• [Critique] La Porte des Enfers

    [Critique] La Porte des Enfers

     Cinquième roman de l'écrivain français Laurent Gaudé, La Porte des Enfers revient dans le sud de l'Italie (une région qu'affectionne tout particulièrement l'auteur puisque Le Soleil des Scorta s'y déroulait également) et renoue avec un genre qu'il avait un peu délaissé : le fantastique. La Porte des Enfers nous emmène en effet dans un monde où la vie après la mort existe et, plus particulièrement, les Enfers (au sens grec du terme, c'est à dire sans jugement de valeur associé). On y suit trois personnages principaux : Matteo De Nittis, le père d'un garçon de six ans, Pippo, tué pendant une fusillade de la mafia; Giuliana, son épouse; et bien sûr Pippo lui-même...mais à l'âge adulte. On pourrait scinder le roman en deux fils conducteurs : celui de Pippo cherchant vengeance, et celui de ses parents, pleurant la mort de leur fils et cherchant à la surmonter. 

    Comme il en a l'habitude, Gaudé mêle un fantastique discret avec une réalité poignante. Toujours formidablement sensible dans sa description de l'Italie, l'écrivain français retrouve la beauté lyrique du Soleil des Scorta. Le lieu et l'époque ne sont pas exactement les mêmes, mais l'amour de l'auteur pour ce pays transparaît à chaque page. A partir de ce background, il construit des personnages superbes comme il en a le secret. Il est d'ailleurs étonnant que le père pourtant mis en avant plus précocement, devienne moins fascinant que la figure maternelle, cette fois-ci plus complexe, plus touchante. A nouveau, ce sont les rapports familiaux qui intéressent Laurent Gaudé. La relation entre un père et son fils, entre une mère et son enfant. Il y a dans La Porte des Enfers toute la douleur du deuil, de la perte. Comment accepter l'inacceptable, la mort d'un enfant...? 

    A cette question, Laurent Gaudé tente de donner deux réponses : le refus violent de la mère, la tristesse insondable du père. Deux façons de réagir avec leur bons et leurs mauvais côtés. La justesse de l'approche, aussi douce que cruelle, permet d'expliquer le sentiment d'injustice ressenti avec le style poétique de Laurent Gaudé, un style qui n'a plus grand chose à prouver. Il reste pourtant qu'à un certain point, l'écrivain nous livre une descente aux Enfers, littéralement. C'est un peu la faiblesse du roman. Contrairement à l'homme-cochon de Cris ou aux peuplades de La Mort du Roi Tsongor, les Enfers de Laurent Gaudé manquent de caractère. On ne retrouve pas l'imagination flamboyante qu'on lui a connu par le passé et l'on se rend vite compte que c'est le reste qui fait la qualité du récit.

    Le reste, ce sont les personnages de parias qui rejoignent Matteo, une galerie hétéroclite mais magnifique où l'humanité vibre à travers des gens à la moralité parfois douteuse. On y retrouve un prêtre assiégé par l'Eglise, un travesti qui cherche la beauté de son existence, un professeur sulfureux qui en sait long sur les mythes...Bref, une galerie superbe qui touche profondément dans les fêlures nombreuses qu'elle laisse apparaître, et qui contraste avec la grandeur d'âme dont elle fait preuve pour aider Pippo. La recherche d'une humanité oubliée de la part de Gaudé touche bien plus profondément que la superficialité de son monde souterrain. Vient ensuite une dernière thématique, celle du pardon, qui réunit Pippo et sa mère, qui réconciliera la mémoire du père et de l'épouse. Les dernières pages, sublimes, achèvent ce court récit en faisant oublier les quelques faiblesses du registre fantastique pur.

     Même si l'on ne retrouve pas la créativité de La Mort du Roi Tsongor ni la beauté enivrante des Pouilles du Soleil des Scorta, La Porte des Enfers reste un très beau roman sur le deuil, la mort, la vengeance et le pardon. Laurent Gaudé extirpe l'humanité des recoins les plus inattendus de Naples pour livrer un tableau humain touchant. 

     

    Note : 8/10

    - Critique de Cris de Laurent Gaudé
    - Critique de La Mort du roi Tsongor de Laurent Gaudé
    - Critique du Soleil des Scorta de Laurent Gaudé

    Disponible également en grand format chez Actes Sud :

    [Critique] La Porte des Enfers

     

     

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