• [Critique] Astérix - le Domaine des Dieux

    [Critique] Astérix - le Domaine des Dieux

    Le dernier Astérix en dessin-animé remonte à 2006 avec Astérix et les Vikings. Côté cinéma live, on préférerait oublier les deux dernières adaptations en date, à savoir Astérix et Obélix au Service de sa Majesté et Astérix aux Jeux Olympiques. Pour faire table-rase du passé - ou presque - Louis Clichy a non seulement pris les rênes de cette nouvelle épopée mais s'est, en plus, adjoint un co-réalisateur et co-scénariste de tout premier ordre en la personne d'Alexandre Astier, certainement l'artiste français le plus passionnant de la décennie écoulée. Cette fois, le dévolu des deux réalisateurs s'est porté sur l'album Le Domaine des Dieux, souvent reconnu pour être un des meilleurs opus concernant nos irréductibles gaulois préférés. En embarquant un casting vocal de tout premier choix et en rajoutant quelques bonnes rasades d'influences Kaamelottiennes, Astérix part avec tous les atouts pour nous offrir un divertissement de grande qualité.

    César n'en peut plus de ce petit village de Gaulois qui lui résiste encore et toujours. Seulement voilà, l'empereur de Rome a encore quelques tours dans son sac. Avec l'aide de son architecte Anglaigus, Jules César demande de construite une ville romaine autour du village gaulois. Son but ? Intégrer tout en douceur ces barbares qui terrifient ses légions. L'appât du gain et la profusion de nouveautés proposées conduisent Cétautomatix, Ordralfabétix et tous les autres à se rapprocher de plus en plus dangereusement du mode de vie à la romaine. Seuls Astérix et Obélix soupçonnent que les choses risquent de mal tourner. Mais au fait, comment se débarrasser de civils romains tout à fait pacifiques ?

    Ce volet des aventures d'Astérix tombe à point nommé. Non seulement parce que la franchise sur grand écran se portait très mal ces derniers temps, mais en plus parce que le sujet du Domaine des Dieux trouve une grande résonance à l'heure actuelle. L'histoire nous plonge dans la destruction d'une culture par un mode de vie fondé sur l'argent, le paraître et l'hypocrisie. Inutile de préciser en quoi cela est tout à fait à l'ordre du jour. Cette critique à peine voilée du capitalisme et de la société moderne se retrouve totalement dans le long-métrage d'Astier et Clichy. Sans non plus écraser leur film avec une tonnes de références contemporaines, les deux compères rendent justice à cette satire mordante de Goscinny qui date pourtant de 1971. Cette charge virulente reste cependant drôle au possible et glorifie une fois de plus l'exception culturelle (à la française ?). Un thème que l'on sait cher aux yeux d'Astier et qu'il ne manque jamais de justifier par son talent.

    Outre son scénario engagé et moderne, Le Domaine des Dieux renoue avec l'Astérix à l'ancienne. Pour se faire, on retrouve un casting vocal aux petits oignons avec les voix de Roger Carel - l'inimitable - pour Astérix himself, et Guillaume Briat pour le truculent Obélix. Mais c'est loin d'être tout puisque les habitués de la clique à Astier sont au rendez-vous. D'Alain Chabat en Prospectus à Alexandre Astier en Oursenplus en passant par Lorant Deutsch, Elie Semoun (toujours impayable), Lionnel Astier ou encore Franck Pitiot, personne ou presque n'est oublié. Un sans-faute total. Qui dit famille Astier dit également humour à la Kaamelott. Ce qui avantage encore le film car le style de la série-culte se marrie à merveille avec la BD Culte. Les digressions guindées des esclaves, les revendications absurdes des soldats romains ou encore quelques répliques bien senties ("C'est pas faux!"), l'esprit Kaamelott habite carrément ce volet d'Astérix et, à défaut de retrouver la clique du roi Arthur sur grand écran, on se consolera avec ce mariage certes inattendu mais pleinement réussi.

    Enfin, on finira par l'habilité des réalisateurs pour filmer leur récit. Dynamique, jamais chiant, Le Domaine des Dieux ne lasse à aucun moment son public. L'animation, même si elle n'atteint pas les sommets de chez Pixar ou Dreamworks, est d'excellente facture. Les français n'ont absolument pas à rougir de leur travail. Que ce soit pour la scène d'ouverture de la chasse aux sangliers ou pour l'assaut contre le village gaulois, le métrage ne faillit jamais. Il prend aussi le temps de poser des personnages attachants et au character-design réussi, tel que Petiminus, le modeste mosaïste romain un poil largué au beau milieu de toutes ces machinations. Astérix, Obélix et ses compagnons sont toujours aussi géniaux et si l'aventure n'arrive pas non plus à surpasser le génial Les Douze Travaux d'Astérix, elle nous tient en haleine de bout en bout.

    Nouvelle réussite pour Alexandre Astier et très bon premier essai pour Louis Clichy.
    En amoureux de la BD, ils nous offrent une adaptation soignée, respectueuse et simplement jouissive. Sans jamais noyer leur film sous un déluge de références, ils nous offrent au final un des tous meilleurs Astérix sur grand écran.


    Note : 8/10

    Meilleure scène : Les revendications des soldats romains


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