• [Critique] Baby Driver

    [Critique] Baby Driver

     Il est très drôle de voir que Baby Driver est considéré en France comme un ersatz de Fast and Furious par une partie des spectateurs. On peut arguer que la bande-annonce ne vend pas le film autrement, certes. Le problème, c'est qu'il s'agit d'une erreur d'appréciation monumentale.
    Baby Driver est un film avec des courses-poursuites en voiture (et à pied), des braquages, des gangsters et même une histoire d'amour. Mais Baby Driver est, surtout, avant tout, le dernier film du génial Edgar Wright. Ce qui fait toute la différence !
    Pour les trois du fond qui ne sauraient pas qui est Edgar Wright, il s'agit du réalisateur britannique qui se cache derrière la déjà-culte trilogie Cornetto - Shaun of The Dead, Hot Fuzz, The World's End - et, plus récemment, du trip-geek Scott Pilgrim. Penser qu'un type qui a quitté la réalisation d'Ant-Man car il ne pouvait pas faire ce qu'il désirait va nous pondre une copie de film d'action au rabais est un non-sens absolu. Littéralement acclamé outre-Atlantique par la presse et par le public, Baby Driver débarque sur nos écrans avec un casting ultra-excitant. Faites chauffer l'Ipod.

    Wright reprend pour son nouveau long-métrage l'idée qu'il avait eu lors de la réalisation du clip Blue Song où un conducteur attendait en musique pendant que le reste de l'équipe allait faire un braquage. Sauf que cette fois, il s'agit d'un film de près de deux heures. 
    Baby Driver s'ouvre exactement de la même façon et se prolonge par une première course-poursuite impressionnante (autant par sa maîtrise que par sa créativité). Baby est conducteur pour des braquages. Il s'intègre aux équipes recrutées par Doc, criminel notoire qui s'est fait une spécialité de ce genre d'opérations. Baby n'est pourtant pas un criminel. Piégé par Doc, il réalise depuis des casses pour rembourser sa dette. Il est d'ailleurs le seul élément fixe dans les équipes concoctées par Doc. La raison en est simple : Baby est un dieu de la conduite, un artiste de l'asphalte. Taciturne, il ne quitte jamais ses lunettes de soleil et...surtout...ses écouteurs. Atteint d'acouphènes, il surpasse ce handicap par l'écoute quasi-continue de musiques, ce qui lui donne parfois des allures d'attardés. Mais Baby n'est pas lent. Pas lent du tout...

    ...Et le film de Wright non plus.
    Dans la droite lignée de ces précédentes œuvres, Baby Driver est un délice de références et de mise en scène. En fait, Wright a une idée géniale qui sous-tend tout son film : la musique ! Baby passe son temps avec des écouteurs dans les oreilles et vit au rythme de la musique. Le réalisateur britannique tente de fairefonctionner son film avec la même logique, de la cheviller dans le corps de son histoire elle-même. La mise en scène épouse donc parfaitement la bande originale, les deux devenant instantanément indissociables. Et quelle BO !!!! Les Beach Boys, Queen, Blur, T.Rex, la compilation réunit par Steven Price et Edgar Wright démonte. Ce qui impressionne pourtant le plus, c'est la parfaite harmonie entre le rythme musical et celui de la mise en scène nerveuse, dynamique et ultra-inventive de l'anglais. On le savait depuis Shaund of The Dead, mais Wright prouve à nouveau qu'il est un réalisateur salement doué. C'est pop, c'est cool, c'est fou. Bref, c'est génial.

    Derrière se cache une histoire de braquage pas forcément des plus originales mais qui joue avec un second degré délicieux (il fallait oser la réplique de Monstres et Cie), bardée de références cinématographiques plus ou moins évidentes, et avec une galerie de personnages extrêmement réussies. Non pas que ceux-ci soient d'une immense profondeur (excepté peut-être Baby lui-même) mais ils ont une âme, et existent dès leur première seconde à l'écran. On se souvient de chacun d'entre eux à la fin de la séance d'une part parce qu'ils bénéficient d'une identité visuelle forte (la palme à Bats alias Jamie Foxx) mais aussi grâce aux acteurs derrière qui s'en donnent à cœur joie (notamment un Jon Hamm succulent). Wright arrive une nouvelle fois à reprendre un genre archi-balisé pour en faire une séance de montagnes russes ultra-efficaces, inspirée et, pour tout dire, extrêmement jouissives. Baby Driver est un film généreux, riche, il arrive à passer de l'émotion aux rires en quelques minutes. Mais mieux que cela, Baby Driver démontre que le blockbuster intelligent est possible.

    Comme La Planète des Singes : Suprématie, Baby Driver ne prend pas son spectateur pour un imbécile. Il est fonctionnel, convenu dans le déroulement de son intrigue de fond, mais il sublime ce qui aurait pu être un banal Fast and Furious bis par une réalisation incroyablement géniale. Il faut insister sur ce point, la caméra de Wright est d'une fluidité exemplaire, capte la vivacité de l'action comme aucune autre, et se marrie à la perfection avec la bande-originale. On pouvait craindre la prestation d'Ansel Elgort qui aurait du, en toute logique, faire Ryan Gosling du pauvre, mais ce n'est jamais le cas. Parce que son personnage est bien écrit, touchant, loin des canons habituels et qu'en plus, Edgar possède cette touche fun qui fait tout passer comme une lettre à la poste. Le résultat impressionne de bout en bout, rien n'est innocent dans le métrage, chaque objet, chaque élément a son utilité pour offrir un tableau d'ensemble d'une remarquable maîtrise.

     Bien que moins personnel dans un sens que sa trilogie culte, Baby Driver s'affirme comme un excellent moment de cinéma. Un blockbuster qui brûle l’asphalte avec une âme, avec des idées, avec de l'intelligence à tous les niveaux. Edgar Wright n'est pas un yes-man, mais bien un auteur pop remarquable, la preuve en images...et en musique !

     

    Note : 9/10

    Meilleure(s) scène(s) : La course-poursuite à pied

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