• [Critique] L'Hérésie d'Horus, Tome 15 : Prospero brûle


    Ils sont les Routs, les Space Wolves. Des vingt légions du Père de Tous, ils sont les bourreaux, les exécuteurs. Par tous, les gardes impériaux, les civils et même leurs frères Astartes, ils sont vus comme des bêtes sauvages, des Space Marines dégénérés dont la brutalité aveugle va trop loin. C’est pour cela que dans ce quinzième tome de L’Hérésie D’Horus, pour narrer la complainte de Prospero vue par les Loups de Fenris, la Black Library a choisi son meilleur skjald, son meilleur conteur, Dan Abnett. Il avait déjà réussi à délivrer l’histoire de L’Ascension d’Horus et celle, plus retorse et plus inattendue des enfants de l’Hydre dans Légion. En venant compléter, épouser Un Millier de Fils de Graham Mcneill, son Prospero brûle clame au-dessus des tempêtes d’Asahaim le wyrd des Routs, de Leman Russ, et surtout du skjald des Tra, Ahmad Ibn Rustah, aussi connu sous le nom de Kasper Hawser. Malgré la traîtrise du titre et de sa quatrième de couverture, Prospero brûle vous plonge dans la VIème légion, celle des Loups, et vous raconte non seulement comment ils en sont venus à tuer leurs frères sorciers des Thousand Sons, mais avant toute chose, qui ils sont. Car, croyez-le frères et sœurs de l’Imperium, il n’y a pas de loups sur Fenris.


    Le Skjald Abnett ne fait rien comme ses illustres collègues écrivains. Alors que l’on s’attend à un récit miroir des événements d’Un Millier de Fils, l’anglais prend le contre-pied de ces attentes et livre quelque chose de totalement différent et radicalement plus puissant. Soyez prévenus lecteurs, pour voir le Roi des Loups, Typhon ou Valdor, il vous faudra attendre la toute fin de ce récit de 530 pages. Les trois quarts de l’histoire s’intéressent à autre chose, au récit d’une certaine vision de l’Imperium, de la Grande Croisade et la rencontre de l’humain Kasper Hawser avec Fenris et ses Routs. Abnett emploie encore une fois l’artifice de l’observateur extérieur au monde des Astartes pour nous guider dans les événements, un peu à la façon de son Légion. Mais la comparaison s’arrête là car cette fois, son personnage devient le pivot central de l’intrigue en même temps qu’un protagoniste fascinant, envoûtant et simplement génial. A travers l’histoire d’Hawser, Abnett réussit l’exploit de parler de L’imperium au début de la Grande Croisade, des balbutiements des conservateurs et commémorateurs et forcément de la VIème légion des Space Wolves.

    L’auteur invente tout un parler pour les fils de Russ, à base de Skjald (Conteur), de Wyrd (Destinée) ou encore d’Uppland (Le Monde d’en Haut). Il réussit le tour de force d’engoncer petit à petit le lecteur dans des traditions et un lexique unique, sans jamais se perdre et en gardant une authenticité impeccable. Non content de cela, il représente les Routs (Les Space Wolves) avec une originalité et un sérieux qui forcent le respect. Inspirés largement par les peuplades nordiques, les Space Wolves gomment petit à petit leur aura de brutes et de sauvages incultes pour s’imposer comme des figures d’un charisme éclatant. Abnett accomplit un travail d’orfèvre sur la légion et il se préoccupe peu au début de raccorder son récit avec celui d’Un Millier de Fils. Il développe son histoire à lui, et quel formidable récit rempli de suspense et de mystères il nous offre ! Abnett maitrise ce qu’il raconte de bout en bout et surtout, il arrive encore une fois, après John Grammaticus, à accoucher d’un personnage extraordinaire. Kasper est un conservateur qui a soif de savoir, de comprendre et sa rencontre avec son anathème apparent, les Space Wolves, va le confronter à ses peurs, à ses doutes, mais aussi à des choses auxquelles il n’avait jamais réfléchi auparavant. Poignant dans son humanité, il est la plus grande réussite du roman, c’est dire. C’est, à ce jour, la plus belle figure ayant arpenté les pages d’un roman estampillé 40.000.

    Mais le Wyrd ne s’arrête pas là. Il reprend rapidement avec l’entrelacement des fils d’Un Millier de Fils et de Prospero brûle. Notre Skjald sait qu’il n’a aucun intérêt à refaire chaque événement traité par McNeill d’un autre point de vue, alors il fait simple, rapide et efficace. Il cherche toujours à apporter du neuf et pas simplement une redite. Tout cela culmine dans la dernière partie du roman intitulée « Le Récit », où Abnett emploie tout ce qu’il a minutieusement préparé auparavant dans un récit à la première personne, dans la pure tradition des Routs, de la part de Kasper. Sublime dans son abord des événements de Prospero, l’anglais fait mieux que McNeill ne l’a fait, en deux fois moins de pages. Les événements sont violents, mais la façon qu’il a de les décrire confine au sublime, pour en faire une histoire « orale » qui marie tragique et héroïsme, avec abnégation et tristesse. C’est dramatiquement beau. On comprend mieux l’attaque de Russ, on perçoit tout à fait autrement les Space Wolves, et leur mission qui nous semblait si injuste dans Un Millier de Fils prend ici tout son sens. Abnett établit un contrepoids parfait. Pour finir sur une conclusion magistrale qui, en plus de réserver son lot de surprises, achève de convaincre du talent de l’Anglais. Jamais une légion n’a été si finement cernée et incarnée depuis... Légion... justement ! Chaque Loup a sa raison d’être, chaque personnage secondaire est superbe et attachant. Et surtout, pour la première fois, l’intrigue d’un simple humain (ou presque...) est plus intéressante que le reste. Un coup de maître qui trouve son aboutissement dans la signification qu’Abnett arrive à donner à la simple phrase : « Il n’y a pas de loups sur Fenris », le vrai titre du roman.

    Jetez donc la quatrième de couverture, oubliez le titre, oubliez tout ce que vous pensez savoir sur ce tome. Parce que Prospero brûle est le récit de la vie de Kasper Hawser, la complainte d’un Skjald qui absout tout un peuple, celui des neiges d’Asaheim, les Routs, les fiers et indomptables Space Wolves. Lisez-le à la suite d’Un Millier de Fils et vous avez la meilleure saga du cycle entier. Prospero brûle s’impose, jusqu’ici, comme le pinacle de L’Hérésie D’Horus, et se libère du carcan du roman à licence pour se hisser au rang des excellents livres de science-fiction militaire, tout simplement.
    A l’hiver prochain.

    Note : 8.5/10

    Critique du Tome 1, L'Ascension d'Horus ici.
    Critique du Tome 2, Les Faux Dieux ici.
    Critique du Tome 3, La Galaxie en flammes ici.
    Critique du Tome 4, La Fuite de L'Eisenstein ici.
    Critique du Tome 5, Fulgrim ici.
    Critique du Tome 7, Légion ici.
    Critique du Tome 8, La Bataille des Abysses ici.
    Critique du Tome 9, Mechanicum ici.
    Critique du Tome 12, Un Millier de Fils ici.

    Critique du Tome 17, Les Morts Oubliés ici.

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma

     

    CITRIQ


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    Dimanche 14 Septembre 2014 à 19:22
    Efelle

    Je l'avais dit ! Dan Abnett rules !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :