• [Critique] 28 Jours plus tard

    [Critique] 28 Jours plus tard

     

    Les années 90 furent une sale période pour le cinéma zombiesque. Si l'on excepte des films sympathiques comme le Braindead de Peter Jackson, les morts-vivants ont quasiment disparu du grand écran. C'est ailleurs qu'il faut chercher le relève, en particulier en 1996 avec l'arrivée du jeu culte Resident Evil de Shinji Mikami sur Playstation. La saga horrifique de Capcom connaîtra d'ailleurs un succès croissant. Largement inspiré par l'oeuvre de George Romero (on retrouve même une pièce du manoir identique à la montée d'escaliers de la maison de La Nuit des morts-vivants de 1990), Resident Evil connaîtra même les honneurs douteux de l'adaptation filmique par Paul W.S. Anderson. Mais pour cela, il faudra attendre 2002. Ratage intégral, le film aurait pu enterrer définitivement le genre au cinéma... si un autre long-métrage n'avait pas fait l'effet d'une bombe la même année.

    En effet, quelques mois après la sortie de Resident Evil dans les salles, c'est le britannique Danny Boyle - Trainspotting, La plage... - qui offre un renouveau totalement inattendu au genre. 28 Jours plus tard devient rapidement un petit phénomène dans le milieu de l'horreur. On y suit Jim, un homme qui se réveille seul au milieu d'une chambre d’hôpital. Dehors, dans les rues de Londres, il ne trouve personne. Bus et voitures abandonnés, ordures en pagaille, vitrines brisées, Jim n'a aucune idée de ce qu'il se passe. Jusqu'à ce qu'il pénètre dans une église où des centaines de cadavres s'entassent et que des gens se précipitent sur lui pour tenter de le tuer. Secouru par Séléna, Jim va comprendre qu'il est l'un des seuls survivants d'une catastrophique épidémie d'un dérivé de la rage. Les puristes remarqueront d'emblée que stricto sensu, 28 Jours plus tard n'est pas un film de morts-vivants. Les enragés du film sont en réalité des infectés, victimes d'un virus qui les rend incontrôlables et hautement agressifs. Du coup, une fois éliminés (et pas forcément en visant la tête), ils meurent bel et bien. Alors pourquoi 28 Jours plus tard est-il toujours considéré comme la pierre angulaire du zombie des années 2000 ?

    Simplement parce que sans le dire, Boyle réemploie à peu près tous les codes du film de zombies. Les infectés renvoient immédiatement aux morts-vivants. La fin du monde, l'épidémie incontrôlable, les hommes devenus des monstres, la poignée de survivants, les militaires détestables... oui, tout cela rappelle invariablement la saga de George A. Romero. En réalité, le britannique, qu'il en ait conscience ou pas d'ailleurs, vient de dépoussiérer totalement le genre. Alors que le zombie de Romero était très lent et limité, les infectés courent, hurlent, déchirent leurs victimes. Certains diront que Boyle (comme ses successeurs) a trahi le mythe forgé par Romero, mais l'évidence est pourtant là, l'infecté apparaît extrêmement plus crédible pour provoquer une contamination massive et la fin du monde que des cadavres à peine plus rapides qu'un escargot en pente. De plus, il ne s'agit pas de zombies... mais d'infectés. Le genre d'excuse idéale pour que Boyle fasse avaler la pilule aux plus récalcitrants de ses spectateurs.

    28 Jours plus tard s'inscrit pourtant dans la droite lignée de la saga des morts-vivants. Danny Boyle recourt ouvertement à l'origine virale (ce que ne faisait jamais clairement Romero) dans une ère moderne où la peur bactériologique - lettres piégées à l'anthrax et autres joyeusetés - terrifie la population. Il était donc logique que cette crainte moderne rencontre le mythe moderne par excellence. Si la première partie du long-métrage s'intéresse à la découverte de la catastrophe en offrant des vues désertes de Londres tout à fait sidérantes, le reste du film s'achemine lentement mais surement vers une critique antimilitariste et, plus généralement, sociétale. Une fois dans le manoir avec les militaires, Boyle ne cache plus les références au Jour des morts-vivants ou à The Crazies, en utilisant des soldats plus haïssables et terrifiants que les infectés à l'extérieur. Du coup, 28 Jours plus tard prend des allures antimilitaristes qu'un certain George n'aurait pas reniées. 

    L'autre gros point fort du film, c'est son cheminement très réaliste avec des personnages humains crédibles. En premier lieu, Jim, incarné par un Cilian Murphy habité. C'est véritablement ce rôle qui lui vaudra la carrière que l'on connaît aujourd'hui. Autre protagoniste important, Selena, jouée par Naomie Harris et dont le charisme de femme-guerrière connaîtra des échos jusque dans un certain Walking Dead. On relèvera aussi l'apparition de Christopher Eccleston, dans la peau de l’ambiguë major West. Seulement voilà, malgré toutes ces qualités, malgré le sang neuf qu'il apporte au genre, 28 Jours plus tard ne convainc pas tout à fait. La faute à sa mise en scène principalement, ainsi qu'à un ventre mou en plein milieu, coupant le film dans son élan anxiogène. Pour filmer dans un style documentaire (ainsi que pour aller vite, car il fallait vider des quartiers entiers de Londres pour les besoins du tournage), Danny Boyle utilise une caméra DV. Malheureusement, le résultat est une catastrophe. L'image s'avère juste exécrable, la lisibilité limite en plein jour et quasi-nulle dans les séquences nocturnes. Impossible pour Boyle de donner l'ampleur qu'il souhaite à son trip horrifique... Même si les plans de Londres deviendront cultes, il n'y a presque que ça à sauver de la mise en scène lamentable du britannique. On peut d'ailleurs faire ce même reproche lorsque les infectés apparaissent à l'écran. Caméra à l'épaule, utilisant le shaky-cam à foison, l'action de 28 jours plus tard devient totalement illisible. Tout l'immense potentiel scénaristique et horrifique du long-métrage s'en voit fortement diminué. Impossible de ne pas se demander ce qu'aurait pu donner le métrage avec des moyens conventionnels...

    28 Jours plus tard fait l'effet d'une bombe. Succès commercial et critique, le film de Danny Boyle donne un sérieux coup de neuf au genre et va devenir le point de départ d'une toute nouvelle vague zombie. L'influence colossale du long-métrage se retrouvera dans les comics (La scène de début de The Walking Dead, le personnage de Michonne...), dans les jeux vidéo (Left for Dead, Resident Evil Rebirth...) et, évidemment, dans le cinéma et les séries (Dead Set, L'armée des morts...). Malgré l'aura culte qui l'entoure, 28 jours plus tard souffre pourtant d'un énorme problème de mise en scène qui l'empêche de totalement gagner son pari. Mais peu importe, dans un certain sens, 28 Jours plus tard reste aussi déterminant pour le genre au XXIème siècle que le fut La Nuit des morts-vivants de Romero dans les années 70-80.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : Londres désertée

     


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