• [Critique] Boudicca

    [Critique] Boudicca

     On l'avait dit dans la critique attenante : Jean-Laurent Del Socorro avait créé la surprise avec son Royaume de Vent et de Colères, premier roman passionnant mêlant avec bonheur historique et fantasy. Revers de la médaille d'une telle réussite - le livre ayant même remporté le prix Elbakin.net 2015 du meilleur roman français -, le français était attendu au tournant avec son second ouvrage qui délaisse la ville de Marseille pour l'Angleterre de l'An I. Reprenant le même mélange des genres, Jean-Laurent reste fidèle aux éditions ActuSF pour cette nouvelle aventure à la fois guerrière et politique. 

    Il est drôle de voir comme Boudicca affiche de grandes similitudes avec son prédécesseur et arrive, comme il se doit, à la fois à s'en démarquer et à montrer la maturation de son auteur. Ainsi, le roman abandonne l'aspect choral de Royaume de Vent et de Colères pour adopter le point de vue intérieur et unique de son héroïne principale : la reine Boudicca. Scindé en trois parties (et le chiffre trois a ici une importance toute particulière), le livre se concentre sur le destin d'une reine guerrière Celte qui va finir par devenir le symbole de la rébellion à l'encontre d'un Empire Romain de plus en plus impitoyable. Jean-Laurent prolonge ses ambitions féministes déjà aperçues dans son précédent ouvrage en en faisant même le leitmotiv de Boudicca à travers une héroïne qui en est encore aujourd'hui un symbole intemporel. La Reine Boudicca, sous la plume de l'écrivain français, devient une légende.

    Rarement le portrait d'une femme en fantasy aura été aussi fort et aussi puissant que celui de Boudicca. Mieux encore, si Jean-Laurent nous montre sa force, son courage et son héroïsme, il n'en oublie pas d'en faire un être humain avec ses doutes, ses peines, ses joies et ses regrets. L'auteur comprend l'essentiel lorsque l'on s'attaque à ce genre d'entreprise historique : avant d'être une légende, tout personnage reste un être humain. De ce fait, l'humanisme de Boudicca - le livre comme le personnage - transpire à chaque page, agrippe le lecteur et lui fait éprouver une sympathie instantanée pour cette petite fille rebelle et effrontée. Heureusement, l'écrivain français n'oublie pas le reste et dresse une admirable galerie de personnages secondaires tous plus formidables les uns que les autres dans la droite lignée de ceux de son récit choral précédent. De Jousse à Tanki en passant par Pratsutagos, toutes les figures qui traversent le récit, féminines ou masculines, s'avèrent remarquables.

    La plume de Jean-Laurent Del Socorro n'est pas étrangère à cette spectaculaire réussite. Depuis Royaumes de Vent et de Colères, celle-ci s'est affinée, plus fluide et surtout plus poétique encore avec cette force qui transforme systématiquement les écrits du français en un page-turner imparable. On se délecte de son vocabulaire comme de ses tournures qui savent s'adapter aux moments intimistes comme aux instants épiques et guerriers. Pourtant, ce n'est pas tout, et il faut s'attarder sur d'autres grandes qualités de Boudicca, à commencer par la richesse de ses thématiques. Sous couvert d'un récit de fantasy (light) historique, le roman s'attaque non seulement au féminisme en rendant honneur au courage des femmes qu'elles soient mères, épouses, guerrières ou amantes (voir tout cela à la fois) mais aussi à la capitale notion de liberté des peuples. Plus qu'un récit sur une reine grandiose, Boudicca c'est l'occasion pour Jean-Laurent de nous parler du besoin d'autonomie des peuples, du refus de la soumission et, surtout de la nécessaire révolte contre l'injustice. 
    Insoumis. Ce mot a un drôle de retentissement dans le contexte politique d'aujourd'hui mais il s'adapte particulièrement bien au contexte du roman et au message qu'il porte. Soyez insoumis, brisez vos chaînes, quoique cela vous en coûte. Mourrez en hommes et femmes libres plutôt qu'en esclaves d'un autre, d'un pays, d'un dictateur. 

    Reste alors tout le versant intimiste de Boudicca où Jean-Laurent Del Socorro excelle clairement. Ce qui fait la force émotionnelle véritable du roman, ce n'est pas tant la férocité et la dignité d'une reine mais ses relations d'une humanité poignante avec son père, son époux, son amante et ses filles. Ce sont les fêlures dans les convictions d'une femme qui semble pourtant inébranlable, ce sont les craintes et les peurs avouées à mi-voix par une Boudicca qui en devient alors d'autant plus humaine pour le lecteur. Une reine qui apprécie aussi la diversité des peuples celtes (un message important semble-t-il pour Jean-Laurent et qui trouve un écho actuel tout aussi primordial) et qui évolue constamment durant ce récit passionnant de bout en bout. Ce sont aussi les petits détails accordés au récit et à sa cohérence qui achève de convaincre de sa qualité : l'importance du chiffre 3 qui renvoie à l'omniprésente figure celtique du triskèle, le rapport aux Dieux qui se transforme au gré des contacts entre les civilisations, l'évolution des générations...Toutes ces petites attentions qui rendent finalement Boudicca encore plus fort qu'escompté.

    Jean-Laurent Del Socorro était bel et bien attendu au tournant...et il n'a pas déçu. Non seulement Boudicca confirme tout le bien que l'on pensait de l'écrivain français mais le roman va bien plus loin encore. Pour mieux nous supplicier, l'ouvrage se conclut par une nouvelle dans le même esprit que le reste du livre mais transposé à l'époque de la Tea Party...annonçant la prochaine aventure à prendre vie sous la plume de Jean-Laurent.
    En attendant, tout ce que vous avez à savoir sur Boudicca se trouve dans son titre.
    Boudicca est un triomphe.

    Note : 9/10

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