• [Critique] La Terre des fils

    [Critique] La terre des fils

    Dans un futur indéterminé, un homme vit avec ses deux enfants dans ce qui semble être un marais.
    Ce dont on est certain, par contre, c'est que l'humanité est morte. La fin du monde a eu lieu. Comment ? Pourquoi ? On ne le saura jamais et, de toute façon, ce n'est pas le but de La Terre des fils.
    Ce qu'il faut savoir par contre, ce sont les règles de ce nouveau moindre. Des règles sèches, dures, impitoyables. On ne touche pas les morts, on ne va pas dans le lac, on troque ce que l'on peut. Bref, on survit. 
    Le père éduque ses fils à l'image de ce nouvel univers. Sans tendresse, sans sentiment, sans émotion. Pas besoin de lire ou d'écrire non plus, cela ne sert plus à rien. 
    Pourtant les deux enfants s'interrogent, notamment l'aîné, plus curieux et plus hargneux. 
    Que fait son père avec un stylo et du papier tous les jours ? Est-ce qu'il écrit ? Est-ce un journal ? Que dit-il dans ce journal ?

    Et c'est là que commence la véritable interrogation de La Terre des fils de Gipi. L'auteur-dessinateur italien multi-récompensé pour Notes pour une histoire de guerre signe cette fois une bande-dessinée sèche et brutale chez Futuropolis. Récit de science-fiction post-apocalyptique, La Terre des fils s'avère bien plus complexe qu'une simple peinture de l'après.

    Cette peinture existe bel et bien. Le lecteur pénètre dans ce récit avec le trait brutal, minimaliste et rêche de Gipi, un trait forcément tout de noir et de blanc. Un dessin à l'image du propos en somme. Gipi jette son lecteur dans un environnement hostile où l'on crève des chiens pour leur peau et leur viande, où tout le monde se méfie de tout le monde, où la violence est omniprésente. C'est râpeux, âpre, mais pas tellement original au premier coup d’œil. On croisera des mutants cannibales, des fanatiques d'une secte bizarrement d'jeuns avec son dieu tropkool, et un bourreau qui en a marre d'être un bourreau. En l'état, la bande-dessinée de Gipi est un tour de piste post-apocalyptique de plus, menée avec sérieux et cruelle en diable. 

    Seulement, La Terre des fils n'est pas que cela. On suit le parcours de deux fils, plus particulièrement l’aîné. Ces deux fils n'ont pas de nom. Leur père, endurci par l'horreur, tente d'en faire des personnes adaptés à un monde qui ne connaît plus la pitié. Il élimine le superflu, à commencer par la culture. Les deux gosses parlent mal, ne savent pas grand chose d'autres que ce qui les aide pour survivre. Mais, malgré tout, il y a l'amour d'un père. Qu'il ne montre jamais, qu'il ne veut pas et ne doit pas montrer. Le problème réside dans ce silence. La relation père-fils, déjà terriblement difficile, devient presque intenable ici. C'est elle le principal sujet de La Terre des fils.

    Toute la beauté et la complexité de cette bande-dessinée se trouve dans le regard de l'aîné qui hait son père autant qu'il veut chercher à le comprendre. Sauf que le dernier indice, le vieux journal intime, est indéchiffrable. Gipi étale des pages et des pages de gribouillis. Le lecteur non plus ne peut pas comprendre, il est comme cet enfant perdu qui veut savoir à tout prix. Mais il ne saura pas. Pourtant, quel qu'en soit le prix, le fils recherche l'amour de son père. Jusqu'au bout. Il semble que malgré l'horreur du monde qui l'entoure, ce qui compte, c'est ça. Cette réponse. Dans un univers de sang, de tortures et de larmes, il n'y a que l'amour qui puisse changer les choses. La tendresse. Gipi poursuit cette quête durant les quelques centaines de pages de sa bande-dessinée pour finir par un geste simple, immense, sublime. Un geste qui, lui, surement, pourra changer le monde.

    La Terre des fils aurait pu être un récit post-apocalyptique de plus. Il n'en est rien.
    Prenant vie sous le trait minimaliste et sec de Gipi, la bande-dessinée de l'italien nous raconte la difficulté d'être père à travers les yeux de ceux qui en ont le plus besoin. C'est beau, simple et complexe à la fois, et ça touche son lecteur sans une seule touche de couleur. 
    Sublime.

    Note : 9.5/10

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook   

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    Tags Tags : , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :