• Cette semaine, une petite perle venu d'Espagne, récompensée à SITGES, où un homme dépressif se métamorphose en éléphant. 
    Non sans rappeler Kafka et sa Métamorphose, le court-métrage de Pablo Larcuen oscille entre mélancolie et absurde. 


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  • Gretta vient de se faire larguer par son petit ami chanteur. Dan vient de perdre sa place dans sa propre maison de production de musique. Par un coup du sort, les destins de ces deux âmes en peine vont se rencontrer dans un petit cabaret un soir à Brooklyn. Immédiatement charmé par la voix de Gretta, Dan va lui proposer de devenir son producteur et de la propulser sur le devant de la scène. Et ce n’est pas le refus de son ex-boîte de les financer qui va les arrêter, car, sur un coup de tête, ils décident d’enregistrer eux-mêmes les chansons aux quatre coins de la ville de New-York. Plus qu’une virée entre musiciens et chanteurs, la ballade de Gretta et Dan va aussi ouvrir des chapitres douloureux de leur passé.


    Chaque été, ou presque, a droit à son feel-good movie. De qualité souvent inégale, ce genre de long-métrage trouve un nouveau représentant avec Begin Again (aka New York Melody). Réalisé par John Carney, un habitué de la chose, le film fait pourtant un peu peur par son côté « romance new-yorkaise » annoncé. On y retrouve deux acteurs excellents mais également un peu en retrait actuellement : Mark Ruffalo et Keira Knightley. Misant quasiment tout sur sa bande-annonce et son « couple » de stars, New York Melody a pourtant quelques sérieux atouts à faire valoir.

    A commencer justement par la ville où il situe son action. Carney aime New-York et sait la filmer comme il se doit et en saisir quelques plans magnifiques. L’atmosphère qu’il en retire donne tout son charme au métrage, d’un cabaret obscur à un toit d'immeuble au pied de l’Empire State Building. Mais ce décor sert avant tout à supporter ses deux formidables acteurs. Mark Ruffalo en vieux divorcé blasé mais attachant, jamais plus à l’aise que dans un rôle dans lequel on ne l’attend pas. Il est merveilleux. Et puis Keira Knightley, plus proche du registre de Never Let Me Go que d’A Dangerous Method, parfaitement à l’aise pour jouer une petite anglaise à la voix d’or et au cœur plein d’espoir et de mélancolie. Plus surprenant, l’alchimie entre les deux fonctionne à plein tube, on y croit dès la première minute et la chose ne se démentira jamais.

    Heureusement, et contrairement à ce que l’on aurait pu craindre, Carney évite le piège de la romance. Il bâtit son récit d’abord en deux temps avec l'histoire de Dan puis celle de Gretta, avant de nouer les deux fils et de broder autour. Au lieu de les faire tomber amoureux l’un de l’autre comme un tas de métrages vus et revus, le réalisateur explore la voie de l’amitié, autrement plus salutaire pour ces deux-là et qui permet de faire vivre les personnages secondaires tels que Miriam et Violet ou encore Dave. Ceux-là trouvent naturellement leur place, nullement étouffés par l’histoire des deux protagonistes principaux. Alors, bien sûr, on n’évite pas une intrigue amoureuse un peu chiante avec le retour de Dave. Mais encore une fois, Carney arrive à bien faire passer ce revirement et à s'en servir pour enrichir le personnage de Gretta au lieu de le dégrader. La meilleure partie finalement revient à Mark Ruffalo et l’aspect familial, tendre et joliment abordé, sans jamais trop surligner les choses.

    Reste alors la musique, et l’évident message de Carney. New York Melody s’emploie à retrouver le bonheur d’artistes « authentiques », et rejette en bloc le travail dénaturant et prémâché des grandes boîtes de prod’. Exit les chanteurs issus du même moule, le métrage nous présente une musique plus authentique et sensible (avec la belle voix de Knightley en prime) tout en revenant à la base de l’art musical : la passion. Dans le fond, c’est ça que cherche à transmettre New York Melody, une passion dévorante pour la belle musique, celle qui vient de la rue, du cœur et non celle des usines à hits. La BO, magnifique, achève de convaincre du bien-fondé de l’entreprise en enrobant le métrage dans un voile mélodieux et entêtant.

    Ce New York Melody se révèle surprenant. Touchant, simple, emporté par deux acteurs sublimes et se jouant des clichés de la comédie romantique, le long-métrage de John Carney fait du bien aux yeux comme aux oreilles.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : La discussion entre Gretta et Dan sur ce qu’apporte la musique au quotidien.


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  • L’indien Pan Nalin nous propose cette année un nouveau documentaire après Ayurveda. Cette fois, il nous emmène sur les rives du Gange, à sa confluence avec 2 autres fleuves sacrés. Tous les 12 ans, le plus grand pèlerinage du monde s’y déroule avec près de 100 millions d’Indiens qui viennent s’immerger dans les eaux du fleuve divin. Nalin choisit de prendre sa caméra pour y participer et rapporter les images à son père. Il ne se contente pourtant pas de filmer les festivités mais va également suivre quelques destins hors du commun dans ce rassemblement extraordinaire et unique au monde où fidèles, gens du peuple, sâdhus et yogis se croisent. Kumbh Mela, Sur les rives du fleuve sacré est une invitation au voyage en même temps qu’une extraordinaire peinture humaine.

    Pour nous immerger dans ce pèlerinage au bord du Gange, Pan Nalin laisse vagabonder sa caméra d’un bout à l’autre de la manifestation. Ses images, formidables, capturent la grandeur et la démesure incroyable de Evènement, et s’arrêtent sur des visages, des hommes noyés dans la multitude. Chaque regard trouve un écho dans le cœur du spectateur et au-delà de ce fourmillement de vies et de destins, Nalin nous dévoile une humanité foisonnante. On s’étonne devant les défilés de sâdhus, ces sortes d’ermites vénérés comme des saints par les Indiens, ou devant cette dévotion quasi-unique au monde. Plus encore, ce sont les images nocturnes où le flamboiement des campements et des défilés dessine une constellation incongrue, spectacle fugace d’une humanité qui brûle de mille feux dans la foi. Celle-ci rejaillit sur tout mais s’avère d’une grande bonté et d’une grande tendresse, Kumbh Mela montre le meilleur de l’homme. Et parfois le pire. Nalin ne se fixe pas de limite claire, il se contente de nous faire partager son ébahissement que l’on devine intense.

    Les images qu’il nous rapporte, Nalin prend bien soin de les monter et de leur donner un sens. Un sâdhu qui semble courir sur l’eau, des hommes et femmes disparus réduit à l’état de bouts de papier dans un panier... Tout trouve un sens, sans forcément décrire, sans presque jamais intervenir. Des mots, il y en a pourtant dans Kumbh Mela. Le réalisateur indien donne voix à plusieurs destins : celui de parents dont l’enfant s’est perdu dans la masse confuse qui gravite autour du fleuve et qui tentent désespérément de le retrouver, celui d’un jeune gosse fugueur qui rêve de devenir soit un parrain soit un sâdhu, ou encore celui de Yogi Baba et de Bajrangi, l’enfant perdu. Ces trois fils s’entrelacent et se croisent, Nalin les laisse s’exprimer, les laisse, mine de rien, inclure leurs petites histoires dans la grande.

    Chacun des protagonistes que l’on rencontre apporte sa pierre à l’édifice bâti patiemment par Nalin si bien qu’à la fin, l’ensemble des mots et des voix qui s’élèvent forme un hymne à la vie et à l’humanité vibrant d’authenticité. C’est cela qui touche le plus dans Kumbh Mela, ce sentiment de s’introduire dans un autre monde et dans d’autres existences, fascinantes et intrigantes. C’est le discours touchant de Baba Yogi qui a découvert l’amour paternel en recueillant un fils qui n’est pas le sien. Ou les bravades du jeune fugueur envers les policiers entourant les campements. Ou cet ardent courage de parents affolés. Le Gange en arrière-fond, le réalisateur indien nous inonde mais pas avec l’eau sacrée, mais bien la vie sacrée, celle des habitants, extraordinaires ou ordinaires, qui traversent son documentaire. Le résultat est beau à en tomber, touchant et d’une force hors du commun.

    Document exceptionnel sur un événement qui ne l’est pas moins, Kumbh Mela, Sur les rives du fleuve sacré flirte avec la foi, l’humain et le divin. Il démontre qu’avec du talent, de la sincérité et surtout des idées, on peut faire bien plus marquant que n’importe quel blockbuster. Pan Nalin parle avec amour d’une Inde qui vous fascinera à coup sûr, et vous emmène à la rencontre d’hommes et de femmes que vous n’êtes pas près d’oublier.

    Note : 9/10

    Meilleures scènes : Toutes les séquences de Baba Yogi avec Bajrangi.

    Meilleure réplique : Tous ces drames pour une bouteille d'eau


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  • En 1989, Don Bluth est un peu le roi du dessin animé occidental. Ses deux derniers métrages, Fievel et Le Petit Dinosaure, ont connu un large succès encore amplifié par le florissant marché de la VHS. Plus confiant que jamais, Bluth et ses deux amis de toujours, Gary Goldman et John Pomeroy, réalisent un nouveau dessin animé, plus ambitieux encore et surtout plus atypique que tout ce qui se fait dans le milieu à la fin des années 80. Son titre : All dogs go to heaven (Charlie, mon héros pour nous autres pauvres français). Alors pourquoi ce qui s’affirmera comme le chef d’œuvre de l’américain n’est-il pas resté dans les mémoires ?

    Simplement parce que le film sort en salles précisément en 1989 et que cette année-là, Disney va renaître de sa longue période de vaches maigres avec La Petite Sirène, un dessin-animé qui deviendra un classique (largement surestimé). Eclipsé par la notoriété d’Ariel, Charlie va petit à petit sombrer dans l’oubli hormis pour une poignée de fans et pour les amateurs de VHS (ou il réalisera encore un beau succès d’estime). Pire, l’injustice autour du métrage ira jusqu’à le voir éclipsé par ses prédécesseurs sans que lui-même n’obtienne une place réelle dans le patrimoine de l’animation. Le souci principal de Charlie, c’est d’être arrivé avec une dizaine d’années d’avance sur ses concurrents et donc, d’avoir totalement loupé son public. Il marque également la fin du règne de Bluth et sa longue descente aux enfers... Il faudra attendre huit ans et Anastasia pour que Bluth retrouve une certaine notoriété.

    Alors qu’est ce qui fait de Charlie un dessin-animé à part ? D’abord son récit et ses personnages. A une époque où Disney en est encore à nous resservir l’histoire d’une jeune fille qui rêve de son prince charmant, Bluth parie sur tout autre chose. Imaginez un peu : Charlie est un chien mais pas n’importe lequel, c’est un des parrains du crime. Avec son associé-rival Carface, il contrôle les jeux de hasard et les paris de la Nouvelle-Orléans. Seulement voilà, le gâteau n’est pas assez gros pour deux et Carface décide de se débarrasser de Charlie. Mais celui-ci arrive à s’échapper du paradis pour retourner se venger de Carface sur Terre. Gratouille, son compagnon de mauvais coups, lui apprend que Carface cache un monstre dans sa cave... en fait une petite fille, Anne-Marie, capable de parler aux animaux et donc de truquer les courses de rats. Charlie décide... de la kidnapper pour s’en servir à son gré ! Franchement, vous imaginez un peu le choc d’un tel pitch à une époque où Ariel chante Sous l’Océan ? C’est assez difficile à imaginer aujourd’hui, mais la fin des années 80 n’était pas du tout prête pour ce genre d’anti-héros.

    Parce que la grande idée de Bluth, c’est de balader son public avec un anti-héros tel que Charlie qui ne trouve la rédemption qu’en toute fin de film. Charlie n’est pas un vertueux, mais une crapule qui se sert des autres et dont la seule amitié va à Gratouille, son associé. Au lieu de sauver Anne-Marie, il passe une bonne part du métrage à l’utiliser comme un outil. Et malgré tout, ça marche. Ça marche parce que la fripouille qu’est Charlie est attachante en diable et que son interaction avec Anne-Marie va évoluer jusqu’à une scène finale brise-cœur. Bluth se paye en plus le luxe de nous emmener dans un tas d’endroits géniaux, du casino des chiens aux champs de courses en passant par une vieille église abandonnée ou l’antre d’un crocodile mélomane... On n’en finit pas d’avoir la tête dans les étoiles. Le dessin animé s’avère bien plus rythmé que ses prédécesseurs et bien mieux dosé. La preuve en passe par les chansons, toutes plus géniales les unes que les autres, et toujours placées judicieusement. Difficile d’oublier « What’s mine is yours » ou la sublime « Soon You’ll come home » (qui n’est pas sans furieusement rappeler la chanson de la sœur de Fievel).

    L’autre point formidable de Charlie, c’est aussi cette galerie de personnages secondaires savoureux et terriblement attachants (ou détestables). De l’horrible Carface à l’excellent Gratouille, en passant par l’inattendu Roi Gator (qui renvoie invariablement au chat végétarien et mélomane de Fievel), Bluth pense aussi à ce qui entoure ses deux protagonistes principaux, Charlie et Anne-Marie. Dans un certain sens, il est curieux de voir comme la présentation d’Anne-Marie et la scène finale renvoient à un chef d’œuvre du genre... qui verra le jour de nombreuses années plus tard : Monstres et Cie. Anne-Marie est une petite fille que les chiens voient d’abord comme un monstre embêtant et collant... jusqu’à une séparation dans une chambre à coucher pleine d’émotions. Oui, Don Bluth avait au moins une dizaine d’années d’avance sur tout le monde. Rajoutez qu’en plus il nous livre quelques une des scènes les plus belles du moment – l’adieu de Charlie, le cauchemar que n’aurait pas renié Fantasia, l’extravagant chant du roi Gator et de Charlie... – et vous obtenez bel et bien un chef d’œuvre, celui de Don Bluth.

    C’est une immense injustice que la conjonction des choses et la trop grande avance de Bluth aient fait tomber Charlie, mon héros dans un oubli quasi-total. Simplement génial de bout en bout, prenant, rythmé, poignant et surtout beaucoup plus élaboré que tous les dessin-animés occidentaux de l’époque, le chef d’œuvre de Don Bluth mérite certainement une deuxième chance !
    Donnez-la-lui !

    Note : 9.5/10

    Meilleure scène : L’adieu de Charlie à Anne-Marie

    Meilleure réplique : « Moi j’aime la fête. Rio. Venise, j’y suis pas allé mais j’sais que j’aimerais »

    N.B : Notez que le dessin-animé bénéficie d’une géniale VF

    N.B 2 : La petite fille qui interprète la voix d’Anne-Marie dans la version originale est morte assassinée par son propre père d’une balle dans la tête l’année suivante. La chanson du générique qui détonne par rapport au registre général de Charlie, « L’amour survit », lui est dédiée.


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  • En 2011, La Planète des singes : Les Origines permettait à une des sagas les plus mythiques de la SF moderne de revenir sur le devant de la scène. Rupert Wyatt prenait le parti non pas de calquer son intrigue sur le film originel de Schaffner - comme l’avait lamentablement tenté Tim Burton – mais de revenir aux sources en nous expliquant comment tout avait démarré. Excellente surprise, le long-métrage introduisait César, le leader des singes, grâce à des effets spéciaux made in Weta Workshop des plus impressionnants. Près de 3 ans après ce premier succès et malgré le départ de James Franco et du réalisateur, une nouvelle suite a vu le jour sous le nom de Dawn of the Planet of the Apes (toujours bêtement traduit en France par La Planète des singes : L’affrontement). Cette fois, c’est Matt Reeves, le papa de Cloverfield, qui reprend le flambeau et tente de nous raconter la confrontation entre l’humanité et les singes. Bonne ou mauvaise idée ?

    Dix ans ont passé depuis la fuite de César et le début de ce que l’on appelle aujourd’hui l’épidémie du virus Simien. Installée au cœur de la forêt, la civilisation des singes a grandi et a gagné en maturité. César commande et élève ses congénères dans le respect des autres. Mais tout semble sur le point de vaciller lorsqu’ils rencontrent un groupe d’hommes mené par Malcolm, un des leaders des survivants humains de San Francisco. Désœuvrés, les humains veulent remettre en fonction le barrage hydraulique pour récupérer l’électricité vitale pour leur survie. Seulement, Koba, le bras droit de César, se méfie toujours autant des hommes qui l’ont jadis torturé... Peut-il y avoir la paix entre les deux peuples ?

    Dans ce volet, Matt Reeves choisit avec une certaine logique de mettre l’accent sur les singes et la société qu’ils ont créée. Grâce aux effets spéciaux hallucinants de Weta, l’entreprise est une éclatante réussite. Dès le départ, on est happé par cette ville en pleine forêt et ces singes qui communiquent par un proto-langage des signes. En faisant le choix de ne pas faire parler César et ses congénères dans un premier temps, Reeves fait un choix audacieux. Malheureusement, il ne respectera pas à la lettre cette décision et donnera voix aux singes – même si de façon très saccadé et simpliste. Pourtant, tout ce qui tourne autour de la société simiesque jouit d’une grande crédibilité et l’on y croit du début à la fin. Le pouvoir chez les singes est un savant mélange de domination/respect pour le plus fort/sage, en l’occurrence César, et c’est lui, justement, qui constitue le point de bascule du métrage.

    Reeves excelle à décrire le personnage de César, encore une fois porté par l’excellente performance de l’incroyable Andy Serkis. Plus humain que les hommes que l’on rencontrera, mais tiraillé entre ses origines animales et celles, plus intimistes, de la famille humaine dans laquelle il a été élevé, César s’avère sans mal la plus grande réussite du film. Reeves joue un petit numéro d’équilibriste réussi autour de son héros, tout en lui donnant un double contaminé par la haine des hommes, Koba. Un peu caricatural, Koba n’en reste pas moins un choix judicieux, notamment son passé de cobaye. Le souci principal du film, son paradoxe en fait, c’est qu’il loupe tous ses personnages humains ou presque.

    Car en face des singes, Reeves dépeint une société de survivants humains terrés dans un San Francisco en ruines du plus bel effet. Après nous avoir introduit le pourquoi de cette apocalypse dans la première séquence du film, Reeves peine énormément à installer un protagoniste humain aussi fort que celui de James Franco. Alors que Wyatt utilisait la cellule familiale sur 3 générations (Will, son père Charles et le «fils » César), Reeves ne peut retrouver ce schéma et se contente d’un classique héros noble parmi un tas de stéréotypes dont le parangon reste le pauvre Kirk Acevedo en Carver, un connard qui commence par faire une connerie et achève sa vie par une autre connerie. Le reste des hommes que l’on croise ne servent à rien et sont à peine effleurés, à commencer par Gary Oldman et Kodi Smit-McPhee dont on ne se sait rien, et dont les scènes au final... ne servent à rien. Il y a un étrange vide dans tout le pan humain du film de Reeves assez surprenant, à peine rattrapé par le personnage de Jason Clarke, Malcolm. Ce dernier fait un peu écho à Will mais sans la parenté qui l’unissait à César. En gros, une sorte de personnage prétexte qui, bien qu’attachant, peine à trouver un ton aussi juste que James Franco.

    Pourtant, malgré ce côté bancal, le long-métrage s’avère réussi, bien plus que ce que l’on pouvait s’attendre pour une suite estampillée blockbuster de l’été. Sa progression narrative et ses quelques beaux instants – notamment la découverte des humains par un bébé singe – le hisse au-dessus du lot. Reeves arrive à lier scénaristiquement son film avec le précédent et à continuer le récit qui mènera inévitablement à la domination des singes. Le premier affrontement qui prend place dans la seconde moitié du film s’avère tout aussi convaincant qu’intense et l’ascension de Koba donne quelques frissons de colère devant tant de bêtise que l’on croyait réservée à l’homme. C’est d’ailleurs un peu le principal message du film : les mêmes vices guettent la société des singes et des hommes. De ce côté, Reeves atteint ses objectifs et livre une copie des plus satisfaisantes. Il n’oublie d’ailleurs pas de rendre un petit hommage au précédent volet avec cet arrêt à la maison des Rodman et son grenier désormais mythique. Si le film avait eu l’impact émotionnel qu’il possède dans cette courte séquence entre César et Malcolm, nul doute qu’il aurait transcendé ses intentions.


    Assez réussi, La Planète des singes : l’Affrontement n’évite certes pas quelques facilités commodes (comme défendre San Francisco en cœur de ville et non devant le Golden Gate) ni quelques erreurs (tout le versant humain en fait) mais arrive finalement, grâce à une belle réalisation et une description fascinante de la société simiesque, à happer son public.
    Un bon blockbuster de l’été en somme, tout le contraire d’un Transformers.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : César et Malcolm dans le grenier des Rodman


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  • Un court qui, cette fois, délaisse la SF pour la poésie entraînant un homme et une femme vers leur destin grâce...à des feuilles de papier !









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  • Dans la foulée des films d’horreur à petit budget tels que Paranormal Activity ou Blair Witch, American Nightmare (critiqué ici) avait connu un petit succès en salles l’année dernière. Malgré sa flagrante médiocrité, il n’en fallait pas davantage pour commander une suite à son réalisateur, James DeMonaco. En reprenant la recette du premier volet, à savoir la Purge Annuelle, DeMonaco tente de varier les plaisirs en sortant ses protagonistes du carcan de la maison de banlieue pour les faire vadrouiller à l’air libre. Malheureusement, ce choix scénaristique ne change pas grand-chose à la qualité globale du métrage...

    La purge approche à grands pas. Dans toute l’Amérique, les gens se préparent en se barricadant ou en s’armant selon les plaisirs qu’ils ont choisis. Alors que la contestation monte (Jusqu’à une émission de télé-pirate avec un Noir façon Black Power, c’est dire !), Eva et Cali fortifient leur appartement pour abriter leur père malade. En pleine ville, Shane et Liz font leurs dernières emplettes avant d’aller se retrancher chez eux... mais tombent en panne en pleine ville à quelques minutes du début des festivités (Ca c’est drôle !). Reste Léo, un homme seul qui a décidé de se la jouer cow-boy en allant se venger pendant la Purge. Pendant une nuit de chaos, les destins de ces différents personnages vont se croiser pour le meilleur et surtout pour le pire.

    Sur le papier, l’idée de la Purge pouvait passer pour intéressante... Pouvait... Seulement en réalité, non seulement la chose est explorée n’importe comment mais en plus elle s’avère intrinsèquement débile. Il est impossible de faire croire au spectateur qu’on puisse laisser joyeusement tout le monde s’entretuer pendant une nuit entière et d’arriver ensuite à regagner le contrôle de la situation. Sans même penser aux multiples vengeances que cela entraînerait. Dans ce second volet, DeMonaco insiste sur le côté « juguler la population permet des économies » mais en même temps vu qu’ils détruisent tout pendant la nuit, on se demande bien comment cette balance est viable. Ainsi, et encore une fois, la base même du film plombe d’emblée le récit. Pourtant, au-delà du concept, le réalisateur se croit obligé de nous livrer une histoire totalement caricaturale.

    American Nightmare 2 se contente de marteler un message simpliste : d’un côté vous avez les gentils pauvres noirs (bon y’a quelques blancs mais ils sont cons, ça compte pas) et de l’autre les méchants riches blancs (et bien blancs, avec l’air pincé et tout). On assiste au fur et à mesure de l’avancée du récit à une surenchère hallucinante sur ce même thème. Le point culminant est atteint par l’hallucinante séquence style Battle Royale – Hunger Games (enfin quelque chose dans le genre mais dans une unique pièce) pour le bon plaisir d’un parterre de riches bien bien riches (donc avec une vieille harpie, obligatoire la vieille chez les riches). Tout est exagéré et le propos de lutte des classes semble tout droit sortir d’un manifeste de parti d’extrême gauche. DeMonaco prouve encore une fois qu’il a autant de subtilité qu’un éléphant et fait définitivement dérailler tout son métrage.

    Pourtant, le changement de cadre apporte un mieux au film. Une des interrogations sur le précédent opus (hormis les raisons budgétaires) était de savoir pourquoi choisir un huis-clos pour un tel sujet ? American Nightmare 2 installe cette fois son action en milieu ouvert (à savoir les rues du centre-ville) et profite mieux de ses possibilités avec quelques bonnes scènes de fusillades. Rien d’extraordinaire, mais c’est certainement le seul bon point du film, tenter d’apporter un poil de fun. Ce n’est d’ailleurs pas les acteurs recrutés qui feront illusion, même ce pauvre Zach Gilford qui semble ne pas trop savoir ce qu’il fait là. Et comme on se fout de la plupart des personnages vu qu’ils incarnent des stéréotypes déjà vu mille fois ailleurs...

    Non, American Nightmare 2 : Anarchy ne peut définitivement pas nous faire changer d’avis sur le talent de James DeMonaco. Il peut tout au plus distraire légèrement plus que le lamentable précédent volet, mais sa propension à accumuler les clichés et la caricature dégoûte définitivement de l’univers. Une nouvelle purge en somme.

    Note : 2/10

    Meilleure scène : La sortie des diverses factions pour le début de la Purge


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  • Ablations

    Sur une idée de Benoît Delépine, un grolandais, Arnold de Parscau a construit son premier long-métrage qu’il a même réussi à emmener jusque Gerardmer. Illustre inconnu, De Parscau réalise ici son premier film après deux courts. Imaginez un peu : un homme se réveille un beau matin au bord de la rivière sans aucun souvenir - ou presque - de la nuit passée. En rentrant à sa chambre d’hôtel, il s’aperçoit qu’il porte une cicatrice à hauteur d’un rein... avant de constater qu’on l’a bel et bien drogué pour lui voler l’organe en question. Pastor contacte alors sa maîtresse Anna, également médecin, pour trouver conseil. Pendant ce temps, un couple de personnages inquiétants, Wortz et son assistante, écume les campagnes pour trouver de nouvelles victimes. Obsédé par sa mésaventure, Pastor se met en tête de retrouver ses agresseurs coûte que coûte.

    Si l'on peut relever un bon point dans le film de De Parscau, c’est sa réalisation. Soignée et dans l’ensemble très correcte, elle possède même quelques fulgurances dans les scènes d’hallucinations-rêves de Pastor où son obsession morbide rejoint ses pulsions primales enfouies. Passé ce constat, Ablations est d’un ridicule consommé. D’abord parce que jamais le métrage ne trouve le ton adéquat pour son sujet. On se demande si le récit se veut humoristique ou dramatique, inquiétant ou délirant... A tel point que seules 2-3 scènes affichent clairement leurs intentions – la tente Quechua par exemple... Le reste du temps, le spectateur s’interroge sur les intentions du réalisateur sans quasiment jamais les percer à jour.

    La faute à un script bordélique de Benoît Delépine qui s’éparpille non seulement au fur et à mesure de l’histoire, mais aussi et surtout par son ridicule traité avec un sérieux papal. Comment trouver deux secondes crédible l’histoire d’un homme qui ne va même pas directement aux urgences après avoir découvert qu’on lui a volé un rein ? Et la réaction de son amie médecin (tiens on va faire un scanner en cachette... et Ho c’est ballot on t’a volé un rein... bon tant pis quoi) ? Et la montagne d’absurdités qui s’accumule tout du long ? Parce que le ridicule ne se limite pas aux réactions de Pastor (toutes plus débiles les unes que les autres) mais aussi au pseudo-couple de chirurgiens du dimanche à mi-chemin entre fanatiques religieux et bons samaritains extrémistes (on ne le comprend qu’à la toute fin). Yolande Moreau et Philippe Nahon se voient attribuer des personnages invraisemblables et pas crédibles une seule seconde... Dès lors, rien ne tient debout, rien du tout.

    Pire encore, le déroulement du récit s’enlise, et part dans tous les sens. Entre une enquête aussi nerveuse que le dernier épisode de Derrick, une victime qu’on ne cerne jamais et pour laquelle on éprouve aucune empathie et des coq-à-l’âne incompréhensibles (le lien tenu avec le manager de foot, encore une fois totalement débile). Bref, plus le film avance, plus on décroche dans cet imbroglio que De Parscau ne sait pas démêler lui-même. Entre la sous-intrigue de la femme de Pastor et sa maîtresse, qui n’a rigoureusement aucun intérêt, ou la visite chez le médecin privé de licence ou une histoire de vols d’organes sur enfants qui tombe par on ne sait quel miracle là-dedans... Franchement, on ne comprend définitivement plus ce qu’a voulu tenter De Parscau... Même le thème de la folie, assez évident avec le recul, est traité par-dessus la jambe et déjà bien mieux géré ailleurs. Reste un Denis Ménochet convaincant mais perdu au milieu de ce grand n’importe quoi.

    Après une fin aussi farfelue et à côté de la plaque que tout le long-métrage, Arnold de Parscau achève de convaincre son public qu’il n’aurait jamais dû se lancer sur un scénario aussi saugrenu et mal géré (sans parler de certains cabotinages d’acteurs intolérables). Il n’y a rien à ajouter sur Ablations si ce n’est qu’on vous le déconseille fortement. 

    Note : 1.5/10

    Meilleures scènes : Les hallucinations de Pastor


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  • On prend les mêmes et on recommence. 2 ans après, le trublion Gareth Evans remet le couvert avec une suite à son film d’action au succès retentissant : The Raid (critiqué ici). Pas grand-chose ne change dans la recette générale : des combats percutants, un scénario prétexte et des acteurs motivés. Sauf qu’Evans tente tout de même de s’améliorer et ça se sent, c’est pourquoi The Raid 2 sort avec un buzz très positif qui rassure clairement quant à la possibilité d’un simple copier-coller du premier. Le film d’action Indonésien a-t-il trouvé un nouveau mètre-étalon ?

    Après la mort de son frère des mains du terrible Bejo, Rama se voit forcé de rempiler après les terribles événements de Jakarta. Pour se faire, il va devoir se faire enfermer avec Uco, héritier d’un puissant parrain du crime indonésien, pour gagner sa confiance et infiltrer l’organisation criminel en tant qu’homme de main. Laissant derrière lui sa famille, Rama va pénétrer dans un monde où la violence règne en maître et où le fragile statu quo entre chinois et indonésiens risque à tout moment de voler en éclats sous les complots orchestrés par Bejo.

    Si l’on a retenu deux choses de The Raid premier du nom, c’est bien sa faiblesse scénaristique et sa maestria visuelle. Evans, bien conscient de cela, tente de repenser son film et d’organiser une sorte d’intrigue mafieuse où vengeance et trahison font bon ménage. Bien entendu, on est loin des ténors du genre – dont il pompe allégrement divers éléments – et le scénario se perd un peu sur une durée faramineuse de 2h30. Pourtant, l’effort se perçoit et les personnages prennent un peu plus de consistance, aussi relative soit-elle pour un film d’action. On ne va pas attaquer trop frontalement le récit, trop long, trop confus parfois et parsemé de personnages archétypaux, ce serait tirer sur l’ambulance. Mais même si Evans se prend les pieds dans le tapis avec toutes ses sous-intrigues, il amène quelques scènes dantesques avec lui et fait un peu oublier le retournement de situation final prévisible au possible. Car si The Raid 2 s’est amélioré niveau scénario, il a aussi franchi une nouvelle étape visuelle et l’Indonésien livre une copie inspirée et classieuse au possible.

    L’action dans The Raid, c’est un peu comme le mélo dans la comédie romantique, c’est tout le sel du film. Evans a un don vraiment inné pour monter des scènes de bastons épiques et jubilatoires pour le spectateur. Sa caméra filme avec une bien meilleure lisibilité qu’auparavant tout en conservant cette capacité à saisir les instants chocs et secs des combats. La première grande scène, dans la cour de la prison, est quasiment une leçon de mise en scène, jouissive au possible et aussi brutale que stylisée. D’autres suivront, beaucoup. Et Evans pousse les choses à fond... jusqu’à une improbable séquence où s’unissent gunfight, course-poursuite et combat à mains nues. Totalement démentiel on vous dit. Ce qui est drôle, c’est que le Mad Dog du premier volet a fait des émules (sans parler que l’acteur l’incarnant est de retour grimé sous les traits du délicieux Prakoso, de loin le personnage le plus cool du film). Dès lors, The Raid 2 se transforme en une succession de fights d’anthologies contre ce que l’on pourrait qualifier de boss de jeux vidéo (les amateurs de Street of Rages apprécieront).

    De la fille au marteau au mec aux crochets en passant par celui à la batte de base-ball, inutile de dire que ces personnages n’ont rigoureusement aucun background... mais Evans se sert de leur esthétisme pour les incarner. Ce qui n’est d’ailleurs pas une mauvaise idée en soi pour ce type de long-métrage. Ce qui est saisissant par contre, c’est que face à cette surenchère, notre héros, Rama, fait un peu pâle figure. Alors oui, on sait que dès qu’il rentre dans une pièce avec tel ou tel objet, ça va faire très mal, mais son look reste des plus banals. Heureusement, son jeu d’acteur s’est lui aussi un peu amélioré et a certainement gagné en maturité, Iko Uwais assure ce qu’il faut pour son rôle de combattant revanchard. Impossible non plus d’oublier Yayan Ruhian (le Mad Dog du premier), seul personnage un peu travaillé (c’est dire) et qui possède un charisme indéniable, même en habits de clochard.

