• [Critique] Calvaire

    [Critique] Calvaire

    En termes qualitatifs, le cinéma francophone d'horreur est encore plus sinistré que peut l'être le cinéma dit populaire. On voit bien sortir quelques joyaux de temps en temps, Martyrs par exemple, mais pas vraiment de quoi s'enthousiasmer sur l'état de ce genre si particulier. En 2004 pourtant, un cinéaste belge du nom de Fabrice Du Welz réussit à sortir un premier long-métrage d'horreur sortant à la fois des sentiers battus et terriblement dérangeant. Avec un budget serré et un postulat relativement simple, Calvaire fait sensation auprès de la critique spécialisée. Il semble alors que pour son premier film, et après un court-métrage très remarqué - Quand on est amoureux c'est merveilleux - Fabrice Du Welz ait une carte à jouer. Retour dans les Ardennes belges.

    Comme on l'a dit plus haut, Calvaire possède un pitch de base relativement simple. Un chanteur de seconde zone (voir de troisième zone) donnant des représentations pour des personnes âgés tombe en panne en plein milieu d'une forêt des Ardennes belges. Il tombe sur Boris, un simple d'esprit à la recherche de son chien. Celui-ci l'emmène à une auberge proche où Bartel, le tenancier, doit lui venir en aide pour réparer sa camionnette. Fabrice Du Welz plante donc de prime abord son action dans un lieu banal mais terriblement à l'écart, le genre d'endroit que le monde semble ignorer. Cependant, dès le départ, il y a quelque chose de dérangeant dans Calvaire. Bien avant l'accident, Marc Stevens, le chanteur en question, rencontre une vieille fan à lui dans sa loge. Celle-ci lui fait des avances. Le malaise s'installe. D'autant plus fort que Du Welz maîtrise parfaitement son ambiance et que son acteur principal, Laurent Lucas, possède une aura étrange.

    Calvaire n'emploie pas les ressorts habituels du film d'horreur, à savoir le fameux jumpscare ou le gore à outrance. Fabrice Du Welz construit un long-métrage qui tourmente son spectateur par l'insidieux malaise qui s'y faufile. Petit à petit, on découvre par-dessus l'épaule de Marc que l'auberge, Bartel et les villageois, ont quelque chose de perturbant. De très perturbant. Le cinéaste belge joue avec le cliché du bouseux inquiétant et forcément dégoûtant pour titiller la peur du citadin. Il immisce quelques scènes frôlant le grotesque, telle que la séquence zoophile surprise par Marc au détour d'un chemin, et capitalise sur l'étrange comportement de Bartel. Trop gentil, trop logorrhéique. Bartel, c'est un peu la petite écorchure que l'on a sur le palais. On sait qu'elle est là mais on ne sait pas bien la situer. Et petit à petit, lentement, dans cette atmosphère glaçante et surréelle des Ardennes, le spectateur glisse.

    Fabrice doit beaucoup au talent d'acteur de Laurent Lucas et de Jackie Berroyer, absolument géniaux dans leurs rôles respectifs. Le glissement vers la folie s'accélère et Calvaire fait un crescendo dans l'horreur glauque...et psychologique. Le cinéaste a compris que pour terrifier son public, il doit distiller une terreur plus complexe que celle suscitée par le simple fait de torturer un pauvre bougre piégé par un fou. Derrière cette torture, il doit y avoir des motivations étranges, malsaines. Comme celle de prendre Marc pour une femme, de le raser comme une putain collaboratrice, de lui faire enfiler une robe et de le filmer en chien de fusil attaché dans un lit avec Jackie se glissant près de lui comme un époux ferait avec sa femme longtemps égarée. Ce genre de choses, ce renversement de la réalité flirtant constamment avec le grotesque, fait mouche. On est littéralement pétrifié à la fois par le caractère profondément réaliste de la chose et son côté totalement dingue. 

    Alors Calvaire peut révéler toute son horreur et élargir un peu le scope. Entre en scène les villageois dans deux séquences incroyables. La première dans le bar du village, un bar rempli d'hommes qui se mettent à danser comme des marionnettes cassées, un peu comme si Silent Hill (le jeu, pas le film) se déroulait en Belgique dans un trou paumé. La seconde par l'irruption des villageois chez Bartel et le viol filmé par le dessus. Fabrice Du Welz tente des effets de mise en scène qui ajoutent encore à la sensation de malaise de ce qui se passe devant nos yeux. Avec ses faibles moyens, il prouve qu'il est un metteur en scène exigeant et innovant. Calvaire s'en retrouve d'autant plus intéressant. Et terrifiant.

    Comme Alléluia plus récemment, Calvaire s'avère un film d'horreur aussi atypique qu'efficace. Jouissant d'un casting absolument irréprochable et d'une atmosphère très particulière, le premier long-métrage de Fabrice Du Welz expose aussi sa conception de l'horreur, beaucoup plus insidieuse et intelligente que l'horreur moderne tape-à-l’œil que l'on nous vend aujourd'hui à tour de bras. Une sacrée expérience en somme. 

    Note : 9/10

    Meilleure scène :  La scène du rasage - Le viol

     

    Critique d'Alleluia de Fabrice du Welz

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