• [Critique] La Providence du reclus


    Auteur français génial, Timothée Rey est également un écrivain effrayant. Pourquoi, me direz-vous. A-t-il une apparence monstrueuse ? Mange-t-il des enfants au petit-déjeuner ? Vénère-t-il Justin Bieber ? Heureusement, non. Si Timothée Rey est à la fois effrayant et génial, c’est que ses écrits ne ressemblent à nuls autres et nous emmènent dans un monde souvent absurde et improbable comme il l’a prouvé avec le farfelu recueil Des Nouvelles du Tibbar aux Moutons Electriques (jetez-vous dessus que l’on vous dit !) ou l’étrange Dans la forêt des Astres au même éditeur (jetez-vous aussi dessus). Malgré un univers bien à lui et auquel il faut laisser du temps pour s’installer, Rey est un conteur génial qui excelle dans la forme courte. Et avant de parler dans une prochaine critique de son premier roman Les Souffles ne laissent pas de traces, nous allons nous intéresser à son mini-recueil paru uniquement en numérique chez les éditions ActuSF, à savoir La providence du Reclus.

    En regroupant 3 nouvelles dont deux inédites, ActuSF et Timothée Rey nous présentent une nouvelle facette du travail de l’écrivain, à savoir le fantastique mâtiné d’horreur. Pourtant, comme nous le verrons, Rey ne renie pas toutes ses manies, et notamment son humour absurde et pince-sans-rire. Bien sûr, l’horreur est un genre assez balisé, vu et revu dans bien des œuvres, qu’elles soient cinématographiques ou littéraires. Que peut apporter de plus notre auteur savoyard ? Justement, une atmosphère et un paysage bien français. Ainsi, dans sa toute première histoire, La Providence du Reclus, écrite à l’origine pour une anthologie sur Lovecraft, il nous entraîne sur les pas d’un homme originaire d’Annecy, qui tente d’élucider une énigme laissée par son grand-père Dédé, quant à la venue de deux mystérieux voyageurs dans son hôtel, le Vieux-Logis. En effet, personne n’a jamais parlé d’un voyage de Lovecraft en France, et encore moins dans la ville d’Annecy, mais c’est bien ce qu’a déclaré maintes fois Dédé. Hommage à l’homme que tous les aficionados de l’horreur littéraire connaissent, le récit est aussi court qu’excellent, Rey arrivant avec une stupéfiante facilité à tisser une atmosphère terrifiante tout en gardant clins-d‘œil et arrière-goût comique à son histoire de gastéropodes... Quand on vous dit qu’il s’agit d’un écrivain français ! La Providence du Reclus fait déjà la part belle à la région de Haute-Savoie, celle d’origine de l’auteur (tiens donc...), et permet ainsi de donner une certaine originalité à l’hommage. Malgré la nature improbable de la créature qui se terre au numéro 17, vous allez trembler (et baver aussi... peut-être) !

    Vient ensuite l’autre très courte nouvelle du recueil, Naseaux Fumants, où Fernand se rend compte que la légende de la Massive, une créature de l’hiver qui tue vaches et chiens égarés dans les hauteurs de Le Murgier, n’est peut-être pas si absurde. En sus de capturer à nouveau une atmosphère « franchouillarde » unique, Rey profite également d’une époque reculée (1900) pour saper les nouveaux enseignements scientifiques de l’époque en leur opposant le folklore et les superstitions locales. Plus tendue mais aussi plus rapide que la précédente, l’histoire de Naseaux Fumants arrive également à ses fins et permet un petit sursaut horrifique avant d’attaquer le gros morceau du recueil : Trente-six, dix-neuf. Plus longue nouvelle de l’e-book, le récit de Trentre-six, dix-neuf raconte l’histoire de Nicolas, un doctorant en folklore, et Audrey, sa femme, qui tentent de percer les mystères des mythes savoyards et notamment celui des Naroue. Timothée Rey déploie ici tout son talent pour faire jaillir l’horreur de superstitions locales savoyardes en faisant lentement monter en régime son récit, en instillant le doute dans l’esprit de son lecteur, pour finir par faire éclater l’horreur des naroue et de leurs interactions avec les villageois. Maitrisé de bout en bout, Trente-six, dix-neuf jouit d’une atmosphère formidable grâce à ce bout de Haute-Savoie profonde, mais aussi de créatures terrifiantes savamment utilisées dans le récit de façon à agencer la coutume des masques et de la comptine de façon crédible. A elle seule, cette dernière nouvelle mérite l’acquisition du recueil.

    Si vous voulez poser un pied en douceur dans l’univers de Timothée Rey ou découvrir un autre versant de l’œuvre du français, ou simplement lire trois excellents récits d’horreur bien de chez nous, nul doute que La providence du Reclus est fait pour vous. Et à 2.99 euros, vous n’avez plus aucune excuse !

    Note : 8/10

    CITRIQ


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  • Commentaires

    1
    Lundi 8 Septembre 2014 à 16:23
    Vert

    Timothée Rey est grand :D

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