    The Raid 2 ne réserve pas de grandes surprises à son public. Ceux qui ont aimé le premier, adoreront le second, les autres par contre resteront toujours aussi hermétiques. Cependant, pour un film d’action, c’est clairement le haut du panier et même un non-amateur devra prendre sa petite claque devant certaines scènes (ce plan dans le métro style Old Boy) sans parler du fait qu’Evans s’améliore et fait clairement des efforts à tous les niveaux. On attend juste que le bonhomme trouve un scénariste digne de ce nom pour vraiment obtenir du lourd. En attendant, vous savez ce qu’il vous reste à faire...

    Note : 7/10

    Meilleure scène : La bataille dans la boue de la prison


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  • Le court de cette semaine, Abe, mêle science-fiction et horreur en prouvant que même la carcasse de métal d'un robot peut renfermer le pire des psychopathes....
    L'aimerez-vous ?


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  • En 1988, Don Bluth sort son nouveau dessin animé. Après le triomphe de Fievel et le nouveau monde (critiqué ici), Spielberg embarque son comparse George Lucas pour financer le nouveau projet du réalisateur américain. Dans une volonté de toucher un public plus jeune, Don Bluth et Gary Goldman imaginent une aventure préhistorique où un groupe de dinosaures recherche la terre promise. Intitulé The Land before the time (Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles en France), le long-métrage va connaitre un succès fulgurant notamment sur le marché de la VHS, ce qui lui vaudra une flopée de suites directement en vidéo...mais bien loin de l’œuvre originale de Bluth.

    Petit-Pied vient au monde parmi les herbivores, les « Dents Plates », qui vivent en troupeau selon leur espèce (Long-Cou, Grande Bouche, Trois Cornes...) pour se protéger des terribles Dents Tranchantes. Alors que plusieurs naissances surviennent, la terre se met à trembler et à se fissurer, entraînant la séparation de Petit-Pied et sa famille. En s’unissant avec d’autres enfants, Petit-Pied tente de retrouver le chemin d’un monde encore indemne du cataclysme : la mythique Grande Vallée. Mais les dangers sont nombreux sur le chemin et les Dents Tranchantes rôdent...

    Le troisième dessin animé de Don Bluth s’adresse clairement à un jeune public. Il présente d’ailleurs d’importantes similitudes avec le précédent long-métrage de l’américain – Fievel – du fait de cette volonté de rester plus accessible que l’était Brisby (critiqué ici). Elaboré comme un conte doublé d’un voyage initiatique, le dessin animé s’avère aussi court qu’il est poétique. Il s’ouvre sur une splendide séquence où une voix ténébreuse (celle d’Henri Virlojeux en français) nous raconte ce qu’était la vie en ces temps reculés. Simple, efficace mais toujours envoûtante, l’introduction culmine avec la naissance de Petit-Pied, moment de poésie absolu bercé par la fabuleuse partition d’un James Horner au sommet. La tendresse avec laquelle Bluth caractérise ses personnages et la délicatesse de ces premiers pas font des merveilles et harponnent immédiatement l’enfant en chacun de nous.

    Pourtant, on le remarque d’emblée, Bluth ne renonce pas à ses caractéristiques propres, à savoir une ambiance parfois sombre et inquiétante – le cataclysme, séquence impressionnante au possible, ou encore le passage volcanique. Mais plus encore que l’atmosphère, Bluth confronte une fois de plus le jeune spectateur à la mort, ici celle de la mère de Petit-Pied. A la différence d’un Bambi, on assiste frontalement au drame avec ce combat terrible l’opposant aux Dents Tranchantes puis à l’agonie de l’Apatosaure incapable de se relever. Cette séquence allie presque toutes les qualités du cinéma de Bluth : une mise en scène crépusculaire, une tristesse quasiment palpable et une musique mémorable. On n’oubliera jamais les larmes de Petit-Pied.

    Le reste de l’aventure fait la part belle aux exploits de la bande avec des membres tous plus attachants les uns que les autres, Becky et Petri en tête (avec une VF de l’époque inoubliable, prenez garde le film a été redoublé depuis...). On remarque cette fois la volonté de livrer un film plus grand public. Heureusement, le talent de l’américain arrive à toucher la corde sensible pour aborder des thèmes assez classiques comme la solidarité ou, plus surprenant, le deuil. En effet, pendant un certain temps, Petit-Pied y est confronté avant de rencontrer son nouveau groupe de compagnons. Entre ces deux aspects persistent de fugaces instants de beauté comme ces bébés ptérodactyles qui se chamaillent pour une cerise avant de l’offrir à un Petit-Pied amorphe, ou le groupe d’amis se blottissant les uns contre les autres pour se tenir chaud... ou encore les multiples tentatives de Petri pour voler (qui ne manquent jamais d’humour).

    Assez court au final (à peine 1h10), le film de Bluth fait office de pont entre Brisby et All Dogs go to Heaven. Il accomplit en réalité l’union quasi-parfaite entre dessin animé grand public et d’auteur. Malgré une certaine banalité dans le déroulement des péripéties contées, c’est avant tout la sincérité débordante du métrage qui parvient à décrocher la sympathie du spectateur. Aucune chance pour l’enfant de décrocher de nos petits héros. L’enchantement constant, auquel la musique d’Horner est loin d’être étrangère, rend le dessin animé aussi puissant que touchant.

    Troisième dessin animé de Don Bluth – et aussi un des plus connus – Le Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles s’affirme comme une franche réussite qui ravira les plus jeunes en leur offrant un plus indéniable face aux autres œuvres plus traditionnelles.
    Un classique en somme.

    Note : 8.5/10

    Meilleures scènes : L’introduction/ La mort de la Mère


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  • Boyhood


    C’est en rencontrant le tout jeune Ellar Coltrane à ses 6 ans que le réalisateur Richard Linklater – à qui l’on doit A Scanner Darkly ou plus récemment Before Midnight – décide de réaliser un film exceptionnel. Son idée ? Filmer une cellule familiale sur douze années de vie, de 2002 à 2013, et raconter l’enfance d’un jeune garçon, Mason. Primé au festival de Berlin avec rien de moins que l’Ours D’argent du meilleur réalisateur, Boyhood arrive sur nos écrans avec une réputation flatteuse. Que vaut réellement ce film-fleuve à la durée impressionnante de 2h45 ?

    Mason a six ans. Il vit avec sa sœur, Samantha et sa mère, Olivia. Son père, lui, ne lui rend visite qu’occasionnellement pour une virée festive. Mason va vite apprendre que la vie présente ses épreuves et ses détours, mais aussi des moments de joie et de bonheur. Pendant près de douze années, le jeune garçon va devenir un jeune homme accompli et passer entre les mailles du destin. Il découvrira l’amour mais avant toute chose il apprendra ce que signifie devenir adulte.

    Portrait soigné et minutieux de la vie ordinaire – ou presque – d’une famille américaine, Boyhood étonne par sa sobriété et sa subtilité. Linklater prend un peu à contrepied les attentes du spectateur et ne s’embarque pas tant dans une histoire dramatique – la piste sur le beau-père alcoolique par exemple – que dans une histoire tout court. En jonglant avec divers registres, de l’humour à la tragédie, Linklater refuse de se cantonner à un thème autre que celui de montrer Mason grandir. Car c’est bien là que réside en réalité le centre du film, ce n’est ni dans les aventures malheureuses d’Olivia ou dans les regrets de Mason Senior, ce qui importe c’est le regard que porte le jeune garçon sur les étapes de sa vie et sur ceux qui l’entourent. Sans jamais verser dans le patho et avec une intrigue finalement d’une banalité étonnante, Linklater délivre un portrait quasi-universel.

    En explorant les coups durs de l’adolescence par exemple, ou le rapport complexe entre une mère seule et son enfant, voire pire entre un père fantomatique et son garçon. Même si la grande sœur Samantha – extraordinaire Lorelei Linklater – prend parfois une place importante, elle ne constitue qu’une brique de l’existence de Mason. Le réalisateur possède le talent nécessaire pour effacer ses autres trames derrière celle, primordiale, de Mason. Ainsi, le film acquiert une saveur toute particulière. Le récit se fait doux-amer avec ce temps qui passe, et toute une génération se reconnaît dans les yeux de Mason. D’une chanson de Britney Spears à une partie d’Halo en passant par des épisodes de Dragon Ball Z, c’est un peu toute une époque qui défile autour du garçon et devant le spectateur. Linklater, doucement, se fait témoin du changement.

    Ce changement qui reste toujours le moteur du film. Qu’il ait recours à des ressorts dramatiques – le départ précipité de la maison du beau-père – ou plus tendres – les cadeaux d’anniversaire des grands-parents – c’est le changement qui gouverne Boyhood. On voit avec plaisir évoluer physiquement et psychiquement Mason, et sans s’en rendre compte, chacun se souviendra de telle ou telle étape de sa propre existence. Jamais Linklater n’a la mauvaise idée de s’enfermer dans un carcan scénaristique. Il aurait été très facile de plonger tête la première pour filmer les affres d’un mari violent ou ses conséquences sur les enfants. Mais il n’en est rien. Ces moments-là passent, marquants certes, mais avant tout pour être remplacés et aller de l’avant, comme le fait Mason. Le plus remarquable dans Boyhood, c’est cela, cette capacité à se focaliser sur le temps qui passe et non pas à s’acharner autour d’un évènement en particulier. De cette façon, le film atteint tous ses objectifs.

    En y rajoutant une BO magnifique et quelques fulgurances – comme Olivia pleurant seule dans le silence total lors du départ de son grand garçon – Linklater touche au plus juste et finit par poser la question essentielle et fondamentale du métrage : A quoi bon la vie ? A quoi bon tout ça ? Et Mason Sr de répondre avec pragmatisme qu’il n’y a aucune raison. Parce que c’est un peu ça le message de Boyhood, il arrive une flopée de bons et de mauvaix choix dans une vie, comme il se passe une foule de choses agréables ou non, mais en définitive, c’est le temps, cette horloge implacable qui efface et remporte tout sans autre explication. Dès lors, tout peut recommencer, à bord d’une voiture sur l’air de Hero de Family of the year, fuyant le passé pour mieux se construire un futur, les yeux dans le ciel, côte à côte avec une autre étincelle d’humanité. Une humanité dont ne manque jamais Boyhood et qui, finalement, emporte tout sur son passage, comme un tsunami irrésistible.

    Plus qu’une réussite, le pari de Linklater émeut profondément. Avec cette subtilité et cette humilité qu’on n’attendait pas forcément, le réalisateur sublime une histoire banale pour en faire une ode douce-amère à propos du temps, ce grand sablier qui laisse s’écouler sur près de 2h45 les grains de vie de l’enfance de Mason. Tout cela sans jamais ennuyer. Chapeau.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : Olivia qui craque dans le salon


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  • Albert est un brave gars de L’Ouest. Non. En fait Albert est un lâche doublé d’un looser. Alors même qu’il refuse de prendre part à un duel, sa petite amie Louise décide qu’elle en a assez de lui et le plaque pour un autre, l’arrogeant expert en moustaches, Foy. Par un heureux hasard, Albert va tomber sur une mystérieuse étrangère récemment installée en ville : la superbe Anna. Celle-ci lui propose alors de tout tenter pour récupérer son ancienne compagne. La seule chose que ne sait pas Albert, c’est qu’Anna est aussi la femme du plus dangereux bandit du Far West, le fameux Clinch. Fréquenter Anna n’est peut-être pas la meilleure idée qui soit...

    Seth McFarlane ne se présente plus. Extrêmement connu aux Etats-Unis pour ses deux séries animées auxquelles il prête également sa voix dans l’impertinent American Dad sans oublier les Griffins, il avait en plus enregistré un gros succès au cinéma avec Ted, l’histoire d’une peluche parlante pas vraiment pour enfants. Pour son second long-métrage, il s’essaie à deux nouvelles choses : interpréter lui-même son rôle-titre et déplacer son intrigue dans le Far West. En rassemblant Liam Neeson, Charlize Theron ou encore Amanda Seyfried, McFarlane a de beaux atouts dans sa manche pour offrir une nouvelle comédie hilarante. Le souci c’est qu’A Million Ways to Die in the West (traduit certainement par un publicitaire drogué en France en Albert à L’ouest) est très loin de son ainé.

    La première chose qui choque dans Albert à L’ouest, c’est sa réalisation bâclée. Même si elle tend à s’améliorer vers la dernière partie, l’intégration des décors et des FX combinée aux cadres choisis par Seth McFarlane s’avèrent des plus médiocres. Certaines scènes en intérieurs font tellement fausses que l’on en perd tout intérêt pour ce qui se passe à l’écran. Mais au-delà de cet aspect purement technique, Albert à L’ouest accumule les tares entre son scénario, ses personnages et son humour. Jamais le film ne profite de son postulat (inclus dans le titre VO), à savoir les façons dont l’on peut mourir dans l’Ouest Américain. Cette piste, pourtant prometteuse, se limite à une énumération fastidieuse d’Albert en début de métrage ainsi que deux trois scènes-gags où un homme meure d’une façon horrible et souvent sans raison. Là où les Monty Python auraient pu faire quelque chose d’absolument génial avec ce concept de base, Seth MacFarlane n’a pas du tout le même talent ni le même humour.

    Celui-ci était assez borderline dans Ted, oscillant entre le gras assumé et le transgressif avec plus ou moins de bonheur. Dans Albert à L’Ouest, tout est amplifié et l’humour n’y échappe pas. On se retrouve face à des gags qui ne frôlent même pas le niveau des pâquerettes. Basé presque entièrement sur le registre pipi-caca, il en devient tellement lourd qu’on est presque embarrassé de voir ce qui se passe à l’écran (comme la séquence à la fois archi-convenue et d’une médiocrité affligeante où Foy se vide dans des chapeaux de cow-boys). Le pire, c’est que MacFarlane pense judicieux d’appuyer son humour gras par les personnages qui se trouvent à l’écran. On assiste alors à des séquences désolantes comme celle où Albert crie à son ami que c’est tellement drôle et horrible à la fois cet homme écrasé par le bloc de glace en se tenant le ventre et en tapant des pieds. Bien sûr, il reste quelques instants drôles, comme de voir Neeson se faire ridiculiser, mais franchement même le couple Edward-Ruth qui semblait avoir un gros potentiel comique s’englue dans une bouillie affligeante et répétitive.

    L’autre immense problème d’Albert à L’Ouest, c’est Seth MacFarlane. Jusqu’ici, il se contentait de faire la voix de certains personnages (Ted par exemple) mais il décide cette fois de faire l’acteur en chair et en os, et pas n’importe lequel puisqu’il s’arroge le rôle-titre. Là où le bât blesse, c’est qu’il est simplement un mauvais acteur qui alterne des séquences de surjeu éhontées avec une inexpressivité consternante. Dès lors, Albert finit rapidement par emmerder le spectateur royalement sans compter que son histoire n’a rien de passionnant. L’originalité de Ted se situait dans cette peluche vivante et vulgaire, mais dans Albert à L’Ouest, il n’y a rigoureusement rien d’original. Le récit s’avère on ne peut plus balisé, avec un héros looser qui perd une petite amie au profit d’un prétentieux patenté (Le pauvre Neil Patrick Harris condamnée à rejouer une resucée époque cow-boy de son personnage d’How I Met) avant de rencontrer une beauté qui va tomber amoureux de lui parce qu’en fait c’est un gentil gars. On vous laissera la « surprise » de la fin, mais franchement tout est attendu, tout est conventionnel et prévisible. Seul le passage chez les Indiens fait preuve de quelques originalités avec une séquence animée absurde au possible (mais aussi terriblement moche). On passera rapidement sur le reste, à savoir une Charlize Theron certes magnifique mais en mode automatique, ou une tripotée de personnages secondaires qui ne servent à rien.

    Alors oui, celui qui a traduit le titre d’A Million Ways to Die in the West n’était pas si loin de la vérité. Albert à l’Ouest est vraiment un film à l’Ouest. Il a quasi tout faux et condamne tous les espoirs que l’on avait pour Seth MacFarlane au cinéma.
    A éviter, carrément.

    Note : 2.5/10

    Meilleure scène : Le caméo d'un certain Doc'


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  • Au cœur des quartiers pauvres de Jakarta, se trouve une citadelle imprenable dans laquelle se cache le plus dangereux trafiquant du pays. Une équipe de policiers d’élite est envoyée donner l’assaut lors d’un raid secret mené aux premières lueurs du jour. Mais grâce à ses indics, le baron de la drogue est déjà au courant et a eu amplement le temps de se préparer. A l’instant où le groupe d’intervention pénètre dans l’immeuble, le piège se referme : les portes sont condamnées, l’électricité est coupée et une armée d’hommes surentrainés débarque. Piégés dans cet immeuble étouffant, les policiers vont devoir se battre étage après étage pour avoir une chance de survivre.

    Précédé par un énorme buzz en France, The Raid avait un peu la réputation d'être le meilleur film d'action depuis quelques années. Et en quelque sorte, il l'est.
    Bon pourtant, le film de Gareth Evans ne part pas gagnant, le scénario est bateau, avec une équipe de policiers envoyée au cass-pipe et pris au piège par toutes sortes de malfrats, des personnages caricaturaux avec le méchant bien méchant, le gentil ripoux, le méchant pas si méchant... Bref tout y est. Seul le personnage de Mad Dog apporte un brin de folie dans le tas (et une double-dose !). Tous les acteurs jouent correctement, à l'exception notable du vieux policier qui en fait un poil trop. Au contraire, l'acteur principal, Iko Uwais assure une performance tout a fait honorable.

    Alors si le long-métrage reste prévisible et caricatural, qu'est-ce-qui a pu créer tant de bruits ? Eh bien la réalisation et les combats. De ce côté là, vraiment, et même pour un non-amateur de film d'action, c'est positivement génial. Tout s'enchaîne très vite, les chorégraphies sont très impressionnantes et la réalisation, les angles de caméras d'Evans s'approchent de la perfection. C'est violent, sec, virtuose, bref c'est très franchement impressionnant et jouissif. Pour son côté action-movie, le film remplit parfaitement son cahier des charges. Vous aurez mal à chaque coup et à chaque cassage de bras. L'inventivité en terme de baston du long-métrage confine au génie. Tout comme le font parfois les plans du thaïlandais.

    En clair, The Raid est le parfait film de détente entre potes, mais qui ne va pas plus loin que ce qu'il propose et ne boxe jamais dans la catégorie supérieure. On gardera un œil attentif sur l'Indonésien pour son prochain long-métrage, tant l'on est impressionné par sa virtuosité formelle.

    Note : 6/10

    Meilleures scènes : A peu près toutes les séquences de combats


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  • Pour continuer sur une veine horrifique, un court-métrage aussi simple et terrible...que drôle.
    Quand on vous dit que les chats sont des êtres maléfiques...


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  • American Nightmare


    Il arrive comme ça, parfois, dans notre vie, que l'on soit confronté à un film de merde. Mais vraiment. Pas le petit film qui avait de bonnes intentions mais qui au final se ramasse ni du film nul mais qui peut faire rire involontairement. C'est le cas du dernier long-métrage de James De Monaco, The Purge - renommé sous nos contrées American Nightmare, pourquoi ? On se demande, peut-être pour éviter les mauvais jeu de mots avec la qualité du film en question ? - Mais bref, nous voici donc devant un énième film d'horreur mâtiné cette fois de science-fiction et saupoudré d'une dose de psychopathes. Bien agiter et porter le tout à ébullition et Bam, ça fait des chocapics. Ou pas. Dans le petit monde de The Purge - un univers très sympathique au demeurant, vous allez vite vous en rendre compte - les Etats-Unis ont décidé de résoudre la crise sociale et économique en instaurant une nuit par an, appelée la Purge, où les citoyens ont le droit de commettre des crimes en toute impunité (le meurtre, le viol, la zoophilie, regarder Glee, chanter du Justin Bieber...). Ainsi, la société est écrémée (oui parce que c'est souvent le clodo de base qui se fait latter) et tout le monde y gagne - notamment les armuriers et les vendeurs de système de sécurité. C'est à cette catégorie qu'appartient James Sandin, et pas qu'un peu puisqu'il est le vendeur number one des States. Celui-ci décide naturellement de passer cette nuit de "purge" à l'abri avec sa petite famille : sa femme Mary, son fils Charlie et sa fille Zoey. Le soucis, c'est qu'ils vont avoir des invités imprévus et que tout va tourner à la catastrophe.

    Avec un pitch aussi fou, on aurait pu avoir un film génial. Imaginez, une critique de la violence dans la société américaine, du paraître et de la civilisation ou encore l'impact du crime sur les enfants. Mais The Purge ne fait jamais qu'effleurer ces thèmes, comme un passage en revue obligé en début de métrage avant de passer au vrai centre d’intérêt du machin, c'est à dire "tuons-nous les uns les autres dans la joie et la bonne humeur". De ce fait, The purge ne fait rien qu'accumuler les clichés, les crétineries et les scènes d’esbroufe. En reprenant à son compte tous les mécanismes du film d'horreur de base, James DeMonaco affole le compteur de clichés - personnages (et surtout les gosses) totalement débiles, propos imbéciles, du jump-scares à la pelle parce que l'on sait pas faire autrement pour faire peur, les méchants très très méchants, les salauds de riches et les gentils pauvres, et le noir qui se fait défoncer (il faut toujours un noir). The Purge voulait en fait peut-être refléter tout ce qu'on pouvait faire de mauvais dans le thème épouvante-thriller malsain. On trouve bien entendu diverses sources d'inspiration, pêle-mêle Eyes Wide Shut, Funny Games US, Panic Room, Où est Charlie... Oui bon d'accord, pour ce dernier ce n'est pas forcément évident.

    Pourtant, le spectateur le comprend malheureusement rapidement, The purge écope de deux enfants boulets. Les personnages de Zoey et Charlie représentent l'archétype du môme chiant, con, inutile et un peu taré qui peuple la série B voir Z. Parlons succinctement de Zoey qui passe son temps à pleurer, à se perdre dans sa propre maison, à se barrer pour sa cacher sans qu'on sache pourquoi et qui finit par revenir alors que l'action est terminée. Oui, elle ne sert à rien. Sans compter que l'actrice Adelaide Kane, a un talent misérable. Mais attention, ce n'est pas tout. Dans un délire post-infusion de LSD-Cocaïne, le réalisateur et le scénariste ont inventé Charlie. Les parents passent leur temps à le chercher, à l'appeler, ils ne le baffent jamais alors qu'il enchaîne les conneries - "Tiens, c'est une nuit où tout le monde bute tout le monde si on ouvrait le système de sécurité de papounet pour blaguer" - et en plus, pour couronner le tout, il semble naturellement fou à lier. Le jeune Max Burkholder qui l'incarne n'est pas forcément mauvais mais son personnage est tellement débile et insipide qu'il n'a pas grande chance de briller. On ne parlera guère des parents, puisque Lena Headey s'énerve ( à croire que l'on ne veut lui faire jouer que ça la colère) et Ethan Hawke fronce un sourcil de temps à autre (peut-être conscient qu'un jour, il a été un grand acteur).

    D'ailleurs, c'est loin d'être tout, puisque non content de tenter d'installer un faux huit-clos avec un SDF noir (vous le sentez le cliché là ?), The purge voit l'arrivée de deux méchants. Des blonds, évidemment, à la chevelure Petrol hahn et soyeuse. Mais qui en font des tonnes, mais DES TONNES ! La palme revient quand même à Arija Bareikis qui parvient à surjouer incroyablement son perso en cinq minutes d'apparition top chrono. C'est balèze. L'autre méchant, le blondinet incarné par Rhys Wakefiel, fait de même. Jouant une sorte de copie grotesque et crétine du blond de Funny Games US, il se veut chef de gang malsain mais s'avère aussi effrayant qu'un teckel sous amphets - Quoi, chacun ses occupations non ? - et finira par faire tout ce qu'on attend de lui. Car sachez-le, aucune surprise dans The Purge, le pseudo-twist final se sent dès la cinquième minute. Reste alors l'horreur, le glauquissime avec ces gens masqués et cette violence. Mais en fait non. Il n'y a rien, sauf peut-être un poignardage en règle du noir vu en plan rapproché - en même temps, c'était le noir du film, fallait s'y attendre. Mentionnons en parlant de ce passage que la logique des personnages et leur morale laissent perplexe. La plupart des gens hésitent à poignarder un homme sans défense AVANT de le faire, pas après. Mais bon.

    Quid des thèmes alors ? Ben rien. La violence c'est pas beau et le monsieur il aimait l’Amérique mais il a perdu ses deux gosses, donc c'est fini. Aucune profondeur, aucune réflexion. Sauf peut-être qu'il faut pas tuer les SDF, c'est mal. Ça relance l'économie mais c'est immoral. Énorme révélation. De toute façon, on s'aperçoit vite que le concept de base n'a aucun sens. Une nuit de violence qui résoudrait tout. Bien sûr pas de rancœur et donc de vendetta, et pas de soucis si on bute la moitié de la population en une nuit. Bof, pourquoi pas, c'est cool. Y'a moins à entretenir. The Purge invente le concept du film d'horreur qui n'effraie pas. C'est déjà pas mal.

    Que reste-t-il à ajouter ? Rien, ne perdez pas une heure et demie de votre vie à regarder une partie de cache-cache avec un noir dans le noir, à trouver Charlie ou à voir défiler le clan des bourges en masques de carnaval. Franchement, il y'a mieux à faire que regarder American Nightmare. Comme se couper les ongles ou dormir.

    Note : 1/10

    Meilleure scène : La présentation du chef de gang. Un parangon de surjeu...


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  • Transcendance


    Alors que Christopher Nolan est assez occupé avec son futur Interstellar, c’est son directeur de la photographie, Wally Pfister, qui livre son premier film avec Transcendance. Long-métrage purement SF, il nous emmène dans les traces d’un inventeur génial et ceux de sa compagne, interprétés par rien de moins que Johnny Depp et Rebecca Hall. Pour compléter la chose, Pfister engage une tripotée d’acteurs géniaux comme les trop sous-exploités Paul Bettany, Cilian Murphy ou encore Kate Mara. Avec un casting d’une telle classe, il reste à savoir si Pfister peut vraiment réaliser un film convaincant pour le sujet ambitieux qu’il a choisi, celui de l’IA.

    Les époux Caster sont des chercheurs renommés. Will Caster développe un projet d’IA qui bénéficierait d’une conscience et pourrait finalement s’autogérer. Une nouvelle étape de l’évolution en somme. Si la majorité de la communauté scientifique se presse pour assister aux conférences de Will et de sa femme Evelyn, il n’en va pas de même pour un groupe terroriste qui craint cette Transcendance et organise une série d’attentats qui culmine avec l’assassinat de Will. A l’article de la mort, celui-ci demande à Evelyn et à son meilleur ami Max Waters de transférer sa conscience dans un super-ordinateur. Alors qu’ils y parviennent, Bree et son groupuscule découvrent la cachette de Will. Dans une dernière mesure désespérée, Evelyn relâche l’IA Will dans l’océan d’internet. Mais quelles sont ses véritables intentions ?

    Transcendance prend tout d’abord le parti d’explorer les tenants et aboutissants de la création d’une IA autonome. L’idée n’est pas mauvaise, au contraire, et le couple Craster se prête très bien à la chose. De même, la justification de la brusque accélération des choses tient bien la route et l’émotion suscitée par la mort brutale de Will pour sa femme Evelyn justifie la séquence qui conduit Will à envahir l’internet. Pourtant, dès le début, on sent quelques soucis dans le film de Pfister. D’abord dans le couple, trop vite passé en revu et installé, le réalisateur loupe son accroche empathique et le contact envers Will reste froid durant tout le long-métrage, d’autant plus après sa dématérialisation. Ensuite parce que certaines incohérences pointent le bout de leur nez dès le départ. La balle irradiée qui empoisonne Will et le fait qu’on lui implante des électrodes intracrâniennes alors que ses globules blancs doivent frôler le 0, c’est totalement invraisemblable. Enfin, on sent rapidement que Transcendance va peiner à trouver sa voix et son originalité propre. Dès le départ avec ce danger latent autour de l’ascension de Will dans le monde d’internet et son contrôle croissant de celui-ci, on pense à d’autres long-métrages : Terminator forcément avec son Sklynet, ou encore Matrix (et plus précisément Seconde Renaissance le court-métrage d’Animatrix). Malheureusement, les bévues ne s’arrêtent pas là.

    Alors que le film de Pfister avance dans le temps et installe son atmosphère paranoïaque (Will est-il encore Will ?), il se disperse au fur et à mesure. Les thématiques se divisent et le réalisateur les effleure trop rapidement. On parle de nanotechnologies, d’amélioration humaine (encore un élément qui fait penser aux Terminators) mais aussi de responsabilité et de liberté individuelle. En fait, Pfister fait une erreur de débutant et s’éparpille trop. Jamais le film n’est désagréable en soi ou mauvais, on prend même un certain plaisir à suivre l’évolution de l’entreprise des Caster. Mais le souci c’est que non seulement on ne sait plus où veut en venir le réalisateur mais en plus on y croit pas vraiment. La raison est assez simple, faute de budget, l’adversaire de Will se résume à une dizaine de terroristes menés par Bree et à ses deux ex-amis, Max et Joseph. Alors que l’IA prend une importance démesurée, détourne des fonds par millions, recrute et améliore des hommes pour en faire une sorte d’armée new-age, jamais l’on ne voit débarquer l’armée et l’on nous sert une excuse invraisemblable sur l’incapacité du gouvernement à agir contre une entité qui ne s’est pas montrée agressive. Donc, on confie le travail à quinze personnes avec deux mortiers et deux obusiers pour les attaquer. Quand on sait la tendance belliqueuse du gouvernement américain à l’heure actuelle, c’est très très difficilement crédible de les voir laisser grandir et mûrir une telle menace, qui plus est sur leur propre sol.

    Ce qui est par contre plus grave, c’est que si l’action se resserre autour du couple Will-Evelyn et de la douloureuse prise de conscience de cette dernière, les personnages secondaires se retrouvent totalement bâclés. Comment Pfister peut-il embaucher Murphy, Bettany, Freeman et Mara si c’est pour faire de la quasi-figuration et les cantonner à des rôles clichés et insipides ? C’est presque une honte. On pourrait presque en dire de même d’ailleurs pour Johnny Depp, bien vite relégué à une image numérique et qui, franchement, ne force pas trop son talent. En fait, il n’y a guère que Rebecca Hall pour livrer une prestation qui sort du lot. C’est son personnage qui bénéficiera de la plus forte empathie de la part du spectateur et dont le choix cornélien entre amour et conscience donnera un des seuls moments forts du film. Malgré une réalisation pas forcément mauvaise, rien n’impressionne vraiment. Ni l’intelligence du propos, ni les plans ou les séquences de « guerre ». En fait, Transcendance ne peut pas sérieusement atteindre les objectifs qu’il se fixe et parler correctement de thèmes qui ont été déjà bien mieux exploitées ailleurs. C’est d’autant plus dommage que le long-métrage n’est même pas mauvais en soi, juste terriblement bancal et faiblard sur ce qui devrait être ses points forts. Il reste pourtant une bonne chose au film avec cette fin assez inattendue et loin des canons manichéens du genre. Pfister prend à contre-pied les attentes sur les intentions de Will et finirait presque sur une note de poésie bienvenue. Ce qui nous amène à penser que si le métrage avait maintenu ce niveau tout du long, on aurait été en face d’un excellent film.

    Quel dommage que Wally Pfister ait mis la barre si haute pour son premier essai. Sans être foncièrement mauvais, Transcendance n’arrive pas à atteindre ses objectifs ou à utiliser son casting correctement. Pire, il délaisse sa vraisemblance pour une séquence d’attaque cheap et absurde en plein désert. Le long-métrage est l’exemple typique du film raté. Dommage en somme.

    Note : 6/10

    Meilleure séquence : La fin des deux époux.


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  • Fievel et le Nouveau Monde


    Malgré un succès critique notable, Brisby et le secret de NIMH n’a pas rencontré le même succès public en salles. Pourtant, c’est bien un grand monsieur du cinéma américain qui va tomber sous le charme du cinéma de Don Bluth. Steven Spielberg ne va d’ailleurs pas se contenter d’aimer le travail de son compatriote mais également le soutenir et le financer. De cette collaboration, Don Bluth va tirer un second long-métrage de 76 minutes : An American Tail (plus connu en France sous le titre Fievel et le nouveau monde). Contrairement à Brisby, celui-ci tente une approche plus grand public tout en essayant de conserver la patte Bluth. Cette fois, le dessin animé fait un carton en salles et permet à son réalisateur de gagner en notoriété ainsi que d’ouvrir la voie à ses prochaines œuvres.

    Nous sommes en 1885 dans la Mère Russie. La famille Mousekewitz s’apprête à célébrer Hanoucca. Malheureusement, les cosaques et leurs chats viennent ruiner et incendier le village en pleine nuit. Contraint de s’enfuir, Fievel et sa famille décident d’émigrer en Amérique, cette terre qu’on prétend dépourvue de félins et les rues pavées de fromage. Alors qu’une tempête éclate pendant la traversée, Fievel se retrouve propulsé par-dessus bord et séparé de ses parents. Arrivé à New-York, il va tout tenter pour les retrouver et survivre aux innombrables périls qui le guettent dans le Nouveau Monde.

    Fievel ne déroge pas à l’ambition de Bluth de donner un fond adulte à ses dessins animés. Après les expérimentations animales dans Brisby, c’est l’exode des juifs russes pourchassés par les cosaques qui fait office d’arrière-plan à l’histoire du jeune Fievel. Ainsi, dans une séquence crépusculaire et sauvage, on assiste à la destruction du village par les chats, personnification animale des cosaques. Commence alors le périple de la famille, de l’embarquement à Hambourg à l’arrivée en Amérique en passant par le chaotique voyage maritime.  Ici encore, Bluth s’efforce de décrire de façon réaliste les conditions exécrables de l’exil mais aussi les dégradations subies par les immigrants à leur arrivée. Changement de noms pour s’américaniser, entourloupes et escroqueries dès le débarcadère, l’image du rêve américain s’effrite rapidement aux yeux de Fievel. Rapidement le réalisateur nous emmène dans un centre d’esclavage de souris puis en compagnie des orphelins des rues. Loin de l’image reluisante que s’en faisait les colons, la terre promise perd de son lustre. De même, les classes sociales n’évoluent pas, les souris riches sont au-dessus des souris pauvres qui n’ont guère les moyens de s’élever. Avec humour mais aussi beaucoup d’intelligence, Bluth se moque du système électoraliste américain et de l’impunité dont pensent jouir les riches.

    Pourtant, Fievel ne va pas jusqu’au bout, comme Brisby avait pu le faire. Les personnages sont cette fois plus conventionnels et on trouve même un compagnon à Fievel qui tombe éperdument amoureux d’une jeune et belle souris. De même, là où son premier long-métrage comptait une unique musique, Fievel en rassemble plusieurs et fait chanter ses personnages comme dans les Disney. Les chansons sont certes assez réussies mais on perd en originalité. Comme pour Brisby, on retrouve un personnage annexe drôle et au grand cœur avec le chat Tiger. En fait, dans un certain sens, on ressent toute l’influence de Spielberg et la volonté de rendre le métrage plus accessible malgré son thème de fond.  Il est à noter également que l’on retrouve certaines bases qui seront exploitées dans All dogs go to heaven, le quatrième dessin animé de Bluth. La chanson Somewhere Out There et les plans sur Fievel qui contemple la ville de haut rappellent furieusement Anne-Marie chantant pour ses parents. D’un autre côté, Fievel évolue dans la rue au milieu de gangsters et de paria, ce qui sera le background essentiel de Charlie, sans parler de Tiger et sa façon de chanter qui ne ressemble à s’y méprendre au crocodile que rencontre Charlie. D’une certaine façon, Fievel préfigure ce qui sera le plus beau dessin animé de Bluth.

    En jouant un petit numéro d’équilibriste, Fievel et le Nouveau Monde se fait plus accessible et davantage dans l’air du temps sans totalement renier les influences de son réalisateur. Certainement moins abouti que son prédécesseur, et dans une certaine mesure moins sombre, Fievel n’en reste pas moins un très joli dessin-animé qui ne dépare pas dans la filmographie de Don Bluth. Notons d’ailleurs que comme pour le Petit Dinosaure, le métrage aura un tel succès qu’il engendrera des suites, qui n’ont, malheureusement, rien à voir avec Bluth.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : « Never say never » avec la mouette française


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  • Transformers 4



    Ils sont de retour.
    Encore.
    Transformers revient pour une quatrième fois. Toujours avec Michael Bay aux commandes. On pensait pourtant qu’après le lamentable 3ème volet, il allait arrêter les frais. Mais visiblement, la production de Pain & Gain, son film personnel, lui a laissé une dette envers la Paramount. Alors évidemment, sans même entamer la critique, sans même voir la chose, on se doute fortement du résultat final. Puisque Shia Labeouf a quitté le navire (comme l’avait fait Megan Fox après le second volet), Bay recrute son chouchou Mark Wahlberg aux côtés de…bah…d’une blonde (parce qu’il faut bien remplacer la précédente) nommée Nicola Peltz, mais franchement le nom n’a aucune importance. Nous sommes dans Transformers, de toute façon rien n’a d’importance, faut juste que ça fasse boom !

    On  ne va pas vous faire l’affront de vous rappeler l’histoire (hum hum) juste la mise à jour nécessaire pour ce volet. Après la bataille de Chicago, les humains n’aiment plus beaucoup les robots géants et ont décidé de les pourchasser, Decepticons ou Autobots. Pour se faire, ils ont même recours aux services d’un mercenaire robotique venu de l’espace (oui, c’est génial dis comme ça) du doux nom de Lockdown. Au milieu, une famille Texane avec le père Cade Yeager, la fille Tessa et son petit-ami Shane. Voilà voilà. Faut-il préciser également que le film s’étire sur 2h45 ? Oui, précisons-le parce que ça risque d’être très long près de trois heures de robots qui se foutent sur la tronche. Très très long.

    Soyons honnêtes cinq minutes. A moins de n’avoir vu aucun des précédents volets ou d’être masochiste, on sait très bien ce qui nous attend dans la salle. Ce n’est pas parce que Bay sort d’un excellent film avec Pain & Gain qu’il peut transfigurer sa saga favorite. Surtout que tous ses acteurs se sont barrés et que, de toute façon, la franchise fait n’importe quoi depuis un bail. C’est vrai après tout, Transformers à la base, c’est tout de même des jouets Hasbro avec des aliens mécaniques qui se transforment en voitures et en robots géants. Mais qu’est-ce que l’on peut espérer d’une adaptation pareille ? En sachant en plus que le premier volet était tout juste passable, on vous laisse imaginer les suivants…jusqu’à donc ce quatrième volet. Qu’en dire au final ? C’est la question… Commençons par les bons points : Lockdown et son vaisseau ont un look super bad-ass et soigné, et même si le cliché SF du chasseur intergalactique est vu et revu, c’est bien le seul qui apparait comme vraiment cool dans le long-métrage. Ensuite, les FX sont au top (comme d’habitude) et Bay filme un peu moins de façon hystérique ses combats de robots. Enfin, il y a des gros plans sur le short de la blonde et même qu’elle coure au ralenti parfois...

    Passé ce dernier argument misogyne au possible, le constat ne change pas beaucoup : Transformers 4 est un film affligeant. Déjà, en un seul long-métrage, vous avez tous les clichés (mais absolument tous, ce n’est pas juste une formule comme ça !) du blockbuster Hollywoodien. Jugez vous-même : Une famille avec un père ultra-protecteur envers sa fifille d’amour qui se balade dans des tenues qui ne filent plus aucun doute sur sa virginité, le petit-ami de la dite fifille d’amour qui est un beau gosse en conflit ouvert avec la papounet parce que Papa a du mal à laisser partir sa fille, et même qu’il va prouver au père qu’il peut être un bon copain. Un méchant très très très méchant qui vendrait sa mère, son yorkshire et son slip lapin crétin pour tuer les Autobots. Un scientifique que même s’il a l’air méchant, en fait non, il a un bon fond. Des asiatiques qui font du kung-fu – sinon ce n’est pas un asiatique de toute façon. Des Robots qui parlent comme des demeurés. Les méchants qui capturent les gentils qu’il faut aller sauver. Le grand méchant de la série qui revient (ENCORE !). Le sacrifice du héros (une fois, deux fois, trois fois…). Bon, on va arrêter là, il n’y a aucune once de début d’originalité dans Transformers. Voila. Et en plus son récit traîne en longueur comme pas possible avec des ajouts dont on se fout totalement comme la sous-intrigue avec le Transformium, et qui ne sert qu’à annoncer un cinquième volet (joie et bonheur sur le monde).

    Ce qui est tout de même drôle avec Transformers, c’est cette capacité hallucinante à n’avoir rien à foutre de la mythologie installée auparavant. A chaque film, on retrouve une nouvelle menace sortie d’on ne sait où (Lockdown apparait comme ça mais on sait même pas pourquoi) et que la précédente giga-menace cosmique en fait…bah c’était rien du tout. Ah non ! Sauf Mégatron. Parce que le chef des Decepticons, lui, il est increvable. Ça fait 4 volets qu’on se le tape, 4 ! Il a été noyé eu fond d’un océan, taillé en pièces et décapité mais non, il est de retour. Soyez certains que s’il vient à fondre dans de la lave, ils vont appeler Jean-Pierre Jeunet pour le cloner et le mettre dans le ventre de Ripley. Déjà qu’il n’était pas super-charismatique avant, son nouveau design s’avère banal et son rôle n’intéresse personne dans l’histoire. Alors le troquer pendant une bonne grosse demi-heure à la place de Lockdown, c’est l’idée la plus stupide du film. Mais il n’est plus à ça près.

    Parce que tout de même Transformers 4 n’a aussi rien à faire de sa cohérence interne et de la vraisemblance. Les autobots sont en groupe quand ils le veulent, laissent capturer leur chef quand ils le veulent…Lockdown tue tout le monde mais se retrouve à genoux face à 3 humains armés d’un fusil et d’une dépanneuse (oui oui une dépanneuse)…Et puis on ne va même pas vous parler des multiples sauvetages d’humains pendant des chutes vertigineuses style « On vous écrase pas dans nos mains de gros robots même si on tombe de 12 km de haut en se prenant 3 immeubles ». Ne parlons pas non plus des nouveaux Autobots, même si la plupart ont un super look (et feront vendre plein de jouets), ils sont neuneus comme pas possible. Le seul soulagement c’est que depuis le départ de Sam, Bumblebee ne nous saoule plus avec sa pseudo-amitié. Il reste très lourd certes, mais c’est déjà ça de gagner. Parce qu’en plus le film se veut drôle mais il ne l’est jamais (ou presque). A un moment, avant que le sidekick du début ne brûle, on a juste envie de se pendre avec ses lacets à l’accoudoir de son siège tellement l’humour tombe bas. Et pas que l’humour puisque Bay nous gratifie des pires placements de produits commerciaux qui soient. Arriver à placer comme ça des marques comme Victoria Secret’s ou Beats Audio, sérieux, chapeau, fallait oser.

    Alors oui, à la fin, les autobots chevauchent des robots dinosaures (les Dino-Bots). Oui. Bon. Qu’est-ce qu’on peut rajouter à ça ? Transformers 4 marque une étape de plus dans le ridicule de la franchise, une franchise qui continue à exploser le box-office US malgré sa totale médiocrité. De là à penser que nos amis américains ont un cerveau de bulot… Non, nous n’irons pas jusque-là. Vous l’avez maintenant deviné, il n’y a rien à tirer de ce volet, rien qui mérite de se déplacer. Pire, même les scènes de combats impressionnent moins que les précédents opus, comme si Bay lui-même en avait définitivement marre. Alors laissez-le faire des films personnels comme The Rock ou Pain & Gain et arrêtez avec ces Transformers…Parce que là, ça devient vraiment pathétique.

    Note : 1/10

    Meilleure scène : Le passage dans le vaisseau de Lockdown

    Meilleure réplique : « Tire sur mon manche ! »


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  • Le Conte de la Princesse Kaguya


    Isao Takahata est un génie. Tout le monde connait Hayao Miyazaki mais, étrangement, en Occident, Takahata est un peu moins connu. Pourtant avec des dessins animés comme Pompoko ou Mes Voisins les Yamada, le monsieur n’a pas de quoi rougir, bien au contraire. Ajoutez-y le chef d’œuvre Le Tombeau des lucioles, un des plus grands et puissants dessins animés de tous les temps (rien que ça), et vous commencerez à comprendre pourquoi la sortie d’un nouveau long-métrage du maître constitue un événement. En restant dans un strict registre japonais avec l’adaptation d’un des contes populaires les plus anciens et les plus connus du pays du Soleil Levant (Le Coupeur de Bambou), Takahata choisit également de conserver un style d’animation désuet là où les productions occidentales l’ont totalement délaissé. Que nous réserve ce Conte de la princesse Kaguya ?

    Alors qu’il part couper des bambous sur la colline, un paysan découvre lové au sein d’une tige de bambou une minuscule princesse. A peine l’a-t-il ramené chez lui qu’elle se métamorphose en bébé : la petite Kaguya. Alors que ses grands-parents adoptifs comprennent immédiatement son origine divine, la fillette se prend d’amour pour la nature qui l’environne et s’aventure avec d’autres enfants au cœur des collines. Malheureusement, persuadés qu’un tel cadeau des Dieux ne pourra pas s’épanouir dans un lieu si reculé, les grands-parents prennent une décision difficile à vivre pour Kaguya, s’installer à Tokyo pour asseoir son statut de princesse.


    Comme ses compatriotes de chez Ghibli, Takahata ne veut pas de la 3D. Ainsi, visuellement, Le conte de la princesse Kaguya est un dessin animé à l’ancienne. Mais avec une maîtrise hallucinante et une poésie tout à fait merveilleuse. Tout en crayonné, dense et épuré à la fois, le métrage s’affirme purement et simplement comme une perfection visuelle. A peu près la moitié de la subtilité et de la sensibilité du message que véhicule Takahata passe par l’image et non par le scénario ou la musique. Attention, pas que ces deux éléments soient plus faibles, bien au contraire, mais ils se trouvent amplement magnifiés par la beauté visuelle du dessin animé. Son trait fin et sa vivacité donnent naissance à quelques séquences mémorables dont la plus marquante reste celle de la fuite de la princesse, emportant tout sur son passage et où ses vêtements s’envolent et se fondent aux décors qui éclatent à leur tour. Takahata n’oublie jamais que la beauté visuelle ne doit pas forcément rimer avec prouesse technologique mais avec sincérité et authenticité. De ce côté, le long-métrage s’affirme comme une éclatante réussite.

    Puis vient le scénario lui-même. Au-delà de tout son aspect visuel, Le conte de la princesse Kaguya nous invite à suivre le parcours d’une enfant hors du commun et qui, contre toute attente, s’humanise et rejette presque sa nature divine. Plus qu’un simple parcours d’apprentissage, le récit de la fillette jette un regard tendre et surprenant sur le Japon rural, celui des paysans et des petites gens qui peuplent les collines et les forêts. C’est d’ailleurs leur bonté qui les pousse non seulement à recueillir Kaguya et à l’élever mais aussi à tout faire pour la rendre heureuse – du moins ce qu’ils croient être juste pour elle. Ces premiers instants de la princesse, lorsqu’elle est bébé puis quand elle devient enfant, sont simplement des petits moments de grâce où la musique, les images et les réactions des personnages se conjuguent pour créer une magie douce et poignante. Toute cette première partie du film, où Kaguya découvre les collines, la nature et les autres enfants, tout s’avère sublime.

    Arrive ensuite le plus gros message du film et certainement le plus intelligent. Arrivée à Tokyo, l’atmosphère du film change imperceptiblement et oscille entre la tristesse de Kaguya et son amour pour ses grands-parents. De façon tout à fait surprenante, le conte se pare d’une modernité stupéfiante et Kaguya devient un symbole du féminisme avant l’heure. Objet de toutes les convoitises, la jeune femme va rendre fou ses prétendants et les repousser un à un avec malice et humour. Dès lors, le conte se fait politique, et déroule son propos sur la place de la femme dans la société du japon féodale. Une femme-objet, cachée derrière des rideaux de bambous, qu’on convoite par vantardise et dont les rumeurs sur sa beauté suffisent à intriguer l’Empereur lui-même. Celui-ci est d’ailleurs dépeint d’une façon tout aussi peu reluisante que les précédents nobles dans une scène magnifique qui fait de nouveau basculer le film.

    Si le fantastique semblait en retrait avec l’arrivée à Tokyo, la dernière partie laisse libre cours à l’imaginaire du conte et revient sur les origines de la princesse de la Lune. Dans une explosion de beauté, embaumé par une musique encore une fois parfaite, Kaguya s’envole en même temps que le spectateur. Poétique et déchirant jusqu’au bout, le long-métrage lâche la bride sur son côté mythologique et offre encore quelques séquences oniriques magnifiques (l’arrivée du peuple de la Lune, le vol de Sutemaru et Kaguya) qui renoue avec la beauté des autres long-métrages Ghibli. Les personnages secondaires, complexes et loin de stéréotypes manichéens occidentaux sont également à saluer avant de terminer, notamment les grands-parents, qui font du mal sans le vouloir à la petite fille, et retrouve finalement toute leur bienveillance originelle en fin de métrage. Seul bémol, il est difficile finalement de conseiller aux enfants de voir Le Conte de La Princesse Kaguya, bien que beaucoup plus accessible que Le Vent se lève, le long-métrage n’en reste pas moins assez difficile à comprendre pour les plus jeunes.

    Le Conte de la princesse Kaguya fait mieux que le dernier long-métrage de Miyazaki tout en reprenant à son compte une des plus vieilles histoires de la tradition nippone. Simplement enchanteur d’un point de vue visuel, il n’oublie jamais de développer un récit passionnant et d’une intelligence rare. Poétique et simplement fascinant, le bébé de Takahata ne déroge pas à la longue liste de réussites accumulées au fil des ans par les studios Ghibli.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : La soirée de présentation de la princesse et sa fuite


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  • Quand un flamand-rose se retrouve pris entre une Gay Pride et une communauté traditionaliste. Hilarant.


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  • Under the Skin


    La science-fiction constitue le parfait terrain pour des films atypiques et inattendus. Lorsque le britannique Jonathan Glazer décide d’adapter le roman Sous la Peau de Michel Faber pour le grand écran, on ne suspecte pas à quel point son long-métrage pourra sortir des sentiers battus. Le réalisateur de Birth enrôle la sublime Scarlett Johansson pour interpréter son personnage principal, une femme inquiétante et séductrice qui passe son temps à attirer les hommes qu’elle rencontre jusqu’à une petite maison délabrée pour les piéger et les consommer. Jusqu’au jour où l’un d’eux va changer quelque chose en elle et ainsi va la pousser à s’enfuir loin de ses maîtres. Si dit, comme ça, le scénario semble assez simple, Glazer va pourtant bâtir un long-métrage beaucoup plus difficile à aborder que ne le laissait supposer son postulat de départ.

    Glazer frôle le cinéma expérimental avec son Under The Skin. La preuve immédiate en est son « générique » de début avec ce gros plan sur la construction d’un œil qui semble s’étirer indéfiniment. Grossièrement, toute la première moitié du film se bâtit de façon semblable. Le spectateur se retrouve propulser dans une histoire dont il ne comprend pas grand-chose avec une Scarlett Johansson aussi froide que séductrice, semblable à une araignée cherchant inlassablement ses proies. Jusqu’à la première séquence dans la maison, difficile de comprendre quoi que ce soit de ce que l’on voit. Glazer adopte un rythme lent, poussé par une musique hypnotique et lancinante de Mica Levi. Pourtant, par un étrange phénomène, on se retrouve scotchés et fascinés, une sorte de curiosité étrange qui nous pousse à regarder l’écran en nous demandant si tout cela a un sens.

    Au fur et à mesure, et sans aucune précision claire, Under The Skin laisse entrevoir son intrigue. Rien ne passe par des mots pour expliquer ce que l’on voit, Glazer abandonne son spectateur et, soyons franc, le perd souvent. L’expérience proposée n’est d’ailleurs pas si aboutie. La répétition de la scène du lac noir, sa radicalité et finalement sa froideur, tout concourt à décrocher. Glazer semble en faire trop pendant cette première moitié du film. Under The Skin gagne peut-être en ambiance mais perd lourdement en accessibilité. Disons-le clairement, on n’est pas loin de l’ennui pur et simple à de nombreuses reprises. Reste le jeu de veuve noir de Scarlett Johansson et sa beauté, juste magnétique, qui contraste avec la laideur et la froideur des lieux qu’elles arpentent. Villes froides, obscures boîtes de nuit ou lotissement abandonné, Under The Skin installe une ambiance de misère et étudie les hommes sous l’angle cru de la pauvreté. Aucun des hommes abordés ne rentre dans les canons de beauté Hollywoodien, c’est même largement le contraire. Et cette banalité de l’être entre en collision avec l’extraordinaire plastique de Scarlett, parfaite pour le rôle.

    Puis, arrive un moment charnière. Celui de la rencontre avec l’homme défiguré, un moment de grâce dans le long-métrage, aussi réussi que la première partie était cryptique. La confrontation de Scarlett avec celui-ci a quelque chose de profondément touchant, sa naïveté non feinte et l’authenticité de la misère affective que l’on ressent permet à la scène de se sublimer tout en douceur. Glazer touche à la plus profonde des misères humaines, celle de la solitude. Bien sûr, il serait de mauvaise foi d’oublier le passage sur le bord de mer avec la noyade et l’observation froide et détachée de Johansson, un autre superbe et intense moment du film, bien qu’on y comprenne goutte, ce qui amoindrit son impact …mais revenons au tournant du métrage. Après cette rencontre en apesanteur, Glazer dépasse la répétitivité de son histoire et envoie Scarlett dans une autre direction. Celle de l’émancipation. Dès lors, on comprend bien mieux le rôle de ces étranges motards, sorte de gardiens ou de créateurs selon l’interprétation que l’on choisit au récit.

    Glazer emmène alors le spectateur sur le chemin de la liberté et surtout de l’humanisation. Quoi que soit Scarlett Johansson, elle découvre l’humanité qui l’entoure et qu’elle a commencé à apercevoir dans l’homme défiguré. Mais Glazer ne se dépare pas de son obscur sens de la narration. Si l’on comprend que la jeune femme est en fuite et qu’elle découvre petit à petit la bonté humaine, c’est par nous-mêmes Glazer n’emmène toujours personne par la main. Encore une fois, il arrive par moment à toucher le firmament, comme avec cette scène de sexe et la découverte traumatisante que fait Johansson vis-à-vis de son physique et de sa nature. Cette nature pernicieuse qui l’enferme dans son propre corps qui finira par « imploser » dans un final aussi inévitable que tragique. C’est seulement dans ces dernières minutes que l’on peut donner un sens à ce que l’on vient de voir et rendre compte de la sophistication du film. Une complexité qui lui pèse bien trop au final d’autant plus que certaines scènes clinquantes et prétentieuses se glissent dans l’histoire, comme le parcours dans la boîte de nuit, tellement facile. Quant à savoir la nature exacte de Scarlett – xénomorphe ou cyborg ? – le mystère reste à la libre-interprétation du spectateur.

    L’énorme handicap d’Under The Skin s’avère également être sa principale originalité. La radicalité du traitement de Glazer sur un sujet de prime abord simpliste accouche d’un film totalement inclassable et difficilement accessible au spectateur lambda. Malgré d’évidentes qualités et des scènes très fortes, le long-métrage du britannique aurait immensément gagné à troquer quelque peu son caractère brumeux contre de petits éclaircissements bienvenus. C’est d’autant plus dommage que ni Scarlett Johansson ni la réalisation n’ont à rougir. Arriver à suivre jusqu’à son terme Under The Skin est une gageure…Vous voilà prévenus !

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Scarlett et le défiguré


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  • Brad est un adolescent difficile, et c’est peu de le dire. Délinquant à la petite semaine, dealer de drogues et forte tête, sa mère décide de le confier aux bons soins d’un camp de redressement pour mineurs, Coldwater. A sa tête, le colonel Frank Reichert, un ex-marine, qui ne croit qu’en une seule et unique chose, les vertus de la discipline et des sanctions corporelles. Bien vite, Brad se retrouve piégé dans un univers fait de violences et de privations, et il doit apprendre à composer avec les gardiens et ses autres compagnons pour survivre. Mais Coldwater va aller trop loin, bien trop loin, et transformer des adolescents en authentiques monstres…

    Illustre inconnu, Vincent Grashaw choisit un sujet difficile pour son premier long-métrage avec Coldwater. En s’inspirant des nombreux camps de redressement pour mineurs qui fleurissent aux Etats-Unis et leur réputation plus que douteuse, Grashaw s’engouffre dans le genre du film prison à l’instar d’un certain Dog Pound. Pour l’occasion, l’américain s’appuie sur une nouvelle et jeune génération d’acteurs avec en tête P.J Boudousqué et Chris Petrovski. La question qui reste en suspens est celle de savoir ce que le cinéaste peut apporter de neuf à un genre assez balisé.

    Grashaw bouscule immédiatement son spectateur en nous propulsant avec Brad, enlevé en pleine nuit par les gardiens du camp qui vont l’amener jusqu’à Coldwater sous les lamentations de sa mère. Sans transition ou exposition, on découvre Coldwater avec une séquence à base de sergent-instructeur que ne renierait pas Full Metal Jacket. Frank Reichert s’improvise en caricature cheap du sergent Hartman, mais avec cette même haine et cette même violence qui couve dans sa voix. Le décor est planté, aride et tranchant, où des sales gosses se retrouvent piégés avec d’autres sales gosses, sauf que ceux-ci dirigent le camp. Le récit se scinde alors en deux, avec d’une part des flashbacks pour mettre en place l’histoire de Brad et les raisons qui l’ont amené à Coldwater, et d’autre part le quotidien du camp.

    Le gros point noir du film vient en fait du manque d’équilibre entre ces deux fils. Le premier s’avère rapidement cousu de fil blanc mais, pire, coupe le rythme et l’ambiance de la seconde partie du métrage. C’est celle-ci qui fait des merveilles et tend à dénoncer l’ultra-violence comme réponse éducative. Dans le microcosme de Coldwater, Reichert joue une parodie de la formation des marines américains…mais avec des « éducateurs » plus que douteux. On se retrouve plongé dans un simili-camp de concentration où privations et sanctions physiques font office de seules réponses. Ainsi, peu à peu, les adolescents flanchent, déraillent puis finissent par rentrer dans le rang, comme de bons chiens de garde…avant d’endosser le rôle d’éclaireurs (sorte de Kapo au rabais) puis un jour celui de gardiens. Dès lors, le cycle se prolonge et la violence contenue jusqu’ici se retrouve dirigée contre les nouveaux venus. Coldwater fonctionne à la fois comme camp de torture et d’endoctrinement.

    Ainsi le parcours du personnage de Boudousqué – excellent dans son rôle, même si un peu trop dans le mimétisme d’un certain Gosling – retrace cette évolution diabolique. Autour de lui gravitent d’autres victimes, comme Jonas, qui payent le prix fort et ne s’intégreront pas dans ce cercle vicieux de cette violence. Malheureusement, ceux qui ne jouent pas le jeu y perdent parfois bien plus. L’autre élément passionnant du long-métrage de Grashaw, c’est le personnage de  Reichert incarné par un James Burns en grande forme. Il incarne l’exemple de la rigidité disciplinaire made in America et le glissement (in)humain qu’elle implique. Appliquée sans règles (ou presque) et à des adolescents qui ne peuvent l’assimiler, son ultra-violence ne résout rien. Pourtant, pris lui aussi dans le cycle victime-bourreau, il se révèle incapable de prendre du recul et fonce tête baissée vers l’horreur. Un pur produit de la société américaine en somme.

    Le film ne joue pourtant pas la surenchère pendant les trois quarts de son déroulement et tente de dresser un constat amer de cet échec éducatif. Grashaw sait pourtant qu’à un certain moment, il doit arriver à un point de rupture. Celui-ci a lieu avec l’entrée en scène de Gabriel, personnage bancal (peut-être un de ceux qui, de toute façon, n’aurait été qu’un criminel même sans le camp) mais qui catalyse toute la frustration et la haine de ses camarades, notamment Brad. Ainsi, dans une séquence aussi sauvage qu’intenable, la violence éclate et les proies deviennent les chasseurs. Encore une fois on pense à Full Metal Jacket, sauf qu’ici Baleine n’agit pas seul dans les toilettes mais avec toute son unité en plein jour. Cette apothéose pleine de sang et de vengeance incandescente porte le film à son sommet et achève son propos : au lieu de trouver la repentance, les sales gosses sont devenus des monstres, des machines à tuer froides et implacables. Plus qu’un film sur la dénonciation de l’existence de ces camps de la honte, Coldwater analyse l’échec d’un mode de pensée et d’éducation.

    Malgré quelques faiblesses structurelles, Coldwater surprend de belle façon. Plus intelligent qu’il n’en a l’air et porté par des gueules de cinéma en devenir, il invite son spectateur dans un gouffre de déshumanisation. Dénonciation en règle d’une pratique communément admise outre-Atlantique, le film de Grashaw est aussi prenant qu’il fait mal. Un impressionnant coup d’essai !

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le déchaînement de violence final

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  • Bird People


    Pascale Ferran
    est une habituée de Cannes. En 1994, elle remporte la Caméra d’Or dans la sélection Un certain regard pour son premier long-métrage, Petits arrangements avec les Morts. Après avoir été la présidente du jury en 2007 de cette même sélection qui l’a vu consacrée, elle revient en tant que participante cette année avec son nouveau film : Bird People. A cette occasion, elle recrute Josh Charles et Anaïs Demoustier pour un long-métrage en deux temps autour de la solitude moderne et de la soif de liberté. Un film inattendu.


    Dans un hôtel Parisien où les gens se croisent sans se voir, deux destins vont se lier par hasard. D’un côté, Gary Newman, consultant pour une firme américaine, en voyage d’affaire en France loin de sa famille. De l’autre, la jeune Audrey, simple femme de chambre de l’Hôtel, qui a abandonné ses études et continue à le cacher à ses parents. Tout semble séparer ces deux personnes, mais une envie irrépressible de liberté va les faire se rencontrer, libérés du poids du travail et des conventions, deux inconnus au bout du rouleau aux abords de la ville-lumière.

    Bird People s’ouvre sur une courte séquence où la caméra de Ferran virevolte dans Paris, observe et capture ses habitants. Le spectateur épie la vie privée des gens, leurs pensées, dans la rue ou le train. On y découvre une pluralité de personnalités, une densité d’émotions et de vies surprenantes que le paraître moderne ne laisse pas deviner. Tout ça jusqu’à la première rencontre entre un moineau et Audrey assise dans le train. Puis le long-métrage se divise, littéralement, en deux chapitres. Le premier s’intéresse à la vie de Gary Newman. Ferran y capture le quotidien d’un homme d’affaire avec classe et sobriété, sa réalisation tout en douceur qui nous immerge, sans l’expliciter, dans la solitude industrieuse d’un homme moderne. Ferran semble exposer la répétitivité du travail de Newman et son sentiment d’oppression – la séquence de réveil en pleine nuit – jusqu’à mener à cette prise de conscience et déchaîner une envie de liberté irrépressible qui le conduit à tout plaquer. Josh Charles remplit parfaitement son rôle, perdu dans un travail qui le bouffe, en conflit ouvert avec sa femme, en bref, englouti par une vie médiocre derrière le lustre de sa réussite sociale. Evidemment, on peut reprocher à cette première partie de rester très (trop ?) conventionnelle, où un homme rompt avec son travail et sa famille comme dernier recours pour se sentir libre. Si l’entrevue via internet avec Radha Mitchell reste toujours crédible, c’est parfois de plus courts passages qui emportent l’adhésion. Comme l’ébauche de conversation avec Roschdy Zem au bas de l’hôtel, une sorte de bouée de survie en plein milieu d’un désert aride pour Gary.

    Arrive la seconde partie, celle d’Audrey, la plus réussie du film. D’abord parce qu’elle se centre sur un personnage surement plus proche de tout un chacun – française, petit job, vie banale – mais aussi parce qu’elle montre mieux le calvaire du travail à l’air moderne. Simple femme de chambre, outil en puissance, corvéable à merci, dont personne, ou presque, n’a rien à faire, Audrey n’a même pas de nom (elle sera toujours appelé par son prénom sauf à la fin). Tous semblent l’ignorer ou la snober, les clients se fichent bien du désordre qu’ils laissent derrière eux, tout semble froid et étranger dans la vie d’Audrey. On sent son asphyxie encore plus facilement que celle de Gary et… un élément fantastique vient s’intercaler brutalement dans le récit ! Ferran surprend son monde en venant bouleverser le ton de son métrage par cette longue séquence de près d’une demi-heure où elle reprend le postulat fondamental du genre fantastique, à savoir l’irruption d’un événement « surnaturel » dans le quotidien. Evidemment étroitement liée au besoin de liberté d’Audrey, la métaphore prend instantanément, réserve son lots de situation comique et cette fois, l’utilisation de la voix-off est pleinement justifiée (contrairement à celle d’Almaric dans la première partie, lourde et hors de propos). De la même façon que cette séquence permet quelques belles idées narratives, elle donne l’occasion à Ferran de capturer la vie nocturne de Paris et ses alentours sous un angle inattendu. C’est la bonne idée du film qui relève le niveau un peu commun de la partie précédente.
    Reste alors la conclusion, et cette fameuse rencontre fortuite entre Audrey – excellente Anaïs Demoustier de bout en bout – et Gary Newman. Pleine d’intelligence et de tendresse, elle permet surtout de redonner leur humanité et leur identité aux deux personnages (Audrey y retrouve même son nom) et, dans un sens, de consacrer une liberté retrouvée, même l’espace d’un instant.

    Bird People flirte avec le fantastique de façon si discrète qu’il parvient presque à le faire oublier. Même si le film reste un peu bancal, la faute à une première partie très conventionnelle et balisée, le message qu’il renferme, sa réalisation et ses deux acteurs principaux finissent par emporter l’adhésion. Pascale Ferran nous gratifie d’un long-métrage plaisant à voir pour les amateurs de curiosités.

    Note : 6.5/10

    Meilleure scène : La rencontre Gary/Audrey

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  • Avec l’âge, Tommy Lee Jones a fait comme nombre des acteurs Hollywoodiens et s’est lancé dans la réalisation. Après un premier long-métrage remarqué et franchement réussi avec Trois Enterrements, une histoire de cow-boys modernes et de repentance, il revient près de 9 ans plus tard, et à la Croisette qui plus est. The Homesman choisit cette fois le XIXème siècle pour installer son long-métrage et aborde un thème original pour l’époque : la folie. Comme pour Trois Enterrements, Tommy Lee Jones interprète également un des personnages principaux et s’entoure cette fois d’Hilary Swank, de Miranda Otto ou encore de Jesse Plemons. L’américain peut-il arriver à confirmer tout le bien entrevu dans son premier long-métrage ?

