• [Critique] Après la tempête

    [Critique] Après la tempête

     

     Le cinéma japonais n'en fini plus d'impressionner ces dernières années. On pense notamment à Naomi Kawase avec Still the Water ou Les Délices de Tokyo mais aussi, et surtout à Hirokazu Kore-eda. Ce dernier est devenu au fil des ans un habitué du Festival de Cannes - où il a de nouveau présenté le présent long-métrage l'année dernière - ainsi qu'un succès public modeste mais durable dans les salles françaises. Cinéaste très doux et particulièrement délicat lorsqu'il s'attache à décrire des relations familiales complexes, Kore-eda offre une nouvelle peinture intimiste avec Après la tempête, renouant avec la qualité de ses précédentes œuvres, Tel Père, Tel Fils et Notre petite sœur.
    Le film peut-il cependant éviter la redites ?

    On pénètre dans ce nouveau long-métrage comme souvent avec Kore-eda...avec une scène de famille banale mais touchante. Une nouvelle fois, on est saisi par la justesse de ton qu'adopte le cinéaste japonais pour capturer l'essence même de l'ordinaire. La drôlerie et la mélancolie de cette discussion entre une mère âgée et sa fille ouvre la porte sur une autre relation, plus ardue et jouant sur différentes registres : celle entre Ryôta, écrivain à la gloire fanée qui vivote avec un job de détective privé peu reluisant, et Shingo, le fils auquel il manque un père, tout simplement. A cela pourtant, Kore-eda ajoute deux autres personnages très importants : la mère de Ryôta, cette vieille dame pleine de malices et d'énergie décrit avec une tendresse infinie, et Kyôko, l'ex-femme de Ryôta et mère de Shingo, à la fois colère et tristesse. Cette cellule familiale s’inclue dans un monde plus large, celui d'un Japon voyeur et vénal entrevu par la vie pas très reluisante de Ryôta.


    C'est d'ailleurs ce dernier qui est le personnage principal d'Après la tempête, drame intimiste tendre et doux-amer. Ryôta n'est pas du tout un héros. Accroc aux jeux de course, mesquin, parfois voleur, parfois menteur, on n'arrive pourtant pas à le détester. Pourquoi ? Simplement parce que Kore-eda dépeint un homme avec ses défauts et ses qualités. Qu'à côté de toutes ses erreurs et rêves échoués, il se trouve un homme qui regrette, qui souffre aussi, prisonnier d'une vie passée qu'il a rêvé trop fort et qui s'est cassée entre ses mains. Malgré le nombre de bévues et d'authentiques conneries qu'il fait, on aime cet imbécile qui apparaît immensément sincère. Le jeu d'Hiroshi Abe n'y est d'ailleurs pas étranger tant l'acteur s'investit dans son personnage et le rend plus vrai que nature. Au-delà de cela, il faut considérer l'habile peinture familiale représentée par Après la tempête.

    Comme son nom l'indique, nous arrivons après la tempête, la vie de couple de Ryôta et Kyôko est finie, ravagée par des querelles qu'on ne peut qu'imaginer. La typhon du film ne fait que donner corps à cette métaphore pour se terminer dans une scène dans le parc sous la pluie d'une immense beauté où Kore-eda renoue avec la séquence de Tel père, Tel Fils en faisant dialoguer Ryôta avec Shingo...ou plus précisément avec lui-même. Par un truchement narratif et une habile mise en scène, le père tente de corriger les erreurs qu'il a fait lui-même plus jeune. Autour de la relation père-fils gravite également une relation fils-mère toute aussi poignante et sincère ainsi qu'une réflexion sur l'amour. Comment arriver à mettre le passé derrière soit ? Comment avancer après une relation inoubliable ? La véritable réponse là-dedans, c'est que l'on n'oublie jamais, qu'à l'image d'une peinture sur huile, tout se fond. 

    Enfin, dernier niveau de lecture de ce long-métrage bien plus dense qu'il n'y parait, une certaine vision sociétale de la société japonaise moderne prise entre des penchants voyeuristes (Le travail de Ryota, ses nombreux clients mais aussi son obsession à lui pour tout savoir de la vie nouvelle de son ex-femme) et vénaux (Les paris d'argent, la revente de biens, l'omniprésence de l'argent et le running-gag de la pension due à Kyoko). Comme pour Tel père, Tel fils, Kore-eda ne se limite pas à l'intimiste de sa cellule familiale, il la replace bel et bien dans un contexte plus vaste qui lui donne un sens et explique également nombre des comportements qui la définissent. La véritable intelligence d'Après la tempête, au-delà de son message sur l'amour et sur le passé, c'est que l'on vit toujours dans une époque bien précise, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner. Nous ne sommes au final qu'un produit de la société qui nous entoure.

     Après la Tempête s'inscrit dans la même veine intimiste que les précédents films de Kore-eda renouvelant une nouvelle fois la justesse et l'intelligence des thèmes favoris du japonais. Film d'amour, de blessures, d'espoir et peinture sociale subtile, le long-métrage affirme de nouveau l'importance du pays du Soleil Levant dans le paysage cinématographique moderne.

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Ryota parlant à sa collègue détective au Love Hotel 

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  • Commentaires

    1
    Sarah
    Vendredi 12 Mai 2017 à 17:38

    Je suis fan de productions japonaises. Pour ma part, « Après la tempête » dévoile une histoire intéressante. Le film mêle habilement émotions et désillusion. La fin du long-métrage est prometteuse…

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