• [Critique] Captain America : Civil War

    [Critique] Captain America : Civil War

    L’année 2016 sera l’année des affrontements fratricides. La preuve en est avec les deux dernières sorties cinéma en matière de super-héros avec tout d’abord du côté DC Comics/Warner, Batman vs Superman (sur lequel on ne reviendra pas après la très longue chronique à son envers) et ensuite du côté Marvel Studios, le très attendu Captain America : Civil War, troisième volet des aventures de Steve Rogers qui est devenu un simili-Avengers avec le temps. Pour se frotter à l’épineuse question d’une adaptation de Civil War, ce sont les frangins Russo, déjà responsables du très recommandable Captain America : Winter Soldier, qui s’y collent.

    Avant toute chose, rappelons-le pour les trois du fond qui disent aimer Marvel en n’ayant vu que les films, Civil War est (un peu) l’un des événements Marvel les plus importants et les plus réussis de ces dernières années. Comme il sera question en long, en large et en travers de cet event dans l’adaptation présente, autant en parler un peu en introduction. A la base de Civil War (version comics, suivez un peu !), il y a une équipe de jeunes super-héros (les New Warriors) qui tente de neutraliser quelques super-vilains en maraude. Sauf que, dans le tas, il y a Nitro, et qu’il a la (très) mauvaise idée de se faire exploser en plein dans un quartier résidentiel à deux pas d’une école. Du coup, cadavres d’enfants partout, scandale (inter)national et réunion de super-héros. A l’issue de celle-ci, la loi sur le Recensement des méta-humains est adoptée, obligeant nos légendes vivantes à dévoiler leurs identités secrètes et à travailler en somme pour le gouvernement. Sauf que cela ne plaît pas du tout à Steve Rogers, alias Captain America, qui décide de faire sécession devant ce qui lui apparaît comme une loi liberticide et contraire aux idéaux qu’il a défendu toute sa vie ! Ainsi, les super-héros se scindent en deux camps : ceux en faveur d’un Recensement menés par Iron Man et ceux qui veulent conserver leur autonomie emmenés par Captain America. Il s’ensuit sept numéros d’affrontements en tous genres et de drames entre deux cents méta-humains sous la houlette de l’excellent Mark Millar.

    Voilà pour la mise au point comics. Evidemment, il était impossible pour les Russo et Marvel Studios de faire la même chose, ne serait-ce que pour le nombre faramineux de super-héros qui auraient dû se tirer la bourre à l'écran. De deux cents, on passe donc à douze (!!) et le reste de l’intrigue se calque sur l’histoire personnelle de Captain America déjà largement abordée dans les deux volets précédents. Première remarque évidente sur le long-métrage : il a le cul entre deux chaises. Contrairement à ses prédécesseurs, ce volet n’est pas purement un film sur Captain America puisqu’il engage un grand nombre de personnages de l’univers cinématographique Marvel, dont Iron Man, Vision, La Veuve Noire, Œil-de-Faucon etc, etc… On imagine bien alors que les Russo courent le risque de se retrouver avec un Avengers au rabais. Sauf qu’ils tentent de raccrocher les wagons ensemble en misant sur un personnage-clé de la saga Captain America : Bucky Barnes alias le Soldat de l’Hiver. Une idée qui peut paraître étrange mais qui, finalement, sauve le film d’un éparpillement malencontreux.

    Relativement long (2h28 tout de même), Civil War a un peu de mal à démarrer. Il introduit maladroitement un super-vilain bad-ass en la personne de CrossBones…expédié en deux coups de poing. Le but ? Introduire le véritable enjeu avec une explosion en plein milieu de civils provoquant le séisme moral que l’on retrouvait dans le comics de base. Différents lieux, mêmes intentions. Les Russo s’en sortent bien mais à partir de là, on passe par un long tunnel d’exposition où les réalisateurs explicitent les opinions des deux camps tout en introduisant le nouveau super-héros de ce volet : Black Panther. Relativement mal introduit mais très bien exploité au final, le personnage est de plus incarné à l’écran par un acteur des plus convaincants : Chadwick Boseman.

    Au-delà de ce petit nouveau, et jusqu’à la fameuse scène de l’aéroport, Civil War met en sourdine l’intrigue personnelle de Captain America (sans l’oblitérer cependant) pour faire monter la sauce vers un affrontement que chacun attend de pied ferme. En-cela, le film souffre d’un premier problème pendant une bonne heure : il n’a plus d’identité. En effet, en misant sur le clash des super-héros, Captain America passe au second plan laissant du champ libre à la formation des deux camps (et l’introduction magique de Spider-Man, mais on y reviendra) tandis que la problématique morale et surtout politique du postulat devient tenue voir même prétexte. C’est ici que le lecteur de comics sera le plus déçu. Civil War ne va pas très loin dans ses prises de positions et ses conséquences politiques. Tout parait artificiel en quelque sorte. Pas raté ou foncièrement mauvais mais on sent que le potentiel n’est pas exploité. Un élément qui ne gênera que les connaisseurs certainement. Mais du coup, le statut hybride qu’adopte Civil War version ciné fait perdre de sa résonance actuelle au sujet, devenant de facto un simple (mais jouissif) moment de castagne entre les deux équipes de frères-ennemis.

    Arrêtons-nous sur ce point d’ailleurs pour dire que les Russo s’avèrent paradoxaux sur le plan de la mise en scène. Les premiers combats sont mal filmés (voir très mal pour le premier affrontement avec Crossbones) abusant d’un montage épileptique pour ne pas montrer coups et doublures, et frôlant l’overdose de jump-cuts à plusieurs reprises. Puis, à peu près au moment de la confrontation de l’aéroport (très mal vendue par la bande-annonce au demeurant), ils s’améliorent de façon stupéfiante et livre en réalité une scène d’action lisible et prenante qui emploie toutes les choses les plus jouissives autour des pouvoirs des divers participants. On mentionnera l’excellent emploi d’Ant-Man (avec un Paul Rudd toujours aussi impeccable) ou de Scarlet Witch (délicieuse Elizabeth Olsen). Ludique, fun et finalement pas cheap pour un sou. C’est aussi l’occasion de voir en action le super-héros que tout le monde attendait depuis les accords entre Marvel et Sony Pictures : le fameux Spiderman. Sans trop en dévoiler, et de façon extrêmement surprenante, Tom Holland est…parfait ! Génial même. Il fait bien plus qu’un simple caméo et Marvel trouve l’équilibre parfait entre l’humour du personnage, sa jeunesse et ses talents tout en revenant aux bases fondatrices du comics. Une énorme réussite qui prouve définitivement qu’Amazing Spider-Man était une daube sans nom à oublier au plus vite.

    Puis, après ce clash des titans, Captain America exploite les pistes qu’il avait mis en place auparavant pour s’inscrire dans la trilogie. Et, surprise, le film devient excellentissime, d’autant plus excellent que le nombre de personnages se ressert et permet une intimité qui sied mieux pour faire jaillir l’émotion. Exit les super-vilains aux pouvoirs abusés, Daniel Brühl (alias Zemo, qui n’a rien à voir avec le personnage du comic book) agit comme un catalyseur discret mais intelligemment utilisé dans le scénario. Dès que Captain America : Civil War redevient un « vrai » Captain America, le film gagne en profondeur et en importance permettant de se centrer sur le véritable intérêt du métrage : les relations Rogers – Barnes – Stark. On sent les Russo plus à l’aise avec ce trio et finalement, Civil War gagne davantage sur le plan intimiste que sur cette fameuse guerre civile un peu cheap une fois prise dans son aspect global. Les conséquences de l’histoire, bien que moins profondes que celle du comics, permettent tout de même de faire avancer l’univers, un peu à l’instar de Winter Soldier. On finira d’ailleurs par celui-ci, interprété une nouvelle fois par un Sebastian Stan tout à fait génial, et qui trouve ici un rôle passionnant.

    Conscients des nombreux obstacles et carences possibles devant une telle entreprise d’adaptation, les frères Russo ont opéré les choix les plus intelligents pour ce Captain America : Civil War. Même s’il manque d’homogénéité, d’une mise en scène véritablement inspirée et non purement fonctionnelle ainsi que d’une profondeur thématique réelle, ce nouvel opus remplit parfaitement son contrat. Un très bon Marvel qui efface, un peu, la déconvenue d’un Age of Ultron décevant et d’un Ant-Man timide.  

      

    Note : 8.5/10

    Meilleure scène : L'affrontement à l'aéroport

    Meilleure réplique :

    - He is my friend

    - So i was...

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