• [Critique] L'Armée des morts

    [Critique] L'Armée des morts

    Dans le début des années 2000, deux phénomènes se télescopent. D'un côté, on assiste à une vague de remakes plus ou moins réussis de classiques de l'horreur (Massacre à la tronçonneuse en 2003, La Colline a des yeux en 2006, Fog en 2005, etc.), de l'autre, le genre zombie, qui semblait tomber un peu aux oubliettes, retrouve une seconde jeunesse avec le 28 Jours plus tard de Danny Boyle, ou The Walking Dead de Robert Kirkman, en comics. Il était donc presque naturel de voir débarquer un remake d'un film de morts-vivants culte, à savoir le Zombie de George A.Romero. Comme lors de sa sortie en 1978, il semble qu'il soit impossible de traduire correctement le titre de ce long-métrage. Renommé cette fois L'Armée des morts (normal), le remake est réalisé par un petit nouveau, un homme issu du milieu de la pub : l'américain Zack Snyder. A sa sortie, le film provoque à la fois un tollé et une vague de critiques enthousiastes. Véritable succès public qui propulse Snyder sur le devant de la scène, L'Armée des morts reste aussi à sa façon une date dans le genre zombie. Explications.

    Zack Snyder semble conscient de s'attaquer à un mythe. A l'instar de Marcus Nispel sur Massacre à la tronçonneuse ou Alexandre Aja sur La Colline a des yeux, le bonhomme sait pertinemment qu'il n'a aucune chance de surpasser le fond politico-social de l'original. Dès lors, Snyder se limite à une vague critique de la peur de l'autre à travers les différentes vagues de survivants. Pas de quoi impressionner qui que ce soit. De toute façon, quel peut-être le véritable intérêt d'un remake s'il s'agit d'un simple copier-coller ? A l'instar de ce qu'avait commencé à faire Savini dans sa version de La Nuit des morts-vivants, Snyder va s'affranchir de l'original et le repenser totalement. Il va façonner un véritable film apocalyptique où la menace zombie s'avère cette fois crédible, à la façon d'un 28 Jours plus tard. Ainsi, les zombies de L'Armée des morts se révèlent les proches parents des infectés de Boyle. Hyper-agressifs, nerveux, sprintant au besoin et franchement terrifiants, les morts-vivants de Snyder rendent l'apocalypse possible. C'était en effet un des plus gros points faibles de l'univers de Romero. Comment des monstres aussi rapides que des étoiles de mer pouvaient-ils causer la fin de l'humanité ? Franchement ? Pour ceux de Snyder, la question ne se pose même pas.

    C'est d'ailleurs là l'un des éléments qui a fait hurler les fans puristes à la mort, lors de la sortie du film. Le meilleur argument de ceux-ci étant que le mort-vivant ayant des muscles et tissus morts... eh bien, il ne peut pas courir. Ils oublient aussi qu'à la base, un mort n'est absolument pas capable de se relever. Donc le débat n'a rigoureusement aucun sens. Snyder fait fi de certaines bases élémentaires du mythe pour se le réapproprier, de la même façon que Danny Boyle l'avait fait précédemment. Les morts ne se relèvent plus que s'ils ont été mordus, par exemple. En réalité, les points communs avec l'original se comptent sur les doigts d'une main. Le titre, le lieu de l'action, les zombies. Et c'est à peu près tout. Snyder a en fait l'intelligence de chercher quelque chose de neuf en s'engouffrant dans une seule et unique dimension : le divertissement horrifique. La véritable erreur est certainement de considérer L'Armée des morts comme un remake.

    L'américain a envie de casser l'image du film zombie mollasson. Il ne faut pas dix minutes pour que le premier monstre surgisse et que le sang gicle. Durant un prologue explosif et virtuose, Snyder croque une fin du monde spectaculaire, d'autant plus forte qu'elle explose dans une banlieue des plus paisibles. Le réalisateur annonce directement qu'il n'a aucune envie d'y aller doucement et que son film sera bel et bien un morceau de bravoure gore et horrifique. On suit donc l’infirmière Anna, le policier Kenneth, le vendeur de télé Michael, l'ex-taulard Andre et sa compagne dans leur quête de survie. Ils trouvent refuge dans un centre commercial dont les gardes qui l'occupent ne sont pas très enclins au partage. Première constatation, Snyder ressuscite des acteurs has-been pour leur faire endosser des rôles certes caricaturaux mais efficaces de monsieur et madame tout-le-monde. Que ce soit Sarah Polley ou l'imposant Ving Rhames, ils retrouvent tous une seconde jeunesse sous la caméra de l'américain. Le couple Polley-Weber marchant au passage excellemment bien.

    Dès l'arrivée dans le centre commercial, le film se transforme en un survival-horror n'hésitant pas à jouer la carte de l'humour. On est parfois plus proche de l'ambiance du jeu Resident Evil que ne l'est la propre adaptation filmique de celui-ci (le parking par exemple). Snyder réalise son premier long-métrage en mélangeant les influences, de Boyle à Romero, en passant par Mikami ou George Miller. Ce qui tire radicalement le film vers le haut du panier, c'est le talent indéniable de metteur en scène de Snyder. Aussi nerveuse que ses zombies, sa réalisation dynamique regorge d'effets de caméra, de ralentis ou d'effets gores. Les séquences d'action, à la fois grâce à la rapidité des morts-vivants et au doigté de Snyder, deviennent de petits moments de bravoure. La plus incroyable et démesurée restant évidemment la marée de zombies jetée contre les bus en fin de métrage. Evidemment, le clinquant de la mise en scène de Snyder provoquera d'inévitables allergies, tant le bonhomme se complaît dans ce procédé, iconisant à fond ses personnages et leurs situations. C'est bien simple, soit on adore, soit on déteste. La force des images horrifiques du film (toute la séquence folle de l'accouchement) laisse entrevoir l'immense pouvoir pictural du jeune cinéaste. Quelque chose de très comics dans l'esprit... 

    Dernier atout de L'Armée des morts : il s'agit d'un film noir. Plus le récit se déroule et plus Synder laisse la place au désespoir. Les hallucinantes séquences de fin dans la ville morte ou sur la marina rendent compte à merveille de cet état de fait. Mentionnons également que l'américain utilise les génériques comme des parties intégrantes de son histoire. Celui du début installe autant l'ambiance et la dimension divertissement horrifique que celui de fin conclut avec noirceur un propos de plus en plus sans issue. Autre point fort, Snyder peut compter sur l'excellente musique de Tyler Bates, qui arrive même à placer le génial Down with the Sickness du groupe Disturbed et le culte The man comes around de Johnny Cash dans le même long-métrage. Finissons par préciser que le récit n'oublie pas quelques clins d’œil savoureux aux fans de Romero, entre Tom Savini en shérif ou quelques phrases hommage à la saga. Chose amusante, on retrouve un illustre inconnu au scénario... un certain James Gunn. 

    Excellent premier film - on a souvent trop tendance à occulter qu'il s'agit d'un coup d'essai -, L'Armée des morts trace sa propre voix dans un genre que l'on croyait verrouillé. Grâce à une réalisation nerveuse et stylisée, ainsi qu'un certain nombre d'idées permettant de dynamiser le récit, Zack Snyder impose sa marque sur le genre en évitant de livrer une pâle copie de l'original, de toute façon bien supérieur socialement parlant. Il influencera naturellement durablement les films suivants. 

    Note : 8.5/10 

    Meilleure scène : Le Prologue - Le parking

    Meilleure réplique :  "On tient à vivre chaque seconde..."

     

    [Critique] La Nuit des morts-vivant (Version 1990)

     

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  • Commentaires

    1
    Mardi 20 Octobre 2015 à 10:28

    C'est clair que la traduction de Dawn of the Dead, c'est n'importe quoi. L'original de 1978 avait été traduit par "Zombie, le crépuscule des morts-vivants"... alors que dawn, ça veut dire "aube". Pourquoi le traduire par exactement l'inverse ??? Mystère !

    Sinon il faut reconnaître que l'original est quand même bourré de passages WTF. Voici une petite compilation : https://www.youtube.com/watch?v=wEw0IKxIu7w :D

    Mais perso, je trouve que c'est un excellent film, meilleur que le (très bon) remake de Zack Snyder.

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