• [Critique] American Honey

    [Critique] American Honey

    Prix du Jury Cannes 2016
    British Independant Film Awards 2016 : 
    - Meilleur Film
    - Meilleur Réalisateur
    - Meilleur actrice pour Sasha Lane

     Star a 17 ans. Dans son coin perdu d'Amérique, elle rêve d'une autre vie. Jusqu'au jour où elle rencontre Jake sur le parking d'un supermarché. Sûr de lui, charismatique et rebelle, le jeune homme lui propose de rejoindre sa bande d'adolescents pour aller vendre des abonnements dans tout le Midwest. N'ayant aucune raison de rester, Star tente l'aventure et s'embarque avec une foule d'ados tous plus surprenants les uns que les autres. Elle se rend vite compte que Jake ne tient pas les rênes de cette joyeuse troupe et que c'est en réalité la vénéneuse Krystal qui a le pouvoir. Éprise de Jake dès le premier regard échangé, Star va découvrir ses premiers éclats amoureux autant que ses premières déceptions. 

    American Honey marque le retour de la cinéaste britannique Andrea Arnold après 5 ans d'absence. Son dernier film en date, Les Hauts de Hurlevents, était une adaptation âpre et noire du roman éponyme d'Emily Brontë, injustement passée inaperçu. Radicalement différent, American Honey permet également le retour d'Arnold sur la Croisette avec à la clé un troisième Prix du Jury après ceux de Red Road et Fish Tank. C'est l'occasion pour la britannique de diriger une troupe de jeunes acteurs dont un revenant, Shia LaBeouf, et une exquise Sasha Lane qui décroche ici son premier rôle. Film teenager radical autant dans son approche que dans sa mise en scène, American Honey s'intéresse au road-movie avec l'esthétisme du documentaire et la finesse d'écriture d'Arnold, également scénariste.

    Road-movie passionné et rebelle, American Honey est un film de sales gosses. L'exact opposé en terme d'univers des Hauts de Hurlevent. Portrait féroce d'une certaine jeunesse américaine à travers le personnage tout en nuances et extrêmement touchant de Star - qui ne tombe jamais dans le mélo ou dans la vulgarité -, le film brasse un nombre de thèmes impressionnants. Premier amour d'un côté avec cette rencontre immédiatement magnétique entre Jake et Star où Shia LeBeouf redevient enfin un acteur admirable, mais aussi premiers feux d'artifices émotionnels qui vont avec. Contrairement au récent Loving de Jeff Nichols (dont on reparlera bientôt), American Honey est un film de feu où les ébats amoureux et la fougue des sentiments éclaboussent l'écran. La caméra d'Arnold, toujours précise, capture la passion avec une chaleur contagieuse lors d'une baiser inattendu sur une pelouse, lors d'une scène de sexe en voiture ou à la campagne...et puis à côté de ce fantasme de vie hors du monde, Arnold confronte le spectateur à l'Amérique du réel.

    American Honey fait entrer en collision de rêve d'évasion de cette troupe de jeunes farfelues - et pourtant tellement attachante, tous cassés à leur façon mais d'une humanité incandescente - avec la froide horreur moderne. Des "parents" de Star aux conditions de travail imposées par Krystal en passant par l'escroquerie ou la violence. En face de cette aventure initiatique et poétique, on trouve la sauvagerie d'un monde moderne effrayant. A l'amour impulsif dans une voiture s'oppose un rapport tarifé en face d'un puits de pétrole. On ressent tout ce décalage dans la bande-originale (excellente) du long-métrage mélangeant allègrement morceau de rap, de country et de pop. Arriver à magnifier du Rihanna à ce point ou à opposer la candeur de la chanson American Honey à l'errance de ces jeunes sans foyer...On peut dire qu'Arnold se surpasse encore une fois ! Car au dehors de ce van qui sillonne les routes, la vie se fait cruelle, se fait impitoyable pour Star et ses compagnons de route.

    Mais toute la véritable beauté d'American Honey tient dans son humanité. Au-delà des choses parfois terribles que raconte Arnold, il y a ce intense tourbillon d'émotions qui prend à la gorge. Ces jeunes-là, avec leurs rites, leurs coutumes, se bâtissent une cellule familiale à eux, et c'est foutrement beau à voir. Capturé par la mise en scène méticuleuse de la cinéaste, avec une caméra à l'épaule et un format resserré style documentaire, le spectateur s'immisce dans une aventure folle et hors du temps...comme cette magnifique période de transition qu'est l'adolescence en somme. Star se découvre adulte, s'interroge, naïve et pétillante, puis rude et brisée. Elle fait des étincelles tout du long, nymphe attirante qui n'a d'yeux que pour son rebelle bourré de paradoxe autant que de tatouages. American Honey arrive à trouver une puissance lyrique et évanescente qui navigue dans un réel qu'on a du mal à goûter. 

     Road-Movie intense, film mal élevé et bouillonnant à la bande originale exquise, American Honey prouve qu'Andrea Arnold peut virer de registre avec une aisance incroyable. C'est aussi l'occasion de redécouvrir Shia LaBeaouf et de faire la connaissance de Sasha Lane qu'on espère promise à un grand avenir. Entre réel et rêve, fantasme et réalité, adolescence et âge adulte, Americain Honey est le film de toutes les collisions, à commencer par celui des émotions.

      

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  Le premier baiser sur la pelouse

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