• [Critique] Free Fire

    [Critique] Free Fire

     Si vous ne connaissez pas encore Ben Wheatley, réalisateur britannique atypique s'il en est, Free Fire risque de vous surprendre un tantinet.
    Film d'action saupoudré d'une bonne dose d'humour noir filmé en huit-clos complet, le long-métrage de l'anglais utilise un scénario timbre-poste pour coincer le spectateur dans un improbable affrontement entre gangsters. Des membres de l'IRA (organisation terroriste d'Irlande du Nord) rencontrent des vendeurs d'armes dans un hangar désaffecté de Boston. Alors que les tensions surgissent entre les deux groupes, l'antagonisme entre deux des hommes présents va finir par faire exploser le tout. On connaît la propension de Ben Wheatley pour aller là où on ne l'attend pas. On se souvient notamment de Kill List, film dingue et ultra-violent, ou de Touristes où le gore se mêlait à un humour (très) noir. Après un détour par un cinéma expérimental en diable avec l'adaptation de High-Rise de Ballard, il change une nouvelle fois totalement de voie avec ce Free Fire

    Tarantino n'est pas mort. Si vous avez été (comme beaucoup) amèrement déçus par les Huit Salopards, réjouissez-vous Wheatley a décidé de prendre le relais. Un hangar isolé, des gangsters, un huit-clos, des dialogues savoureux...Free Fire est une version revue et corrigée du Reservoir Dogs de 1992. Son scénario minimaliste cache en réalité une galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres. Film au casting all-stars, Free Fire invite Cilian Murphy, Brie Larson ou encore Sharlto Copley dans une ambiance qui fleure bon les années 80. L'acteur sud-africain que l'on avait tant apprécié pour son rôle dans District 9 revient ici dans l'habit d'un vendeur d'armes ridicule au possible avec un accent franchement exagéré mais hilarant. En face, Cilian Murphy et Armie Hammer composent des meneurs d'hommes aussi efficaces que dépassés par une situation qui échappe à tout contrôle. Soyons clairs, Free Fire est un joyeux bordel où les balles fusent. Après une introduction courte et efficace, le spectateur est plongé au cœur d'un imbroglio monumental. Tout le monde dégaine, tire, se fait toucher, crie.

    Mais dans ce foutoir absolu, Wheatley arrive toujours à coller à ses personnages, à ne pas perdre son public entre les positions des uns et des autres. Mieux, il arrive à incarner chacun avec une efficacité qui force le respect. Non seulement le gunfight s'avère parfaitement filmé, dynamique et précis, mais il fourmille d'idées scénaristiques pour relancer l’intérêt. Qu'il s'agisse de l'arrivée impromptue de nouveaux belligérants ou d'une simple sonnerie de téléphone, Wheatley utilise toutes les possibilités qu'il trouve. Surtout, au milieu, l'anglais se marre. Si tout le monde se tire dessus dans Free Fire, c'est avec un mauvais esprit réjouissant qui rappelle les meilleurs gunfights du cinéma de Tarantino. C'est drôle, caustique, sale gosse, bref, c'est tout sauf dramatique. Et ça fait du bien. Le second degré constant de l'intrigue ainsi que la folie destructrice qui s'empare des personnages, les menant à des extrémités d'une violence incroyable, fait sourire le spectateur. Il faut voir Copley se traîner en armure de carton et se prendre une machine à écrire pour comprendre que tout ce beau monde s'amuse comme pas possible.

    Au-delà de son humour constant, Wheatley continue à explorer un thème qu'il affectionne depuis le début de sa carrière : l'irruption d'une violence extrême et absurde dans des situations banales. Remplacez les campeurs de Touristes ou les riches de High-Rise par ces deux gangs de fous furieux, et vous constatez directement des ressemblances évidentes. Si le scénario semble tenir sur un timbre-poste, c'est aussi parce qu'il synthétise très abruptement ce qui cloche dans la société humaine. Mettez des armes, un bon paquet de pognon et de l'ego en veux-tu en voila, et vous avez une bonne synthèse du mode de fonctionnement de notre chère espèce. Pour pousser la blague encore plus loin, Wheatley profite du personnage de Brie Larson, unique femme du lot, pour livrer un pied de nez succulent à cette société masculine stupide. De bout en bout, Free Fire est un délice d'ironie mordante.

     Petit plaisir Tarantinesque, Free Fire est peut-être le film le plus accessible de Ben Wheatley. Fun, drôle et inattendu, le long-métrage rassemble une équipe de choc le temps d'un huit-clos méchamment réjouissant.
    Une belle réussite.

     

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) :  Quand tout dérape...

    Critique de High-Rise de Ben Wheatley

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