant sur une colline, Herzog est celui qui refuse tout artifice et tente réellement l'expérience. Cette entreprise monumentale a vraiment été réalisé par l'allemand et son équipe qui ont défriché une bande de terre, terrassé une colline et tracté avec des cordes un bateau à vapeur. Vraiment. Le résultat à l'image marié au talent insolent de Werner pour capturer ce genre d'exploit accouche d'un moment d'anthologie qui marque l'histoire du cinéma. L'exploit est d'autant plus grand que le réalisateur prend le soin de rapprocher Fitzcarraldo d'un Dieu, notamment à travers des plans iconiques où Kinski pose devant son bateau hissé par une tribu d'indiens. Il s'accapare alors toute la puissance de son personnage et de sa folle entreprise. On ne cesse de se poser une question tout du long : qui est, au fond, Fitzcarraldo ? Un génie ? Un fou ? Un artiste ? Surement les trois à la fois. Il fait partie de ce genre d'hommes capables d'aller au bout de leurs visions, capable d'acheter un fauteuil de velours rouge à un cochon, capable de traverser l'impossible...et de finir par faire jouer un opéra le long de l'Amazone. Fitzcarraldo s'inscrit dans la légende comme un des personnages les plus forts et les plus captivants de l'histoire du cinéma.

    Véritable ode à la démesure, Fitzcarraldo est un paradoxe en soi. Moins accessible qu'Aguirre du fait de sa longueur et de son imposante ambition mais plus facile à aborder car plus terre à terre, le long-métrage de Werner Herzog capture une époque, une folie et un homme. Et quel homme ! Film monstrueux, parfois à couper le souffle, Fitzcarraldo continue d'affirmer avec force le génie du réalisateur allemand. Un classique, encore.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La première avancée du bateau sur la terre ferme


    votre commentaire

  • L'américain Joshua Oppenheimer s’intéresse avec The Act of Killing aux massacres consécutifs au coup d’état de 1965 en Indonésie. Le gouvernement en place, aidé par des milices paramilitaires dont la plus célèbre, Pemuda Pancasila, entreprend alors de liquider les communistes selon eux responsables d’un attentat contre plusieurs hauts dignitaires de l’époque. Il s’ensuit alors un massacre de près d'un million de personnes (2,5 millions selon les autorités indonésiennes) où l’ensemble des membres du parti communiste et leurs sympathisants sont arrêtés, torturés et exécutés au même titre que de nombreux athées, hindouistes et même certains musulmans modérés. Soutenu par l’Occident et les Etats-unis, le gouvernement porte aux nues les meurtriers qui ne seront jamais punis.

    Ainsi, près de 50 ans après les événements, Joshua part pour enquêter auprès des survivants. Malheureusement, il s’aperçoit bien vite que peu d’entre eux veulent en parler, encore terrifiés à l’heure actuelle, et finit par aller interroger et rencontrer les bourreaux eux-mêmes qui, à sa grande surprise, sont plus que fiers de parler de ce qu’ils ont accomplis. De là, le britannique leur propose une chose inédite, mettre en scène selon leur bon vouloir et avec les moyens du bord les actes de barbarie accomplis. C’est donc ce que propose The Act of Killing durant 2h39, une plongée dans le monde de gangsters, de tueurs et de dictateurs où s’intercale des reconstitutions surréelles et des morceaux choisis de la vie en Indonésie à l’heure actuelle. Le résultat transcende son postulat de départ.

    Imaginez, juste cinq minutes, que les SS ou les hommes de NKVD et du Goulag aient survécus. Imaginez alors ces mêmes hommes en train de reconstituer devant vos yeux, avec le sourire aux lèvres et un empressement manifeste, les pires atrocités qu’ils aient commises. C’est ainsi que se construit The Act of Killing. Tout le long-métrage tourne autour d’Anwar Congo, un ancien exécutant du pouvoir responsable de la mort directe de mille personnes, et dans une moindre mesure de Adi Zulkadry, autre tueur à l’aspect bedonnant. Oppenheimer filme donc ce que racontent les deux hommes. Comment ils étranglaient avec du fil de fer hommes et femmes préalablement torturés, dans quels lieux et dans quelles circonstances. Le spectateur reste instantanément médusé devant ce qui se passe.

    Bouffi de fierté et tout sourire, on assiste à un discours atroce sur des choses innommables dans une atmosphère bon enfant. De même, avant d’en venir aux reconstitutions, Anwar présente ses anciens collaborateurs et d’autres dignitaires toujours au pouvoir – des gens du parlement, le responsable de Pemuda Pancasila, qui compte tout de même trois millions d’hommes à l’heure actuelle, ou encore un responsable de journal – et tous considèrent ces massacres comme de l’histoire, comme une chose nécessaire et même mémorable. Pire encore, ils en tirent une gloire personnelle et ne rechignent jamais à avouer les supercheries pour monter la population contre les communistes de l’époque. Ainsi, des hommes qui ne sont rien de moins que des criminels envers le genre humain, sont-ils invités à des meetings officiels, passent à la télévision en grande pompe pour narrer leurs forfaits et se réclament haut et fort « gangsters ». Ce qu’ils sont encore d’ailleurs notamment pendant la séquence de racket tout sourire sur le marché ou dans les magasins pour le parti.

    Rapidement, on assiste aux premières reconstitutions. Dirigées par les criminels eux-mêmes qui interprètent divers rôles, le leur ou celui de leurs victimes, celles-ci sont aussi surréalistes qu’extravagantes mais avant toute chose, elles mettent extrêmement mal à l’aise le spectateur. Pourquoi ? Parce que c’est la dérision qui domine, le ridicule et l’on a souvent envie de rire devant leur exubérance et leurs excès. Sauf qu’à un moment, on se souvient que derrière cette comédie se cache ce qui s’est réellement passé, que l’on rit devant l’horreur absolue. Le malaise produit est gigantesque. On retrouve dans ces courts-métrages le peu de scrupules, au départ, de leurs auteurs. Joyeusement, ils mettent en scène la mise à sac d’un village et la tuerie d’hommes, de femmes et d’enfants avant que le leader des Pemuda Pancasila tente de tempérer le déchaînement de violences qui vient de se produire. Plus fort encore, le village employé pour la scène sera vraiment brûlé…laissant les habitants sans rien…juste pour la scène. On nage en plein délire.

    Peu à peu pourtant, d’autres intervenants arrivent, dont l’un semble conscient de la malveillance de leurs actes mais s’en fiche pas mal. Le britannique fait alors quelque chose de très fort et va montrer les scènes de reconstitution qu’il a tourné à Anwar et Adi qui peuvent donc voir ce qu’ils font et disent. De fait, Anwar va commencer à parler, d’abord de cauchemars, puis à comprendre et à appréhender ce qu’il a fait. Manifestement dans le déni total de ses actes, ce n’est que lorsqu’il se met à la place d’un des hommes qu’il a étranglé qu’il se sent vraiment mal. Oppenheimer accomplit là une expiation. Car une des choses flagrantes à propos de ces monstres, c’est qu’ils sont terriblement médiocres et banals. Mégalomanes, bêtes comme leurs pieds, ils vivent dans leur monde, peuplé d’Al Pacino en Parrain et d’autres films d’action à l’américaine. Ils sont totalement déconnectés de la réalité. Totalement. Il ne fait d’ailleurs que peu de doutes qu’Adi n’a plus toute sa tête et qu’il est même complètement fou.

    La puissance incroyable de cette confrontation par la fiction explose dans la scène où Anwar regarde avec ses petits-enfants la reconstitution où il joue une victime tuée par strangulation. C’est à ce moment que la culpabilité prend possession de lui et que, pour la première fois, il a honte, il comprend et en vient à pleurer. La chose, exposée au spectateur, reste juste ahurissante. Ce monstre impressionnant qu’on a côtoyé deux heures durant n’est qu’un être pathétique et médiocre. Joshua Oppenheimer ne fait pas que choisir les moments les plus révélateurs de son film, il les magnifie comme lors de ce plan où Adi répète les paroles d’Obama à la télévision.

    Plus loin, c’est un portrait sans concession de l’Indonésie qui est dressé. On croise des dirigeants corrompus jusqu’à l’os et la démocratie en place pousse au paroxysme les travers du système. Les élections sont truquées ou achetées, les gens escroqués et endoctrinés. Pendant que le peuple vit dans la misère, les pontes vivent dans des palaces avec des objets de cristal à plus de deux mille dollars pièce. Les dignitaires racontent comment ils traitent les femmes – vous aurez devinés – avant de faire la prière. Oppenheimer montre ce qu’est la démocratie. Et si, finalement, la nôtre n’était que mieux camouflée pour nous faire avaler le morceau ? La réflexion est lancée, la réponse elle, risque de déplaire. Il va sans dire que L'amérique de Bush n'a aucune leçon à donner, comme le fera remarquer un des protagonistes.

    Mais The Act of Killing ne serait pas aussi marquant si, au final, ce n’était pas nous qui étions mis au rang de témoin de l’intolérable. On regarde le spectacle parfois en souriant du ridicule de la mise en scène mais en sachant en fait que tout s’est vraiment déroulé. On reste juste bouche bée devant ce que ces hommes racontent et mettent en scène. Pour exemple, on entend un paramilitaire dire qu’il violait toutes les femmes qu’il croisait à l’époque avec les éclats de rires des autres dans la salle, et de dire comment il faisait avant de préciser qu’il préférait les fillettes de 14 ans. Dans le même esprit, une des séquences finales montre Anwar recevoir une médaille d’une de ces victimes pour le remercier de l’avoir exécutés dans un court-métrage de son cru. La vision de fantasmes délirants n’a aucune limite.

    Non diffusé en France ou alors confidentiellement (1 diffusion unique sur Lille en version amputée de 40 minutes), The Act of Killing n’est rien de moins qu’un chef d’œuvre total. Sorte de glissement dans l’horreur absolue sans jamais la montrer frontalement, l’œuvre d’Oppenheimer dissèque le mécanisme du massacre, de la naissance des monstres et de ce qu’ils sont avant de les ramener brutalement à la réalité. La puissance représentative du film n’a que peu d’égale si tant est qu’elle en ait. Un choc, définitivement.

    Note : 10/10

    Meilleur scène : Anwar qui regarde la dernière vidéo

    Meilleure réplique : « Did the people I tortured feel the way i do here ? »


    2 commentaires
  • [Critique] The Riot Club

    Ils sont jeunes, beaux et intelligents. Mais surtout, ils sont riches. Jeunes étudiants d'Oxford fortunés, Alistair, Miles, Harry, Hugo et tous les autres ne constituent pas seulement la future élite de la nation britannique, ils représentent également un club privé légendaire : le Riot Club. Tirant son nom d'un nobliau décadent du siècle passé, Lord Ryot, le club a pour vocation d'assouvir les excès de ses membres tout en conservant un statut des plus prestigieux au sein des autres étudiants. L'actuel président, James, a décidé d'ouvrir la période de sélection. Parmi ses nouvelles recrues, deux jeunes hommes : Miles et Alistair. Opposés politiquement, les deux compères s'avèrent toutefois ravis de leur future intégration. Ainsi sont-ils conviés à leur premier dîner du Riot Club dans un petite taverne à l'écart des regards. C'est là que tout bascule...

    Pas forcément très attendu (en fait pas du tout), le nouveau film de la réalisatrice d'Une éducation et de Un Jour, la danoise Lone Scherfig, mise tout sur une acerbe critique de la jeunesse dorée britannique. Pourtant, rapidement Scherfig captive. Loin de rentrer dans les canons du genre (il ne s'agit pas d'un Fight Club à l'anglaise, c'est même tout le contraire), The Riot Club propose une plongée dans un monde nébuleux pour le citoyen lambda, celui d'Oxford et de ses privilégiés. Même si l'on a d'abord peur d'assister à une succession de clichés (et c'est parfois le cas), Scherfig tire son épingle du jeu grâce à ses acteurs, tous géniaux, ainsi que les personnages forts qu'elle façonne avec un mordant salutaire. Si l'on apprend vite à aimer - autant qu'à détester - les membres du Riot Club, deux personnages se détachent naturellement du lot : Alistair et Miles. Deux faces d'une même pièce aux idées souvent très éloignés, qui, cependant, viennent d'un même milieu.

    Interprété de façon magistrale par Sam Claflin dont la gueule d'acteur n'a d'égal que la violence sourde qu'il renferme, le personnage d'Alistair efface un peu Miles, plus conventionnel et plus politiquement correct (sans rien enlever à l'excellent jeu de Max Irons). D'abord abordés dans le cadre de la vie scolaire, les deux jeunes hommes se retrouvent au cœur d'un dilemme moral lors de la séquence du dîner. C'est à ce moment précis que Lone Scherfig choisit de tenter un coup de poker puisque, à la surprise générale, The Riot Club devient pour une grosse moitié du temps un huit-clos. Dans celui-ci, la danoise montre le glissement très lent mais de plus en plus violent qui se profile. Avec une grande ruse, elle amène ses personnages au point de rupture et crée un décalage entre la société clinquante et pompeuse de l'assemblée des dix jeunes et celle, tout à fait banale, du restaurateur, de ses clients et de sa fille. De cette façon, Lone Scherfig reconstitue en miniature la société britannique - et par extension occidentale - en faisant entrer en collision les convictions et les classes sociales.

    En fait, le cœur de The Riot Club n'est pas de montrer les tribulations de dix petits emmerdeurs arrogants mais de disséquer les mécanismes qui mènent au soulèvement, à la violence et, finalement à la cruauté. Ne nous y trompons pas, le film de Scherfig va loin, plus qu'il n'y parait de prime abord. Au-delà de dénoncer la "violence des riches", elle pointe surtout du doigt comment, dans un groupe aux personnalités hétérogènes mais issues d'une même catégorie sociale, un seul homme peut entraîner les autres vers les pires choses. Elle reproduit dans ce huit-clos le mécanisme de la dictature. La démonstration, outre le choc qu'elle peut provoquer et l'indignation du spectateur qui en résulte, met en exergue quelque chose de fondamental, une chose commune à toute les sociétés modernes : la majorité silencieuse n'a pas d'importance, elle est malléable. Il suffit d'une minorité, ici Alistair, suffisamment attirante ou effrayante (voir les deux) pour précipiter les choses. Dans le fond, et malgré la lueur d'espoir du personnage de Miles, The Riot Club est un film profondément noir qui va au fond de son propos. Sa fin, glaçante mais ultra-réaliste, donne à réfléchir sur ceux qui nous gouvernent.
    Les loups gardent le troupeau.

    Immense surprise que The Riot Club. Plutôt discret depuis sa sortie, le long-métrage mérite franchement toute votre attention. Méchant, cynique et proprement glaçant, il mise en plus sur des aspects vraiment inattendus mais réjouissants. Emporté par une tripotée de jeunes acteurs excellents et par un scénario allant fouillé de plus en plus loin dans les recoins sombres de l'humanité, le film de Lone Scherfig constitue une grande réussite à ne pas louper.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : L'appel à la révolte d'Alistair - La discussion finale


    votre commentaire
  • [Critique] Aguirre, la colère de Dieu


    Réalisateur de légende s'il en est, l'allemand Werner Herzog signe son troisième film en l'année 1972 avec Aguirre, la colère de Dieu. Grandement remarqué avec son premier film, Signes de Vie (rappelons qu'il a remporté l'Ours d'Argent à la Berlinale), le cinéaste porte son regard sur une épopée légendaire, celle de la recherche de l'El Dorado par les conquistadors espagnols. Véritable triomphe critique (le mot est faible), Aguirre s'installe durablement dans l'univers cinématographique comme un classique et un chef d'oeuvre. Si Aguirre marque une nouvelle étape dans la carrière d'Herzog, il marque également le début de sa collaboration légendaire avec l'acteur allemand Klaus Kinski. Malgré un tournage épique tant les deux hommes se détestaient autant qu'ils s'admiraient, Kinski livre une prestation mémorable. Près de 40 ans plus tard, nul besoin de cacher qu'Aguirre n'a rigoureusement rien perdu de sa superbe.


    XVIème siècle. Bernés par les indiens, les conquistadors espagnols cherchent avec frénésie le fameux El Dorado, la cité d'or. Une énorme expédition mandatée par Pizarro se perd dans la jungle amazonienne. Incapable de faire traverser tous ses hommes, Pizarro confie le commandement d'une équipe réduite à Pedro de Ursua. Il fait de Lope de Aguirre son commandant en second tout en ignorant que celui-ci nourrit une haine sans limite envers le trône espagnol et ne rêve que d'une chose ; établir son propre royaume. Bientôt confrontés aux Indiens et à la rigueur de l'Amazonie profonde, les espagnols s'éloignent de leur commandant. C'est le moment pour Aguirre de prendre les choses en main.

    Des falaises, une jungle impénétrable, des marécages impitoyables. Et une très très longue file d'hommes et de femmes. Parmi eux, des conquistadors en armures, de nobles dames, des indiens croulant sous leur charge et un noir. Dans cette ample et dantesque séquence d'ouverture aérienne et improbable, Herzog croque d'un coup tout ses personnages, sans une seule parole. Juste une musique, celle de Popol Vuh, mystique à souhait, pour tout dire, inoubliable. Passée cette entrée en matière scotchante, Herzog commence réellement son périple et ressert son groupe de protagonistes avec un triangle de puissants : Don Pedro de Ursua, don Fernando de Guzman et bien sûr, Don Lope de Aguirre. Ce dernier, campé par Klaus Kinski, jouit dès sa première apparition à l'écran d'un magnétisme et d'un feu intérieur unique, lové dans son regard tranchant comme l'acier. Dès lors, Herzog peut donc nous parler de son véritable sujet : le soif de pouvoir.

    On sent quasi-instantanément qu'Aguirre n'a qu'une seule ambition, prendre les choses en main et égaler les héros de son époque. Herzog installe la lutte des égos sous le regard et la voix sombre de Gaspar de Carvajal, le prêtre de l'expédition dont le récit inspire le film. Il rejoue sous nos yeux l'éternel cycle de l'ambition dévorante de l'homme, sa soif irrépressible de dominer et de conquérir, plus précisément de soumettre ses congénères. La rapide éviction de Ursua ne faisait aucun doute, elle a bien sûr lieu, aussi brutalement que promptement. Ce qui surprend par contre, c'est qu'Herzog laisse son anti-héros dans l'ombre d'un autre, puisque c'est Guzman qui hérite du titre ridicule et creux d'Empereur de l'El Dorado. Pourtant, c'est un coup de génie. Herzog en profite pour critiquer les chefs au pouvoir (quelqu'ils soient) en les montrant comme des pantins d'autres hommes bien plus intelligent qu'eux. Aguirre reste toujours le plus roublard en fin de compte. Le ridicule consommé de Guzman, dont l’embonpoint n'a d'égale que la lâcheté, culmine dans une scène de justice délirante et simplement mythique où, juché sur un trône de pacotille (Qu'est-ce qu'un trône si ce n'est une planche de bois recouvert de velours ?) Gunzman juge en roi absolu des sujets qui n'existent que dans son esprit.

    Puis vient la descente aux enfers avec la longue traversée du fleuve. Herzog intensifie encore l'impression de délire absolue de ce voyage, et tombe encore d'un étage dans la bassesse et la violence des hommes. Aguirre s'affirme toujours davantage et cette présence de plus en plus pesante va de pair avec une folie grandissante. Car tout ne pouvait finir que dans la folie. Peu à peu, Herzog change son message, il ne se contente plus de viser les puissants et les politiques, mais décoche ses traits contre la force la plus terrible de l'univers humain : Dieu. Aguirre, s'enfonce dans sa folie et finit par devenir l'image d'un Dieu vindicatif. C'est ici que le génie incommensurable de Klaus Kinski se déchaîne, alors qu'il laisse toujours davantage parler sa gestuelle menaçante et son visage terrifiant. L'acteur livre une prestation unique, tout simplement. C'est grâce à lui que l'on assiste à ce mythique monologue dans les décombres d'un village brûlé, c'est aussi grâce à lui que la fin d'Aguirre s'avère si marquante, lorsque l'épopée se fait totalement mystique, contamine de sa fièvre tout ce qui bouge à l'écran. Au cœur de la forêt amazonienne, Herzog filme la fin d'Aguirre et de ses hommes avec une maestria à couper le souffle. Impossible d'oublier cette scène finale où Aguirre chasse et rassemble les singes sur son radeau, tout en déblatérant un discours mégalomane fascinant. Herzog boucle son propos avec cette image d'un Dieu vengeur et fou à lier régnant sur des macaques apeurés et stupides. Parfaite métaphore de l'humanité d'hier et d'aujourd'hui.

    Aguirre restera toujours un chef d'oeuvre. Classique intemporel à la force picturale sidérante, mené par des acteurs sublimes et un Kinski possédé, le métrage de Werner Herzog fait de plus preuve d'une telle intelligence qu'il rentre instantanément dans la liste des plus grands films de tous les temps.
    Absolument, et définitivement, indispensable.

    Note : 10/10

    Meilleures scènes : l'Ouverture - la traversée sur les radeaux - la justice et le couronnement de Gunzman - L'attaque du village indien - Le monologue final

    Meilleure réplique :

    I am the great traitor. There must be no other. Anyone who even thinks about deserting this mission will be cut up into 198 pieces. Those pieces will be stamped on until what is left can be used only to paint walls. Whoever takes one grain of corn or one drop of water... more than his ration, will be locked up for 155 years. If I, Aguirre, want the birds to drop dead from the trees... then the birds will drop dead from the trees. I am the Wrath of God. The earth I pass will see me and tremble. But whoever follows me and the river, will win untold riches. But whoever deserts...

     


    votre commentaire
  • Voilà bien longtemps que Disney n'a plus fait de bons dessin-animés. Après l'hégémonie de Pixar, la compagnie aux grandes oreilles n'a su que récolter les miettes. Et ce n'est pas le médiocre anime La Princesse et la Grenouille qui a changé la donne. Pourtant, depuis quelques temps, la situation s'inverse avec la sortie coup sur coup du très sympathique Raiponce et du jouissivement rétro et nostalgique Les Mondes de Ralph. L'annonce de La Reine des Neiges, vieux projet ressorti des cartons et librement adapté d'un conte populaire laissait cependant mitigé. Vrai retour aux sources avec tout le côté barbant que cela implique ou retour au talent, celui qui avait fait des chef d’œuvres en série dans les années 90 ? En fait, la réponse s'avère un peu plus compliquée mais reste claire : une surprise !

    Le Royaume D'Arendelle jouit d'une grande stabilité et d'un épanouissement manifeste grâce au règne du roi et de la reine. Leurs deux filles, Elsa et sa petite sœur, Anna, sont inséparables. En outre, Elsa est née avec le pouvoir de contrôler la glace et le froid. Malheureusement, après un terrible accident, les choses changent et les deux sœurs s'éloignent. C'est seulement lors du couronnement d'Elsa que les choses vont s’accélérer et qu'Anna, splendide jeune femme extravertie va découvrir le monde... Mais Elsa, parviendra-t-elle à contrôler ses pouvoirs ou deviendra-t-elle la Reine des Neiges ?

    Le nouveau film d'animation de la compagnie Disney ne fait pas longtemps illusion sur sa provenance. Chansons directement et, soyons francs, un peu beaucoup au début (après la séquence d'introduction, une autre tout de suite, c'est un poil indigeste). Mais aussi princesses, reine, prince charmant, et bien entendu l'Amour. Les tares "Disneyiennes" restent bien présentes mais Frozen (le titre original bien plus élégant) a plus d'un tour dans son sac. Il n'y aura pas autre chose qu'une happy end, on s'en serait douté, et il y aura énormément de bons sentiments, un petit raz-de-marée. Mais soit. Les forces de Frozen ne résident pas là, et au contraire, le long-métrage garde ses forces pour le vrai show.

    Il faut immédiatement parler d'une chose. La séquence d'introduction, d'environ 10 à 15 minutes.
    Exemple parfait de l'enchaînement picturale où les personnages grandissent à vue d’œil, il n'est pas sans rappeler les premières minutes de Là-Haut par sa tristesse. Car oui, d'emblée la Reine des neiges nous prend aux tripes et, n'ayons pas peur des mots, rien que cette séquence où l'on découvre les deux sœurs, où se brossent leur amour et leur éloignement brutal, et où, sur la splendide (mais vraiment vraiment magnifique) et tellement nostalgique chanson "Je Voudrais un bonhomme de neige" (Encore plus belle en VO, "Do you want to build a Snowman ?") on voit Anna et Elsa grandir...Cette petite séquence est un véritable chef d'oeuvre, un petit joyau qu'on espérait plus, aussi fort que poignant. Forcément, la suite baisse d'un cran mais passe aussi dans un autre registre, plus comique peut-être, plus grand spectacle aussi.

    Du spectacle, il y en aura d'ailleurs ! L'animation et le graphismes laissent clairement pantois, tout est magnifique, et seul le choix du Character design des princesses peut laisser un brin moins enthousiaste. La séquence de "construction" du château de glaces fait d'ailleurs une énorme impression. Outre cette qualité plastique, c'est autre chose qui attire bien vite l’œil averti. Rapidement enfermé dans le schéma princesse naïve-prince charmant, le film roule tranquillement son monde. Le twist autour de la figure du prince charmant est un grand pied de nez à ce que représente le personnage pour la firme et le parcours initiatique d'Anna fait plus moderne que jamais dans le cadre du "ne croyez pas le beau parleur". Mais mieux, pendant longtemps, le dessin-animé n'a simplement pas de grand méchant, non vraiment aucun. Car la Reine des Neiges, Elsa, que l'on attendait dans ce rôle...ne l'est pas du tout et c'est là la plus grande force du film !

    Le personnage d'Elsa est une éclatante réussite, c'est même mieux encore que cela, c'est LA réussite de l'année 2013 côté personnages animées ! Ni méchante, ni gentille, constamment oscillante dans son état d'esprit, déchirée et touchante, elle est également dotée d'un sous-texte qu'on a simplement plus l'habitude de voir chez Disney ! Et quel événement d'autant plus délectable qu'il colle parfaitement à Elsa. Obligée de se cacher, de cacher ce qu'elle est, chose sur laquelle ses parents insistent lourdement, elle reste cloîtrée et à l'écart. Mine de rien, Disney livre un gros plaidoyer pour la féminité et même la sexualité car, de façon roublarde puis qu’occulté par la romance de la sœur, Elsa n'aura aucun prétendant. De même, c'est seulement à l'écart qu'elle se métamorphose en Reine des Neiges sexy en diable et se trouve "libérée" comme la chanson (sublime, la meilleure depuis la grande époque, avec Indina Menzel sur Let It Go) nous le décrit très bien. Idem, ce sera l'homme qui la ré-emprisonne...avant, seule de se libérer de ses chaînes et de s'émanciper. De là à y voir un vibrant et intense sous-texte féministe voir, sur l'homosexualité, il n'y a qu'un pas, que l'on pourra même franchir tant le tout s'accorde parfaitement. Pour un Disney, c'est un coup de maître.

    Mais jamais, au grand jamais, l'aventure n’ennuie. Anna et ses tribulations, sa rencontre avec Kriss et Sven, deux troublions géniaux et ultra-attachants ne fait que réjouir le spectateur. De même, arrive bientôt LE sidekick comique obligatoire du film Disney, et, surprise, Olaf le bonhomme de neige est...une immense réussite ! Rarement un petit personnage aura été aussi hilarant à chaque apparition (et pour une fois sa voix VF est géniale !) avec, il faut le noter, un passage halluciné sur l'envie d'être un bonhomme de neige en...été. Hilarant et très improbable, le genre d’excentricités qui fait du bien. Bien sûr, il y aura du moins bien et, les trolls par exemple, séduisent moins. Plus enfantin et peut-être un peu plus lourd que le reste. De même, le retour au château et toute la dernière partie s'avère prévisible mais dans l'ensemble assez agréable avec une fin heureuse comme tout Disney qui se respecte !
    Mentionnons tout de même la Bande-originale, de très grande qualité avec deux chansons phares, Let It go et Do you Want to build a Snowman, qui renvoient enfin une énergie et une qualité qu'on avait plus depuis un certain temps.

    Malgré des défauts encore assez nombreux et bien présents durant le film, La Reine des Neiges (ou Frozen) constitue la grosse surprise de fin d'année et un des meilleurs films d'animation de 2013. Hilarant, émouvant, intelligent, 3 maître-mots pour un cocktail décapant ! Courez-y !

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : L'introduction, une merveille !

    Meilleure réplique : "Faudrait lui dire quand même ?" et le "Elle sait peut-être pas frapper ?"


    1 commentaire
  • [Critique] Timbuktu

    César 2015 Meilleur Film français 
    César 2015 Meilleur Scénario original
    César 2015 Meilleur réalisateur pour Abderrahmane Sissako
    César 2015 Meilleure musique
    César 2015 Meilleure photographie
    César 2015 Meilleur son
    César 2015 Meilleur montage
    Prix du Jury Œcuménique de Cannes 2014


    Autre métrage pré-sélectionné pour l'oscar du meilleur film étranger, Timbuktu s'était taillé une excellente réputation au dernier Festival de Cannes. A tel point que certains le voyait déjà figurer dans le palmarès voir même remporter la Palme. Réalisé par le Mauritanien Abderrahmane Sissako, le long-métrage porte son regard sur un sujet aussi actuel qu'épineux : l'intégrisme musulman. Si Sissako est loin d'être un novice, il s'avère très dur en ces temps troublés de livrer un film autour des événements qui se déroulent dans nombre de pays africains, en l’occurrence ici le Mali. Seulement voilà, la question se pose, un sujet peut-il tout faire dans un long-métrage ? Timbuktu peut-il surpasser son postulat et être un vrai moment de cinéma ?


    Aux environ de Tombouctou, une ville du Mali tombée sur le joug des milices djihadistes, Kidane, un éleveur, vit avec sa femme Salima et sa fille Toya. Alors que les choses deviennent de plus en plus difficiles pour les habitants de la ville et que les intégristes s'immiscent toujours davantage dans la vie quotidienne des habitants, Kidane est confronté à une tragique erreur commise par un pêcheur des environs. La colère prenant le pas sur la raison, il risque de commettre l'irréparable. De son côté, Abdelkrim apprend à conduire depuis qu'il a intégré les milices et fait régner l'ordre islamique sur Tombouctou, un ordre aussi impitoyable que rigide. Quel avenir pour ces gens pris dans le nœud coulant du totalitarisme religieux ?

    On veut aimer Timbuktu, vraiment. Parce que le film respire la sincérité et l'engagement de la part d'Abderrahmane Sissako lorsqu'il nous décrit les conditions de vie infamantes des habitants de Tombouctou sous le joug des djihadistes ou lorsqu'il nous dépeint cette famille d'éleveurs modeste mais attachante. Le problème majeur, c'est que Timbuktu n'a quasiment aucune rigueur narrative. Pour tout dire, on a plus l'impression d'assister à un patchwork de situations révoltantes plutôt que de suivre une ou des histoires claires. Le film de Sissako passe sans cesse du coq à l'âne, abandonne ses personnages pour revenir bien après dessus...bref, il n'a pour ainsi dire aucune cohérence. Certes, il s'améliore un peu avec la seconde partie et ce fil rouge autour de Kidane... le soucis, c'est que cette histoire fait pièce rajoutée un tant soit peu attendue et cliché, quand bien même elle nous décrit encore un autre versant de l'horreur djihadiste.

    Cet énorme défaut empêche véritablement de s'attacher aux protagonistes à l'exception notable de Kidane ou de Toya - encore heureux - qui bénéficient au final du meilleur traitement. Dans le fond, Timbuktu se veut avant toutes autres choses une radiographie de l'état d'une ville africaine sous l'autoritarisme religieux. De ce côté, heureusement, Timbuktu s'avère une franche réussite. Sissako nous livre quantité de saynètes fortes en termes de dénonciation. Il arrive au cours de celles-ci à nuancer clairement et subtilement son propos et démontre la différence de taille qui existe entre djihadistes fou d'Allah et croyants musulmans. Ceux-ci sont les premières victimes des intégristes et se retrouvent à supporter des interdits de plus en plus insensés et de plus en plus contraignants. Sans même compter l'humiliation constante des femmes - le port du voile et des gants - ou des croyants - l'entrée armée dans la mosquée de combattants - c'est bien le désespoir de ces gens ordinaires qui est mis en avant d'une superbe façon. 

    On apprécie aussi grandement la vision intime de plusieurs djihadistes qui permet de prouver, s'il en était encore besoin, qu'il s'agit d'un groupement d'individus ignorants, faibles d'esprit ou en détresse psychologique manipulés par des fanatiques barbares. La scène du caméscope reste à cet égard une des meilleures du film. Outre la dénonciation de la charia, de la lapidation des femmes, de la violence psychologique, Sissako sait se faire poétique avec cette séquence sublime où des enfants jouent au football sans ballon puisque ceux-ci sont interdits. A l'arrivée, malgré la réalisation plus que correcte et parfois vraiment réussie du Mauritanien, on ne peut s'empêcher de penser que Timbuktu constitue un horrible gâchis tant sa dimension narrative est un ratage intégral qui a tendance à tourner à la simple accumulation de situations plutôt qu'à ériger un véritable long-métrage. Reste son message et sa vision, deux éléments essentiels qui pourront justifier le ticket d'entrée pour le spectateur intéressé par le sujet abordé.

    Déception formelle que ce Timbuktu. Alors qu'il bénéficie d'une réalisation de qualité et d'un fond qui confine parfois au génie, le film d'Abderrahmane Sissoko s'effondre sur lui-même en oubliant toute rigueur narrative. Une chose d'autant plus dommage que le métrage a des choses importantes et pertinentes à dire. Si vous pouvez passer outre ce défaut de mosaïque cinématographique, on vous conseillera Timbuktu sans modération.
    De là à lui attribuer l'oscar...c'est une toute autre histoire.


    Note : 6.5/10

    Meilleures scènes : l'entrée dans la mosquée des djihadistes - le football sans ballon - le mariage forcé - la chanteuse dans les rues de Tombouctou

    Meilleure réplique :

    "Ou est Allah dans tout ça ?"

    et... le culte "La colombe des mosquées"


    votre commentaire
  • FLOP CINE 2014 - JUST A WORD

     

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Blackstorm de Steven Squale 

    Ah, le film catastrophe. On y a droit chaque année et pourtant, chaque année, une nouvelle daube s'impose. Blackstorm vient nous rappeler qu'un film peut avoir l'air spectaculaire dans une bande-annonce mais intégralement ridicule dans le réel. Ce long-métrage, en plus d'avoir des effets spéciaux de 30 ans de retard, propose une histoire à l'américaine pure et dure à base de famille unie, de sauvetage héroïque d'ados en chaleur sans oublier le petit couplet délicieux sur le patriotisme et l'altruisme en fin de film. Si seulement Steven Squale pouvait prendre la prochaine tornade...
    CRITIQUE


    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Pompéi de Paul W.S Anderson

    En parlant de réalisateur qui devrait finir dans une tornade, l'américain Paul W.S Anderson figure en bonne place. Délaissant un peu ses zombies de Resident Evil - une saga mythique s'il en est... - Anderson tente de mixer 300 et Gladiator mais en version leaderprice. Pour remporter encore davantage les suffrages du grand public, il rajoute une catastrophe avec l'éruption de Pompéi. Clairement adressé à un public de jeunes pucelles en chaleur qui ont pris leur premier orgasme devant le regard ténébreux mais vide de Kit "Snow" Harrington, Pompéi est un navet exceptionnel. Non seulement il s'affirme comme un plagiat éhonté de l'intrigue de Gladiator mais en plus il est bourré de choses ridicules, à commencer par une obsession pour les chevaux tout à fait embarrassante. On ne le répétera jamais assez, non, des abdominaux ne font pas un bon film.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    The Amazing-Spiderman 2 de Marc Webb

    The Amazing-Spiderman 2 résumé en une seule image : Spiderman avec un casque et une lance de pompier. Non content d'avoir trouvé un nouveau Peter Parker aussi crédible qu'un coton-tige usagé, Marc Webb nous noie sous un déluge de blagues douteuses. Pour compléter le tableau, le monsieur n'hésite pas à détruire une des séquences les plus mythiques de l'homme-araignée et à retourner aux sources du kitsch avec un méchant que l'on croirait sorti d'un cauchemar de Joel Schumacher. On rigole encore de Paul Giamatti en Rhino. Lui par contre, c'est nettement moins certain.
    Une authentique honte.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Godzilla de Gareth Edwards

    On imagine d'ici le brainstorming pour les producteurs d'Hollywood :
    - Dites-donc, ça fait longtemps qu'on a pas fait un film avec un très très gros monstre ?
    - Ah mais carrément, et si on reprenait Godzilla ?
    - Trop trop bien et on le fait réaliser par un p'tit jeune encore bien vu genre Gareth Edwards.
    - Pour la déconne, on montre pas le monstre et on met un japonais dedans ?
    Bah oui, Godzilla promettait énormément dans ses bande-annonces et ses photos (gardez-là, il n'y a que ça à sauver) mais au final, on se retrouve devant un film de catch avec monstres géants, des humains tellement crétins qu'ils feraient passer Christine Boutin pour un Prix Nobel, et une intrigue d'une débilité confondante. Reste une bonne réalisation. M'enfin...
    De toute manière, utiliser de cette façon Elizabeth Olsen, une actrice géniale, devrait être puni par la peine de mort.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    American Nightmare 2 : Anarchy de James DeMonaco

    Bon d'accord, on se doutait bien qu'après un premier volet désastreux que les chances d'avoir un chef d'oeuvre pour la suite étaient quasi-nulles. Pourtant James DeMonaco fait encore mieux que le premier. Toujours plus débile, toujours plus incohérent, et de surcroît le film se politise. Déjà que sans aucun fond politique c'était difficile, alors là, on frôle l'orgasme nanardesque. Il faut vraiment arrêter d'appeler ce que fait DeMonaco du cinéma...
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Nos Pires Voisins de Nicholas Stoller

    Si vous ne connaissez pas Nicholas Stoller, rassurez-vous, on s'en fout. Second film à exploiter le filon "J'ai un héros avec des abdos, ça va être excitant" et à finir en "Putain, j'ai vomi dans ma bouche", Nos Pires Voisins c'est un peu un amoncellement de clichés de comédies US avec de gentils héros dysfonctionnels, beaucoup de loosers et du gags bien gras. Poussif, parfois embarassant, Nos Pire Voisins prouve qu'un certain pan de la comédie US a très très mal vieilli, Seth Rogen en tête. Il vous restera toujours un Zac Efron qui passe la moitié de son temps torse-nu pour vous consoler.

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    L'institutrice de Nadav Lapid

    Ne croyez pas que le flop se limite aux films grand-public, le cinéma d'auteur a offert également quelques petites perles. Comme L'institutrice de Navad Lapid. Même si le film peut être abréger en "L'instit", vous êtes bien loin de la série-télé française. Vous y croiserez un enfant-poète qui fait (vraiment) flipper et qui débite de la poésie comme un Verlaine à l'âge de 5 ans, une institutrice psychopathe dont on ne pige jamais ce qu'il se passe dans son esprit (On pense même qu'elle risque d'en abuser à un moment)  et surtout on s'ennuie cruellement. C'est mignon de chercher à magnifier la poésie et la vision des enfants mais le faire avec des protagonistes totalement flippants et antipathiques tout en maniant sa caméra comme un Kechiche, c'est un peu ridicule. On cherche encore la signification profonde de cette histoire malsaine...(Et toujours celle d'Holy Motors, si vous en avez une au passage...)

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Puzzle de Paul Haggis

    Haggis avait déjà volé son oscar malgré le fait que son Collision n'était pas aussi mauvais qu'on avait bien aimé le clamer ici ou là. Aujourd'hui, il persiste dans le film-choral en tentant de monter une méga-intrigue qui tue mais qui fait flop au bout d'une heure. Malgré la présence d'un excellent Liam Neeson et d'une Olivia Wilde intégralement à poil, Puzzle a tout du film froid, bancal et totalement raté. On retient particulièrement l'arc italien avec Brody, monstruosité de débilités et de kitsch. Haggis oublie purement et simplement qu'une histoire dramatique doit receler une certaine émotion. Dénué de celle-ci, son film devient un exercice de style vain, mal fichu et pour tout dire, désolant.

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Albert à L'ouest de Seth McFarlane

    Après son excellent Ted, McFarlane se met en scène dans Albert à l'Ouest. Piètre acteur, l'américain révèle également qu'il est infoutu de faire autre chose qu'un humour très très lourd et doublement gras. Ridicule au possible, son Albert à L'ouest n'a aucun atout convaincant, et surtout pas son intrigue cousue de fil blanc. Un vrai et beau flop à éviter à tout prix.
    Dire que Neil Patrick Harris a joué dans cette chose et dans le génial Gone Girl la même année...On appelle ça un grand écart.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Monuments Men de George Clooney

    Partant d'un très bon sentiment, Monuments Men synthétise tout ce qu'il ne faut pas faire dans un film de guerre. Avec son intrigue morcelée et extrêmement mal ficelée, ses personnages à peine esquissés et son quota Jean Dujardin poussif, ce film-hommage se loupe sur le point crucial qu'est l'empathie. Parce qu'au final on se contrefout largement des personnages présentés par le film. Immense déception et immense flop pour le dernier métrage d'un réalisateur pourtant jusqu'ici extrêmement prometteur !

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Le Hobbit : La bataille des cinq armées de Peter Jackson

    Qu'est-il arrivé à Peter Jackson ? Son dernier opus cloture la trilogie du Hobbit de la plus honteuse des façons. Pourri jusqu’au trognon par des effets spéciaux en synthèse omniprésents, étiré de façon éhontée sur 2h30 sans avoir rien ou presque à raconter, La bataille des cinq armées est, de loin, le plus grand flop de l'année. Un flop d'autant plus rageant qu'on se souviendra longtemps de la superbe prestation de Martin Freeman en Bilbo. Les fans du seigneur des anneaux sont en deuil, et on les comprend.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Transformers 4 de Michael Bay

    Y'a des Robots géants qui se transforment en camions et qui chevauchent des Dinosaures quoi !
    HAHAHA
    CRITIQUE


    DECEPTIONS CINE 2014 - JUST A WORD

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Flore de Jean-Albert Lièvre

    Malgré son postulat de départ extrêmement intéressant, le documentaire de Jean-Albert Lièvre se fait militant anti-médecine et flingue sans discernement le milieu médical. Occultant la moitié des choses autour de la prise en charge des patients Alzheimer et se posant en moraliste agaçant, Jean-Albert Lièvre gâche un magnifique témoignage sur l'amour que porte un fils à sa mère malade et sur le retour à la vie d'une vieille dame revenue dans son île natale. Du gâchis, tout simplement.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Under The Skin de Jonathan Glazer

    On a envie de l'aimer ce film étrange et singulier de Glazer. Porté par une Scarlett Johansson impressionnante, le long-métrage s'embourbe pourtant dans une sorte d'auteurisme abrutissant et se drape dans un hermétisme totalement contre-productif. Le résultat est d'autant plus décevant que derrière le rythme atrocement lent de l'histoire se cache un certain nombre de qualités indéniables, à commencer par ce traitement des plus originaux d'une forme de vie étrangère. Un film poliment chiant qui aurait pu être bien plus fascinant en étant bien moins radical.
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Horns d'Alexandre Aja

    Le réalisateur français du génial remake de La Colline a des yeux avait toutes les cartes en mains ou presque pour offrir un film fantastico-horrifique captivant. Malheureusement, piégé par l'écrit original d'un Joe Hill dérangeant dans sa vision catho puante lovée au sein d'un emballage faussement rebelle, Aja échoue et tombe même dans le ridicule à l'occassion d'un affrontement final risible. Malgré un Daniel Radcliffe impliqué, Horns ne peut éviter les clichés Hollywoodiens habituels. Le réalisateur français finirait-il par passer du côté obscur ?
    CRITIQUE

    [Flop] Bilan Cinéma 2014

    Transcendance de Wally Pfister

    Alors que le pitch de départ et la présence de Johnny Depp promettaient énormément, Transcendance n'apporte en fait rien à la SF sur grand écran. Sorte de mix bancal entre Animatrix et Terminator, sans parler de l'invasion des profanateurs de sépultures, jamais le film n'arrive à faire vivre correctement ses protagonistes. Alors qu'il embauche une pléiade d'acteurs géniaux, le réalisateur n'en fait simplement rien du tout. Achevons la chose avec des incohérences vraiment dérangeantes et l'on arrive à une cruelle déception, malgré un certain nombre de bonnes idées malheureusement rapidement oubliées.
    CRITIQUE


    votre commentaire
  • [Critique] Mr Turner


    Parmi les concurrents sérieux à la Palme d'or 2014, Mr Turner figurait en bonne position. Le britannique Mike Leigh livrait à la Croisette un film de près de 2h30 sur la vie du peintre Joseph Mallord William Turner, l'un des plus grand artistes anglais et précurseur de l’impressionnisme. Pour esquisser ce portrait, Leigh fait appel à Timothy Spall, un acteur que l'on a absolument pas l'habitude de voir en premier rôle mais qui a subjugué le jury Cannois au point de repartir avec rien de moins que le Prix d'Interprétation masculine. Cette impressionnante fresque volontiers contemplative arrive donc en France avec, comme on s'en doute, un public cible assez restreint. Mr Turner mérite-t-il que l'on passe plus de deux heures dans une salle obscure ?


    Artiste reconnu, membre de la Royal Academy of Arts, J.M.W. Turner a une solide réputation d'excentrique dans le milieu. Souvent en voyage, de l'Ecosse à l'Italie en passant par la France, le britannique revient au domicile de son père pour reprendre sa peinture. Pris entre les reproches de son ex-femme, de ses enfants et même de ses collègues, il tombe amoureux de Caroline Booth, une veuve pleine de compassion et d'attention. Mais petit à petit, la santé du peintre se dégrade. Celui qui n'hésite ni à cracher sur ses tableaux ni à les poinçonner au rouge va devenir la risée de ses contemporains, tourné en ridicule par divers spectacles comiques et rejeté par la famille royale. Envers et contre tout, Turner continue pourtant sa peinture , recherchant inlassablement une nouvelle scène à capturer avec son inséparable carnet de croquis. 

    Film imposant, fresque monstrueuse, Mr Turner va laisser plus d'un spectateur sur le carreau. Mike Leigh choisit d'évoquer les dernières années de vie du fameux peintre alors que sa notoriété est déjà bien établie. Il s'évertue pendant la première heure à mettre en place ses protagonistes avec, en premier lieu, J.M.W Turner, peintre bougon, renfermé et franchement peu sympathique au demeurant. Autour de lui gravite un certain nombre d'individus, à commencer par son père, d'une importance extrême pour Turner, ou la bonne, personne tragique s'il en est. le réalisateur britannique nous offre non seulement une brillante et passionnante galerie de protagonistes mais insiste également comme il se doit sur l'époque historique ( le XIXème siècle). Magnifique reconstitution historique, jamais prise en défaut et constamment enivrante, Mr Turner nous plonge dans une Angleterre délicieusement surannée où haut-de-forme et canne-parapluie font bon ménage. Pour ne rien gâcher, la mise en scène de Leigh est positivement magnifique, le réalisateur composant de véritables tableaux vivants à de nombreuses reprises, sorte de façon sournoise pour nous faire entrer dans la tête du célèbre peintre.

    Il faut savoir à ce stade que la film repose entièrement sur Turner et nul autre. On croise, c'est vrai, d'autres personnages superbes comme ce peintre raté et méprisé ou cet arrogant aristocrate anglais qui se prend pour un éminent critique, mais on suit surtout et avant tout l'artiste britannique. On comprend dès lors que le métrage tout entier repose sur les épaules de son premier rôle, Timothy Spall. Formidable de bout en bout, carrément exceptionnel pour tout dire, l'acteur interprète avec un talent rare un personnage à première vue tout à fait antipathique, ou presque. Grognements à profusion, sourcils froncés, bouche tordue, Spall traverse le métrage avec un charisme et une présence monstrueuse. Son prix d'interprétation s'en trouve amplement justifié tant l'acteur semble habité par son rôle. Mais cette simple représentation du peintre ne serait pas complète sans une vraie réflexion autour de son oeuvre et de sa fin de carrière. Une chose que Mike Leigh a parfaitement assimilé et qu'il s'évertue à retranscrire dans son long-métrage.

    Depuis la première et superbe scène d'ouverture avec un Turner pensif décalquant un lever de soleil jusqu'à ce final où il tente de copier le cadavre d'une jeune fille noyée, Mike Leigh évoque un homme rude, peu enclin aux grandes épanchements sentimentaux mais doué pour une chose bien particulière : capturer ce qu'il voit. Un maître de l'observation pour tout dire. Continuellement armé de son petit carnet de croquis, toujours à la recherche d'un meilleur point de vue, l'artiste capture l'essence de ce qu'il voit pour lui redonner vie sous ses coup de pinceaux. Son extraordinaire talent n'en reste pourtant pas moins impressionnant et ce malgré les quolibets qu'il subit vers la toute fin de sa carrière. Ce qui finit d'ailleurs d'étonner c'est l'habilité de Leigh pour nous attacher à un personnage dans le fond très contestable. Fuyant sa famille - il renie quasiment ses deux filles - délaissant et utilisant la bonne sans lui laisser la moindre marque d'affection ou de reconnaissance, il faut avouer que Turner est loin d'être un individu attachant de prime abord. Mais grâce à la subtilité du réalisateur, le peintre devient plus humain au cours de quelques scènes clés comme cette magnifique et déchirante séquence où il éclate en sanglots devant une prostituée ou encore lorsqu'il avoue ses sentiments à la veuve Booth. Malgré ses apparences, Turner ne peut être rangé dans une case, il le refuse d'ailleurs déjà dans ses œuvres. Le seul vrai reproche que l'on puisse faire à Mr Turner, c'est sa colossale longueur qui, pour tout dire, épuise rapidement le spectateur. D'un ennui poli parfois, et malgré l'étrange attraction qu'exerce Spall, Mr Turner s'avère trop long et s'appesantit parfois trop sur certains traits de caractère du peintre que l'on avait déjà largement cerné. C'est pour cette raison que le film sera difficile à conseiller à tous les spectateurs et il faudra très certainement une bonne dose de patience et/ou un intérêt particulier pour le sujet pour aller au bout de ce film-fleuve.

    Oeuvre impressionnante mais trop longue, Mr Turner jouit non seulement d'une mise en scène picturale sublime mais également d'une description minutieuse et captivante d'un peintre non moins fascinant. Ajoutez-y une prestation divine de Timothy Spall et vous obtenez un long-métrage passionnant et hautement recommandable pour peu que le sujet et sa longueur ne vous découragent pas.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : La visite chez les prostituées

    Meilleure réplique : "Sun is god"


    P.S : Notez que le film, excepté le Prix d'Interprétation masculine, n'a rien remporté à Cannes. Lorsque l'on voit qu'un film aussi médiocre et dénué d’intérêt que Les Merveilles d'Alice Rohrwacher a remporté le Grand Prix, on se demande ce que pouvait avoir à l'esprit le jury cannois...


    votre commentaire
  • [Critique] Le Hobbit : La bataille des cinq armées


    Après La désolation de Smaug, un second volet en demi-teinte, Peter Jackson achève sa trilogie consacrée à Bilbo le hobbit. Autant dire qu'après le ventre mou du deuxième opus, toutes les craintes étaient permises pour ce final. L'idée de base, adapter un livre de 200 pages en 3 films de 2h30, était franchement une des plus mauvaises de la décennie (oui, il y a pire, comme adapter Twilight ou Hunger Games). Comment garder un souffle épique et une histoire captivante sur une durée aussi étirée ? Si le tout premier film était encore très bon et renouait avec la magie de son illustre aîné, force est de reconnaître qu'au moment de la sortie de la bataille des cinq armées, les choses sont beaucoup plus compliquées. En y ajoutant le fait qu'une grande partie du film s'emploie à recycler les appendices du roman... bref, l'appréhension gagne le plus fervent fan du travail du néo-zélandais. Les craintes sont-elles fondées ?


    Smaug a été réveillé. La compagnie des nains menée par Thorin Ecu-De-Chêne a réussi à échapper au dragon... pour mieux le jeter sur Lacville. Alors que Bard s'apprête à défendre sa ville, Bilbo et les nains assistent impuissants au désastre. Au-delà de l'apocalypse déchaînée par le dragon, la Terre du Milieu bruisse de l'extraordinaire nouvelle : Smaug n'est plus dans la montagne solitaire. Les elfes, les nains, les orcs et les hommes se préparent tous à fondre sur le trésor inestimable enfoui sous la roche. Pris au piège entre les cinq armées, comment un cambrioleur hobbit peut-il espérer changer le destin de ses amis et de son monde ? La fureur de la guerre approche et les nains fourbissent leurs armes, la lutte promet d'être âpre.

    On ne le cachait pas en introduction, l'idée d'adapter en 3 volets le livre du Hobbit était une idée désastreuse dès le départ. La raison en est simple : il n'y a pas assez de matériel pour ça. Une chose que l'on sentait énormément dans un bon tiers du second volet. C'est donc tout à fait logique que, pour ce dernier opus, cette espèce d'étirement ad nauseam finisse par tout détruire. Voilà, le mot est lâché. La bataille des cinq armées constitue une des plus grandes déceptions des dernières années, et pire, un film médiocre. Que l'on puisse être déçu par le métrage, c'est une chose, mais que celui-ci se révèle être proche du ratage total, c'en est une autre. Expliquons à présent pourquoi.
    D'abord pour le choix totalement putassier de la coupure du second film juste avant l'attaque de Lacville par Smaug. La résolution de cet arc tant attendu tient en réalité... sur dix minutes. Avant d'enchaîner sur la question centrale du récit : qui va avoir le trésor ? Et là, on sent d'emblée que Jackson n'a plus rien à dire - ou presque - sur les 2h30 qu'il lui reste. On passe par les conséquences sur les hommes survivants de Lacville de façon totalement artificielle, on ergote sur la position délicate des nains... et on en profite pour revenir vite fait sur Sauron et Gandalf... parce qu'on n'a pas grand chose d'autre à dire et qu'en fait, on ne sait pas trop comment en reparler. Cette séquence synthétise presque intégralement le film. On est touché d'un côté par la nostalgie de revoir les "anciens" mais de l'autre, les effets spéciaux sont tellement omniprésents et voyants, le dramatisme tellement appuyé et les choses tellement mal emboîtées qu'il ne reste rien pour nous réjouir véritablement. Entre les parodies de spectres (d'un kitsch hallucinant) et le surjeu de Blanchett en Galadriel (pourquoi elle reste à terre mais pourquoi ?), sans même évoquer les sempiternels "ses forces l'abandonnent" pour faire plus dramatique... Non, c'est à pleurer.


    Le reste du métrage se révèle tout à fait semblable. Jackson étire de façon éhontée son récit et brode, brode, et brode encore. On en finit plus avec les préparatifs pour la bataille, puis celle-ci arrive et on nous offre une overdose de baston. Le pire là-dedans, c'est que même si le design des créatures et leur diversité offrent un festival d'idées conceptuelles aux spectateurs, il ne reste rien du tout de la mise en scène épique en diable du Seigneur des Anneaux. Cette fameuse bataille des cinq armées n’est jamais crédible, le rapport des forces totalement aberrant, la stratégie envolée et il suffit d'une dizaine de nains pour retourner la situation alors que, deux secondes auparavant, les gentils se battaient à 10 contre 1. C'est franchement pas 10 nains qui vont tout bouleverser. Où sont les grandioses séquences du Gouffre de Helm, la charge héroïque du Pelennor ou le dernier carré de la Porte Noire ? Plus le récit avance, plus il se noie dans sa volonté de surenchérir à tout prix pour faire oublier son absence de consistance scénaristique. Jackson se heurte au néant de ce qu'il raconte. Et le spectateur s'emmerde, littéralement. On filme une ou deux scènes avec Legolas en mode super-héros, ridiculisant un peu davantage le personnage devenu un simple "fils rebelle". On ajoute aussi un side-kick à la débilité crade en la personne de Alfrid... chaque séquence sur ce personnage accentue l'embarras du spectateur... Et puis, on prolonge la ridicule histoire d'amour du film qui s'achève dans un océan de niaiseries.

    Mais pire que tout, Jackson achève sa transformation initiée dans la Désolation de Smaug en obsédé de la synthèse. Tout, ou presque, est filmé sur fond bleu, avec des monstres et des environnements en synthèse. Non seulement c'est souvent mal incrusté mais surtout, c'est juste étouffant. Certains plans sont une vraie bouillie de photoshop et d'effets spéciaux clinquants, c'est abominable. Où sont les costumes du Seigneur des Anneaux et sa volonté de rester au moins pour moitié en éléments réels ? Oubliées les maquettes à échelle du Gouffre de Helm, oubliés les costumes d'Uruk-Haïs, bienvenue dans l'ère pathétique du tout artificiel. La beauté des décors de Nouvelle-Zélande ne se retrouve que vers la toute fin et le retour de Bilbo chez lui. C'est d'un triste... d'autant plus triste que la conclusion du film retrouve en un sens la beauté et le charme de la trilogie du SDA. Une petite note déchirante de nostalgie qui rappelle à quel point il y a plus de 10 ans aujourd'hui, Peter Jackson était doué. Après le spectacle auquel on a assisté, on reste hébété. On cherche les quelques bonnes choses à retenir. L'armée des nains, bien classe. Quelques tête-à-tête entre Thorin et Bilbo, ou Bilbo et l'un des nains, séquences qui renouent avec la justesse d'antan. Et puis une dernière chose...

    Bilbo lui-même. Martin Freeman mérite bien mieux que ce que l'on a fait de son personnage. Rendez-vous compte, pour un métrage qui s'intitule Le Hobbit, Bilbo est relayé en arrière-plan dans un rôle de personnage secondaire. Si Thorin bouffe l'écran, il ne retrouve un tant soit peu de majesté que lors de sa séquence finale, bien plus touchante que tout le reste. Mais revenons à Bilbo qui demeure, malgré tout, une pure réussite et cela grâce à Freeman qui incarne à la perfection le cambrioleur le plus célèbre de la Comté. Ses mimiques, ses tics et simplement son attitude générale, tout concourt à faire de lui la meilleure incarnation des petits habitants aux pieds velus. L'immense injustice, c'est qu'il restera éclipsé par Frodon dans les années à venir, non pas parce qu'il manque de talent, mais simplement parce qu'il a le malheur de jouer dans une trilogie qui s'épuise dès le second volet. Il était donc plus que nécessaire de rendre honneur à l'interprétation magistrale de l'anglais. Les autres acteurs ne sont pas forcément mauvais, soyons bons joueurs, mais jamais on ne retrouve l'éclat des personnages flamboyants du Seigneur des Anneaux. Au fond, on a l'impression de se retrouver face à un blockbuster lambda où l'action sert de prétexte pour faire payer le spectateur, encore une fois. Une dernière fois, espérons-le.

    Immense, monumentale déception que ce dernier volet du Hobbit. On en ressort en colère contre ce qu'a fait Jackson de sa mémorable trilogie originelle. Mais aussi triste. Triste de voir qu'un réalisateur qui avait une voix si particulière s'est laissé entièrement bouffer par le système. Noyé par ses effets spéciaux, anémique sur le plan scénaristique et même ridicule à plusieurs reprises, La bataille des cinq armées rappelle une autre magistrale déception. Peter Jackson a rejoint son illustre prédécesseur, George Lucas. RIP.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : le retour dans la Comté


    votre commentaire
  • [Critique] White God


    Les OFNIs venus de l'Est n'en finissent plus d'étonner. Après l'Ukraine et The Tribe, c'est au tour de la Hongrie et White Dog de faire une entrée remarquée sur les grands écrans français. Précédé par un puissant buzz critique depuis Cannes et Un Certain Regard où il a raflé le Prix de la sélection, White God joue sur un tableau totalement inattendu : le film animalier en tant que satire sociale. Avec des acteurs totalement inconnus sous nos latitudes et un réalisateur qui change radicalement de registre en la personne de Kornel Mundruczo, le long-métrage fait des choix tout à fait audacieux. A commencer par la vedette de son récit qui n'est pas vraiment celle que l'on pensait être. 


    Lili a 13 ans et doit, tant bien que mal, vivre avec son père pendant que sa mère part en voyage. Pour tenir le coup face à un homme qui semble bien froid, elle peut compter sur Hagen, son chien bâtard et véritable molosse au demeurant. Seulement voilà, la Hongrie a fait passer une loi pour favoriser les chiens des races et tout propriétaire de bâtard doit s'acquitter d'une taxe. Rapidement, Hagen devient une charge inutile pour le père de Lili qui finit par l'abandonner en bord de route. C'est l'acte fondateur d'une révolte canine qui risque bien de tourner au jeu de massacre.

    Peut-être l'un des films les plus radicaux de cette année, White Dog fait partie de ces métrages qui vont jusqu'au bout de leurs intentions. Contrairement à ce que laisse présager le début, il ne s'agit pas d'une quête à la Disney d'une jeune fille pour retrouver son toutou adoré. En réalité, depuis le commencement, l'histoire est celle d'Hagen, véritable héros... si l'on peut dire. Au bout d'une vingtaine de minutes, White Dog abandonne carrément et simplement ses protagonistes humains pour se centrer entièrement autour du chien. On assiste alors à une multitude de séquences surréalistes où Hagen rencontre d'autres chiens errants, prend la tête de la bande, échappe aux gens de la fourrière, se retrouve prisonnier et ainsi de suite. Sans parole, juste entrecoupé par les aboiements des corniauds qui occupent l'écran. Attention, il ne s'agit pas d'une sorte d'Incroyable Voyage avec des animaux courageux et attachés à leur maître mais bien d'une intrigue à part entière, sauvage, dure et parfois révoltante. La violence est omniprésente dans White Dog, notamment celle que font subir les hommes aux animaux. Mundruczo ne souhaite pas épargner son public et ne fait aucune concession. Dans ce sens, le métrage reste très loin des productions grand public qu'on pourrait croiser autour des animaux. Rassurez-vous, aucune bête n'a été blessée durant ce tournage, malgré la rudesse de certaines scènes.

    Le versant humain du film reste donc congru mais tout à fait pertinent. La quasi-majorité des protagonistes humains sont dépeints d'une façon bien peu flatteuse, voire carrément dégoûtante. Du père égoïste à l'éleveur de combat, en passant par la logeuse acariâtre, on peut même carrément affirmer que l'histoire ne trouve aucune qualité au genre humain. Cette démonstration par l'absurde de la brutalité et de la vanité de la société permet de remettre en place également des bêtes qui n'en ont pas les atours. Au fur et à mesure que le récit avance, on se demande de plus en plus ouvertement qui de l'homme ou du chien est le véritable animal. Ce n'est certes pas non plus un message tout à fait neuf mais la radicalité avec laquelle il est envisagé force le respect. Surtout que le réalisateur hongrois sait très bien filmer et mettre sa ville en valeur, à commencer par sa scène d'ouverture impressionnante qui n'est pas sans rappeler une certaine séquence de 28 Jours plus tard de Boyle. D'ailleurs, on retrouve d'autres similitudes avec les films d'horreur comme Les Oiseaux de Hitchcock où les volatiles seraient remplacés par une meute de chiens errants écumants de rage.

    Dans le fond, White Dog tient autant de la satire sociale et du plaidoyer contre la cruauté animale que du film d'horreur et du récit initiatique. Hagen est érigé en héros, voire en anti-héros, par Mundruczo qui finit pat l'iconiser en vengeur divin. Oui, un chien. Ce refus d'abandonner son postulat de départ jusqu'à l'extrémité de son récit et cette conclusion magnifique et poétique desservent autant le métrage qu'ils lui insufflent une grande originalité. En effet, dans son envie d'aller au bout des choses, le réalisateur hongrois tombe dans une succession de scènes de vengeance certes jouissives mais bien trop longues, une ou deux auraient amplement suffi. Ainsi, White God traîne en longueur sur sa dernière partie et finit un tantinet par agacer. Une petite coupe aurait fait le plus grand bien au métrage. Cela n'enlève bien entendu rien à l'audace filmique qui caractérise le récit de Mundruczo.

    On nous avait annoncé un OFNI, et c'est bien un OFNI que se révèle être White God. Certainement trop long et pas forcément facile à aborder, le long-métrage de Kornel Mundruczo reste pourtant un sacré moment à vivre au cinéma, ne serait-ce que pour assister à un drame porté par les seules épaules d'un chien - qui a d'ailleurs décroché la Palm Dog ! - mais aussi pour découvrir une curiosité filmée avec talent et audace. 

    Note : 8/10

    Meilleure scène : La scène finale





    votre commentaire

  • TOP CINE 2014 - JUST A WORD

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    10- Noé (Noah) de Darren Aronosfky

    Darren Aronofsky sortait à peine de son Black Swan que déjà il repartait pour un tout autre univers. Contrarié par l'aventure The Fountain, Aronofsky adapte à nouveau sa propre bande-dessinée mais cette fois avec le casting et le budget qu'il désire. Contrairement aux attentes, Noé ne se contente pas de reprendre le mythe biblique mais y ajoute de la pure fantasy avec les Nephilims. Non seulement le film surprend par son ampleur et sa maestria - la bataille de l'Arche avec le dernier carré des Anges Déchus donne des frissons - mais en plus, il ruse pour détruire avec malice l’archaïsme de l'enseignement biblique pour accoucher d'un authentique film subversif. Rajoutez à cela un Russel Crowe qu'on n'avait pas vu aussi inspiré depuis Gladiator et vous voilà devant une petite prouesse.

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    9 - La Grande Aventure Lego (The Lego Movie) de Phil Lord & Christopher Miller

    Un film Lego, sans rire ? Personne n'y croyait lors de son annonce et pourtant le film a explosé toutes les attentes, croulant sous les éloges de la presse. Mais avec Phil Lord et Christopher Miller, les géniaux comparses déjà responsables de 21 Jump Street, il faut s'attendre à tout...même à voir le métrage se hisser dans le top 10 des meilleurs films de l'année. Animation fabuleuse, bande-son succulente, véritable WTF permanent, le film Lego est surtout une déclaration d'amour aux jeux enfantins et à l'imagination des plus jeunes. Ajoutez-y un tas de références geeks plus savoureuses les unes que les autres et une vraie réflexion sur l'évolution des jouets à l'heure actuelle, et vous obtenez rien de moins qu'une pépite, une vraie. De toute façon, un film avec Batman, Green Lantern, UniKitty, Gandalf et Abraham Lincoln ne peut pas être un mauvais film, c'est impossible.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    8 - X-Men : Days of the Future Past de Bryan Singer

    On a cru pendant un temps la franchise X-Men morte et enterrée. Après le calamiteux 3ème volet et le non moins désastreux Wolverine Origines, c'est le lancement de X-Men : First Class qui avait sauvé nos amis mutants. Le second opus de la prélogie retrouve son créateur originel avec Bryan Singer qui en avait également bien besoin. Le résultat est à la hauteur des espérances...et même au-delà. En conservant les points forts de son prédécesseur et en centrant son intrigue sur le personnage de Mystic, Singer offre un petit monument du film de super-héros. Mieux encore, il arrive à faire table rase de la précédente trilogie et du malencontreux volet de Ratner. C'est ce que l'on appelle un coup gagnant. Rien que pour la séquence de Quicksilver, le film mérite sa place dans le top de l'année.
    Critique


    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    7 - Boyhood de Richard Linklater

    Pari fou, Boyhood filme sur 12 années l'évolution d'une cellule familiale et raconte avec pudeur et élégance l'enfance puis l'adolescence de Mason. Linklater se penche avec amour sur le passage à l'âge adulte tout en tentant une expérience à nulle autre pareille, construite tout entière auteur de son formidable petit acteur, Ellar Coltrane. C'est beau, c'est intelligent, c'est subtil, et en comme si cela ne suffisait pas, c'est un témoignage générationnel unique en son genre. On frôle dangereusement le chef d'oeuvre tout en redécouvrant un Ethan Hawke qu'on avait un peu tendance à oublier ces derniers temps. Magique.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    6 - Kumbh Mela, Sur les Rives du fleuve sacré de Pan Nalin

    Petite merveille totalement inattendue, le film-documentaire de Pan Nalin s'arroge la 6ème place du top, rien que ça. Ode au voyage, véritable découverte spirituelle et humaine, Kumbh Mela nous présente une galerie de personnages inoubliables pendant près de deux heures. On vibre, on tremble, on rit, on pleure. Bref, on passe par toutes les émotions possibles. A la fois témoignage de ce que l'homme peut accomplir de plus surprenant mais aussi déclaration d'amour à ce magnifique pays qu'est l'Inde, Kumbh Mela fait partie de ces documentaires qui comptent. En plus, pour ne rien gâcher, c'est beau à en crever. Un bijou.
    Critique


    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    5 - Interstellar de Christopher Nolan

    Nolan tourne les yeux vers les étoiles et c'est Interstellar qui arrive sur nos écrans. L'américain nous offre une aventure spatiale démesurée à l'ambition dévorante. Imparfait mais tellement généreux, le dernier bébé de Christopher offre des images, des séquences et des réflexions ébouriffantes. En refusant le spectaculaire et en recentrant son apocalypse sur une toute petite cellule familiale, Nolan érige l'amour en un élément fondamental de l'univers. Ajoutez-y un acteur monstrueux en la personne de l'oscarisé Matthew McConaughey, secouez-bien et vous obtenez un immense film de science-fiction et d'exploration spatiale comme on en avait pas vu depuis une éternité. Interstellar n'a pas fini de diviser, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne laissera personne indifférent.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    4 - Mommy de Xavier Dolan

    Le jeune prodige est de retour. Après avoir emmené Tom à la ferme et tué sa mère, le québécois Xavier Dolan vient déclarer tout son amour pour les mères. Plus grand public que ses précédents films mais toujours aussi bien filmé, Mommy embarque la clique habituelle à Dolan et donne une occasion en or à Anne Dorval, Antoine-Olivier Pilon et Suzanne Clément de briller comme jamais. Authentique montagnes russes émotionnelles, le long-métrage met (presque) tout le monde d'accord. Celui qui a raté à un cheveu la palme d'or Cannoise cette année remporte la Palme D'or du coeur. Un chef d'oeuvre.
    Critique


    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    3 ex-aequo - Les Gardiens de La Galaxie (Gardians of the Galaxy) de James Gunn

    Second film de super-héros du Top de cette année, les Gardiens de la Galaxie a mis le monde entier sur le postérieur. Certainement pas les plus connus des héros Marvel, les gardiens s'offrent un cinéaste de premier choix avec le geek James Gunn. Extrêmement généreux, jouissif comme pas possible, bourré de scènes cultes en devenir, le long-métrage de Gunn s'impose non seulement comme le meilleur space-op depuis Star Wars mais aussi, et surtout, comme le divertissement le plus enthousiasmant depuis un bail. Porté par cinq personnages au top du top, une BO carrément inoubliable et des effets spéciaux sensationnels, pas besoin d'en dire plus, Les Gardiens de la galaxie, c'est une tuerie !
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    3 ex-aequo - Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan

    Film fleuve de 3h30 (!!), la dernière Palme D'or de Cannes du turc Nuri Bilge Ceylan nous immisce dans l'intimité d'un comédien à la retraite devenu gérant d’hôtel dans un coin reculé de la Turquie. Sous la neige et le vent, Nuri Bilge Ceylan décortique ses personnages et étudie les répercussions improbables d'un acte anodin. Porté par des acteurs sensationnels et une mise en scène aux petits oignons, le film arrive à tenir en haleine pendant toute sa colossale durée. Plongée sur l'homme, la religion et sur l'amour, Winter Sleep redonne foi dans le cinéma d'auteur. Un grand film, tout simplement.
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    2 ex aequo - Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch

    Des vampires pour la seconde place. Mais pas n'importe lesquels. Jim Jarmusch revisite le mythe pour livrer sa propre vision mélancolique des créatures de la nuit. Dépressifs, déclinants mais toujours aussi envoûtants, les seigneurs de la nuit à la sauce Jarmusch écrasent tout ce qui a été fait sur le sujet. Pour les incarner, une pléiade d'acteurs divins avec Tilda Swinton, Tom Hiddleston, Mia Wasichowska et John Hurt. Sur fond de vinyles et de guitares, ces vampires vintages baignent dans l'ambiance brumeuse et délicieuse d'un monde cloîtré où les humains sont vus comme des êtres repoussants et arriérés. De là à dire qu'il s'agit en fait d'un regard de Jarmusch sur la stupidité de ses contemporains, il n'y a qu'un pas. Que l'on franchira avec une joie non feinte.

    [Top] Bilan Cinéma 2014

    2 ex aequo - Whiplash de Damien Chazelle

    Rencontre inoubliable de deux acteurs au sommet, J.K Simmons et Miles Teller, Whiplash c'est aussi le premier long-métrage plein de fougue et d'audace de Damien Chazelle. Parcouru par des séquences à vous faire frissonner, véritable Full Metal Jacket de la musique, Whiplash fait aussi la part belle à une question épineuse : Doit-on souffrir pour réussir ? Malgré son arrivée tardive au cinéma, Whiplash s'offre la deuxième place du top aux côtés de Only Lovers Left Alive, un authentique uppercut !
    Critique

    [Top-Flop] Bilan Cinéma 2014

    1 - 12 Years a slave de Steve McQueen

    C'est la seconde fois que Steve McQueen squatte la tête du top cinéma après le géniallissime Shame. Sacré meilleur film aux oscars, 12 Years a slave est un témoignage d'une immense puissance sur l'horreur de l’esclavage des Noirs. Filmé avec une maestria sans égale, interprété par des acteurs simplement formidable et d'une justesse terrifiante, le métrage de McQueen laisse K.O debout. Dans le jargon, on appelle ça un uppercut cinématographique, le genre de film qui restera dans les annales quelque part entre La Liste de Schindler et Danse avec Les Loups. 12 Years a slave est le meilleur film de l'année 2014, un chef d'oeuvre total aussi intense que sublime. Vous voici obliger de le voir.
    Critique

    Les coups de cœur :

    - Quand vient la nuit de Michael Roskam -- Critique
    - Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée
    - Marie-Heurtin de Jean-Pierre Améris -- Critique
    - Les Combattants de Thomas Cailley -- Critique
    - Gone Girl de David Fincher -- Critique
    - Mister Babadook de Jennifer Kent -- Critique
    - We are what we are de Jim Mickle -- Critique


    votre commentaire
  • [Critique] Astérix - le Domaine des Dieux

    Le dernier Astérix en dessin-animé remonte à 2006 avec Astérix et les Vikings. Côté cinéma live, on préférerait oublier les deux dernières adaptations en date, à savoir Astérix et Obélix au Service de sa Majesté et Astérix aux Jeux Olympiques. Pour faire table-rase du passé - ou presque - Louis Clichy a non seulement pris les rênes de cette nouvelle épopée mais s'est, en plus, adjoint un co-réalisateur et co-scénariste de tout premier ordre en la personne d'Alexandre Astier, certainement l'artiste français le plus passionnant de la décennie écoulée. Cette fois, le dévolu des deux réalisateurs s'est porté sur l'album Le Domaine des Dieux, souvent reconnu pour être un des meilleurs opus concernant nos irréductibles gaulois préférés. En embarquant un casting vocal de tout premier choix et en rajoutant quelques bonnes rasades d'influences Kaamelottiennes, Astérix part avec tous les atouts pour nous offrir un divertissement de grande qualité.

    César n'en peut plus de ce petit village de Gaulois qui lui résiste encore et toujours. Seulement voilà, l'empereur de Rome a encore quelques tours dans son sac. Avec l'aide de son architecte Anglaigus, Jules César demande de construite une ville romaine autour du village gaulois. Son but ? Intégrer tout en douceur ces barbares qui terrifient ses légions. L'appât du gain et la profusion de nouveautés proposées conduisent Cétautomatix, Ordralfabétix et tous les autres à se rapprocher de plus en plus dangereusement du mode de vie à la romaine. Seuls Astérix et Obélix soupçonnent que les choses risquent de mal tourner. Mais au fait, comment se débarrasser de civils romains tout à fait pacifiques ?

    Ce volet des aventures d'Astérix tombe à point nommé. Non seulement parce que la franchise sur grand écran se portait très mal ces derniers temps, mais en plus parce que le sujet du Domaine des Dieux trouve une grande résonance à l'heure actuelle. L'histoire nous plonge dans la destruction d'une culture par un mode de vie fondé sur l'argent, le paraître et l'hypocrisie. Inutile de préciser en quoi cela est tout à fait à l'ordre du jour. Cette critique à peine voilée du capitalisme et de la société moderne se retrouve totalement dans le long-métrage d'Astier et Clichy. Sans non plus écraser leur film avec une tonnes de références contemporaines, les deux compères rendent justice à cette satire mordante de Goscinny qui date pourtant de 1971. Cette charge virulente reste cependant drôle au possible et glorifie une fois de plus l'exception culturelle (à la française ?). Un thème que l'on sait cher aux yeux d'Astier et qu'il ne manque jamais de justifier par son talent.

    Outre son scénario engagé et moderne, Le Domaine des Dieux renoue avec l'Astérix à l'ancienne. Pour se faire, on retrouve un casting vocal aux petits oignons avec les voix de Roger Carel - l'inimitable - pour Astérix himself, et Guillaume Briat pour le truculent Obélix. Mais c'est loin d'être tout puisque les habitués de la clique à Astier sont au rendez-vous. D'Alain Chabat en Prospectus à Alexandre Astier en Oursenplus en passant par Lorant Deutsch, Elie Semoun (toujours impayable), Lionnel Astier ou encore Franck Pitiot, personne ou presque n'est oublié. Un sans-faute total. Qui dit famille Astier dit également humour à la Kaamelott. Ce qui avantage encore le film car le style de la série-culte se marrie à merveille avec la BD Culte. Les digressions guindées des esclaves, les revendications absurdes des soldats romains ou encore quelques répliques bien senties ("C'est pas faux!"), l'esprit Kaamelott habite carrément ce volet d'Astérix et, à défaut de retrouver la clique du roi Arthur sur grand écran, on se consolera avec ce mariage certes inattendu mais pleinement réussi.

    Enfin, on finira par l'habilité des réalisateurs pour filmer leur récit. Dynamique, jamais chiant, Le Domaine des Dieux ne lasse à aucun moment son public. L'animation, même si elle n'atteint pas les sommets de chez Pixar ou Dreamworks, est d'excellente facture. Les français n'ont absolument pas à rougir de leur travail. Que ce soit pour la scène d'ouverture de la chasse aux sangliers ou pour l'assaut contre le village gaulois, le métrage ne faillit jamais. Il prend aussi le temps de poser des personnages attachants et au character-design réussi, tel que Petiminus, le modeste mosaïste romain un poil largué au beau milieu de toutes ces machinations. Astérix, Obélix et ses compagnons sont toujours aussi géniaux et si l'aventure n'arrive pas non plus à surpasser le génial Les Douze Travaux d'Astérix, elle nous tient en haleine de bout en bout.

    Nouvelle réussite pour Alexandre Astier et très bon premier essai pour Louis Clichy.
    En amoureux de la BD, ils nous offrent une adaptation soignée, respectueuse et simplement jouissive. Sans jamais noyer leur film sous un déluge de références, ils nous offrent au final un des tous meilleurs Astérix sur grand écran.


    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les revendications des soldats romains


    votre commentaire
  • [Critique] Calvary

    Pour son second film, l'irlandais John Michael McDonagh reste dans sa contrée natale avec Calvary. Après sa comédie L'irlandais, McDonagh s'intéresse au rôle des prêtres dans une époque qui semble totalement étrangère à ce qu'ils représentent. Pour interpréter le rôle principal de cette histoire à mi-chemin entre comédie et drame, le réalisateur retrouve son acteur fétiche, un certain Brendan Gleeson, grand habitué des seconds rôles qu'on a récemment encore aperçu dans Edge of Tomorrow. Pas forcément destiné à une grande popularité vu sa sortie plutôt confidentiel, Calvary recèle quelques atouts pour attirer l'attention.

    Le père James Lavelle continue, tant bien que mal, à prêcher dans son petit village irlandais. Même s'il n'a trouvé Dieu qu'après la mort de sa femme, il n'en reste pas moins un homme conscient du poids de ses responsabilités. Si les habitants du village n'ont plus grand chose à faire des choses spirituelles, c'est lorsqu'un homme entre dans son confessionnal pour lui dire qu'il va le tuer dans une semaine que tout bascule pour James. Entre l'arrivée d'une fille dévastée par la perte de ses parents et l'hostilité de plus en plus manifeste de ses paroissiens, le père James va devoir traverser son propre calvaire.

    Film typiquement britannique, Calvary oppose le drame très noir à l'humour flegmatique et caustique. Très (trop?) lent dans sa mise en place, le long-métrage installe ses différents protagonistes avec soin, en commençant par le père James Lavelle, un prêtre qui semble anachronique dans son éternelle soutane. Intègre, respectueux et éminemment humain, il attire immédiatement la sympathie en face de cette espèce d'assemblée à la Sodome et Gomorrhe qui représente le petit village où il officie. Interprété par Brendan Gleeson, acteur génial bien trop souvent négligé, le personnage trouble par son intemporalité. Car de l'autre côté se trouve une galerie d'individus tous plus improbables les uns que les autres : le trio Jack - Orla - Simon où Orla prend un malin plaisir à tromper son mari Jack avec Simon, le Dr Harte, cynique et athée - interprété par le trop rare Aidan "Littlefinger" Gillen -, Michal Fitzgerald, un riche blasé et provocateur ou encore un vieil écrivain lassé de la vie. McDonagh nous expose pendant près de la moitié du film le décalage hallucinant entre les mœurs des hommes et femmes du village et le sens moral de James. Si bien que l'on se demande pourquoi le prêtre s'entête à soutenir ces "ouailles"... On reprochera immédiatement la longueur bien trop importante de cette multiplicité de saynètes qui font plus accumulation de séquences théâtrales que véritable histoire fluide. Une bonne coupe aurait ici été salutaire malgré la malice des différentes confrontations.

    On s'aperçoit de toute façon dès le départ que Calvary va mettre la modernité face à l’archaïsme. Dès le petit dialogue entre l'enfant de chœur et James, le spectateur comprend que quelque chose cloche. Outre cette menace proférée en ouverture, le long-métrage joue sur un décalage constant entre l’honnêteté et l'intégrité du père James, sorte de prêtre d'un autre temps qui place le bien d'autrui au-dessus de tout, et l'égoïsme des autres habitants. Chacun creuse un portrait des vices et péchés mortels pour la religion catholique qu'ils sont sensés suivre. De la nymphomane au blasphémateur en passant par le cynique et l'homosexuel, rien n'est épargné au père Lavelle au cours de son calvaire personnel qui remet en question le bien-fondé même de son sacerdoce. A côté de ses paroissiens, il y a également sa fille, Fiona, qui représente certainement le seul véritable péché de James, la seule personne qu'il a abandonné après la mort de sa femme pour prendre la soutane. Même si encore une fois la résolution de cet arc traîne en longueur, elle permet de donner une allure encore plus humaine au roc de détermination qu'est James, sans parler du contraste qu'il offre avec son jeune collègue vénal. 

    Enfin, Calvary parle surtout de l'amalgame. L'amalgame entre les prêtres pédophiles et orduriers d'un côté, et tous ces petits religieux très loin de l'institution de l'Eglise et qui croient profondément en ce qu'ils font. Au fond, et de la façon la plus injuste qui soit, James paye pour les coupables et l'innocent qui a subi cette infamie devient à son tour coupable. Jusqu'au bout James doute, de ses paroissiens, de lui, de son but. Mais à la toute fin, il affronte l'existence et regarde en face son accusateur. Dans cette séquence finale en bord de mer, McDonagh arrive à toucher du doigt ce qu'il cherchait depuis le début : la rencontre de la grâce et de l'injustice. Soyons clair, si le métrage entier était à la hauteur de ces vingt dernières minutes, Calvary aurait été un excellent film. Le regard amer et mélancolique posé par l'irlandais sur ses personnages dans ces derniers instants - l'ultime discussion entre Michael et James - montre le potentiel contenu au sein ce petit film sans prétention. Dommage simplement que Calvary mette tant de temps à s'exprimer et à tirer le meilleur de son postulat de départ. On se consolera avec cet humour acéré de la première moitié et le personnage toujours sublime du père Lavelle.

    Pas aussi réussi qu'espéré, Calvary offre cependant un récit honnête, bien filmé et qui se bonifie au fur et à mesure de l'avancée de sa trame. Porté par les épaules solides d'un Brendan Gleeson au mieux de sa forme, le second métrage de John Michael McDonagh aurait certes gagné à être écourté mais ne mérite certainement pas l'indifférence dans laquelle il est sorti.
    Un bon film à voir, d'autant plus si le sujet vous intéresse.


    Note : 7/10

    Meilleure scène ; La confrontation finale sur la plage



    votre commentaire
  • [Critique] Quand vient la nuit

    Doit-on encore s'étonner de la déplorable traduction française des films paraissant dans les salles de cinéma de l'Hexagone ? A voir celle de The Drop, le second film de Michael R. Roskam, il reste tout à fait permis de se demander comment le métrage peut avoir reçu ce titre affligeant de Quand vient la nuit. Certainement pour faire plus conventionnel auprès du spectateur lambda. Mais bon, après tout, le texte de Denis Lehane, qui a inspiré le film sus-cité, était lui aussi tout autre, à savoir Animal Rescue. Que l'on se rassure cependant, cela n'impacte en rien la qualité du nouveau bébé de Roskam, réalisateur belge révélé en 2011 par le formidable Bullhead, qui en profitait également pour mettre un certain Matthias Schoenaerts sur le devant de la scène. Pour l'occasion, le belge passe sous l'égide de la Fox, lui donnant l'opportunité d'engager des acteurs aussi brillants que Tom Hardy, James Gandolfini ou Noomi Rapace. Film noir pur jus, Quand vient la nuit achève de convaincre du talent de Michael Roskam.

    Bob Saginowski tient le bar de son cousin, Marv. Tous deux, ils gèrent également occasionnellement une opération de blanchissement d'argent sale pour le compte de criminels tchétchènes. En fait, certaines nuits, le bar de cousin Marv devient un Drop Bar où transite l'argent de la pègre. Seulement voilà, c'est exactement le genre de choses qui attirent les braquages. Spoliés, ils doivent faire face à la colère de leurs associés. C'est en cherchant un moyen de surmonter cette affaire que Bob tombe, par hasard, sur un chiot abandonné dans une poubelle et qu'il fait la connaissance de Nadia. Maladroit et effacé, le barman va avoir bien du mal à gérer ces nouveaux arrivants dans sa vie déjà bien assez compliquée.

    Film lent, Quand vient la nuit évite toute esbroufe ou grande scène d'action qui parsèment les polars lambda produits ces derniers temps par Hollywood. Roskam aborde au contraire son histoire de façon méticuleuse et plante sa galerie de personnages avec un talent consommé. Le métrage ne cherche pas à cacher qu'au-delà de cet imbroglio de braquages, il mise tout sur ses (anti-)héros et son atmosphère. Pour les premiers, on reconnaît instantanément la patte "Roskam" avec des portraits tout en nuances qui recèlent une grande part d'ombre mais aussi une banalité parfois très comique. On pense aux wallons de Bullhead lorsque Bob et Marv emballent un bras jeté dans un sac devant leur bar. Le réalisateur cherche à rendre crédible ses personnages et pour se faire, il évite tous les clichés, une chose assez rare ces derniers temps. Pas de super-gangster ou de tueurs surdoués dans Quand vient la nuit, mais de simples malfrats qui ont tout voulu mais se sont fait dépasser par la dure réalité. C'est la grande force du métrage, ne jamais chercher à impressionner mais à coller au plus près du réel pour nous imprégner de son univers au final très noir.


    Il faut d'ailleurs bien le dire, ce que fait Roskam avec son film, c'est une sorte de retour aux sources. Quand vient la nuit ne renie jamais son statut de film noir à l'ancienne, lent et implacable, où la froideur des situations contraste avec quelques intrigues bien senties. Le réalisateur belge manie toujours aussi bien sa caméra et ressert une grande partie de son action au cœur d'un bar traditionnel de New-York. Malgré les nombreux autres endroits traversés par le film, le spectateur ressent une impression d'intimité étonnante, d'autant plus étonnante par ce qu'on a tenté de vendre au travers du pitch et de la bande-annonce. Mais Roskam sait y faire pour surprendre son monde et ne pas s'aligner sur les canons Hollywoodiens. Evidemment, on peut ajouter que la qualité du film doit beaucoup au scénario de Lehane (le même qui nous a offert Mystic River ou Gone Baby Gone, deux autres poids lourds du genre)... et dans un sens c'est totalement vrai tant le suspense et la maestria dans le renversement des intrigues apparaissent comme les deux plus gros atouts du métrage. Il ne faut pourtant pas oublier l'excellente mise en scène de Roskam ni sa façon de magnifier ses personnages.

    Ceux-ci sont aussi délicieux qu'inattendus et réservent, chacun à leur façon, leur lot de surprises. Si Matthias Schoenarts est ici bien plus discret que dans Bullhead, Quand vient la nuit déroule le tapis rouge à un acteur extraordinaire (ceux qui ont vu Bronson le comprendront d'autant plus) : Tom Hardy. Loin des muscles de Bane, l'anglais délaisse son accent british pour jouer un brave type discret auquel on s'attache et l'on s'identifie immédiatement. Encore une fois, il s'avère bluffant, aussi à l'aise dans la violence que dans un registre un tantinet plus comique et empoté. On n'oublie pas non plus la superbe et talentueuse Noomi Rapace et surtout, le dernier rôle d'un acteur hors norme : James Gandolfini. Même s'il ne décroche pas le rôle principal, l'américain reste tout à fait épatant dans son costume de vieux gangster frustré. Impossible parfois de ne pas penser qu'il s'agit là d'un Tony Soprano raté. Les fans de la série HBO apprécieront. La somme des talents de ce casting quatre étoiles achève définitivement de convaincre même les plus réticents au genre.

    Quand vient la nuit déjoue à peu près tous les écueils du polar à l'Hollywoodienne et condense le meilleur du film noir à l'ancienne. Casting impeccable, mise en scène délicieuse et atmosphère réussie, le second film de Michael Roskam  confirme tout le bien que l'on pensait déjà du réalisateur belge. En y rajoutant le talent d'un certain Denis Lehane, vous obtenez un sacré bon moment de cinéma.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La dernière tentative de braquage



    votre commentaire
  • [Critique] Marie Heurtin


    Après des films tels que l'Homme qui rit ou Les émotifs anonymes, Jean-Pierre Améris s'attaque à une histoire vraie de l'Ecole française des sourdes-muettes-aveugles de Larnay autour de la jeune Marie Heurtin. Sourde et aveugle, la jeune fille est recueillie par sœur Marguerite à la fin du XIXème siècle. Considérée comme une cause perdue, et cela même par ses parents, Marie retrouve pourtant peu à peu l'humanité qui lui faisait défaut auprès de sœur Marguerite. Pour celle-ci, Marie représente une occasion unique de tester sa détermination et sa volonté. C'est ainsi que débute une histoire peu banale qui révolutionnera la prise en charge des sourds et aveugles en France.

    Marie Heurtin n'est pas un film qui avait vocation à drainer les foules. Dépourvu de stars bankables (exceptée peut-être Isabelle Carré, et encore), tourné dans l'austérité d'un couvent, on ne peut pas dire que le métrage part avec les meilleurs atouts pour séduire les foules. Certainement conscient de cela, Jean-Pierre Améris s'efface totalement derrière ses personnages et son histoire tout en tentant, avec une grande sincérité, de restituer la grandeur d'âme de Marie et sœur Marguerite. Très loin des films d'esbroufe aux mécanismes dramatiques vus et revus, Marie Heurtin fonctionne uniquement sur son duo et, forcément, sur l'enjeu de l'humanisation de la petite Marie. On salue d'ailleurs immédiatement le talent insolent d'Ariana Rivoire, une actrice sourde qui livre une performance simplement parfaite de bout en bout, d'une poignante émotion que ce soit dans sa rage animale ou dans sa fragilité humaine. Elle est définitivement LA révélation du film.

