• [Critique] Land of the dead : Le Territoire des Morts

    [Critique] Land of the dead : Le Territoire des Morts

    Redevenu populaire grâce à 28 Jours plus tard, L'Armée des morts, Shaun of The Dead ou encore The Walking Dead, le genre zombie se devait forcément de revenir aux sources. Vingt ans après Le Jour des morts-vivants, dernier volet de la trilogie des Morts, George A. Romero, le père du zombie moderne, revient aux affaires. Transformant sa trilogie originale en saga, Romero ne change pourtant pas sa vision du mort-vivant...enfin presque. Outil satirique avant tout, le zombie de l'américain continue doucement son évolution. Land of The Dead (Le Territoire des morts pour la France) dispose en effet d'un budget bien plus conséquent que les précédents opus ainsi que de l'arrivée de plusieurs acteurs connus tels que Simon Baker, Asia Argento, John Leguizamo ou le légendaire Dennis Hopper. Seulement voilà, Romero n'est plus le maître du film de zombies en 2005 et va devoir à nouveau faire ses preuves.

    La principale difficulté de Land of The Dead, c'est qu'il passe après des films qui ont cassé le mythe du zombie lent. Lorsque le nouveau métrage de Romero commence à nous montrer des morts-vivants que l'on pourrait qualifier traditionnels, on a beaucoup de mal à croire qu'ils peuvent représenter un danger réel. Seuls des maladresses ou des personnages débiles permettent aux zombies de triompher, et l'on constate rapidement que dans un certain sens, le mythe a pris un sacré coup de vieux. Heureusement, le cinéaste américain a plus d'un tour dans son sac. Il a la bonne idée d'introduire son histoire par une courte séquence en noir et blanc où les images renvoient le connaisseur vers La Nuit des Morts-vivants et les dialogues vers les émissions télévisées d'un certain Zombie. Puis les choses reviennent à la normale et l'on découvre une ville fantôme où le mort-vivant erre sans but...ou presque. Tableau mélancolique et sidérant, cette première séquence rappelle que le zombie selon Romero ressasse inlassablement sa vie passé. Il souffle mollement dans une trompette, se balade main dans la main avec sa copine décédée, sort de la station-service à la sonnerie indiquant l'arrivée d'un véhicule...Le mort-vivant dans Land of The Dead commence par être une image de nostalgie, un monstre pris dans l'ambre et condamné à répéter les gestes d'un passé qu'il ne pourra plus jamais rejoindre. Mais les choses ne durent pas.

    Land of The Dead se situe bien après l'apocalypse, un peu à la façon du Jour des Morts-vivants. Dans ce monde où les morts ont littéralement pris le pouvoir, les hommes se sont réfugiés sur une presque-île défendue par les militaires. Des raids sont organisés sur les villes alentour pour se procurer des vivres, et c'est l'équipe de Riley et Cholo qui se charge de la sale besogne. A bord du Dead Recknoning, un véhicule blindé surarmé, il rassemble des denrées essentielles pour la cité. Riley observe pourtant un changement dans le comportement des morts, notamment dans celui que l'on surnomme Big Daddy, un zombie noir semblant vouloir organiser la horde qui écume la ville alentour. Une chose qui ne préoccupe ni Cholo ni Kaufman. Ce dernier a réussi a imposer sa volonté dans l'enclave et vit au sommet du Fiddler's Green, un gratte-ciel de luxe où les plus riches se sont réfugiés, laissant les pauvres se débrouiller entre eux au pied de l'édifice. Ce fragile équilibre risque bien de tourner court...

