• [Critique] Avaler du sable

    [Critique] Avaler du sable

     

    Mavrak est une petite ville sans importance située dans l'Ouest Américain. 
    En plein milieu du désert, Mavrak n'a pas grand chose de différent des autres localités du même genre. Quelques putes, un saloon, des pistoleros et des querelles sanglantes. Plus personne ne se souvient comment la rivalité entre les Ramirez et les Marlowe a commencé, mais tout le monde sait comment elle a repris. Le cadavre encore chaud de Martin Ramirez occupe tous les esprits, à commencer par son père, le vieux Miguel. Désormais, tous les espoirs de la famille repose sur le jeune Juan. Autant dire sur pas grand chose quand on connaît les talents douteux de celui-ci pour les armes à feu. La vengeance risque d'attendre, surtout qu'un nouveau shérif vient d'arriver en ville, bien décidé à calmer tout ce petit monde. Convaincu que les Marlowe cachent un terrible secret dans leur cave, Miguel va tout de même jouer le dernier as contenu dans sa manche : un shaman aux pouvoirs ancestraux qui va amener la mort sur Mavrak et ses habitants.

    Petit livre de 173 pages à peine, Avaler du sable nous est offert par les éditions Asphalte. Ecrit par Antônio Xerxenesky, le roman convoque un paquet d'influences et de références. Il nous emmène dans le Far West américain grâce à des chapitres aussi courts que percutants, adoptant un rythme souvent très cinématographique, et ne refusant aucune fantaisies stylistiques. On pourrait croire qu'Avaler du sable est un western traditionnel rendant hommage au genre de Il était une fois dans l'Ouest à l’incontournable Le Bon, la Brute et le Truand...mais c'est un poil plus compliqué que cela, heureusement. Xerxenesky plante son décor en un tour de main, nous façonne une rivalité à l'ancienne quelque part entre Roméo et Juliette et tout bon western qui se respecte. Deux familles donc : les Ramirez d'un côté, les Marlowe de l'autre. Entre deux, une histoire d'amour, beaucoup de vieilles rancunes et un meurtre pour échauffer les esprits. Le lecteur plonge ainsi avec une facilité délicieuse au cœur des événements. Avaler du sable pourrait être l'équivalent livresque d'une bonne série B, réjouir son monde et s'oublier à peine refermé.

    Sauf que le brésilien y ajoute un élément incongru : des zombies. Comme ça, à peu près à 30 pages de la fin. Bien sûr, ceux qui pensaient trouver dans le roman une histoire de morts-vivants feront un peu grise mine tant la chose arrive tardivement et ne constitue qu'un (gros) prétexte. Pour ajouter encore un peu de piment à l'affaire, Xerxenesky se permet quelques fantaisies audacieuses dans sa mise en page et sa narration. Au récit traditionnel à la première personne s'adjoint des chapitres style script de cinéma, long monologue intérieur et même un amusant (bien que bancal) passage où les pages se divisent pour confronter les pensées de deux personnages en pleine chevauchée. Décidément, l'auteur n'a pas froid aux yeux et se révèle bien déterminé à surprendre son monde. Evidemment, on ne va pas aller consacrer Avalar du sable comme autre chose qu'une oeuvre de divertissement confrontant pistoleros et zombies, jouant joyeusement avec sa narration... Enfin quoique...

    Avaler du sable ne s'ouvre pas sur la description de Mavrak ou le meurtre sanglant de Martin. Il s'ouvre sur...les considérations de l'auteur. L'histoire des Ramirez s'avère issue de l'imagination d'un vieux mexicain qui tente par l'écriture d'exorciser les démons présents et passés de son existence. Avec roublardise, Xerxenesky tente le vertige métaphysique. D'une histoire classique entrant en collision avec des monstres d'outre-tombe, il accouche d'une réflexion sur l'écriture. La chose reste assez simpliste, mais fait son petit effet. Le brésilien met en correspondance les préoccupations de l'écrivain mexicain avec les chapitres qu'il écrit autour de Mavrak. Tous les événements ne sont en réalité que des échos des démons intérieurs de l'écrivain. Mieux, le vieux mexicain a entendu parler d'un jeune homme quelque part écrivant sur un vieux mexicain écrivant lui-même l'histoire de la ville de Mavrak et de la famille Ramirez. S'amusant visiblement à tromper son monde et à jouer avec les perceptions de son lecteur, Xerxenesky multiplie les pistes et finit par bâtir un roman humble, malicieux et passionnant. Tout ça en partant d'un western saupoudré de zombies. La résultat final a quelque chose d'indéniablement attachant. 

    Avaler du sable parle de pistoleros, de vengeance, de zombies, de shérif exemplaire et d'une filiation difficile. Un condensé acidulé aux multiples références et qui aurait très bien pu rester un divertissement mineur. En y ajoutant un versant métaphysique, Antônio Xerxenesky surpasse son postulat de départ et transforme un récit fantastique en une réflexion malicieuse sur l'écriture. Le lecteur curieux trouvera donc dans Avaler du sable tout ce qu'il ne pensait pas y trouver, ou presque.
    Le genre de bonne surprise qui fait sincèrement plaisir. 

    Note : 8/10 

    CITRIQ

     

    [Critique TV] In The Flesh, Saison 1

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    Tags Tags : , , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :