• [Critique] It comes at night

    [Critique] It comes at night

     Premier long-métrage de l'américain Trey Edward Shults, It comes at night arrive en France porté par un buzz plutôt favorable. Il pose cependant un problème de premier ordre quand à sa catégorisation. Vendu comme un film d'horreur, le film s'avère en réalité bien plus complexe que cela à appréhender. Après avoir reçu d'élogieuses critiques outre-Atlantique et dans plusieurs festivals, It comes at night a été plus sévèrement (et injustement) jugé dans l'Hexagone. Avant d'expliquer pourquoi le film ne rentre pas dans une case bien précise, revenons sur le postulat même de l'histoire.

    Une petite famille composée de Paul (le père), Travis (l'adolescent) et Sarah (la mère) est contrainte d'euthanasier Bud, le grand père, contaminé par une maladie étrange et, semble-t-il, hautement contagieuse. Encore sous le choc de cette mort, et malgré leur isolement au cœur de la forêt, un intrus pénètre dans la maison familial avant de se faire capturer par Paul. Après avoir vérifié que celui-ci n'était pas contaminé, il accepte d'aller chercher la famille de Will pour vivre tous ensemble dans le but de mettre en commun les réserves d'eau et de nourriture. Pourtant, Paul a toujours bien du mal à croire en la sincérité de Will et se méfie encore des intentions qu'il nourrit réellement.

    It comes at night a ceci de particulier qu'il mélange quasiment à part égales trois genres : l'horreur, le thriller psychologique et le post-apocalyptique. Le cinéaste américain jette le spectateur sans aucun égard dans un monde cruel et malade avec la mort de Bud. Pas le temps de prendre ses marques que l'on comprend déjà que l'humanité vient d'être fauchée par une maladie terrible ayant forcé cette famille à trouver refuge dans les bois. Nous sommes donc immédiatement dans le cadre et le questionnement d'un film de science-fiction versant post-apocalyptique. Seulement Trey Edward Shults brouille les pistes en mélangeant une horreur sourde entrecoupée de cauchemars écœurants. Cette horreur se love toute entière dans la tête de Travis, l'adolescent. Le film tire en réalité son nom de ces cauchemars que fait Travis la nuit. Le reste n'est que pure suggestion. Dans It comes at night, le spectateur est souvent laissé à son imagination (la séquence de poursuite du chien dans les bois), ce qui constitue une excellente idée car, comme chacun le sait, la pire horreur se terre à l'orée de notre conscience. Cependant, cette horreur, aussi efficace et sublimement représentée soit-elle, semble anecdotique. Ironique en fait. Puisque le thriller psychologique qui se tisse au sein de cette maison avec la paranoïa latente entre les deux cellules familiales vient surpasser l'horreur viscérale des cauchemars de Travis.

    C'est là en réalité qu'Edward Shults plonge tête la première. Au cours d'un dialogue entre les parents de Travis et l'adolescent, l'un d'eux lâche au détour d'une phrase : "Tu n'imagines pas ce que le désespoir pousse les gens à faire."
    Voilà, la vraie horreur psychologique qui sous-tend It comes at night. Le réalisateur se sert de l'horreur imaginée par les personnages pour montrer comment la paranoïa s'installe et, pire, comment un être humain qui semble tout à fait raisonnable peut devenir un monstre par souci de protéger les siens. A cet égard, il faut aussi préciser que le long-métrage est délicieusement ambiguë. Rien n'affirme que la situation post-apocalyptique soit celle imaginée par les personnages. A aucun moment on n'explore autre chose que de la forêt et, excepté Bud au début, il n'y a pas de trace évidente de contagion ailleurs. Le récit joue de cette peur moderne de la contagion qui est exploitée dans de nombreuses autres œuvres mais en s'intéressant cette fois aux conséquences purement psychologiques du simple fait de savoir qu'une contamination est possible. En réalité, rien n'affirme que l'horreur imaginaire qui règne dans l'esprit de Travis soit plus réelle que celle du dehors. Ou du moins, on peut le croire longtemps puisque l'américain prend un malin plaisir à entretenir l’ambiguïté jusqu'au bout du bout.

    L'autre force indéniable du film, c'est le talent évident du jeune cinéaste pour mettre en scène un film tendu et d'une noirceur de tous les instants. La sobriété de ses effets mêlés à des plans acérés (comme le travelling avant sur Travis dos à la caméra dans le grenier) donne au métrage un aspect dépouillé salutaire. Cela lui permet de développer une atmosphère angoissante, quasiment asphyxiante, sans aucun besoin d'effet gore. En y ajoutant une bande son discrète mais ultra-efficace, on obtient une ambiance quelque part entre It Follows et The VVitch. Avec ce dernier, It comes at night partage une rudesse et un parti-pris jusqu'au-boutiste qui étonne (en bien). Trey Edward Shults ne décolle jamais de son objectif principal et dissèque avec patience les rapports humains qui se tissent. La méfiance s'immisce lentement entre les personnages et le spectateur pour finir par imploser logiquement dans un final cruel qui semble inévitable. Pour cela, Joel Edgerton et surtout le jeune Kelvin Harrison Jr. se révèlent parfaits pour provoquer autant l'empathie du spectateur que sa méfiance. Le tout jusqu'à une scène de fin aussi abrupte que radicale qui conclut avec audace un film qui n'en manque pas.

     Pour un premier film, It comes at night se révèle un objet filmique éminemment intéressant. Refusant tout net de rentrer dans une case précise mais tenant à tout prix à se focaliser sur les extrémités auxquelles peuvent en venir les hommes, le long-métrage de Trey Edward Shults fait souvent froid dans le dos. L'exemple typique que l'horreur se marrie à merveille avec d'autres registres et que la chose la plus terrifiante n'est parfois pas celle que l'on croit.

    Note : 8.5/10

    Meilleure(s) scène(s) : La confrontation entre Will et Paul.

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