• [Critique] Interstellar

    [Critique] Interstellar

    Rage, Rage against the Dying of the light


    Il faut enrager, enrager encore et encore devant le manque de science-fiction spatiale à l'heure actuelle dans le cinéma. D'aucuns répondront que c'est vite oublier Elysium ou Gravity. Pourtant, le premier était une pâle déception outrageusement cliché, et le second, bien que formidable, n'avait en réalité pas grande chose de science-fictif. Sans compter qu'il n'était pas vraiment question de grande épopée spatiale, mais plutôt orbitale. 
    Alors oui, il faut enrager devant ce clair manque d'audace. Le public actuel n'a pourtant pas forcément envie de renoncer à rêver dans les étoiles. Rêver à une conquête que l'on a malheureusement trop vite abandonnée.
    Pour notre plus grand bonheur, Christopher Nolan, le génial papa d'Inception ou de la trilogie Batman, a décidé de s'atteler à ce manque incompréhensible avec son nouveau bébé, Interstellar. Il a eu également la bonne idée de préserver jusqu'au bout le suspense sur la teneur de son épopée par autant de bandes-annonces mystérieuses. Là où les critiques s'attendaient déjà à une vaine tentative de mordre le terrain de l'intouchable 2001 de Kubrick, Nolan et son frangin, Jonathan, décident de faire leur truc à eux, leur voyage au-delà des galaxies.

    Car notre vieille Terre se meurt, battue par les vents et la poussière. La faim s'installe, les récoltes se flétrissent. L'humanité, pour ce qu'il en reste, ne fait que s'accrocher avec un désespoir croissant à son berceau originel. Joseph Cooper, ancien pilote et ingénieur, est devenu agriculteur par la force des choses. Mais il refuse, encore et toujours, de transmettre le désespoir à ses deux enfants et notamment sa petite fille, Murphy. Par d'étranges coïncidences, il se retrouve mêlé à un projet de la dernière chance lancé par une NASA à bout de souffle. Cooper doit alors choisir entre tenter de sauver son espèce et rester avec sa fille. Il n’est en effet plus possible de sauver la Terre, il faut trouver un moyen de la quitter. Et ce moyen passe par les étoiles.

    Qu'est-ce qu'il est agaçant de lire, de-ci de-là, des critiques comparant Interstellar à 2001 ! Mais pourquoi au juste ?
    On se le demande en vérité, comme si, depuis le chef d'oeuvre de Kubrick, plus personne ne pouvait faire de film d'exploration spatiale et de questionnement sur l'humanité sans se trouver foudroyé de termes bien peu flatteurs. Ce qu'il faut dire, c'est que, n'en déplaise à une certaine critique, Interstellar tente. Il tente des dizaines et des dizaines de choses. Interstellar ressuscite le film de Science-fiction ambitieux et plein de fougue, plein d'imagination. Pas que toutes les inventions soi-disant "scientifiques" soient vraies. Non. Nous ne sommes pas ici dans de la Hard Science. Mais dans de la SF humaine et intersidérale. Des termes plutôt contradictoires de prime abord. Mais que Nolan emboîte avec un talent effrayant.

    Disons-le tout de suite : non, Interstellar n'est pas un chef-d'oeuvre. Il compte son lot d'imperfections - le pan de l'histoire avec Tom, inutile, ou encore la partie sur la planète de Mann, trop longue et prévisible - mais il n'en reste pas moins qu'Interstellar est un très grand film qui mérite bien des louanges. Depuis combien de temps n'avez-vous pas vu un film de science-fiction vraiment ambitieux ? Longtemps en effet. Nolan met fin à cette période de vache maigre. Trou noir, Singularité, trou de ver, relativité, IA, vaisseau spatial, navette, chambre d'hibernation, monde-anneau... On trouve tout cela et bien plus dans Interstellar. Non content de proposer une vraie expédition aux confins de l'univers et d'éblouir son monde avec des images d'une beauté indescriptible, Nolan imagine encore et toujours, il explore, un peu à tâtons parfois, l'univers. Au-delà de cette épopée spatiale, le long-métrage propose une vraie belle tentative scénaristique autour du temps. L'américain a une énorme ambition avec l'intrigue enchevêtrée qu'il bâtit, et même si elle se trouve parfois tortueuse, le résultat final, lui, force carrément le respect.

    Parce que Nolan comprend que son voyage intersidéral n'a pas grand sens sans l'homme. Alors il prend une relation forte - père/fille - pour en faire le point d'achoppement de l'intrigue. Casse-gueule certes, mais audacieux et brillant. Il arrive à dépasser le simple refrain traditionnel du père héroïque pour amener le spectateur face au regret. Le regret d'un père d'abandonner sa fille et qui cherche, avec le désespoir le plus rageant, à réparer ses fautes. Qu'il faille sauter dans un trou de ver ou explorer d'autres planètes pour cela, peu importe. Le duo de personnages Joseph-Murphy est splendide, tellement intense. Ce choix de mettre finalement l'humain au centre d'un film de pure science-fiction, Nolan le tente et divise à coup sûr. Certains y verront du mélo parfois larmoyant, d'autres un film poignant d'une vérité rare sur ce qui unit un père à son enfant. Croyez-le ou non, Nolan tente encore plus fort, plus casse-gueule, il tente d'ériger l'amour comme une nouvelle dimension, un nouveau paramètre tangible. On ne sait guère s'il arrive à faire avaler ce Deus ex machina par la seule force de son talent et peu importe que son pari soit extrêmement risqué, cela faisait une éternité que de telles marques d'audace n'avaient pas été portées à l'écran.

    Un écran qui va vous couper le souffle grâce au maniement sans faille que fait Nolan de sa caméra. En bon chef d'orchestre, il multiplie les plans improbables et tordus. Il accélère, puis s'attarde. Il nous submerge puis nous glace. Et son intensité dramatique, portée par une partition encore une fois parfaite d'Hans Zimmer, nous emporte définitivement. On ne compte même plus les fulgurances qui jalonnent le récit. Certaines épiques en diable - l'arrivée dans le trou de ver, l'échappée de la vague ou le raccordement impossible - d'autres, intimistes à saigner le cœur - la consultation de Cooper des messages stockés depuis 23 ans, un vrai beau et grand moment de cinéma. Pourtant, le film n'est rigoureusement rien sans ses acteurs. Sans son Anne Hathaway ou son Michael Caine. Sans sa touchante Jessica Chastain, décidément géniale. Sans même son robot au design fascinant mais surtout à la personnalité truculente.
    Et sans un homme : Matthew McConaughey. Il nous avait scotché avec son rôle de cowboy sidéen dans Dallas Buyers Club, il nous avait mis par terre en Rust dans True Detective. Sachez qu'il nous coupe le souffle pendant près de 2 h 50. Il vole la vedette à tout le monde, il happe les étoiles, il est simplement et purement e-x-t-r-a-o-r-d-i-n-a-i-r-e. C'est lui qui donne à peu près 50% de l'intensité du long-métrage de Nolan.

    En se questionnant sur l'homme, Nolan oscille constamment. Entre un pessimisme écrasant lors des scènes sur Terre avec une population humaine mourante et qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, et un optimisme qui semble presque décalé dans une époque où les films ne nous présentent plus qu'une fin du monde inévitable. Lui se prend à vouloir nous faire rêver, envers et contre tout. Là où certains dans le métrage sont présentés comme les meilleurs des hommes qui soient en tentant de sauver toute l'humanité - le Dr Mann - d'autres se sacrifient pour leur simple amour égoïste. C'est toute la subtilité que met Nolan dans son Interstellar, un film loin d'être parfait mais qui, en échouant à certains égards, vaut à peu près plus que les plus brillantes réussites que l'on nous a vendues jusqu'ici. C'est ça, vraiment, la marque des grands.

    Voyage époustouflant, épopée d'une intensité impossible, Interstellar va diviser par ses choix de science-fiction tortueuse et qui se concentre sur des valeurs que l'on attendait pas forcément. Le film de Nolan comporte pourtant dans ses défauts plus de force que la somme de ses qualités. C'est cette audace qui établit Interstellar comme une magnifique et brillante histoire science-fictive... et humaine avant tout.
    Vous n'entrerez pas docilement dans cette douce nuit !
    Hurlez, hurlez.
    Et levez-les yeux, puisque nous l'avons oublié...

    Note : 9.5/10

    Meilleure réplique : Les parents sont le souvenir de leurs enfants

    Meilleures scènes :
    - Le départ en voiture pour l'expédition
    - L'arrivée dans le trou de ver
    - Le passage sur la première planète
    - L'arrimage de la dernière chance
    - L'entrée dans le trou noir
    - La découverte de la singularité 
    - La dernière rencontre entre un père et sa fille




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  • Commentaires

    1
    Vendredi 13 Février 2015 à 15:07

    Alors d'accord de partout avec toi, mais je rectifierais le "loin d'être parfait" en "pas tout à fait parfait" :)

    2
    Dimanche 15 Février 2015 à 21:53

    Si c'est la seule divergence, je te l'accorde volontiers !

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