• [Critique] La tête haute

    [Critique] La tête haute
    Festival de Cannes 2015 - Hors Compétition

     

    Pour l'ouverture du Festival de Cannes 2015, c'est le film La tête haute qui vient donner le coup d'envoi de cette grande messe du cinéma français (et mondial). Réalisé par Emmanuelle Bercot, le long-métrage joue dans la catégorie film social, un type de film particulièrement apprécié sur la Croisette (on se souvient encore de la palme contestable de Sean Penn, Entre les Murs.). De même, comme tout bon festival de Cannes, la polémique n'est pas loin. La faute à l'une des actrices principales, Catherine Deneuve, qui s'est lâchée sur Dunkerque, la ville où prend place l'action de La tête haute. C'est aussi l'occasion de faire la connaissance du jeune Rob Paradot, la tête d'affiche du film, qui écope d'un rôle pour le moins épineux. Malgré le fait que le métrage soit présenté Hors Compétition, il est la première occasion pour le cinéphile français de prendre la température cannoise. Que nous réserve Emmanuelle Bercot ?

    Du lourd, assurément. Au moins par le sujet, puisque La tête haute prend le pari de raconter le parcours de Malony, un gosse entêté, violent et déshérité, dont le parcours familial est au moins aussi difficile que les rapports qu'il entretient avec l'autorité. Retiré de la garde de sa mère Séverine à l'âge de six ans, l'enfant va passer par le foyer d’accueil avant d'enchaîner les petits faits de délinquance dont, notamment, le vol de voiture. Pour le sortir de cette spirale d'autodestruction, la juge pour enfants va tout tenter, bien aidée en cela par l'éducateur spécialisé, Yann. Malgré tous ces efforts, Malony reste hermétique à toute forme d'autorité et se retrouve exilé dans un centre pour jeunes en plein milieu de la campagne. Ce qui est clair, c'est que La tête haute fait partie des films qui en veulent. Son principal souci restant pourtant que Bercot n'a pas la carrure pour un tel projet, surtout étiré sur près de deux heures. 

    Le long-métrage n'est par ailleurs pas aidé par la comparaison (absurde) avec le superbe Mommy de Xavier Dolan. En vérité, La tête haute plonge dans une réalité sociale (et économique, le choix du Nord pour filmer n'étant pas anodin) complexe où les individus se retrouvent broyés. Bercot tente avec la meilleure volonté du monde de dépeindre la vie brisée d'un jeune gamin, Malony, en explorant les origines du mal, à savoir l'éducation parentale. Celle-ci est inexistante (pour ne pas dire nocive) avec la détestable bêtise de Séverine, archétype de la mère démissionnaire et débile qui colle franchement très bien à la réalité. Sara Forestier, bien enlaidie pour l'occasion, joue d'ailleurs merveilleusement ce rôle pour le moins ingrat. Bercot passe un certain temps à démontrer que ce qui a amené Malony là où il en est résulte de l'influence néfaste de sa mère et, plus simplement, du fait qu'elle n'aurait jamais dû avoir d'enfants. Jamais. Le long-métrage va suivre les déboires de Malony, et les multiples perches tendues par la juge et son éducateur pour le sauver. Malheureusement, au bout d'un moment, la partie s'avère perdue d'avance, une chose que la cinéaste capte remarquablement bien... jusqu'à un certain point.

    Il semble en effet qu'à un instant précis, une morale bien-pensante reprenne le dessus dans le film de Bercot. Dès lors, elle tente de se conformer aux prescriptions d'une société aseptisée (interdiction de lever la main sur Malony, comme si le fait qu'il n'avait jamais connu de limites n'était pas responsable pour moitié de sa lente descente aux enfers), avant de tourner son sujet à l'envers pour retomber dans une morale tout à fait détestable. Celle-ci se conjugue avec une énorme tare du film, le fait que La tête haute traîne en longueur et oublie passablement qu'il doit finir un jour. Dix minutes avant de se terminer, Bercot se rend compte qu'elle doit trouver une conclusion. Le problème, c'est qu'elle ne sait absolument pas comment faire, après avoir été d'un didactisme écrasant (un des autres gros soucis du film qui semble constamment nous dire ce qu'il faut ressentir). Ainsi, La tête haute se boucle de façon totalement étrange, sorte de happy-ending juxtaposé à une morale gentillette voyant le délinquant incapable de vivre en société soudain trouver la rédemption... en faisant un môme. A 17 ans. Bien évidemment. Niant ainsi toute la brillante construction sur la responsabilité parentale bâtie jusque là. 

    Une chose d'autant plus dommage que le réalisme cru du film jouait largement en sa faveur, porté en cela par un casting irréprochable. De Catherine Deneuve à Sara Forestier, en passant par l'excellentissime Benoît Magimel (malheureusement trop peu développé), c'est une équipe de choc qui incarne à l'écran la misère et le combat perpétuel pour sauver les ados en détresse. L'adolescent en question, Malony, est incarné par Rob Paradot, dont c'est ici le premier rôle. Malgré toute la pression d'un tel titre, il s'en sort plus que brillamment, véritable révélation du film, cela malgré le personnage ingrat qu'il incarne. Car il faut bien avouer qu'il est difficile d'éprouver beaucoup d'empathie pour Malony, passé un certain seuil, tant le garçon s'avère perdu, broyé par ses pulsions et son passé irrattrapable. Le plus désolant dans La tête haute, c'est que Bercot n'a jamais les moyens de ses ambitions. Elle n'a pas vraiment une réalisation marquante, sacrifie son discours sur l'autel de la bien-pensance, gère de façon calamiteuse le rythme de son récit... et ce en dépit de tous les efforts de ses acteurs pourtant formidables. Le métrage aurait mérité de larges coupes taillant dans le gras de ces deux heures finalement bien longues pour le spectateur, répétant ad nauseam que Malony ne fait que des conneries. Rien à voir avec la maestria d'un Dolan, ni dans le thème, ni dans la mise en scène.

    Cruelle déception, La tête haute n'en garde pas moins un certain nombre de qualités qui font que l'on suit les deux heures sans trop de mal. Grâce à un casting épatant, Rob Paradot en tête, La tête haute touchera certainement beaucoup une catégorie de spectateurs prêts à lui pardonner ses errances et, surtout, sa fin bâclée.
    Emmanuelle Bercot n'a simplement pas su gérer son sujet en or. Dommage.

    Note : 6/10

    Meilleure réplique : "Tu veux faire un gosse avec un mec de 17 ans que t'as vu trois fois dans ta vie ?"

    Meilleure scène : Malony et Yann au restaurant 

     

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