• [Critique] Démolition

    [Critique] Démolition

     Dernier film en date du canadien Jean-Marc Vallée, Démolition arrive après la déception Wild, pâle copie féminine d'Into The Wild de Sean Penn. Véritablement révélé à l'international avec son Dallas Buyers Club, le réalisateur revient avec un sujet prometteur (un deuil qui n'en serait pas un) et un Jake Gyllenhaal un peu sous-utilisé depuis l'excellent Night Call
    Démolition, comme son nom l'indique, parle de destruction. Destruction d'une vie tout d'abord, celle de Davis Mitchell, homme de la finance qui avait tout pour être heureux jusqu'au jour où un accident tragique lui enlève sa femme, Julia. Destruction d'un couple, ensuite, puisque Davis n’éprouve rien quand à la mort de son épouse. Comme si leur histoire n'avait été qu'une farce tragique. En rencontrant Karen Moreno, employée d'un service client de distributeurs automatiques, Davis va finir petit à petit par trouver ce qui va de travers dans son existence. En prenant le contre-pied de l'habituel film de deuil où les personnages passent leur temps à se lamenter et pleurer, Jean-Marc Vallée prend un risque calculé....

    ...Mais pas forcément judicieux. Démolition est un film bancal. Très bancal même. Car il se partage en deux axes de lecture pour le spectateur. Le premier sera celui de Davis Mitchell, brillamment incarné à l'écran par un Jake Gyllenhaal véritablement poignant et touchant qui trouve en ce personnage un rôle à sa hauteur. Jean-marc Vallée fait dans l'original en brouillant les pistes. Tout se passe comme si Davis n'était pas affecté par la mort de sa femme, comme s'il n'avait aucun respect pour elle. Davis tente de se convaincre qu'il n'aimait pas sa compagne et l'autodérision qui s'ensuit à l'écran a de quoi tirer quelques explosions de rire au public (le passage du répondeur par exemple). Sauf que de façon insidieuse, grâce à des flash-back silencieux et poétiques, Jean-Marc Vallée explore la peine refoulée de son héros, nous explique sans mot que malgré tout, Davis est rongé par le chagrin. Mais son chagrin à lui, incompréhensible par les autres, par les conventions ou la famille. Un deuil pathologique en quelque sorte finissant par trouver un écho certain dans le personnage de Karen Moreno.

    Et c'est ici qu'arrive le second axe de lecture, bien moins maîtrisé et, pour tout dire, totalement foiré, de Démolition. Jean-Marc Vallée ajoute l'histoire de la famille décomposée de Karen Moreno et de son fils, Chris, comme un cheveu sur la soupe. Si au début les choses apparaissent comme tout à fait en adéquation avec le reste, tant cette histoire d'amour n'en est en réalité pas une, on sent que Jean-Marc Vallée ne sait plus quoi faire de cet arc ni de ces personnages, délaissant quasiment totalement Karen au profit de Chris et de son mal-être d'ado qui se cherche pour introduire un message improbable sur l'homosexualité et la tolérance... qui n'a rigoureusement aucun rapport avec le récit principal. Du coup, Démolition se casse un peu la figure dans sa deuxième partie, et ce malgré la complicité réjouissante qui se tisse entre Davis et Chris. Au lieu de continuer à appliquer le principe de la déconstruction et du stratagème de la table rase à Davis, Vallée se perd et enlève une partie de la puissance émotionnelle de la première moitié du récit. Certes, on la retrouve par instants fugaces dès que Davis se retrouve seul avec lui-même ou face à l'incompréhension de sa belle-famille, mais la tournure de ce chagrin aurait tellement été plus convaincante sans les interférences de la famille Moreno. 

    La chose s'avère d'autant plus dommageable que le film a beaucoup de qualités à faire valoir. Outre le jeu de Gyllenhaal et son personnage vraiment réussi, Jean-Marc Vallée a une réalisation soignée, dynamique et parfois poétique, qui donne une chaleur inattendue à un propos d'apparence peu commode. L'utilisation de la musique et d'une BO franchement inspirée n'y est pas pour rien d'ailleurs. Seulement voilà, la montagne accouche d'une souris. Jean-Marc Vallée n'arrive pas à terminer son film de façon aussi simple qu'il avait réussi à nous évoquer le chagrin voilé de Davis. L'épilogue arrive comme une fausse note, avec un arrière-goût de "tout ça pour ça" qui laisse une amertume désagréable dans la bouche du spectateur. Parfois, les meilleures choses sont les plus simples, un adage qu'aurait du se rappeler le canadien lors de sa tentative ratée de complexifier abusivement son métrage. 

    Démolition vaut bien mieux que le fade Wild, mais ne retrouve pas la force d'un Dallas Buyers Club ni son homogénéité thématique et émotionnelle. On reste donc mi-figue mi-raisin devant le deuil poignant de Davis en se demandant encore ce qu'aurait pu donné le film en allant à l'essentiel.
    Un rendez-vous manqué en somme.

    Note : 6/10

    Meilleure scène : Davis qui détruit sa maison

     

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