• [Critique] L'Hérésie d'Horus, Tome 22 : Les Ombres de la Traîtrise

    [Critique]

    Le gros problème de Black Library France, c'est qu'ils sont parfois incapables de respecter un ordre de parution cohérent. La preuve avec les tomes 22 et 25 de L'Hérésie d'Horus. Les recueils de nouvelles se vendant moins bien en général, et à plus forte raison en France, les lecteurs assidus du cycle auront déjà achevé le tome 29 avant de pouvoir poser les yeux sur Les Ombres de la traîtrise, tome 22 de la saga et recueil de 5 nouvelles et 2 novellas. Histoire de rendre la chose encore plus cocasse, les novellas sont presque essentielles pour comprendre Imperium Secundus de Dan Abnett. Rassemblant également des écrits exclusifs au Games Day (La Tour Foudroyée de Dan Abnett et Le Roi Sombre de Graham McNeill), Les Ombres de la traîtrise s'affirme en fait comme le recueil le plus intéressant de la saga.

    Le Poing Écarlate ouvre le bal. C'est John French qui s'y colle, l'auteur du cycle Ahriman déjà entrevu dans le recueil L'âge des ténèbres pour Le Dernier Commémorateur. Novella de 115 pages, Le Poing Écarlate raconte un des plus gros trous de l'histoire de l'Hérésie d'Horus jusqu'ici, c'est à dire le destin de la flotte envoyée par Rogal Dorn pour prendre part aux représailles d'Istvaan V. Perdu dans l'espace suite aux violents orages Warp qui se sont abattus sur la région, les Imperial Fists ont perdu une grande partie de leurs vaisseaux ainsi que leur commandant. C'est le capitaine Alexis Pollux qui doit reprendre le flambeau et qui se retrouve pris au cœur d'un épineux dilemme : continuer vers Istvaan ou contacter Terra et son primarque pour de plus amples instructions. Seulement voilà, l'arrivée des Iron Warriors menés par Perturabo en personne ne va pas lui laisser le choix : il faudra se battre. Le Poing Écarlate est, somme toute, une bonne novella. La présentation du capitaine Alexis Pollux que l'on retrouve dans Imperium Secundus s'avère excellente, permettant de se rendre compte du génie précoce de celui-ci tout en conservant une certaine part d'humanité face aux sacrifices qu'il doit faire. C'est également l'occasion d'assister à une immense bataille spatiale menée de main de maître par French, ainsi que la première véritable confrontation entre deux légions qui s’exècrent : les Imperial Fists et les Iron Warriors. Si toute cette partie s'avère réussie, jonglant entre le récit à la première personne de Pollux et l'affrontement dantesque des deux armées, Le Poing Ecarlate ajoute un arc plus anecdotique avec les scènes sur Terra notamment entre le primarque Rogal Dorn et Sigismund, son champion. La conclusion de celui-ci en est même ridicule, puisque Sigismund se voit renié par son primarque mais...celui-ci ne le dira pas à ses hommes pour ne pas affecter leur moral. Un "rebondissement" absurde et qui a surtout tendance à couper le rythme de la novella. 

    Seconde nouvelle et changement de situation avec Le Roi Sombre du vétéran Graham McNeill. Encore une fois, il s'agit de revenir sur un événement particulièrement célèbre de l'Hérésie d'Horus, à savoir l'affrontement, avant même la traîtrise du Maître de Guerre, entre Konrad Curze, le primarque des Night Lords, et Rogal Dorn, le primarque des Imperial Fists. Amenant directement à l'annihilation de Nostramo, le monde natal des seigneurs de la nuit. Bien menée, bien écrite, l'histoire ne va cependant pas chercher bien loin. Elle donne surtout un aperçu du personnage cynique qu'est le Night Haunter tout en se questionnant sur les moyens de coercition nécessaires pour maintenir une planète conquise dans le giron impérial. Un texte plaisant mais qui se retrouve malheureusement dans le mauvais recueil puisqu'un autre récit va lui voler complètement la vedette, mais nous y reviendrons.

    Décidément, Les Ombres de la traîtrise met Rogal Dorn à l'honneur puisqu'il est encore question de lui dans la nouvelle La Tour Foudroyée de Dan Abnett, auteur phare s'il en est de la Black Library. L'écrivain anglais se penche sur les peurs intimes de Dorn en faisant le point sur la situation dans le même temps. L'écriture d'Abnett est toujours aussi agréable et la réflexion relativement bien menée. Le problème, c'est que la question a déjà été largement abordé dans Les Morts Oubliés de Mc Neill, certes pas avec le même personnage, mais l'objectif reste le même. Un texte relativement anecdotique en réalité.

    Le Projet Kaban marque le retour de Mc Neill a un univers qu'il affectionne particulièrement, celui du Mechanicum. Sorte de préquel à son roman, l'histoire suit les mésaventures de l'adepte Pallas Ravachol alors que celui-ci travaille sur une machine d'un tout nouveau genre et jusqu'ici proscrite par les commandements de l'Empereur. Découvrant un complot au sein même du Clergé de Mars, Ravachol va tenter de trouver de l'aide en la personne de son ancien mentor, Malevolus. Récit enlevé et regorgeant d'informations pour les fans du Mechanicum, Le Projet Kaban compte aussi quelques personnages secondaires excellents tels que la machine Kaban elle-même ou l’assassin Remiare. On sent que Mc Neill est à l'aise dans cet univers et, le format aidant, il fait court. Il faut d'ailleurs mentionner que Le Projet Kaban peut parfaitement être lu avant Mechanicum du même auteur.

    Vient ensuite Le Vol du Corbeau de Gav Thorpe. Auteur limité mais parfois surprenant - Délivrance Perdue n'était pas si mauvais - l'anglais retrouve donc la Raven Guard pour revenir sur le dernier carré du primarque Corax et de sa légion sur Istvaan V. Il constitue la dernière pierre de cet arc narratif dont les autres morceaux figurent dans Fulgrim et l'Âge des Ténèbres. Le récit alterne entre Corax et ses hommes qui tentent de causer le plus de dégâts possible chez l'ennemi alors que leur fin semble inéluctable, et la prémonition de Valerius qui se heurte au scepticisme du capitaine Branne. Si en soi l'histoire n'est pas mauvaise et se suit sans déplaisir, elle souffre du même défaut que La Tour Foudroyée, à savoir qu'elle aborde un sujet que l'on a déjà vu en long, en large et en travers. Du fait, le lecteur connaît déjà exactement ce qu'il va se passer ôtant quasi tout intérêt au texte. Dommage.

    Enfin, dernier tour de piste pour Graham McNeill avec Mort d'un orfèvre qui s’intéresse au destin tragique d'un commémorateur. Mettant en scène un humain et non un space marine, le texte gagne en sensibilité et permet de porter un regard différent sur la Grande Croisade au contraire des autres textes du recueils. Surprenant et bien écrit, Mort d'un orfèvre est une très bonne surprise. Reste alors à aborder le dernier texte de l'ouvrage : la novella Le Prince des Corbeaux du génial Aaron Dembski-Bowden. Précédé par une réputation des plus flatteuses, le texte était extrêmement attendu par les fans. Auteur de la trilogie des Night Lords, Dembski-Bowden aime les fils de Curze. Dans le Prince des Corbeaux, il se penche sur un personnage iconique au possible : le premier capitaine Sevatar. Alors que les Night Lords se sont fait étrillés dans une embuscade tendue par les Dark Angels mené par leur primarque Lion El'Johnson, les membres du Kyroptera tentent de faire le point sur la situation. En l'absence du Night Haunter grièvement blessé, c'est pourtant le terrible et redouté Sevatar qui va reprendre les choses en main : pas de démocratie chez les seigneurs de la nuit. Que faire après la prise de pouvoir ? Attaquer à nouveau les Dark Angels ou scinder la légion ? Le Prince des Corbeaux est un quasi-chef d'oeuvre de la part d'Aaron Dembski-Bowden. Géniallissime de la première à la dernière phrase, le texte cumule les qualités. Il introduit un des tous meilleurs personnages de l'univers, l'ultra-charismatique Sevatar, mais il se permet également de revenir sur la vie passée du Night Haunter. Formidable plongée dans un passé torturé et glauque au possible, les passages consacrés à Konrad Curze sont de vrais moments grandioses pour tous les fans de l'univers. Mais Dembski-Bowden ne se contente pas de cela. Au contraire, il se penche également sur la structure des Night Lords et ébauche un caractère très particulier pour ce qui reste la plus énigmatique des légions. Mieux encore, il enchaîne sur une bataille spatiale haletante qui renvoie tout le monde dans les cordes. Le Prince des Corbeaux permet en outre de comprendre la situation initiale décrite dans Imperium Secundus. A l'arrivée, cette novella constitue non seulement le meilleur texte du recueil, le meilleur récit court du cycle mais également un des tous meilleurs textes de l'univers de Warhammer 40.000. Rien que ça. Les fans des Night Lords seront aux anges en tout cas.

    Recueil globalement agréable à lire comprenant deux novellas essentielles à la compréhension d'Imperium Secundus, Les Ombres de la Traîtrise vaut aussi tout simplement pour la présence du grandiose Prince des Corbeaux d'Aaron Dembski-Bowden.
    Du coup, voici un indispensable pour tous les fans de 40.000.


    Note : 7.5/10

    Meilleure nouvelle : Le Prince des Corbeaux.

    Le Guide de l'Hérésie D'Horus

     

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