    1854, Nebraska. Dans une petite communauté isolée, trois femmes perdent la raison. Pour prendre soin d’elle et les faire rejoindre leur famille, un tirage au sort a lieu et c’est à Mary Bee Cuddy, une femme au caractère bien trempé, qu’incombe la charge de les emmener jusqu’à l’Iowa. Mais pour traverser des contrées aussi désertiques qu’hostiles, traversées par des Indiens et des pillards, Mary Bee va devoir trouver un compagnon de route. En croisant le chemin d’un vagabond à la moralité douteuse et porté sur la boisson, George Briggs, elle s’embarque dans un périple où seule une amitié improbable pourra leur permettre de mener à bien leur entreprise.

    Alors que dans Trois Enterrements le personnage de Tommy Lee Jones agissait comme un rédempteur pour Mike Norton, la situation s’inverse pour The Homesman. Cette fois, c’est bien Tommy Lee Jones qui endosse le rôle du repentant et c’est Hilary Swank qui va le remettre sur le droit chemin. Le début de The Homesman n’est pas forcément facile à appréhender, Jones tente de manier l’ellipse et le non-dit mais ne maîtrise pas totalement le procédé. Ainsi les vingt premières minutes du film restent assez mystérieuses avec ces allers-retours entre le personnage de Mary Bee Cuddy et les trois femmes perdant la raison. Dans un certain sens, The Homesman est d’ailleurs un film féministe. Tommy Lee Jones expose la vie des femmes dans l’Ouest Américain dans une époque dominée totalement par la société patriarcale et où elles endurent les pires cruautés. Les trois personnages de folles, interprétées respectivement par Grace Summers, Miranda Otto et Sonja Richter, décrivent parfaitement la place ignominieuse de la femme dans l’Amérique du XIXème siècle. Leurs destinées, toutes plus cruels les unes des autres, croisent celui d’une saine d’esprit mais néanmoins en proie à une solitude féroce en la personne de Mary Bee Cuddy.

    Interprétée par Hilary Swank – qu’on croyait disparue de la circulation… - Mary Bee est le prototype même de la femme en avance sur son époque. Débrouillarde, indépendante et un poil autoritaire, elle détonne dans un environnement masculin qui ne laisse la place à rien d’autre que le machisme et la sévérité. Mary Bee Cuddy et son destin s’affirme comme la plus grande réussite du métrage…Mais Tommy Lee Jones en George Briggs vaut aussi son pesant d’or. A l’opposé de son personnage de Trois Enterrements, Jones interprète un cow-boy alcoolique et rustre, aussi drôle que touchant. Il sert de contraste bienvenu avec Mary Bee et permet, en outre, de ne pas tirer un tableau totalement noir sur la gente masculine de l’époque. Enfin, il faut saluer le trio de malades mentales qui les accompagnent, toutes excellentes et toutes, à leur façon, visages de l’abandon et de l’incompréhension de leur société.

    The Homesman n’arrive pourtant jamais à se hisser au même niveau que son prédécesseur. D’abord parce que la mise en scène de Jones est un peu en retrait, plus sobre certes mais aussi plus banale, elle n’offre que peu de moments d’ébahissement. De même, le film aurait mérité quelques coups de rabots comme sur ce passage de l’égarement dans le désert de Mary Bee Cuddy pour enterrer un cadavre, pas vraiment nécessaire et qui n’amène rien au long-métrage au final. Si Jones tente de dresser un portrait cru de l’Ouest sauvage, il traîne un peu en longueur dans sa première partie et on ne peut s’empêcher de penser que le long-métrage aurait pu gagner en lisibilité dans ses premiers instants. Pas très grave en soi puisque le bilan global se révèle plutôt positif pour The Homesman mais loin de pouvoir prétendre à une place dans les mémoires. Reste un film atypique sur un sujet original.

    Tommy Lee Jones ne transforme pas tout à fait l’essai de Trois Enterrements mais ne rate pas pour autant le coche. The Homesman tente la synthèse du western et du film d’auteur, avec plus ou moins de bonheur et s’en tire avec les honneurs grâce à ses acteurs principaux et sa thématique. Cruel et drôle à la fois, une aventure agréable et parfois surprenante dans le cœur de l’Amérique profonde.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : La traversée de la rivière par George Briggs


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  • Evil Dead (Version 2013)



    Mia décide d’en finir avec la drogue et, pour se faire, part dans une cabane à l’écart dans la foret avec deux amis ainsi que son frère David et sa copine. Seulement, lorsqu’ils découvrent le sous-sol de l’endroit où ils séjournent, la bande trouve d’évidentes traces de sorcellerie ainsi qu’un livre mystérieux qui va bientôt libérer sur eux des formes démoniaques.

    L’original datant de 1981, quelqu’un, peut-être même Sam Raimi himself, s’est dit qu’il serait bien de réactualisé ce « classique » de l’horreur qu’est Evil Dead. L’affaire s’avère vite conclut et remis à un illustre inconnu en la personne de Fede Alvarez. Précédé de la réputation du « film le plus effrayant jamais vu », voici donc la nouvelle mouture d’Evil Dead.

    Déjà, rien de bien neuf par rapport à l’original. 3 filles, 2 mecs, une cabane, un livre mystérieux et un démon. Sauf qu’Alvarez introduit son film autour d’une histoire de première possession antérieure au fil principal, pourquoi ? Pour donner un visage au démon qui sera libéré plus tard. C’est la première fausse bonne idée du long-métrage puisque l’horreur invisible allait bien mieux au contexte mais passons. Autre changement, nous avons ici une héroïne (exit Ash), Mia, qui est une junkie et qui vient se sevrer. Très bonne idée sur le papier avec les possibilités métaphoriques et/ou les quiproquos. Et encore une fois, l’idée, traitée tout sauf subtilement, fait flop.
    Pourtant soyons clairs, et même si les meilleurs moments de charcutage figurent dans la bande-annonce, les effets spéciaux s’avèrent excellents et tellement meilleurs que dans l’original (enfin ce n’était pas dur, on partait de loin…) tandis que la réalisation reste des plus correctes avec quelques très beaux plans. Malheureusement, le côté gore à outrance a aussi ses limites et le film plonge très très rapidement. Pourquoi ?

    Parce qu’Evil Dead enfile tous les clichés possibles du genre sans aucune nuance et accumule les imbécillités. Des jeunes crétins (il n’y pas pas d’autres mots), la cabane abandonnée maudite, le livre (maudit aussi), l’idiot patenté qui ouvre un livre (tenez-vous bien) recouvert de chair humaine (et de une), entouré de plastique noir (et de deux) avec du barbelé autour (et de trois !!) et avec marqué dessus ne pas lire, ou réécrire (et de quatre !) mais bien sûr, il l’ouvre, le lit et à haute voix (et de cinq !). Heureusement, ce sympathique Eric, non content d’être con comme un manche à balai, fait aussi de l’humour en rappelant régulièrement que « non la situation ne s’arrange pas »… sans blague. On aura aussi toutes les variantes possibles sur le thème « c’est ma petite copine/ma copine/ma sœur, je peux pas le tuer » avec des doutes à la pelle quand Mia, possédée, tente de faire la gentille pour les attirer (« Natalie, j’ai mal aux jambes, descends à la cave, je sais pas ce qui m’arrive »… vous devinez la suite) ou le moment épique dans le genre cliché éculé de la vieille comptine qui attendrit le frère (bon la soeurette vient de buter les quatre autres, mais c’est rien). Mieux, Alvarez ne change pas les incohérences de l’original : « Tiens, ma copine pousse un hurlement dans la chambre et s’enferme dans la salle de bain, surtout ne me hâtons pas, c’est pas comme si il y avait déjà une possédée dans la cave ».

    Et on retombe dans les séparations qui n’ont d’autre justification que d’en buter un (Allez la blondasse, va dans la cuisine chercher un truc, nous on reste à deux dans la cabane ! Fais gaffe on a laissé Mia un poil possédée là-bas) mais surtout, eh bien oui, les « héros » ont peut-être le QI d’un castor mais ils sont vachement résistants, le meilleur exemple reste le Eric sus-nommé, qui va tout de même se prendre une aiguille plantée 20 fois dans la face et l’œil, une quinzaine de clous dans bras/jambe/poitrine, 5-6 coups de pied de biche dans la tronche et la main coupée en deux, avant de crever bien plus tard par un cutter planté dans le ventre. C’est fort en chocolat quand même…
    Comble du ridicule, on aura droit à la séance de défibrillation la plus débile du monde sans parler des séances de « Je me coupe un membre moi-même, mais je ne tombe même pas dans les pommes ».

    Achevez le long-métrage par du largage de sang à tout va, saupoudré de tronçonneuse pour faire gros clin d’œil à l’original, et un lever de soleil pour la seule rescapée qui repart victorieuse (mais qui aura désormais du mal à lasser ses chaussures) et vous comprendrez que ce remake n’est non seulement que du gore pour du gore, mais qu’en plus il n’effraie pas plus que ça. Si, franchement, vous voulez voir un film d’horreur, optez pour Martyrs, vous allez sentir la différence. Nous ne parlerons pas des acteurs, exceptée peut-être de Jane Lévy qui joue bien le jeu de la possession avec son maquillage, car ceux-ci n’ont rigoureusement rien d’intéressant ni à donner ni à faire.

    Evil Dead 2013 rassemble bon nombre des pires symptômes du remake. Esbroufe, gore pour le style, faussement jusqu’au-boutiste, acteurs en carton-pâte, histoire et protagonistes d’une débilité profonde, misant tout sur ses effets spéciaux… bref Fede Alvarez a tout, mais vraiment tout faux. Un massacre.

    Note : 3/10

    Meilleure réplique : « On devrait l’emmener au médecin » (hum)

    Meilleure scène : La salle de bain

    La critique de l'original à ce lien.


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  • Dragons 2

    Cela fait quelque temps maintenant que le petit monde de l’animation occidentale se retrouve bouleversé. Alors que l’on pensait le roi Pixar intouchable, c’est aujourd’hui un temps révolu. Après les médiocres Cars 2 et Monstres Academy, la firme à la lampe s’est fait voler la vedette par son principal concurrent : Dreamworks. Si l'on peut citer les Croods comme petite surprise de 2013, c’est surtout Dragons qui a changé la donne. Petite merveille totalement inattendue, le film a raflé tous les suffrages critiques en s’axant sur l’émotion et la sensibilité plutôt que la blague à outrance. Mais la vraie raison de ce succès, il faut la chercher ailleurs, en l’occurrence chez les deux compères à l’origine du film : Chris Sanders et Dean DeBlois. Déjà responsable de l’excellent Lilo & Stitch, les deux hommes ont réussi un nouveau tour de force avec la franchise Dragons, car il s’agit bien d’une franchise désormais comme le prouve la sortie de Dragons 2. Malgré tout, plusieurs éléments ne mettent pas en confiance pour cette suite : d’abord le fait qu’il s’agit d’une suite, forcément, mais aussi et surtout l’absence de Chris Sanders. Désormais tout repose sur Dean DeBlois. Peut-il arriver à égaler son illustre prédécesseur ?

    Sur l’île de Berk, la guerre entre vikings et dragons est un lointain souvenir. Désormais, les deux peuples vivent en symbiose, et chaque viking possède son propre dragon. De leur côté, Harold et Krokmou continuent d’éprouver les limites du monde connu jusqu’au jour où ils ont vent d’un terrible chef de guerre, Drago. Conquérant impitoyable, il asservit les dragons pour mieux détruire ses adversaires. Bien qu’Harold doive reprendre le flambeau de son père Stoik à la tête du village, il décide de partir rencontrer Drago pour le raisonner. En chemin, il va faire une rencontre étonnante, celle d’un dragonnier masqué prêt à tout pour protéger les dragons. Mais la guerre peut-elle être évitée ?

    Après une petite séquence introductive pour remettre les choses dans leur contexte et dépeindre le nouveau visage de Berk, Dragons 2 se recentre sur son duo magique, Harold et Krokmou. A l’instant où ces deux-là apparaissent à l’écran, la magie opère. La réalisation de DeBlois et la fabuleuse musique de Powell (une des plus belles bandes-originales depuis longtemps) s’allient pour atteindre des moments de grâce qu’on n'avait connus que dans le premier volet. La séquence aérienne crève l’écran, Krokmou virevolte, la 3D est au poil… oui Dragons est de retour. On comprend rapidement que cette suite sera plus axée sur la relation entre Stoik et Harold, entre un père à l’apparence bourrue et traditionnelle et un fils rêvant de liberté et idéaliste au possible. L’humour fait surface quasi-immédiatement, jamais lourdingue et souvent en arrière-plan (Krokmou qui interagit avec les autres dragons, un vrai plaisir). Les retrouvailles des premiers instants enchantent… et ce n’est pas fini !

    Ce Dragons 2 ne se contente pas des mêmes mécanismes d’histoires qui ont réussi au précédent mais voit plus grand. DeBlois élargit l’univers, offre un éventail de dragons impressionnant et crée des enjeux captivants. De front, le film d’animation mène deux axes : la rencontre entre Harold et sa mère et celle entre Drago et le monde de Berk. Chaque axe profite de thématiques spécifiques et bien plus malignes qu’il n’y parait de prime abord. Celle avec la mère lorgne vers Avatar, autant visuellement – le refuge des dragons – que thématiquement avec tout un sous-texte écologique et pacifiste, sur la confrontation de la nature humaine et de son environnement. Le discours sort rapidement des sentiers balisés et se confronte à la dure réalité, l’impossibilité de l’homme à vivre en harmonie avec les animaux qui l’entourent, ici les dragons. L’utopie de Berk se heurte ainsi douloureusement à l’ost de Drago. Entre asservissement et souffrance, le grand méchant de l’histoire s’avère très convaincant, charismatique à souhait et vraiment menaçant pour nos héros. Dans cet axe-là, l’interaction entre Harold et son père, la nécessité de la succession et surtout la fin de l’idéalisme (Drago ne pourra être ramené à la raison que par la violence), tout explose dans une série de scènes d’actions formidables, impeccablement mises en scène.

    C’est là LE point fort de Dragons 2 : sa réalisation. DeBlois et Dreamworks nous livre un long-métrage d’animation d’une perfection visuelle hallucinante. Tableau aérien superbe, scènes d’actions épiques, et un character-design toujours plus convaincant. Doit-on insister sur l’absolue réussite de Krokmou, toujours calqué sur un chat dans son comportement ? Le dragon star s’affiche comme la plus belle et grande réussite de Dreamworks en animation, une petite merveille. A ce stade, la différence, c’est aussi la touche de DeBlois, l’émotion et les fulgurances des rencontres – comme ce toucher inoubliable entre Krokmou et Harold dans le premier volet – atteignent des sommets. Bien plus nombreuses que dans les précédents, le réalisateur arrive à nous serrer le cœur avec une facilité déconcertante, la tendresse visuelle et la subtilité de l’emploi image-musique porte le film à quelques acmés insoupçonnées, comme cet instant sublime où Harold rencontre sa mère, ou lors des événements de la première bataille. DeBlois retrouve la clé magique qu’a perdue Pixar, celle d’un cinema à différents niveaux de lecture, sensible et beau à mourir, aussi bien visuellement qu’émotionnellement.

    Il y a du Roi Lion dans ce Dragons 2, de l’Avatar, mais il y a surtout du génie. Une fois que le récit a décollé, les événements s’enchaînent à un rythme soutenu et trouvent le parfait équilibre entre intimiste et spectaculaire. Toute la dernière partie fait office de moment de bravoure aux yeux du spectateur, magnifiée par une 3D superbement utilisée encore une fois – un des très très rares films qui sait l’employer ! -, les traits d’humour font mouche, le cœur se serre, palpite. Dragons 2 arrive à faire mieux encore que le précédent volet, pourtant déjà formidable. Là où un Rio 2 échouait sur tous les tableaux, Dragons 2 concilie monde adulte et enfantin, pour accoucher d’un immense film plein de poésie. Insistons une dernière fois sur la musique de Powell qui livre une partition simplement parfaite et dont l'alchimie avec les images s’impose naturellement. Dès les premières notes du vol inaugural de Krokmou, impossible de ne pas tomber sous le charme.

    Dean Deblois n’a pas démérité. Même sans son compère de toujours, le réalisateur accouche d’une pépite d’animation. Epique, poignant et intense, Dragons 2 c’est la réussite de l’année en matière d’anime à l’occidentale. Dreamworks prouve encore une fois qu’il a su tirer des enseignements de ses échecs et sait aussi soutenir des auteurs fabuleux.
    Courez le voir, volez avec Krokmou et surtout vivement Dragons 3 !

    Note : 9/10

    Meilleure réplique : "On ne peut raisonner un homme qui emploie la violence sans raison."

    Meilleures scènes : La première apparition d’Harold et de Krokmou / Harold confronté à sa mère / Le flashback sur le sort de la mère/ l’adieu viking

     

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  • Le cinéma australien a vu émergé un certains nombres de réalisateurs marquants ces derniers temps. On citera le terrifiant Crimes de Snowtown de Justin Kurzel et le non moins terrifiant The Loved Ones de Sean Byrne sans même parler du petit prodige John Hillcoat. Présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2014, The Rover est le second film d’un autre australien remarqué en 2011 pour The Animal Kingdom, David Michôd. Retrouvant le grand Guy Pearce pour l’occasion, le réalisateur s’essaye au genre post-apocalyptique sauce Mad Max dans un décor aride… forcément australien. Mais peut-il confirmer tout le bien entrevu dans son précédent métrage ? D’autant plus en prenant un acteur aussi inégal que Robert Pattinson pour donner la réplique à Pearce…

    10 ans après l’effondrement, un homme taciturne débarque dans un bar douteux perdu au milieu de l’aridité australienne. Au même moment, un gang vient d’échapper à un contrôle militaire et y a même laissé un de ses membres blessé par balle, Rey, le frère d’Henry, le leader. En fuite, il croise le chemin d’Eric, l’homme solitaire qui les voit impuissant voler sa voiture garé devant le bar. Il décide alors de se lancer à la poursuite du gang et va finir par rencontrer Rey. Dans la déliquescence d’une société australienne impitoyable, les deux hommes vont nouer une étrange relation d’haine-amitié.

     The Rover n’est pas un film simple à aborder. Michôd choisit de parler de façon très sèche et silencieuse d’une post-apocalypse qui ne dit pas son nom. Hormis une phrase avant le film, rien n’explique la chute de la civilisation qui semble morceler en villages épars. L’atmosphère de l’australien s’appuie en grande partie sur le non-dit, si bien que l’on a du mal à savoir le nom de son anti-héros incarné par un excellent Guy Pearce. Film d’ambiance, The Rover s’apprécie comme une peinture dure et rugueuse d’une société détruite. On pense souvent à Mad Max mais aussi à la Route, pour ce côté road-movie avec la poursuite du gang. Comme La Route, The Rover dépeint un univers désespéré et âpre où la survie passe par la violence et le meurtre. L’homme, débarrassé du vernis sociétal et de ses règles, revient à la loi du plus fort. Ainsi, Eric constitue un parfait organisme pour ce nouveau paradigme, impulsif et sans limite.

    Loin d’employer la violence sans raison, Michôd cherche du sens à celle-ci. The Rover s’avère rapidement un film basé uniquement sur cette recherche désespérée d’un sens aux choses. Cela amène les deux protagonistes du long–métrage à se lancer dans une quête difficile et douloureuse. Eric y cherche le sens de l’impunité de ses crimes passés, tandis que Rey tente de comprendre pourquoi son frère l’a abandonné. Dans l’univers de The Rover, la vie n’a en fait plus aucun sens et les futilités d’antan prennent une importance démesurée, comme cette voiture métaphorique, symbole du vol de la vie ordinaire du personnage d’Eric, celle-ci contenant la dernière parcelle de sa vie antérieure. Tout au long de son film, Michôd montre la brutalité et la cruauté de l’existence après l’humain, devenu une bête dangereuse et mourante. C’est d’ailleurs le personnage de Rey qui fait office de contrepoids à la froideur d’Eric. Pattinson compose ici un attardé attachant avec un talent insoupçonné, d’autant plus impressionnant qu’il n’avait jamais atteint ce niveau ailleurs (notamment chez Cronenberg où il s’était un peu débarrassé de son image déplorable de Twilight). Rey incarne cette infime touche d’humanité qui semble absente de tout autre chose. Attention, il ne s’agit pas d’un gentil petit handicapé non plus, le cliché ne fait pas partie du film de Michôd et Rey n’hésite pas à sombrer dans la violence, inhérente à l’homme de toute façon.

    Si l’on peut reprocher certaines longueurs au long-métrage de Michôd, il faut saluer sa magnifique réalisation, tantôt atmosphérique tantôt sombre et désespérante. Certaines scènes touchent d’ailleurs au sublime, comme ce face-à-face improbable entre des chiens en cages et le personnage d’Eric, où l’on ne sait pas vraiment qui est le plus libre. Une scène qui prendra bien plus de sens à la toute fin du film. Sur cette scène plane la noirceur et l’injustice tout autant que la cruauté humaine, les chiens restant prisonniers pour éviter de se faire bouffer. Comme tous les personnages de The Rover finiront par l’être, métaphoriquement ou littéralement. On terminera aussi sur ce grand dialogue, cynique et terrible au possible entre le policier et Rey, preuve évidente de la vacuité des choses et de la futilité du destin. Tout concourt à dépeindre un monde de violence dénué de sens, dans une société bestiale où seule une loi existe : tuer ou être tué.

    Même si l’on peut forcément reprocher le caractère hermétique et parfois un peu longuet de son métrage (qui ne plaira pas au spectateur lambda, soyez prévenus), The Rover s’affirme comme un film fort et sans concessions porté par un duo d’acteurs remarquables. David Michôd continue d’explorer la violence tout en déplaçant sa réflexion sur une autre facette de celle-ci, et l’on ne peut s’empêcher d’attendre avec curiosité son prochain long-métrage.
    Assurément une voix singulière du cinéma moderne.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : La découverte des chiens en cage chez le docteur


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  • Sorti en 2007, 300 était une superbe adaptation du comic book éponyme de Frank Miller. Malgré quelques rajouts politiques très discutables de la part de Miller, le film constituait une grande réussite picturale et épique offrant des morceaux de bravoure impressionnant. Bien que ne se prêtant absolument pas à cela, le long-métrage voit naître une suite sous-titrée Naissance d’un empire. Malheureusement, Zack Snyder ne reste plus que co-scénariste et producteur, laissant sa place à Noam Murro, un inconnu seulement responsable du film Smart People. On retrouve également en acteur principal l’australien Sullivan Stapleton, peu habitué des premiers rôles, et Eva Green, qu’on n’imaginait pas forcément dans le rôle de la méchante de service. Autant dire que ce nouveau volet part avec de grosses appréhensions quant à sa qualité. Qu’en est-il du résultat final ?

    On retrouve tout d’abord Léonidas, mort sur le champ de bataille des Thermopyles, et un Xerxès triomphant et plus belliqueux que jamais. Mais rapidement, l’histoire revient en arrière guidée par la voix de la reine Gorgo pour nous compter l’épopée guerrière du général grec Thémistocle, depuis sa victoire de Marathon contre le roi Perse Darius, jusqu’à son combat désespéré contre l’armada perse de Xerxès et Artémise, qui verront ici leurs origines plus approfondies. La Naissance d’un empire demandera plus que du courage et de la témérité, mais réclamera le prix du sang. 

    Ce nouvel opus partait sur des bases précaires. Cependant, force est de reconnaître qu’il ne s’en tire pas aussi mal qu’on aurait pu le penser. Malgré un certains nombres de gros défauts, La Naissance d’un Empire aligne quelques atouts capable de motiver son visionnage. Parmi eux, il y aura la construction du long-métrage, qui ne se contente pas de prendre la suite du premier volet mais de l’enchâsser en son sein. La première partie se passe ainsi avant les événements de Thermopyles, la seconde simultanément et la dernière après la fin de Leonidas. L’idée même de la chose ajoute une belle dimension et une certaine ampleur au film. Même si on relève beaucoup de maladresses dans les origines de Xerxès – le changement de taille ? Le flou sur sa transformation ? -, force est d’avouer que l’ensemble regorge d’intérêt, pour son côté historique – en partie seulement – et apportant un certains nombres de réponses auquel 300 ne répondait pas forcément. 

    L’autre qualité de ce 300 c’est, au final, de trouver un rythme régulier regorgeant d’action avec quelques scènes épiques qui permettent au film de tenir en haleine pendant une heure et demi. Certaines seront d’ailleurs très réussies – la première confrontation navale et l’attaque par le feu – malgré un certain côté déjà vu. Enfin, Eva Green présente un versant certes too much avec son personnage – et l’actrice surjoue un brin d’ailleurs – mais elle remplit parfaitement son rôle, arrivant à relever la tonalité du film et y immiscer la sauvagerie inhérente au premier volet. N’oublions pas un dernier bon point pour La Naissance d’un Empire, en l’occurrence sa bande originale, qui colle et épouse parfaitement les scènes d’action et insuffle une dimension épique certaine – notamment la remarquable partition avant la bataille navale finale. Malgré tout ça, ce nouveau 300 n’arrive jamais à la cheville de son prédécesseur et affiche de sévères tares.

    L’inexpérience de Murro se ressent en fait pendant tout le film et celui-ci tente simplement de coller au plus près du style Snyder originel. Ainsi, l’esthétique du film reste la même, le côté grandiloquent aussi…mais là où Snyder savait jouer au bord du gouffre, Murro saute à pied joint dans l’excès. Exemple simple et révélateur, le jeune réalisateur filme ses scènes d’actions – et pas qu’elles au demeurant – avec une tonne de ralentis, il en met absolument partout si bien que l’attaque de Marathon qui dure une dizaine de minutes, doit compter au moins la moitié de ralentis, c’est insupportable. De même, le sang numérique gicle à gogo et en une quantité encore plus importante que dans le premier – c’est dire ! Ajoutons à cela les excès des personnages et le film se retrouve bancal, sorte de rejeton Snyderesque fait par un autre qui tente d’amplifier tout ce qu’il a vu et retenu du réalisateur américain. La scène entre Thémistocle et Artémise durant leur « entrevue » atteint des sommets de ridicule et de bêtise, elle fait perdre à elle seule beaucoup de bons points au film. C’est aussi le nœud du problème de ce nouveau volet, celui de n’avoir dans le fond rien d’original à raconter en termes de péripéties et de calquer son parcours sur celui du précédent opus. 

    Pire encore, Stapleton, sans être tout à fait mauvais, se révèle cruellement banal pour son rôle de leader et fait pâle figure en face du monstre de charisme qu’était Léonidas. Jamais il n’arrive à dégager cette impression de puissance et cette folie guerrière que possédait le leader Spartiate. Les seconds rôles grecs n’existant tout simplement pas et Xerxès se retrouvant en recul total dans le volet, tout concoure à donner le champ libre à Eva Green qui arrive certes à maintenir un rôle de méchant crédible à l’écran, mais tombe aussi souvent dans l’excès… En fait, l’immense problème de La Naissance d’un empire c’est qu’il pointe son principal paradoxe du doigt tout du long. Il n’avait pas de raison d’être autrement que pour rallonger la sauce et faire de l’argent. Ainsi, difficile de retrouver le souffle épique et l’originalité à la fois dans l’aspect visuel et dans l’univers dont bénéficiait le premier. Le résultat parait divertissant mais vain. Reste en plus un problème, bien plus lourd pour le métrage, c’est-à-dire l’influence de Miller sur le discours sous-jacent. L’auteur ayant amorcé dans sa bibliographie un tournant ouvertement raciste et xénophobe – Holy Terror en est l’illustration criante – son scénario transpire de l’opposition Etats-Unis de la liberté (= Grecs) contre le monde arabe de la bestialité (= Perses). Alors que 300 limitait la casse une fois sorti des scènes entre Gorgo et le conseil – Miller n’avait pas encore atteint son niveau idéologique actuel -, La Naissance d’un empire regorge de leçons de morale sur le mot liberté et les Grecs n’arrêtent littéralement pas de le crier...tout le temps. C'est insupportable, et sort le film de son empreinte proto-historique et fantastique. Ce qui menace sans cesse de faire basculer le long-métrage.

    Exemple typique de la suite qui n’avait pas lieu d’être, film de tous les excès, La Naissance d’un empire peine à convaincre mais fait bien mieux que ce qu’on aurait pu craindre au départ. Entre divertissement honnête et film d’action décomplexé, le film de Noam Murro ne restera pourtant pas dans les mémoires.
    Arrêtons là l’exploitation du filon…


    Note : 5.5/10

    Meilleure scène : Les éperonnages de la première confrontation

    Meilleure réplique : "Vengez-le"


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  • A l’occasion du Festival de Cannes cuvée 2014, le canadien David Cronenberg présente son dernier long-métrage intitulé Maps to the Stars. Après quelques films en demi-teinte comme l’ennuyeux et verbeux Cosmopolis ou l’inégal A Dangerous Method, le réalisateur choisit de poser sa caméra à Hollywood pour plonger dans le milieu des stars et des paillettes… Pour se faire, il entrecroise les destins d’Havana Segrand, une actrice has-been prête à tout pour retrouver la notoriété de sa mère, Benjie Weiss, un jeune garçon superstar prétentieux incapable de gérer sa célébrité correctement, et Agatha, une adolescente qui vient de débarquer à Hollywood et rêve d’approcher le milieu clinquant du cinéma. C’est lorsque cette dernière entre au service d’Havana que les choses se compliquent et que les chemins se croisent, révélant les fissures d’un tableau trop parfait.

    On connaît évidemment la propension de David Cronenberg à étriller les faux-semblants comme dans son excellent History of Violence et son nom moins formidable Eastern Promises. Dans Maps to the Stars, le canadien revient sur ce tableau de prédilection en y ajoutant ses thèmes fétiches que sont le rapport à la chair et la violence. En engageant une pléiade de stars talentueuses, il trouve immédiatement le ton juste. La preuve arrive immédiatement avec Julianne Moore, excellente dans son rôle d’actrice au rebut dont la conscience n’est qu’un lointain souvenir. Vient ensuite la géniale (on n’arrête pas de le dire) Mia Wasikowska incarnant une sorte de double juvénile d’Havana, promit en un sens aux mêmes tourments et déjà marqué par le feu de sa vie d’antan. Cronenberg se sert de ces deux prestations pour opposer jeunesse et déclin, Havana s’affirmant vite comme une épave du star-system, névrosée et souvent délirante, contrairement à la nouvelle génération incarnée à la fois par Benjie et Agatha, déjà contaminée par la folie du milieu, déjà porteur des germes de leur propre destruction.

    Mais si Cronenberg élabore un film aussi complexe en apparence que Maps to The Stars c’est pour revenir à un autre de ses amours, le rapport à la chair et à la famille. On comprend ainsi rapidement qu’aucun des trois personnages principaux ne sont normaux. Chacun à leur façon, ils ont été blessé dans leur chair, certains littéralement, comme Agatha et Benjie, d’autres métaphoriquement, comme Havana ou la mystérieuse mère de Benjie, Christina Weiss. En réalité, plus qu’une critique acide et jouissive d’un milieu décadent où le joint et l’alcool circulent chez les bébés stars et où les coups les plus bas sont devenus la norme, Maps to the Stars raconte en filigrane la déchéance physique de ses protagonistes dont la psyché s’effondre sous le poids de leur environnement et de leurs histoires. Ici, la schizophrénie se confond aux penchants psychotiques et se mêle aux penchants incestueux, rejoignant les relents malsain du cinéma de cronenberg en des temps plus lointains (Chromosome 3 par exemple).

    Pourtant, c’est aussi un plongeon dans le besoin de gloire qu’effectue Cronenberg dans Maps To The Stars où tous ses protagonistes recherchent, d’une façon ou d’une autre, la vénération et l’adulation. Du petit chauffeur qui se rêve acteur – excellent Robert Pattinson – au « docteur des stars » ridicule au possible lors de ses petites séances avec Havana. Sous ce besoin compulsif se terre pourtant chez Cronenberg un besoin d’être aimé qui contraste avec la solitude désespérée de ses personnages, comme une galerie de bouffons tragiques perdus dans un enfer saturé de paillettes. Le sens aigu de Cronenberg pour filmer la déliquescence de ses acteurs jusqu’à un final aussi brutal qu’inévitable donne également un bref aperçu de l’hypocrisie de ce monde hollywoodien qui, derrière l’écran et les artifices, prend des allures de Sodome et Gomorrhe moderne. Reste une légère déception, ce buzz un peu trop appuyé de Cannes envers la prestation de Moore, certes excellente, mais qui ne constitue pas pour autant la véritable prouesse annoncée par un prix d'interprétation.

    Avec ce Maps to the Stars, Cronenberg revient à un meilleur niveau mais encore trop faible en regard d’un History of Violence ou d’un Eastern Promises. Porté par une brochette d’acteurs sublimes et mêlant allègrement décadence et folie, le long-métrage a de sérieux arguments pour lui. De toute façon, rien que pour retrouver le trop rare John Cusack en tête-à-tête avec une Julianne Moore débridée, le film mérite d’être vu.

    Note : 7.5/10

    Meilleure scène : Havana et Agatha célébrant la mort d’un enfant noyé…


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