• [Critique] Angle Mort N°11

    [Critique] Angle Mort N°11

    Nommé au Grand Prix de L'imaginaire 2017 catégorie Meilleure nouvelle étrangère pour :
    - Honey Bear 
    - Une brève histoire des formes à venir

     Pour ceux qui ne le savent toujours pas, Angle Mort est une revue numérique dirigée par un groupe de plusieurs personnes dont Réné-Marc Dolhen, Julien Wacquez, Sylvie Denis ou encore George Subrenat. Son ambition est simple : offrir des nouvelles de science-fiction étrangères et françaises ainsi qu'un espace de réflexion sur le lien entre la science et le réel. 
    Avec l'annonce des nominations du Grand Prix de L'Imaginaire 2017 (prix le plus prestigieux du genre), il était temps de se pencher sur le numéro 11 de la revue après un numéro 12 hautement recommandable. Au sommaire cette fois, quatre auteurs américains et français ainsi qu'un artiste urbain espagnol.

    On commence par une interview passionnante et passionnée de l'espagnol Deih, artiste urbain qui signe également la couverture du présent numéro. On embraye ensuite avec la première nouvelle de ce numéro intitulée Honey BearSofia Samatar nous raconte une très étrange histoire à propos d'un monde qui aurait subi une invasion extra-terrestre très...différente. Dave et Karen doivent prendre soin d'un enfant pour le moins particulier : Honey Bear. Pour ceux qui ne la connaisse pas encore, Sofia Samatar est la remarquable auteure du non moins remarquable Un étranger en Olondre (traduit aux Editions de l'Instant). On retrouve dans ce texte court toute la poésie et la douceur de l'américaine ainsi que son originalité dans le traitement d'un sous-genre pourtant déjà vu mille fois. Étrange, féerique mais surtout touchant malgré tout, Honey Bear est une excellente nouvelle qui prouve encore une fois que le travail de l'américaine mérite toute notre attention.

    Pour la suite, c'est un français, Jean-Luc André d’Asciano, qui prend le relais avec sa nouvelle post-apocalyptique Le Premier arbre. Dans cet univers désespéré (et désespérant), le dernier homme survit à l'extinction de la race humaine en jonglant entre des pilules qui jouent avec sa mémoire. Dans un style très sec et haché (qui ne semble pas forcément des plus adaptés...), l'auteur dresse un portrait bien sombre de l'humanité tout en interrogeant sur le poids de la mémoire. N'est-ce pas cette mémoire qui nous définit en tant qu'être humain ? Conjugué à la courte interview de l'auteur, on se retrouve devant un texte nihiliste dont l'univers plein de dérives bio-technologiques semble fascinant. On espère juste que le style de l'auteur évoluera dans le bon sens pour être moins râpeux à l'avenir.

    Seconde nouvelle à avoir été nommé au Grand Prix de l'Imaginaire, Une brève histoire des formes à venir est l'oeuvre de l'américain Adam-Troy Castro, particulièrement apprécié par Angle Mort puisqu'il s'agit de son troisième texte publiée par la revue. Une brève histoire des formes à venir est certainement l'un des textes les plus étranges que vous pourrez lire. On y apprend que l'humanité est devenue incapable d'avoir des bébés...en forme de bébés. A la place, les femmes accouchent de cubes, de sphères, de rhomboèdres ou encore de pyramides. Confronté à cette anomalie, le monde ne sait pas comment réagir ni comment considérer les nouveaux "bébés". Monica, elle, sait, son enfant "cube" sera avant tout son enfant. D'un postulat totalement (mais alors totalement) absurde, Adam-Troy Castro tire une texte émouvant et d'une originalité incroyable. C'est aussi drôle que touchant, sorte d'hybride improbable des Fils de L'homme version Picasso saupoudré d'un humour Monty-Pythonesque. Et pourtant...ça marche. On se surprend même à avoir de l'empathie pour...un cube qui vibre ! Dans le jargon, on appelle ça un tour de force. 

    Pour conclure ce numéro déjà riche, Angle Mort donne la parole à Sarah Pinsker pour un texte sur le transhumanisme jonglant entre absurde et questionnement sur la perception. Une greffe à deux voies nous parle d'Andy, un gars de la campagne, qui se prend accidentellement le bras dans une moissonneuse batteuse et qui se fait greffer un membre bionique relié à son cerveau par une interface neuronale. Se penchant sur un sujet d'actualité, celui de la biomécanique et du transhumanisme, Pinsker nous offre une texte qui interroge sur le rapport à notre corps, à nos propres limites cognitives et sensorielles. Malheureusement, la nouvelle semble un tantinet trop courte et n'arrive pas à disséquer comme il le faut l'intrusion d'un sentiment aussi absurde dans la conscience d'un être humain. Une impression de trop peu en fait. Dommage.

    Pour ce numéro 11, Angle Mort déniche un OLNI avec Une brève histoire des formes à venir, un texte cruel, poétique et surréel avec Honey Bear et un futur d'une immense noirceur dans Le Premier Arbre. Malgré la petite déception de fin, encore une fois...ce numéro s'avère d'une excellente tenue.
    Qu'attendez-vous ?

    Note : 8.5/10

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