    Romero n'a rien perdu de son mordant. Sur le plan strictement politico-sociale, Land of The Dead s'avère une pure réussite. A l'heure où l'Amérique panse toujours les plaies du 11 Septembre, le cinéaste imagine une intrigue où des mercenaires se retournent contre leur maître en les menaçant de faire exploser un gratte-ciel. Le réalisateur dénonce non seulement le clivage social inadmissible entre les puissants et le peuple (peuple d'ailleurs occupé par divers activités destinées à le distraire et commandité par Kaufman lui-même) mais il fustige également le jeu dangereux des élites prêtes à employer n'importe quel individu sans foi ni loi pour faire leur sale besogne mais incapables ensuite de savoir rembourser leurs dettes...engendrant forcément des catastrophes. Le message politique reste donc fort, et d'autant plus audacieux pour l'époque. L'Amérique de Bush n'est jamais loin et Kaufman ressemble à s'y méprendre au président américain qui, rappelons-le, ne négocie pas avec les terroristes (même s'il a bien su les utiliser). Non content de ce sous-texte déjà fort impressionnant, Romero poursuit également sa réflexion sociétale à travers l'évolution des zombies.

    Prolongement logique de son Jour des Morts-vivants, Land of The Dead pousse le concept de Bub du précédent volet dans un cadre plus large. Cette fois, le zombie devient intelligent, capable de s'organiser et d'employer des outils. A la tête de cette horde sauvage, on retrouve Big Daddy, un zombie noir qui apparaît comme le vrai héros du long-métrage, au grand dam d'un Simon Baker attachant mais pâlichon en regard du charisme dévorant d'un Eugène Clark métamorphosé. Big Daddy prend la relève des trois héros noirs précédents de Romero, enfonçant le clou sur son refus total de faire dans le basique film hollywoodien. Même si l'évolution de la figure zombiesque pourra dérouter plus d'une personne, elle apparaît comme fondamentalement originale et intelligente. Dans un monde mort, Romero continue à démontrer que l'homme est devenu le véritable monstre. Pendant que les humains s'entretuent pour des questions d'argent ou de possession, les morts-vivants prennent soin les uns des autres, achevant leurs congénères condamnés, ressentant de la douleur devant la torture des leurs, en un mot, en devenant humains. Le zombie chez Romero incarne en réalité une nouvelle étape de l'évolution, sorte de rédemption à travers la mort de l'humanité. Le message n'en est alors que plus fort.

    Seulement, Land of the dead accuse certains défauts conséquents. Outre la lenteur du zombie qui le discrédite totalement en tant que menace crédible, le récit s'enlise dans une intrigue longue et molle  autour du Dead Reckoning. Sorte d'hommage à Mad Max, le véhicule occupe une place démesurée dans le film et toute la sous-intrigue autour de la rivalité Cholo-Riley ainsi que du vol du camion ennuie passablement. Si elle permet à Romero de développer un sous-texte politique, elle plombe aussi carrément le rythme de son métrage. De même, là où Romero rend justice aux acteurs noirs en leur confiant systématiquement le rôle-titre, il loupe totalement sa figure féminine incarnée par une Asia Argento aussi peu convaincante que son insipide personnage. A bien des égards, c'est Robert Joy dans la peau de Charlie qui tire le mieux son épingle du jeu. Si la dimension politique de Land of The Dead reste toujours aussi convaincante, le film souffre presque constamment d'un manque de rythme, un élément d'autant plus important que le résultat fait pâle figure en face des nouveaux ténors du genre. Et ce n'est pas le caméo de Tom Savini ou des créateurs de Shaun of The Dead grimés en zombies qui rattrape la chose. Heureusement que le film ne se repose pas sur son aventure et mise quasiment tout sur son sous-texte et sa portée sociale. 

    Opus grinçant et acide, Land of The Dead est le digne héritier de la saga des morts-vivants. Avec son aspect politico-social audacieux et son constant souci de faire évoluer la figure du zombie, le film arrive à surpasser ses embarrassants défauts de rythme et de caractérisation.
    George A. Romero est donc loin d'être mort, qu'on se le dise.

    Note : 8/10

    Meilleure scène : L'arrivée des morts-vivant par le fleuve 

     

     

    [Critique TV] In The Flesh, Saison 1

    Suivre l'actualité du site :

    Abonnez-vous à la page Facebook  
     

    Littérature

     Suivez sur Twitter :

    Cinéma


    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :