• [Critique] La Nuit des morts-vivant (Version 1990)

    [Critique] La Nuit des morts-vivant (Version 1990)


    Avec Le Jour des morts-vivants, George A. Romero achève sa trilogie zombiesque. Près de cinq ans après, Tom Savini décide de réaliser un remake du premier volet culte de la saga : La Nuit des morts-vivants. Savini est jusqu'alors plutôt fameux pour ses services en tant que responsable des effets spéciaux. On lui doit notamment les maquillages de Zombie, Le Jour des Morts-vivants ou encore Maniac. Le remake constitue sa seconde réalisation après un premier film, Les Contes des ténèbres, passé totalement inaperçu. Heureusement, George Romero, son ami de toujours n'est pas loin. C'est en effet lui qui co-écrit le scénario du film et qui assure le poste de producteur. Outre l'évident apport de la couleur, que peut bien avoir de plus ce remake vingt-deux ans après l'original ?

    Inutile de revenir sur le postulat de départ de La Nuit des morts-vivants puisqu'il est rigoureusement identique à la version de 1968. Barbara fuit toujours des morts mystérieusement revenus à la vie et s'abrite dans une maison isolée où elle reçoit l'aide de diverses autres personnes. Dans les grandes lignes, le remake ne change quasiment pas de l'original et ajoute simplement une modernisation de l'image. La couleur incitera d'ailleurs certains allergiques au noir et blanc à sauter le pas. Malgré tout, les puristes regretteront le rendu de l'original, qui contribuait également à l'ambiance de ce film culte. Autre actualisation, les maquillages et effets spéciaux divers qui ont beaucoup évolué entre temps. Ceux-ci s'avèrent naturellement largement plus convaincants que dans l'original, à plus forte raison avec Savini aux commandes.

    Autre point appréciable du remake, la présence d'acteurs talentueux tels que Tony "Candyman" Todd pour incarner Ben, ou Bill Moseley dans la peau de Johnny. Cependant, même si l'on retrouve naturellement nombre des qualités de l'original dans ce volet, du fait du quasi-décalque voulu par Romero et Savini, certaines choses passent à la trappe. La critique des médias disparaît quasi-totalement, tout comme la nocivité et l’imbécillité de l'ensemble des protagonistes, réduites ici à l'opposition Ben-Harry. Le sous-texte social se révèle donc moins fort à l'arrivée pendant les trois quarts du métrage. Heureusement, Savini ne l'oblitère pas totalement. Il faut alors parler du personnage le plus surprenant de ce remake : Barbara. 

    Dans les années 60, Barbara était l'archétype du personnage féminin fragile, catatonique ou presque dès son arrivée à la maison et, il faut l'avouer, parfaitement inutile au cours de l'histoire. Vingt-deux ans plus tard, il en va tout autrement. Dans le remake, Barbara se transforme en femme forte : coupe garçonne, fusil à l'épaule, participation active à l'intrigue, elle apparaît même comme le seul élément réellement sain de l'équipe. C'est son personnage d'ailleurs qui donne le net changement de l'histoire, puisqu'elle finit par s'échapper pour chercher elle-même les secours, bravant les hordes de zombies rôdant à l'extérieur. On se rend compte que la franchise Alien ou le premier Terminator sont passés par là, l'époque de la femme-chose semble définitivement révolue. Mieux, les femmes prennent les choses en main et se révèlent souvent bien plus efficaces que les hommes. A travers l'évolution de Barbara, Savini s'inscrit dans un certain courant féministe ouvrant la voie à d'intéressantes réflexions vis-à-vis des hommes.

    Le plus gros changement du remake, outre son actrice principale, c'est évidemment la fin, presque entièrement remaniée. La critique raciale disparaît, alors que le jugement à l'encontre des rednecks et de la sauvagerie humaine s'intensifie. Dans une magnifique séquence où quelques hommes s'amusent à tirer sur des morts-vivants qu'ils ont eux-même pendus par les pieds, Barbara s'exclame face caméra : "They're us. We're them, and they're us". Savini se fait le témoin de la stupidité humaine et condamne leurs actes barbares par les yeux d'une femme. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si c'est Barbara qui tire la dernière cartouche du film. Malgré un sous-texte certainement moins fort et maîtrisé que dans l'original, le remake surprend par son efficacité et son intelligence. 

    Très proche de l'original de 1968, La Nuit des morts-vivants version 1990 propose principalement une actualisation graphique et technique du classique de l'horreur. Il reprend aussi avec malice une grande partie des éléments qui ont fait le succès de son illustre aîné, en y ajoutant un sous-texte féministe intéressant. Il restera près de douze ans le dernier représentant sérieux d'un genre alors à bout de souffle (si l'on excepte le potache Braindead de Peter Jackson et le fauché Moi, Zombie : Chronique de la douleur). Il faut attendre 2002 et le 28 jours plus tard du britannique Danny Boyle pour que le film de zombie connaisse un nouvel essor.

    Note : 8/10 

    Meilleure scène : Les hommes s'amusant avec les zombies en fin de film

    Meilleure réplique :  "They're us. We're them, and they're us"


     

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  • Commentaires

    1
    Ghoulish
    Mardi 1er Mai à 17:02

    J'ai revu ce remake hier soir et je l'aime toujours autant. Ce que voulait Tom Savini à l'époque de la sortie du film, c'était que l'original et son remake se complètent. Son pari fut nettement réussi. Les changements principaux, le personnage de Barbara bien sûr et le final, sont les éléments qui complètent l'oeuvre originale sans la trahir. Ca fait du bien de voir un personnage de jolie demoiselle aux cheveux courts bien énergique, qui demeure néanmoins réaliste et possède ses propres limites ( alors qu'une Ripley dans 'Aliens' finit par tirer avec des flingues presque aussi lourds qu'elle ). Les zombies sont quant à eux terribles, ultra réalistes, figurant parmi les plus réussis jamais conçus. La bande originale est magistrale. Les quelques défauts cependant : l'introduction, réussie, inattendue mais beaucoup trop rapide, sous-employant le personnage de Johnny ( excellent Bill Moseley ). Tous les acteurs sont bons, bien sûr Tony Todd, qui succède parfaitement à l'inoubliable Duane Jones, le regretté Tom Towles, très à son aise dans le rôle de Harry Cooper, William Butler aussi ( on le revoit d'ailleurs la même année dans le sous-estimé 'Leatherface' aka 'Massacre à la tronçonneuse 3' ), et bien sûr Patricia Tallman, qui joue ici son plus grand rôle, et même le meilleur rôle de sa vie, puisqu'on ne la reverra hélas que trop peu sur les écrans par la suite, ce qui est fort dommage. Si son jeu n'est pas parfait ( ses expressions de colère lorsqu'elle s'apprête à tirer sur les zombies ne sont pas toujours convaincantes ), elle prend néanmoins vite ses marques et parvient au final à donner vie à un personnage passionnant de bout en bout. 

    Dernier regret aussi, mais Tom Savini n'y est pour rien, c'est l'absence de plusieurs impacts de balles à l'origine très gores, coupés par la censure dans le montage final. Même si leur absence n'enlève en rien la force du film, l'aspect répugnant des zombies se suffisant à lui-même, on reste un peu sur notre faim en termes de violence graphique, surtout si on compare cet opus aux films précédents de la saga des zombies de George Romero. 

    Personnellement, je considère que l'âge d'or du cinéma d'horreur moderne débute avec 'La nuit des morts-vivants' de 1968, pour se terminer... avec ce remake en 1990. Même si de très beaux ( et trop rares ) films verront le jour par la suite ( je pense aux survivals des années 2000 comme 'Wolf creek' ), je trouve qu'aucun n'atteindra cette puissance narrative et réaliste si présente au cours des années 70 et 80. Et les films de zombies des années 2000 me conforteront davantage dans cette idée. En effet, '28 jours plus tard' me semble bien trop sous influence ( principalement 'Le jour des morts-vivants' ) pour convaincre, sa manière de filmer m'est insupportable, et un film comme 'L'armée des morts' poursuivra hélas dans ce style bien trop clip et... clean. D'ailleurs, je considère ce 'remake' comme un navet total, grotesque, ridicule ( le zombie dans la fontaine, le bébé zombie... c'est facile de critiquer les nanars, mais là c'est quoi ? lol ) et qui ne mérite pas sa bien trop bonne réputation. Mais ce n'est que mon avis bien sûr.  

     

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