• Coldwater

    Brad est un adolescent difficile, et c’est peu de le dire. Délinquant à la petite semaine, dealer de drogues et forte tête, sa mère décide de le confier aux bons soins d’un camp de redressement pour mineurs, Coldwater. A sa tête, le colonel Frank Reichert, un ex-marine, qui ne croit qu’en une seule et unique chose, les vertus de la discipline et des sanctions corporelles. Bien vite, Brad se retrouve piégé dans un univers fait de violences et de privations, et il doit apprendre à composer avec les gardiens et ses autres compagnons pour survivre. Mais Coldwater va aller trop loin, bien trop loin, et transformer des adolescents en authentiques monstres…

    Illustre inconnu, Vincent Grashaw choisit un sujet difficile pour son premier long-métrage avec Coldwater. En s’inspirant des nombreux camps de redressement pour mineurs qui fleurissent aux Etats-Unis et leur réputation plus que douteuse, Grashaw s’engouffre dans le genre du film prison à l’instar d’un certain Dog Pound. Pour l’occasion, l’américain s’appuie sur une nouvelle et jeune génération d’acteurs avec en tête P.J Boudousqué et Chris Petrovski. La question qui reste en suspens est celle de savoir ce que le cinéaste peut apporter de neuf à un genre assez balisé.

    Grashaw bouscule immédiatement son spectateur en nous propulsant avec Brad, enlevé en pleine nuit par les gardiens du camp qui vont l’amener jusqu’à Coldwater sous les lamentations de sa mère. Sans transition ou exposition, on découvre Coldwater avec une séquence à base de sergent-instructeur que ne renierait pas Full Metal Jacket. Frank Reichert s’improvise en caricature cheap du sergent Hartman, mais avec cette même haine et cette même violence qui couve dans sa voix. Le décor est planté, aride et tranchant, où des sales gosses se retrouvent piégés avec d’autres sales gosses, sauf que ceux-ci dirigent le camp. Le récit se scinde alors en deux, avec d’une part des flashbacks pour mettre en place l’histoire de Brad et les raisons qui l’ont amené à Coldwater, et d’autre part le quotidien du camp.

    Le gros point noir du film vient en fait du manque d’équilibre entre ces deux fils. Le premier s’avère rapidement cousu de fil blanc mais, pire, coupe le rythme et l’ambiance de la seconde partie du métrage. C’est celle-ci qui fait des merveilles et tend à dénoncer l’ultra-violence comme réponse éducative. Dans le microcosme de Coldwater, Reichert joue une parodie de la formation des marines américains…mais avec des « éducateurs » plus que douteux. On se retrouve plongé dans un simili-camp de concentration où privations et sanctions physiques font office de seules réponses. Ainsi, peu à peu, les adolescents flanchent, déraillent puis finissent par rentrer dans le rang, comme de bons chiens de garde…avant d’endosser le rôle d’éclaireurs (sorte de Kapo au rabais) puis un jour celui de gardiens. Dès lors, le cycle se prolonge et la violence contenue jusqu’ici se retrouve dirigée contre les nouveaux venus. Coldwater fonctionne à la fois comme camp de torture et d’endoctrinement.

    Ainsi le parcours du personnage de Boudousqué – excellent dans son rôle, même si un peu trop dans le mimétisme d’un certain Gosling – retrace cette évolution diabolique. Autour de lui gravitent d’autres victimes, comme Jonas, qui payent le prix fort et ne s’intégreront pas dans ce cercle vicieux de cette violence. Malheureusement, ceux qui ne jouent pas le jeu y perdent parfois bien plus. L’autre élément passionnant du long-métrage de Grashaw, c’est le personnage de  Reichert incarné par un James Burns en grande forme. Il incarne l’exemple de la rigidité disciplinaire made in America et le glissement (in)humain qu’elle implique. Appliquée sans règles (ou presque) et à des adolescents qui ne peuvent l’assimiler, son ultra-violence ne résout rien. Pourtant, pris lui aussi dans le cycle victime-bourreau, il se révèle incapable de prendre du recul et fonce tête baissée vers l’horreur. Un pur produit de la société américaine en somme.

    Le film ne joue pourtant pas la surenchère pendant les trois quarts de son déroulement et tente de dresser un constat amer de cet échec éducatif. Grashaw sait pourtant qu’à un certain moment, il doit arriver à un point de rupture. Celui-ci a lieu avec l’entrée en scène de Gabriel, personnage bancal (peut-être un de ceux qui, de toute façon, n’aurait été qu’un criminel même sans le camp) mais qui catalyse toute la frustration et la haine de ses camarades, notamment Brad. Ainsi, dans une séquence aussi sauvage qu’intenable, la violence éclate et les proies deviennent les chasseurs. Encore une fois on pense à Full Metal Jacket, sauf qu’ici Baleine n’agit pas seul dans les toilettes mais avec toute son unité en plein jour. Cette apothéose pleine de sang et de vengeance incandescente porte le film à son sommet et achève son propos : au lieu de trouver la repentance, les sales gosses sont devenus des monstres, des machines à tuer froides et implacables. Plus qu’un film sur la dénonciation de l’existence de ces camps de la honte, Coldwater analyse l’échec d’un mode de pensée et d’éducation.

    Malgré quelques faiblesses structurelles, Coldwater surprend de belle façon. Plus intelligent qu’il n’en a l’air et porté par des gueules de cinéma en devenir, il invite son spectateur dans un gouffre de déshumanisation. Dénonciation en règle d’une pratique communément admise outre-Atlantique, le film de Grashaw est aussi prenant qu’il fait mal. Un impressionnant coup d’essai !

    Note : 8/10

    Meilleure scène : Le déchaînement de violence final

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