• [Critique] Alien: Covenant

    [Critique] Alien: Covenant

     

     Il y a 5 ans déjà, Ridley Scott (qu'on ne présente plus) se lançait dans une entreprise des plus périlleuses : donner une préquelle à son film culte, Alien, le huitième passager. De cette ambition naissait Prometheus, un long-métrage esthétiquement incroyable avec une intrigue tellement alambiquée et bâclée qu'on n'y comprenait sincèrement pas grand chose. Un pétard-mouillé en somme. Malgré un cuisant revers critique, Scott persiste et revient avec une suite directe à Prometheus intitulée Alien: Covenant (On remarque le retour d'Alien dans le titre, à la fois parce que c'est bien plus vendeur auprès du public mais aussi parce que Scott souhaite se rapprocher encore davantage de la mythique créature). On retrouve pour ce nouvel opus Michael Fassbender qui assure le double rôle de l'androïde David et de Walter. Malgré des bande-annonces alléchantes (c'était aussi le cas de Prometheus d'ailleurs), Alien: Covenant effraie...Ridley va-t-il définitivement enterrer son chef d'oeuvre passé ou arriver enfin à retrouver l'essence de sa saga ?

    La critique d'Alien: Covenant n'est pas chose aisée, c'est même le moins que l'on puisse dire. Évacuons d'abord l'évidence : la mise en scène et l'esthétisme du film. De ce côté là, Ridley Scott n'a plus rien à prouver et le long-métrage s'avère un véritable délice pour les yeux. A la fois pour la minutie de Scott, pour la justesse de ses cadrages et pour son talent de metteur en scène incontestable, mais également pour l'esthétisme dément de l'univers présenté, notamment tout ce qui est en rapport avec la civilisation créatrice. Seulement pour le reste, les choses se compliquent.
    Au départ, Alien: Covenant a un sérieux goût de déjà-vu. L'équipage du Covenant, navire de colonisation composé d'une quinzaine de membres d'équipage transportant pas moins de deux mille colons sur une planète lointaine, se réveille suite à un incident technique majeur provoqué par une éruption solaire. On pense immédiatement à Gravity ou Interstellar avec les menues réparations dans un espace sans limite...avant de basculer purement et simplement sur un ersatz d'Alien, le huitième passager. L'équipage capte une étrange transmission et décide de mettre le cap sur une planète inconnue pendant que la musique de Jed Kurzel nous rejoue les accord du film culte de Ridley en fond. Vous le devinez facilement, l'exploration de la planète mène à une désagréable surprise pour les hommes du capitaine Oram.

    Outre cette furieuse (et agaçante) sensation de déjà-vu, Alien: Covenant passe environ les trente premières minutes comme un film d'horreur et de science-fiction tout à fait banal. Si ce n'est la réalisation luxueuse, l'histoire prend un cheminement balisé et, pire...totalement crétin. Le long-métrage renoue de ce côté avec son prédécesseur en présentant une galerie de personnages intégralement...cons ! Scott nous aligne à peu près tous les clichés les plus stupides des films d'horreur à base de "Tiens, si on déroutait le vaisseau pour aller sur une planète totalement inconnue d'où émane un signal inquiétant au lieu d'aller sur une planète vraiment sûre et sans danger" ou du très fameux "Bon, on se sépare sur une planète inexplorée ?"...Sans parler des dizaines d'autres incohérences scénaristiques que seule la stupidité crasse de l'équipage (sensé à la base coloniser une planète, ça fait peur). Si l'on est émerveillé d'un côté par les images et les Néomorphes (excellents au demeurant), on en finit pas de pester devant les âneries des personnages...Des personnages qui souffriront tous du même problème durant ces deux heures : ils n'existent pas ! En nous balançant quatorze personnes d'un coup d'un seul et en ne prenant pas du tout le temps de les incarner...ils ne créent aucune empathie avec le spectateur et s'avèrent être des proies purement et simplement. A quoi sert-il de tuer un personnage d'emblée pour embrayer sur des séquences de lamentations quand on ne connaît même pas une seule seconde ce personnage ? A rien. La photo de famille de fin type The Descent fait tout à fait hors de propos à cet égard. On connaît à peine trois personnes dessus...

    L'autre gros souci d'Alien: Covenant, c'est qu'il semble que Scott se souvient par intermittence qu'il doit remplir un cahier des charges horrifique dans son long-métrage. Il nous balance donc quelques séquences gore à intervalles réguliers pour le rappeler, sans presque aucune véritable tension en réalité. On est très (très) loin des sueurs froides de la chasse à l'Alien dans les conduits d'aération du Nostromo. Evidemment, technologiquement parlant, le résultat est bien plus fluide mais manque sincèrement de caractère et de réalisme. Non, définitivement, il semblerait que le cœur n'y est plus pour ce côté horrifique chez Scott. Alors Alien: Covenant, un désastre ? Non, Alien : Covenant est autant un film pénible...qu'un chef d'oeuvre.

    Revenons au début. Le film ne s'ouvre pas par une séquence spatiale mais, à l'instar de Prometheus, par quelque chose de radicalement différent. On y retrouve David, l'androïde, la seule bonne chose du précédent volet, face à son créateur, Weyland, qui lui apprend à jouer du piano. Trente minutes après les pérégrinations de l'équipage du Covenant, David revient à l'écran...et Ridley Scott façonne une seconde intrigue qui ne joue pas du tout dans la même cour que l'histoire principale. En réalité, ce qui handicape Alien: Covenant, c'est d'avoir à tout prix voulu le rattacher à la saga Alien pour une raison que l'on n'explique toujours pas. Parce qu'à côté des origines du xénomorphe, il y a quelque chose de mille fois plus intéressant : David. David, incarné par un Michael Fassbender toujours fascinant, est l'un des personnages de science-fiction les plus profonds et les plus intéressants jamais portés à l'écran, sorte d'enfant inavoué de Blade Runner jeté au milieu d'extra-terrestres belliqueux.

    Dans l'axe de réflexion autour de David, Ridley Scott se penche sur le rapport à la création. Qu'est-ce qui fait de nous des créateurs ? David, être robotique tellement perfectionné qu'il ne supporte plus de copier et souhaite créer la vie, devient Dieu à son tour. Un Dieu rapidement mégalomane, amoureux de son propre reflet et qui hait la race humaine, ces êtres indignes qui n'ont pas atteint la perfection qu'il semble lui-même rechercher. le cinéaste américain montre à chaque séquence qui se focalise sur David que c'est là ce qui l'intéresse, ce qui le fascine totalement, cet espèce de Diable créateur qui tente de créer la vie pour trouver un sens à la sienne. C'est bien simple, dès qu'on rentre dans l'intimité de David, on se trouve face à un autre film, un film de SF fabuleux qui convoque le fantôme de Blade Runner dans une ambiance mystique. En ce sens, la façon de raccrocher les wagons d'Alien: Covenant avec la saga principale, même si elle est très loin d'être parfaite (Scott contredit sa propre mythologie...) donne davantage de sens à Prometheus et surprend agréablement. Le seul véritable problème de fond, c'est qu'il aurait du s'agir d'une saga à part entière qui ne va pas violer la licence Alien déjà bien entamée avec le catastrophique Alien La Résurrection de Jean-Pierre Jeunet. Lorsque Scott s’intéresse purement et simplement aux ambitions dévorantes de David, disons-le clairement, le métrage est un chef d'oeuvre total jusqu'à cette fin extraordinaire...mais qui réclame tellement à corps et à cris un autre carcan que la saga Alien. L'erreur magistrale commise par Ridley Scott est là : celle de ne pas avoir fait de Prometheus un film de science-fiction original au lieu de se reposer honteusement sur une mythologie qu'il ne respecte de toute façon pas du tout. Le résultat est d'autant plus rageant au regard de l'extrême fascination exercée par le personnage de David qui, dans une séquence d'apprentissage de flûte (qui aurait du être ridicule en fait), devient aussi terrifiant que passionnant.

     Alien: Covenant contient deux demi-films : l'un sur la saga Alien avec les passages (prévisibles) et le registre horrifique (ridicule) que cela implique et l'autre sur un démiurge diabolique s'interrogeant sur le pouvoir de création. De ce fait, le long-métrage de Ridley Scott ne contente personne et frustre tout le monde. Passer aussi prêt d'un total chef d'oeuvre restera comme l'une des plus grandes déceptions de l'histoire du cinéma.  

     

    Note : 6/10

    Meilleure(s) scène(s) :  David apprenant à faire de la flûte à Walter  

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