• [Critique] La Planète des Singes - Suprématie (War for the Planet of the Apes)

    [Critique] La Planète des Singes - Suprématie (War for the Planet of the Apes)

     

     Il est surprenant de voir comme les blockbusters aujourd'hui peuvent se ressembler dans leur médiocrité et leur manque totale d'ambition. Pire encore, Hollywood en fait des suites ou reboote les plus grandes sagas. Dans ce marasme créatif pourtant, quelques surprises se glissent parfois. Le remake-préquel de la Planète des Singes de Rupert Wyatt en 2011 comptait parmi ces surprises. Sa suite, Rise of the Planet of the Apes, passait sous la direction de Matt Reeves, le père de Cloverfield. Malgré une qualité globale plutôt bonne, le métrage n'arrivait pas à retrouver l'émotion du précédent. Du coup, on n'attendait pas vraiment le dernier volet de la trilogie, War for the Planet of the Apes (La Planètes des singes - Suprématie en France), et encore moins à ce niveau de qualité. Parce qu'il arrive, une fois de temps en temps, qu'un petit miracle se produise dans le monde des blockbusters hollywoodiens. 

    D'emblée de jeu, le ton est donné. Les singes, reclus dans la forêt, sont aux prises avec ce qu'il reste de l'armée américaine. La vendetta de Koba a déclenché une guerre que César, malgré toute sa bonne volonté, ne peut pas arrêter. Matt Reeves, immédiatement, en impose. Il filme une scène de bataille forestière remarquable, aussi rapide qu'efficace, faisant s'envoler sa caméra et donnant un souffle épique à la chose en une seule charge de cavalerie. Autre constatation immédiate : les effets spéciaux signés Weta Digital (Le Seigneur des Anneaux) sont d'une beauté à couper le souffle. Que ce soit dans l'intensité de la bataille ou, surtout, dans l'animation des singes, tout simplement divine. Une chose primordiale, car l'action se focalise rapidement sur César et ses compagnons. C'est ici, précisément, que Matt Reeves fait un choix audacieux et tout à fait fantastique : il délaisse l'action pure et dure pour suivre une poignée de singes seulement. 

    Ainsi, le rythme et la structure narrative de War for the Planet of the Apes change totalement du blockbuster habituel. Reeves prend le temps d'installer ses personnages, de caractériser le moindre second rôle, de toucher le spectateur au plus profond avec ces êtres simiens qui deviennent à nouveau plus humains que les hommes eux-mêmes. Dans de sublimes paysages enneigés, il montre la grandeur d'âme des singes en utilisant quelques astuces simples mais extrêmement efficaces. La rencontre avec Nova en est certainement la meilleure preuve. Reeves prouve alors qu'il n'a pas l'intention de faire un film bavard, au contraire. Il fait quelque chose que l'on n'a plus l'habitude de voir dans le blockbuster moderne : il laisse parler le silence. Le résultat s'avère poignant. Cette quête inattendue mène cependant à une seconde partie plus conventionnelle...mais pas moins maîtrisée et impressionnante pour autant.

    War of the Planet of the Apes se permet alors de ressembler à un péplum et à un récit biblique. César devenant autant Spartacus que Moïse. Cette intelligence scénaristique pour contourner l'apparente impression de déjà-vu de cette second moitié fait définitivement décoller le film. Car, encore une fois, Matt Reeves laisse vivre ses personnages. Grâce à la prestation digitale hors du commun du prodigieux Andy Serkis, à des scènes de poésie de toute beauté (merci Amiah Miller) et à une intensité dramatique telle qu'on en avait pas vu depuis des années dans ce type de films, le métrage de l'américain explose toutes les attentes. Mieux, il construit un bad guy complexe, à la hauteur. En quelques scènes, il démonte tous ces méchants Marvel fades et autres figures adverses des films US. Woody Harrelson, toujours impeccable, incarne un homme sans pitié...rongé par la tristesse, détruit par la haine. Son miroir en devenir, César, devra tenter d'échapper à cette vengeance qui ne sert finalement personne. C'est fort, simple et puissant.

    Reste alors à dire un mot sur les hommes eux-mêmes. Le regard de Matt Reeves, amer, constate l'échec de l'humanité capable de continuer à s’entretuer alors même que le monde s'est éteint. L'homme est un monstre, un monstre dépassé que l'on doit enterrer sous la neige blanche et rédemptrice. Au fond, ce qui reste constamment le plus surprenant avec ce dernier volet, c'est le soin apporté pour humaniser le peuple simien...et César lui-même. Rares auront été les personnages aussi fouillé au cinéma que lui. Les émotions et l'animation faciale y sont très certainement pour quelque chose (elles sont vraiment prodigieuses) mais c'est l'ensemble qui fait que l'histoire devient un drame d'une intensité émotionnelle inattendue. C'est la qualité du scénario, la beauté fragile de la mise en scène, la musique de Michael Giacchino, l'excellence des acteurs, la poésie de la rencontre entre une enfant et un gorille, le sacrifice d'un traître...c'est tout cela qui fait que War of the Planet of the Apes tutoie les sommets.

     Pour son dernier volet, La Planète des Singes ne fait pas que retrouver la qualité du premier opus, elle l'explose, littéralement. Matt Reeves offre un film biblique à la place d'un blockbuster sans âme. Il dessine de la poésie là où on ne l'attendait pas. Il donne une âme à des images de synthèse. 
    War for the Planet of the Apes s'impose comme le meilleur blockbuster de ces dernières années, tout simplement.

     

    Note : 9/10

    Meilleure(s) scène(s) : La mort de Luca, Nova qui vient nourrir César

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma

     


    Tags Tags : , , , , , , , ,
  • Commentaires

    1
    Lux
    Lundi 14 Août à 15:21

    Je rejoins complètement ton avis ! Un film beau, intelligent, brillant à certains moments. Sans doute, la meilleure franchise au cinéma en ce moment, le MCU devrait s'en inspirer, car oui, on peut faire des blockbusters de qualité !

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :