• [Critique] Quand vient la nuit

    Doit-on encore s'étonner de la déplorable traduction française des films paraissant dans les salles de cinéma de l'Hexagone ? A voir celle de The Drop, le second film de Michael R. Roskam, il reste tout à fait permis de se demander comment le métrage peut avoir reçu ce titre affligeant de Quand vient la nuit. Certainement pour faire plus conventionnel auprès du spectateur lambda. Mais bon, après tout, le texte de Denis Lehane, qui a inspiré le film sus-cité, était lui aussi tout autre, à savoir Animal Rescue. Que l'on se rassure cependant, cela n'impacte en rien la qualité du nouveau bébé de Roskam, réalisateur belge révélé en 2011 par le formidable Bullhead, qui en profitait également pour mettre un certain Matthias Schoenaerts sur le devant de la scène. Pour l'occasion, le belge passe sous l'égide de la Fox, lui donnant l'opportunité d'engager des acteurs aussi brillants que Tom Hardy, James Gandolfini ou Noomi Rapace. Film noir pur jus, Quand vient la nuit achève de convaincre du talent de Michael Roskam.

    Bob Saginowski tient le bar de son cousin, Marv. Tous deux, ils gèrent également occasionnellement une opération de blanchissement d'argent sale pour le compte de criminels tchétchènes. En fait, certaines nuits, le bar de cousin Marv devient un Drop Bar où transite l'argent de la pègre. Seulement voilà, c'est exactement le genre de choses qui attirent les braquages. Spoliés, ils doivent faire face à la colère de leurs associés. C'est en cherchant un moyen de surmonter cette affaire que Bob tombe, par hasard, sur un chiot abandonné dans une poubelle et qu'il fait la connaissance de Nadia. Maladroit et effacé, le barman va avoir bien du mal à gérer ces nouveaux arrivants dans sa vie déjà bien assez compliquée.

    Film lent, Quand vient la nuit évite toute esbroufe ou grande scène d'action qui parsèment les polars lambda produits ces derniers temps par Hollywood. Roskam aborde au contraire son histoire de façon méticuleuse et plante sa galerie de personnages avec un talent consommé. Le métrage ne cherche pas à cacher qu'au-delà de cet imbroglio de braquages, il mise tout sur ses (anti-)héros et son atmosphère. Pour les premiers, on reconnaît instantanément la patte "Roskam" avec des portraits tout en nuances qui recèlent une grande part d'ombre mais aussi une banalité parfois très comique. On pense aux wallons de Bullhead lorsque Bob et Marv emballent un bras jeté dans un sac devant leur bar. Le réalisateur cherche à rendre crédible ses personnages et pour se faire, il évite tous les clichés, une chose assez rare ces derniers temps. Pas de super-gangster ou de tueurs surdoués dans Quand vient la nuit, mais de simples malfrats qui ont tout voulu mais se sont fait dépasser par la dure réalité. C'est la grande force du métrage, ne jamais chercher à impressionner mais à coller au plus près du réel pour nous imprégner de son univers au final très noir.


    Il faut d'ailleurs bien le dire, ce que fait Roskam avec son film, c'est une sorte de retour aux sources. Quand vient la nuit ne renie jamais son statut de film noir à l'ancienne, lent et implacable, où la froideur des situations contraste avec quelques intrigues bien senties. Le réalisateur belge manie toujours aussi bien sa caméra et ressert une grande partie de son action au cœur d'un bar traditionnel de New-York. Malgré les nombreux autres endroits traversés par le film, le spectateur ressent une impression d'intimité étonnante, d'autant plus étonnante par ce qu'on a tenté de vendre au travers du pitch et de la bande-annonce. Mais Roskam sait y faire pour surprendre son monde et ne pas s'aligner sur les canons Hollywoodiens. Evidemment, on peut ajouter que la qualité du film doit beaucoup au scénario de Lehane (le même qui nous a offert Mystic River ou Gone Baby Gone, deux autres poids lourds du genre)... et dans un sens c'est totalement vrai tant le suspense et la maestria dans le renversement des intrigues apparaissent comme les deux plus gros atouts du métrage. Il ne faut pourtant pas oublier l'excellente mise en scène de Roskam ni sa façon de magnifier ses personnages.

    Ceux-ci sont aussi délicieux qu'inattendus et réservent, chacun à leur façon, leur lot de surprises. Si Matthias Schoenarts est ici bien plus discret que dans Bullhead, Quand vient la nuit déroule le tapis rouge à un acteur extraordinaire (ceux qui ont vu Bronson le comprendront d'autant plus) : Tom Hardy. Loin des muscles de Bane, l'anglais délaisse son accent british pour jouer un brave type discret auquel on s'attache et l'on s'identifie immédiatement. Encore une fois, il s'avère bluffant, aussi à l'aise dans la violence que dans un registre un tantinet plus comique et empoté. On n'oublie pas non plus la superbe et talentueuse Noomi Rapace et surtout, le dernier rôle d'un acteur hors norme : James Gandolfini. Même s'il ne décroche pas le rôle principal, l'américain reste tout à fait épatant dans son costume de vieux gangster frustré. Impossible parfois de ne pas penser qu'il s'agit là d'un Tony Soprano raté. Les fans de la série HBO apprécieront. La somme des talents de ce casting quatre étoiles achève définitivement de convaincre même les plus réticents au genre.

    Quand vient la nuit déjoue à peu près tous les écueils du polar à l'Hollywoodienne et condense le meilleur du film noir à l'ancienne. Casting impeccable, mise en scène délicieuse et atmosphère réussie, le second film de Michael Roskam  confirme tout le bien que l'on pensait déjà du réalisateur belge. En y rajoutant le talent d'un certain Denis Lehane, vous obtenez un sacré bon moment de cinéma.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La dernière tentative de braquage



    votre commentaire
  • [Critique] Marie Heurtin


    Après des films tels que l'Homme qui rit ou Les émotifs anonymes, Jean-Pierre Améris s'attaque à une histoire vraie de l'Ecole française des sourdes-muettes-aveugles de Larnay autour de la jeune Marie Heurtin. Sourde et aveugle, la jeune fille est recueillie par sœur Marguerite à la fin du XIXème siècle. Considérée comme une cause perdue, et cela même par ses parents, Marie retrouve pourtant peu à peu l'humanité qui lui faisait défaut auprès de sœur Marguerite. Pour celle-ci, Marie représente une occasion unique de tester sa détermination et sa volonté. C'est ainsi que débute une histoire peu banale qui révolutionnera la prise en charge des sourds et aveugles en France.

    Marie Heurtin n'est pas un film qui avait vocation à drainer les foules. Dépourvu de stars bankables (exceptée peut-être Isabelle Carré, et encore), tourné dans l'austérité d'un couvent, on ne peut pas dire que le métrage part avec les meilleurs atouts pour séduire les foules. Certainement conscient de cela, Jean-Pierre Améris s'efface totalement derrière ses personnages et son histoire tout en tentant, avec une grande sincérité, de restituer la grandeur d'âme de Marie et sœur Marguerite. Très loin des films d'esbroufe aux mécanismes dramatiques vus et revus, Marie Heurtin fonctionne uniquement sur son duo et, forcément, sur l'enjeu de l'humanisation de la petite Marie. On salue d'ailleurs immédiatement le talent insolent d'Ariana Rivoire, une actrice sourde qui livre une performance simplement parfaite de bout en bout, d'une poignante émotion que ce soit dans sa rage animale ou dans sa fragilité humaine. Elle est définitivement LA révélation du film.

    Mais revenons à nos moutons. Marie Heurtin centre son propos autour de l'humanisation. Jean-Pierre Améris pose une question fondamentale : comment un homme devient-il homme? D'abord totalement animal puisque coupé de tout, Marie évolue petit à petit et s'humanise avec grâce et douceur devant la caméra d'Améris. Un propos similaire à The Tribe, le film choc venu de l'Est, mais qui s'avère immensément plus pertinent et subtil ici. Tour à tour, la fillette incarne les deux facettes de son lourd handicap et c'est le courage d'une âme hors du commun qui permettra de renverser la pièce. L'évolution de Marie au cours du long-métrage illustre à merveille l'importance primordiale d'une des choses qui définit le plus profondément l'humanité d'une personne : la communication. Sans elle, pas d'interaction, pas d'échange...pas d'émotion. Plus le métrage avance, plus Marie apprend à communiquer et plus elle fait naître des émotions fortes dans le cœur des spectateurs.

    Grâce à son silence, le long-métrage passe aussi et surtout ses émotions par le toucher. Mais pas que. Elle passe aussi par l'odeur qui guide Marie privée de ses autres sens, pour sentir un vieux couteau familier ou un père affectueux. Les quelques séquences autour de cette surcompensation des autres sens font mouche, Améris trouve l'équilibre pour ne pas tomber dans le ridicule et magnifier son propos. Si tout cela est possible, c'est justement parce que le réalisateur français fait preuve d'humilité et que son film ne cherche jamais à impressionner ou à jouer les tire-larmes. Il montre et explore deux personnalités et le lien unique qui se tisse entre elles deux. L'alchimie entre Marie et Marguerite est aussi immédiate que parfaite, d'une intensité si poignante qu'elle se passe d'artifices. C'est là le second pilier du métrage et de ce qui façonne un être humain : la capacité à aimer. Grâce à la magnifique et intense partition d'Isabelle Carré, Améris touche bien plus juste encore qu'on aurait pu le soupçonner de prime abord. Jusqu'à cette séquence aérienne et splendide qui affirme une autre communication impossible comme ultime preuve d'humanité : le souvenir. 

    On peut certes reprocher à Marie Heurtin de ne pas être convainquant parfois sur les costumes (la rencontre avec la mère semble anachronique) ou sur la maladie de sœur Marguerite, mais ce que le métrage évite parait bien plus important. Alors qu'il se déroule dans un institut transformé en véritable couvent par les bonnes sœurs, le film ne parle quasiment pas de religion. Lorsque Soeur Marguerite a une "révélation", c'est par sa rencontre avec l'humanité prisonnière de Marie. Lorsque Marguerite invoque Dieu pour parler de la mortalité, c'est avec un scepticisme naïf et bienveillant que l’accueille Marie. Et surtout, lorsque Marie parle à Marguerite dans ce final aussi discret que virtuose, c'est avant toute chose à la femme qu'elle aime comme une mère qu'elle parle. Rien que pour ça, le film est remarquable.

    Authentique surprise, Marie Heurtin offre non seulement un rôle magnifique à deux actrices formidables, mais également une réflexion, un témoignage unique sur ce qui fonde l'humanité. Magnanime jusqu'au bout, drapé dans sa sobriété et dans son respect, Marie Heurtin touche bien plus sûrement le spectateur que n'importe quel film français sorti cette année.
    Donnez lui donc le succès qu'il mérite !

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La scène finale

    Meilleure réplique : "Couteau"


    votre commentaire
  • [Critique] Fury

    David Ayer est un réalisateur inégal qui alterne les navets (Sabotage) et les films sympathiques (End of Watch). Son dernier projet avait pourtant de quoi susciter l'enthousiasme : un film de guerre centré sur un équipage de char Sherman M4A2 emmené par un certain Brad Pitt dans une Allemagne nazie à l'agonie. Pourtant, tout aussi attirant que puisse être le pitch, Ayer a fort à faire pour convaincre tant celui-ci peut facilement tomber dans le bête film d'action. Ce n'est heureusement pas le cas de Fury, qui joue la carte d'une sorte de réalisme très noir pour nous entraîner à la suite d'une troupe de tankistes sérieusement amochés par la guerre et sa rudesse. Une totale réussite ?

    L'Allemagne est en ruines, ses armées en déroute s'accrochent avec l'énergie du désespoir aux dernières villes et villages sur la route des alliés. Les colonnes de blindés et d'infanterie américaines rencontrent désormais une résistance inattendue et des troupes de plus en plus jeunes, les fameux Volkstürm. Après la perte d'un des leurs, l'équipage du Sherman "Fury", mené par le sévère Don Collier, reçoit le renfort d'un tout jeune membre, Norman. Pas le temps de faire connaissance que les hommes se retrouvent de nouveau dans les mâchoires de la guerre et doivent porter assistance à un groupe de combats bloqué face au blocus acharné de quelques canons et d'une poignée d'homme retranchés aux abords d'un village. Leur combat va les mener au cœur de l'enfer.

    Fury est un peu un film à l'image de son réalisateur : inégal. D'emblée, on peut reprocher le simplisme des personnages que l'on voit à l'écran : quatre gars aguerris face au petit nouveau naïf et qui ne veut tuer personne. Pendant un certain temps, la galerie d'individus qui jalonnent le film a tout de l'archétype bas du front des soldats made in Hollywood. Pas de subtilité, immédiatement hostiles au petit nouveau auquel ils vont en faire voir de toutes les couleurs.... Bref, les choses semblent mal parties. Enfin, pas tout à fait. Car de l'autre côté, Ayer étale une réalisation crépusculaire magnifique et sauvage avec cette séquence d'introduction du plus bel effet au milieu des carcasses de chars d'assaut. De la même manière, l'américain capte immédiatement la majesté mécanique de son char, Fury, le véritable personnage principal du métrage, mis en avant de façon fascinante notamment au cours des divers affrontements, où la caméra d'Ayer vibre et tangue au gré des coups de canons. Le point d'orgue du film semble même être atteint au cours de l’embuscade tendue par un char Tiger I contre 4 Shermans. La violence de l'affrontement, le talent d'Ayer pour le filmer et l'intensité du combat permettent d'approcher d'un paroxysme guerrier purement jouissif.

    D'autant plus jouissif qu'Ayer met un point d'honneur à respecter la réalité historique. L'impuissance des Shermans face à un char Tiger est scrupuleusement respectée, tout comme la façon de mener un assaut contre une position retranchée. Cette volonté persiste jusque dans la séquence de fin (trop) héroïque où une colonne d'allemands attaque le char de WarDaddy. Aucune arme antichar, juste quelques fourgons, des armes antipersonnelles et quelques PanzerFaust, la troupe allemande fait pâle figure en réalité, brisée par cinq hommes seulement. Alors oui, Ayer en fait trop dans cet épilogue plein de fureur, trop long et franchement peu crédible dans l’imbécillité des soldats allemands en face, mais il ne s'agit pas non plus d'une catastrophe, loin de là. En fait, et c'est assez paradoxal, Ayer est à deux doigts d'accomplir quelque chose de bien plus formidable au deux-tiers de son film lors d'une séquence dénuée du moindre coup de canon ou de la moindre explosion.

    Cette séquence, c'est celle qui se déroule entre l'équipage sorti fêter sa victoire dans un village allemand, et deux allemandes réfugiées dans un appartement miraculeusement intact. Ayer mise pendant quelques minutes sur une sorte de huit-clos où Norman, le jeune vierge, et Don, le commandant blasé, s'imposent dans la vie des deux bourgeoises. Assez conventionnel au début, la scène est transfigurée par l'arrivée du reste de l'équipage et de la véritable résurgence de sentiments bestiaux qui s'ensuit. La tension qui s'installe où l'on sent le viol et l'effusion de sang à peine contenus dans les affrontements verbaux entre Don et Grady - Brad Pitt et Jon Berthal, fabuleux - menace de faire basculer le film dans quelque chose de très noir et surtout d'inédit dans un film américain : des GIs qui violent des innocentes, une chose que jamais Hollywood n'a mis frontalement en lumière. Malheureusement, Ayer ne va pas jusqu'au bout mais cette simple séquence permet à Fury de gagner encore quelques bons points. Ses derniers atouts résident dans son casting, purement masculin, qui fait des étincelles. Entre un Shia LaBeouf aux antipodes de ses rôles habituels et un Logan Lerman toujours aussi épatant en passant par un Brad Pitt grimé en vieux briscard ambigu, l'équipage de Fury apparaît non seulement comme extrêmement crédible mais aussi comme tout à fait charismatique, ceci malgré les nombreuses failles dans la moralité de ses "héros". Un atout capital pour un métrage qui repose entièrement sur son assemblée de tankistes.

    Assurément, Fury s'avère une excellente surprise. Certes on empêchera pas les stéréotypes de bases d'empiéter sur le réalisme pendant les débuts de l'histoire ni une fin carrément too much, mais l'atmosphère de "crépuscule des dieux" qui baigne le film d'Ayer, le talent de sa troupe d'acteurs et sa volonté de réalisme historique, sans compter sur quelques audaces narratives inattendues, permettent à Fury de s'affirmer comme un film de guerre intéressant et de très bonne facture.
    En route.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le repas chez les Allemandes

    Meilleure réplique : "Emmène-la dans la chambre, sinon c'est moi qui le fait"


    votre commentaire
  • [Critique] Philomena


    Le très british Stephen Frears revient après The Queen et Tamara Drew pour s’intéresser à un drame inspirée d’une histoire vraie (et d’un livre éponyme) autour des orphelinats catholiques irlandais. Pas forcément attendu, le long-métrage a tout de même décroché une nomination pour le meilleur film aux oscars, de même que Judi Dench pour son interprétation de Philomena elle-même. Il n’en faut pas plus pour attiser la curiosité et aller jeter un coup d’œil sur ce petit film qui pourrait bien surprendre son monde.

    Philomena décide après 50 années de silence d’avouer à sa fille qu’elle a un demi-frère, Anthony. Après avoir couché très jeune avec un jeune homme l’espace d’une nuit, elle a dû mettre au monde son fils au sein d’une communauté de bonnes sœurs catholiques irlandaises, avant de se voir enlever son fils, adopté par un couple d’américain.
    Quant à Martin Sixsmith, ex-journaliste célèbre de la BBC désormais sans travail, il ne sait plus vraiment que faire avant de rencontrer justement Philomena et de se plonger dans de « l’aventure humaine » en l’aidant à retrouver son fils. Pour cela, ils devront aller jusqu’aux Etats-Unis et briser bien des tabous.

    Pas forcément un cinéaste majeur, Frears n’en reste pas moins un bon réalisateur qui donne régulièrement des films honnêtes. Philomena dénote un peu d’une démarche similaire. Bâti comme un road-movie, il repose sur des procédés éculés et efficace comme celui, bien connu, de se faire rencontrer deux personnes que tout oppose. Heureusement, ces deux personnages principaux s’avèrent très attachants et ce malgré le côté élitiste de Sixsmith. Philomena reste le cœur du duo et plus loin, du film. Sa personnalité et ses croyances catholiques surprennent au vu ce qu’elle a subit. Frears dépeint une vieille dame qui refuse la haine et la rancœur, une vraie « catholique » pourrait-on dire, notamment à travers la scène de confrontation finale et le pardon, éminemment difficile. Son manque de second degré et son naturel la rendent pourtant réellement sympathique et touchante, ceci n’étant pas étranger à l’excellent jeu de Judi Dench d’ailleurs également nommée aux oscars, et assez loin de son rôle de femme de fer dans Skyfall.

    De l’autre, il y a donc Martin Sixmith interprété par le remarquable Steve Coogan, un personnage peut-être plus singulier et plus intéressant qu’il n’y parait, à la fois totalement athée et sacrément prétentieux, illustrant avec simplicité la différence de classe entre la bourgeoisie intellectuelle et le commun des mortels. Parfois agaçant, c’est cependant à lui qu’on s’identifie le plus pour sa « saine colère » vis-à-vis de la révélation finale. Le film n’est cependant pas construit entièrement sur la révélation du destin d’Anthony et laisse une large place à la douleur d’une mère, tout simplement. Même si on regrette un manque de chaleur dans le traitement, surement un peu trop british en fait, force est de reconnaître le talent de Frears pour dépeindre une situation révoltante sans en faire des tonnes.

    S’attaquant de front au scandale des orphelinats catholiques Irlandais, le film pourrait être vu comme une violente charge contre la religion et, surtout, le clergé. Mais Frears prend bien soin de disséminer des personnes meilleures que la sœur Hildegarde par exemple, et forcément il reste Philomena. Il s’avère difficile de comprendre les fondements de la foi de celle-ci, surtout au vu de son passé, mais finalement, en recentrant le métrage sur sa douleur et en illustrant son passé – le début se trouve parsemé de flash-backs – le spectateur finit par pouvoir appréhender ce comportement surprenant. Reste cependant un arrière-goût d’inachevé, de manque d’ampleur, en fait d’un manque de panache dans la réalisation et dans la structure qui nous amène à considérer Philomena comme un bon film, surement nécessaire dans un sens, mais qui n’a pas la carrure pour marquer durablement.

    Concurrent surprise des oscars, Philomena n’a quasiment aucune chance de l’emporter, à raison au vu du niveau des nominés. Pourtant, il serait abusif de le manquer, d’une part par son sujet important – d’autant plus important quant à l’heure actuelle des associations catholiques défilent contre l’IVG pour nous montrer qu’ils ont du respect pour la vie, des milliers d’enfants irlandais en parleraient autrement - mais aussi parce que le long-métrage de Frears confronte deux acteurs de talent sur un parcours touchant.

    Note : 7.5/10

    Meilleure réplique : « Si Jesus était là, il vous jetterait au bas de votre chaise »

    Meilleure scène : Philomena qui demande à s’arrêter dans une église américaine


    2 commentaires
  • [Critique] Les Boxtrolls

    Inspiré par Les Chroniques de Pont-aux-Rats d'Alan Snow, Les Boxtrolls représente le troisième long-métrage d'animation des studios indépendants Laïka. Spécialisé dans le stop-motion, Laïka opte une nouvelle fois pour ce choix artistique après ses deux premiers essais : Coraline de Henry Selick, un petit chef d'oeuvre, et L’Étrange pouvoir de Norman, un échec au box-office mais une vraie réussite cinématographique. Après Sam Fell et Chris Butler, c'est au tour d'Anthony Stacchi (Les Rebelles de la Forêt) et Graham Annable de prendre la caméra pour plonger dans l'univers atypique des Boxtrolls. Même si l'on devine immédiatement que des concessions ont du être faites pour plaire au grand public et éviter un nouveau four au box-office, le long-métrage reste tout de même une bouffée d'air frais dans le paysage de l'animation moderne.

    Cheesebridge est la capitale du fromage. Tout dans la ville tourne autour de sa fleurissante industrie du fromage sur laquelle règne les fameux chapeaux blancs. Seulement voilà, sous ses rues pavées et entre ses maisons aux allures victoriennes, Cheesbridge abrite de petites bestioles peu communes : des boxtrolls. Pour débarrasser de cette vermine qui a, dit-on, kidnappé un bébé humain, Archibald Trappenard propose à Lord Belle-Raclette, le plus grand des chapeaux blancs, de débarrasser la ville de ces infâmes créatures. En échange, il ne demande qu'un simple ticket d'entrée dans les plus hautes sphères de la ville : son propre chapeau blanc. Mais loin des regards, les Boxtrolls s'avèrent beaucoup plus humains que leur réputation ne le laisse entendre. Au sein de leur décharge souterraine, Poisson, Roulettes, Bassine et les autres élèvent le petit Oeuf, ce jeune garçon humain que le destin a placé entre leurs mains. Désormais, pour empêcher l'extermination des Boxtrolls, Oeuf doit unir ses forces avec Winnie, une jeune noble de la surface.

    Ce qui réjouit à chaque fois avec les productions Laïka, c'est ce refus systématique de tomber dans la 3D devenue monnaie courante chez (presque) tous les autres. Quand les studios Ghibli tentent désespérément de garder vivant la splendeur du dessin-animé en 2D, Laïka offre une alternative plus atypique au "tout-synthèse". Les Boxtrolls ne font pas exception à la règle, on retrouve instantanément cette patte artistique léchée et étrange qu'on avait déjà dans Coraline et Paranorman. Intégralement en stop-motion, magnifiquement pensé sur le plan du character-design avec ses personnages cradingues et filiformes, le long-métrage flatte l’œil du spectateur tout en permettant de s'immerger dans un univers plein de caractère. La réussite est d'autant plus grande que l'on se hisse au niveau de Coraline au niveau de l'atmosphère crasseuse et très victorienne (CheeseBridge est une ville victorienne jusqu'au bout de ses égouts) et de cette espèce d'ambiance steampunk-light des machines conçues par Archibald. Définitivement, sur le plan visuel autant que sur celui de l'univers représenté en général dans le film, Les Boxtrolls est une éclatante réussite qui ravira petits et grands.

    Penchons-nous donc sur le reste, c'est à dire l'histoire et ses protagonistes. Même si cette fois le long-métrage fait appel à certains ressorts dramatiques plus grand public, il n'en reste pas moins fabuleux, notamment dans sa première partie où l'on dresse un portrait absurde mais délicieux d'une ville où le fromage fait loi, pour ainsi dire. Cependant, les vrais héros de ce long-métrage, ce sont forcément les boxtrolls eux-mêmes. Incompréhensibles avec leur langage fait de grognements et de grincements, les petites créatures font des étincelles dès les premières minutes du long-métrage. Cela grâce à une succession de séquences sans dialogues intelligibles entre Poisson et Oeuf, le petit humain. Carrément touchées par la grâce, celles-ci renvoient aux passages muets de Wall-E ou Là-Haut avec une tendresse et une humanité étonnantes. La relation qui se tisse entre les boxtrolls, le spectateur et Oeuf procure un plaisir de plus en plus intense au fur et à mesure que l'histoire avance et que les réalisateurs profitent des possibilités offertes par des personnages aussi hauts en couleur et atypiques. En s'attardant sur des thèmes aussi fédérateurs que l'amour au-delà des différences, le besoin de reconnaissance ou simplement la relation père-enfant, les Boxtrolls trouve un certain équilibre délicat entre orientation grand public et petites surprises audacieuses. Pour cela, le film peut remercier ses personnages, notamment son méchant aussi drôle que repoussant, qui n'hésite pas à se travestir en diva douteuse ou à employer des hommes de mains truculents pour arriver à ses fins. Mentionnons d'ailleurs que parmi ceux-ci, Mr Poireau et Mr Truite vous tireront quelques sourires dans leur questionnement sur le bien et le mal qui semble en total décalage avec le reste du métrage.

    Ce troisième film est une nouvelle réussite pour les studio Laïka.
    En conservant le charme visuel atypique et l'ambiance si particulière des précédents, tout en s'ouvrant un peu plus traditionnellement au niveau de ses péripéties, Les Boxtrolls procure une histoire dépaysante et des personnages succulents.
    Vous n'avez plus aucune raison de le rater !

    Note : 8,5/10 


    2 commentaires
  • [Critique] Bande de Filles



    Céline Sciamma
    aime les sujets difficiles. Après Naissance des Pieuvres et plus récemment Tomboy (qui avait fait pousser de hauts cris aux décérébrés de la Manif pour Tous), la française s'attaque à une autre problématique épineuse : la place des filles de banlieue dans la société moderne. Ainsi Bande de filles réunit un casting de jeunes inconnues pour plonger le spectateur dans un univers replié sur lui-même et passablement asphyxiant. Que peut cependant bien nous réserver Céline Sciamma ? Peut-elle vraiment éviter la vision caricaturale de gauche tout comme de droite ? 


    Marieme est une jeune fille des cités qui habite avec sa mère, son grand-frère et ses deux sœurs. Plutôt effacée, elle se voit refuser l'entrée en classe de seconde générale du fait de ses médiocres résultats scolaires. Démoralisée, elle claque la porte du collège et fait la connaissance de trois autres filles : Lady, Adiatou et Fily. Rapidement, elle se laisse emporter par les autres et intègre complètement cette bande de filles qui fait les quatre cent coups sur Paris. Marieme devient petit à petit une délinquante à la fois pour suivre ses amies mais aussi pour séduire Ismaël, un jeune garçon de sa cité. Elle va vite s'apercevoir que son choix n'était pas forcément le meilleur...

    Céline Sciamma partait d'assez loin avec Bande de filles. Les bande-annonces donnaient carrément froid dans le dos et le sujet, extrêmement casse-gueule, avait de quoi laisser dubitatif. Heureusement, Bande de filles a quelques arguments pour convaincre. Tout d'abord, la mise en scène de la française qui sait capturer la banlieue et l'environnement urbain des cités avec une grande justesse. La caméra de Sciamma rend parfaitement ce sentiment d’asphyxie qui semble écraser les jeunes filles du métrage, mais sait également se faire plus légère et plus aérienne le temps d'une chanson de Rihanna. Ensuite, son (jeune) casting, véritablement brillant, où domine naturellement la jeune Karidja Touré en Marieme, qui passe d'un registre discret à celui de la parfaite petite zoneuse effrontée avec une facilité étonnante. C'est elle qui donne en réalité une grande partie de la sympathie qu'éprouve le spectateur pour le film. De même, l'alchimie entre les quatre jeunes filles est immédiate à l'écran, ce qui était forcément un point crucial pour que Bande de filles s'avère crédible. Enfin, Bande de filles est un film politique. C'est certainement de ce côté que les choses se gâtent pour le métrage de Sciamma. Mais pas totalement. La vision qu'elle offre d'une banlieue machiste en diable où seul le mâle règne en maître file des frissons. Ici, la femme (et la féminité en générale) est un handicap qui doit se masquer. Sciamma le démontre d'emblée avec une des premières séquences où le groupe de filles se tait en entrant dans la cité, passant sous les ombres des garçons encapuchonnés.

    Malheureusement, au-delà de cette véritable charge contre la domination masculine et la réduction à l'état d'objet de la femme, Sciamma tombe dans le piège d'une vision angélique très gauchisante. On s'aperçoit que le film fonctionne d'autant mieux quand seule Marieme apparaît à l'écran, la réalisatrice prenant plus de soin pour la décrire et, même si elle n'évite pas le cliché habituel du "C'est pas ma faute, je suis une victime", elle aborde avec une grande humanité le destin de cette gamine paumée et qui ne semble faire que les mauvais choix (en sont-ils encore d'ailleurs arrivé à un certain point de l'histoire ?). Dès que l'histoire se recentre sur la bande de zoneuses, on se retrouve avec une vision totalement bancale des choses. Certes, l'alchimie et la tendresse des unes pour les autres s'avèrent aussi réussies qu'étonnantes mais Sciamma passe sous silence toutes les conséquences de leurs actes. Le meilleur exemple : cette scène ridicule et honteuse où une vendeuse colle Marieme de près par peur que celle-ci vole dans le magasin. Tout est filmé pour montrer que la vendeuse bien blanche est une raciste avec un tas de préjugés sur les jeunes filles noires qui parcourent son magasin et que, de ce fait, quand elle se fait agresser verbalement par les amies de Marieme, c'est un peu bien fait pour elle. Sauf que la bande de filles vole dans les magasins et ça, jamais Sciamma ne montre que c'est mal. Tout sera vu par ce prisme déformé. Les filles mettent à fond la musique dans le métro... cool. Mais les autres usagers, on s'en fout. Les filles agressent et volent un sac... cool. Mais on ne montre pas la victime ou le négatif de cet acte. Les filles s'invectivent dans le métro... cool. Mais le monde autour, on s'en fout. Sciamma biaise la vision des faits et anéantit la crédibilité de son propos. 

    C'est d'autant plus dommage que le long-métrage a pourtant de vraies choses à dire. A commencer par cette descente aux enfers de Marieme, qui se retrouve progressivement dans une impasse terrible. Seulement voilà, encore une fois, Sciamma n'évite pas les gros clichés comme cette scène où Marieme apporte de la drogue dans une soirée uniquement composée de blancs très riches. Forcément... On regrette aussi que la réalisatrice ne montre aucune nuance dans l'abord de la cité. On ne croise personne arrivant à s'en sortir par des moyens honnêtes. Personne. Comme si tous les habitants du quartier étaient voués à la délinquance. Reste le personnage de Marieme, qui ferme le film avec force et courage, aveuglée par les larmes mais résolument décidée à s'en sortir.

    Bande de filles n'est pas aussi mauvais qu'on aurait pu le croire de prime abord. Bien interprété, parfois vraiment touchant, le dernier film de Céline Sciamma s'avère pourtant cruellement inégal sur le versant politico-social, alternant le très bon (la vision machiste) et le très mauvais (les filles traitées de façon idyllique). On a pourtant hâte de savoir ce que nous réserve la française pour la suite.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Marieme qui rencontre les filles pour la dernière fois

    Meilleure réplique : "Il est où le rêve là putain ?"


    votre commentaire
  • Pour cette semaine, un très beau, mais glaçant, court-métrage de SF autour du nucléaire et des conséquences du drame de Fukushima avec Aveugle (Blind) de Yukihiro Shoda.


    votre commentaire
  • [Critique] Pompéi

    Il y a des jours comme ça où la vie est moche. Mais vraiment. Comme ce jour où vous allez voir un film et qu’il est tellement nul que s’en est effrayant. Oui, d’accord, avec Paul W.S Anderson à la barre, difficile de croire que le film aurait pu être bon (à ne pas confondre avec Paul Thomas Anderson, le réalisateur de There Will be blood qui, pour le coup, enchaîne les petites pépites). Pour ceux qui n’ont pas suivi, le monsieur est responsable de la saga Resident Evil, ce monument du cinéma d’horreur – comprendre : cet infâme viol et terrifiante déjection cinématographique. Oui oui, on se rappelle qu’il y a déjà eu un miracle dans sa carrière et qu’il a fait un excellent film (Event Horizon), mais des rumeurs affirment qu’il avait alors été remplacé par un clone d’une dimension parallèle (et nous ne sommes pas là pour croire ces choses-là). Bref, Paul W.S Anderson revient ! (même si nous ne l’attendions pas du tout en fait) Et pas avec n’importe quoi mais avec un tas de mecs bodybuildés en tenue de gladiateurs recouverts de sueur (Non, ce n’est pas un porno gay, désolé). Le titre du film : Pompéi. Parce que l'on a oublié que derrière les romains et les gladiateurs, il y avait aussi un volcan qui explose. Pour mener à bien ce projet trépidant d’aventures catastrophes, il a même engagé Kit Harrington, le beau gosse ténébreux de Game of Thrones, accessoirement le plus mauvais acteur de la série (et là, ça sent bien le sapin).
    Donc, vous qui entrez ici, abandonnez tout espoir !

    Le film commence avec un petit garçon qui dort dans une tente et qui est réveillé par des petits bruits étouffés. En ouvrant la tente sus-nommée, il découvre avec horreur qu’on massacre les siens (oui, les tentes sont très isolantes à l’époque, mais vraiment). Emmenez par des esclavagistes romains pour devenir gladiateur, le Celte (comme on le surnomme avec une énorme originalité), combat dans les arènes de l’ancêtre de Londres avant d’être envoyé à Pompéi pour les jeux (Et là, on se dit que, parfois, les Dieux, ils choisissent un mec pour qu’il en chie. Il aurait pu aller à Rome mais non, PAM, Pompéi. Ce manque de bol de compétition quand même). En arrivant à la ville en question, il croise une jeune noble romaine, Cassia, qui rentre de Rome passablement dégoûtée de la vie politique de la Cité. Alors que les jeux se préparent pour accueillir le sénateur Corvus (qui adore dire son nom complet à l’écran, mais qui adore VRAIMENT), la cité tremble, et le volcan semble se réveiller petit à petit.

    Bon.
    Disons que pendant les vingt premières minutes, le résultat fait rire. Et c’est déjà ça. Parce que sur ce laps de temps nous avons droit à un empilement de clichés à en faire pâlir n’importe quel nanar. Entre le guerrier celte qui semble être un sauvage mais qui en fait a un cœur gros comme ça, même qu’il aime les chevaux et qui fait tourner la tête de Cassia en un seul coup d’œil (en même temps c’est Kit Harrington, et les femmes quand elles voient des abdos, des yeux sombres et des beaux cheveux, on les tient plus, c’est bien connu) qui est elle-même une noble romaine... mais en fait non, elle n'est pas d’accord avec les méchants romains, et les romains en question, très très vilains et méchants rappelons-le, ainsi que super-prétentieux en jupette, on sent déjà bien les choses à venir. La suite ne fait que confirmer les craintes. Et pire encore. Parce qu’ensuite, le film devient consternant et navrant de nullité. Comment faire pire me direz-vous ? C’est simple, en plagiant.

    En gros, Pompéi c’est Gladiator meets Titanic meets Volcano. D’ailleurs, le film ayant deux tiers de son temps un univers resserré autour des gladiateurs, le plagiat de Gladiator saute aux yeux (même des aveugles, c’est dire). Parce qu’en somme Pompéi parle d’un homme – qu’on appelle durant la moitié du temps par son ethnie, tiens tiens tiens - qui cherche vengeance en tuant un très haut responsable romain mégalo et pervers – ohhhh – et qui se fait des potes gladiateurs dont son meilleur ami, un grand black qui a perdu sa famille et qui prie devant des statuettes en bois. Si en plus on ajoute des scènes du genre une bataille dans l’arène où les gladiateurs sont en sous-nombre pour reconstituer une bataille romaine, et où les romains de la dite bataille sont des gladiateurs belliqueux et que tout se déroule à l’inverse de ce qui s’est vraiment passé sans parler du haut dignitaire romain s’exclamant « Mais dans la réalité, ce sont les romains qui ont gagné, non ? », là il faut vraiment n’avoir jamais vu Gladiator pour ne pas se rendre compte que Scott a de quoi porter plainte. Enfin bon, vu le bide du film, il n’aurait pas grand-chose, certes. Mais quand on dit que Pompéi copie Gladiator, attention, c’est du Gladiator leaderprice. Du Gladiatux. Gladiator date de 14 ans déjà et pourtant Pompéi est dix fois plus moche à la fois sur le plan de la réalisation (ça c’était couru d’avance) mais aussi sur les FX. Les plans sur la ville s’avèrent immondes (c’est une torture visuelle) et les décors tout à fait risibles. La version leaderprice du Colisée, c’est un grand moment de solitude.

    Donc, après ces bases, soyons clairs, les clichés continuent à fuser à 200 à l’heure, c’est presque là que se trouve le vrai exploit du film. Les personnages sont d’une fadeur hallucinante... pas un pour rattraper l’autre. Dans tout ça, les acteurs (pas aidés par la pire VF de l’histoire, à mourir de rire) révèlent le défi d’être aussi lamentables que le film. Kit Harrington est triste (non, ce n’était pas pour le rôle de Snow en fait qu’il était triste, c’est juste qu’il ne sait que froncer les sourcils, faire un regard mystérieux et sourire une ou deux fois parce qu’il faut bien emballer les minettes), Carie-Ann Moss et Adewale Akinnuoye-Agbaje se disputent la place de l’acteur has-been pitoyable, Kiefer Sutherland se demande encore pourquoi on lui a fait porter un costume de sénateur romain (WTF ?) sans parler de Jared Harris et Emily Browning qui découvrent que, non, en fait c’était pas Paul Thomas Anderson le réalisateur. On y ajoute des dialogues crétins et tout ce qu’il y a de plus cliché (encore) et puisqu’on va en finir avec les clichés, on arrive à l’histoire d’amour et le volcan qui fait boum.

    Amour. Oui. Non. Peut-être. Il semble à un certain point que le vrai amour du film c’est entre le réalisateur et les chevaux qu'il a lieu, ce qui est assez dérangeant en fait. Mais l’idylle entre Milo (et non Milou, un Celte, ça peut pas avoir un nom celte, faut pas déconner) et Cassia, c’est un peu Twilight version fleur bleue ( ça fait mai hein ?) avec cette scène culminante de niaiserie sur le flanc du volcan ou pire, la scène finale. Mais nous y reviendrons. Parce qu’après les bagarres du film (en fait la préoccupation numéro 1 d’Harrington), Anderson se souvient que son long-métrage s’appelait Pompéi et qu’il avait même fait mourir un noir au début pour annoncer la catastrophe – le noir meure toujours en premier. Donc le volcan fait boum. Si vous pensiez qu’au moins il y aurait des images impressionnantes de la catastrophe volcanique, vous aviez tort. Parce que c’est aussi moche qu’avant, mais c’est surtout plus sombre. Comme pour Titanic, alors que tout vire au cauchemar, les protagonistes se foutent sur la gueule. Bah oui. Ce n’est pas comme s’ils allaient tous mourir s’ils ne se barraient pas. On assiste donc à une succession de scènes absurdes de bagarres. Alors que la ville se meurt. Logique.

    Enfin…logique. Ce mot n’existe pas pour Anderson et il va même réussir à caser un tsunami dans le lot – sérieux – qui sera arrêté d’ailleurs par un rempart avec plein de trous – bah oui. Finalement, après un déluge d’immondes effets spéciaux, une coulée pyroclastique déboule. Et donc, Mr fait la tronche qui poursuivait Corvus Pupus Caïus Respecte Mon Autorité JE SUIS UN SENATEUR ROMAIN PUTAIN, se rend compte qu’il faut prendre son cheval et Cassia pour se tirer. Il arrive même à sortir des remparts de la ville avant d’être rejoint par la coulée (rappelons qu’une nuée ardente va au moins à 200km/h, et donc que son cheval est supersonique) avant de bazarder son cheval parce qu’ils n’iraient soi-disant pas assez vite (alors que le cheval en fait, sera le seul survivant). Tout ça pour un bisou avant de mourir. Soupir, THE END.

    Non, Pompéi s’annonçait comme un film désastreux mais là c’est juste pathétique et immonde, un amoncellement de clichés, de médiocrité et de débilités. Tout est à jeter, tout. Il n’y a vraiment pas de quoi en faire une vraie critique construite, car tout est honteux. Alors franchement, même si votre copine vous menace pour aller le voir, larguez-la.

    Note : 0/10

    Meilleure réplique : « Hey, on vous a bien enculé non ? » …Oh pardon, c’est pas dans le film ça…

    Meilleure scène : le cheval affolé dans l’écurie ou comment 5 soldats romains d’élite sont terrifiés par un cheval. WTF


    votre commentaire
  • [Critique] L'étrange pouvoir de Norman


    Stupidement renommé L'étrange pouvoir de Norman en France (pour faire plus Étrange Noël de Monsieur Jack ? Allez savoir), ParaNorman se hisse pourtant au rang d'excellente surprise.
    C'est l’histoire d'un petit garçon, Norman, qui a un don assez encombrant : il voit et parle aux morts. Bon rien à voir avec Sixième Sens, rien d’effrayant pour le garçon, tout est très normal pour lui et tout se passe bien...à l'exception notable des relations qui en résultent avec sa famille, ses amis et les habitants de sa ville.
    Parce que bon, avoir un enfant qui se trimbale en disant bonjour à des carcasses d'animaux morts, c'est un poil étrange. Pourtant, incompris et mis au ban de son école, Norman va devoir sauver sa ville ! Il semblerait en effet qu'une invasion de zombies se prépare...

    A l'instar de l'excellent Wallace and Gromit, ParaNorman est filmé en stop motion.
    Un vrai plaisir qui donne d'emblée au long-métrage un aspect très particulier. Au départ, le film démarre lentement, les auteurs posant soigneusement les bases. C'est au moment même où l'ennui menace d'étreindre le spectateur que surviennent les premières péripéties. Très rapidement, on comprend que ParaNorman n'a rien à voir avec ce que l'on pensait de prime abord. Non, les zombies ne sont pas vraiment les monstres qui vont ravagés la ville et il faudrait même...les protéger (les scènes de confrontation zombies-habitants et celle de l'arrivée en ville des morts-vivants sont juste excellentes)... De même, les personnages prennent de la profondeur. On s'attache follement à Norman mais également à ses amis notamment Neil, l'enfant obèse à la gentillesse confondante. Le reste de la galerie ne déparera pas et on vous laisse le plaisir de les découvrir. Ce qui fait en grande partie la réussite du film, c'est non seulement son refus d'une intrigue balisée mais aussi cette petite troupe ultra-attachante et amusante, aussi bigarrée que dingue.

    Cependant, à ce point, le long-métrage reste simplement un sympathique film d'animation.
    Mais voilà, à la fin, l'intrigue achève de se révéler pour nous surprendre totalement. Comme Dragons nous avait totalement bluffé (souvenez-vous de la rencontre entre ce dragon si particulier et Harold !), ParaNorman donne lieu à une autre rencontre inattendue et fabuleuse. La rencontre de Norman, et d'une petite fille...Aggie. Incroyablement poétique, touchée par la grâce, à la fois immensément cruelle et tellement belle, l'histoire d'Aggie et sa conclusion à travers les efforts de Norman transcendent le long-métrage quasi-complètement. Vous vous souviendrez un petit bout de temps de la façon dont Aggie pose sa tête sur l'épaule de Norman pour s'endormir, soyez-en certain !

    Mené par les mains expertes de deux excellents réalisateurs, ParaNorman c'est un peu la friandise que vous croquez au hasard avant de vous rendre compte que son enrobage banal cachait des trésors succulents. Un peu le genre de sucrerie qu'on reprendrait volontiers de la part des studios Laika

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Aggie et Norman se rencontrent


    votre commentaire
  • [Critique] The Tribe


    Lors de la semaine de la critique à Cannes cette année, un film venu de l'Est a fait grand bruit. Premier film de Myroslav Slaboshpytskiy, un réalisateur ukrainien plutôt connu pour ses courts-métrages, qui a reçu non seulement un accueil critique impressionnant mais s'est vu décerner également le Grand Prix de la semaine de la critique. Extrêmement audacieux, The Tribe raconte le quotidien de jeunes sourds et muets plongés dans la violence et le sexe. Sa grande singularité : Il ne contient aucune parole. Le film est totalement dépourvu de dialogue, plongeant le spectateur dans l'univers si particulier de ces adolescents handicapés. Véritable OVNI, The Tribe constitue l'adaptation en format long d'un court-métrage du même réalisateur, Deafness. Peut-il cependant arriver à captiver son public pendant plus de deux heures ?

    Le jeune Sergei débarque pour son premier jour dans un établissement spécialisé pour les enfants sourds et muets. Seul au milieu d'un système qu'il ne connait pas du tout, le jeune homme va devoir trouver sa place au sein de la bande qui fait régner "l'ordre" dans l'institut. Entre bagarres, vols et prostitution, Sergei tombe dans une spirale de violences qui l'emmène toujours plus loin. Il tombe également amoureux d'Anna, une jeune fille pour qui il va prendre tous les risques. Mais jusqu'où peut aller ce monde sans concession dans lequel il est tombé ?

    Déroutant. C'est certainement le meilleur adjectif que l'on peut accoler à The Tribe. Le long-métrage déroule pendant plus de deux heures les tribulations de Sergei et des autres pensionnaires de l'institut en ne dérogeant rigoureusement jamais à son postulat du silence. Cette excellente idée sur le papier se révèle progressivement bien plus bancale que l'on aurait pu le croire. Slaboshpytskiy arrive certes à nous monter une histoire globalement compréhensible - on assimile toutes les grandes étapes qui se déroulent devant nos yeux - mais son pari présente deux effets pervers. Le premier, c'est qu'il empêche de comprendre tout à fait ce qu'il se passe et l'ensemble restera, en fin de compte, très brumeux pour le spectateur. Ce manque de précision amène forcément au second bémol de la démarche, à savoir que les personnages se limitent à des ébauches, on ne pénètre pas vraiment dans leur tête et l'on reste condamné à se perdre en conjectures à propos de leurs actes. Pour tout dire, The Tribe manque d'empathie.

    Ce manque ne trouve d'ailleurs pas sa source uniquement dans le postulat initial. Slaboshpytskiy nous présente en fait un environnement ultra-violent où l'individu est ramené vers ses pires instincts. S'il est intéressant de noter que l'homme, privé de parole, se fait plus animal, le réalisateur ne présente rigoureusement aucune nuance dans cet abord. Tant et si bien qu'à la fin du long-métrage, le spectateur aurait tôt fait de considérer comme des monstres les sourds et muets. Ce qui, avouons-le, n'était surement pas l'effet escompté. Ce qui choque au fond dans la démarche de l'ukrainien, c'est une volonté certaine de nous montrer un contenu choc... sans que l'on sache véritablement les raisons de cette escalade. Pour peu, les nombreuses séquences terribles qui jalonnent le film - la prostitution de jeunes filles, le passage à tabac d'un inconnu, l'avortement... - deviennent autant de scènes de complaisance. Complaisance dans l'horreur et dans la violence pure et simple. The Tribe ne donne aucune justification à ce qu'il montre mais, pire, il n'y apporte aucune nuance. On sent que Slaboshpytskiy s'est inspiré d'autres réalisateurs tels que le roumain Cristian Mungiu - la scène de l'avortement renvoie immanquablement à 4 mois, 3 semaines, 2 jours - mais passe à côté de son sujet tout en livrant une fade copie de ce qui s'est déjà fait ailleurs (et en mieux).

    Et c'est bien dommage parce que The Tribe n'est pas, intrinsèquement, un mauvais film, au contraire. Son casting s'avère très solide et même brillant lorsque l'on se penche notamment sur la jeune Yana Novikova ou l'acteur principal, Grigoryi Fesenko. Sa réalisation, froide et austère, s'adapte tout à fait au propos du film, même si de nombreuses scènes s'étirent souvent bien trop en longueur. Sans compter ce jusqu'au boutisme forcené pour aborder l'univers de silence contraint du monde de l'institut, qui, même s'il ne sert pas complètement le long-métrage, représente une prise de risque à saluer. C'est un peu ça le plus rageant dans le film de l'ukrainien, c'est qu'on n'arrive pas à le détester mais qu'on est incapable de le porter aux nues comme l'a fait le jury de la semaine de la critique. En somme, le spectateur en ressort passablement frustré et perplexe.

    The Tribe représente une expérience à plus d'un titre. Malheureusement, peut-être par la faute de son statut de premier film et d'un tas d'autres éléments perfectibles ou discutables, le film de Myroslav Slaboshpytskiy échoue.
    Reste alors un OVNI ultra-violent mais vain et parfois dérangeant.


    Note : 5.5/10

    Meilleure séquence : "L'accident" lors de la prostitution sur l'aire de repos des camionneurs. 






    votre commentaire
  • [Critique] Valse avec Bachir


    Ari Folman
    , metteur en scène israélien, a rendez-vous en pleine nuit dans un bar avec un ami en proie à des cauchemars récurrents. Au cours de ces rêves, il se retrouve systématiquement pourchassé par une meute de 26 chiens. 26, exactement le nombre de chiens qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban, au début des années 80 !

    Le lendemain, Ari, pour la première fois, retrouve un souvenir de cette période de sa vie. Une image muette, lancinante : lui-même, jeune soldat, se baigne devant Beyrouth avec deux camarades.
    Il éprouve alors un besoin vital de découvrir la vérité à propos de cette fraction d'Histoire et de lui-même et décide, pour y parvenir, d'aller interviewer à travers le monde quelques-uns de ses anciens compagnons d'armes.

    Premier documentaire d’animation, Valse avec Bachir est signé par Ari Folman, un ancien documentariste. Autobiographique, le long-métrage raconte ni plus ni moins qu’une quête de vérité pour Folman, celle des événements entourant le massacre de Sabra et Chatila pendant la guerre du Liban. Evidemment, le lien avec Incendies de Denis Villeneuve (film formidable chaudement recommandé) se fait rapidement. Mais si la guerre au Liban reste la toile de fond, le reste n’a rien à voir.

    Folman se livre à un exercice original avec ce film, celui d’exorciser ses démons, et, plus largement, sa quête autour d’une partie marquante de son histoire personnelle mais pas seulement. Valse avec Bachir interroge tout un pan de l’histoire Israélienne et de la très controversée opération « Paix en Galilée ». Loin de nous livrer un cours magistral, Folman part dans une autre voie, celle de rassembler des témoignages de ses amis et connaissances ayant participé aux événements avec lui. Pas de moralisation ici, c’est certainement un des points les plus étonnants du film puisque Folman ne se livre qu’à décrire et nous laisse entièrement juge.

    Valse avec Bachir représente le désarroi de son auteur, devant la guerre d’abord, qu’il représente d’une part comme quelque chose d’horrible (Toutes les séquences autour de l’avancée des chars Merkava, la progression dans Beyrouth, le transports des blessés…) et d’autre part comme une absurdité grossière et déroutante avec des séquences à la Apocalypse Now sur fond de musique improbable créant un décalage profond et qui peut, dans une certaine mesure, mettre très mal à l’aise. Folman nous montre aussi la guerre à travers de jeunes hommes, dont l’entraînement ne peut endiguer la peur panique entraînant ainsi les pires bavures. Beaucoup de critiques sont adressées à l’état-major également mais jamais les événements de Sabra et Chatila, qui occupent la dernière demi-heure du film, ne sont véritablement condamnés.

    De même, Folman profite de l’animation pour retranscrire ses hallucinations et ses trous de mémoires, mémoire qui fait défaut et qui reste un élément central de la réflexion du réalisateur. Si les images animées peuvent sembler raides, elles permettent à la fois de garder une certaine distance dans les événements mis en scène mais aussi de ménager l’effet de fin. En arrivant à décrire Sabra et Chatila et le massacre des Phalangistes chrétiens sur des milliers d’hommes, femmes et enfants Palestiniens suite à la mort de Bachir, le président Libanais, Folman reste lui-même tétanisé devant les réactions de son propre pays, de sa hiérarchie et de ses compatriotes. Lâcheté et bêtise des soldats israéliens qui voient mais n’arrivent pas à comprendre, complicité dans une certaine mesure pour Folman lui-même qui éclaire à la fusée les camps pendant le nettoyage des Phalangistes sans savoir les massacres qui s’y déroulent, et crimes, certainement, pour les autorités Israéliennes et Ariel Sharon qui laissent faire.

    La réflexion terrible sur la responsabilité et les réactions face à l’horreur se mettent en place rapidement, en même temps que le spectateur comprend ce besoin irrépressible des soldats israéliens à oublier ou à se raconter leur propre histoire. C’est d’ailleurs là que la forme rejoint le fond et que Folman porte cette histoire à l’écran pour dire sa vérité. Tout mène à ce travelling final ou le rêve de Folman s’explique dans l’horreur, à travers ses yeux médusés et son attitude d’incompréhension, et où, très brutalement, dans le cri des femmes palestiniennes, l’animation laisse place à des images d’archives terrifiantes et glaçantes dans un silence de plomb. Tétanisant, comme un Auschwitz en miniature. Et Folman d’achever son film sur un uppercut qui fait mal, très mal.

    Valse avec Bachir n’est pas simplement un travail d’une extrême intelligence et d’une force picturale immense, c’est également la réflexion d’un homme sur lui-même et sur son pays, un exercice d’exorcisme véritablement intense. Pour tout dire, un chef d’œuvre.

    Note : 9,5/10

    Meilleure scène : Travelling final avec la transition en images réelles

    Meilleure réplique : « A 19 ans, tu t’es senti coupable, endossant le rôle du nazi malgré toi. »

    Addendum : Pour les personnes intéressées par ce sujet, soyez certain d’une parte de voir Incendies de Denis Villeneuve, et surtout de lire le passionnant et formidable roman, Anima, de Wadji Mouawad.


    votre commentaire

  • Après de longues années de paix, la Terre se remet à peine de la première invasion d'une race extra-terrestre insectoïde : les Doryphores. Alors que ceux-ci ont failli éradiquer toute vie humaine sur la planète, c'est le sacrifice de Mazer Rackham, un héros jusqu'alors anonyme, simple pilote de chasse, qui a permit de triompher de justesse. Depuis, l'académie militaire a démarré un programme pour dénicher un nouveau Mazer parmi des enfants surdoués. Le jeune Ender Wiggins en fait parti. Tandis que le colonel Graff lui fait passer le test final, il sait déjà qu'il va intégrer l'académie et tenter de devenir le futur commandant de la Flotte. Car pour l'humanité le temps presse...il semblerait que les Doryphores se regroupent de nouveau !

    Livre culte et grand chef d'oeuvre de la science-fiction, La stratégie Ender de l'américain Orson Scott Card se voit enfin porté sur le grand écran. Malheureusement, c'est un réalisateur de second plan qui s'en charge en la personne de Gavin Hood dont le plus récent fait d'armes est d'avoir "commis" X-Men Origins : Wolverine. Doté d'un budget conséquent et de quelques acteurs renommés (Harrison Ford ou Viola Davis sans parler de Ben Kingsley), La stratégie Ender doit pourtant avant tout compter sur des enfants pour les rôles titres et notamment l'illustre inconnu Asa Butterfield. Sera-t-il capable de relever le défi ?

    Que les fans se rassurent, le principal arc du roman se retrouve dans le long-métrage. En cela, Gavin Hood a voulu vraiment bien faire et retrace, rapidement, les grands événements de l'histoire. Ainsi, on découvre un jeune garçon surdoué mais avec un côté ambiguë prononcé, hanté par son destin et, dans une moindre mesure pour le film, son frère. Tout va très vite dans la Stratégie Ender et, même si l'ensemble apparaît assez clair, notamment pour le néophyte, le gros soucis c'est que tout va trop vite. A peine a-t-on rencontré Ender et sa famille que, très rapidement, il embarque pour l'entrainement. Heureusement, Hood arrive à donner suffisamment d'épaisseur au personnage d'Ender pour le rendre sympathique au spectateur. Mais contrairement au roman, le reste de l'univers n'est qu'effleuré. Le plus gros manque venant certainement de l'ombre jumelle et bien plus noire du frère d'Ender, ainsi que de son destin parallèle machiavélique. Du fait, on a parfois du mal à comprendre la peur d'Ender de devenir comme son sociopathe d'aîné.

    Le même problème de rapidité transparaît dans tout le long-métrage. Ender semble éprouver quelques difficultés mais pas assez. Le spectateur a bien du mal à se rendre compte de la torture mentale et physique endurée par le jeune homme et de son instrumentalisation. Il reste constamment une désagréable sensation de survol, des séquences trop courtes pour réellement convaincre (L'unique discussion entre Graff et Anderson est élogieux sur ce propos). On sent en fait que Hood, malgré son désir de coller à l'histoire originale, a du faire des choix et que la durée du métrage est trop courte. De même, il faut avouer que l'intégration du "jeu" dans le film s'avère assez maladroite et au final, ne sert pas à grand chose. On reste perplexe devant tout cet imbroglio...jusqu'à la toute fin bien entendue.

    L'autre versant, donc, celui de l'académie militaire, bénéficie d'un grand soin et d'un grand respect, notamment les jeux d'arènes, magnifiques et impressionnants. Le gros soucis restant dans cette partie qu'Ender fait un peu petit prétentieux emmerdeur qui crâne devant les autres, ce qui correspond assez mal au personnage en définitive. On notera aussi le moment un peu ridicule des adieux à Bean, avec un salam malikoum très politiquement correct mais incroyablement hors de propos. Mais c'est un détail mineur. A ce titre, l'opposition Bonzo-Ender reste une des grandes réussites du film, de même que le choix cornélien et le dilemme moral d'Ender.

    Les dernières séquences, autour des simulations spatiales, sont esthétiquement impressionnantes mais, comme auparavant, peinent à convaincre vis-à-vis de l'impact qu'elles ont sur Ender. Dans le roman celui-ci est au bout du bout, alors qu'ici on ne le ressent jamais. Seule la fin, identique au livre, offre quelques beaux instants. La rencontre entre Rackham et Ender se fait également en demi-teinte, faute de temps, elle s'avère expédiée... Mais bon. Le plus gros soucis vient d'ailleurs. C'est justement le jeune Asa Butterfield qui, sans être mauvais, n'arrive jamais véritablement à retranscrire Ender à l'écran. Avec une moue presque constamment figé oscillant entre colère et tristesse, le jeune acteur est bien trop monolithique. En face, Abigail Breslin, malgré son temps congru à l'écran, fait bien mieux. De leurs côtés, Ford, Kingsley et Davis assurent ce qu'il faut mais ne brillent pas non plus particulièrement.

    En fait, La Stratégie Ender tombe dans un écueil quasi-inévitable. Hood n'ayant pas le talent nécessaire, il tente, tant bien que mal, de respecter son public principalement constitué de fans du roman. Mais sans la durée nécessaire et en étrillant les intrigues secondaires, il n'arrive qu'à un résultat somme toute bâtard. Pas mauvais mais pas excellent non plus, juste correct. Vite vu, vite oublié au final.
    Dommage.

    Note : 7/10
    En tant qu'adaptation : 6/10

    Meilleure scène : La confrontation finale avec le Doryphore.

    Meilleure réplique : "Ce n'est qu'un enfant"


    2 commentaires
  • [Critique] Gone Girl

    A l'occasion de son dixième film, l'américain David Fincher - à qui l'on doit des métrages aussi brillants que Se7en ou The Social Network - adapte un roman de Gilian Flynn, Les Apparences. A mi-chemin entre thriller et policier, le long-métrage, intitulé Gone Girl, a recruté quelques têtes connues pour l’occasion. Ben Affleck, Rosamund Pike, Neil Patrick Harris ou encore Kim Dickens. En spécialiste du genre, Fincher se devait de prouver qu'il avait conservé tout son talent après le décevant Millénium (non pas que le film soit mauvais mais il ne s'agit que d'un remake). Gone Girl possède de solides arguments pour que le roi du thriller conserve sa couronne...

    Un beau jour, alors qu'il s'apprête à célébrer son cinquième anniversaire de mariage, Nick Dunne constate que sa femme, Amy, a disparu. Immédiatement, il contacte la police qui ouvre une enquête et fouille son domicile. Alors que les jours passent, les choses s'organisent pour rechercher la disparue. Site internet, numéro d'appel spécial, réunions, battues... tout est fait pour retrouver la jeune femme. Mais bien vite, la police se met à soupçonner Nick, dont le couple trop parfait commence à se fissurer. Derrière cette image trop idyllique se cache un homme plus violent et moins fidèle que ce qu'il veut bien avouer. Peu à peu, l'opinion se retourne contre Nick qui n'a plus d'autre solution que de prouver son innocence avec l'aide de sa sœur, Margo...

    Gone Girl partage beaucoup de points communs avec un des films précédents de Fincher, et cela de façon totalement inattendue. Alors que l'on pensait logiquement que cette histoire de disparition renverrait plus directement à Se7en ou Millénium, c'est à The Social Network que nous fait furieusement penser ce nouveau long-métrage. Pourtant, tout commence comme une enquête policière lambda, à ceci près que des flashbacks autour de la vie de couple de Nick et Amy viennent s'intercaler dans le récit. On constate d'emblée que Fincher n'a rien perdu de sa puissance formelle. Chaque plan et chaque séquence sont pensés, repensés, minutieusement filmés. L'ambiance si particulière qui constitue la marque de fabrique de l'américain se retrouve dès le premier flash-back avec la scène du baiser dans la "tempête" de sucre. Si de ce côté Gone Girl est une pure réussite, il ne faut pas oublier le penchant de Fincher pour déborder largement du cadre imposé. C'est là que l'on en revient à cette ressemblance avec l'acerbe critique générationnelle de The Social Network.

    Outre l'excellente enquête pour retrouver Amy et le coupable de son enlèvement, Fincher en profite pour épingler la société américaine et par extension, la société occidentale. Bien vite surexposé dans les médias, Nick devient un personnage public. Le réalisateur nous montre comment, lentement, Nick passe du rang de victime à accusé pour finir en coupable désigné non pas par la justice... mais par l'opinion publique. Traîné dans la boue par les médias, le mari tombe dans une sorte de jeu de télé-réalité malsain mais tellement révélateur de la nature humaine ainsi que du mode de pensée actuel. Là où la plupart des réalisateurs se seraient contentés de décrire la résolution d'une enquête, Fincher souligne la malhonnêteté des médias et finalement une nouvelle sorte de justice, qui ne tient plus aux lois ni aux avocats que l'on peut se payer... mais à la popularité que l'on peut gagner pour soi. Dès lors, le petit jeu de piste autour d'Amy, extrêmement efficace au demeurant, laisse un goût d’ordinaire face à cette image ignoble de la société moderne. Pour une disparition, on organise des discours, des soirées avec moultes lanternes où des étrangers en manque de sensationnel viennent se faire mousser. Fincher dépeint une époque malade, malade de sa curiosité, de son côté voyeur et surtout esclave de la manipulation médiatique. En quelque sorte, l'américain élargit la focale de The Social Network et démontre que l'horreur de notre époque se trouve bien plus proche que l'on pourrait le penser. Il nous suffit d'un simple miroir.


    De même, Gone Girl brise l'image idyllique du mariage et du "Happily ever after" à l'américaine. Les failles se découvrent vite, les deux époux perdent de leur lustre au fur et à mesure. On découvre la vérité et, sous nos yeux, Fincher déroule une parodie très noire de la vie maritale. Duperie, frustration et coup bas, la belle vie fantasmée n'existe pas, le couple Dunne le montre graduellement jusqu'à un final effroyable, lors de cette interview glaçante qui n'est pas sans rappeler le plan final terrifiant de The Social Network. D'ailleurs, pour ce petit jeu de destruction, Fincher a fait le bon choix en prenant Ben Affleck pour incarner son Nick Dunne. L'acteur reste toujours aussi monolithique mais sert le propos. Il ne dégage pas de franche antipathie mais ne s'arroge pas non plus naturellement notre sympathie, ce qui permet finalement de garder le suspense plus longuement. Le revers de la médaille, c'est que, naturellement, il n'y a pas ou très peu d'empathie pour les personnages, Fincher devenant une sorte de clinicien disséquant les hommes et leur société infâme. Nous ne pourrons pourtant pas éviter de parler de Rosamund Pike, véritable star du film, qui livre ici un prodigieux numéro d'actrice. Non seulement son jeu ne souffre d'aucun défaut et offre quelques fulgurances tout à fait géniales (notamment en fin de métrage), mais en plus parce que son personnage se trouve excellemment capturé par la caméra de Fincher. Ainsi, dans ses flashbacks, elle apparaît comme une image évanescente, quasi-fantomatique, pour devenir bien plus quelconque et terrible dans le reste du film. Le travail de Fincher sur sa place au sein de ses scènes, sur la lumière qui la frappe, tout concourt à bâtir une image diablement captivante de cette femme énigmatique. C'est de loin ce personnage qui remportera la mise... dans tous les sens du terme.

    Encore une fois, Fincher revient à son meilleur. Gone Girl peut non seulement se targuer d'être un thriller-policier tortueux, efficace et mené de main de maître, mais également d'exploser son cadre pour nous offrir une charge sociétale et maritale aussi acérée qu'une lame de rasoir. Fabuleux de bout en bout.
    Longue vie au roi.

    Note : 9/10

    Meilleures scènes : Le baiser dans la tempête de sucre - La scène de sexe avec Neil Patrick Harris - L'interview finale

    Meilleure réplique : "C'est ça le mariage mon amour."






    3 commentaires
  • Le court de cette semaine est simplement une petite claque visuelle et, potentiellement, un excellent point de départ pour un jeu ou un film SF.
    Une vrai réussite qui va vous en mettre plein des yeux !



    votre commentaire
  • [Critique] Flore


    Jean-Albert Lièvre
    n'en est pas à son coup d'essai avec Flore. Déjà co-réalisateur du Syndrome du Titanic avec Nicolas Hulot, le monsieur décide cette fois de nous livrer quelque chose de beaucoup plus intime. En effet, Flore est un film-documentaire entièrement consacré à la mère du réalisateur, une vieille dame atteinte d'une maladie dégénérative de plus en plus fréquente avec le vieillissement de la population : Alzheimer. Il tente, avec les meilleures intentions du monde, de nous décrire comment, sortie de certains établissements type EHPAD et autres organismes privés, Flore revient à la vie au contact de son foyer, la Corse. Cependant, au-delà de ce simple parcours, Jean-Albert Lièvre propose un autre regard sur la maladie et, sur sa prise en charge. Et c'est justement ici que le bât blesse.


    Grossièrement, Flore se scinde en deux parties. La première retrace la dégradation rapide de la patiente ainsi que de ses fonctions cognitives, mais également son placement institutionnel. La seconde, naturellement, suit la sortie de Flore et son retour en Corse, accompagnée de son fils. D'un point de vue purement formel, le documentaire du français est assez convaincant, très bien monté et c'est, surtout, une très belle déclaration d'amour d'un fils envers sa mère. Il faut avouer que, sur ce versant, qui occupe la plus grosse partie de la seconde moitié du film, Jean-Albert Lièvre livre quelque chose de touchant. Ses efforts pour s'occuper de sa mère, les quelques instants volés entre lui et celle-ci, tout cela constitue une franche réussite. Si tout le documentaire avait pris ce parti, Flore aurait été une magnifique expérience. Malheureusement, ce n'est pas le cas.

    L'énorme problème de Flore, c'est le regard que porte le réalisateur sur la prise en charge de la maladie. Il dénonce le comportement de certains établissements et fustige l'emploi abusif de médicaments et autres contentions. Seulement voilà, Jean-Albert Lièvre frise la malhonnêteté. Tout d'abord parce qu'il se garde bien de préciser qu'il n'est pas une personne lambda et qu'il dispose d'un sacré salaire pour se permettre de retirer sa mère dans une maison magnifique en Corse entourée de 3 soignants différents pour l'accompagner. Impossible déjà de tenter une généralisation de ce que propose Jean-Albert Lièvre puisqu'en l'état, notre système de santé en serait incapable (imaginez si chaque patient Alzheimer avait 3 personnes pour lui seul... c'est rigoureusement impossible). Rapidement, on constate que le français s'enfonce dans un ton hautain et moralisateur. Oubliant que les hôpitaux, les EHPAD et autres structures ne disposent pas des moyens pour s'occuper comme il le fera de sa mère, il biaise les informations qu'il donne au spectateur.

    Comment réagir, pour un non-soignant, à la mention de neuroleptiques, de sédation ou de contentions ? Comment prendre cette position du réalisateur qui s'interroge sur le fait qu'il n'est pas témoin de l’agressivité de sa mère ? En fait, Jean-Albert Lièvre s'engage de lui-même sur le terrain de la glorification de la médecine allopathique (pas entièrement mauvaise mais insuffisante en soi) sans adopter aucune nuance et ne présenter aucun argument viable. Il ne fait que titiller la fibre émotion-indignation du spectateur qui, s'il n'a jamais eu à traiter une patiente Alzheimer, va croire sur parole des mensonges éhontés. Jean-Albert Lièvre ne dit jamais qu'il est souvent impossible de ne pas recourir à la médication face à l’agressivité d'une démente, ne parle jamais des autres patients qu'elle pourrait mettre en danger ou pire, se mettre elle-même en danger. Le film devient bancal car finalement, en s'engageant dans une pareille aventure de critique du système, Jean-Albert Lièvre révèle qu'il n'a pas les moyens intellectuels ni les arguments pour une telle entreprise. Flore aurait pu être une belle histoire, à prendre comme un cas-miracle et singulier, offrant des pistes de réflexions intéressantes pour la prise en charge, mais non. En jouant la carte de la généralisation sans nuance, en oubliant qu'il possède un salaire que les trois quarts des français ne peuvent se permettre, en oubliant qu'il n'a jamais dû gérer un service, en oubliant que les moyens manquent et que les gouvernements successifs n'ont jamais rien fait, il se trompe de cible. On en arrive à une pseudo-charge contre le monde hospitalier, jamais argumentée, qui donne un arrière-goût de franche malhonnêteté à l'ensemble.

    Malgré de bonnes intentions évidentes, Jean-Albert Lièvre adopte un ton tellement moralisateur dans une bonne moitié de son documentaire qu'il fiche en l'air le sublime témoignage d'amour que constitue son film. A regarder pour cet aspect en oubliant rapidement le reste, qui, malheureusement, est une grosse déception.

    Note : 5/10

    Meilleure scène : Flore qui prend la tête de son fils pour l'embrasser sur le front, en Corse.

    N.B :
    Le film a été vu en avant-première en présence du réalisateur qui a affirmé que cet aspect de charge du système n'était ni intentionnel ni le but premier du métrage.
    Malheureusement, il n'a jamais répondu aux remarques sur la façon tronquée dont il abordait les choses dans son documentaire... tout en affichant une malhonnêteté évidente en laissant entendre que la recherche sur les médicaments curatifs de la maladie n'était, tout simplement, pas nécessaire.
    De quoi douter davantage de la vision offerte par le film...



    votre commentaire
  • [Critique] Emergo


    Le cinéma d’horreur-fantastique a connu un certain virage depuis quelques temps autour du Found Footage. Ce style - où l’on suit de façon réaliste la vie des protagonistes au moyen notamment de caméras que tiennent les personnages ou d’autres choses encore du même acabit – a un peu émergé avec le fameux Projet Blair Witch (des ados coincés dans une forêt avec une histoire de sorcières, un film fauché assez médiocre au demeurant mais qui a engrangé des caisses de recettes) pour se voir revigorer d’abord avec la série espagnole [Rec] (très inégale) puis décliner à toutes les sauces depuis la franchise Paranormal Activity (l’arnaque du siècle). C’est encore une fois par le cinéma espagnol que vient la surprise avec ce petit Emergo, un court film de 1h20 à peine qui a fait son chemin dans les festivals mais n’est jamais sorti en France. Mais au fait, pourquoi est-il différent des autres ?

    Eh bien pour plein de (bonnes) raisons. Premièrement parce que le spectateur entre directement dans l’action, contrairement aux Paranormal Activity où l’on s’ennuie ferme durant les trente premières minutes – voir plus – avant d’avoir des choses croustillantes, Emergo nous plonge sans attendre dans le bain. On suit l’arrivée d’une équipe de scientifiques du Docteur Helzer, un expert en parapsychologie, accompagné des jeunes Paul et Ellen. Leur destination ? Un petit appartement miteux d’un immeuble non moins miteux où la famille d’Alan White, un père veuf, doit faire face à des phénomènes inquiétants avec ses deux enfants, Caitlin et Benny. Pas de fioritures ici ou de présentation débile, au bout de 5 minutes, la première manifestation pointe le bout de son nez – et pas à moitié. C’est d’ailleurs une autre différence notable, celle du rythme. Alors que les Paranormal-Activity-like sont d’une lenteur quasi-consternante et ne s’affolent que dans les toutes dernières minutes, avec Emergo, c’est un peu les montagnes russes, alternant quelques accalmies pour poser l’histoire, à de gros pics d’adrénaline bien méchant.

    Ainsi quand ça claque…eh bien ça claque. Tout s’emballe et ce n’est pas juste une cuillère qui change de place. Ici, si on voit un plan fixe, c’est qu’il va se produire quelque chose, pas de faux suspense putassier pour rallonger le film. Une des grandes forces d’Emergo, c’est de tenter un impressionnant nombre de choses au niveau des plans. De la banale caméra à l’épaule à la caméra de surveillance en passant par la caméra frontale ou, beaucoup mieux et génial, le stroboscope. Celui-ci donne la meilleure scène du film, crispante à souhait à mesure que les flashes se suivent. En ne laissant que peu de répit au spectateur, Emergo assure le job, et n’ennuie jamais. De même, l’aspect banal et assez miteux de l’appartement ajoute quelque chose à l’atmosphère, le choix de la belle maison bien clean des Paranormal Activity laissait toujours perplexe sur ce point.

    Enfin, on trouve autre chose que de la frousse et des fantômes dans Emergo.
    Alors que chez les concurrents, on mise sur les scènes du quotidien – super, ils font la cuisine ! Oh ils jouent à la Xbox !! Heureusement qu’on en a fait un film – Torrens donne un fond à son métrage. Certes, celui-ci n’est pas d’une grande originalité – malgré un petit twist appréciable – mais il a le mérite de donner des contours et une épaisseur aux personnages, notamment au Dr Helzer et à Alan White. Outre l’horripilante adolescente, Caitlin, on trouve une petite histoire de conflit familial et de deuil qui finit non seulement par devenir intéressante mais permet notamment une belle scène de confrontation avec le père joué par un Kai Lennow très convaincant. En bref, le dernier avantage d’Emergo, c’est de tenter de proposer une véritable histoire derrière le fantastique et les scènes chocs, et pas du vide ou du pseudo-mystérieux. Le film comprend mieux que s’il veut arriver à impliquer un minimum le spectateur, il faut lui donner du concret, et ça change énormément les choses. Tout le volet sur les explications données par le docteur s’avère pas mal trouvé non plus, rien d’extraordinaire, mais assez drôle au second degré par son scepticisme obsessif.

    Ramassé sur une courte durée, mené à toute vitesse, Emergo a le mérite de ne pas prendre juste son public pour des vaches à lait. En proposant une histoire agréable à suivre, en multipliant les tentatives de mise en scène dans un cadre tout sauf propret, Carles Torrens donne ce que l’on appelait jadis une bonne série B sympathique en faisant par-là même le meilleur représentant du genre Found Footage avec son sous-estimé parent [Rec] 2. A découvrir – dans le noir.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Le Stroboscope !!!!

    Meilleure réplique : « They’re many of us. »
     
     

     


    votre commentaire
  • [Critique] Les Amours Imaginaires


    Un an après sa révélation au Festival de Cannes grâce à J'ai tué ma mère, le québécois Xavier Dolan récidive avec un nouveau long-métrage intitulé Les Amours Imaginaires. Réalisateur, scénariste, monteur, producteur et même responsable des costumes du film, Dolan dispose cette fois de moyens plus importants et décide de se réserver un des rôles principaux par la même occasion. Sélectionné dans le panel d'Un Certain Regard, il remporte une nouvelle fois le Prix Regard Jeune mais laisse la critique moins subjuguée. Pourtant, Les Amours Imaginaires laisse libre court au génie du québécois et explore une nouvelle thématique cher à son auteur : les relations amoureuses. Un film qui, en tout cas, ne laisse personne indifférent une fois de plus.


    Il sont deux amis : Marie et Francis. Un jour, ils rencontrent un beau jeune homme prénommé Nicolas au cours d'un dîner. Immédiatement, c'est le coup de foudre...pour tous les deux ! S'engage alors un jeu de séduction qui va mettre à rude épreuve l'amitié des deux comparses et déchaîner leurs passions les plus secrètes. Pour ne rien arranger, Nicolas se comporte de façon totalement ambiguë et les choses se compliquent rapidement quand Marie et Francis s'affrontent sans le dire pour décrocher l'attention et le cœur de Nicolas. Mais celui-ci est-il vraiment aussi intéressé que semblent l'être ses deux prétendants ? 

    Avec Les Amours Imaginaires, la patte Dolan d'affirme. Comme dans J'ai tué ma mère, on retrouve sa réalisation clippesque et souvent poseuse, un style qui en rebutera à coup sûr plus d'un. Pourtant impossible de nier le génie de mise en scène du québécois. Encore une fois, il utilise tous les moyens à sa disposition et va bien plus loin que ses confessions face caméra de son précédent long-métrage. Cette fois, il intercale carrément des séquences "témoignages" entre les différentes parties de son récit. Des inconnus qui n'ont aucun rapport avec l'histoire y parlent de leurs relations amoureuses, souvent fantasmées, parfois masochistes, mais surtout toujours empreintes d'un certain humour incisif qui domine par ailleurs tout le long-métrage. Pour sa plongée dans un triangle amoureux adolescent, Dolan refuse la facilité. Il ne s'agit pas tant pour lui de nous faire le coup classique du film hollywoodien de base que de révéler le bouillonnement intense qui agite le cœur et la tête de nos jeunes amis. Encore une fois, le film refuse de disserter sur l'homosexualité ou de s'y étendre longuement. Francis est homosexuel, voilà, point. Dolan l'emploie encore comme un rouage de son film plutôt que comme un étendard encombrant, évitant directement la caricature. De l'autre, il y a Marie, à la fois faible et forte, femme au caractère bien trempée et délicieusement fondant face au charme de Nicolas. Le trio d'acteurs formé par Dolan/Schneider/Chokri fonctionne à merveille dès les premiers instants. Elle, plutôt vintage et rêveuse. Lui, volontiers effacé. Nicolas, le troisième larron, offre un contraste saisissant en ce sens que l'inconscience de la puissance qu'exerce son charme sur Marie et Francis lui confère une confiance et une assurance très drôle, surtout comparée à la gêne des deux autres.

    En effet, contrairement à J'ai tué ma mère, Les Amours Imaginaires est un film très drôle. Non pas que Dolan s'abaisse à faire de l'humour à l'américaine, non. C'est la confrontation entre Marie et Francis, que seul le spectateur peut pleinement apprécier, qui procure de délicieux moments de coups bas et de piques en tous genres. Dolan excelle à figurer la perte de raison qu'entraîne le souhait incandescent des deux jeunes occupés à gagner le cœur de leur fantasme sur pied. Car c'est bien d'un fantasme que parle le québécois, celui qu'éprouve autant Francis que Marie et qui les pousse à se surpasser. Dans cette collision amoureuse, le moindre geste de Nicolas devient une invitation et déchaîne les fureurs muselées des amants éplorés. D'une façon tout à fait étonnante, Dolan laisse une grande violence parcourir son film. Aucune joute verbale à la J'ai tué ma mère, mais une violence rentrée, dissimulée qui surgit finalement dans une scène qu'on attend depuis le début de ce petit jeu de séduction. Le tour de force véritable du réalisateur québécois, c'est de capter l'essence des premiers émois, du premier coup de foudre et de décrire avec une minutie remarquable les déceptions et peines de cœurs qui découlent de cette irrépressible envie de "grand amour". Peu importe le gagnant dans Les Amours Imaginaires, ce qui importe c'est le jeu et la façon qu'aura chacun de l'aborder, de se l'approprier. Cette fièvre adolescente est capturée avec une précision et un talent qui ne peuvent que forcer le respect.

    Pour magnifier et donner de la profondeur à son propos, Dolan a donc recours à ces témoignages face caméra qui donnent une universalité à son film et offrent des histoires dans l'histoire au spectateur. Bien sûr, il n'oublie pas sa bande-originale, usant et abusant une nouvelle fois de morceaux improbables tels que Bang-Bang par Dalida dès que ce prépare la rencontre des trois héros de l'histoire ou un délicieux morceau de The Knife qui côtoie sans hésiter le 3ème sexe d'Indochine. Une nouvelle fois, la musique épouse le thème, épouse l'atmosphère et les sentiments que dégagent le long-métrage. Dolan ne rechigne jamais à mettre en scène des ralentis musicaux qui symbolisent autant l'attente que l'impatience de ces moments qui semblent intemporels. De même, il joue avec les couleurs et fait ainsi naître des tableaux, de vert, de jaune, de bleu... où les corps s'enchevêtrent, s'embrassent, se consument. Québécois joue à peindre son film et ne cesse jamais de surprendre dans son audace stylistique. On ne pourra d'ailleurs pas décemment terminer et conclure cette critique sans parler du caméo succulent d'Anne Dorval à contre-pied total de son rôle précédent, ni de cette fin toute en ironie et en symbolisme. Chez Dolan comme dans la réalité, le jeu des amours imaginaires ne connait pas de fin, le besoin d'aimer ne cesse jamais...

    Confirmation brillante du talent et de l'audace de Xavier Dolan, Les Amours Imaginaires dresse un portrait saisissant et drôle des premiers émois amoureux. Entre fantasme et réalité, les amants de Dolan se percutent et s'affrontent avec toute la fougue de l'adolescence et l'intensité que seul l'amour peut provoquer. 
    Délicieux.

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : Toutes les multiples rencontres des trois amies - Le final - La caméo d'Anne Dorval

    Meilleure réplique :
    "En tout cas, moi c'est pas vraiment mon genre..."
    "Hmm...Moi non plus"

    La critique de J'ai tué ma mère ici.
    La critique de Mommy ici.


    votre commentaire
  • [Critique] Horns

    Le français Alexandre Aja s'était fait plutôt discret ces derniers temps. Après un Piranha 3D jouissif mais limité, il avait trouvé le temps de s'occuper du scénario de Maniac. Grâce à Cornes, le roman de l'américain Joe Hill (le fils de Stephen King), le réalisateur continue l'exploration de son genre préféré : l'horreur/fantastique. Pour cette nouvelle expérience américaine, il recrute Daniel Radcliffe, qu'on pensait disparu depuis La Dame en Noir.
    Aja peut-il revenir au niveau de son excellent La Colline a des yeux ? Une question cruciale car il faut bien avouer que le français a grandement besoin d'un second souffle. 

    Iggy Perish vit harcelé par les journalistes. Non pas qu'il soit réellement une célébrité, non. Il est surtout le principal suspect (voir coupable désigné) dans le meurtre de Veronica, son ex-petite amie. Désespéré mais bien déterminé à prouver son innocence, Ig se fait défendre par un de ses meilleurs amis, Lee Tourneau, et épauler par son frère Teddy. C'est dans ces circonstances qu'il se réveille après une soirée trop arrosée. Tout semble comme d'habitude jusqu'à ce qu'il se rende compte que des cornes lui poussent sur la tête ! Effrayé, il décide de se rendre au médecin le plus proche et constate que ses nouveaux attributs lui permettent de faire avouer les plus sombres pensées aux gens qui l'entourent. Dès lors, Iggy entreprend de retrouver le véritable assassin de Veronica.

    Tout commence très bien pour Horns avec les bases de l'intrigue qui sont rapidement et habilement posées, le personnage d'Ig très bien interprété par un Daniel Radcliffe bien plus convainquant que ce à quoi il nous avait habitué et surtout des traits d'humour certes parfois potaches, mais relativement hilarants. Dans un premier temps, Horns fonctionne très bien et la réalisation d'Aja retrouve un peu du mordant qu'elle avait à l'époque d'Haute Tension ou de La Colline a des yeux, bien aidée par des effets spéciaux au poil. Mais vous l'aurez deviné, les choses se gâtent rapidement. D'abord au niveau du rythme du film qui se retrouve brutalement coupé dans son élan par un flash-back interminable et qui aurait mérité de franches coupes. Ensuite parce que le récit s'embourbe progressivement dans une enquête que seul le pouvoir d'Iggy rend originale. Le reste n'est rien de plus que très banal. Ce souci-là ne fait que s'accentuer au fur et à mesure des tribulations du héros si bien qu'on a très bien deviné qui est le tueur à la moitié du film...qui va pourtant traîné en longueur jusqu'à la résolution finale au moyen de diverses péripéties poussives (la punition du frère, franchement inutile).

    Mais le pire n'est pas là. Si Horns se regarde sans déplaisir et qu'il ne souffre que de rares temps morts dans son intrigue, il finit par s'écrouler dans ses derniers instants et un final aussi peu cohérent que grand-guignol. Complètement ridicule, l'affrontement des principaux protagonistes tourne à la blague potache à base de tête éclatée et de punition divine/diabolique. Le pire pourtant se trouve ailleurs, entre les lignes. Arrivé ici, on se demande qui, de Joe Hill ou d'Alexandre Aja, donne cette espèce de morale puritaine puante au long-métrage. Parce que malgré ses dehors de récit politiquement incorrect avec son héros au look diabolique, Horns est, sans conteste possible, habité par un sous-texte catholique bien pensant insupportable. On suit tout de même l'histoire d'un "ange déchu" qui fait tout pour se repentir et puni en fin de compte le vrai diable qui n'en a pas les atours. On échappera pas à la belle happy-end et au paradis, ni au repentir bienveillant du frère couard ou la mort de l'homosexuel refoulé. C'est d'ailleurs autour de ce personnage que la chose est la plus évidente et franchement, la plus répugnante. Lorsque qu'un Ig ressemblant au Diable encourage les deux flics homosexuels à passer à l'acte en leur affirmant qu'on leur a toujours défendu cet acte alors qu'il est parfaitement humain, la première réaction serait bien entendu d'en rire. Mais quand on comprend aussi que dans le même temps, en catimini, le réalisateur et/ou l'écrivain montre que la relation homosexuelle est encouragée par le diable, qu'il s'agit bel et bien d'un péché... On flaire le message caché franchement répugnant sous couvert de l'humour. Lorsque l'on y réfléchit ensuite, on s'aperçoit qu'exceptée l'apparence d'Iggy, Horns est surtout une brochure pour un mode de vie rangé et traditionaliste. 

    C'est d'autant plus ennuyeux que peu de choses viennent rattraper le récit. La BO, excellente au demeurant, ne suffit pas à faire oublier que les personnages secondaires sont traités maladroitement...Sans parler de Veronica, interprétée par une Juno Temple larmoyante, enfilant les gros clichés de la femme-objet, uniquement là pour jouer la tentation et la belle amante éplorée. Quand on pense aux fabuleuses personnalités féminines offertes par Mommy, Horns fait peine à voir. Au final, seul le personnage de Radcliffe bénéficie du soin nécessaire et c'est un peu lui qui porte le film sur ses épaules, un film trop long et dépourvu des promesses que son synopsis annonçait. Débarrassé de sa gangue puritaine et bénéficiant d'une intrigue mieux agencée et épurée, il est certain que le long-métrage d'Aja aurait été d'un tout autre niveau. En l'état, il est un beau ratage qui s'écroule sur lui-même comme un château de cartes.

    Peut-être serait-il temps pour Aja de revenir à des films plus personnels et au budget plus restreint. Horns agace et déçoit, faisant passer son public du rire à la consternation. Seul Radcliffe tire son épingle du jeu et prouve qu'il peut maintenant réellement passer à l'après Harry Potter.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : La sortie du bar en musique.


    1 commentaire
  • [Critique] Mommy
    Prix du Jury Festival de Cannes 2014
    César 2015 Meilleur film étranger


    En grand habitué du Festival de Cannes, Xavier Dolan a, de nouveau, participé à la grande messe de la Croisette. En sélection officielle, il y a présenté un long-métrage autour d'un adolescent TDAH (Trouble Déficit de l'Attention Hyperactivité) qui revient sous la garde de sa mère, dépassée par un fils impulsif et violent qu'elle aime pourtant plus que tout.Deux heures trente dont douze minutes de standing ovation et bien des larmes plus tard, Dolan redevenait (encore) l'homme dont on parlait partout à Cannes. Couronné par le Prix du Jury, Mommy a littéralement transporté la critique. Le jeune québécois à qui l'on doit des films aussi superbes que J'ai tué ma mère ou Les amours imaginaires nous réservait encore des surprises. Celle-ci à le goût de l'héroïsme et de l'espoir, un authentique coup de cœur qui fait un bien fou.


    Seule, Diane "Die" Després, doit assumer de nouveau la garde de son jeune fils Steve, un adolescent diagnostiqué TDAH avec de surcroît un trouble de l'attachement. Quasi-incontrôlable, parfois violent, incapable de tenir en place, Steve va venir totalement bouleverser la vie de sa mère. Tant bien que mal, celle-ci va tenter de canaliser son fils et de retrouver un équilibre. C'est grâce à Kyla, la voisine d'en face, que Diane et Steve vont rebâtir leur vie et leur unité, une unité forcément fragile. L'amour d'une mère peut-il tout vaincre ? Diane veut y croire, dur comme fer, parce que si tout échoue, elle sait qu'elle devra définitivement se séparer de son seul enfant.

    En 2009, on se souvient de J'ai tué ma mère, premier film plein de haine, d'amour et de passion de Xavier Dolan. Il y parlait de sa mère à travers le personnage de Chantal, et de lui-même à travers celui d'Hubert. Sorte de punition, de "revanche" (même si le mot est bien fort), J'ai tué ma mère occupe toutes les pensées du spectateur lors de ce Mommy. Pourquoi ?
    Parce que Xavier Dolan, d'une façon plus détournée, bien moins autobiographique, célèbre la figure maternelle, la drape dans l'étoffe de ces héroïnes anonymes qu'on a trop tendance à oublier. A travers Diane, le québécois prend le contre-pied de Chantal. Oubliez la mère un peu retorse, place à la mère pleine de force. Pour tout dire, à un "ostie" d'bout d'femme ! Pour l'incarner, qui d'autre que l'actrice fétiche de Xavier, la fabuleuse Anne Dorval. Plus proche de la classe populaire que de la classe moyenne, Diane bouffe Anne à moins que ce ne soit Anne qui bouffe Diane. Sa prestation laisse pantois, brisé, vidé. Anne Dorval est impériale. Elle nous offre ce personnage lumineux et tellement mais tellement attachant de mère-père, de colosse au cœur de Goliath. En face, d'elle, il y a deux autres acteurs gigantesques. D'abord Suzanne Clément, une autre chouchou de Dolan, fabuleuse dans son rôle plus effacé de prof bègue recelant des trésors de patience, parfait contrepoids à l’expansive Diane. Ensuite, on tombe sur un "petit nouveau" (ou presque) en la personne d'Antoine Olivier Pilon qui nous compose un Steve éblouissant d'authenticité, si puissant qu'il en fait trembler l'écran, si poignant qu'il nous brise le cœur comme les tympans. Parce que Mommy, avant tout, avant sa mise en scène, son format d'image 1:1 surprenant et toutes les choses qui le magnifient, c'est un trio d'acteurs carrément, simplement, purement épatant. Magique en réalité. Non seulement intense et attachant en diable, mais également en parfaite osmose, autant dans la bagarre que dans le fou-rire. Mommy fait le portrait d'une famille qui n'a besoin d'aucun critère, d'aucune norme qui se suffit à elle-même, parce qu'elle est parfaite de par ceux qui la compose.

    Mais on le connaît notre Xavier Dolan, Un film uniquement construit sur ses acteurs ? Non, c'est impossible. Parce qu'il n'est pas comme ça, qu'il veut toujours explorer, tenter, aller plus loin. Mommy le démontre encore une fois. Son format d'image, un 1:1 un peu claustro, un peu oppressant, n'est pas un simple artifice de petit malin. C'est avant tout un outil de forme qui sert le fond. Le truc en plus qui nous montre ses protagonistes à l'horizontale, à hauteur du commun des mortels. Une plongée dans l'intime et le proche, dans les visages crispés et émus, colériques et souriants. Une façon de nous convier par le trou de la serrure. Sans parler qu'il incarne également le sentiment de bien-être de Steve qui, lors d'un plan superbe, élargit la fenêtre, respire avec nous, entre un peu dans LE monde. Cela en musique, bien sûr. Parce que Dolan n'a jamais caché sa manie de recourir de façon abusive, mais jouissive, à une B.O inattendue mais toujours parfaitement calquée sur ses scènes fortes. On se souvient avec émoi de Noir Désir dans J'ai tué ma mère ou de Bang-Bang de Dalida au cour des Amours imaginaires. Le québécois récidive, toujours. Il transforme sa musique en véritable ombre pour ses personnages. En fait, la musique devient un personnage. Drôle l'espace d'un morceau de Céline Dion, envoûtante pendant un White Flag de Dido ou simplement crève-cœur sur un morceau monstrueusement poignant de Ludivico Einaudi. Les désormais traditionnelles séquences ralentis-clippesques s'intercalent mieux que jamais... Et puis Xavier ne lâche pas son envie d'explorer les possibilités de mise en scène qui s'offrent à lui. Ce plan serré et renversé tétanisant entre une Suzanne Clément possédée et un Antoine Olivier Pilon effaré, cette photo d'ensemble style "selfie lointain" des trois héros de son long-métrage.... Toutes ces petites choses qui font que Dolan se reconnaît en un clin d’œil et qui épatent encore après cinq films. Merde, déjà cinq films !

    Mommy ne s'arrête même pas là. Xavier Dolan nous y parle de l'autre versant de la pièce J'ai tué ma mère. Il explore avec un talent insolent un morceau de bravoure d'une mère pour un fils qu'elle désespère de garder à ses côtés. Et là, le temps d'une séquence onirique, le temps d'un fantasme, Xavier nous prend et nous tort. Il vrille nos oreilles, étouffe notre cœur, il éclabousse la toile de son génie. Là, pendant quelques minutes, le québécois nous fait croire aux miracles. Oui, Mommy, à sa façon, est un film dur, intense, éprouvant, mais il n'est pas que cela. Mommy est aussi drôle, touchant, traversé de moments de grâce et d'humanité presque insoutenables. Le métrage parle sans ambages d'une pathologie psychiatrique hautement difficile à vivre, tant pour le malade que pour son entourage. Il le fait avec une justesse irréprochable et rend un hommage vibrant aux héros de l'ombre, aux mères, qui tentent de surmonter la maladie. C'est ça aussi le "Die" de Diane, c'est l'envie à mourir de sauver l'être qu'on aime le plus au monde, envers et contre tous. Envers et contre tout. Mommy, entre ses références hilarantes à Maman j'ai raté l'avion, cherche à toucher avec la plus grande justesse de cette humanité et de cette humilité dont une mère est capable face à la chair de sa chair. Oui, Xavier avait en quelque sorte punit sa mère dans son premier long-métrage, avec Mommy...il l'aime, de toutes ses forces, de toute sa rage. Et bon sang, qu'est ce que c'est beau à voir !

    Il a 25 ans. Il est québécois. Il a réalisé cinq films et mis à genoux Cannes cette année. 
    Il s'appelle Xavier Dolan, et retenez bien ce nom parce que Mommy, sa pépite au goût d'Ambroisie, le propulse sur le toit du monde.
    En un mot comme en cent : Fabuleux.

    Note : 9.5/10

    Meilleures scènes : Kyla qui plaque Steve au sol, Le rêve de Diane, L'escapade à vélo. Le film en fait.

    Meilleure réplique : 
    "Toi et moi, on s'aime encore ?"
    "Nous deux, c'est ça qu'on fait le mieux mon homme"

    La critique de J'ai tué ma mère ici.


    1 commentaire
  • [Critique] J'ai tué ma mère


    En 2008, l'acteur québécois Xavier Dolan, alors âgé de 19 ans, décide d'investir toutes ses économies dans la réalisation de son premier long-métrage intitulé J'ai tué ma mère. En grande partie autobiographique, le film se base sur le scénario écrit par Dolan lorsqu'il n'avait que 16 ans. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes en 2009, J'ai tué ma mère est immédiatement salué par la critique et décroche le Prix Art et Essai, le prix SACD et le prix Regards Jeunes. L'espace d'un seul long-métrage, Xavier Dolan est propulsé sur la scène internationale et J'ai tué ma mère deviendra même le choix du Canada comme candidat à l'Oscar du meilleur film étranger. Film fauché mais magnifique, la première oeuvre de Xavier Dolan reste encore, aujourd'hui - et encore davantage avec la sortie de Mommy - une des pierres angulaires de la filmographie du québécois.


    Hubert est un adolescent de 16 ans comme on en trouve tant. Tiraillé par son envie de liberté et de rébellion, il ne supporte plus Chantal, sa mère. Sa façon de chantonner, de manger, sa façon de conduire ou même d'écouter la radio, tout agace Hubert au plus haut point. Il faut dire que Chantal, mère célibataire qui doit, seule, assumer l'éducation d'Hubert depuis qu'il a 7 ans, n'est pas non plus une mère parfaite. Entre petites manigances et grosses manipulations, Chantal a peu à peu perdu le contact avec son fils. Malgré le soutien d'Antonin, son petit-ami et de Julie, son enseignante, Hubert ne trouve pas le moyen de revenir à l'amour enfantin et à la complicité qui l'unissait à sa mère. Alors, il se confie. A sa caméra, par des poèmes ou du dripping, Hubert tente de surmonter son ressentiment. Parce qu'au fond, malgré ses défauts, Chantal sera toujours sa mère.

    J'ai tué ma mère est un film à très petit budget, tourné avec des moyens restreints. De ce fait, dès le début, le long-métrage fait très film amateur. Pourtant, on s'aperçoit au bout de quelques scènes que si le film est fauché, il n'est pas mauvais. C'est tout le contraire. Pourquoi ? Parce que Xavier Dolan a non seulement un scénario génial et des personnages immensément forts, mais aussi parce qu'il est, déjà, un petit génie de la mise en scène. Le québécois déploie rapidement une foule impressionnante d'idées de mise en scène, filme ses protagonistes sous tous les angles, les saisit dans la plus grande intimité, utilise la caméra d'Hubert façon témoignage noir et blanc, monte des images bout à bout comme s'il était dans un clip de musique et justement, utilise la musique comme un outil faisant partie intégrante de sa réalisation. Ainsi, J'ai tué ma mère a beau accuser son manque de budget, il s'avère épatant visuellement. Il bouillonne d'idées, d'images, de scènes fortes. C'est une vraie révélation. Dolan n'hésite jamais même à retranscrire du texte à l'écran pour que le spectateur lise ce que le personnage à l'écran est en train de lire en même temps. Un poème, un titre, quelques lignes. Tout ici sera prétexte à entrer dans la tête d'Hubert. Quant à la musique, Dolan se constitue une BO magnifique, entre morceaux classiques style Vivaldi et musique plus populaire style Noir Désir. Épousant parfaitement le propos de chaque scène, les différentes chansons et compositions magnifient et approfondissent ce que veut dire et surtout faire ressentir Dolan. Le résultat est souvent renversant.

    Et puis, il y a Xavier Dolan acteur. Incarnant Hubert, le québécois joue en grande partie son propre rôle. Focalisé sur son personnage, Dolan fait preuve d'un narcissisme certain mais qui, contrairement à d'habitude, n'handicape pas le film. Celui-ci est en effet totalement centré sur l'adolescent en pleine crise, et la surexposition de Dolan va de soi immédiatement. Elle sert son propos et donc réussit brillamment à incarner Hubert. De l'autre, il y a Anne Dorval, en mère lunatique et (un peu) boulet, déjà extraordinaire, par sa sobriété et son authenticité, qui alterne moments de silence indignés et éclats de colère monstrueux (cette séquence au téléphone avec le directeur du pensionnat !). L'interaction entre les deux acteurs est immédiate. Et le spectateur se retrouve emporté, chaviré par cette relation d'amour-haine féroce aux nombreux coups de tonnerre qui émaillent le film. On y retrouve l'universel bouleversement de l'adolescence et le changement des relations entre parents-enfants, d'autant plus fort qu'ici, Anne doit tout supporter de son fils. Le père, fugacement présent, est un fantôme qu'Hubert ne connaît presque pas. Pourtant, malgré les horreurs que balance Hubert à Chantal, malgré, parfois, les crises incompréhensibles de Chantal, on n'arrive jamais à détester ni l'un ni l'autre. Au contraire, on les aime ces personnages, on aime cette façon tellement judicieuse qu'a Dolan de présenter les choses. 

    Toute la magie de J'ai tué ma mère, c'est de montrer à travers des protagonistes tout à fait imparfaits et parfois méprisables, toute la complexité de la relation mère-fils. Capturée de façon poignante par Dolan, la situation est d'une justesse incroyable. On ne doute jamais que le québécois parle en grande partie de sa vie, mais il a le don pour le retranscrire de telle manière que tous se retrouveront un peu dans Hubert. Au lieu d'ailleurs de nous faire un discours sur l'homosexualité et de transformer son métrage en un banal plaidoyer sur l'acceptation par Chantal de l'orientation sexuelle de son fils, Dolan s'en sert comme d'un simple (mais essentiel) rouage, d'un simple élément d'arrière-plan, il ne se focalise jamais dessus, ne diverge jamais longtemps à ce propos. Non, il reste sur Hubert et sur son incompréhension vis-à-vis de l'évolution de ses rapports avec sa mère. Et tout sonne ainsi formidablement juste. Malgré des échappées artistiques ou amoureuses, Hubert retourne toujours à celle qui, au fond, représente la base de son existence, cette mère qu'il hait d'amour. J'ai tué ma mère ne raconte pas tant le passage adolescent d'un jeune en manque de reconnaissance affective que le désir de retrouver une enfance perdue, une mère que l'on a tant aimé, mais avec les yeux d'un jeune adulte, et non plus d'un simple enfant.

    Avec J'ai Tué Ma Mère, Xavier Dolan entre par la grande porte dans la cour des grands. Émouvant, d'une justesse incroyable, le premier film du québécois refuse la facilité et se termine sur une séquence dépourvue de mot absolument magnifique et tellement plus significative ainsi. 
    En 2009, un grand réalisateur est né, il s'appelle Xavier Dolan.

    Note : 8.5/10

    Meilleures séquences : Chantal qui perd son sang-froid au téléphone, le Dripping et surtout la séquence finale.

    Meilleure réplique :
    "Qu'est-ce tu f'rais si je mourrais aujourd'hui ?"
    "J'mourrais demain..."


    votre commentaire
  • [Critique] Les Révoltés de l'île du Diable

    Le cinéma nordique, aussi froid et austère puisse-t-il paraître, recèle nombre de pépites cinématographiques. C’est le cas du long-métrage de Marius Holst, Les Révoltés de l’île du Diable, sorti en 2011 sur les écrans. S’inscrivant dans la droite lignée de films tels que Dog Pound ou Sleepers, l’histoire des Révoltés se base en grande partie sur des faits historiques. Film à charge contre les centres de correction autant que témoignage d’un crime odieux, le long-métrage tend également à revenir sur une certaine conception historique de l’éducation au début du siècle dernier. Authentique plongée glaçante dans le cercle de la violence et de l’injustice, Les Révoltés de L’île du diable laisse un souvenir durable au spectateur.

    Nous sommes en 1915, en Norvège, dans le centre de correction de Bastoy. Sur cette petite île, des dizaines de jeunes sont internés pour revenir dans le droit chemin. L’arrivée d’une nouvelle forte tête en la personne d’Erling va soumettre la direction de l’établissement à de nouveaux défis. Redoublant de sévérité et de violence, les surveillants tentent de mettre au pas le délinquant. Son influence sur Olav, un des jeunes les plus prometteurs pour le gouverneur Bestyreren, va venir bouleverser l’ordre établi et le microcosme formé par la loi du plus fort. Quand un scandale éclate à propos des relations entretenues par le surveillant Brathen avec Ivar, un des plus fragiles pensionnaires du centre, toutes les conditions sont réunies pour qu’une émeute vienne mettre à bas l’institution...

    Marius Holst n’est pas un novice, Les Révoltés de l’île du Diable étant son quatrième long-métrage. Sa réalisation, typique des pays scandinaves, plonge le spectateur dans le froid et rigoureux hiver norvégien. Les images qu’il en tire sont aussi glaciales que l’environnement dans lequel évoluent les protagonistes de l’histoire. Avec une lenteur assumée, le film prend le temps de poser ses personnages et d’établir les rapports de force entre eux. Cette montée en tension, inexorable, fait peser sur le film une sorte de chape de plomb aussi lourde que son sujet. Parce que c’est bien le sujet du métrage qui va fouiller loin dans la noirceur de l’âme humaine. Holst se sert d’un fait historique – la révolte des adolescents et enfants du centre Bastoy – pour étudier l’intrication entre violence, éducation et morale. Ainsi, il édifie un système où les plus forts s’affirment non pas par leur nombre mais par la peur qu’ils instillent et les punitions exemplaires qu’ils exercent sur quelques-uns. En réalité, on se rend compte que le récit montre peu d’actes de torture par les surveillants, l’ignominie de Brathen étant d’ailleurs toujours hors-champ ou sous-entendue. Tout le talent de Holst se niche dans ce refus de faire dans le démonstratif pur mais de jouer sur l’enfer psychologique qui en découle. Il allie une réalisation sobre et relativement dépouillée, parfois proche du documentaire, avec un refus de l’esbroufe qui sert totalement son propos.

    De même, le norvégien fait un autre choix surprenant. Excepté le génial Stellan Skarsgard et le non moins génial Kristoffer Joner, tous les acteurs du film sont des débutants. Que ce soit Benjamin Helstad dans le rôle d’Erling ou Trond Nilssen dans celui d’Olav, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces jeunes interprètes sont tous des novices. De cette façon, et grâce à leur insolent talent, le récit transpire de sincérité et d’authenticité. Il est véritablement impossible de deviner qu’ils n’ont jamais joué ailleurs. Les relations qui s’établissent entre eux paraissent dès lors d’autant plus poignantes et vraisemblables. Elles constituent le moteur du film et permettent de dresser un portrait convainquant de ces révoltés de Bastoy. La complicité qui s’établit petit à petit entre les personnages d’Erling et d’Olav, que tout semble pourtant opposer, permet de rendre compte de la solidarité qui peut se forger à l’ombre de la persécution et de l’injustice. Mais pour autant, les deux individus présentés par Holst ne sont pas des saints, bien au contraire, ils sont juste humains, et c’est certainement cela qui donne la force de leur histoire. Le réalisateur norvégien démontre avec brio que le recours à une forme ultrarigide d’éducation associée à une violence souvent aveugle ne mène qu’à renforcer le sentiment de rancune des jeunes pensionnaires de Bastoy, et pire, à les déshumaniser. La séquence finale de révolte et son déchaînement de violence prouvent une seule chose : Bastoy est une mauvaise réponse à une question pourtant épineuse. Car si les délinquants du centre ne sont pas des anges, les surveillants non plus, et notamment Brathen, véritable monstre et prédateur sournois. Comment dès lors espérer se revendiquer comme référence morale lorsque l’on emploie soi-même des hommes aussi répugnants ? Le gouverneur Bestyeren trouvera une réponse amère à cette interrogation au travers de la terrible conclusion du récit.

    Au-delà même du propos sur la violence et sur l’éducation, Les Révoltés de l’île du Diable aborde le thème universel de la liberté. Au travers de ces enfants traités avec une sévérité totalement démesurée, il y a une certaine mise en garde contre ce que les hommes sont prêts à faire lorsqu’il s’agit de se protéger ou lorsque, simplement, ils sont libres de faire ce qu’ils veulent avec l’accord tacite de leurs supérieurs. Dans ce centre, tous les éléments sont en place pour les camps de concentration ou les goulags, mais à une échelle bien moindre, forcément. Holst démontre que les origines du mal sont bien plus profondes qu’elles n’y paraissent. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Erling est un baleinier qui rêve de la mer ou que le récit y fasse si souvent allusion, visuellement ou autre. Cette étendue d’eau, prise sous les glaces en fin de récit, est finalement le symbole éternel de la liberté, celle à laquelle aspirent les personnages du long-métrage.
    « Homme libre, toujours tu chériras la mer » disait Baudelaire.
    Mais dans le film de Holst, il s’y terre également la cruauté la plus perfide, aussi acérée que le trait des baleiniers, aussi mortelle que les surveillants et dirigeants de Bastoy.

    Magnifique fresque dramatique, Les révoltés de l’île du Diable est un des meilleurs films autour des centres de correction et une réflexion poussée sur l’éducation et la liberté. Marius Holst nous offre un joyau glacial venu du grand Nord.
    Vous auriez tort de vous en priver !

    Note :
    9/10

    Meilleure scène : L'échappée finale d'Erling et Olav


    votre commentaire
  • Pour ce court-métrage du dimanche, encore de la SF, mais cette fois, de la SF comique avec Johnny Express, ou comment une simple livraison peut tourner au drame planétaire !


    votre commentaire

  • Décidément, cette année, le demi-Dieu Hercule est à l’honneur. Pas moins de deux longs-métrages en quelques mois. Soyons francs, la quantité ne rime pas souvent avec la qualité. Et c’est un peu le cas ici. Le premier film, La Légende d’Hercule, était signé Renny Harlin, qui n’a rien fait de mémorable depuis 58 minutes pour vivre. Après ce premier essai aussi risible que moche, c’est au tour de Brett Ratner de revenir sur le fils de Zeus. En s’inspirant du comic book éponyme de Steve Moore, il tente donc de dépoussiérer le mythe et de livrer sa propre vision du héros. Pourtant, pas de quoi s’enthousiasmer. Rappelons quand même que Ratner est l’homme à l’origine du médiocre troisième volet de X-Men, celui-là même que Bryan Singer a renié dans son dernier film. Malgré un certain nombre d’acteurs réjouissants, Dwayne Johnson et Ian McShane en tête, autant dire que la prudence est de mise.

    Hercule est un héros, une légende. Selon celle-ci, il est le fils illégitime de Zeus et d’une mortelle, il a accompli douze travaux impossibles pour le commun des mortels et surtout, on prétend que nul homme ne peut le blesser. Accompagné par une troupe de guerriers des plus hétéroclites, le héros est mandé par le roi Cotys en Thrace, une région de la Grèce. Harcelé par Rhésus, le royaume est en proie à une terrible guerre civile. Pour protéger le peuple autant que pour l’argent, Hercule et sa troupe acceptent d’entraîner l’armée inexpérimentée de Cotys et de défaire Rhésus et sa troupe de Centaures. Pourtant, de nombreuses surprises attendent le demi-Dieu.

    Commençons par le dire clairement : si vous avez lu les (excellents) comics books de Moore et que vous pensez les retrouver à l’écran, vous pouvez faire demi-tour. Du récit de Moore, il ne reste que quelques noms (La Thrace, le roi Cotys, les hommes et femmes de la troupe d’Hercule) et quelques grandes lignes scénaristiques (La guerre civile, l’entraînement des troupes par Hercule). Le reste, avec cette logique détestable d’Hollywood, est expurgé de toute l’originalité du comics. Donc, oui, Hercule par Brett Ratner est une très mauvaise adaptation du travail de Steve Moore, en plus de ne même pas signaler qu’il s’en inspire (ce qui reste honteux).

    Mais relativisons. Si vous ne connaissez pas le travail original, ou si vous savez faire la part des choses, Hercule peut devenir bien plus sympathique. Contrairement à ce que l’on pouvait craindre après le film d’Harlin, la réalisation de cet opus est nettement meilleure. Dans nombre de séquences, Ratner arrive à vraiment retranscrire le souffle épique des batailles de l’Antiquité (on pense notamment à l’attaque du village des cannibales). Surprenant également, les effets spéciaux du métrage sont tout à fait corrects, sans atteindre la perfection visuelle de Weta Workshop par exemple, mais assez impressionnants pour faire naître quelques séquences plaisantes. Côté scénario, celui-ci reprend donc quelques bases de celles du comics mais les lisse pour donner un récit fait de batailles héroïques et d’intrigues politiques. De ce côté, il n’y a rien de très original dans Hercule, tout reste assez convenu et on voit venir le retournement final à des kilomètres. Le vrai bon côté d’Hercule se cherche ailleurs.

    Il se trouve dans la joyeuse équipe rassemblée autour du demi-dieu (et qui doit tout à celle du comics) remplie de beaux seconds rôles et qui fonctionne très bien à l’écran. De Rufus Sewell au génial Ian McShane (mais pourquoi cet acteur est si dédaigné d’Hollywood ?) en passant par Aksel Hennie, ils sont tous aussi charismatiques qu’attachants. Seule Atalante, l’amazone, jouée par Ingrid Borso Berdal, laisse une impression persistante de miscast, tant par son costume ridicule que par sa carrure totalement inadaptée pour le rôle. De même, Dwayne Johnson est une vraie bonne surprise, qui renvoie à Schwarzenegger dans Conan, un acteur bodybuildé impliqué dans son rôle et qui s’attire assez rapidement la sympathie du spectateur par la sincérité de son travail. Il est franchement convaincant, malgré toutes les réserves que l’on aurait pu avoir à son sujet. Le dernier atout du métrage, c’est la volonté de Ratner d’explorer la voie de la démythification et de rendre Hercule plus humain. Si le procédé n’est pas convaincant à 100%, il permet d’ajouter une touche d’originalité au récit balisé du demi-Dieu.

    Malheureusement, il faut tempérer cet enthousiasme initial. Ratner, malgré ses bonnes intentions, ne dépasse jamais le cadre du blockbuster de série B. C’est sympathique mais c’est anecdotique. Trop sage, trop conventionnel, le récit souffre également d’énormes lacunes au niveau de sa cohérence qui, franchement, brisent toute sa crédibilité. Le meilleur exemple ? Les pertes après la première bataille, qui réduisent le nombre d’hommes de Cotys à une grosse poignée, et qui se comble miraculeusement en une nuit (Ses hommes doivent se multiplier par mitose). On citera également le nouvel équipement qui arrive comme par magie ou encore le fait que les hommes d’armes du roi semblent tantôt subjugués par Hercule, tantôt s’en foutre royalement (sans compter que les archers Thraces sont certainement les plus nuls toutes catégories confondues). Le gros souci d’Hercule, c’est à la fois de ne jamais donner plus que son postulat simpliste de départ, mais également de tomber dans tous les pièges du film américain lambda avec les facilités que cela implique.

    Un sympathique film de série B avec de bons effets spéciaux. C’est un peu ce que l’on retiendra d’Hercule, à condition de ne pas avoir lu le comic book original. Fun et comptant assez d’acteurs convaincants dans ses rangs, le métrage de Brett Ratner n’est pas la catastrophe annoncée.
    Dommage cependant, il aurait pu être tellement plus que ce qu’il est au final...


    Note : 6/10

    En tant qu’adaptation : 3/10


    votre commentaire
  • [Critique] Le Secret de Kanwar


    Inconnu en France, Anup Singh signe avec Qissa, the tale of a Lonely Ghost (stupidement traduit par Le Secret de Kanwar...) son second film. Le réalisateur indien porte son dévolu sur une question cruciale et extrêmement sensible dans la société Indienne : la place de la femme. Il confie son rôle principal à Irrfan Khan, l’excellent acteur de The Lunchbox ou L’odyssée de Pi, qui donne ici la réplique à la jeune actrice Tilotama Shome. Véritable portrait de l’Inde post-partition, Qissa est également une histoire profonde entre un père et sa fille. Sorti un peu en catimini en France, le long-métrage mérite pourtant une bien meilleure visibilité que nombre de films actuellement à l’affiche...

    Nous sommes en 1947 et les Indes se scindent en deux parties distinctes : Le Pakistan, musulman, et l’Inde, Hindouïste. Alors que de terribles nettoyages ethniques ont lieu dans le Penjab, Umber Singh, un sikh, décide d’abandonner sa maison et de passer dans les territoires Indiens pour mettre sa famille à l’abri. Sa femme vient d’accoucher de son troisième enfant... une troisième fille. Alors que la vie reprend petit à petit son cours dans la nouvelle demeure familiale, une nouvelle naissance approche. Umber décide alors de faire une chose aussi extrême que folle : nier le sexe de son dernier enfant, encore une fois une fille, et de l’appeler Kanwar. Cachant au monde sa nature féminine et l’élevant comme un garçon, Umber se voit contraint à de nouvelles extrémités lorsque Kanwar arrive à l’adolescence et que l’inévitable mariage approche avec Nelli, une gitane.

    Pour aborder un sujet aussi épineux, Anup Singh décide d’ajouter une touche de fantastique à son film. Le métrage s’ouvre sur les cent pas effectués par le fantôme d’Umber Singh, ressassant inlassablement sa faute passée. La suite reste plus classique et revient en arrière, lors de la fuite de Singh à travers le Penjab. Disons-le clairement, Qissa n’est pas du tout le récit des massacres ethniques de cette période, ils ne sont qu’entrevus et servent de point de départ à l’histoire du patriarche et de sa famille. Tout se concentre en réalité sur la décision incroyable d’élever le quatrième enfant comme un garçon alors qu’il s’agit en réalité d’une fille. Avec une précision et une justesse absolues, Anup Singh amène cette réalité toute indienne devant les yeux occidentaux de ses spectateurs. Dès lors, le récit ne parle plus que de la relation père-fille contrariée et de la douleur de Kanwar, qui comprend, petit à petit, l’horreur de la supercherie. Cette plongée en apnée dans une société qui confine la femme à un rôle dégradant dénonce une réalité terrible et poignante.

    Non seulement Kanwar se retrouve étranger dans son propre corps qu’il ne peut pas accepter décemment – son père et sa famille l’ont toujours traité en garçon – mais en plus, il doit supporter une impossibilité de développer une relation mère-fille convenable. Hantée par le poids de la culpabilité – outre Umber Singh, elle seule connaît le secret de Kanwar – elle évite sa fille et se retrouve incapable de s’opposer à la folie de son mari. C’est la stupeur qui règne dans le long-métrage, la stupeur du spectateur devant les extrémités auxquelles se plient Umber, des petits mensonges aux véritables outrages, rien n’est épargné à l’identité profonde de Kanwar. De ce fait, la relation avec son père, ombre écrasante et étouffante, a quelque chose d’extrêmement dérangeante, tant Kanwar veut rendre fier ce dernier qui nous apparaît pourtant comme un monstre. Anup Singh dénonce une société qui non seulement condamne les femmes à un rôle de « fardeau » – elles ne sont qu’un poids pour une famille, puisqu’il faudra épargner pour la fameuse dote – mais qui en plus, arrive à gommer l’aspect humain du mariage, simple tractation entre familles qui décide quasiment de l’avenir des époux et de leurs parents. Le constat est terrible, le bilan de ce mode de pensée proprement horrifiant.

    Pour porter ces deux rôles complexes et délicats, Irrfan Khan et Tilotama Shoma, respectivement Umber et Kanwar, déploient un génie incontestable. Leur interaction apparaît sincère dès les premières minutes. Mais Rasika Dugal, Nelli, ne démérite pas non plus. La seconde partie du film fait toute la lumière sur le mal-être de Kanwar et développe un nouvel axe, celui d’un amour impossible entre des époux qui ont été dupés. C’est ici que le métrage prend son tournant le plus tragique et que la question de l’identité éclate au grand jour. Le personnage de Kanwar se déteste, n’arrive pas à accepter sa nature. Hanté par son père, il finira totalement absorbé par le mode de pensée qui l’a vu grandir... le détruisant définitivement. C’est à ce niveau, en toute fin du film, que le fantastique revient doucement. La séquence dans la mare ne laisse pourtant aucun doute sur la seule voie qui s’ouvre devant Kanwar, désormais écho funeste de son propre père.

    Qissa, A Tale of a Lonely Ghost, a tout du grand film. D’une justesse surprenante, brillamment interprété et surtout troublant portrait d’une Inde où la femme n’existe pas, le métrage captive en plus par son questionnement sur l’amour paternel et l’identité sexuelle.
    A découvrir absolument si le sujet vous intéresse un tant soit peu !

    Note : 8.5/10

    Meilleure séquence : Nelli qui tente de faire ressortir la féminité de Kanwar en l’habillant comme une femme, pour la première fois de sa vie.


    votre commentaire
  • [Critique] Party Girl



    Véritable surprise lors de la dernière sélection d’Un Certain Regard de Cannes, Party Girl est un film surprenant. Emmené par un casting majoritairement composé d’amateurs, Angélique Litzenburger en tête, le long-métrage est également signé par trois co-réalisateurs/co-scénaristes à partir de l’histoire de l’un deux, Samuel Theis. En grande partie autobiographique, le récit de Party Girl fait la part belle à l’improvisation et la spontanéité, tout en abordant un sujet peu exploré au cinéma avec la fin de carrière triste et difficile d’une fille de cabaret. Véritable plébiscite sur la Croisette, le film a remporté le Prix D’ensemble pour son casting et surtout la Caméra D’Or. Malgré tout, avec la déconvenue La Vie d’Adèle l’année dernière, qui se voulait aussi dans une veine réaliste/naturaliste, Party Girl était attendu avec une certaine appréhension.


    Party Girl, c’est l’histoire d’Angélique Litzenburger, une danseuse de cabaret vieillissante de Forbach. Bien consciente que sa carrière touche à sa fin, et malgré l’immense tendresse qu’elle voue à sa vie au sein de ses amis du cabaret, Angélique accepte la demande en mariage d’un client, Michel. A cette occasion, elle décide de renouer les liens avec la dernière de ses filles, Cynthia, soustraite à sa garde dès son plus jeune âge par les services sociaux. Avec l’aide de ses trois autres enfants, elle entreprend de la rencontrer pour qu’elle assiste à son mariage. Malheureusement, si la cellule familiale semble se reformer, Angélique commence à douter de sa future union avec Michel.

    Pensé dès le départ comme un film réaliste, Party Girl a de quoi désarmer au premier abord. Ses acteurs, pour la plupart des novices, semblent un peu perdus au départ. Mais heureusement, ce n’est qu’une impression. La grande force de Party Girl réside dans son authenticité, qui, contrairement à celle, forcée, de La Vie d’Adèle, joue grandement pour nous rapprocher des personnages. Bien loin des standards habituels, ceux-ci appartiennent aux classes déshéritées – Michel est un mineur à la retraite, Angélique une petite danseuse de cabaret qui possède à peine de quoi se payer une chambre pour vivre... – mais pas de cliché ici, pas de caricature. Tout aussi pauvres et simples soient-ils, les réalisateurs ne les utilisent pas pour faire passer un pseudo-message politique ou social à la façon hautaine d’un Kechiche. Au contraire, le métrage se concentre sur Angélique et ses enfants, alternant entre la mélancolie qui accable cette dernière mais également la joie de retrouver enfin une famille au grand complet grâce à son futur mariage.

    Filmé au plus près, mais sans abuser des gros plans et autres artifices du cinéma-vérité, Party Girl tend souvent vers le documentaire. En prenant place dans une petite ville non loin de la frontière allemande, le long-métrage bénéficie d’une saveur particulière et atypique, un peu à la façon d’un Bullhead filmé entre Wallonie et Flandres. Il en va de même pour les acteurs, qui, au-delà de posséder un accent parfois très prononcé, ne déparent jamais avec le cadre dans lequel ils évoluent. De par l’idée autobiographique de départ et son choix d’un casting amateur jouant son propre rôle, Party Girl s’attire la sympathie et l’empathie du spectateur. Criante de vérité, Angélique Litzenburger émeut avec ce personnage de vieille fille qui a fait les mauvais choix et qui continue, par désespoir, à en faire de mauvais. Sa relation avec Michel, compliquée mais aussi pathétique, touche presque autant que l’amour qu’Angélique porte à ses enfants, malgré les affres de sa vie passée. On sent, notamment lors d’une superbe scène de discours pendant le mariage, toute l’intensité et la vérité des mots prononcés par les enfants à leur mère. Là où Party Girl touche juste, c’est qu’il se concentre sur ses forces et ne cherche pas à aller plus loin, à tomber dans la revendication sociale. Il ne cherche pas à opposer deux classes de la société ni à délivrer un couplet sur un hypothétique amour impossible. Le film parle simplement d’un destin pas comme les autres, aussi tragique qu’émouvant.

    Dans les pas d’Angélique, le spectateur se retrouve un peu. Paumée, prisonnière d’une vieillesse qui a fané sa beauté passée, elle tente, par désespoir, de bâtir autre chose pour la fin de ses jours. Malheureusement, on ne quitte pas le cabaret comme ça. Outre la tristesse, Party Girl dégage aussi beaucoup d’humour et file souvent de grands sourires. Par le naturel de ses acteurs, d’une part, mais aussi par cette solidarité entre filles de cabarets, à mi-chemin entre amour et haine, impeccablement retranscrite. Toutes ces habituées du monde de la nuit trouvent, en Angélique, un écho étrange. Le personnage de Michel, le vieux mineur pas méchant mais qui ne réalise pas qu’Angélique lui dit oui pour de mauvaises raisons, arrive à conjuguer le stéréotype du pauvre type et l’originalité de l’homme vraiment tombé amoureux de sa danseuse favorite. Ainsi, il n’y a pas vraiment de bons ou de mauvais personnages dans le métrage des trois compères, juste des humanités brisées et bancales, comme on en croise chaque jour sans même le savoir. Malgré le ton résolument tragique de la toute fin, Party Girl atteint ses objectifs et raconte, avec une grande sensibilité, le parcours d’une vieille femme bouffée par le cabaret qu’est devenue sa vie.

    Party Girl a amplement mérité sa Caméra D’Or et le coup de projecteur que ce prix a permis sur le film de Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Criant de vérité, touchant et drôle à la fois, Party Girl est une authentique réussite.

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : Le discours des enfants à leur mère, et notamment Cynthia.


    votre commentaire
  • [Critique] Rock-O-Rico

    Après l’échec public de All dogs go to heaven, écrasé par la concurrence de La Petite Sirène, Don Bluth amorce une lente descente aux enfers. Film de la dernière chance pour ses studios d’animation, Rock-O-Rico (Rock-O-Doodle en VO) pèse lourd sur les épaules de Bluth et ses collaborateurs Gary Goldman et John Pomeroy. Avec un budget de 18 millions de dollars, un échec du métrage signifierait purement et simplement la fin de l’aventure pour les studios Bluth. En prenant le parti de revenir à une histoire plus traditionnelle tout en réemployant des techniques d’animation semblables à celles de Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Rock-O-Rico n’aura pas du tout le succès escompté et viendra mettre un terme momentané à l’aventure de Bluth dans le domaine de l’animation indépendante. Retour sur un échec annoncé.

    Chantecler chante tous les jours pour que le soleil se lève sur la ferme avec son fameux Rock-O-Rico. Lorsqu’un hibou appelé Le Grand Duc le provoque en duel, notre coq chanteur oublie de donner sa prestation journalière. Pourtant, à la stupeur générale, le soleil se lève quand même. Humilié, il s’exile de la ferme et le Grand Duc prend peu à peu le pouvoir sur le monde. Pendant ce temps, le jeune Edmond écoute l’histoire de Chantecler dans son lit tandis que l’orage s’abat avec fracas sur la ferme de ses parents. Pour sauver son domaine et sa famille, Edmond appelle de ses vœux Chantecler pour que le soleil se lève à nouveau et chasse la tempête. Il se retrouve alors entraîné lui-même dans le conte et devient un des personnages de son histoire favorite. A présent, il lui faut retrouver Chantecler !

    Dès le départ, on sent bien que la manière de raconter de Don Bluth a changé. Et pas en bien. Porté par une voix-off lourde et dirigiste, le long-métrage ne peut pas compter sur la poésie d’un Petit Dinosaure et s’embourbe instantanément dans un registre ultra-enfantin et simpliste. Rock-O-Rico semble vouloir prendre le contrepied de Charlie, et rapidement tout échoue. D’abord à cause de son héros, Chantecler, hommage évident à Elvis, il n’atteint jamais l’originalité et la complexité des personnages précédents créés par l’américain. Semblant le comprendre, Bluth introduit Edmond, l’enfant qui sera le véritable héros du film. Pour le faire intervenir, il passe par un court instant de film live avec des acteurs très peu convaincants, et bascule dans le monde animé son protagoniste du réel d’une manière qui n’est pas sans renvoyer à L’Histoire sans Fin ou Qui veut la peau de Roger Rabbit ?. Seulement voilà, l’animation et l’incrustation sont d’une laideur incontestable. Heureusement que les passages combinant les deux s’avèrent courts, la chanson de fin est une catastrophe graphique irregardable aujourd’hui... En parlant de chanson, et puisque Chantecler est un « chanteur », c’est bien la musique qui occupe une place primordiale dans le métrage, mais elle est beaucoup, beaucoup moins convaincante que dans les précédentes œuvres de Bluth, pour ne pas dire anecdotique.

    Mais le pire de tout reste l’histoire, d’une banalité affligeante, expurgée de toute complexité ou sous-texte plus adulte et/ou avant-gardiste. On se retrouve en face d’un simple récit d’aventures où Chanteclerc devra affronter le méchant (Le Hibou qui renvoie furieusement à celui de Brisby, en bien plus raté) et sauver ainsi le monde d’Edmond. Le tout véhicule des valeurs de courage et de confiance en soi des plus banales. Au fur et à mesure des péripéties, on s’aperçoit non seulement du ton très enfantin employé mais aussi du peu de passion qui ressort du film. Celui-ci aurait pu être enfantin mais dégager une poésie certaine tout en explorant des thèmes encore peu abordés – à l’image du deuil dans le Petit Dinosaure – mais on ne trouve rien de cela dans Rock-O-Rico. C’est à peine si l’on effleure le monde du star-system avec le manager ripoux de Chantecler... Là où les autres films de Don Bluth avaient des années d’avance, Rock-O-Rico a, lui, des années de retard. Moins entraînant qu’un Mary Poppins qui mélangeait aussi animation et film live, bien moins abouti et jouissif qu’un Roger Rabbit, le long-métrage n’arrive jamais à décoller, ni à nous toucher à travers ses personnages qui restent désespérément vides. Le seul instant où l’on retrouve un peu de cette folie visuelle et atmosphérique qui caractérise Bluth, c’est dans l’antre du Grand Duc avec cet orgue monumental producteur de tempête. En somme, un vrai désastre qui s’achève, en plus, sur une séquence hideuse au possible, comme déjà évoqué plus haut. Arrivé à la fin du film, on a toute les peines du monde à croire que c’est le même Bluth qui avait fait quelques années plus tôt ce petit chef-d’œuvre qu’était Charlie, mon héros.

    Désastre artistique et commercial, Rock-O-Rico marque le début de la longue traversée du désert de Don Bluth. Mal pensé, peu original, techniquement à la traîne et surtout tout à fait quelconque, Rock-O-Rico est une immense déception.

    Note : 3/10

    Meilleure scène : Le Grand Duc et son orgue


    votre commentaire
  • Trichons cette semaine avec un moyen-métrage cultissime s'il en est : La Jetée de Chris Marker, récit science-fictif avant-gardiste qui a inspiré l'Armée des 12 singes de Gilliam. Un classique.



    votre commentaire

  • Le sergent de police Ralph Sarchie a un don assez unique, celui de pressentir le « potentiel » de certaines enquêtes. Lorsqu’une femme jette son bébé dans la fosse aux lions au Zoo du Bronx et qu’un mystérieux individu encapuchonné s’enfuit des lieux de l’incident, Ralph tombe dans une spirale d’horreurs qu’il n’aurait pas soupçonnées. Confronté à ce qui semble être la possession de Jane Crenna, la mère de l’enfant en question, il trouve une aide inattendue en la personne de Mendoza, un prêtre aux manières peu usuelles et au passé trouble. Reste aux deux hommes à vaincre le mal, celui des origines, qui s’insinue lentement dans les rues de New-York, dans le sillage de trois anciens Marines...


    Avec sa bande-annonce léchée, Délivre-nous du mal a de quoi appâter les fans de films d’horreur. Aux commandes, un habitué de la chose avec Scott Derrickson, un réalisateur à qui l’on doit le sympathique Sinister... ainsi que le très moyen L’Exorcisme d’Emily Rose. Pourtant, il faut bien se pencher sur son dernier film car, outre l’amour qu’il semble porter au genre horrifique, le monsieur sera bientôt à la tête du prochain opus Marvel : Docteur Strange. En attendant, il convie le trop rare Eric Bana à un petit tour dans les rues poisseuses du Bronx entre exorcisme, satanisme et autres joyeusetés démoniaques. Pas sûr que l’originalité soit au rendez-vous...

    Comme tous les films d’horreurs de ces dernières années, le métrage s’ouvre sur le panneau « Inspiré de faits réels ». Bon, ça commence mal. On découvre alors rapidement une petite histoire bien effrayante qui mêle joyeusement la guerre en Irak, l’occulte et surtout l’exorcisme, un thème qui semble définitivement fasciner Derrickson. Si l’intrigue suit un cheminement plus ou moins convaincant, on s’aperçoit rapidement qu’elle accumule à peu près tous les clichés inhérents à ce type de film. D’abord, le flic intègre mais pas trop, qui aime à son temps perdu tabasser du pédophile – ce qui est bon pour la santé à croire -, ensuite le prêtre très très mystérieux qui fait aussi prêtre que Luc Besson fait réalisateur, et surtout les méchants démons forcément à comploter pour envahir la terre de partout. Alors heureusement, avec tous ces clichés, Derrickson bricole tout de même un scénario assez prenant et arrive facilement à susciter l’intérêt grâce à une réalisation correcte et quelques moments bien flippants. Mais voilà, l’esthétisme ne suffit pas.

    Le souci majeur de Délivre-nous du mal c’est qu’il n’y a qu’Eric Bana d’intéressant. Et encore... Son personnage enquille aussi joyeusement les clichés comme on l’a déjà dit. Les retournements de situation se prévoient à dix kilomètres – « Tiens, le prête et le sergent font équipe ? Bon ben on va pouvoir buter l’ancien coéquipier »... ou encore « Oh, mais il a une fille et une femme le héros ! Allez, on va les kidnapper/torturer/violer » (rayez la mention inutile)  et pire encore, des incohérences et invraisemblances crèvent l’écran au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue. Au premier rang de celles-ci, on trouve le fameux syndrome Dracula du film d’horreur : tout, ou presque, se passe de nuit. A croire que dans cette partie des Etats-Unis, on a opté pour le 20h de nuit, 4h de jour. C’est plus utile pour les forces démoniaques, c’est bien connu. Le meilleur exemple de ce syndrome : le sergent qui prend une affaire de sous-sol louche à aller inspecter – oui, ça part déjà mal – avec lorsqu’il sort un grand soleil. Coupure... et arrivée à la maison en question en pleine nuit et en pleine tempête – oui parce que le film se passe aussi pendant la moitié du temps sous la pluie. Soit c’était très, mais alors très très loin, soit la nuit tombe avec une vitesse insoupçonnée dans le Bronx. Ce genre de détail, qui semble infime comme ça, décrédibilise tout le film. Sans parler du méchant qui copie totalement le look de celui de Blade II pendant les trois quarts du métrage.

    De même, dès le départ, on sent que la famille de Ralph sera un des enjeux finaux et on est obligé de se farcir une bonne vieille intrigue parallèle à base de « T’es pas assez à la maison », « Mais non je t’aime »,  « Ta fille a besoin de toi », « Et moi, j’ai besoin d’une pute » (enfin dans les grandes lignes quoi). Non seulement on se fout de la chose mais en plus on sent que tout est artificiellement gonflé. Là où la famille de Sinister se justifiait totalement (c’est même le cœur du film), celle de Délivre-Nous du Mal fait pièce rapportée. On passera rapidement également sur cette idée monstrueusement débile d’inclure une chanson des Doors (mais vraiment l’idée la plus débile du siècle) pour terminer sur le morceau de bravoure du film, l’exorcisme. Plutôt bien filmé, tendu et assez effrayant, c’est un des seuls bons éléments qui sauvent le long-métrage (en faisant abstraction de The Doors... encore). Cependant, arrivé à la conclusion bien, mais alors bien bien bien puritaine, on a un sentiment très étrange et extrêmement dérangeant : avoir assisté à un spot publicitaire de deux heures sur la religion catholique style « Devenez exorciste, on a des enfa...euh des cookies ! ». Un coup à rendre le film nauséabond, et pas qu’un peu.

    Délivre-Nous du mal est une mauvaise surprise. Même si on le prend comme un film d’horreur de série B, même si Eric Bana porte tout le film sur ses épaules et même si l’ambiance reste assez soignée, il y a bien quelque chose de dérangeant dans le message du film et dans le nombre de clichés qu’il régurgite à longueur de temps. Une grosse déception qui incite surtout à se contenter de la vision de Sinister, autrement plus sympathique. Du coup, pour Docteur Strange, on peut légitimement s’inquiéter...

    Note : 4/10

    Meilleure scène : L’exorcisme final

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma

     


    votre commentaire
  • [Critique] Enemy

    En l’espace de deux films, le canadien Denis Villeneuve s’est fait un nom. Avec Incendies d’abord, film choc bouleversant et renversant qui doit beaucoup à l’écrivain Wajdi Mouawad, et Prisoners ensuite, plongée rude et noire dans les méandres de la vengeance d’un père esseulé. Cette fois, pour son troisième long-métrage, il choisit d’explorer le drame psychologique avec un acteur qu’il affectionne particulièrement : Jake Gyllenhaal. Basé sur la nouvelle de José Saramago, L’autre comme moi, Enemy tombe pile-poil après la sortie de The Double, autre film sur le thème du double. Cette coïncidence n’empêche pourtant pas le métrage de Villeneuve d’adopter une voix plus singulière et d’emprunter cette fois purement au genre dramatique. Enemy sera-t-il le film de la consécration pour Villeneuve ?

    Adam est un professeur d’université. Plutôt du genre effacé, il mène une vie tout à fait ordinaire avec Mary, sa femme. Tout bascule le jour où il visionne un film et découvre l’existence d’un acteur qui lui ressemble trait pour trait. Troublé dans un premier temps, il se met à rechercher après cet Anthony Saint-Claire. Sans pouvoir l’expliquer lui-même, Adam devient complètement obsédé par Anthony et tente de le rencontrer. Il ne s’imagine pas que sa curiosité va venir mettre en danger son couple et sa petite vie paisible.

    Deux semaines après la sortie en salle de The Double, l’arrivée de Enemy a de quoi étonner. Pourtant, là où l’on aurait pu redouter la redite, Villeneuve se concentre essentiellement sur l’aspect psychologique de cette brutale confrontation à un « autre soi ». A l’instar d’Eisenberg, Jake Gyllenhaal incarne à la fois Adam et Anthony et livre une remarquable prestation. On retrouve encore une fois deux hommes aux personnalités totalement opposées, l’un introverti et effacé, l’autre exubérant et charmeur. Au lieu de jouer sur la peur du remplacement comme l’a fait Ayoade, Villeneuve tente de raconter une autre facette de cette troublante découverte. Celle de la dualité. Tout du long, le réalisateur n’a de cesse de confronter ses deux protagonistes et de montrer la peur irrationnelle que l’un éprouve par rapport à l’autre. Pourtant pas de prise de pouvoir au niveau professionnel mais seulement un trouble profondément enraciné à l’encontre de ce qui apparaît comme un paradoxe, une anomalie. Adam est terrifié de retrouver Anthony et, pendant longtemps, difficile de dire exactement pourquoi. Villeneuve joue avec le spectateur, joue avec son trio d’acteurs – Mélanie Laurent, Jake Gyllenhaal et Sarah Gadon – pour accoucher d’un imbroglio amoureux aussi dangereux que fascinant.

    La caméra de Villeneuve reste toujours aussi acérée, sa mise en scène soignée et sa façon de capturer ses personnages formidable. Malgré des filtres jaunâtres qui deviennent rapidement rédhibitoires, le réalisateur crée une atmosphère pesante et sinistre. Surtout, il installe un symbolisme venimeux grâce à cette figure de la mygale, que ce soit à travers des visions directes de l’araignée ou des cauchemars réellement dérangeants. Le souci, c’est qu’à trop vouloir pénétrer dans le monde du psychisme et de ne donner quasi aucune clé au spectateur, on se trouve rapidement perdu dans le récit qu’il nous livre. En effet, on se doute que les deux couples profitent d’une certaine symétrie et que l’araignée représente la figure féminine mais l’on a un mal fou à comprendre là où veut en venir Villeneuve. Si après coup on pourra comprendre lentement et âprement les choses, on se rend surtout compte que le canadien pêche par excès et tombe dans un certain hermétisme totalement absent de ses précédents films. Pour peu, on tomberait presque dans du Cronenberg style Spider (comme quoi), et sur un sujet assez accessible – le combat entre deux versants d’une même personnalité –, Enemy devient presque élitiste dans son abord.

    Pour autant, Enemy est loin d’être un mauvais film, ses acteurs sont tous géniaux et Villeneuve profite de certaines scènes carrément formidables. De la femme à tête de mygale marchant dans un couloir vide à la rencontre dans la chambre d’hôtel miteuse en passant par l’échange entre Adam et Anthony, il y a vraiment des choses enthousiasmantes. Il faut d’ailleurs insister sur le fait que Sarah Gadon se révèle exceptionnelle dans le long-métrage. Certes Gyllenhaal domine le film, mais le jeu subtil et précis de Gadon, notamment lorsqu’elle se retrouve avec Adam, fait de sacrées merveilles. En somme, on assiste à un show d’acteurs réellement excitant avec une atmosphère envoûtante, mais sur une trame encore plus obscure que celle de The Double (c’est dire !). C’est tellement dommage de compliquer ainsi les choses alors qu’Enemy avait un incroyable potentiel.

    Déception relative, Enemy ne se hisse pas aux niveaux de ses illustres prédécesseurs. Denis Villeneuve complexifie trop son histoire et s’enferme dans un hermétisme qui ne plaira qu’à un public très restreint. Reste un film intriguant et oppressant pour les amateurs du genre casse-tête psychologique.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Helen et Adam dans la chambre 
    conjugale


    1 commentaire
  • Bien plus connu pour son rôle de Moss dans la série IT Crowd, Richard Ayoade est également réalisateur. Après Submarine en 2010, l’anglais récidive avec un film aussi inattendu qu’étrange : The Double. Inspiré du roman de Fiodor Dostoïevski, Le Double, le long-métrage mise sur l’humour britannique et deux acteurs reconnus : Mia Wasikowska et Jesse Eisenberg. Par un hasard du calendrier, le film se retrouve presque côte à côte avec un récit profitant du même postulat : Enemy de Dennis Villeneuve. Pourtant, loin de faire dans la redite, les deux histoires envisagent le problème du double par un traitement bien différent. The Double choisit ainsi un ton plus comique mais aussi, plus mystérieux.

    Simon travaille dans une grande entreprise. Timide et plutôt renfermé, il en pince pour Hannah du service photocopie. Malheureusement, celle-ci ne partage pas du tout ses attirances. Alors qu’il met consciencieusement au point un projet capable d’améliorer le rendement de sa firme et donc de s’attirer les bonnes grâces de son patron, le « colonel », Simon voit débarquer un nouvel employé. Energique, sûr de lui, rusé et charmeur, ce nouveau collègue, James, va aider Simon à sortir de son anonymat. Pourtant, Simon est troublé...car James a une particularité : il lui ressemble trait pour trait. Lorsqu’il tente d’usurper sa vie, les choses tournent mal.

    The Double est un film atypique. Il se construit autour de la personnalité effacée de Simon, incarné par un brillant Jesse Eisenberg. Presque un anti-héros, Simon vit dans un quasi-anonymat, ignoré par le vigile alors qu’il se présente tous les jours, à peine remarqué par son chef de service et pire, royalement ignoré par celle qu’il aime en secret, Hannah. Attachant par sa fragilité et sa balourdise, Simon n’est pourtant pas l’élément le plus frappant du long-métrage. Là où l’on s’attendait à quelque chose d’assez conventionnel, Ayoade imagine un univers très noir et désespérant, sorte de dystopie étouffante où les barres d’immeubles embrumées cachent des suicidaires en puissance, et où les entreprises ressemblent bien plus à des mini-dictatures qu’autre chose. Très sombre, le film du britannique convoque un peu du Brazil de Terry Gilliam avec lequel il partage l’amour pour des technologiques de pointe faites de bric et de broc, et surtout une description très brumeuse de l’entreprise dite moderne. On ne sait jamais réellement le but de l’employeur de Simon, ni même avec précision à quoi il sert dans l’entreprise. Cet épais voile de mystère qui enrobe l’ensemble du long-métrage donne une tonalité inquiétante et déroutante au récit, et si l’humour tranche à certaines occasions, il reste moins marqué que dans Brazil, créant ainsi une ambiance plus oppressante encore.

    Au-delà de ce simple aspect « background », extrêmement enthousiasmant au demeurant, The Double voit l’affrontement de deux « individualités » : celles de James et de Simon. James incarne tout ce que Simon n’est pas, et s’il nous parait immédiatement sympathique, c’est pour mieux mettre en abyme l’effet premier qu’il produit sur Simon et ses collègues de travail. Ayoade démontre que ce n’est pas l’apparence qui compte mais purement et simplement le magnétisme, le charisme d’une personne. Pourtant physiquement identiques, les deux hommes n’ont rien en commun au niveau de la personnalité – ce qui est impeccablement rendu par Eisenberg. Le réalisateur britannique souligne ici l’importance de la communication et du langage corporel. Plus loin, et plus sournoisement, il joue avec le spectateur et l’embrouille sur la nature de James : Est-il un double imaginé par Simon ? Est-il un véritable personnage lié par un quelconque lien fantastique à Simon ? Ayoade ne tranche jamais et nous laisse décider, préservant cette ambiance surnaturelle qu’il a mis tant de temps à installer. En assumant son parti-pris jusqu’au bout, on peut dire que le britannique réussit son pari de l’étrangeté.

    Outre la dystopie, ce qui captive également dans The Double, c’est la capacité d’Ayoade à glisser lentement dans un vrai cauchemar pour son personnage principal et de jouer sur une peur commune à tous : celle du remplacement, et notamment en amour. Mia Wasikowska incarne une Hannah crédible, jeune femme évanescente tantôt suicidaire tantôt rêveuse. Son interaction avec James permet de confronter le spectateur à une peur primale, celle de se voir supplanter par un individu meilleur mais qui, paradoxalement, nous ressemble énormément. Une peur toute schizophrénique mais qui culmine pourtant avec la scène du restaurant, glacialement géniale. Rapidement, le remplacement ne se limite plus à l’espace amoureux mais aussi au versant professionnel pour finir par l’aspect le plus dérangeant, le microcosme personnel. En fin de compte, James supplante Simon, même aux yeux de sa grand-mère. Ayoade marie avec un talent évident le registre comique avec l’angoisse latente de son histoire. Il en résulte une intrigue certes brumeuse, mais véritablement originale et percutante.

    Sorte de fils bâtard de Brazil, The Double constitue une très bonne surprise qui aborde de façon inattendue la thématique du double grâce à son univers dystopique dérangeant et au talent insolent de Jesse Eisenberg.
    Une curiosité à découvrir.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le restaurant avec Hannah


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique