• [Critique] Captain Fantastic

    [Critique] Captain Fantastic

    Prix de la mise en scène Un Certain Regard Cannes 2016
    Prix du jury Deauville 2016
    Prix du public Deauville 2016 

    Remarqué au festival de Cannes dans la sélection Un Certain Regard où il décroche le prix de la mise en scène, puis à Deauville où il moissonne le prix du public et le prix du jury, Captain Fantastic est le second film de Matt Ross (dont le 28 Hotel Rooms est passé totalement inaperçu en France). S’inscrivant d’emblée dans le courant indie du cinéma américain, le long-métrage possède un argument de poids : Viggo Mortensen. Aragorn du Seigneur des Anneaux n’est pas mort et revient à 57 ans pour interpréter le patriarche d’une famille vraiment pas comme les autres.

    Ben et Leslie ont fait un choix radical : celui d’élever leurs six enfants en dehors de la société moderne, perdus dans la nature et vivants avec leurs propres règles. Jusqu’au jour où Leslie, gravement malade, se suicide. Désemparé, Ben explique aux enfants qu’il ne pourra pas les emmener à l’enterrement de leur mère, enterrement qu’elle a d’ailleurs refusé dans son testament. Il faudra toute la volonté de cette famille hors du commun pour finir par braver l’interdit et reprendre pied dans une société qui leur est totalement étrangère. Mission ? Sauver maman…

    Ode à la nature, à l’anti-conformisme et, pour tout dire, à l’homme-philosophe, Captain Fantastic a tout du film écolo-bobo-démago. Il pourrait donc tomber à tout moment dans un long et pénible discours anti-sociétal. Il ne le fait pourtant pas. Enfin presque. L’histoire dépeinte par Matt Ross, totalement improbable, convoque les peurs sectaires d’une société américaine prête à toutes les extrémités, mais également une envie de se débarrasser d’un présent aliénant. Sorte d’utopie sur pattes, la cellule familiale crée par Ben apparait comme idyllique. Impossible de ne pas tomber sous le charme de ces petits bouts capables de disserter sur le bien-fondé des amendements américains ou d’escalader une paroi rocheuse à mains nues.

    Matt Ross décrit une utopie auquel il adhère ostensiblement (et difficile de lui en vouloir) tout en tentant dans la seconde partie de remettre en cause sa thèse. Ben, à la fois père, gourou, philosophe et guerrier-rebelle, possède un magnétisme et une force sidérante. Il reste pourtant une figure bien dictatoriale dans ce petit monde qu’il a lui-même créé. Heureusement, sa solidité finit par se fissurer et Matt Ross montre le fragile être humain derrière, celui qui commet des erreurs et n’a jamais atteint la perfection qu’il escomptait. Incarné par un Viggo Mortensen toujours aussi parfait, portant littéralement le film sur ses épaules, Ben intrigue, passionne et parfois terrifie par son absolutisme. Mais en face, Matt Ross confronte la vision de cette famille cultivée (et ce sur tous les plans) à la société moderne américaine. Le résultat, forcément très drôle, est effrayant. L’enfant d’aujourd’hui est bête, abruti par le monde extérieur, en retard… on le protège à l’excès, on lui ment sans raison valable…bref si l’on peut douter de cette emprise toute puissante de Ben sur ses enfants, force est de constater que la société est loin d’avoir une meilleure influence.

    Captain Fantastic arrive à jongler avec bonheur entre son message social et l’humanité de ses personnages. On retrouve au cœur de ce choc des civilisations des gamins tous plus attachants les uns que les autres, notamment Bodevan en pleine perte de repères, et Zaja, absolument délicieuse. On retrouve tout simplement des êtres humains fragiles mais qui se serrent les coudes pour l’amour d’une mère, et, surtout, l’amour d’un père. Jamais le message social ne prendra le pas sur la dimension émotionnelle dans Captain Fantastic, Matt Ross a toujours cette volonté de garder la famille au cœur du sujet et de s’en servir comme d’un point d’ancrage pour son spectateur. Sa mise en scène fournit un trait d’union entre les deux versants de l’œuvre, à la fois douce et lumineuse, profitant du cadre dès que possible et surtout, s’additionnant à merveille avec une bande-originale rien de moins que fabuleuse. On assiste par exemple à une séquence de funérailles dans la plus pure tradition païenne avec la chanson Sweet Child of Mine, quintessence de l’indie à l’américaine mais tellement poignant en fin de compte.
    Evidemment on reprochera à Captain Fantastic une vision bien naïve parfois de sa propre utopie, d’oublier les avancées médicales qui permettraient de protéger les enfants ou l’incapacité de ceux-ci de vivre dans notre monde réel. Le film est un rêve, un pieux souhait et c’est cela qu’il faut comprendre d’emblée. Impossible de ne pas aspirer au même genre de vie, mais impossible également de le mettre sur pied dans le réel. Captain Fantastic nous offre au moins ce bonheur illusoire pendant cent vingt minutes.

    Rêverie sucrée qui laisse un arrière-goût mélancolique, Captain Fantastic offre un moment de cinéma sincère et naïf qui fait du bien, porté par une mise en scène doucereuse, un casting aux petits-oignons et une bande-originale magnifique. On vivra cette utopie pour ce qu’elle est : un rêve drôle et rebelle qu’on voudrait crédible.

    Note : 9/10

    Meilleure scène : La crémation au bord du lac

    Meilleure réplique : La tirade de Ben à Bodevan avant qu’il ne parte

     

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