• [Critique] Carol

     [Critique] Carol

    Prix d'interprétation féminine Cannes 2015 pour Rooney Mara
    Nommé catégorie meilleure actrice dans un premier rôle pour Cate Blanchett Oscars 2016
    Nommé catégorie meilleure actrice dans un second rôle pour Rooney Mara Oscars 2016

    Nommé catégorie meilleur scénario adapté Oscars 2016

     Dans la course aux oscars cette année, on retrouve plusieurs films engagés avec Spotlight, The Danish Girl...et Carol. Réalisé par Todd Haynes que l'on avait pas vu sur grand écran depuis I'm Not There en 2006 et que l'on pensait tombé dans les griffes télévisuelles d'HBO depuis sa collaboration avec la chaîne câblée sur la mini-série Mildred Pierce, Carol adapte le roman de Patricia Highsmith - The Price of Salt - publié en 1952 au Royaume-Uni. Traitant d'une relation lesbienne, le roman avait fait grand bruit à sa sortie tout en étant salué par la communauté lesbienne pour sa vision dénuée des préjugés de l'époque. Ainsi, Todd Haynes décide d'adapter cette histoire située dans l'Amérique des années 50 à la fois pour témoigner de la discrimination subie par les homosexuels mais aussi pour dépeindre une belle histoire d'amour entre deux excellentes actrices : Rooney Mara et Cate Blanchett. Après avoir fait forte impression au Festival de Cannes en 2015 (et donnant au passage son premier Prix d'Interprétation Féminine à Rooney Mara), le long-métrage est en lice pour les oscars d'une façon un peu incongrue puisqu'il n'est nommé que dans la catégorie meilleure actrice dans un premier rôle pour...Cate Blanchett. Si son absence des autres catégories reines n'est guère surprenante (nous y reviendrons), l'oubli de Mara semble tout à fait scandaleux et sa relégation en second rôle totalement injuste. Qu'à cela ne tienne, Carol débarque dans les salles françaises et permet enfin de juger sur pièce du travail de Todd Haynes.

    New-York, 1952. Vendeuse de jouets dans un magasin pour enfants en attendant que sa carrière de photographe décolle, Therese Belivet s'ennuie dans un monde terne où sa relation avec Richard, son petit-ami, stagne encore et toujours. A l'approche de Noël, elle fait la rencontre impromptue de Carol Aird, une femme sensuelle et intelligente qui vient acquérir un présent pour sa fille. Immédiatement charmé par l'aura magnétique de Carol, Therese se met en tête de la retrouver pour comprendre l'étrange sensation qui la saisit peu à peu en compagnie de celle-ci. Si bientôt les deux femmes éprouvent une attirance mutuelle, Carol va devoir affronter la dure réalité et se battre pour obtenir la garde de sa fille que son ex-mari, Harge Aird, n'entend pas lui laisser si facilement. Un combat difficile s'engage alors où Carol devra lutter à la fois pour sa fille et l'amour de Therese. 


    Film d'époque, Carol déploie instantanément une mise en scène fabuleuse et raffinée. Avec un sens du détail presque maladif, Todd Haynes reproduit le New-York des années 50 avec une authenticité stupéfiante. Mieux encore, il capte les mœurs de l'époque avec une acuité certaine et arrive à rendre compte des rapports sociaux (et amoureux) avec un grande habilité. Sur un plan purement scénaristique, Carol s'avère un film lent où l'intrigue se pose doucement et où les enjeux amoureux éclosent avec douceur et pudeur sur un fond d'intolérance que l'on devine très rapidement. Haynes profite de ses sublimes décors et de sa mise en scène millimétrée pour installer dans un premier temps un discours sur la femme où Therese et Carol ne sont que deux faces d'une même pièce, l'une s'ennuyant silencieusement de sa condition sociale étriquée, l'autre refusant de se laisser enfermer dans la case habituelle de l'épouse résignée. S'il part sur un postulat plutôt féministe en racontant en filigrane le besoin d'émancipation de la femme par le travail ou par l'affectif, Carol devient rapidement une histoire d'amour où la cause lesbienne s'avère traitée avec pudeur. 

    Finissant par plonger dans l'intense relation que vont connaître Carol et Therese, le long-métrage se fait certainement un peu plus timoré dans son message et, surtout, manque d'audace. Si l'on louera la façon d'Haynes d'aborder la relation sans jamais virer au vulgaire, il faut bien avouer qu'il n'invente pas grand chose, pour ne pas dire rien. C'est justement là que s'effrite le long-métrage. Malgré les prestations remarquables livrées par Cate Blanchett et Rooney Mara (celle-ci prend d'ailleurs largement le pas sur son illustre aînée), Carol n'arrive jamais à insuffler la chaleur et l'émotion nécessaire à une telle oeuvre. Tout se passe comme si Todd Haynes était tellement préoccupé par la perfection esthétique de sa mise en scène qu'il en oublie les émotions. Du coup, le film devient froid et suscite un ennui poli tant la trame semble cousue de fil blanc et que seule une fin bien maigre semble vouloir rattraper. 

    Le constat est d'autant plus amer que l'histoire décrite par Carol reste tout à fait intéressante dans le fond et témoigne avec une grande justesse des épreuves subies par la communauté lesbienne de l'époque, peut-être encore plus ostracisée dans la société américaine que son pendant masculin. A plusieurs reprises même, le talent des deux actrices semble assez fort pour passer outre la froideur de la mise en scène mais l'intrigue finit par retomber dans le combat attendu et annoncé de Carol pour garder sa fille auprès d'elle. Dès lors, les événements ne surprennent plus et la phase d'exposition, déjà bien longue, ne connaît jamais de véritable envolée. Le fait que Carol soit absente des catégories dites "reines" de la grande messe des Oscars n'a donc au final rien de surprenant, mais on peut logiquement se poser la question de la pertinence des nominations respectives de Mara et Blanchett. La première assume tellement le premier rôle de l'histoire et porte tant l'intrigue sur ses épaules qu'il est véritablement injuste de la voir reléguée en seconde rôle alors que Cate Blanchett correspond tout à fait à ce qualificatif (ce qui n'enlève rien à son talent dans le film au demeurant). Une autre polémique pour une cérémonie qui n'en manquait déjà pas. 


    A l'arrivée, Carol apparaît comme une belle occasion manquée. Trop accaparé par sa mise en scène et sa reconstitution d'époque impressionnantes, le film loupe son aspect émotionnel et se prive de ce qui aurait du être, en toute logique, sa plus grande force. Si l'on s'ennuie poliment devant une intrigue trop balisée, force est de constater que le duo Cate Blanchett-Rooney Mara fonctionne parfaitement et constitue de fait le véritable intérêt du film de Todd Haynes
     

    Note : 7/10

    Meilleure scène :
     Cate Blanchett confrontée à son ex-mari pour la garde de sa fille

     

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 19 Février 2016 à 10:26
    Cachou

    Ah ben complètement d'accord pour le coup. C'est très beau à voir mais je n'ai absolument rien ressenti. Ce film manque de sensualité, de tendresse même. On comprend intellectuellement qu'elles s'aiment mais est-ce qu'on le ressent vraiment? Il m'a manqué le cheminement vers cet amour, on sait qu'il naît mais on n'assiste pas concrètement à sa naissance. C'est dommage...

    2
    Vendredi 19 Février 2016 à 15:43
    shaya

    Je suis d'accord aussi, le film est un peu froid, même s'il m'a plu quand même. Ma préférence pour le coup va à Free Love, qui est beaucoup plus riche en émotions et tout aussi intéressant sur le fond.

    3
    Samedi 20 Février 2016 à 22:49

    Free Love fait partie de mes prochains films à voir. J'ai un peu peur de l'effet inverse pour celui-là, à savoir trop de mélo...On verra !

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