    Mais revenons à nos moutons. Marie Heurtin centre son propos autour de l'humanisation. Jean-Pierre Améris pose une question fondamentale : comment un homme devient-il homme? D'abord totalement animal puisque coupé de tout, Marie évolue petit à petit et s'humanise avec grâce et douceur devant la caméra d'Améris. Un propos similaire à The Tribe, le film choc venu de l'Est, mais qui s'avère immensément plus pertinent et subtil ici. Tour à tour, la fillette incarne les deux facettes de son lourd handicap et c'est le courage d'une âme hors du commun qui permettra de renverser la pièce. L'évolution de Marie au cours du long-métrage illustre à merveille l'importance primordiale d'une des choses qui définit le plus profondément l'humanité d'une personne : la communication. Sans elle, pas d'interaction, pas d'échange...pas d'émotion. Plus le métrage avance, plus Marie apprend à communiquer et plus elle fait naître des émotions fortes dans le cœur des spectateurs.

    Grâce à son silence, le long-métrage passe aussi et surtout ses émotions par le toucher. Mais pas que. Elle passe aussi par l'odeur qui guide Marie privée de ses autres sens, pour sentir un vieux couteau familier ou un père affectueux. Les quelques séquences autour de cette surcompensation des autres sens font mouche, Améris trouve l'équilibre pour ne pas tomber dans le ridicule et magnifier son propos. Si tout cela est possible, c'est justement parce que le réalisateur français fait preuve d'humilité et que son film ne cherche jamais à impressionner ou à jouer les tire-larmes. Il montre et explore deux personnalités et le lien unique qui se tisse entre elles deux. L'alchimie entre Marie et Marguerite est aussi immédiate que parfaite, d'une intensité si poignante qu'elle se passe d'artifices. C'est là le second pilier du métrage et de ce qui façonne un être humain : la capacité à aimer. Grâce à la magnifique et intense partition d'Isabelle Carré, Améris touche bien plus juste encore qu'on aurait pu le soupçonner de prime abord. Jusqu'à cette séquence aérienne et splendide qui affirme une autre communication impossible comme ultime preuve d'humanité : le souvenir. 

    On peut certes reprocher à Marie Heurtin de ne pas être convainquant parfois sur les costumes (la rencontre avec la mère semble anachronique) ou sur la maladie de sœur Marguerite, mais ce que le métrage évite parait bien plus important. Alors qu'il se déroule dans un institut transformé en véritable couvent par les bonnes sœurs, le film ne parle quasiment pas de religion. Lorsque Soeur Marguerite a une "révélation", c'est par sa rencontre avec l'humanité prisonnière de Marie. Lorsque Marguerite invoque Dieu pour parler de la mortalité, c'est avec un scepticisme naïf et bienveillant que l’accueille Marie. Et surtout, lorsque Marie parle à Marguerite dans ce final aussi discret que virtuose, c'est avant toute chose à la femme qu'elle aime comme une mère qu'elle parle. Rien que pour ça, le film est remarquable.

    Authentique surprise, Marie Heurtin offre non seulement un rôle magnifique à deux actrices formidables, mais également une réflexion, un témoignage unique sur ce qui fonde l'humanité. Magnanime jusqu'au bout, drapé dans sa sobriété et dans son respect, Marie Heurtin touche bien plus sûrement le spectateur que n'importe quel film français sorti cette année.
    Donnez lui donc le succès qu'il mérite !

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La scène finale

    Meilleure réplique : "Couteau"


    votre commentaire
  • [Critique] Fury

    David Ayer est un réalisateur inégal qui alterne les navets (Sabotage) et les films sympathiques (End of Watch). Son dernier projet avait pourtant de quoi susciter l'enthousiasme : un film de guerre centré sur un équipage de char Sherman M4A2 emmené par un certain Brad Pitt dans une Allemagne nazie à l'agonie. Pourtant, tout aussi attirant que puisse être le pitch, Ayer a fort à faire pour convaincre tant celui-ci peut facilement tomber dans le bête film d'action. Ce n'est heureusement pas le cas de Fury, qui joue la carte d'une sorte de réalisme très noir pour nous entraîner à la suite d'une troupe de tankistes sérieusement amochés par la guerre et sa rudesse. Une totale réussite ?

    L'Allemagne est en ruines, ses armées en déroute s'accrochent avec l'énergie du désespoir aux dernières villes et villages sur la route des alliés. Les colonnes de blindés et d'infanterie américaines rencontrent désormais une résistance inattendue et des troupes de plus en plus jeunes, les fameux Volkstürm. Après la perte d'un des leurs, l'équipage du Sherman "Fury", mené par le sévère Don Collier, reçoit le renfort d'un tout jeune membre, Norman. Pas le temps de faire connaissance que les hommes se retrouvent de nouveau dans les mâchoires de la guerre et doivent porter assistance à un groupe de combats bloqué face au blocus acharné de quelques canons et d'une poignée d'homme retranchés aux abords d'un village. Leur combat va les mener au cœur de l'enfer.

    Fury est un peu un film à l'image de son réalisateur : inégal. D'emblée, on peut reprocher le simplisme des personnages que l'on voit à l'écran : quatre gars aguerris face au petit nouveau naïf et qui ne veut tuer personne. Pendant un certain temps, la galerie d'individus qui jalonnent le film a tout de l'archétype bas du front des soldats made in Hollywood. Pas de subtilité, immédiatement hostiles au petit nouveau auquel ils vont en faire voir de toutes les couleurs.... Bref, les choses semblent mal parties. Enfin, pas tout à fait. Car de l'autre côté, Ayer étale une réalisation crépusculaire magnifique et sauvage avec cette séquence d'introduction du plus bel effet au milieu des carcasses de chars d'assaut. De la même manière, l'américain capte immédiatement la majesté mécanique de son char, Fury, le véritable personnage principal du métrage, mis en avant de façon fascinante notamment au cours des divers affrontements, où la caméra d'Ayer vibre et tangue au gré des coups de canons. Le point d'orgue du film semble même être atteint au cours de l’embuscade tendue par un char Tiger I contre 4 Shermans. La violence de l'affrontement, le talent d'Ayer pour le filmer et l'intensité du combat permettent d'approcher d'un paroxysme guerrier purement jouissif.

    D'autant plus jouissif qu'Ayer met un point d'honneur à respecter la réalité historique. L'impuissance des Shermans face à un char Tiger est scrupuleusement respectée, tout comme la façon de mener un assaut contre une position retranchée. Cette volonté persiste jusque dans la séquence de fin (trop) héroïque où une colonne d'allemands attaque le char de WarDaddy. Aucune arme antichar, juste quelques fourgons, des armes antipersonnelles et quelques PanzerFaust, la troupe allemande fait pâle figure en réalité, brisée par cinq hommes seulement. Alors oui, Ayer en fait trop dans cet épilogue plein de fureur, trop long et franchement peu crédible dans l’imbécillité des soldats allemands en face, mais il ne s'agit pas non plus d'une catastrophe, loin de là. En fait, et c'est assez paradoxal, Ayer est à deux doigts d'accomplir quelque chose de bien plus formidable au deux-tiers de son film lors d'une séquence dénuée du moindre coup de canon ou de la moindre explosion.

    Cette séquence, c'est celle qui se déroule entre l'équipage sorti fêter sa victoire dans un village allemand, et deux allemandes réfugiées dans un appartement miraculeusement intact. Ayer mise pendant quelques minutes sur une sorte de huit-clos où Norman, le jeune vierge, et Don, le commandant blasé, s'imposent dans la vie des deux bourgeoises. Assez conventionnel au début, la scène est transfigurée par l'arrivée du reste de l'équipage et de la véritable résurgence de sentiments bestiaux qui s'ensuit. La tension qui s'installe où l'on sent le viol et l'effusion de sang à peine contenus dans les affrontements verbaux entre Don et Grady - Brad Pitt et Jon Berthal, fabuleux - menace de faire basculer le film dans quelque chose de très noir et surtout d'inédit dans un film américain : des GIs qui violent des innocentes, une chose que jamais Hollywood n'a mis frontalement en lumière. Malheureusement, Ayer ne va pas jusqu'au bout mais cette simple séquence permet à Fury de gagner encore quelques bons points. Ses derniers atouts résident dans son casting, purement masculin, qui fait des étincelles. Entre un Shia LaBeouf aux antipodes de ses rôles habituels et un Logan Lerman toujours aussi épatant en passant par un Brad Pitt grimé en vieux briscard ambigu, l'équipage de Fury apparaît non seulement comme extrêmement crédible mais aussi comme tout à fait charismatique, ceci malgré les nombreuses failles dans la moralité de ses "héros". Un atout capital pour un métrage qui repose entièrement sur son assemblée de tankistes.

    Assurément, Fury s'avère une excellente surprise. Certes on empêchera pas les stéréotypes de bases d'empiéter sur le réalisme pendant les débuts de l'histoire ni une fin carrément too much, mais l'atmosphère de "crépuscule des dieux" qui baigne le film d'Ayer, le talent de sa troupe d'acteurs et sa volonté de réalisme historique, sans compter sur quelques audaces narratives inattendues, permettent à Fury de s'affirmer comme un film de guerre intéressant et de très bonne facture.
    En route.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le repas chez les Allemandes

    Meilleure réplique : "Emmène-la dans la chambre, sinon c'est moi qui le fait"


    votre commentaire
  • [Critique] Philomena


    Le très british Stephen Frears revient après The Queen et Tamara Drew pour s’intéresser à un drame inspirée d’une histoire vraie (et d’un livre éponyme) autour des orphelinats catholiques irlandais. Pas forcément attendu, le long-métrage a tout de même décroché une nomination pour le meilleur film aux oscars, de même que Judi Dench pour son interprétation de Philomena elle-même. Il n’en faut pas plus pour attiser la curiosité et aller jeter un coup d’œil sur ce petit film qui pourrait bien surprendre son monde.

    Philomena décide après 50 années de silence d’avouer à sa fille qu’elle a un demi-frère, Anthony. Après avoir couché très jeune avec un jeune homme l’espace d’une nuit, elle a dû mettre au monde son fils au sein d’une communauté de bonnes sœurs catholiques irlandaises, avant de se voir enlever son fils, adopté par un couple d’américain.
    Quant à Martin Sixsmith, ex-journaliste célèbre de la BBC désormais sans travail, il ne sait plus vraiment que faire avant de rencontrer justement Philomena et de se plonger dans de « l’aventure humaine » en l’aidant à retrouver son fils. Pour cela, ils devront aller jusqu’aux Etats-Unis et briser bien des tabous.

    Pas forcément un cinéaste majeur, Frears n’en reste pas moins un bon réalisateur qui donne régulièrement des films honnêtes. Philomena dénote un peu d’une démarche similaire. Bâti comme un road-movie, il repose sur des procédés éculés et efficace comme celui, bien connu, de se faire rencontrer deux personnes que tout oppose. Heureusement, ces deux personnages principaux s’avèrent très attachants et ce malgré le côté élitiste de Sixsmith. Philomena reste le cœur du duo et plus loin, du film. Sa personnalité et ses croyances catholiques surprennent au vu ce qu’elle a subit. Frears dépeint une vieille dame qui refuse la haine et la rancœur, une vraie « catholique » pourrait-on dire, notamment à travers la scène de confrontation finale et le pardon, éminemment difficile. Son manque de second degré et son naturel la rendent pourtant réellement sympathique et touchante, ceci n’étant pas étranger à l’excellent jeu de Judi Dench d’ailleurs également nommée aux oscars, et assez loin de son rôle de femme de fer dans Skyfall.

    De l’autre, il y a donc Martin Sixmith interprété par le remarquable Steve Coogan, un personnage peut-être plus singulier et plus intéressant qu’il n’y parait, à la fois totalement athée et sacrément prétentieux, illustrant avec simplicité la différence de classe entre la bourgeoisie intellectuelle et le commun des mortels. Parfois agaçant, c’est cependant à lui qu’on s’identifie le plus pour sa « saine colère » vis-à-vis de la révélation finale. Le film n’est cependant pas construit entièrement sur la révélation du destin d’Anthony et laisse une large place à la douleur d’une mère, tout simplement. Même si on regrette un manque de chaleur dans le traitement, surement un peu trop british en fait, force est de reconnaître le talent de Frears pour dépeindre une situation révoltante sans en faire des tonnes.

    S’attaquant de front au scandale des orphelinats catholiques Irlandais, le film pourrait être vu comme une violente charge contre la religion et, surtout, le clergé. Mais Frears prend bien soin de disséminer des personnes meilleures que la sœur Hildegarde par exemple, et forcément il reste Philomena. Il s’avère difficile de comprendre les fondements de la foi de celle-ci, surtout au vu de son passé, mais finalement, en recentrant le métrage sur sa douleur et en illustrant son passé – le début se trouve parsemé de flash-backs – le spectateur finit par pouvoir appréhender ce comportement surprenant. Reste cependant un arrière-goût d’inachevé, de manque d’ampleur, en fait d’un manque de panache dans la réalisation et dans la structure qui nous amène à considérer Philomena comme un bon film, surement nécessaire dans un sens, mais qui n’a pas la carrure pour marquer durablement.

    Concurrent surprise des oscars, Philomena n’a quasiment aucune chance de l’emporter, à raison au vu du niveau des nominés. Pourtant, il serait abusif de le manquer, d’une part par son sujet important – d’autant plus important quant à l’heure actuelle des associations catholiques défilent contre l’IVG pour nous montrer qu’ils ont du respect pour la vie, des milliers d’enfants irlandais en parleraient autrement - mais aussi parce que le long-métrage de Frears confronte deux acteurs de talent sur un parcours touchant.

    Note : 7.5/10

    Meilleure réplique : « Si Jesus était là, il vous jetterait au bas de votre chaise »

    Meilleure scène : Philomena qui demande à s’arrêter dans une église américaine


    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique