• [Critique] Crimson Peak

    [Critique] Crimson Peak

    Un temps pris dans l'imbroglio autour du Hobbit (dont il devait être le réalisateur avant le retour de Peter Jackson aux affaires), le mexicain Guillermo Del Toro n'avait pas donné signe de vie depuis 2013 et son blockbuster mémorable, Pacific Rim. Toujours au centre de multiples rumeurs sur un nombre faramineux de projets (Pinocchio, Les montagnes hallucinées, un troisième Hellboy...), le réalisateur revient à un genre qu' il affectionne particulièrement (et qui l'a aussi fait découvrir) : le fantastique. Plus de guerre civile espagnole cette fois (Le Labyrinthe de Pan, L'échine du diable...), ni de super-héros écarlate (le dyptique Hellboy) mais le XIXème siècle entre les Etats-Unis et l'Angleterre. Épopée en costumes, Crimson Peak affiche un joli casting avec Mia Wasikowska (Stoker, In Treament), Tom "Loki" Hiddleston et la géniale Jessica Chastain (Zero Dark Thirty). Annoncé comme un film de fantômes, le dernier bébé de Del Toro possède tous les atouts pour susciter la curiosité du spectateur. 

    Il nous entraîne donc au XIXème siècle alors que la fille d'un riche industriel, Edith Cushing, romancière en herbe et féministe dans l'âme, manifeste d'étranges dispositions pour percevoir le fantôme de sa défunte mère bien déterminé à la mettre en garde contre Crimson Peak. Sur ces entrefaites arrive le baronnet Thomas Sharpe accompagné de sa sœur Lucille. Celui-ci a pour but avoué de lever des fonds pour financer une machine à extraire de l'argile dans son domaine du comté de Cumbria. Son charisme et sa prestance font immédiatement effet sur la jeune Edith qui délaisse son autre prétendant, le docteur Alan McMichael, pour vivre une romance passionnée avec le baronnet. Seulement voilà, celui-ci doit repartir à son domaine et à ses œuvres dans le comté de Cumbria, aussi connu sous le nom de Crimson Peak. Edith va-t-elle l'accompagner dans son sinistre manoir ?

    Film de deux heures, Crimson Peak se scinde grossièrement en deux parties : la (très) longue introduction aux Etats-Unis et le manoir en Angleterre. Guillermo Del Toro prend son temps et commence son récit d'une façon qui semble immédiatement familière aux connaisseurs de l'oeuvre du Mexicain. Bien décidé à développer un trio de personnages complexes (les Sharpe et Edith), Del Toro oublie un tantinet ses autres acteurs notamment le pauvre Charlie Hunnam qui écope d'un rôle particulièrement fade avec le Docteur MacMichael. Pour installer son ambiance baroque cependant, Del Toro affiche une insolent maîtrise. La lenteur de son récit contraste avec l'éclatante réussite de sa mise en scène, somptueuse à souhait et de plus en plus raffinée au fur et à mesure des plans. L'apport des costumes joue certainement beaucoup dans cet émerveillement visuel mais c'est véritablement l'arrivée au manoir de Crimson Peak qui achève de convaincre le spectateur de la perfection esthétique du film. Les murs suintant d'argile miment une demeure en constante hémorragie, une cascade de feuilles mortes emplit le vestibule, les papillons s'accumulent dans le grenier, le sous-sol regorge de mystères...bref, tout concourt à faire de Crimson Peak une pure réussite sur le plan de la mise en scène et de l'esthétisme pur.

    Le gros problème, c'est que sur le reste, le film se loupe totalement. Évacuons immédiatement les acteurs, franchement convaincants voir même brillant dans le cas de Tom Hiddleston (décidément remarquable), pour nous concentrer sur les nombreux aspects fâcheux du long-métrage. D'abord, Crimson Peak est un film d'une extrême prévisibilité. Dès les dix premières minutes, si vous connaissez l'oeuvre de Del Toro et le fantastique, vous aurez deviné les grandes lignes de l'intrigue dont le twist final s'avère tellement attendu (et déjà vu ailleurs) qu'il sonne totalement creux. Du coup, la lenteur qui aurait pu être bénéfique au film en d'autres circonstances, devient un boulet handicapant. Les duperies des Sharpe sont tout sauf surprenantes et du coup, on attend simplement que la vérité éclate à l'écran avec un ennui poli, à peine rattrapé par la beauté du spectacle. Bien plus grave, Crimson Peak s'enlise progressivement dans les incohérences et prend son public pour un con (il n'y a pas d'autres mots) en disséminant des ficelles scénaristiques grosses comme des cordes. On citera par exemple l'énorme malle bien en évidence dans le sous-sol ne renfermant quasiment rien, les bobines compromettantes cachées...dans un placard, Edith qui remonte au grenier au lieu de s'enfuir, la confrontation dans le sous-sol où Edith est d'une discrétion douteuse...Bref, lentement mais surement, le script de Del Toro devient désolant. 

    Rajoutez une séquence de bal qui fait pâle figure face à la grandiose séquence de la saison 2 de penny Dreadful, et l'on comprend vite que Crimson Peak perd de sa superbe dès que l'on gratte un peu en surface. Reste un dernier élément des plus ennuyeux, voir même des plus décevants : Crimson Peak est un plagiat. D'une sorte d'ailleurs très particulière puisqu'à l'instar du raté Chappie de Neill Blomkamp, Del Toro plagie sa propre oeuvre. Si vous ne connaissez pas les premiers films du mexicain, alors vous n'y verrez que du feu mais si vous avez déjà vu son chef d'oeuvre, L'échine du Diable, Crimson Peak va gravement vous décevoir. La narration de début et de fin, la place et le rôle des fantômes, l’apparence même des ectoplasmes, la côté récit moraliste...tout cela n'est qu'un décalque grossier de l'échine du Diable. Seulement, là où L'échine du diable présentait modestie, originalité et sous-texte politique efficace, Crimson Peak n'a rien de tout cela. Cette constatation achemine vers un jugement sans appel : Del Toro ne semble avoir plus rien à dire...depuis le Labyrinthe de Pan. Pacific Rim était un excellent blockbuster épique mais avec un scénario tenant sur un timbre-poste, les Hellboy devaient tout à la folie visuelle de l'univers de Mignola...et voici son Crimson Peak, une splendide coquille vide. 

    Du coup, difficile de conseiller la vision de ce long-métrage sauf à ceux qui connaissent peu le genre et cherchent davantage une aventure esthétique que narrative. Immense déception, Crimson Peak s'avère déjà vu, prévisible, grossier dans ses rouages et finalement, bien ennuyeux.
    Le premier échec de taille pour Guillermo Del Toro...

    Note : 4.5/10

    Meilleure séquence : L'arrivée au Manoir

     



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  • Commentaires

    1
    Adèle
    Jeudi 26 Novembre 2015 à 20:09

    Il est mexicain bordel ! pas espagnol !

    2
    Jeudi 26 Novembre 2015 à 23:06

    Exact Adèle ^^
    J'ai honte de cette erreur :p

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