• [Critique] Jupiter Ascending

    [Critique] Jupiter Ascending

    Les Wachowskis représentent une curiosité à Hollywood. Capable du pire (Les suites Matrix) comme du meilleur (Cloud Atlas), Lana et Andy mettent pourtant un point d'honneur à explorer des univers improbables et riches. On peut bien évidemment longuement débattre de la qualité générale de leur filmographie, mais il faut bien reconnaître qu'ils essayaient jusqu'ici d'utiliser le registre du blockbuster pour livrer quelque chose d'unique à chaque fois (il n'y a qu'à voir le délire coloré de Speed Racer). Après avoir porté à l'écran Cartographie des Nuages de Mitchell, un livre réputé inadaptable, les deux compères repartent vers la science-fiction pure et dure avec Jupiter Ascending (traduit pour nous autres pauvres français par Jupiter : Le destin de l'univers, ben voyons). Embarquant Mila Kunis, Sean Bean ou encore Eddie Redmayne dans leur voyage, les géniteurs de Matrix peuvent-ils encore réussir un nouveau coup d'éclat ?

    Jupiter n'a rien de vraiment extraordinaire. Elle vit encore dans sa famille, travaille comme femme de chambre pour de grands hôtels du centre-ville et passe une bonne partie de son temps à récurer les toilettes. Pas de quoi faire fantasmer. Jusqu'au jour où elle se retrouve prise au cœur d'un imbroglio intergalactique. Rien de moins. Trahie par son empreinte génétique unique, la jeune femme est pourchassée par Balem, le seigneur possédant la Terre et qui compte bien rentabiliser cet investissement avant que l'héritage de Jupiter ne l'en empêche. Heureusement pour elle, elle pourra compter sur l'aide de Caine, un mercenaire hybride, et sur Stinger, un retraité aux capacités hors-normes. Dans le jeu du chat et de la souris qui s'installe, Jupiter pourra-t-elle sauver la Terre d'un funeste destin ?
    Car la moisson est proche et elle seule peut l'arrêter...

    Un casting alléchant, un budget confortable, un univers immense...Jupiter Ascending part avec toutes les cartes en mains pour nous séduire. Immédiatement, les Wachowskis révèlent qu'ils ont bien l'intention d'aller jusqu'au bout de leur postulat de départ et d'installer tout un background de space-opéra. Familles marchandes à la Dune, profusion de races à la Star Wars, tout dans le long-métrage annonce la volonté des créateurs de Matrix de bâtir un univers faisant fi du kitsch et du vraisemblable. On trouve des sortes de soldats-dragons, des mercenaires hybrides ou encore de petits extra-terrestres type Roswell, il n'y a pas à dire, de ce côté on entre encore une fois dans un délire bien particulier mais tout à fait rafraîchissant. On sent le potentiel de l'univers quasi-immédiatement. Potentiel d'autant plus grand que les Wachowskis n'ont rien perdu de leurs aptitudes pour filmer scènes d'actions et autres passages grandiloquents (l'arrivée sur le berceau de l'humanité par exemple, ou la cérémonie du mariage). Bref, Jupiter Ascending aurait pu être un bon moment. 

    Sauf que ce n'est pas le cas. Malgré toute la sympathie que l'on peut éprouver pour l'entreprise des Wachowskis de pondre un film-univers (comme Riddick s'y était cassé les dents avec ses Chroniques), Jupiter Ascending se loupe sur tout le reste. A commencer par son histoire, perclue de clichés. On ne sait pas trop si les Wachowskis ont voulu rendre hommage aux Disney ou bien les plagier purement et simplement, mais le résultat reste le même à l'arrivée. Personnages clichés tout droit sortis d'un conte pour enfant - la princesse qui s'ignore, le méchant souverain, le soldat au grand cœur - et récit cousu de fil blanc (Caine et Jupiter vont tomber amoureux ! Incroyable. Le méchant va perdre ! Re-incroyable !) ne permettent à aucun moment au long-métrage de sortir la tête de l'eau. Là où les cinéastes nous avaient habitué à réutiliser au mieux des archétypes existants, cette fois, ils se plantent...et magistralement. Tout semble vu et revu, le côté émotionnel passe à la trappe tant les acteurs semblent peu concernés (à l'exception notable de Channing Tatum, le seul à s'en tirer avec les honneurs). Le château de cartes s'écroule.

    L'effondrement est d'autant plus brutal que plus le film avance et plus il s'enfonce dans la caricature et le cliché avec des scènes d'un ridicule consommé. A bien y regarder, on arrive même à rapprocher l'histoire de Caine et Jupiter de Bella et Edward. Le drame intégral en somme. Bien sûr il reste quelques scènes excellentes, sauvées principalement par l'esthétique incroyable du métrage, mais c'est tout juste si elles relèvent le niveau. Les Wachowskis jouent comme à leur habitude sur leurs thèmes récurrents tels que la réincarnation ou la rébellion contre le système mais cette fois leurs comparaisons grossières n'emportent guère l'adhésion. Le pire restant leur méchant, totalement baclé mais surtout incroyablement mal dirigé. Eddie Redmayne, oscarisé dans le récent Une merveilleuse histoire du temps, compose un Balem embarassant de ridicule. L'acteur tourne en roue libre, surjoue la moindre de ses répliques et adopte une voix improbable que l'on aurait jamais imaginé possible, cela même pour un méchant de blockbuster. Parce que le drame se joue là, cette fois. Andy et Lana n'ont pas réussi à utiliser le registre du blockbuster hollywoodien pour retranscrire un monde différent et singulier, ils se sont fait bouffé par le système. Ce qui aurait du être un film original et grandiose n'est en fait qu'une pâle copie de l'oeuvre passée des Wachos allié à la subtilité du métrage pré-fabriqué à l'Hollywoodienne. Une catastrophe en somme.

    On n'en dira pas beaucoup plus sur Jupiter Ascending. Même s'il tente un certain nombre de choses (le passage dans l'administration tentaculaire aurait pu donner quelque chose de tellement meilleur), le long-métrage s'essouffle rapidement. Sans surprise, mal interprété et rongé par les clichés en tous genres, le dernier film de Andy et Lana Wachowski a tout du pétard mouillé. Une énorme déception pour deux cinéastes que l'on espère retrouver en bien meilleure forme pour leur prochaine tentative ( et avec un budget plus modeste surtout !)

    Note : 4/10

    Meilleur réplique : "J'adore les chiens."

    Meilleure scène : La bataille entre vaisseaux dans la ville

     

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 15 Mars 2015 à 20:51
    Anudar

    On est tout à fait d'accord. Ce film est tout juste mauvais, ce qui est d'autant plus rageant que les Wachowski auraient été capables de faire beaucoup mieux, quand on pense à leur "Cloud Atlas".

    2
    Lundi 16 Mars 2015 à 03:28
    Blop

    Il est indiscutablement mauvais, et comme tout nanar suffisamment kitsch, je l'ai adoré. On n'est pas à une contradiction près, hein...

    3
    Lundi 16 Mars 2015 à 14:11

    Mais le côté kitsch de son univers et le foisonnement de ses races sont certainement les seuls éléments qui m'ont permis de tenir durant toute la durée. 
    Le reste euh...

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