• [Critique] Deadpool

    [Critique] Deadpool

    La Maison des Idées compte un nombre hallucinant de héros dans sa musette. La Fox a su s’en accaparer quelque-uns, dont, notamment, les fameux X-Men. Lors du médiocre Wolverine Origins de Gavin Hood, le spectateur croisait un personnage singulier : Deadpool. L’adversaire taciturne et glauque de Logan a fait couler beaucoup d’encre depuis cette (malheureuse) apparition. Aussi éloigné que possible du super-héros d’origine, Deadpool fut littéralement sabordé par la Fox. Derrière ses traits patibulaires, on trouvait l’acteur Ryan Reynolds, victime d’une double injustice : celle d’incarner un Deadpool pathétique et celle, plus grave, de jouer dans un des plus mauvais films de super-héros, Green Lantern. Bien décidé à réparer ce massacre, Reynolds a milité comme un forcené pour une nouvelle adaptation solo des aventures de Deadpool. Toujours en plein essor sur le marché actuel, les films de super-héros ne demandaient qu’à accueillir le plus irrévérencieux et singulier personnage de chez Marvel. Premier film pour Tim Miller et dernière chance pour un Ryan Reynolds revanchard, Deadpool est aussi l’occasion rêvée pour la Fox pour tenter d’effacer le ratage industriel des Quatre Fantastiques. Bande-annonces délirantes, campagne marketing savamment orchestrée, classement R, pas de doute, Deadpool tente de changer la donne.
    Réussite ou pétard mouillé ?

    En fait…un peu des deux. Attendu comme le messie par nombre de fans, Deadpool joue un jeu délirant depuis sa promotion. Immédiatement plongé dans cette volonté de se démarquer de la masse, le spectateur sourit largement à la vue du générique de début, petit plaisir méta dans la droite lignée de LA grande spécificité de ce héros : il est le seul à être conscient qu’il est un héros de comics. Du coup, le mercenaire s’adresse directement à nous, partage des blagues et ses secrets, pour un résultat efficace et qui change un tant soit peu du sérieux papal affiché par les derniers blockbusters en la matière. On sent immédiatement que Ryan Reynolds a mis tout son talent et son auto-dérision pour jouer SON héros (ou anti-héros, c’est au choix). Désopilant, charismatique comme pas possible et surtout irrévérencieux à souhait, l’acteur efface ses deux dernières prestations en la matière (dont il se moque bien au passage). Il est Deadpool sans aucun doute possible et constitue, de très loin, le point fort du film. Du coup, les autres acteurs passent un tantinet à la trappe, notamment les deux X-Men, Colossus et Negasonic, qui font un peu de la figuration. Le film étant un poil fauché (et il l’avoue lui-même), on aura droit qu’à deux véritables scènes d’action, très efficaces au demeurant, mais qui paraissent parfois un peu cheap une fois le côté jouissif dépassé. C’est là le maître-mot de Deadpool : être jouissif et se moquer des poncifs. Le gros problème c’est que malgré ses moqueries, Deadpool tombe dans tous les clichés et pièges du film de super-héros ou presque.

    Si l’on ne peut décemment pas lui enlever son côté montagnes russes et amuseur en chef, le mercenaire en combinaison rouge moulante livre un one man-show. Le méchant, Ajax, interprété par Ed Skrein, est un ratage complet, un miscast total qui ne dégage franchement aucune aura. S’il n’y avait pas les répliques fendards de Deadpool pour le tourner en dérision, il n’existerait simplement pas à l’écran. Le reste est à l’avenant. A force de dire qu’il est un film différent et qu’il se fout des convenances (et c’est un peu le cas), Deadpool déroule une histoire de type origin-story vu mille fois ailleurs où seul l’humour corrosif du personnage change de d’habitude. Très mal construit dans sa première partie avec cette idée vraiment mauvaise d’intercaler des flash-backs à intervalle régulier pendant le combat de l’autoroute, Deadpool casse son rythme et ne déroge pas, dans le fond, à un classique récit des origines. L’insolence en plus. Si l’on se prend à rêver de passer à la vitesse supérieure avec la suite, il ne faut que quelques instants pour se rendre compte qu’il n’en sera rien. Reynolds peut enchaîner les conneries les plus crasses (la séance de masturbation avec une peluche licorne), il ne rattrape pas la sensation d’assister à une intrigue convenue. Si bien que l’on sait presque tout ce qu’il va se passer à l’avance. Evidemment, Deadpool s’en moque ouvertement, mais il suit un parcours balisé et conventionnel où le héros qui refuse d’être un héros sauve la demoiselle en détresse dans un combat jouissif mais joué d’avance.

    On préfère de loin Deadpool quand il part dans des délires à la fois pervers et caustique (les conseils au chauffeur de taxi, la colocatrice atypique, les vannes sur les autres super-héros). On ne peut s’empêcher de voir tout le potentiel gâché de l’entreprise. Oui, Deadpool est sanglant, à mourir de rire parfois et sale gosse tout le temps mais il ne creuse pas les choses, il les effleure en surface. Le jeu avec le public n’est pas assez approfondi, le côté méta et transgenre n’est que superficiel… Il manque une véritable âme dans la mise en scène de Deadpool, un véritable parti-pris artistique comme pouvait l’avoir le (très) sous-estimé Captain America : The First Avenger. Ryan Reynolds a beau être aussi bon que possible et le résultat aussi drôle que jouissif (bien aidé par une BO aux petits oignons), Deadpool ne s’extirpe pas de la manufacture en série des blockbusters de super-héros actuels. C’est bien dommage.

    Le jugement peut sembler sévère mais Deadpool promettait tant qu’on s’attendait à mieux, bien mieux. En l’état, vous aurez droit à un spectacle fendard sans temps mort (ou presque) où le véritable Deadpool prend (enfin) vie sur grand écran dans un Ryan Reynolds show délicieux. Ce qui n’est déjà pas si mal. Reste à voir si le succès annoncé du film aura une bonne influence sur l’industrie et sur la suite de la franchise, ce dont il est franchement permis de douter.

    Note : 7/10

    Meilleure scène : Le combat sur l'autoroute

    Meilleure réplique : "Mais alors dans la litière de qui j'ai chié ?"

     

      

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  • Commentaires

    1
    Duarcan
    Lundi 15 Février 2016 à 19:11
    Bien sévère ce 7 sur 10. On sent bien ta déception dans le registre du ça aurait pu être tellement mieux mais qu'attend tu d'un film marvel à part être jouissif? Au vu des croûtes que sont devenus les films marvels, pour ma part j l'ai trouvé certes marrant mais aussi bien politiquement incorrect comme le comic.
    Loin devant les tribulations de Robert Downey junior dans les Iron Man et autres avengers qui ne tiennent plus que par leur côté fanservice
    2
    Mardi 16 Février 2016 à 13:40

    Très d'accord pour Iron Man (même si j'ai beaucoup aimé l'audace narrative du 3ème de Shane Black, très eighties) et le reste mais le fait que le personnage de Deadpool soit fidèle au comics (mais pas encore assez fou, faut l'avouer) ne masque pas que la trame en arrière est d'une affligeante banalité du genre "Alors c'est comme ça que je suis devenu Deadpool puis on a enlevé ma copine que je vais sauver même si je suis pas un super-héros mais que, en fait, je reproduis toutes les étapes du super-héros".
    C'est ça ma déception, quand bien même le film m'a bien fait marrer.

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