• [Critique] L'Hérésie d'Horus, Tome 10 : Chroniques de L'Hérésie



    Premier volume de ce type dans le cycle de L’Hérésie d’Horus, Chroniques de l’Hérésie n’est pas un roman mais un recueil de nouvelles. Il rassemble sept nouvelles de sept auteurs différents autour d’un sujet commun : L’Hérésie d’Horus à proprement parler, c’est-à-dire les événements autour de la trahison du maître de guerre Horus. Ce concept, pourtant répandu en science-fiction, est une première pour l’univers du 31ème millénaire. Voyons si le format de la nouvelle convient également à l’univers sombre de la Black Library.

    Le premier texte est signé, naturellement, Dan Abnett, l’auteur le plus populaire et le plus talentueux de la Black Library. Dans Partie de Chasse, on suit Amon, un Custodes, qui tente de mettre à l’épreuve les systèmes de protections du Palais Impérial avant de mener une mission retorse au cœur du Haut-Brésil. Assez rapide et grossièrement scindé en deux parties, le récit manque clairement du génie habituel d’Abnett. Le nombre de pages empêche de creuser la psychologie d’Amon et l’intrigue, même si elle reste sympathique à lire, n’a rien d’inoubliable. Il semble clair qu’Abnett est à l’étroit dans ce format d’écriture accouchant cette fois d’un texte anecdotique même s’il n’est pas désagréable en soi.

    Pour la suite, c’est Mike Lee qui prend la relève avec Dans la Gueule du Loup. Déjà « responsable » des Anges Déchus, un des plus mauvais tomes du cycle, il porte cette fois son dévolu sur une compagnie de Space Wolves découvrant une planète isolée qui abrite une communauté humaine devenue le souffre-douleur d’une cabale d’Eldars Noirs. Plus long texte du recueil, il met l’accent sur une guérilla de Space Marines et une série de combats devant mener à la rébellion d’un monde entier. Même si Mike Lee n’est pas mauvais dans sa façon de mener son récit, celui-ci reste basique et ne comporte pas de grandes révélations fracassantes. On reste dans un registre de SF militaire basique où certains défauts de l’univers sont exacerbés (la tendance à exagérer le nombre d’adversaires pour démontrer le caractère surhumain des space marines atteint des sommets avec une dizaine de Space Wolves contre une cabale de plusieurs centaines d’Eldars Noirs...) et, plus dommageable, quelques soucis d’écriture assombrissent la nouvelle, la faute au style de l’auteur ou à une traduction hasardeuse (on retrouve par exemple des Land-Raiders qui vont « cul par-dessus tête, ou des qualificatifs pour le moins étranges tel qu’« atavique »...). Bref, encore une fois sympathique mais rapidement oublié.

    Les Descendants de la Tempête aborde à son tour la question de L’Hérésie par le biais des Word Bearers et l’attaque de la planète Quarante-Sept Seize, qui est également relatée dans Le Premier Hérétique. Signé par Anthony Reynolds, le récit présente un problème de taille, celui de la cohérence. Ils arrivent souvent que certains éléments divergent entre les nombreux auteurs de la Black Library, mais cette fois, Reynolds se retrouve confronté à la version d’Aaron Dembski-Bowden. L’évolution de Lorgar est bien trop rapide, le primarque tombant dans le giron du Chaos à peine un mois après les événements de Monarchia. Mais le pire, c’est que la bataille en elle-même et sa conclusion restent tout à fait insipides et extrêmement prévisibles. A oublier.

    Pour James Swallow, le cadre du récit de La Voix fait suite (ou presque) à son roman La Fuite de L’Eisenstein mais change de protagonistes grâce aux Sœurs du Silence. On y suit Leilani Mollitas et ses sœurs d’armes à bord du Validus, un vaisseau Noir avec lequel l’Astra Telepathica a perdu tout contact. Construit comme une histoire d’horreur spatiale à la sauce Event Horizon, Swallow se débrouille assez bien pour installer une atmosphère inquiétante. Si sa révélation finale quant à la nature de l’entité qui a décimé l’équipage du Validus s’avère surprenante, il n’en fait fondamentalement rien et termine trop rapidement son récit qui reste tout aussi anecdotique que les précédents.

    L’Appel du Lion, quant à lui, met en scène les Dark Angels et l’abord d’une planète humaine devant intégrer l’Imperium. Gav Thorpe, déjà responsable de plusieurs romans sur les mêmes space marines, s’amuse à confronter les natifs de Terra et ceux de Caliban pour parler discrètement des différences fondamentales entre les deux factions et ce qui, un jour, scindera la légion en deux. Malheureusement, le style de Gav Thorpe se révèle très maladroit et franchement pataud tandis que son histoire n’arrive jamais réellement à provoquer la surprise avec des personnages caricaturaux et peu charismatiques. Un ratage.

    Alors que l’on désespère, c’est Graham McNeill qui va venir changer la donner avec La Dernière Eglise. McNeill fait son Abnett et désobéit au sujet du recueil pour situer son action avant même la Grande Croisade. Dans la dernière église de Terra, le prêtre Uriah Olathaire accueille un étrange visiteur se faisant appeler Révélation et qui vient débattre avec lui de la religion et de la suprématie de la vision de L’Empereur. Totalement divergent des précédents, sans aucune once d’action, le récit est de loin le plus brillant du recueil avec une tentative réussie de McNeill d’opposer la vision religieuse et scientifique, la raison et la foi. On y découvre de plus des événements très anciens, datant des guerres d’Unification ainsi qu’une meilleure vision des motivations de l’Empereur. Imprégnée d’une ironie mordante, La Dernière Eglise est une immense réussite.

    Pour terminer, Après Desh’ea de Matthew Farrer nous expose l’épineuse situation dans laquelle se retrouve les War Hounds lorsqu’ils rencontrent, enfin, leur primarque perdu : Angron. Enfermé dans une des salles du vaisseau depuis sa téléportation par l’Empereur, le primarque est fou de rage. Plusieurs des commandants de la Légion sont déjà allés à sa rencontre pour finir démembrer dans l’aveuglement sanguinaire du primarque. Désespéré, les derniers capitaines envoient Khârn, commandant de la 8ème compagnie, pour tenter encore une fois de le raisonner. Comme pour la nouvelle de McNeill, pas d’affrontement planétaire ou de bataille sanglante mais un face-à-face brutal entre Angron, rongé par la colère d’avoir été privé du dernier combat auprès de ses hommes sur Desh’ea par l’Empereur, et Kharn, fidèle space marine désarçonné par le comportement incompréhensible de son primarque envers ses fils. Cette nouvelle permet de mieux comprendre le chagrin d’Angron mais également de faire le point sur ses motivations futures lors de son ralliement à Horus. Mieux encore, elle trouve l’équilibre entre la démence et la violence du personnage d’une part, et sa dimension martiale. Une franche réussite.

    Chroniques de L’Hérésie est un recueil extrêmement décevant. Sur sept nouvelles, seules deux s’avèrent convaincantes et apportent véritablement un plus au cycle. Les autres ne constituent guère plus que quelques bonus anecdotiques pour les fans hardcore de l’univers. En somme, lisez La Dernière Eglise et Après Desh’ea, c’est amplement suffisant.

    Note : 4/10

    Chronologie :
    - Partie de Chasse de Dan Abnett : Après la trahison d'Horus et avant l'attaque sur Prospero [Lire après la trilogie Loken et AVANT le tome 12]
    - Dans la Gueule du Loup de Mike Lee : Juste avant l'attaque de Prospero [Lire AVANT le tome 12]
    - Les Descendants de la Tempête d'Anthony Reynolds : un peu plus d'un mois après Monarchia
    - La Voix de James Swallow : Après les événements de La Fuite de L'Eisenstein [Lire après le Tome 4]
    - L'Appel du Lion : Peu de temps après l'intégration de Caliban à l'Imperium
    - La Dernière Eglise de Graham McNeill : Juste avant le début de la Grande Croisade
    - Après Desh'ea de Matthew Farrer : Quelques temps après la découverte d'Angron et son exfiltration de son monde natal

    Critique du Tome 1, L'Ascension d'Horus ici.
    Critique du Tome 2, Les Faux Dieux ici.
    Critique du Tome 3, La Galaxie en flammes ici.
    Critique du Tome 4, La Fuite de L'Eisenstein ici.
    Critique du Tome 5, Fulgrim ici.
    Critique du Tome 7, Légion ici.
    Critique du Tome 8, La Bataille des Abysses ici.
    Critique du Tome 9, Mechanicum ici.
    Critique du Tome 12, Un Millier de Fils ici.
    Critique du Tome 14, Le Premier Hérétique ici.
    Critique du Tome 15, Prospero Brûle ici.
    Critique du Tome 17, Les Morts Oubliés ici.

    CITRIQ


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