• [Critique] Après la Chute


    Le monde tel que nous le connaissons n’est plus. Dans l’Abri, Pete et les Survivants ont organisé un nouveau système, replié sur lui-même et qui tente, tant bien que mal, de perpétuer la race humaine. Malheureusement, les Six ne peuvent espérer à eux seuls relever ce défi. C’est pourquoi ils utilisent le Soustracteur, une machine mystérieusement apparue dans l’Abri et qui leur permet de voyager avant la Chute. A chaque plongée dans le passé, Pete, Caity, Ravi et les autres ramènent des provisions et des vivres mais aussi des enfants qu’ils enlèvent à leur famille pour s’assurer le nombre d’individus nécessaire au renouvellement génétique de leur société. Et pendant que dans le passé Julie et Gordon mènent l’enquête sur ces disparitions mystérieuses, des catastrophes se préparent à anéantir l’humanité.

    Les éditions ActuSF ont entrepris de remettre Nancy Kress, une écrivaine américaine, au goût du jour en France avec la parution en 2012 de la novella  L’une rêve, l’autre pas multirécompensée outre-Atlantique. Forts du succès rencontré par le texte, ils nous proposent aujourd’hui une seconde novella, plus longue – on peut parler d’un court roman à ce stade – intitulée Après la Chute. Purement science-fictionnesque, l’histoire se concentre sur un futur post-apocalyptique et sur les liens entretenus grâce à une machine temporelle vis-à-vis du passé. Honoré par les prix Locus et Nebula, Après la chute s’accompagne d’une courte interview de l’américaine. Réussite ou pétard mouillé ?

    Le récit d’Après la chute s’organise autour de trois fils de lecture. Le premier parle naturellement de Pete et du futur dans l’Abri, où les choses vont de mal en pis du fait de l’enfermement, la consanguinité et l’exacerbation croissante des instincts primaires. Le second s’intéresse à l’enquête du FBI aidé par Julie, une mathématicienne, pour percer le mystère d’une série d’enlèvements d’enfants peu ordinaires. Enfin, le dernier, plus succinct, nous invite à découvrir divers changements naturels qui mèneront aux catastrophes finales et à l’apocalypse. Le gros problème dans ce genre d’exercice, c’est que presque systématiquement, l’un des fils se fait écraser par les autres. Après la Chute n’échappe pas à cet écueil. Ainsi, l’enquête de Julie et Gordon devient rapidement inintéressante. Trop rapidement agencée avec des personnages qui ne sont qu’effleurés – et assez caricaturaux avec Julie, la mère célibataire indépendante, et Gordon, le mari infidèle – ce qui entraîne forcément un désintéressement de la part du lecteur. Plus loin encore, après avoir refermé le livre, on se demande à quoi sert cette enquête pour l’histoire, Kress aurait largement pu trouver un raccourci pour nous épargner la moitié du fil de Julie et aurait, du coup, allégé son récit.

    Largement centré sur la question de la responsabilité de l’homme envers son futur, Après la Chute se pose de bonnes questions autour de la notion « Que livrer à nos enfants ? », et cela pas seulement dans le domaine de l’environnement mais aussi de l’éducation et des valeurs. Le personnage de Pete incarne ce paradoxe entre vielles haines et rédemption. Kress imagine un adolescent en mal de repères et de vérités dans une étape de sa vie où il n’a guère besoin de soucis supplémentaires. Si les préoccupations autour du sexe peuvent sembler triviales de prime abord, il n’en est rien au vu de l’âge de Pete. C’est à ce moment-là que se dessine l’homme par-delà les vestiges juvéniles. C’est bien lui, et non Julie, qui est la plus belle réussite du roman. On citera aussi MacAllister, personnage assez attachant dans sa faillibilité toute humaine mais également un poil trop moralisateur. On touche d’ailleurs là un des autres problèmes du texte de Kress, à savoir son ton bien trop classique avec un Deus Ex Machina qui nous change certes des futurs condamnés mais retombe dans le classique « On fera mieux cette fois ».

    Pourtant, il y a de très bonnes choses dans l’histoire de Kress. D’abord, le troisième axe de lecture qui, s’il reste assez confus, installe également une tension et une attente du lecteur pour connaître la nature de cette fin programmée dont on nous parle depuis le début. Ensuite, et surtout, le système de voyage dans le temps et cette idée de rapatrier des enfants du passé pour pouvoir perpétuer le futur. Malheureusement, cette excellente trouvaille se retrouve mal exploitée. Au lieu d’en faire un moteur de réflexion sur la responsabilité de Pete envers le passé et sur l’impact émotionnel de cet acte pas vraiment anodin, Kress en fait un simple détail de l’histoire. Seul un court moment verra Pete se demander si l’enlèvement d’enfants est la bonne chose à faire. Enfin, il y a les Tesslies, une énigme dans le récit et finalement un de ses meilleurs points puisque leur nature et leur rôle laissent libre court à l’imagination du lecteur. Extraterrestres ? Robots du futur ? Projet secret de l’armée ? Le lecteur en décidera.

    C’est malheureux à dire, mais Après la Chute laisse une sensation mitigée. Non pas que le texte soit mauvais en lui-même, mais simplement que l’exploitation de tant d’idées prometteuses s’avère maladroite. De même, une petite coupe d’une quarantaine de pages n’aurait pas fait de mal. Ainsi, au lieu d’avoir un roman marquant, on se retrouve avec une histoire sympathique et divertissante mais qui loupe franchement ses objectifs. Dommage, même si cela n’empêchera pas de soutenir ActuSF dans sa démarche pour populariser l’écrivaine des Hommes Dénaturés, qui le mérite bien.

    Note : 6.5/10

    CITRIQ


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  • Commentaires

    1
    Dimanche 24 Août 2014 à 19:04
    Gromovar

    Ben c'est ça.

    2
    Dimanche 24 Août 2014 à 22:17

    Dommage. J'avais pourtant bien aimé "L'une rêve, l'autre pas".

    3
    Dimanche 24 Août 2014 à 23:42

    Il faut que je me le procure ce texte d'ailleurs !

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