• [Critique] La nuit des morts-vivants

    [Critique] La nuit des mort-vivants

    En 1968, le jeune George A. Romero est encore un illustre inconnu. Avec quelques amis, il fonde son propre studio de production et investi soixante mille dollars pour filmer son tout premier métrage. Choc cinématographique pour l'époque, La nuit des morts-vivants établit un tout nouveau sous-genre du film d'horreur : le film de zombie. Succès critique mais également public (il récolte plus de cinq millions de dollars !), il va donner naissance à une myriade de descendants. Fondateur mythique s'il en est, La nuit des morts-vivants reste aussi le premier volet d'une trilogie sur les morts-vivants de George A.Romero qui se voit promulguer maître de l'horreur pour l'occasion.  En noir et blanc, avec des effets spéciaux réduits mais ingénieux, le premier long-métrage de l'américain marque durablement l'industrie cinématographique et plus particulièrement le cinéma de genre. Retour sur un immense classique.

    Le scénario de La nuit des morts-vivants parait très simpliste de prime abord. Une frère et une sœur, Barbara et Johnny, déposent une gerbe de fleurs sur la tombe de leur père lorsqu'un individu étrange se précipite sur eux pour les mordre. Terrifiée, Barbara s'enfuit, abandonnant un Johnny inconscient. Elle trouve bientôt refuge dans une petite maison au milieu de nulle part. Rejoint par un autre survivant, Ben, elle finit par sombrer dans le mutisme. Ben prend alors les choses en mains pour barricader la maison devant l'affluence toujours plus inquiétante des individus claudicants. Rejoint par un groupe de personnes terrés au fond de la cave, la résistance s'organise contre la horde de monstres assoiffés de sang qui assiège les survivants. Rien de formidable à priori, même si c'est la première fois que le zombie se montre à l'écran. Sauf que La nuit des morts-vivants a beau se classer dans les films d'horreur, il n'en est pas véritablement un.

    Evidemment, tout le monde n'a d'yeux que pour les morts-vivants. Avec quelques maquillages savamment dosés, Romero transforme ses figurants en goule, le noir et blanc de la pellicule aidant. Figure effrayante d'une humanité réduite à ses instincts les plus basiques, le zombie n'est en réalité qu'un prétexte. Romero sait que pour attirer le public, il faut de l'horreur, du gore, de la violence. Or, l’intérêt du film ne repose pas sur ce qu'il se passe à l'extérieur de cette bicoque isolée, mais bien sur ce qui s'y déroule à l'intérieur. Romero se sert de l'horreur pour disséquer patiemment ses personnages et porter un regard acéré sur l'animal social qu'est l'homme. Rapidement, on comprend que la véritable menace ne vient pas de là où on l'attendait pour Barbara et Ben.

    Romero mène donc simultanément deux fronts. Le premier reste tout de même celui de l'horreur. La nuit des morts-vivants codifie sur une heure et trente minutes tout ce que sera le genre pour les cinquante prochaines années. Le point faible des créatures, leur comportement erratique, la transmission du mal, les modalités de la résurrection, tout y est. Inconsciemment, l'américain érige un mythe cinématographique. Evidemment, l'ensemble peut paraître un peu kitsch voir un peu maladroit de nos jours. Seulement voilà, replacé dans son contexte, c’est bel et bien une révolution. La figure monstrueuse du zombie est née. Mais cela n'est pas assez pour Romero qui va donc porter ses efforts les plus remarquables ailleurs.

    Lentement, le cinéaste fait défiler les survivants. Ben, un homme noir (véritable héros du film, un sacré risque à l'époque), Barbara, Tom, Judy, Harry et sa femme Helen. Ce beau monde devient rapidement un microcosme révélateur de l'humanité. Les tensions se ressentent dès les premiers instants, les dissensions finissant par cliver le groupe. Plus le récit avance et plus les individus deviennent dangereux les uns pour les autres, par autoritarisme (Ben), par orgueil (Harry) ou par bêtise (Tom et Judy). Les monstres se dévoilent à l'intérieur même de la maison barricadée, les hommes devenant plus inquiétants que les morts-vivants à l'extérieur. Romero, sous couvert des zombies, analyse le monstre humain donnant à La nuit des morts-vivants une tout autre portée.

    Il va encore plus loin en disséminant quelques allusions et sous-entendus sur d'autres enjeux sociétaux de l'époque. La place des médias de plus en plus écrasante, une simple radio ou télévision suffisant à émerveiller les survivants, comme scotchés à leur écran et esclaves de la parole télévisuelle. L'homme devant son poste ne réfléchit plus à sa situation propre, il agit en fonction de ce qu'on lui demande. A côté de ça, Romero conclut son métrage sur une note amère et dramatiquement d'actualité, à savoir le racisme, lorsque des rednecks texans abattent un homme noir avant de le traîner sur le bûcher. Plus de monstres fantastiques ici, juste une humanité dévoyée.

    Captivant de la première à la dernière minute, La nuit des morts-vivants fait plus qu'inventer un genre, chose déjà remarquable en soi. George A.Romero se sert de l'horreur pour décortiquer les travers humains et prévenir de certaines dérives alarmantes aujourd'hui devenues réalité. Film novateur et film culte, La nuit des morts-vivants reste avant tout un film politique et social fort à voir absolument.


    Note : 9/10 [CULTE]

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