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    "Anarchie", cela signifie "sans chef", pas "sans ordre". Avec l'anarchie vient l'âge de l'Ordnung, l'ordre vrai, qui n'est pas l'ordre imposé. L'âge de l'Ordnung commencera quand le cycle de folie incohérente, de Verwirrung, révélé par ces appels, sera retombé. Ceci n'est pas l'anarchie, Eve. C'est le chaos.

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    Bazar du Bizarre - Lille - 24 Rue des Ponts de Comines

  • [Critique] La terre des fils

    Dans un futur indéterminé, un homme vit avec ses deux enfants dans ce qui semble être un marais.
    Ce dont on est certain, par contre, c'est que l'humanité est morte. La fin du monde a eu lieu. Comment ? Pourquoi ? On ne le saura jamais et, de toute façon, ce n'est pas le but de La Terre des fils.
    Ce qu'il faut savoir par contre, ce sont les règles de ce nouveau moindre. Des règles sèches, dures, impitoyables. On ne touche pas les morts, on ne va pas dans le lac, on troque ce que l'on peut. Bref, on survit. 
    Le père éduque ses fils à l'image de ce nouvel univers. Sans tendresse, sans sentiment, sans émotion. Pas besoin de lire ou d'écrire non plus, cela ne sert plus à rien. 
    Pourtant les deux enfants s'interrogent, notamment l'aîné, plus curieux et plus hargneux. 
    Que fait son père avec un stylo et du papier tous les jours ? Est-ce qu'il écrit ? Est-ce un journal ? Que dit-il dans ce journal ?

    Et c'est là que commence la véritable interrogation de La Terre des fils de Gipi. L'auteur-dessinateur italien multi-récompensé pour Notes pour une histoire de guerre signe cette fois une bande-dessinée sèche et brutale chez Futuropolis. Récit de science-fiction post-apocalyptique, La Terre des fils s'avère bien plus complexe qu'une simple peinture de l'après.

    Cette peinture existe bel et bien. Le lecteur pénètre dans ce récit avec le trait brutal, minimaliste et rêche de Gipi, un trait forcément tout de noir et de blanc. Un dessin à l'image du propos en somme. Gipi jette son lecteur dans un environnement hostile où l'on crève des chiens pour leur peau et leur viande, où tout le monde se méfie de tout le monde, où la violence est omniprésente. C'est râpeux, âpre, mais pas tellement original au premier coup d’œil. On croisera des mutants cannibales, des fanatiques d'une secte bizarrement d'jeuns avec son dieu tropkool, et un bourreau qui en a marre d'être un bourreau. En l'état, la bande-dessinée de Gipi est un tour de piste post-apocalyptique de plus, menée avec sérieux et cruelle en diable. 

    Seulement, La Terre des fils n'est pas que cela. On suit le parcours de deux fils, plus particulièrement l’aîné. Ces deux fils n'ont pas de nom. Leur père, endurci par l'horreur, tente d'en faire des personnes adaptés à un monde qui ne connaît plus la pitié. Il élimine le superflu, à commencer par la culture. Les deux gosses parlent mal, ne savent pas grand chose d'autres que ce qui les aide pour survivre. Mais, malgré tout, il y a l'amour d'un père. Qu'il ne montre jamais, qu'il ne veut pas et ne doit pas montrer. Le problème réside dans ce silence. La relation père-fils, déjà terriblement difficile, devient presque intenable ici. C'est elle le principal sujet de La Terre des fils.

    Toute la beauté et la complexité de cette bande-dessinée se trouve dans le regard de l'aîné qui hait son père autant qu'il veut chercher à le comprendre. Sauf que le dernier indice, le vieux journal intime, est indéchiffrable. Gipi étale des pages et des pages de gribouillis. Le lecteur non plus ne peut pas comprendre, il est comme cet enfant perdu qui veut savoir à tout prix. Mais il ne saura pas. Pourtant, quel qu'en soit le prix, le fils recherche l'amour de son père. Jusqu'au bout. Il semble que malgré l'horreur du monde qui l'entoure, ce qui compte, c'est ça. Cette réponse. Dans un univers de sang, de tortures et de larmes, il n'y a que l'amour qui puisse changer les choses. La tendresse. Gipi poursuit cette quête durant les quelques centaines de pages de sa bande-dessinée pour finir par un geste simple, immense, sublime. Un geste qui, lui, surement, pourra changer le monde.

    La Terre des fils aurait pu être un récit post-apocalyptique de plus. Il n'en est rien.
    Prenant vie sous le trait minimaliste et sec de Gipi, la bande-dessinée de l'italien nous raconte la difficulté d'être père à travers les yeux de ceux qui en ont le plus besoin. C'est beau, simple et complexe à la fois, et ça touche son lecteur sans une seule touche de couleur. 
    Sublime.

    Note : 9.5/10

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  • [Critique] The Sheriff of Babylon, volume 1 : Bang. Bang. Bang.

    Tom King est en train de se faire un nom.
    Cet auteur et scénariste américain vient de livrer coup sur coup deux excellentes séries en comics books. La première chez Marvel avec The Vision (dont on reparlera très vite) et la seconde chez DC Comics à travers la collection Vertigo avec The Sheriff of Babylon.
    Littéralement couvert de louanges outre-atlantique, la série de King s'offre les services de l'excellent dessinateur Mitch Gerads qu'on avait déjà pu voir à l'oeuvre sur The Punisher ou The Activity. Si l'on attend encore sa publication en France par Urban Comics, le premier TPB est disponible aux USA sous un titre simple mais évocateur : Bang. Bang. Bang.
    Avant que The Sheriff of Babylon ne remporte des brouettes de prix, expliquons pourquoi le dernier bébé de Tom King est une bombe.

    Baghdad,2003. Les Américains ont pris le contrôle de la ville et du pays mais rien n'est vraiment résolu. Dans la Green Zone, Christopher Henry, ancien flic devenu instructeur militaire, tente de mettre sur pied la police Irakienne de demain. Sauf qu'une de ses recrues est retrouvée morte dans la rue. Et que personne n'a l'air de savoir ce qu'il s'est passé. Pour trouver les coupables, Christopher va faire appel à Sofia, une Irakienne élevée en Amérique et qui a repris en main le gouvernement de l'ombre qui contrôle Baghdad. Grâce à elle, il va rencontrer Nassir, ancien vétéran de la police Baghdadi et certainement le seul homme désormais capable d'aider Christopher dans son enquête.

    Les choses ne sont pourtant pas si simples. 
    Contrairement à ce que pourrait laisser penser ce pitch de départ, The Sheriff of Babylon est très loin d'être une banale enquête policière. Ou bien disons qu'il l'est autant que The Wire en est une. On pense beaucoup à la série de Simon à la lecture de ce premier volume. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Tom King semble aussi pointu dans son approche de la police, des militaires mais aussi, et surtout, des relations politiques entre les différents personnages/factions. Durant sept ans, l'américain a fait parti du contre-terrorisme de la CIA, cela tout juste après le 11 Septembre. Forcément, l'authenticité de The Sheriff of Babylon n'en est que plus importante. Il ne s'agit nullement d'une histoire qui se déroule à Baghdad mais bien de Baghdad et de l'Irak avant tout. Le contexte politique, l'extrême dangerosité de la position américaine ainsi que la cruauté de la situation pour les civils, tout est là.

    Au-delà de son histoire en béton armé, The Sheriff of Babylon c'est une plongée dans une Irak meurtrie, détruite, schizophrène. Une Irak qui haïssait son Saddam mais qui hait aujourd'hui encore davantage son "libérateur". Ainsi, le trio de personnages qui nous guide représente des facettes complexes d'une situation épineuse. Tom King ébauche trois figures passionnantes et intégralement en niveaux de gris. L'introduction du personnage de Christopher dans la cantine pour négocier (BANG !) est un exemple du genre...jusqu'à celle qui introduit Nassir dans sa cave face à ses trois prisonniers (BANG!) puis viendra Sofia et son marchandage (BANG!). Des balles. Chaque fil narratif de King fonce comme une balle et heurte le lecteur avec une force totalement imprévisible. 

    Non seulement Tom King a l'intelligence de construire des personnages d'une rare (d'une très rare) complexité, mais en prime, il nous gratifie de superbes moments de réflexions politiques et anthropologiques où l'on sent l'expérience de l'agent de la CIA derrière. Mentionnons notamment le numéro #5 qui fonctionne en huit-clos dans une piscine abandonnée durant la nuit. Fatima, la femme de Nassir, et Christopher boivent de la vodka et parlent ensemble de l'Irak, de l'Occident, du ressentiment des populations mais aussi des attentats du 11 Septembre. Et bon sang, le résultat est tellement brillant qu'il est difficile d'en faire l'éloge correctement. Tout est nuancé, brillamment exposé et surtout tout apparaît comme allant de soi. Tom King s'avère brillant, rien de moins. 

    Ce premier volume explose entre les mains de son lecteur. Non seulement parce que le trait de Mitch Gerards est génialement adapté à l'histoire rude et sans concession de Tom King, mais aussi, et surtout, parce qu'il s'agit d'une épopée aux thèmes actuels qui sait faire la part des choses, qui sait éviter tout manichéisme. The Sheriff of Babylon a le potentiel pour devenir le The Wire du monde du comics. 
    Intelligent. Bang!
    Captivant. Bang!
    Cruel. Bang!

    Note : 10/10

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  • [Critique] Preacher, Tome 3

     A peine sortis de Massada et de la première rencontre avec le Graal, Jesse et Cassidy font cette fois chemin vers la Nouvelle-Orléans après un bref passage par New-York pour retrouver une Tulip légèrement sur les nerfs. Conscient qu'il doit percer les secrets de Genesis, l'entité qui l'habite désormais, Jesse est prêt à toutes les folies (ou presque...) pour découvrir les vilains secrets de Dieu. Heureusement Cassidy connaît toujours un tas de monde dès qu'il s'agit des trucs un peu louche. Il demande donc à son ancien ami Xavier de pratiquer un rituel vaudou pour explorer les tréfonds de l'âme de Jesse. Ce qu'a oublié de dire le vampire irlandais par contre, c'est qu'il n'a pas que des amis à la Nouvelle-Orléans et qu'une secte d'apprentis-vampires, les Enfants du Sang, ne voit pas d'un bon œil le retour de Cassidy dans leur ville. Mais pire encore, un autre secret bien gardé de Cassidy risque de détruire le trio le plus déjanté de tout les temps...

    Pour ce troisième tour de piste, Preacher entre dans un nouvel arc narratif : Dixie Fried. Après le grand feu d'artifice à Massada, Ennis et Dillon calment un tantinet le jeu en se recentrant dans un premier temps sur les retrouvailles de Jesse et Tulip, cette dernière ayant été laissé en arrière pour éviter qu'elle ne soit blessée dans la bataille. Forcément hautes en couleurs, les conséquences de cette "gentille" trahison de Jesse fait long feu et l'on s'amuse particulièrement de l'amour enragé de ces deux-là. Sauf que l'histoire introduit alors un nouveau bouleversement : Cassidy à Tulip son lourd secret. Nécessaire pour la suite de l'histoire (on y reviendra dans le prochain tome), ce retournement apparaît cependant comme relativement poussif et cliché. Le trio amoureux étant certainement l'un des poncifs les plus usés qu'Ennis pouvait nous sortir. Du coup, la déception s'invite pour la première fois dans la série. Heureusement, à côté des errements émotionnels de Tulip et Cassidy, il reste les tribulations de Jesse pour découvrir la vérité sur Genesis, le Saint des Tueurs et Dieu. 

    Les Enfants du sang, une secte ridicule au possible, remplace le Graal pour cet arc en apportant encore davantage de situations comiques, Ennis s'attaquant cette fois aux clichés qui entourent les vampires avec une joie non dissimulée. Il mixe tout ça avec un rituel vaudou qui tourne mal et de vieilles connaissances qui semblent en savoir long sur Cassidy. Le résultat tient en haleine et fait oublier la plupart du temps les geignements d'un Cassidy qui, du coup, apparaît bien moins charismatique qu'auparavant. L'action s'avère pourtant toujours au rendez-vous et le jusqu'au boutisme des deux auteurs également. Si l'on perd de vue Herr Starr et son organisation, on recroise le désopilant Tête-de-Fion, toujours aussi sympathique et pathétique, qui va par la suite permettre à Ennis de se foutre royalement du monde de la musique US.

    Ce troisième tome comprend également deux autres spin-offs : Saint of Killers et Cassidy : Blood and Whiskey.
    Saint of Killers raconte l'histoire du Saint des Tueurs en laissant à Ennis l'occasion d'accomplir son rêve le plus fou : scénariser un vrai western burné (dans une veine plus "traditionnelle" que Preacher). Cette fois, Steve Dillon cède la place à Steve Pugh pour un trait plus râpeux et certainement plus daté qui sied à merveille au côté Far-West de l'histoire. On apprends enfin la vérité sur le Saint des Tueurs tout en faisant un détour par l'Enfer pour y découvrir un Diable un tantinet dépassé par les événements. Toujours aussi jouissif, le récit ne révolutionne pas le genre mais offre une petite ballade récréative et pétaradante au lecteur.
    Cassidy : Blood and Whiskey replonge quant à lui dans la première rencontre entre Cassidy et les Enfants du Sang avant les événements de l'arc principal. Garth Ennis oppose sa vision du vampire à celle d'une Anne Rice ou d'un Bram Stoker pour se moquer ouvertement des clichés de la littérature à propos des seigneurs de la nuit. L'histoire d'Eccarius, authentique parodie d'Entretien avec un Vampire, s'avère hilarante de bout en bout grâce aux réponses cinglantes d'un Cassidy en grande forme. Peut-être le meilleur arc de ce troisième tome ou, tout du moins, le plus drôle et impertinent. 

    Malgré une petite déception liée au choix scénaristique de Garth Ennis à propos de Cassidy, Preacher reste une valeur sûre et arrive une nouvelle fois à tenir en haleine le lecteur. Les deux spin-offs qui accompagnent l'histoire principale ajoutent encore davantage de plaisir à cette lecture acidulée, faisant la lumière sur quelques recoins obscurs de l'aventure par la même occasion. Soyons rassurés, Preacher sent toujours la poudre, la drogue et le sang.
     

    Note : 8.5/10 


    Critique du Tome 1

    Critique du Tome 2

    Disponibles également aux Editions Panini :

     

    [Critique] Preacher, Tome 3

    [Critique] Preacher, Tome 3

     

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  • [Critique] Preacher, Tome 2

    Pour ce second tome toujours aussi volumineux, nous retrouvons le trio de Preacher - Jesse Custer, Cassidy et Tulip O'Hare - après les événements de l'arc All in the Family. Garth Ennis en ayant terminé pour le moment avec les origines de Jesse Custer et de sa diabolique famille, le scénariste peut s'employer à dévoiler une des grandes menaces autour de Custer : le Graal. Dans le premier arc de ce second tome, Hunters, Jesse et Tulip rejoignent Cassidy en Californie. Occupés à boire, baiser et casser des tronches, nos joyeux comparses ne se doutent pas un instant qu'Herr Starr, le bras droit de l'archipère d'Aronique, s'apprête à tout bouleverser. ce dernier fait parti d'une organisation secrète qui commande aux plus puissants de la planète : le Graal. Voyant en Jesse un nouveau Sauveur potentiel, Herr Starr va remuer ciel et terre pour le capturer. Autant dire que la folie maintenant bien connue de la série s'avère au rendez-vous.

    Ennis ne change pas une recette qui marche en tissant avec toujours plus de fantaisie et d'impertinence les liens qui unissent le trio principal. Seulement, là où Tulip et Jesse constituaient le point de mire du précédent volume, c'est Cassidy qui va trouver cette fois une place bien plus importante en devenant, bien malgré lui, l'enjeu principal des deux arcs présentés ici. Avant de parler du vampire irlandais, disons quelque mots de la nouvelle création d'Ennis et Dillon : Le Graal. Toujours dans l'optique de parodier l'Eglise, les auteurs imaginent une secte de l'ombre qui ressemble fichtrement à une bonne grosse parodie dégénérée du Vatican et du Saint-Père. Puisqu'il s'agit de Garth Ennis, autant dire qu'il n'y va pas avec le dos de la cuillère. L'organisation est dirigée par un gros porc boulimique ne rêvant que de placer un nouveau messie protégé par le Graal à la tête de l'humanité. Sauf que le messie en question est issu d'une longue tradition de consanguins attardés et qu'il est...légèrement débile. Avec son humour corrosif coutumier, Ennis place un allemand qu'on penserait échappé d'un vieux James Bond autant que d'un quartier général SS en tant que bras droit de l'archipère. Une façon assez drôle de rappeler les accointances de l'Eglise et de l'Allemagne à une certaine période de l'Histoire. Pour parfaire le tout, il s'amuse avec la sexualité du viril Herr Starr en ajoutant deux guignols dans l'histoire : les détectives du sexe. Bref, vous l'avez compris, Preacher ne s'arrange pas côté politiquement correct.

    En conservant son sens du dialogue qui claque et de l'insulte qui fait du bien, Ennis s'amuse donc à faire s'affronter le Graal et le trio de choc de Preacher. Et puisqu'on est à San Francisco, terre de débauche par excellence, autant y aller à fond dans les clichés. On fait donc la connaissance d'un certain Jesus de Sade (parfait oxymore quand même) qui organise une soirée pour le moins haute en couleurs durant laquelle tout ce beau monde se rencontre. Les nombreuses saloperies des invités s'avèrent tour à tour drôles, odieuses, insupportables et hilarantes. D'autant plus hilarantes quand Jesse et les autres décident d'y jouer les trouble-fêtes. Forcément, ça tire dans tous les sens, ça gicle, ça meurt bruyamment et de façon improbable...mais c'est surtout jouissif...comme d'habitude. Tout finit par une erreur d'appréciation d'Herr Starr qui présente par la même occasion Massada, la base opérationnelle du Graal, au lecteur. 

    L'arc suivant, bien plus conséquent, s'intitule Proud Americans. Garth Ennis plonge sans retenue dans l'organisation du Graal, présente les personnages débiles et savoureux du Messie et de Frankie, ainsi que les machinations d'Herr Starr pour prendre le pouvoir des mains de d'Aronique. Le numéro #18 offre cependant une parenthèse dans cette aventure et replonge un tantinet dans le passé de Jesse en expliquant l'histoire du briquet Fuck Communism du père du prêcheur. En parlant de la guerre du Vietnam, Garth Ennis fait des merveilles, arrive à faire passer un message plein de tristesse et de rancœur au milieu des excès habituels pour finir par une note sérieuse au sujet des soldats jetés dans l'enfer du Vietnam. C'est foutrement beau. S'ensuit alors 5 numéros d'aventures menées tambour battant où l'enjeu principal est Cassidy, préparant le terrain pour les deux derniers numéros. Ici, Ennis s'emploie à remettre Cass' au centre du trio d'origine, lui donnant l'importance qu'il mérite tout en s'amusant comme un petit fou des pouvoirs de régénération extraordinaire de notre vampire préféré. Il en profite également pour discourir sur le machisme ordinaire de Custer, un machisme pas si méchant que ça puisque motivé par l'amour et la peur de perdre Tulip. Une façon futé pour affirmer la force de caractère (et l'habilité à l'auto-défense) de Tulip. 

    Le scénariste finit par faire intervenir Le Saint des Tueurs, commence à relier les différentes histoires introduites précédemment et termine sur une note bien plus intimiste. Les deux derniers numéros, #25 et #26, raconte l'histoire de Cassidy. On sent ici bien davantage l'implication personnelle de Garth Ennis dans le récit, lui aussi d'origine Nord-Irlandaise. Il raconte la guerre civile de 1916 à Dublin, la futilité de la lutte et les nombreux loups qui se sont repus de la mort de jeunes garçons plein d'idéalisme. En mêlant Cassidy à la lutte pour l'indépendance, Garth Ennis finit de bâtir un personnage exceptionnel, à la fois habité par son sentiment de patriotisme bafoué mais, également, par l'horreur du temps qui passe. Devenu vampire, Cassidy traverse les époques, perd ses amis et connaît la solitude. Devant le ciel étoilé New-Yorkais, Cassidy et Jesse se font témoins du temps passé, jetant à New-York un Je t'aime plein de mélancolie et de tendresse. Cassidy trouve définitivement sa place dans l'aventure, et offre par la même occasion l'une des scènes les plus fortes du comic book. Ces fiers Américains aussi prompts à se foutre de la gueule des français que du passé peu glorieux de leur pays, ces fiers américains valent leur pesant d'or.

    Avec ce second volume toujours aussi maîtrisé, bourré de folie, d'idées hilarantes (le chat et Cassidy, le Messie demeuré...), de sous-textes hérétiques et, forcément de vrais moments d'émotions, Preacher continue sa route sanglante et jouissive. Une immense et glorieuse réussite qui donne envie de boire du whisky et de monter tout en haut de l'Empire State Building.  

      

    Note : 9.5/10

    CITRIQ

    Critique du Tome 1

    Disponibles également aux Editions Panini :

    [Critique] Preacher, tome 1

    [Critique] Preacher, Tome 2 

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  • [Critique] Preacher, tome 1

     Jeune prodige anglais dans le monde des comics dans les années 90, Garth Ennis a fréquenté comme nombre de ses collègues de l’époque 2000 A.D, un hebdomadaire de science-fiction britannique où Alan Moore, Brian Bolland ou encore Neil Gaiman ont officié. Il faut pourtant attendre 1991 pour qu’Ennis devienne scénariste d’une des séries les plus cultes du label Vertigo (la collection « adulte » de DC Comics) : Hellblazer. Durant 4 ans, l’anglais va appliquer sa recette maison à Constantine, rendant la série plus brutale et irrévérencieuse que jamais. C’est également à cette période que Garth Ennis rencontre un certain Steve Dillon, dessinateur génial s’il en est, qui va par la suite collaborer avec lui sur un tout nouveau projet pour Vertigo : Preacher.

    Preacher deviendra au fil des numéros l'une des séries les plus cultes de Vertigo, voyant la parution de 66 numéros jusqu’en 2000. Récompensé par pas moins de quatre prix Eisner, le bébé d’Ennis et Dillon s’attire les louanges de la presse spécialisée comme du public. Il faut attendre l’année 2016 pour que le comic book soit porté sur le petit écran par la chaîne américaine AMC dans un format similaire à celui de The Walking Dead. Avant de reparler de la série télévisée, il était tout naturel de se pencher sur le comics d’ailleurs récemment réédité dans une édition respectant le découpage VO par Urban Comics. On mentionnera ici que cette critique porte sur le premier tome de l’édition Urban, ou sur le premier tome de l’édition Panini et la moitié du second.

    De quoi parle donc ce fameux Preacher ?
    D’un pasteur du nom de Jesse Custer qui vit dans une petite ville au fin fond du Texas. Un beau jour, alors qu’il n’en peut plus de sa congrégation de rednecks débiles, Jesse est frappé par une entité échappée des geôles du Paradis : Génésis. En s’unissant à lui, Génésis lui donne un pouvoir inestimable : La Voix de Dieu. Du coup, tout ce que demande Jesse grâce à la Voix devient réalité. S’il vous dit de lui préparer un café, vous lui préparez un café sur le champ. S’il vous dit d’aller vous faire enculer par un taureau…espérons que vous avez de la crème hémorroïdaire sur vous, et de la bonne. Suite au cataclysme provoqué par cette rencontre, qui souffle son Eglise au passage et une grande partie des bouseux de la petite ville en question, Jesse est tiré des décombres par son ex-petite amie, Tulip O’Hare, et le déjanté Cassidy qu’elle a elle-même rencontré auparavant dans des circonstances discutables. Commence alors une quête pleine de bruits, de fureur, de violence, de sexe, de vulgarité et de vaseline, le tout saupoudré d’une histoire d’amour torride. Jesse a une idée : trouver ce connard de Dieu et lui demander de rendre des comptes sur sa façon douteuse de gérer ses enfants. Traduction : Dieu va avoir mal à l’anus.

    Ce premier (imposant) volume rassemble les douze premiers numéros de la série. On peut encore scinder ces douze numéros en deux arcs : Gone to Texas (#1-7) et Until the End of the World (#8-12). D’emblée, Preacher s’impose comme une série de comics irrévérencieux et bourrés de personnages vulgaires, brutaux et, pour tout dire absolument jouissifs. Ennis nous emmène dans le Texas, avec tous les stéréotypes que cela présuppose, et s’amuse comme un fou à décrire une humanité écœurante de médiocrité et de brutalité. Sauf qu’il ne s’agit pas véritablement d’une peinture dramatique ordinaire. Il s’agit avant tout d’un tour de piste à la Ennis avec un humour noir (parfois même très très noir) succulent qui mêle tour à tour tabassage en règle, vampire, scène de sexe hardcore, massacre au colt et autres évocations zoophiles. Preacher n’est pas vraiment là pour faire dans la dentelle et cela se voit dès son premier arc. Ennis nous montre le paradis comme on l’a rarement vu avec des anges un tantinet dépassés, un Dieu démissionnaire et puis surtout un pasteur qui en a un peu marre de toutes ces conneries de religion.

    Avant d’être un joyeux road-movie référencé, Preacher est un brûlot absolu à l’encontre de la religion chrétienne. Si vous êtes pratiquant, vous risquez de mourir rapidement d’étouffement à la lecture de Preacher. Il faut dire aussi que les « bons chrétiens » qui font partie de la congrégation de Jesse n’ont pas vraiment voler le vitriol balancé par Ennis. Pourtant, le britannique a l’intelligence de ne pas nier l’existence de Dieu mais d'en faire un véritable élément moteur de son intrigue, une entité toute-puissante à qui Jesse doit remonter les bretelles pour ses conneries. Rapidement, Ennis fait de Preacher un road-movie, déplaçant son action quasi-immédiatement ailleurs que dans le trou du cul du Texas. On s’ennuie donc difficilement dans cette tornade d’action, de fou-rire corrosif et de satire grinçante. Les personnage quand à eux s’avèrent instantanément à la hauteur.

    D’abord, Jesse, pasteur désabusé mais combatif au lourd passé (que l’on ne découvre que dans le second arc de l’album). Ensuite, Tulip O’Hare, ex-petite amie de Jesse, sacrée bout de femme qui ne s’en laisse pas conter facilement. Enfin, Cassidy, truculent vampire irlandais véritable monument d’humour douteux et dictionnaire de jurons sur pattes. Ce trio magique charme d’emblée, on s’attache comme pas possible à cette équipe de bras cassés aussi forte en gueule qu’en présence. C’est aussi la relation qu’entretienne ces trois-là qui donne à Preacher son charme fou. Si l’on attendra le second album pour approfondir le personnage de Cassidy, le deuxième arc du présent volume permet de revenir sur la relation Tulip-Jesse. En supplément de son hommage au western (même John Wayne est un personnage de Preacher !), Ennis est capable de nous décrire une histoire d’amour passionnée au milieu des trucs les plus dégoûtants du monde. Comme la maison des L’angelles. Entre T.C, enculeur de poules notoires et Jody, tueur fanatique de la vieille pourriture qui sert de mémé à Jesse, Garth nous explique comment est né l’amour entre Tulip et Jesse. Le résultat s’avère foutrement romantique. Qui l’eut cru ?

    C’est aussi la violence et l’absolue liberté de ton de Preacher qui surprennent le lecteur même encore à l'heure actuelle. On imagine d’ici la surprise des lecteurs de années 90 ! Preacher emploie un langage très cru, ne recule devant aucune blague de mauvais goût, trouve des tortures toujours plus repoussantes (le cercueil de Mémé en est un brillant exemple) mais surtout, Preacher tourne en ridicule la religion et pervertit la cellule familiale. L’œuvre remet Dieu à l’image de l’homme, s’en moque, lui tire dans les pattes et finit par lui retirer son aura (cf la discussion entre Tulip et Dieu dans le numéro 11 et 12). Garth Ennis a une façon bien à lui de réfléchir sur le dogme et le sens des responsabilités. Ajoutez à cela un goût prononcé pour le western à l’ancienne et quelques personnages qu’on n’aurait jamais imaginé un jour en comics (Tête de Fion et le Saint des Tueurs pour ne pas les nommer) et vous obtenez un premier album culte dans tous les sens du terme.

    Preacher convainc d’emblée. Méchant, joyeusement foutraque, irrévérencieux, drôle, noir… Preacher, c'est aussi jouissif que de voir Justin Bieber se faire attaquer par un ragondin dopé au viagra, le tout sans capote et a cappella. Un trio d’enfer a pris la route et l’on espère que vous êtes bien accrochés à votre siège, parce que ça va faire mal.

    Note : 9.5/10

    CITRIQ

    Disponibles également aux Editions Panini :

    [Critique] Preacher, tome 1

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  • [Critique]

     Outre les séries régulières de l'homme chauve-souris, Urban Comics a eu la bonne idée de nous ressortir un certain nombre de one-shots et autres graphic novels autour du justicier de Gotham City. C'est ainsi que Des Cris dans la Nuit arrive sur les étalages. Album relativement court (96 pages), il se concentre sur une enquête du Batman à propos d'un tueur en série qui cible les pédophiles et autres tortionnaires d'enfants. Dessiné de main de maître par Scott Hampton sous la forme d'une plongée impressionniste d'une noirceur étonnante dans un Gotham tout aussi noir, Des Cris dans la Nuit bénéficie d'un scénario torturé à souhait tout droit sorti de l'esprit d'Archie Goodwin (Legends of the Dark Knight, Star Wars...). Prenez une grande inspiration.

    Avec ce récit très noir, dans son propos comme dans son style graphique, l'homme chauve-souris est confronté à l'une de ses obsessions : la violence faites aux enfants. Lui-même produit d'un terrible crime qui a vu la disparition de ses parents sous ses yeux, le Batman se retrouve devant une sorte de miroir lorsqu'il doit débusquer un tueur prompt à rétablir la justice avec encore davantage de zèle que lui-même. Le ton adopté par Achie Goodwin, très mature et très dur, permet aussi de revenir sur l'une des caractéristiques les plus troublantes du justicier : sa supposée folie mentale. A l'instar d'un Asile D'Arkham (avec lequel il partage une certaine parenté graphique), Des Cris dans La Nuit tisse un parallèle sournois entre Batman et le criminel qu'il poursuit. A tel point que la voix-off reste longtemps un mystère pour le lecteur qui peut légitimement se demander qui s'adresse à lui réellement. Même s'il ne va pas aussi loin que l'oeuvre de Grant Morrison et Dave McKean, Des Cris dans la Nuit emprunte une autre direction en parlant de la destruction de l'enfance. 

    Pour ce propos plutôt difficile, le récit mélange les horreurs d'une guerre supposée et celles, plus proches encore, de la vie urbaine quotidienne. Son aspect fantastique ne peut masquer le véritable cœur de cette histoire glaciale. Même si Batman est déjà réputé pour sa noirceur, Des Cris dans la Nuit peut aisément se placer en haut du panier en la matière. Véritable cri d'indignation et appel à la conscience de tout un chacun, le récit traîne une aura de désespoir franc et insidieux en lui. Gordon et Batman ne servent qu'à mettre en évidence l'un des maux les plus tabous et les plus pernicieux de notre société moderne. Du coup, difficile de considérer le serial-killer comme un véritable méchant lambda de l'univers DC habituel. Le titre prendra finalement tout son sens en fin d'ouvrage, avec ces cris d'enfants qui n'en finissent pas et que notre justicier devra supporter chaque nuit, perdu à jamais dans le noir.

    De par sa noirceur ainsi que son propos intelligemment traité et infiltré dans l'univers de Batman, Des Cris dans la Nuit s'avère un intéressant récit qu'on attendait pas forcément mais qui trouve tout son sens sous la plume d'Archie Goodwin et grâce au magnifique dessin impressionniste de Scott Hampton.
    Un Batman atypique mais salutaire.


    Note : 7.5/10

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  • [Critique] Sweet Tooth, Volume 1
    Prix Joe Shuster du Meilleur auteur 2013

    Ce volume rassemble les numéros 1 à 11 de la série Sweeth Tooth + Sweet Tooth : Black 

    Après avoir traduit Trilium en 2014, les éditions Urban Comics nous offre une nouvelle création du scénariste et dessinateur canadien Jeff Lemire. Divisé en trois volumes, Sweet Tooth suit l'histoire d'un jeune garçon-animal qui vit reclus avec son père dans une forêt du Nebraska. Élevé dans une certaine conception de la religion chrétienne par son paternel, Gus respecte scrupuleusement les règles qu'il édicte. Jusqu'au jour où celui-ci meure de la mystérieuse infection qui a décimé la planète. Gus doit alors se résoudre à suivre Jepperd, un homme inquiétant qui semble pourtant être le dernier individu capable de protéger le garçon des dangers du monde d'au-delà de la forêt. Pourchassé sans relâche par des fanatiques, des chasseurs et autres détraqués, Gus et Jepperd vont devoir se frayer un chemin vers la fameuse Réserve où les hybrides peuvent vivre en toute quiétude...

    Déjà fortement remarqué pour son Essex County ou pour Jack Joseph, soudeur sous-marin, Jeff Lemire prend les rênes d'une série où il assure à la fois le poste de scénariste et de dessinateur. Pour ce premier volume, Sweet Tooth dresse un portrait inquiétant et très sombre de l'homme. Décimée par une épidémie et rongée par les vices les plus noirs, l'humanité devient un danger constant pour notre jeune héros. Sorte de Candide avec des bois de cerf sur la tête, Gus (ou Gueule Sucrée) va découvrir ce qu'il reste du monde sous la protection de Jepperd dans un premier temps puis en visitant bien malgré lui de sinistres installations. Héros attendrissant par sa naïveté, Gus incarne l'innocence à l'état le plus pur. Dénué de toute mauvaise pensée, entièrement tourné vers son prochain, sa rencontre avec les autres survivants n'en est que plus brutale. A commencer par son compagnon d'infortune, le rude Jepperd. Autre personnage important de Sweet Tooth, Jepperd représente un peu tout ce que Gus n'est pas. Cynique, rongé par l'amertume et le chagrin, cet homme mystérieux s'extirpe de son archétype initial pour trouver un second souffle impressionnant dans la seconde partie du comic book. 

    Pour mettre en scène ces deux-là, Jeff Lemire élabore un scénario relativement simple mais exécuté à la perfection qui permet d'appréhender un thème prenant et désarmant : la perte de l'innocence. Jeté dans les mâchoires même de l'horreur, Gus devient une victime des plus symbolique. A la fois incarnation de l'enfance mais également de la différence, le jeune garçon-animal croise d'autres enfants de son genre. Jeff Lemire introduit ceux-ci avec une efficacité glaçante dans un univers qui convoque autant La Route que Walking Dead. La maîtrise non seulement scénaristique mais également picturale du canadien fait beaucoup pour agripper le lecteur. Constamment en train de rechercher de nouvelles expériences, Lemire accouche de planches originales et magnifiques dont certaines se font échos à travers les pages. Comme Michael Sheen le dit fort justement dans son introduction, difficile de ne pas être toucher par les différents départs de Jepperd devant la clôture de la Réserve. Malgré un trait un tantinet rude et austère, Lemire trouve une ambiance tout à fait unique pour son monde post-apocalyptique. Il sait également distiller avec intelligence les indices pour maintenir un suspense constant tout du long. Du coup, Sweet Tooth se dévore. Tout simplement. 

    Émouvant, souvent cruel et toujours passionnant, ce premier volume de Sweet Tooth permet à Jeff Lemire d'installer sa nouvelle série avec panache. On attend donc de pied ferme le prochain volet des (més)aventures de Gus et Jepperd dans le monde inquiétant et sombre créé par l'auteur canadien. 

     

    Note : 8.5/10

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  • [Critique] Southern Bastards, Tome 1 : Ici repose un homme

    Difficile dans le monde du comics américain de passer à côté du petit génie Jason Aaron. Responsable de l'incontournable série Scalped (éditée également intégralement chez Urban Comics) dans la prestigieuse collection Vertigo ou de poids lourds chez Marvel comme son  fameux run sur Wolverine, l'américain quitte cette fois les deux grandes maisons mères du comic book US pour aller faire un tour chez Image. Rejoint par Jason Latour côté dessin, il nous offre la série Southern Bastards, un récit brut de décoffrage prenant place dans l'Alabama. Edité pour la première fois en France par Urban, le premier volume (intitulé Ici repose un Homme) ne fait pas dans la demi-mesure.

    Earl Tubb est de retour dans le village de Craw County dans le fin fond de l'Alabama. Il se donne deux jours pour déménager les affaires de l'ancienne maison de son père et foutre le camp de cette satané ville. Seulement voilà, les vieux démons ne sont jamais loin, surtout lorsque ce sont les pires ordures du coin qui ont repris les choses en main dans la région. Une seule confrontation qui tourne mal dans le restau' local et c'est l'escalade. Et Earl n'est plus le genre d'homme à fuir. Mené par la poigne de fer du belliqueux Euless Boss, le coach de l'équipe de football locale, les rats montrent les dents. Réveillant de vieilles haines et de profonds traumatismes, Earl Tubb n'a plus qu'une solution : reprendre le gourdin de son vieux.

    Génie du récit hard-boiled, Aaron retrouve sa plume acérée pour ces quatre premiers numéros de la série Southern Bastards. Après une courte préface des deux auteurs qui nous expriment à la fois leur haine et leur amour du sud des Etats-Unis, les choses vont vite, très vite. Pourtant, Aaron ne précipite rien, il laisse éclater la violence et resurgir avec fracas des éléments du passé de ses personnages. Au cours de ce récit, on suit Earl Tubb, un vieux briscard ayant fait le Viêt nam et qui cache une sacrée rancune envers son paternel, l'ancien shérif de Craw County. Incarnation magnifique mais impitoyable de la justice, Earl n'y va pas avec le dos de la cuillère. Et c'est tant mieux quand l'on voit la cruauté et la bêtise des rednecks d'en face.

    Parce que oui, Southern Bastards nous emmène faire la (dé)plaisante connaissance de ces hommes bas du front et violents qui peuplent l'Amérique profonde. Dépeint sans aucune concession et avec un constant souci de réalisme social par Jason Aaron, Boss et ses hommes sont un ramassis d'ordures qui n'éprouvent aucun remord lorsqu'il s'agit de tabasser à mort un homme, voir pire. L'affrontement entre Earl et les sbires fait peut-être long-feu mais Jason Aaron garde le suspense intact pour l'inévitable rencontre entre Tubb et le Coach, point d'orgue de ce récit brutal. Cependant, il ne faut pas limité Southern Bastards à un comic book d'action, il est en effet bien davantage. Outre le réalisme de l'environnement et des protagonistes, Jason Aaron travaille le passé d'Earl et, grâce au talent de Latour, fusionne passé et présent, expliquant comment les vieilles rancunes se pérennisent.

    Entre les lignes, Southern Bastards devient un récit mélancolique. Bouffé par l'amertume d'une vie douloureuse, Earl Tubb expie ses démons lorsqu'il prend la défense des faibles. Il rejoue à sa façon la partition paternelle et retrouve en un sens, la rédemption qu'il avait attendu toute sa vie. L'emploi de la tombe et de l'arbre ainsi que des pages explosées en myriades de vignettes, tout cela permet au récit d'inclure une dimension temporelle et un message plus profond. Les racines ne sont jamais vraiment coupées et notre passé nous attend au moindre faux pas. En décidant de l'affronter, Tubb risque gros. Futé comme il est, Aaron nous réserve pourtant un autre niveau de filiation...que l'on vous laisse découvrir dans l'épilogue de ce volume. 

    Récit brutal mais plus malin qu'il n'en a l'air, ce premier volume de Southern Bastards happe le lecteur avec une rapidité peu commune. Jason Aaron profite du trait noir et torturé de Jason Latour pour accoucher d'un uppercut qui fait mal, plongeant sans complaisance dans une certaine Amérique. 
    On se jettera sans attendre sur le second volume.

    Note : 8.5/10

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  • [Critique] The Killing Joke

    Souriez ! , Rire ou Mourir ...et aujourd'hui The Killing Joke ! C'est avec son titre original qu'Urban Comics réédite le fabuleux opus opposant le Joker et Batman, écrit par le génial Alan Moore et mis en images par le trop rare Brian Bolland.
    C'est un jour de pluie que Batman viens rendre visite à son vieux rival, Le Joker. Dans l'asile d'Arkham, il découvre que celui-ci s'est échappé une fois de plus. Alors que le commissaire Gordon reçoit une désagréable visite, l'homme chauve-souris doit se résoudre à affronter sa Némésis... Mais qui connait réellement le Joker ?

    En 46 pages, le génial anglais, auteur des monuments du comics tels que Watchmen et V pour vendetta, entreprend la description d'un des plus célèbre personnage de DC, le redoutable Joker. L'idée est simple mais audacieuse, celle de raconter les origines d'un fou du crime. Moore prends le parti de faire du Joker un comique raté, embarqué dans une affaire de cambriolage qui tourne court. Sortant du bain chimique dans lequel il a chuté, la métamorphose est irréversible. Bien au delà d'une simple et banale description, Moore tend à comparer les origines de Batman et de son ennemi juré. Grâce au trait de Brian Bolland et à la colorisation du comics (ici totalement remanié), le noir et blanc des flash-backs contrastent avec les quelques éléments mis en lumière par des touches de couleurs judicieusement placées. Sous cet éclairage apparaît un homme dont la vie bascule par la perte d'un être aimé, devenant fou et acceptant sa folie comme sa destinée. Paradoxalement, le lecteur se demande alors ce qui, en définitive sépare le justicier masqué du sinistre bouffon.

    Croisant cette intrigue, celle de l'enlèvement de Gordon tend à prouver que par l'indicible, chacun peut sombrer dans la folie (étrange écho du film The Dark Knight dont The Killing Joke est une des sources d'inspiration principale). Mais ne faut-il pas tout de même se trouver sur une pente dangereuse au départ, posséder certaines prédispositions ? Cela semble bien être le cas...De là à clamer que le Batman était déjà au bord du gouffre auparavant, il n'y a qu'un pas. Alan Moore n'hésite pas à sombrer dans le glauque et le malsain. La scène avec la fille de Gordon puis le tour dans le cirque sont à ce titre des plus dérangeantes. Entourés des étranges nains du Joker, nous visitons les affres de la folie, au risque de s'y perdre. C'est un parti risqué mais payant, à l'arrivée au diapason de l'œuvre dans sa globalité. Reste cette fin, une blague d'une portée immense, de par la réaction de ses deux auditeurs, et cette main tendue dont on n'ose pas imaginer la signification. Une fin formidable.

    Brian Bolland assure ici un énorme challenge. Il est bien connu que mettre en images les scripts d'Alan Moore n'est pas une mince affaire. Mais le résultat est magnifique, les planches tantôt sombre tantôt feu d'artifice de couleurs. Sa colorisation est impeccable, rendant honneur aux dessins. Ajoutons que cette édition contient une mince histoire rajoutée après la postface du dessinateur. Un parfait innocent s'avère une sympathique histoire signée Bolland, mais malheureusement bien insignifiante après le choc provoqué par la lecture de The Killing Joke.

    Comme Tim Sale l'explique si bien dans la préface, il faut un certain temps pour digérer cet opus, comprendre toutes les implications qu'il véhicule. Lorsque l'on recoupe les différents éléments, il n'est qu'une seule évidence pour le lecteur, The Killing Joke est un indispensable : une histoire de fous dont les échos sinistres résonnent bien longtemps dans la tête de ceux qui osent l'écouter...

    Note : 9/10


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  • [Critique] America's got powers, Volume 1

     

    Image Comics est le quatrième éditeur de comics sur le marché américain. Créée par des pointures comme Todd McFarlane ou Jim Lee, la société a accueilli un certain nombre d’œuvres mémorables au fil du temps. En 2012, un nouveau projet débarque avec America's got powers. Malgré la réutilisation du thème super-héroïque, la série gagne petit à petit une excellente réputation. Ce qui intrigue pourtant, c'est que son scénariste n'est autre que Jonathan Ross, bien plus connu au Royaume-Uni pour son rôle de présentateur TV que pour ses talents d'auteur de comic book. Pourtant il ne s'agit pas d'un coup d'essai puisque l'anglais a déjà écrit Turf ou Revenge chez le même éditeur. America's got powers s'avère pourtant la grande entreprise de Ross qui trouve l'excellent dessinateur Bryan Hitch pour l'épauler dans cette tâche. Mais le coup de crayon de l'auteur d'Ultimates est-il le seul atout de cette nouvelle série prometteuse ?

    Alors que le soleil se lève sur la ville de San Franscico, ses habitants ne se doutent pas un instant que cette journée sera hors du commun. Du ciel tombe un immense et mystérieux cristal dont personne ne comprend bien la nature. Après quelques instants à flotter dans les airs, celui-ci explose en une vague d'énergie lumineuse aveuglante. Pourtant, personne ne meurt, personne n’est blessé. Seules les femmes enceintes de toute la région accouchent simultanément et donnent naissance à des bébés en pleine santé. Ces enfants deviendront bientôt la préoccupation principale des Etats-unis puisqu'ils se mettent à développer des dons tout à fait extraordinaires. Pour canaliser une jeunesse prête à se déchaîner, les autorités parquent ces nouveaux super-héros dans des camps et organisent une vaste émission de télé-réalité où les surhommes s'affrontent dans le but d'intégrer la super-équipe Génération-Pouvoirs.
    Tommy Watts regarde America's got powers comme tout le monde. Il fait partie de ces enfants pas comme les autres... sauf que lui n'a hérité d'aucun pouvoir.

    Il faut avouer que dit comme ça, le postulat de départ d'America's got powers ne déborde pas d'originalité. Le thème des super-héros venant au monde après un événement inexpliqué a déjà été traité ailleurs (l'extraordinaire Rising Stars de Joseph Michael Straczynski) et l'individu solitaire en quête de sens à sa vie ne se révèle pas un élément de première fraîcheur. Ainsi, la série démarre assez mal. Heureusement, le trait de Bryan Hitch n'a rien perdu ni de son dynamisme ni de son esthétisme. Le dessinateur des Ultimates offre des planches superbes et amples où les jeunes super-héros s'entrechoquent et où les couleurs fusent. On le sait pourtant, un trait magnifique ne suffit pas pour faire un vrai et bon comic book. America's got powers serait-il un pétard mouillé ?

    Loin de là. En développant son récit, Jonathan Ross s'éloigne de la problématique de départ autour de l'événement fondateur pour se concentrer sur la chose la plus intrigante de l'histoire, l'émission de télé-réalité. C'est précisément ici qu'America's got powers devient passionnant. Parodiant ouvertement les émissions du type Britain's got talent, Ross s'attaque en vérité à la manipulation médiatique et au voyeurisme. Les super-héros deviennent un prétexte pour dénoncer avec force la tendance perverse des téléspectateurs à regarder les choses les plus violentes en oubliant qu'il s'agit de véritables hommes et femmes derrière leur écran. L’arène où s’entre-tuent les adolescents est rapidement couverte par les cris de ferveur des fans, totalement aveugles au drame qui peut se jouer devant eux. Sous le motif de l'entertainment, le public est prêt à regarder mais surtout à accepter n'importe quoi. A commencer par parquer des enfants dans des camps, expérimenter sur eux toutes sortes de traitements, avant de les envoyer joyeusement se tabasser en leur faisant miroiter une place dans une équipe bidon. Ross touche du doigt une des plus épineuses et dramatiques questions de la société moderne.

    Meilleur encore, il s’intéresse au drame humain que vivent ces super-héros à travers Tommy, un zéro, dont le frère a péri dans l'émission et dont la vie ressemble à un vrai parcours du combattant. Autour de lui gravitent quelques personnages secondaires attachants, des objecteurs de conscience prêts à tout pour ne pas utiliser leurs pouvoirs et vivre le plus normalement possible. Seulement voilà, pour des raisons monétaires et rapidement militaires, ce genre d'individus devra vite arrêter de rêvasser. Ross montre comment, inévitablement, les autorités utilisent tous les instruments à leur disposition pour faire entrer les plus récalcitrants dans le moule. Tommy en fera l'amère expérience. Trois numéros donc pour commencer ce volume, c'est un peu court mais Panini nous livre une édition hardcover pour 13 euros, pas de quoi crier à l'arnaque, au contraire. Finissons par dire que les quelques articles de journaux glissés en début de chapitres apportent toujours de précieuses informations sur l'univers. Une plus-value appréciable.

    Pour ce premier volume, America's got powers dépasse son manque d'originalité initiale pour s'intéresser à notre société moderne bouffée par la télé-réalité et le voyeurisme malsain. Avec le trait toujours somptueux de Bryan Hitch, Jonathan Ross nous offre une excellente série dont on attend déjà avec grande impatience la suite !

    Note : 8/10

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