• [Critique] Invisible Planets : Collected Fiction

    [Critique] Invisible Planets : Collected Fiction

    Sommaire :

    Deus Ex Homine
    The Server and the Dragon 
    Tyche and the Ants
    The Haunting of Apollo A7LB
    His Master's Voice
    Elegy for a Young Elk 
    The Jugaad Cathedral 
    Fisher of Men 
    Invisible Planets 
    Ghost Dogs 
    The Viper Blanket 
    Paris, in Love 
    Topsight 
    The Oldest Game 
    Shibuya no Love 
    Satan's Typist 
    Skywalker of Earth
    Neurofiction: Introduction to "Snow White 
    Is Dead"
    Snow White Is Dead 
    Introduction to "Unused Tomorrows and Other Stories"
    Unused Tomorrows and Other Stories 


     En France, la publication de recueil de nouvelles (et même de nouvelles en général) est devenue chose rare. Si l'on excepte Le Bélial, très peu d'éditeurs se risquent à publier des recueil traduits à l'heure actuelle. Il en résulte un vide assez sidérant en terme de textes traduits dans ce format. Un vide que tente de combler des revues comme Galaxies, Bifrost, ou encore l'excellente revue numérique Angle Mort. Cela n'est, évidemment, pas suffisant. Aujourd'hui, nous allons nous pencher sur un auteur Finlandais : Hannu Rajaniemi. A l'exception d'une poignée de personnes, l'écrivain reste peu connu sous nos latitudes. Seul Bragelonne s'est fendu par le passé d'une traduction en français avec son roman Le Voleur quantique (dont on attend la suite dans l'Hexagone...). Côté nouvelles, il n'existe qu'un texte traduit du finlandais : His Master's Voice (La Voix de son Maître) dans la revue numérique Angle Mort N°4. Le présent recueil contient pas moins de dix-huit nouvelles et quelques micro-fictions issues de Twitter. Réédité cette année par Gollancz, Invisible Planets : Collected Fiction constitue une excellente porte d'entrée sur le monde ébouriffant d'Hannu Rajaniemi

    Cet ouvrage de 242 pages peut se subdiviser en deux catégories : les récits de science-fiction et ceux, moins nombreux, de fantasy/fantastique. Rajaniemi aime triturer les fables/contes pour en faire ressortir des histoires souvent cruelles flirtant avec l'horreur. C'est la cas par exemple de The Viper Blanket, où Markku raconte l'inquiétante vie après la mort menée par sa famille et dont les vivants doivent assurer la pérennité. Ce texte résume assez bien les éléments qui habitent les récits fantastique de l'écrivain. On y retrouve des légendes issues du folklore finlandais ainsi qu'une action se déroulant dans les étendues nordiques. Hannu aime retranscrire l'ambiance si particulière des mythes et légendes finlandais donnant de ce fait une saveur exotique à ses écrits fantastiques. On retrouve exactement la même chose dans Fisher of Men où une sirène capture des hommes dans l'attente de retrouver son alliance perdue, ou dans The Oldest Game et son géant des cultures. Ces histoires flirtent tous avec une horreur sourde discrète mais omniprésente. La très courte Satan's Typist en est un parfait exemple et, surtout Ghost Dogs et ses chiens fantômes terrifiants. Cependant, il s'avère tout à fait capable de quitter son pays natal pour jongler avec d'autres destinations comme dans sa courte mais excellente nouvelle Paris, in Love où un touriste finlandais et la ville de Paris tombe, littéralement, amoureux. C'est aussi drôle que surréaliste. Plus généralement, tous les textes d'Hannu, qu'ils soient fantastique ou science-fictifs, sont emprunt d'une certaine mélancolie. Mélancolie d'un monde passé, d'un monde d'avant qui se perd, qu'il s'agisse de vieux contes ou d'univers moins carnassier.

    C'est ici que l'on arrive à la seconde catégorie de nouvelles, celle de science-fiction.
    Et là, Hannu Rajaniemi, mathématicien et physicien, déploie une imagination débridée époustouflante. Pour s'en rendre compte, il faut parler un peu plus avant des nouvelles les plus remarquables du recueil.
    Deux ex Homine et Elegy for a Young Elk prennent place dans le même univers. Elles décrivent toutes deux un monde cyberpunk post-apocalyptique où des IAs ont transformé des personnes (y compris des gamins) en sorte de Dieux destructeurs. Pour contrer la catastrophe, des hommes et femmes ont été changé en véritables anges vengeurs robotiques pour les combattre alors que les villes infectées étaient entourées de pare-feu géants. La peste des dieux a cependant détruit une bonne partie du monde qui reste constamment en lutte. Deux Ex Homine raconte les "retrouvailles" d'un couple victime de cette catastrophe. Aileen fait partie de ces anges robotiques super-puissants qui combattent les dieux-IAs et Jukka, lui, est une ancienne victime de la peste qui a pu être sauvé au prix de la perte totale de sa capacité empathique. Pour y pallier, un symbiote informatique lui traduit les émotions des autres. Elegy for a Young Elk quant à elle nous fait suivre le retour dans une ville perdue de Kosonen. La cité, désormais aux mains d'un enfant contaminé par l'IA, est devenue une chose vivante. Hannu Rajaniemi fait montre d'une imagination proprement stupéfiante et vertigineuse. Le nombre d'idées et concepts contenus dans ces deux textes a de quoi faire pâlir d'envie nombre d'écrivains de science-fiction. Non content d'accoucher d'un monde fascinant tel que celui-ci, il arrive à en tirer une émotion poignante qui tourne autour de la perte et du deuil. Ses personnages ne s'effaçant pas devant la foisonnance de son univers. Une chose assez rare pour être mentionnée.

    Autre nouvelle du même type : His Master's Voice. Ce cousin éloigné de We3 de Grant Morrison nous est narré par un chien super-intelligent qui a décidé, avec son ami chat, de récupérer la tête de son maître punit pour avoir tenté de se dupliquer lui-même dans un monde qui refuse ces pratiques dangereuses. L'histoire, toujours extrêmement inventive, regorge de merveilleuses trouvailles. Elle sous-entend un conflit éthique, verse dans l'onirisme durant les rêves des deux animaux, se fait poétique le temps d'une escapade dans une cité post-humaine...Mais c'est aussi une histoire touchante sur la fidélité et l'amour de deux animaux envers leur maître, leur propre image de Dieu. Hannu Rajaniemi est fasciné par le transhumain et le post-humain, par la singularité et l'hyper-technologie. Mais surtout par ses conséquences sur l'homme et sur son monde. Plutôt critique dans The Jugaad Cathedral (où la société est prisonnière d'une dystopie à la Black Mirror) ou Shibuya No Love (où le principe de l'outil de rencontre est poussé à l'extrême pour notre plus grande horreur), Hannu Rajaniemi ne perd pas non plus sa capacité à rêver. 

    Les nouvelles The Server and the Dragon, Tyche and the Ants et Invisible Planets le prouvent de façon assez magistrale. La première imagine la création d'un univers par le prisme informatique, la seconde mêle fantasy et SF sur la Lune, la dernière...La dernière s'impose comme le chef d'oeuvre du recueil (et lui donne très justement son nom). Dans Invisible Planets, un vaisseau conscient discute avec une partie enfouie de lui-même qu'il lui rappelle par le biais de six descriptions de planètes rencontrées par le passé ce qui fait de lui un vaisseau-ambassadeur. Sur le même schéma que The Bookmaking Habits of Select Species de Ken Liu, Hannu Rajaniemi imagine six planètes et donc six civilisations originales totalement incroyables. La prouesse d'imagination du texte n'a d'égale que sa beauté à la fois picturale mais aussi émotionnelle sur le message de mémoire sous-jacent. Le finlandais sait passer d'un registre à l'autre avec une facilité déconcertante. Une chose que l'on retrouve dans son dernier texte, Skywalker of Earth, qui sent bon la SF old school et qui réjouit à la fois par les trouvailles d'un Hannu Rajaniemi qui se fait clairement plaisir mais aussi par un hommage touchant envers un certain âge d'or de la SF. Reste à dire un mot sur la neurofiction Snow White is Dead qui n'aura forcément pas le même impact que dans sa forme originale mais qui revoit et corrige Blanche-Neige de façon délicieuse. La neurofiction, elle, semble un concept tout à fait passionnant puisqu'il s'agit de faire lire à quelqu'un un texte avec un EEG sur le crâne et de relever ses réactions à la fois vis-à-vis du texte qu'il lit et des images projetées pour choisir les parties suivantes de la nouvelle. Une sorte de livre dont on est le héros dont le choix serait plus ou moins subconscient. Pour clôturer l'ouvrage, Rajaniemi offre des micro-fictions issus de Twitter à la force évocatrice étonnamment forte. Un dernier petit plaisir pour la route en somme.

     SI la partie fantastique du recueil s'avère plus conventionnelle malgré son folklore finlandais dépaysant, c'est bien les textes science-fictifs d'Invisible Planets : Collected Fiction qui constitue la principale attraction de l'ouvrage. Hannu Rajaniemi est un auteur débordant d'inventivité, un créateur de mondes stupéfiant et, pour ne rien gâcher, un écrivain sensible qui n'oublie jamais l'humanité de ses personnages. Une excellente découverte.

    Note : 9/10


    Classement des nouvelles :

    5/5

    Invisible Planets
    Deus Ex Homine
    Elegy for a Young Elk 
    His Master's Voice
    Shibuya no Love
    Tyche and the Ants

    4/5

    The Server and the Dragon
    The Jugaad Cathedral 
    The Viper Blanket 
    Snow White Is Dead 
    Skywalker of Earth

    3/5

    Ghost Dogs 
    Paris, in Love
    The Haunting of Apollo A7LB
    Fisher of Men
    Satan's Typist 
    The Oldest Game


    2/5 

    Topsight

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